La chair et l’esprit

Sommaire

  • Introduction
  • Dieu donne la vie à l’âme
  • Œuvres de la chair
    • La chair s’oppose à l’Esprit de Dieu
    • La loi de la chair
  • Mortifier les œuvres de la chair
    • Choix volontaire de l’âme et mortification de la nature
    • Abbé Daniel, De la concupiscence de la chair et de l’esprit – Combat contre l’esprit, la chair et l’orgueil – Différence entre l’homme charnel, l’homme animal et l’homme spirituel
  • Le mystère de l’Incarnation rédemptrice
    • Le salut de la chair

II Corinthiens 4, 7 : «nous avons ce trésor en des vases d’argile, afin que la grandeur appartienne à la vertu de Dieu, et ne vienne pas de nous».

Introduction

Beaucoup ne comprennent plus le sens et la place de la chair dans la vie spirituelle ou chrétienne. Cela est dû soit à leur apostasie de la foi catholique et parce qu’ils sont sorti de la vraie foi divine et catholique et de la doctrine de l’Incarnation rédemptrice, soit parce qu’ils ont adhéré à des erreurs graves et à des mensonges sur l’âme et sur le salut. Certains considèrent même de manière gravement erronée et hérétique que l’esprit et la chair cohabitent chacun selon sa nature, ou que la chair contenant l’esprit est sa prison, ou que le but de l’homme est de libérer son esprit sans sa chair, ou que l’homme est un esprit dans la matière, ou carrément que la matière ou la chair est une forme de cristallisation de l’esprit (comme dans le New-âge), etc. D’autres ont une conception matérialiste et sont égarés croyant que seule la matière existe et que seuls des processus chimiques sont à l’origine de la vie, ou que la seule biochimie du cerveau produit la conscience, etc. Toutes ces conceptions des ténèbres mènent dans l’abîme éternel. La chair est soit l’ennemie révoltée de l’âme pour sa perdition éternelle, soit la chair est l’instrument de l’âme (par la pénitence et la sanctification) pour son salut éternel.

Dieu donne la vie à l’âme

Dieu crée l’âme de l’homme et lui donne la vie, et l’âme (anima) fait vivre et anime le corps. L’âme est la forme du corps. La nature charnelle incline la chair à être insoumise à l’âme, mais l’esprit incline l’âme à s’élever et soumettre la chair.

Saint Irénée, père de l’Église, Contre les hérésies, L. V, Part. 1, 4 : «trois choses … constituent l’homme parfait : la chair, l’âme et l’Esprit. L’une d’elles sauve et forme, à savoir l’Esprit ; une autre est sauvée et formée, à savoir la chair ; une autre enfin se trouve entre celles-ci, à savoir l’âme, qui tantôt suit l’Esprit et prend son envol grâce à lui, tantôt se laisse persuader par la chair et tombe dans des convoitises terrestres.».

La création est incluse dans la Rédemption et non l’inverse. La création fait partie de la Rédemption. La chair est incluse dans le mystère de foi de l’Incarnation rédemptrice du Christ :

Jean 1, 14 : «Et le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire comme la gloire qu’un fils unique reçoit de son père, plein de grâce et de vérité ».

Note Vulgate Jn 1, 14 : «Le Verbe a été fait chair, non que sa substance se soit changée en chair, mais parce que le Verbe, en demeurant ce qu’il était, a pris la forme de serviteur (St Jean Chrysostome)».

Voici ce qu’enseignent les pères de l’Église au sujet du Verbe qui a été fait chair dans Jean 1, 14 :

Saint Irénée, père de l’Église, Contre les hérésies, L. V, Part 2 § 2 : « il [le Verbe] est venu » de façon visible « dans son propre domaine », « s’est fait chair » et a été suspendu au bois, afin de récapituler toutes choses en lui-même [la création, récapitulée dans le Rédempteur, est incluse dans la rédemption].

Saint Jean Chrysostome, père de l’Église, Hom. 11 sur St Jean : « Nous avons donc été faits enfants de Dieu et en vertu du mystère du Verbe fait chair ; l’Évangéliste nous fait connaître un nouveau bienfait de l’incarnation : « Et nous avons vu sa gloire » ; car jamais nous n’aurions pu la voir, si lui-même ne s’était manifesté à nous sous une forme semblable à la nôtre. En effet, si les Hébreux n’ont pu soutenir l’éclat du visage glorifié de Moïse, qu’il fallut couvrir d’un voile, comment, nous, dont l’origine et les instincts sont tout terrestres, pourrions-nous soutenir à découvert la vue de la Divinité, inaccessible même aux vertus supérieures des cieux ». (St Thomas, Catena Aurea, Jn 1, 14)

Saint Jean Chrysostome, père de l’Église, Hom. 12 sur St Jean : « Saint Jean ajoute : « Comme la gloire du Fils unique ». C’est, qu’en effet, un grand nombre de prophètes ont été glorifiés, tels que Moïse, Élie, Élisée, et beaucoup d’autres qui ont opéré de grands miracles. Il en est de même des anges qui, en apparaissant aux hommes, ont fait briller à leurs yeux la gloire qui est propre à leur nature ; c’est ainsi que les chérubins et les séraphins ont été vus par le prophète, environnés d’une gloire éclatante. L’Évangéliste nous élève bien au-dessus de cette gloire, au-dessus de toute nature et de toute gloire créée, et nous conduit jusqu’au faite de tous les biens. Or voici le sens de ses paroles : La gloire que nous avons vue n’est pas la gloire d’un prophète, d’un homme ordinaire, ni même d’un ange, d’un archange, ou de quelqu’une des puissances supérieures, mais c’est comme la gloire du dominateur lui-même, du roi, du Fils unique par nature ». (St Thomas, Catena Aurea, Jn 1, 14)

Saint Augustin, père de l’Église, Traité 2 sur St Jean : « …ces paroles : « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous », nous apprennent que le Verbe a fait du mystère de sa naissance comme un collyre pour éclaircir les yeux de notre cœur, et nous permettre de voir sa Majesté à travers son humanité : « Et nous avons vu sa gloire ». Personne ne pourrait voir sa gloire, s’il n’était guéri par l’humilité de son incarnation. L’œil de l’homme était comme obscurci par la poussière soulevée de la terre, il avait les yeux malades, et Dieu lui met comme de la terre sur les yeux pour les guérir. La chair vous avait aveuglé, c’est la chair qui vous guérit. L’âme était devenue charnelle en donnant son consentement aux affections de la chair, et c’est ainsi que l’œil du cœur avait été aveuglé. Le médecin vous a fait un collyre en venant revêtu d’une chair mortelle pour réprimer les vices de la chair, car le Verbe s’est fait chair, afin que vous puissiez dire : « Nous avons vu sa gloire« . (St Thomas, Catena Aurea, Jn 1, 14)

Origène, Hom. 2 sur div. sujets : « Les paroles qui suivent : « Plein de grâce et de vérité », peuvent s’entendre de deux manières différentes, c’est-à-dire de l’humanité et de la divinité du Verbe incarné. Ainsi la plénitude de la grâce se rapporterait à l’humanité, par laquelle le Christ est le chef de l’Église et le premier né de toute créature. En effet, c’est en lui que s’est manifesté le plus grand et le plus merveilleux effet de la grâce, en vertu de laquelle l’homme est devenu dieu sans aucun mérite de sa part. La plénitude de la grâce eu Jésus-Christ peut encore s’entendre de l’Esprit Saint, dont les sept dons remplirent l’humanité du Sauveur (Is. 11). La plénitude de la vérité se rapporte à la divinité. Si vous aimez mieux appliquer au Nouveau Testament cette plénitude de grâce et de vérité, vous pourriez dire avec beaucoup de vraisemblance que la plénitude de la grâce du Nouveau Testament nous a été donnée par Jésus-Christ, et que la vérité des symboles figuratifs de la loi s’est accomplie en lui ». (St Thomas, Catena Aurea, Jn 1, 14)

Tertullien, La résurrection des morts, VI, Le Créateur et sa créature : « 1. Aussi poursuivrai-je mon propos, pour voir si je puis revendiquer pour la chair autant que lui a apporté celui qui l’a créée, elle qui maintenant se glorifie de ce que ce rien, cette boue qu’elle était, est venue jusque dans les mains de Dieu – quelles que soient ces mains – parfaitement bienheureuse d’avoir seulement été touchée. 2. Qu’en aurait-il été, si, sans aucune autre intervention, elle était, touchée par Dieu, sur-le-champ devenue image d’argile façonnée ? C’était déjà une grande œuvre qui s’opérait que l’élaboration de cet objet matériel. Ainsi est-elle honorée, chaque fois qu’elle subit l’action des mains de Dieu, qu’il la touche, la saisisse, la mette à part, la façonne. 3. Représente-toi Dieu tout entier occupé d’elle, à elle consacré tout entier, mains, pensée, action, réflexion, sagesse, prévoyance, et surtout avec cet amour qui lui en inspirait le dessin ! Car tout ce qui était exprimé dans cette boue, était conçu en référence au Christ, qui serait homme, c’est-à-dire aussi boue, et au Verbe, qui serait chair, c’est-à-dire aussi terre, à ce moment-là. 4. Car voici l’avertissement du Père au Fils : «Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance. Et Dieu fit l’homme », c’est-à-dire ce qu’il façonna, «et il le fit à l’image de Dieu » (Gn 1, 26), c’est-à-dire à l’image du Christ. Et en vérité le Verbe est Dieu, lui qui, constitué à l’image de Dieu, n’a pas jugé comme une usurpation d’être mis au rang de Dieu (Ph 2, 6). 5. Ainsi cette boue, revêtant dès ce moment-là l’image du Christ qui viendrait dans la chair, n’était pas seulement l’ouvrage de Dieu, mais en était aussi le gage. À quoi bon maintenant, lorsque l’on veut ternir l’origine de la chair, agiter ce mot de terre, comme si c’était le nom d’un élément sordide et bas, alors que, même si c’était une autre matière qui avait convenu pour fabriquer l’homme, il y aurait lieu de se représenter le haut rang de l’artisan qui aurait jugé cette matière-là digne, en la choisissant, et l’aurait faite belle, en la travaillant ? 6. … le Dieu vivant et le Dieu vrai n’aurait-il pas, de par sa propre opération, délivré la matière de toute bassesse, ne l’eût-il pas guérie de toute infirmité ? Ou bien alors en conclura-t-on que l’homme aura façonné un dieu avec plus de prestige que Dieu l’homme ? 7. En fait, même si la boue est une abomination, il s’agit désormais d’autre chose. C’est à la chair que j’ai affaire maintenant, même si la chair entend : « Tu es terre et tu iras à la terre » (Gn 3, 19). C’est l’origine qui est considérée, non la substance qui est rappelée. 8. Il a été donné à telle ou telle chose d’être plus noble que son origine, et plus précieuse par sa transformation. Car l’or aussi est terre, parce qu’il vient de la terre, et cependant il n’est plus terre à partir du moment où il est or, matière très différente, plus brillante et plus noble, extraite d’une matrice plus vulgaire. Ainsi a-t-il aussi été possible à Dieu de distiller l’or de la chair à partir de la prétendue ordure qu’est la boue, sans tenir compte de sa condition première ».

Tertullien, La résurrection des morts, VII – La chair tire sa dignité de son étroite association avec l’âme : « 1. Mais que la grandeur de la chair n’apparaisse pas diminuée de ce que ce n’est pas elle nommément qu’a travaillée la main divine, comme ce fut le cas de la boue : si cette main a travaillé la boue afin que par la suite la chair fût faite de cette boue, c’est évidemment pour la chair qu’elle s’est donné de la peine. 2. Mais je voudrais encore que l’on apprenne quand et comment la chair a fleuri de la boue. Il n’est pas vrai, contrairement à ce que certains prétendent, que les tuniques de peau que, dépouillés du paradis, Adam et Eve ont revêtues (Gn 3, 21) correspondent précisément à la transformation de la chair sortie de la boue, puisque, un peu avant, Adam reconnut aussi un surgeon de sa propre substance dans la chair de la femme : « Maintenant cet os est tiré de mes os, cette chair de ma chair (Gn 2, 23), et que ce prélèvement sur l’homme pour créer la femme fut fourni par la chair, alors qu’il devait, je pense, avait été fourni par la boue, si Adam eut encore été de la boue. 3. Ainsi la boue s’est-elle effacée, absorbée dans la chair. Quand ? Lorsque l’homme devint une âme vivante sous le souffle de Dieu (Gn 2, 7), qui, bien sûr, était chaud, et capable, en quelque sorte, d’assécher la boue pour en faire une autre substance, comme une poterie, c’est-à-dire la chair. 4. Ainsi est-il possible au potier, en réglant bien le souffle du feu, de transformer l’argile en un matériau plus robuste, et de tirer d’une forme une forme nouvelle, plus commode que la première, constituant désormais une catégorie propre, avec un nom à elle. 5. Car, s’il est écrit : « Est-ce que l’argile dira au potier… ? » (Rm 9, 20), c’est-à-dire l’homme à Dieu, et si l’Apôtre dit « dans des pots de terre » (2 Co 4, 7), l’argile, c’est l’homme, parce qu’il était auparavant de la boue, et la poterie c’est la chair, parce qu’elle est sortie de la boue sous l’effet de la chaleur du souffle divin. 6. Et c’est elle que, par la suite, les tuniques de peau, c’est-à-dire des enveloppes surajoutées, ont revêtue. Si bien que, si l’on retire cette enveloppe, on met la chair à nu. Ainsi ce qui aujourd’hui devient dépouille, si on l’enlève, fut vêtement lorsqu’on l’ajoutait. Aussi l’Apôtre, quand il appelle circoncision le dépouillement de la chair (Col 2, 11) a confirmé que la tunique est une enveloppe.
7. Puisqu’il en est ainsi, on a affaire et à la boue rendue glorieuse par la main de Dieu, et à la chair rendue plus glorieuse par le souffle divin, grâce auquel la chair a en même temps abandonné les imperfections de la boue et reçu les parures de la matière vivante. 8. Es-tu plus habile que Dieu, toi qui enchâsses les pierres de Scythie et de l’Inde, les grains brillants de la mer Rouge, non dans le plomb, ni l’airain, ni le fer, ni même l’argent, mais dans l’or le plus affiné, puis le plus travaillé, tiré de la profondeur des filons, ou toi qui veilles aussi à assurer la perfection des vases destinés aux vins et aux huiles les plus précieux, et qui rends la qualité des fourreaux égale à celle des épées d’une trempe parfaite, – tandis que Dieu aurait confié la réplique de sa vie, le souffle de sa respiration, l’œuvre de sa bouche à quelque récipient sans valeur et, en la plaçant dans une situation si indigne, l’aurait évidemment condamnée ? 9. Mais l’a-t-il « placée », ou ne l’a-t-il pas plutôt introduite dans la chair, mêlée à elle ? En un alliage si compact, qu’on ne peut guère juger si c’est la chair qui est le support de l’âme, ou l’âme celui de la chair, si c’est la chair qui est au service de l’âme, ou l’âme au service de la chair. 10. Mais bien qu’il y ait lieu de croire que c’est plutôt l’âme qui se laisse porter et qui est maîtresse, car elle est plus proche de Dieu, ce qui concourt grandement à la gloire de la chair est le fait qu’elle renferme cette âme si proche de Dieu et la met précisément en mesure d’exercer sa domination. 11. Car est-il une jouissance procurée par la nature, un avantage donné par le monde, une saveur venue des éléments dont l’âme se nourrisse sans l’intermédiaire de la chair ? Comment n’en serait-il pas ainsi ? Car c’est par elle qu’elle est pourvue du soutien de tous les instruments que sont les sens, vue, ouïe, goût, odorat, toucher ; c’est grâce à la chair que rejaillit sur elle le flot de la puissance divine, quand d’avance elle veille à tout par la parole, même tacitement formulée. Et la parole aussi naît de l’instrument qu’est la chair. 12. Les arts se réalisent par la chair, sciences et inventions par la chair, œuvres, activités, devoirs, par la chair, et vivre, pour l’âme, dépend si totalement de la chair que ne pas vivre, pour l’âme, n’est pas autre chose qu’être séparée de la chair. Ainsi la mort même relève de la chair, de qui relève aussi la vie. 13. Au surplus, si tout est à la disposition de l’âme par l’intermédiaire de la chair, tout aussi est à la disposition de la chair. Ce par quoi l’on jouit est nécessairement associé à cette jouissance. Ainsi la chair, quand on la considère comme servante et esclave de l’âme, on découvre qu’elle est son associée et sa cohéritière, et si cela est vrai des biens temporels, pourquoi pas aussi des biens éternels ? »

Œuvres de la chair

Galates 5, 17 : « La chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair. En effet ils sont opposés l’un à l’autre, de sorte que vous ne faites pas tout ce que vous voulez ».

Commentaire pères, exégètes, abbé Calmet de Galates 5, 17 : « la chair et l’esprit marquent le principe de toutes nos actions morales (Théodoret). La chair, ou la concupiscence [inclination vers le mal], est le principe des mauvaises actions. L’esprit, ou le mouvement intérieur de la grâce, est le principe de nos bonnes œuvres. Ces deux principes se combattent continuellement. … Les plus grands saints, tant qu’ils sont en cette vie, éprouvent ces contradictions et ces combats (Conc. Trente sess. 5, ch 6). Les bons résistent à ces mouvements de la concupiscence, et cette victoire fait leur mérité. Les méchants se rendent et y succombent, et c’est là la source de leur malheur. L’impression de ces deux mouvements ne fait aucune violence à l’homme, et ne blesse en aucune sorte sa liberté, puisqu’avec le secours de Dieu, il peut toujours résister à la concupiscence et qu’il ne suit l’attrait de la grâce que par le choix tout libre de sa volonté, qui se détermine elle-même avec jugement ».

Galates 5, 19-21 : « On connaît aisément les œuvres de la chair, qui sont : la fornication, l’impureté, l’impudicité, la luxure, le culte des idoles, les empoisonnements, les inimitiés, les contestations, les jalousies, les colères, les rixes, les dissensions, les sectes, les envies, les homicides, les ivrogneries, les débauches de tables et autres choses semblables. Je vous le dis, comme je l’ai déjà dit, ceux qui font de telles choses n’obtiendront point le royaume de Dieu ».

I Jean 2, 16 : « tout ce qui est dans le monde est convoitise de la chair, convoitise des yeux, orgueil de la vie ; or cela ne vient pas du Père, mais du monde ».

La chair s’oppose à l’Esprit de Dieu

La chair dans l’Écriture inclue la nature psychique de l’homme.

Jean 3, 6 : « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit ».

Romains 8, 5-8 : « ceux qui sont selon la chair goûtent les choses de la chair … Or la prudence de la chair est la mort… Parce que la sagesse de la chair est ennemie de Dieu ; car elle n’est point soumise à la loi de Dieu ; et elle ne le peut. Creux donc qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu ».

Note Vulgate. Sont selon la chair : les hommes charnels qui se laissent emporter aux mouvements déréglés de la chair.

Galates 5, 17 : « La chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair ; en effet, ils sont opposés l’un à l’autre, de sorte que vous ne faites pas tout ce que vous voulez ».

Romains 8, 13 : « Car si c’est selon la chair que vous vivez, vous mourrez ; mais si par l’esprit vous mortifiez les œuvres de la chair, vous vivrez ».

Note Vulgate. Selon la chair : en cherchant à satisfaire vos passions aux dépens même de vos frères.

Galates 5, 19 : « Or on connaît aisément les œuvres de la chair qui sont : la fornication, l’impureté, l’impudicité, la luxure, le culte des idoles, les empoisonnements, les inimitiés, les contestations, les jalousies, les colères, les rixes, les dissensions, les sectes, les envies, les homicides, les ivrogneries, les débauches de table, et autres choses semblables. Je vous le dis, comme je l’ai déjà dit, ceux qui font de telles choses n’obtiendront point le royaume de Dieu ».

La chair n’est pas mauvaise en elle-même, mais par sa révolte contre l’âme. C’est la nature tournée vers la terre qui empêche à l’âme la jouissance de Dieu. Voir La chair et l’esprit

L’homme fut crée avec une âme uniquement tournée vers Dieu, vivante de Dieu et faite pour la vie surnaturelle de Dieu. La nature n’est créée pour elle-même ni encore moins par elle-même, mais elle est faite pour la vie surnaturelle de Dieu. La grâce perfectionne la nature.

La chasteté est un remède contre la concupiscence de la chair. La chasteté repose sur la pudeur et la modestie. La pudeur est le sentiment de honte de sa propre nudité dû au péché originel. La modestie est mettre de l’ordre dans les choses extérieures et intérieures.

Sans la pudeur et la modestie, la chasteté est inexorablement vouée à être mortellement perdue. Le démon essayera toujours d’attaquer la chasteté en attaquant la pudeur, en particulier les femmes, pour ensuite ruiner la modestie, chez les femmes et chez les hommes. Le démon utilise les images, les vêtements et les attitudes immodestes pour influencer les personnes et entraîner au désordre impudique et immoral.

La loi de la chair

Les pères du désert, raisons et natures du combat, la loi de la chair : «La loi du péché est dans nos membres et dans tout notre être, car le mot de chair s’étend aux dispositions orgueilleuses de l’esprit. 

«Ils se plaisent dans la loi de Dieu selon l’homme intérieur, ceux qui s’élevant au-dessus de toutes les choses visibles tache de s’unir toujours à Dieu seul. Mais ils remarquent qu’une autre loi qui est dans leurs membres c’est-à-dire dans la nature et la condition de l’homme s’oppose à cette loi de leur esprit et l’entraîne captif par cette loi violente du péché, le contraignant de quitter la présence du souverain bien, pour s’abaisser vers les choses de la terre. Et quoique l’engagement où ils se trouvent puisse être utile et nécessaire et qu’ils s’y appliquent par le devoir d’un ministère saint et religieux, néanmoins lorsqu’ils le comparent avec ce bien suprême dont la contemplation est la joie des saints, ils le regardent comme mauvais et comme une chose qu’ils doivent fuir, parce qu’il les retire, au moins en quelque sorte et pour quelque moment, de la vue de cet objet éternel qui peut seul les rendre véritablement heureux. Car il est vrai que cette loi de péché, dont parle l’Apôtre, est passée dans tous les hommes par le péché du premier homme et qu’elle est l’effet de cette juste condamnation que Dieu prononça contre lui, lorsqu’il dit : « La terre sera maudite dans vos ouvrages : Elle vous produira des épines et des ramés et vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage ! [Gen. 3, 17-19] »
C’est donc cette loi qui est insérée dans la chair même de tous les hommes, qui s’oppose à la loi de notre esprit, qui lui défend de voir et de contempler Dieu autant qu’il le désire et par laquelle la terre ayant été maudite dans nos ouvrages, a commencé après la connaissance du bien et du mal, de nous produire des pensées inquiètes, comme des épines et des ronces qui nous piquent et qui étouffent la semence des vertus, afin que nous ne puissions manger qu’à la sueur de notre visage ce pain qui est descendu pour nous du Ciel et qui fortifie le cœur de l’homme.

«Il est donc clair que nous ne devons pas ici entendre par ce mot de chair l’homme même, c’est-à-dire la substance de l’homme, mais la volonté de la chair, et ses désirs déréglés ; comme par le mot d’esprit nous ne devons pas entendre quelque substance, mais seulement les bonnes et saintes affections de l’âme. C’est le sens que cet apôtre a marqué assez clairement dans ce qui précède : « Marchez en esprit et vous n’accomplirez point les désirs de la chair ; car la chair a des désirs contre l’esprit et l’esprit contre la chair ; ces deux choses s’entrefont la guerre afin que vous ne puissiez pas faire ce que vous voulez » [Ga 5, 16-17]. Et comme ces deux différents désirs, c’est-à-dire ceux de l’esprit et ceux de la chair, sont dans une même personne, nous sommes toujours dans une guerre domestique et intérieure. Car d’un côté la concupiscence de la chair, qui se porte toujours avec ardeur vers le mal, trouve sa joie et son repos dans les délices et les plaisirs de la terre ; et de l’autre l’esprit résistant à la chair, désire de s’appliquer si entièrement aux exercices spirituels, qu’il souhaiterait s’interdire pour toujours les usages les plus nécessaires du corps, et d’être tellement absorbé dans les choses invisibles, qu’il voudrait ne plus donner aucun de ses soins au soulagement de celle qui lui fait sans cesse la guerre.
La chair se plait au luxe et à la sensualité ; l’esprit ne veut point consentir aux désirs
même les plus naturels. La chair aime à se satisfaire dans le manger et le sommeil ; l’esprit se
nourrit et s’engraisse en quelque sorte des veilles, et ne voudrait pas même donner au
manger et au dormir, autant que lui demande la nécessité de la vie. La chair veut avoir tout
avec abondance ; l’esprit a même quelque peine de voir, que ce peu de pain dont il a besoin
chaque jour ne lui manque jamais. La chair désire la propreté et les bains et prend plaisir à se
voir tous les jours assiégée d’une troupe de flatteurs ; l’esprit ne se plaît que dans ce qui est grossier et malpropre, il aime la demeure affreuse d’un désert inaccessible, et il se détourne de la compagnie des hommes. Enfin la chair aime l’honneur et les applaudissements des hommes, et l’esprit se glorifie dans les persécutions et les injures». (Les pères du désert, T. I, ch. II – La lutte, part. I – Raisons et natures du combat, § La loi de la chair, Jean Bremond, ed. 1927)

Sagesse charnelle

Saint L.-M. de Montfort, l’Amour de la Sagesse éternelle, n°81 : «La sagesse charnelle est l’amour du plaisir. C’est de cette sagesse dont les sages du siècle font profession quand ils ne cherchent que les plaisirs des sens ; quand ils aiment la bonne chère; quand ils éloignent de soi tout ce qui peut mortifier ou incommoder le corps, comme les jeûnes, les austérités, etc. ; quand ils ne pensent plus ordinairement qu’à boire, qu’à manger, qu’à jouer, qu’à rire, qu’à se divertir et qu’à passer agréablement son temps; quand ils recherchent les lits mollets, les jeux divertissants, les festins agréables et les belles compagnies. Et après que sans scrupule ils ont pris tous ces plaisirs qu’ils ont pu prendre sans déplaire au monde et sans incommoder leur santé, ils cherchent le confesseur le moins scrupuleux (c’est ainsi qu’ils nomment les confesseurs relâchés qui ne font pas leur devoir), afin d’avoir de lui, à bon marché, la paix dans leur vie molle et efféminée et l’indulgence plénière de tous leur péchés. Je dis : à bon marché, car ces sages selon la chair ne veulent ordinairement pour pénitence que quelques prières ou quelques aumônes, haïssant ce qui peut affliger le corps».

Mortifier les œuvres de la chair

Romains 8, 12-13 : «Ainsi donc, mes frères, nous sommes redevables de la chair pour vivre selon la chair. Car, si c’est selon la chair que vous vivez, vous mourrez. Mais si par l’Esprit vous mortifiez les œuvres de la chair, vous vivrez».

Galates 5, 16 : « Marchez selon l’esprit et vous n’accomplirez pas les désirs de la chair ».

St Grégoire de Nazianze († 390), père de l’Église, Premier discours théologique (Discours 27) : « Au lieu de louer ceux qui pratiquent l’hospitalité ; au lieu d’admirer ceux qui observent l’amour fraternel ou l’amour conjugal, ceux qui gardent la virginité, ceux qui nourrissent les pauvres, ceux qui chantent des Psaumes, ceux qui passent des nuits entières debout, ceux qui versent des larmes ; au lieu de réduire notre corps par le jeûne ; au lieu de nous élever vers Dieu par la prière ; au lieu de soumettre la partie inférieure de notre être à la partie supérieure, je veux dire la poussière à l’esprit, comme doivent le faire ceux qui jugent équitablement le composé que nous sommes ; au lieu de faire de la vie une méditation de la mort ; au lieu de maîtriser nos passions en nous souvenant de la noblesse que nous tenons d’en-haut au lieu de réfréner la colère, quand elle s’enfle et s’exaspère, et de contenir le désir de nous élever qui nous jette à bas (cf. Ps 72,18), la tristesse inconsidérée, le plaisir grossier, le rire impudique, les regards désordonnés, l’avidité de tout entendre, le bavardage, les pensées absurdes, et tout ce que l’Esprit mauvais prend en nous pour s’en servir contre nous – lui qui essaye de faire entrer la mort par nos fenêtres, comme dit l’Écriture (Jr 9, 20), c’est-à-dire par nos sens ».

St Cyprien de Carthage, père de l’Église, De l’envie et de la jalousie, n° 4 : «… je n’ai pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants que j’ai engendrés dans le Christ. Je vous ai donné du lait et non une nourriture solide ; car vous n’auriez pu la supporter : Vous ne le pouvez même pas encore, puisque vous êtes charnels. Je vois parmi vous des jalousies, des disputes, des dissensions : n’est-ce pas parce que vous écoutez les inspirations de la chair et que vous marchez selon les vues humaines (I Corint. III) ? Étouffez, mes frères bien-aimés, les vices et les péchés de la chair ; armez-vous de la vigueur spirituelle pour fouler aux pieds les convoitises d’un corps né de la terre, de peur, qu’en reprenant les habitudes du vieil homme, vous ne tombiez dans un piège mortel. C’est d’ailleurs le conseil de l’apôtre : Mes frères, dit-il, ne vivez pas selon la chair : si vous voulez satisfaire ses convoitises, vous mourrez ; si, à l’aide de l’esprit, vous mortifiez les œuvres de la chair, vous vivrez ; car ceux qui se laissent diriger par l’esprit de Dieu sont fils de Dieu (Rom. VIII). Si nous sommes les fils et les temples de Dieu, si, après avoir reçu l’Esprit-Saint, nous vivons selon ses lumières, si nos regards se portent de la terre au ciel, si nous élevons vers les régions éternelles un cœur plein de Dieu et du Christ, que toutes nos actions soient dignes et de Dieu et du Christ. Si vous êtes ressuscités en Jésus-Christ, dit l’apôtre, cherchez les choses d’en haut, là où le Christ est assis à la droite de Dieu ; ayez du goût pour les choses du ciel et non pour celles de la terre, car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. Mais quand le Christ, votre vie, apparaîtra de nouveau, vous aussi vous apparaîtrez avec lui dans la gloire (Col. III). Nous donc qui sommes morts et qui avons été ensevelis dans le baptême, par suite du péché du premier homme, nous qui sommes sortis de la piscine céleste ressuscités en Jésus-Christ, pénétrons-nous de ses maximes et cherchons à les mettre en pratique. Le premier homme, dit encore l’apôtre, est né du limon de la terre, le second du ciel. Les hommes terrestres, ressemblent au premier, les hommes célestes au second. De même que nous avons porté l’image de l’homme de la terre, portons maintenant l’image de l’homme du ciel (I Corint. XV). Cette image, nous ne pouvons la porter, si notre vie ne reproduit celle du Christ.

«Commencez donc une vie nouvelle, si vous voulez que l’homme divin resplendisse en vous ; que vos mœurs répondent à la sainteté de votre Père céleste ; que Dieu se manifeste par la pureté et la gloire de vos actions. La récompense ne se fera pas attendre : Je glorifierai ceux qui me glorifient, dit le Seigneur, et celui qui me méprise sera méprisé. C’est pour réaliser en nous cette glorieuse ressemblance avec Dieu le père, que Jésus nous dit : Vous savez qu’il a été dit : Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi ; et moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être les fils de votre Père céleste qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants et tomber sa pluie sur les justes et les pécheurs (Mat. V)».

St Cyprien de Carthage, père de l’Église, De l’envie et de la jalousie, n° 5 : «Occupons nos yeux à la lecture de la sainte Écriture, nos mains aux bonnes œuvres, notre esprit à la pensée de Dieu. Que notre prière soit continuelle. Travaillons constamment à notre salut. Occupons-nous sans cesse aux œuvres de la grâce, afin que, si l’ennemi s’approche et renouvelle ses attaques, il trouve notre cœur fermé et prêt à la résistance. Pour le chrétien, il n’y a pas seulement la couronne de la persécution : la paix a aussi ses couronnes ; mais, pour les mériter, il faut avoir, dans de nombreux combats, terrassé l’ennemi du salut. Domptez les passions impures, et vous recevrez la palme de la continence. Résistez à la colère, pardonnez les injures, et vous mériterez la couronne de la patience. Méprisez l’argent, et vous triompherez de l’avarice. Supportez les adversités de la vie par l’espérance des biens à venir, et votre foi aura droit à nos louanges. Évitez l’orgueil dans la prospérité, et votre humilité vous couvrira de gloire. Soyez miséricordieux envers les pauvres, et vous vous préparerez un trésor dans le ciel. Évitez la jalousie ; aimez vos frères ; ne formez avec eux qu’un cœur et qu’une âme, et vous aurez droit à la couronne de la paix et de la charité».

Saint Cyprien nous montre ci-dessus en résumé les œuvres de l’Esprit pour mortifier celles de la chair. C’est en mettant en pratique les œuvres de l’Esprit que la chair peut être mortifiée, cela signifie que la mortification de la chair n’est pas une fin en soi mais un moyen pour la vie de l’esprit et pour utiliser sa volonté et son libre arbitre avec la grâce (sinon se mortifier est inutile, et une intempérance par excès, ou même un naturalisme de purification de la nature par elle-même et pour elle-même comme fin).

La chair ne doit pas être tuée en soi dans ce qu’elle fait ni être considérée séparément comme une chose mauvaise à rejeter (hérésies des puritains, cathares, yogis,  etc.), mais ce sont les œuvres de la chair qui sont à mortifier : les inclinations mauvaises de l’homme animal doivent mourir pour que vive et croisse l’homme spirituel régénéré par la grâce. Mortifier les œuvres de la chair signifie soumettre la chair à l’âme. C’est la chair (qui inclut le psychique) révoltée ou non-soumise à l’âme qui est source du mal et du désordre dans l’homme. Voilà le vrai sens. Mais il est impossible pour l’homme de soumettre sa chair à son âme sans la grâce de Dieu.

C’est par le baptême que l’âme retrouve la vie de la grâce et par la fidélité à son baptême que l’âme peut mortifier les œuvres de la chair. Avant de mortifier les œuvres de la chair, il faut mortifier les œuvres du monde qui consistent à vivre pour les biens terrestres selon le monde et sa sagesse terrestre collée à la terre.

P. Kroust (1694-1772) S. J., Méditations sur les vérités de la foi, jeudi IX ap. la Pent. : « Par le baptême, vous avez juré sur les paroles du sacrement. On vous demanda : renoncez-vous à Satan ? Vous avez répondu : j’y renonce. – Renoncez-vous à toutes ses pompes ? J’y renonce. – À toutes ses œuvres ? J’y renonce ; car les pompes du démon sont les pompes du monde ; les œuvres du démon sont les œuvres de la chair ».

L’Apôtre saint Paul explique parfaitement la mortification des œuvres de la chair :

Romains 8, 12-17 : «Ainsi mes frères nous ne sommes point redevables à la chair, pour vivre selon la chair. Car si c’est selon la chair que vous vivez, vous mourrez ; mais si par l’esprit vous mortifiez les œuvres de la chair, vous vivrez».

Romains 6, 12-13 : « Que le péché donc ne règne point dans votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ses convoitises. Et n’abandonnez point vos membres au péché comme des instruments d’iniquité, mais offrez-vous à Dieu, comme devenus vivants, de morts que vous étiez, et vos membres à Dieu, comme des instruments de justice »

1 Corinthiens 6, 15 : « Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? Enlevant donc les membres du Christ, en ferai-je des membres de prostituée ? A Dieu ne plaise ».

Mortifier les œuvres de la chair, c’est le sens des paroles suivantes de Jésus-Christ :

Matthieu 18, 8-9 : «Si donc ta main ou ton pied te scandalise, coupe-le, et jette-le loin de toi ; il vaut mieux pour toi entrer dans la vie privé d’une main ou d’un pied, que d’être jeté ayant deux mains ou deux pieds, dans le feu éternel. Et si ton œil te scandalise, arrache-le et jette-le loin de toi ; il vaut mieux pour toi entrer dans la vie avec un seul œil, que d’être jeté ayant deux yeux dans la géhenne du feu». (aussi Matthieu 5, 29-30 ; Marc 9, 42-47)

Cela ne signifie pas de se mutiler, mais de s’éloigner des objets des sens inclinant à accomplir les œuvres de la chair, afin de faire vivre et croître l’homme intérieur spirituel régénéré par le baptême.

Éphésiens 4, 24 : « Et revêtez-vous de l‘homme nouveau qui a été créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité».

Colossiens 3, 9-10 : «…dépouillez le vieil homme avec ses œuvres, et revêtez le  nouveau, qui se renouvelle à la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé».

La mortification des œuvres de la chair est le moyen de faire croître l’homme nouveau régénéré par le baptême et par la grâce, pour tuer le vieil homme parce que les œuvres de la chair font obstacle à la vie de la grâce. C’est là que l’homme utilise sa liberté : Le Christ a racheté l’homme, mais l’homme doit suivre Jésus-Christ par ses œuvres. Mais c’est l’homme nouveau qui tue le vieil homme (animal et psychique déchu), ce n’est pas le vieil homme qui tue le vieil homme. Comme l’Apôtre saint Paul l’explique, c’est le Christ vivant dans l’homme racheté qui tue le vieil homme.

Galates 2, 20 : «Mais je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi. Car si je vis maintenant dans la chair, j’y vis en la foi du Fils de Dieu, qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi».

Jean 1, 12-13 : «Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu à ceux qui croient en son nom. Qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu».

Note Bible catholique Vulgate v. 13 : « La chair et le sang indiquent dans l’Écriture, la nature humaine qui s’oppose à la grâce ».

Les pères de l’Église enseignent ce qui suit à propos de Jean 1, 12-13 :

Saint Irénée, père de l’Église, Contre les hérésies, L. V, Part 2 § 2 : « Et les siens ne l’ont pas reçu » — les siens, c’est-à-dire les hommes —, ainsi que Moïse l’avait annoncé en disant au peuple : « Ta Vie sera suspendue sous tes yeux, et tu ne croiras pas en ta Vie » [Deut. 28, 66]. Ainsi, ceux qui ne l’ont pas reçu n’ont pas reçu la Vie. « Mais à tous ceux qui l’ont reçu il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ».

St Jean Chrysostome, père de l’Église, Hom. 9 sur St Jean : «Dieu, plein de bonté et de miséricorde, ne néglige rien de ce qui peut nous élever à une vertu éminente. Aussi ne veut-il s’attacher personne par force ou par nécessité, et ne veut nous attirer à lui que par la persuasion et par les bienfaits. De là vient que les uns le reçurent, et que les autres refusèrent de le recevoir ; car il ne veut pas qu’on soit à son service malgré soi et comme par contrainte ; celui qui le sert forcément et de mauvaise grâce, est à ses yeux comme celui qui refuse complètement de le servir : « Et les siens ne l’ont pas reçu ». (St Thomas, Catena Aurea, Jn 1, 12-13)

St Jean Chrysostome, père de l’Église, Hom. 10 sur St Jean : «Il ne dit pas qu’il les fit enfants de Dieu, mais qu’il leur à donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, nous apprenant ainsi que ce n’est qu’au prix de grands efforts que nous pouvons conserver sans tache ce caractère de l’adoption qui a été imprimé et gravé dans notre âme par le baptême. Il nous enseigne encore que personne ne peut nous ôter ce pouvoir, si nous-mêmes ne consentons à nous en dépouiller. Ceux à qui les hommes délèguent une partie de leur puissance ou de leur autorité, la possèdent presque à l’égal de ceux qui la leur ont donnée ; à plus forte raison en sera-t-il ainsi de nous qui avons reçu cet honneur de Dieu même. Il veut encore nous apprendre que cette grâce n’est donnée qu’à ceux qui la veulent et qui la recherchent ; car c’est le concours du libre arbitre et de l’opération de la grâce, qui nous fait enfants de Dieu. … Comme dans la distribution de ces biens ineffables, il appartient à Dieu de donner la grâce, de même qu’il appartient à l’homme de faire acte de foi, saint Jean ajoute : « À ceux qui croient en son nom ». Pourquoi ne nous dites-vous pas, saint Évangéliste, quel sera le supplice de ceux qui n’ont pas voulu le recevoir ? Mais quel supplice plus grand pour ceux qui ont reçu le pouvoir de devenir enfants de Dieu, que de refuser de le devenir, et de se priver volontairement d’un si grand honneur ? Toutefois ce ne sera pas leur seul supplice, ils seront condamnés à un feu qui ne s’éteindra jamais, comme l’Évangéliste le déclarera plus ouvertement dans la suite (Jn 3). … L’Évangéliste, en parlant ainsi, veut nous faire comprendre d’un côté la bassesse de la première génération qui vient du sang et de la volonté de la chair, et l’élévation de la seconde qui vient de la grâce et ennoblit notre nature, afin que nous ayons une haute idée de la grâce qui nous a engendrés, et que nous ne négligions rien pour la conserver ». (St Thomas, Catena Aurea, Jn 1, 12-13)

Saint Augustin, père de l’Église, Traité 1 sur St Jean : « Mais si personne absolument ne l’a reçu, personne donc n’est sauvé ; car la condition essentielle du salut, c’est de recevoir Jésus-Christ, aussi l’Évangéliste ajoute : « Tous ceux qui l’ont reçu », etc. … Ceux qui croient en son nom deviennent donc enfants de Dieu et frères de Jésus-Christ, et prennent par là même une nouvelle naissance. Comment, en effet, sans cette seconde naissance pourraient-ils devenir enfants de Dieu ? Les enfants des hommes naissent de la chair et du sang, de la volonté de l’homme et de l’union des époux. Mais comment naissent les enfants de Dieu ? Ils ne sont pas nés des sangs, c’est-à-dire, de l’homme et de la femme. … En effet, les enfants naissent du mélange du sang de l’homme et de la femme. … Dans les paroles suivantes : « Ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme » ; la chair est synonyme de la femme, en souvenir de sa création. Lorsque, en effet, elle eut été créée d’une côte du premier homme, Adam lui dit : « Voici l’os de mes os et la chair de ma chair ». Le mot chair signifie donc ici la femme, de même que souvent l’esprit est le symbole du mari, parce que son rôle est de commander, et celui de la femme de servir. Quelle maison plus mal ordonnée, en effet, que celle où la femme commande au mari ? Les enfants de Dieu ne sont donc nés ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu». (St Thomas, Catena Aurea, Jn 1, 12-13)

St Bède, père de l’Église : « La génération charnelle de tous les hommes tire son origine de l’union des époux, tandis que la génération spirituelle a pour principe la grâce de l’Esprit saint ». (St Thomas, Catena Aurea, Jn 1, 12-13)

Choix volontaire de l’âme et mortification de la nature

Saint Jean Chrysostome, père de l’Église, hom. 17 : « Si vous voulez fixer continuellement vos regards sur de beaux visages vous serez pris infailliblement, quand même vous échapperiez au mal deux ou trois fois, car vous n’êtes pas supérieur à la nature humaine. Mais celui qui en regardant une femme, allume dans son cœur une flamme coupable, conserve dans son âme même en l’absence de cette femme, l’image d’actions que la pudeur réprouve, et il finit presque toujours par s’y livrer.

L’âme humaine vit de la vie surnaturelle de la grâce, l’âme n’est pas le psychisme naturel. Le choix volontaire de l’âme n’est pas celui du psychisme. L’âme est la partie supérieure dans l’homme, le psychisme est la partie inférieure où résident les passions et ce que l’Écriture appelle chair ou partie animale.

Saint Jean Chrysostome, père de l’Église, sur S. Matthieu : « Si … une pensée de vanité s’élève dans votre cœur et y fait naître le désir le paraître aux yeux des hommes, mais que la partie intelligente de votre âme s’oppose à ce désir, on ne peut dire que vous agissez pour les hommes ; car cette pensée est une pensée de la chair, mais c’est le jugement de votre âme qui a déterminé votre choix.  (St Thomas, Catena aurea, Matthieu 6, 1)

Par conséquent le péché est engagé uniquement quand l’âme se laisse dominer par la chair ou la partie supérieure par la partie inférieure, autrement dit vous avez laissé fléchir la volonté de votre âme et permis le péché qui est le viol de la loi divine. Sans la grâce il est impossible pour l’homme de résister à sa nature ou à la révolte de la chair contre l’âme. La révolte de la chair contre l’âme est une séquelle du péché originel dans la nature humaine, ce que l’Église appelle la concupiscence ou inclination au mal que tout homme traine avec lui dans sa nature toute sa vie. C’est seulement par le baptême d’eau que le péché originel est pardonné mais l’inclination au mal demeure dans la nature humaine et l’homme, même régénéré par la grâce, doit lutter contre sa propre convoitise toute sa vie. C’est seulement par la grâce divine que l’âme peut conserver la domination de la chair. D’où que le péché véniel volontaire répété amène au péché mortel qui fait perdre la grâce, et l’âme est soumise ou enchaînée par les passions et tombe de plus en plus dans le péché jusqu’à la mesure que Dieu a fixé. L’âme en cet état lors de sa séparation du corps (la mort) descend immédiatement en enfer pour y subir une éternité de peines (De foi catholique). L’âme qui a conservé la grâce, lors de sa séparation du corps, va directement au ciel pour vivre éternellement avec Dieu, ou va avant au purgatoire (De foi catholique) pour brûler les restes non expiés de peines des péchés pardonnés. D’où que la pénitence est nécessaire pour obtenir le pardon des péchés, pour leur expiation et pour le salut.

On obtient la rémission des péchés par la désolation du cœur d’avoir offensé Dieu, la confusion, ou la contrition

Saint Rémi : Le lépreux, au sens moral, signifie le pécheur ; car le péché rend l’âme impure et la couvre de mille plaies. Le pécheur se prosterne aux pieds de Jésus-Christ, lorsqu’il est confus des péchés qu’il a commis ; cependant il doit les confesser, et demander le remède de la pénitence, à l’exemple du lépreux qui découvre ses plaies et en la guérison. Le Seigneur étend la main lorsqu’il accorde le secours de sa divine miséricorde, qui est immédiatement suivi de la rémission des péchés. Le pécheur toutefois ne doit être réconcilié à l’Église que par le jugement du prêtre [s’il y a un prêtre catholique disponible]. (Cité par St Thomas, Catena aurea, S. Matthieu 8, 1-4)

Ce que dit saint Rémi ci-dessus est bien confirmé par le concile de Trente.

On doit demander, chercher et frapper toujours sans se lasser, la rémission des ses péchés. On demande par la prière et la foi ; on cherche par la vie chrétienne et l’espérance ; on frappe par la charité et la persévérance :

La glose : « Nous demandons par la foi, nous cherchons par l’espérance, nous frappons par la charité. Vous devez d’abord demander pour avoir, puis chercher pour trouver, puis mettre en pratique ce que vous avez trouvé, afin de pouvoir entrer ».

Saint Rémi : «Nous demandons en priant, nous cherchons en vivant chrétiennement, nous frappons en persévérant dans le bien ». (Cité par St Thomas, Catena aurea, S. Matthieu 7, 7-8)

On peut obtenir le salut avec le sacrement de baptême, la vraie foi, la prière, la pénitence et en évitant l’occasion de péché. Par conséquent celui qui prie (comme il faut) se sauve et celui qui ne prie pas (ou pas comme il faut ou pas assez) se damne (St Alphonse), parce que par la prière persévérante on obtient la grâce nécessaire et la grâce pour la conserver et l’augmenter, c’est-à-dire faire les œuvres de la foi, faire des bonnes œuvres, maîtriser ses passions et faire son salut. Pour cela l’âme doit être mue par la crainte et  l’amour de Dieu ou les deux ailes du grand aigle de la femme (l’Église) au désert (grande apostasie actuelle).

Le temps, le corps de chair et le lieu pour faire pénitence

Saint Bernard, 106ème sermon, Trois choses nécessaires pour faire pénitence : 1. L’âme a trois états ; elle est unie au corps, séparée du corps, ou réunie au corps. Dans le premier état elle doit faire pénitence, et dans les deux autres elle a en partage le repos ou le châtiment, suivant qu’elle a fait le bien ou le mal dans son corps (II Cor. V, 10). En effet, pour faire pénitence il faut trois choses, le temps, un corps, et le lieu. La nécessité du temps ressort de ces mots de l’Apôtre : «Voici maintenant le temps favorable, voici le jour du salut» (II Cor. VI, 2). Quant au corps, voici ce que le même Apôtre en dit : «Nous devons tous comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun de nous reçoive ce qui est dû aux bonnes ou aux mauvaises actions qu’il aura faites pendant qu’il était revêtu de son corps» (II Cor. V, 10). Et voici ce que l’Écriture nous dit au sujet du lieu : «Si l’esprit de celui qui a la puissance s’élève sur vous, ne quittez point votre place» (Eccl. X, 4). Or, le temps se divise en trois parties, le passé, le présent et le futur. Quiconque fait pénitence comme il faut ne perd aucune de ces parties. En effet, il répare le passé qu’il avait perdu, quand il repasse ses années écoulées dans l’amertume de son âme; pour le présent, il s’en assure la possession par les bonnes œuvres, et quant à l’avenir il le tient par la constance de son bon propos. Voici comment l’Apôtre parle du passé : «Rachetant le temps parce que les jours sont mauvais» (Éph. V, 16). Quant aux œuvres du présent il nous y engage en ces termes : «Pendant que nous en, avons le temps faisons du bien à tous, mais surtout aux domestiques de la foi» (Galat. VI, 10). C’est le Seigneur lui-même qui nous parle de l’avenir; voici comment il le fait «Quiconque persévérera jusqu’à la fin sera sauvé» (Matt. X, 22).

« 2. Le corps aussi nous est nécessaire pour faire pénitence. C’est, en effet, dans le corps que nous pouvons souffrir des maux et faire du bien : souffrir les uns pour les fautes que nous avons commises, et faire du bien pour acquérir les récompenses éternelles. Aussi comment une âme sortie de son corps sera-t-elle en état de faire de dignes fruits de pénitence ? Mais il faut noter que la pénitence que nous faisons dans le corps est courte et légère : elle est courte, attendu que la mort du corps y met fin, et légère parce que, unie au corps, l’âme la supporte plus facilement. Au contraire elle serait lourde si l’âme était seule pour la supporter ; plus elle en laisse au corps, plus le poids qu’elle en garde pour elle est allégé. Enfin le lieu semble également utile et nécessaire pour faire pénitence, or, ce lieu c’est l’Église du temps présent. Quiconque néglige d’y faire pénitence comme il faut, pendant qu’il vit dans son corps, ne peut obtenir aucun remède de salut dans l’autre monde».

Plainte que Dieu fait de tous les pécheurs. De leur ingratitude, et des menaces pour les ramener à leur devoir 

Révélations de sainte Brigitte, Livre 7, Chap. 30 : « … celui qui était assis sur le trône dit : Oyez, vous tous, mes ennemis, qui vivez au monde, car je ne parle point à mes amis qui suivent mes volontés. Oyez, ô tous, prêtres, évêques, archevêques, et tous les degrés inférieurs de l’Église. Oyez, ô religieux de quelque ordre que ce soit. Oyez, ô rois, ô princes et juges de la terre, et tous les serviteurs. Oyez, ô reines et princesses, maîtresses et servantes, et tous, de quelque qualité et condition que vous soyez, petits et grands qui habitez le monde, oui, oyez les paroles que je vous dis maintenant, moi qui vous ai créés. Je me plains de ce que vous vous êtes retirés de moi, et avez donné la foi au diable, mon ennemi ; vous avez laissé mes commandements et avez suivi les volontés de Satan ; vous avez obéi à ses suggestions, ne considérant point que je suis Dieu immuable, éternel et votre Créateur, qui suis descendu du ciel aux flancs de la Sainte Vierge et ai conversé avec vous. Je vous ai ouvert la voie par moi-même, et vous ai montré les conseils par lesquels vous monteriez au ciel. J’ai été nu, flagellé, méprisé, couronné d’épines, et tiré si fortement en la croix que tous mes membres furent désemboîtés ; j’ai ouï tous les opprobres et ai souffert une mort contemptible, une douleur continuelle et une douleur trop amère pour votre salut. Vous, ô mes ennemis, vous ne prenez pas garde à toutes ces choses, d’autant que vous êtes trompés ; c’est pourquoi vous portez le joug et la charge du diable, avec une suavité fallacieuse, et vous ne savez ni ne ressentez la douleur qui vous opprimera sans fin ; ni ces choses ne vous suffisent point, car votre superbe est si grande que si vous pouviez monter au-dessus de moi, vous le feriez franchement.

« Votre volupté charnelle vous est si chère que vous aimeriez mieux être séparés de moi que d’être privés d’elle. D’ailleurs, votre cupidité est insatiable comme un sac troué, car il n’y a rien qui puisse assouvir vos cupidités. Partant, je jure en ma Divinité que, si vous mourez en l’état où vous êtes, vous ne verrez jamais ma face, mais vous serez si profondément submergés en enfer, que tous les diables seront sur vous, vous affligeant sans consolation aucune ; à raison de votre luxure, vous serez remplis d’un venin très-horrible et diabolique ; pour la cupidité, vous regorgerez de douleur, d’angoisses, et serez participants de tous les maux qui sont en enfer.

« O mes ennemis abominables, ingrats et dégénérés, je vous vois comme des vers morts en l’hiver, c’est pourquoi vous faites ce que vous voulez et y prospérez ; c’est pourquoi je me lèverai en été, et lors vous garderez le silence et vous n’échapperez pas de mes mains. Mais, ô mes ennemis, d’autant que je vous ai rachetés par mon sang et que je ne recherche rien que vos âmes, partant, retournez encore à moi avec humilité, et je vous recevrai gratuitement comme des enfants ; secouez le joug pesant de Satan, et souvenez-vous de mon amour, et vous verrez en votre conscience que je suis bon et doux ».

Mortification tempérante

Que la mortification de la chair est une mortification des œuvres de la chair qui doit être faite pour Dieu, et non pas pour soi, on le voit à travers l’excès désordonné d’ascèse de ceux qui ont manqué de discrétion et d’équilibre avec des mortifications internes et externes excessives (jeûne, etc.) et qui se sont éloignés du salut parce qu’ils se sont écoutés eux-mêmes ou ont fait selon leur idée et non par obéissance à la volonté de Dieu mais à leur propre volonté, et non sur le conseil d’anciens ou de supérieurs représentant Dieu. L’excès dans la mortification est nuisible et est dû à l’amour propre.

La mortification de la chair sans la charité ne sert à rien, et sans la vraie foi il n’y a pas de charité, donc même le sacrifice de sa propre vie n’est rien sans la foi et la charité.

1 Corinthiens 13, 3 : « Et quand … je livrerais mon corps pour être brulé, si ne n’ai point la charité, cela ne me sert de rien ».

Pape Pie XI, Mortalium Animos, n° 9 (Magistère de l’Église) : « Le fondement de la charité est la foi pure et sans tache ».

Le manque ou défaut de mortification est nuisible et mortel :

Matthieu 7, 21 : « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux ; mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là entrera dans le royaume des cieux ».

Luc 13, 5 : « je vous le dis : si vous ne faites pénitence, vous périrez tous ».

Mortifier les œuvres de la chair signifie se renoncer, mortifier les affections propres et l’orgueil de la vie.

Matthieu 10, 37-39 : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi, et qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. Et qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. Celui qui sauvera sa vie la perdra ; et celui qui perdra sa vie pour l’amour de moi, la retrouvera ».

Matthieu 16, 24 : « Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix et me suive ». (aussi Marc 8, 34 ; Luc 9, 23)

Luc 14, 27 : « Et qui ne porte point sa croix et ne me suit point, ne peut être mon disciple ».

I Corinthiens 9, 24-27 : « Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans la lice courent tous ; mais qu’un seul remporte le prix ? Courez donc de telle sorte que vous le remportiez. Tous ceux qui combattent dans l’arène s’abstiennent de toutes choses ; eux, pour recevoir une couronne corruptible, nous, une couronne incorruptible. Pour moi, je cours aussi, mais non comme au hasard ; je combats, mais non comme frappant l’air. Mais je châtie mon corps, et le réduis en servitude, de peur qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé ».

Pape Pie XII, Mystici Corporis Christi, 29 juin 1943 (Magistère) : « Les bienfaits divins, dit saint Ambroise, ne sont pas pour ceux qui dorment, mais pour ceux qui agissent«  (S. Ambroise, Expos. Evang. sec. Lucam IV, 49. PL 15, 1626). … Quant à l’estime que tous doivent avoir de la méditation des vérités célestes, ce ne sont pas seulement les documents de l’Église qui l’indiquent et la recommandent, mais aussi l’usage et l’exemple de tous les saints ».

Voici ce que dit Jésus-Christ et la sainte Vierge sur la mortification des œuvres de la chair, qui doit être à la fois rigoureuse et équilibrée, dans Les Révélations célestes de sainte Brigitte de Suède :

Révélations célestes de sainte Brigitte, Livre 1, ch. 23 : « L’homme feint et dissimulé paraît devant les hommes à l’extérieur être de bonnes mœurs, orné de sagesse, généreux à la défense de mon honneur ; mais il n’en est pas ainsi, car si on lui ôtait son casque de la tête, c’est-à-dire, si on le montrait aux hommes tel qu’il est en effet, on le verrait le plus vile et le plus poltron de tous. Certes, son cerveau est tout vide ; sa folie et sa légèreté dans ses mœurs montrent assez, par des signes évidents, manifestes, qu’il est indigne d’un tel honneur, car s’il était sage selon ma sagesse divine, il comprendrait qu’il devrait faire une pénitence d’autant plus rude et s’abaisser plus profondément, qu’il est rehaussé en honneur par-dessus les autres.  Il a les oreilles au front, attendu qu’au lieu de l’humilité profonde qu’il devrait avoir, à raison de la dignité à laquelle il est élevé et estimé, et brille au-dessus des autres, il ne veut ouïr que ses propres louanges et ses propres honneurs, s’enorgueillissant de telle sorte qu’il veut que tous l’appellent grand et bon.  Il a les yeux derrière la tête, attendu que sa vue et ses connaissances ne sont inutilement occupées que des choses présentes, et non des choses éternelles. Toute son étude est de chercher comment il plaira aux hommes, comment il contentera sa chair, et non comment il me contentera et profitera aux âmes. Son nez est coupé, car la discrétion lui est ôtée, par laquelle il pouvait discerner le péché de la vertu, l’honneur passager de l’honneur éternel, les richesses temporelles des richesses immortelles, et les délices fades et périssables des douces et permanentes délices.  Ses joues sont creuses, c’est-à-dire, toute l’humilité qu’il devait avoir devant moi, la splendeur et la beauté dont il devait me réjouir, sont éteintes, flétries, attendu qu’il a eu honte de pécher devant les hommes, et non pour ma considération. L’autre partie de la mâchoire et de la lèvre était toute tombée, de sorte, il n’y avait que le gosier, d’autant que l’imitation de mes œuvres, la prédication de mes paroles et la prière fervente, étaient déchues en lui, de sorte qu’il ne restait en lui que le gosier de sa gourmandise ».

Révélations célestes de sainte Brigitte, Livre 6,  Ch. 91 – Jésus-Christ commande à son épouse d’affermir le corps, afin que l’âme ne soit empêchée des choses divines : «L’épouse sainte Brigitte ayant un jour trop jeûné et veillé, la tête et le corps lui défaillaient, et Jésus-Christ lui parlant, elle ne comprit pas bien, parce qu’elle était débile. Lors Notre-Seigneur lui dit : Allez, donnez au corps avec modération ce qui lui est nécessaire, car c’est mon plaisir que la chair ait modérément le nécessaire, et que l’âme ne soit empêchée des choses spirituelles par faiblesse».

Révélations célestes de sainte Brigitte, Livre 9, ch. 60 : « Jésus-Christ apparut un jour à sainte Brigitte comme elle était en oraison, et lui dit : Sachez que ceux qui, en l’ancienne loi, semblaient être personnes spirituelles, étaient appelés pharisiens, lesquels avaient trois choses : ils se lavaient souvent pour sembler être nets ; ils jeûnaient et priaient au su de tous, afin qu’ils fussent appelés saints ; ils enseignaient et commandaient beaucoup de choses, lesquelles ils ne faisaient pas, mais tout cela leur a peu profité devant Dieu, parce que leur intention était corrompue et leur âme souillée. Or, comme le bain et le lavement du corps ne profite pas sans la pureté de la conscience, aussi ne nuit-il pas à une âme nette, s’il est pris avec discrétion pour la santé, non pour la volupté. C’est pourquoi il m’a plu davantage que vous ayez obéi à votre maître contre votre vouloir, que si vous eussiez suivi votre volonté contre son commandement. Plusieurs de mes élus n’ont pris aucune médecine corporelle ou autres soulagements de la chair, et m’ont été agréables ; plusieurs aussi en ont pris selon la diversité des maladies et disposition du temps et du lieu, qui ne m’ont pas déplu, d’autant qu’ils ont fait le tout pour mon service. Ainsi l’obéissance, qui n’a rien de sa propre volonté, me plaît plus qu’un grand sacrifice ».

Révélations célestes de sainte Brigitte, Livre 9, ch. 65, Ici Jésus-Christ enseigne à son épouse une règle et manière de vivre, tant pour elle que pour sa famille : « Jésus-Christ parle : Je vous conseille d’avoir quatre heures pour dormir avant minuit, et quatre heure après, et que celui qui ne peut en ait la volonté, et il lui profitera. Qui peut diminuer quelque peu de son sommeil, de sorte que ses sens et ses forces n’en soient trop languissants, en aura plus grande récompense. Ensuite ayez quatre heures pour dire vos prières et faire autres œuvres dévotes et utiles, afin que vous ne perdiez aucune heure sans faire quelque fruit. Vous resterez une heure à table, lequel temps vous ne devez prolonger sans cause raisonnable ; mais si vous avez plus tôt fait, vous en recevrez la récompense. Vous aurez six heures pour faire les œuvres nécessaires qui vous sont permises et enjointes, après quoi vous prendrez deux heures pour dire vêpres, complies et autres dévotes prières, lesquelles finies, vous emploierez une heure pour le souper avec honnête consolation pour soulager le corps. Vous levant du lit, vous garderez le silence durant quatre heures, lequel vous ne romprez sans licence, et ne répondrez, même aux choses nécessaires, si on vous interroge, que le plus succinctement que vous pourrez. Ce temps écoulé, une honnête et modérée récréation vous sera permise. Vous garderez le silence depuis grâces jusques aux oraisons qui vous seront enjointes. Quant aux six heures, vous les emploierez, selon le commandement de votre directeur, ou à apprendre, ou au travail de quelque chose utile, pendant lequel temps il vous sera loisible de vous entretenir de discours honnêtes et hors d’occasion d’offenser Dieu. Vous garderez le silence à vêpres et à complies, lesquelles finies, vous vous pourrez entretenir de choses honnêtes durant le peu de temps qui reste jusques au souper, et du souper jusques à votre coucher.

« J’ai dit dans l’Évangile que qui donnera un verre d’eau en mon nom, en sera récompensé. Et je vous dis que tous ceux qui, en mon honneur, entreprennent et accomplissent dévotement quelque abstinence, si petite qu’elle soit, méritent récompense. Vous savez les jeûnes que vous êtes tenue de garder en voyage. Si vous  étiez dans le monastère, vous auriez peut-être plus de repos ; prenez donc avec discrétion ce qui vous est nécessaire pour sustenter le corps ; usez du potage, soit de choux, soit de quelque autre espèce, mais pour l’amour de Dieu, n’en ayez pas de plusieurs en même temps. Quant à la chair et au poisson, ne vous en faites servir à table que deux espèces, ou qui plus est, n’en prenez point pour l’amour de moi. Mangez du pain qu’on vous donnera ; que s’il vous en faut plus qu’on ne vous en a servi, demandez-en en mon nom à votre maître. Usez du breuvage de même que du pain. Sachez que le malade ne peut vivre aussi exactement selon la règle que celui qui est robuste et en bonne santé, c’est pourquoi il peut demander et prendre ce qui lui est nécessaire. De plus, attendu que vous avez résolu de ne posséder rien, vous ne devez aussi rien donner ni accepter, s’il vous est offert sans licence. Je vous avertis encore que le diable à toute heure vous dresse des pièges, c’est pourquoi je vous conseille de noter les paroles que vous direz par mégarde au temps du silence, et que, vous en étant confessée, vous en fassiez satisfaction. Que si vous avez proféré des paroles inutiles ou peu discrètes, il faut alors que la satisfaction en soit plus grande. Si quelqu’un, emporté par un premier mouvement, contredit en colère un autre, qu’il cherche le plus tôt qu’il lui sera possible lieu propre à réciter un Ave Maria, et à demander humblement pardon à Dieu. Que chaque vendredi vous veniez au chapitre avec volonté de ne celer pas un de vos défauts ou d’y persévérer, mais de les corriger tous avec humilité, selon qu’il vous est enjoint ».

Révélations célestes de sainte Brigitte, Livre 9, ch. 85 : « [La Sainte Vierge Marie parle, disant :] en premier lieu, le sommeil, les veilles et la réflexion doivent être pris avec tempérance, afin que le corps puisse continuer le service de Dieu ; en deuxième lieu, persister au travail avec discrétion ; en troisième lieu, être joyeux et content dans le service de Dieu, et repousser toutes les volontés dépravées dont l’âme est illuminée ».

La mortification des œuvres de la chair est la mortification de la volonté propre (suivre ses désirs avant Dieu), de l’intelligence propre (penser par soi-même) et de l’amour propre (amour de soi au-dessus de l’amour de Dieu).

Abbé Daniel, De la concupiscence de la chair et de l’esprit – Combat contre l’esprit, la chair et l’orgueil – Différence entre l’homme charnel, l’homme animal et l’homme spirituel

Quatrième conférence de Cassien avec l’Abbé Daniel, père du désert – De la concupiscence de la chair et de l’esprit, Combat contre l’esprit, la chair et l’orgueil ; Différence entre l’homme charnel, l’homme animal et l’homme spirituel : « 7. Nous voyons, dans saint Paul, l’utilité de ce combat qui est dans nos membres. «La chair, dit-il, désire contre l’esprit, et l’esprit contre la chair ; ils se combattent mutuellement pour que vous ne puissiez pas faire tout ce que vous voulez» (Gal., V, 17). Vous avez un combat intérieur attaché à votre nature, par une disposition particulière de Dieu. Dieu veut le combat pour notre bien, pour nous faire avancer vers la perfection, et pour éloigner de nous une paix dangereuse.

« 8. L’Abbé Germain. Nous commençons à comprendre ; il reste cependant des obscurités dans le texte de l’Apôtre, et nous vous conjurons de vouloir bien les dissiper. Il nous semble qu’il est question de trois choses : la première est le combat de la chair contre l’esprit ; la seconde, le combat de l’esprit contre la chair ; la troisième, la volonté qui est entre les deux, et dont saint Paul dit : afin que vous ne fassiez pas tout ce que vous voulez. Ce sont ces dernières paroles que nous ne comprenons pas encore très-clairement, et puisque l’occasion de cette conférence se présente, nous vous prions de nous les expliquer.

« 9. L’Abbé Daniel. C’est beaucoup pour l’intelligence, de discerner ce qui est en question, et la plus grande partie de la science est de savoir qu’on ne sait pas. Aussi est-il dit : « L’insensé qui interroge passera pour sage». (Prov. XVII, 28) Car celui qui interroge, ignore la solution de la question qu’il fait, mais il la cherche ; il comprend qu’il ne comprend pas, et il doit être réputé sage, parce qu’il reconnaît son ignorance.

« Comme vous venez de le dire, l’Apôtre parle bien de trois choses. Il y a le combat de la chair contre l’esprit, le combat de l’esprit contre la chair, et la cause de cette guerre qui nous empêche, dit-il, de faire ce que nous voulons. Mais il reste une quatrième chose que vous n’avez pas bien aperçue, c’est ce qui nous fait faire ce que nous ne voulons pas. Il faut donc examiner d’abord ces deux forces contraires qui se combattent, la chair et l’esprit ; nous examinerons ensuite quelle est cette volonté qui est entre les deux, et nous tâcherons de discerner ce qui empêche de l’accomplir.

« 10. Le mot chair, dans les saintes Écritures, a plusieurs sens. Il signifie quelquefois l’homme tout entier, c’est-à-dire son corps et son âme. Il est dit : «Et le Verbe s’est fait chair» (S. Jean, I, 14). «Toute chair verra le salut de notre Dieu» (Isaïe, XL, 5 ; S. Luc, III, 6). Il signifie quelquefois les pécheurs et les hommes charnels, « Mon esprit ne demeurera pas en ces hommes, parce qu’ils sont chair» (Gen., VI, 3). Il est pris quelquefois pour le péché même : «Vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’esprit» (Rom. VIII). «La chair et le sang ne posséderont pas le royaume de Dieu» (II Cor. XV, 50). Et l’Apôtre ajoute : «Et la corruption ne possèdera pas l’incorruptible». Quelquefois il se prend pour les parents et les proches : «Nous sommes vos os et votre chair» (II Rois V, 1). L’Apôtre dit : «Je tâche d’exciter la jalousie de ma chair, afin d’en sauver quelques-uns» (Rom. XI, 14). Il faut examiner laquelle de ces quatre significations nous devons donner au mot chair. Il est évident que ce n’est pas celle-ci : «Le Verbe s’est fait chair». «Toute chair verra le salut de Dieu». Ce n’est pas non plus celle-ci : «Mon esprit ne demeurera pas dans ces hommes, parce qu’ils sont chair» ; car l’Apôtre ne parle pas de l’homme pécheur, lorsqu’il dit : «La chair combat l’esprit, et l’esprit combat la chair». Il ne parle pas des substances, mais des mouvements, des actes qui luttent ensemble et agitent la vie de l’homme.

« 11. Ainsi, la chair, dans ce texte, ne signifie pas l’homme, la substance de l’homme, mais la volonté de la chair et ses désirs déréglés ; l’esprit ne signifie pas non plus la substance de l’âme, mais ses bonnes et saintes aspirations. C’est évidemment dans ce sens que l’Apôtre s’exprime, lorsqu’il dit : «Marchez selon l’esprit, et n’accomplissez pas les désirs de la chair ; car la chair a des désirs contre l’esprit, et l’esprit contre la chair ; ils combattent ensemble de telle manière, que vous ne faites pas ce que vous voulez» (Gal. V, 17). Et comme ces deux sortes de désirs, ceux de la chair et de l’esprit, sont à la fois dans l’homme, il en résulte pour nous une guerre intérieure de tous les jours. La concupiscence de la chair qui nous porte au mal, nous fait trouver nos délices dans la possession des choses présentes ; tandis que l’esprit résiste à la chair, et désire s’appliquer tellement aux choses spirituelles, qu’il voudrait se passer même de ce qui est nécessaire à son corps, et ne lui donner aucun des soins que demande sa faiblesse. La chair se plaît dans le plaisir et la volupté ; l’esprit en repousse jusqu’aux simples désirs. La chair aime le sommeil et l’abondance ; l’esprit, les veilles et les jeunes : il voudrait ne pas laisser son corps dormir et manger autant qu’il en aurait besoin. La chair désire faire de bons repas ; l’esprit se contente d’un peu de pain tous les jours. La chair se plaît à prendre des bains et à se voir entourée de flatteurs ; l’esprit, au contraire, aime ce qui est grossier et la solitude profonde des déserts ; il fuit la présence de tous les hommes. La chair ambitionne les honneurs et la louange ; l’esprit se réjouit, au contraire, des persécutions et des injures.

« 12. La volonté de l’âme entre ces désirs contraires reste dans un milieu, dans une hésitation blâmable ; elle ne s’adonne pas aux dérèglements du vice, mais elle n’embrasse pas les saintes rigueurs de la vertu. Elle cherche à modérer les passions de la chair, parce qu’elle ne voudrait pas souffrir les épreuves sans lesquelles on ne peut satisfaire les désirs de l’esprit. Elle désire obtenir la chasteté du corps, sans le secours de la mortification ; acquérir la pureté du cœur, sans la fatigue des veilles ; devenir riche en vertu, sans efforts pénibles ; posséder le trésor de la patience, sans passer par les injures ; pratiquer l’humilité chrétienne, sans renoncer aux honneurs du monde ; concilier le renoncement de l’Évangile avec l’ambition du siècle ; servir Notre-Seigneur, sans se priver de la louange des hommes ; prêcher la vérité, sans blesser jamais personne : elle voudrait enfin acquérir les biens futurs, sans perdre toutefois les biens présents.

« Cette volonté ne nous fera jamais arriver à la véritable perfection ; mais elle nous fera tomber dans une odieuse tiédeur, et mériter les reproches qui sont dans l’Apocalypse : «Je sais quelles sont vos œuvres, dit le Seigneur ; car vous n’êtes ni chaud ni froid : que n’êtes-vous froid ou chaud  ? Mais parce que vous êtes tiède, je commencerai à vous vomir de ma bouche» (Apoc. III, 16).

« La guerre seule peut nous tirer de cet état de tiédeur ; car lorsque notre volonté, pour tout concilier, se relâche un peu, aussitôt les aiguillons de la chair se font sentir, et les blessures du vice et des passions ne nous permettent pas de nous maintenir dans cette pureté que nous voudrions conserver ; nous arrivons à travers des sentiers pleins d’épines à cet état de glace qui nous faisait horreur. Si, au contraire, dans la ferveur de notre esprit, nous voulons arrêter tous les désirs du corps, sans tenir aucun compte de la faiblesse humaine, si nous nous lançons avec trop d’ardeur dans des exercices de piété au-dessus de nos forces, l’infirmité de notre chair nous arrête et nous retire de ces excès blâmables. Ainsi, entre ces deux tendances contraires qui se combattent, la volonté de l’âme qui ne veut ni s’abandonner aux désirs de la chair, ni se sacrifier à la vertu, reste dans un juste tempérament : cette guerre intérieure empêche la volonté de s’égarer et l’oblige à tenir la balance égale entre l’âme et le corps, sans permettre à l’esprit de pencher à droite par trop de ferveur, et à la chair d’incliner à gauche, en cédant aux tentations du vice. Cette guerre intérieure et continuelle nous conduit heureusement à ce quatrième état, où nous faisons ce que nous ne voulons pas ; nous acquérons la pureté du cœur, non dans la paix et le repos, mais par les sueurs de l’obéissance et les larmes de la contrition ; et nous obtenons la chasteté de la chair par les jeûnes, la faim, la soif et la vigilance. Nous arrivons à la droiture du cœur, par la lecture, les veilles, la prière continuelle et par une rigoureuse solitude. Nous pratiquons la patience dans les épreuves de la tribulation ; nous servons Dieu au milieu des injures et des opprobres qui nous accablent, et nous confessons, s’il le faut, la vérité, malgré l’envie et la haine du monde.

« Cette guerre intérieure nous retire d’une paix lâche et coupable, et nous porte à des efforts de vertu pour lesquels nous avions de l’éloignement. Nous nous trouvons ainsi dans un juste milieu, et notre libre arbitre se maintient entre l’ardeur de l’esprit et l’engourdissement de la chair. De telle sorte que l’esprit ne permet pas à l’âme de se livrer aux désordres de la passion, et que la faiblesse de la chair ne souffre pas qu’elle se livre à des désirs exagérés de vertu. Le principe des vices est comprimé d’un côté, tandis que, de l’autre, l’orgueil du bien, notre plus dangereuse maladie, ne peut nous atteindre de ses traits empoisonnés. Ces combats tiennent l’âme en équilibre et en santé. Elle marche sûrement entre les deux extrêmes, dans le chemin royal que doit suivre le soldat de Jésus-Christ. Ainsi, lorsque l’âme, par la tiédeur et la lâcheté de sa volonté, se sent entraînée vers les désirs de la chair, l’esprit réprime la concupiscence et résiste aux vices de la terre ; et lorsque l’esprit se laisse emporter par l’excès de sa ferveur vers des choses impossibles, la faiblesse de la chair le retient dans la modération, et l’âme, sans se laisser engourdir par la tiédeur de la volonté, marche entre les deux extrêmes, et s’avance courageusement dans la voie droite et sûre de la perfection.

« Nous voyons quelque chose de semblable dans la Genèse, lorsque Dieu arrêta la construction de la tour de Babel, et confondit par la confusion des langues les entreprises sacrilèges des hommes (Gen., XI). Leur union était aussi injurieuse à Dieu que nuisible à ceux qui s’attaquaient à sa majesté ; ce fut donc un bien pour eux d’être dispersés par la diversité de leur langage. Leur accord les eût conduits à leur perte ; leur désaccord les sauvait, au contraire, et leur faisait connaître la faiblesse humaine, qu’ils ignoraient quand ils conspiraient ensemble contre Dieu.

« 13. Le combat de l’esprit et de la chair nous est utile en faisant naître des retards, des entraves salutaires. La pesanteur du corps retient l’esprit qui s’égare dans ses pensées, et lui donne, en mettant un obstacle à leur exécution, le temps de se reconnaître et de se repentir. Les démons ne furent point arrêtés par les entraves de la chair dans l’accomplissement de leurs desseins. Ils tombèrent des rangs les plus élevés des anges, et devinrent plus coupables que les hommes, parce qu’ils purent satisfaire sur-le-champ leurs désirs, et consommer irrévocablement le mal qu’ils avaient conçu. Leur esprit est aussi prompt à concevoir que leur substance à exécuter, et cette facilité ne leur a pas laissé le temps de délibérer et de renoncer à leurs coupables pensées.

« 14. Leur substance est toute spirituelle et libre des liens de la chair. Elle n’a, par conséquent, aucune excuse, et ne mérite aucun pardon dans les égarements de sa volonté. Elle n’est pas portée au mal par la révolte des sens ; elle ne pèche que par la faute de sa volonté corrompue. Aussi son péché est sans repentir, et sa ruine sans remède. Rien de terrestre ne l’a sollicitée dans sa chute, et elle ne saurait obtenir d’indulgence et de délai dans son châtiment. Nous voyons que le combat intérieur de l’esprit et de la chair, non-seulement ne nous est pas nuisible ; mais qu’il nous procure même de véritables avantages.

« 15. Le premier avantage est de nous faire connaître notre paresse et nos négligences. Semblable à un maître toujours vigilant, il ne nous permet jamais de nous écarter de la ligne droite du devoir et de la règle ; ‘ et si nous nous exposons à dépasser les limites que nous trace la prudence, il nous reprend aussitôt, nous corrige avec le fouet de la tentation, et nous ramène à l’austérité nécessaire. Le second avantage est de nous humilier. Lorsque la grâce de Dieu nous a rendus chastes et purs, lorsque nous avons été exempts pendant longtemps de toute pensée déshonnête, il nous semble que nous ne serons plus inquiétés des mouvements de la chair, et que nous sommes délivrés de notre corruption originelle ; nous pourrions en ressentir secrètement de l’orgueil ; mais alors le combat intérieur recommence, et nous humilie en nous rappelant par ses attaques les tristes faiblesses de notre humanité. Les autres vices, quoique plus grands et plus nuisibles, nous laissent plus indifférents et troublent moins notre conscience. Mais celui-ci nous fait rougir davantage : nos illusions se dissipent, et nous nous reprochons notre négligence à corriger nos passions ; et ces souillures involontaires nous font apercevoir des fautes spirituelles qui nous rendent impurs devant Dieu. L’âme se hâte de secouer sa nonchalance ; elle comprend qu’elle ne doit pas se fier à la pureté dont elle jouissait, et qu’elle la perdra, si Dieu s’éloigne d’elle un instant. Nous ne pouvons la conserver sans le secours continuel de la grâce, et nous savons, par expérience, que pour posséder toujours la pureté du cœur, nous devons toujours travailler à acquérir la vertu d’humilité.

« 16. Cet orgueil de notre pureté naturelle nous serait plus nuisible que toutes nos fautes, et nous en ferait perdre les avantages, comme le prouve la chute des anges dont nous avons parlé. Ils n’éprouvaient aucune tentation de la chair ; l’orgueil de leur cœur causa seul leur ruine, et les fit précipiter du haut du ciel. Vous le voyez, les combats sont un remède contre la tiédeur, sans lequel nous ne nous apercevrions pas de notre négligence, et nous ne ferions aucun effort spirituel ou corporel pour parvenir à la perfection. Nous négligerions la pratique de la tempérance et de la mortification, si la révolte de la chair ne nous humiliait pas sans cesse, et ne nous rendait pas attentifs à nous purifier de nos autres souillures spirituelles.

« 17. Ceux qui sont chastes par tempérament tombent souvent dans la tiédeur. Comme ils se croient affranchis du joug de la chair, ils ne pensent pas à acquérir la continence du corps et la contrition du cœur ; ils sont tranquilles et ne font aucun effort pour parvenir à la perfection et pour se guérir même de leurs maladies spirituelles. De l’état charnel, ils tombent à l’état animal, ce qui est plus fâcheux certainement ; car de froid c’est devenir tiède, et Dieu a dit « qu’il a les tièdes en horreur.

« 18. L’Abbé Germain. L’utilité de ce combat, entre la chair et l’esprit, nous paraît évidente ; vous nous l’avez, pour ainsi dire, rendue palpable. Veuillez avoir la bonté de nous expliquer de la même manière la différence qu’il y a entre l’homme charnel et l’homme animal, et comment l’homme animal est pire que l’homme charnel.

« 19. L’Abbé Daniel. Il y a, selon la sainte Écriture, trois états de l’âme : l’état charnel, l’état animal, et l’état spirituel (S. Aug., lib. LXXXIII, quest. 4, 67). L’Apôtre nous les indique tous les trois. Il dit de l’état charnel : «Je vous ai donné du lait à boire et non pas une nourriture solide, parce que vous n’étiez pas capables de la supporter, et vous ne l’êtes pas encore ; car vous êtes charnel» (I Cor. III, 2) ; et ailleurs : «Puisqu’il y a entre vous des disputes et des divisions, n’êtes-vous pas charnels ?» (Ibid., 4) Il parle de l’état animal, lorsqu’il dit : «L’homme animal ne comprend pas les choses qui viennent de l’esprit de Dieu ; car elles lui semblent une folie» (I Cor. II, 14). Il parle de l’homme spirituel, lorsqu’il dit : «L’homme spirituel juge toute chose, et n’est jugé par personne» (Ib., 15), et ailleurs : «Vous qui êtes spirituels, instruisez ces sortes de personnes avec un esprit de douceur» (Gal. VI, 1). Hâtons-nous donc, lorsque nous avons cessé d’être charnels, en nous séparant des hommes du siècle et en nous purifiant des souillures de la chair, hâtons-nous d’arriver, par tous les moyens, à l’état spirituel, de peur qu’en nous flattant d’avoir renoncé au monde extérieurement, et d’avoir évité la corruption de la chair, nous ne nous imaginions être parvenus à la perfection, et nous ne négligions de combattre nos autres passions. Si nous restons dans ce milieu, nous n’atteindrons pas l’état spirituel. Nous croirons qu’il suffit d’avoir quitté la société des hommes et les plaisirs du monde, d’être exempts des vices grossiers de la chair, et nous tomberons clans la tiédeur, le pire état de tous, puisque nous méritons d’être vomis de la bouche de Dieu, comme il nous en menace. «Que n’êtes-vous chaud ou froid ; mais vous êtes tiède, et je commencerai à vous vomir de ma bouche» (Apoc. III, 16).

« Ceux que Dieu avait bien voulu recevoir dans les entrailles de sa charité, sont devenus tièdes ; il déclare que son cœur se soulève pour les rejeter. Ils pouvaient, pour ainsi dire, faire partie de sa substance, et ils ont mieux aimé en être séparés ; ils sont devenus pires que ceux qui ne se sont jamais approchés des lèvres du Seigneur ; car nous avons plus d’aversion pour ce que nous avons vomi que pour les autres aliments. Ce qui était froid, s’est réchauffé dans notre bouche, et nous nous en sommes nourris avec plaisir ; mais ce que nous avons rejeté à cause de sa tiédeur, non-seulement nous ne l’approchons plus de nos lèvres, nous ne pouvons pas même le regarder sans horreur.

« Il est donc bien vrai de dire que rien n’est plus funeste que la tiédeur. L’homme charnel, l’homme du monde ou le païen, arrivera plus facilement à une conversion salutaire et à la véritable perfection, que celui qui, après avoir embrassé la vie religieuse, ne suit pas cependant la voie parfaite que lui trace sa règle, et laisse éteindre en lui le feu de sa première ferveur. Le premier est humilié de ses passions grossières, et, pour se laver de ses souillures honteuses, il accourt à la fontaine qui peut le purifier ; et dans son repentir, plus il a horreur de son infidélité, de son état de glace, plus son esprit s’enflamme et aspire à la perfection. Le second, au contraire, qui commence avec tiédeur et abuse du nom de religieux, ne saurait reprendre avec humilité et zèle le chemin de sa profession. Une fois qu’il est atteint de cette lèpre malheureuse, il ne peut en guérir ; ni ses propres réflexions, ni les conseils des autres ne le ramèneront dans la voie parfaite. Il a dit dans son cœur Je suis riche, je suis dans l’abondance, je ne manque de rien ; mais Dieu peut lui répondre : «Tu es misérable et digne de pitié ; tu es pauvre, aveugle et nu» (Apoc. III, 17). Il devient ainsi plus à plaindre que l’homme du monde ; car il ignore sa misère, son aveuglement, sa nudité, le besoin qu’il a de se convertir et d’écouter de salutaires avertissements. Il ferme l’oreille aux bons conseils, et il ne comprend pas que sa qualité de religieux fait son malheur. L’opinion qu’on a de lui est un poids qui l’accable. On croit à sa sainteté, à son union avec Dieu, et, à cause de cela, son châtiment sera plus terrible au jour du jugement.

« Mais pourquoi nous arrêter plus longtemps à des choses que l’expérience ne nous a que trop prouvées ? N’avons-nous pas souvent vu des hommes du monde et des païens qui étaient froids et charnels, devenir fervents et spirituels ; tandis que nous n’avons jamais vu devenir parfait celui qui était tiède et animal. Dieu déteste tellement les tièdes, qu’il ordonne, par son prophète, aux saints et aux docteurs, de cesser de les avertir et de les instruire, de ne pas répandre la semence de la bonne parole sur cette terre stérile et infructueuse, toute couverte de ronces et d’épines ; mais de la mépriser et de cultiver plutôt une terre nouvelle ; c’est-à-dire de prodiguer de préférence le zèle de leur parole et la lumière de leur doctrine aux païens et aux hommes du monde. « Voici ce que dit le Seigneur au peuple de Juda et aux habitants de Jérusalem : Défrichez des terres nouvelles, et ne semez plus sur les épines» (Jér. IV, 3).

Le mystère de l’Incarnation rédemptrice

L’Incarnation est un mystère essentiel de la foi. Tout baptisé est tenu absolument de croire en l’Incarnation pour le salut. C’est parce que la foi n’est pas droite (orthodoxe) sur l’Incarnation rédemptrice (Rédemption par l’Incarnation du Verbe fait chair) que les gens tombent dans l’apostasie et les hérésies sur la nature de Jésus-Christ, sur la nature de l’homme, sur la finalité de l’homme, et sur la chair et l’esprit de l’homme.

Concile de Constantinople, profession de foi, 381 ex cathedra [Magistère solennel] : «Je crois en un seul Dieu Père tout-puissant créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, et né du Père avant tous les siècles, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait ; qui à cause de nous les hommes et à cause de notre salut est descendu des cieux, s’est incarné de l’Esprit Saint de la Vierge Marie et s’est fait homme ; il a même été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, a souffert et a été enseveli, est ressuscité le troisième jour selon les Écritures et est monté au ciel ; il siège à la droite du Père et reviendra en gloire juger les vivants et les morts ; et son Règne n’aura pas de fin. …».

Pape Damase, Concile de Rome, Tomus Damasi, canons dogmatiques, 382 ex cathedra [Magistère solennel] : « Parce que après le concile de Nicée a surgi cette erreur, et que certains osèrent dire d’une bouche sacrilège que l’Esprit Saint a été fait par le Fils :

« 1. Nous anathématisons ceux qui ne proclament pas en toute liberté qu’il possède une seule puissance, une seule substance avec le Père et le Fils.

« 2. Nous anathématisons aussi ceux qui suivent l’erreur de Sabellius, en disant que le Père est le même que le Fils.

« 3. Nous anathématisons Arius et Eunomius qui, égaux en impiété quoique différents dans leurs paroles, affirment que le Fils et le Saint- Esprit sont des créatures.

« 4. Nous anathématisons les macédoniens qui, issus de la racine d’Arius, n’ont pas modifié la perfidie mais seulement le nom.

« 5. Nous anathématisons Photin qui renouvelle l’hérésie d’Ebion et qui professe que le Seigneur Jésus Christ est seulement de Marie.

« 6. Nous anathématisons ceux qui affirment deux Fils, existant l’un avant les siècles, et l’autre après l’assomption de la chair de la Vierge.

« 7. Nous anathématisons ceux qui disent que le Verbe de Dieu a habité dans une chair humaine à la place d’une âme raisonnable spirituelle, parce que le Fils et Verbe de Dieu n’a pas été dans son corps à la place d’une âme raisonnable et spirituelle, mais c’est notre âme (raisonnable et spirituelle) que, sans péché, il a prise et sauvée.

« 8. Nous anathématisons ceux qui affirment que le Verbe, le Fils de Dieu, est une extension ou une contraction, et séparé du Père, sans substance, et qu’il aura une fin.

« 9. Ceux aussi qui sont allés d’Église en Église, nous les tenons pour exclus de la communion avec nous jusqu’à ce qu’ils soient retournés dans les cités où ils ont été établis d’abord. Et si quelqu’un, lorsqu’un autre a émigré, a été ordonné à sa place de son vivant, celui qui a quitté sa cité sera sans dignité sacerdotale jusqu’au moment où son successeur reposera dans le Seigneur.

« 10. Si quelqu’un ne dit pas que le Père est toujours, que le Fils est toujours, que le Saint-Esprit est toujours, il est hérétique.

« 11. Si quelqu’un ne dit pas que le Fils est né du Père, c’est- à-dire de sa substance divine, il est hérétique.

« 12. Si quelqu’un ne dit pas que le Fils de Dieu est vrai Dieu, comme son Père est vrai Dieu, qu’il peut tout, qu’il sait tout et qu’il est égal au Père, il est hérétique.

« 13. Si quelqu’un dit que le Fils, quand il était sur la terre dans la chair, n’était pas avec le Père aux cieux, il est hérétique.

« 14. Si quelqu’un dit que dans la souffrance de la croix c’est Dieu qui ressentait la douleur, et non la chair et l’âme dont le Christ, Fils de Dieu, s’était revêtu – la forme d’esclave qu’il avait prise, comme dit l’Écriture (voir Ph 2,7) il est dans l’erreur.

« 15. Si quelqu’un ne dit pas qu’il siège à la droite du Père dans la chair dans laquelle il viendra juger les vivants et les morts, il est hérétique.

« 16. Si quelqu’un ne dit pas que l’Esprit Saint est vraiment et proprement du Père comme le Fils, qu’il est de la substance divine et qu’il est vrai Dieu, il est hérétique.

« 17. Si quelqu’un ne dit pas que le Saint-Esprit peut tout qu’il sait tout, qu’il est partout, comme le Fils et le Père il est hérétique.

« 18. Si quelqu’un dit que le Saint-Esprit est une créature ou qu’il a été fait par le Fils, il est hérétique.

« 19. Si quelqu’un ne dit pas que le Père a fait toutes choses, c’est-à-dire, les visibles et les invisibles, par le Fils et le Saint-Esprit, il est hérétique.

« 20. Si quelqu’un ne dit pas que le Père, le Fils et le Saint Esprit ont une seule divinité, un seul pouvoir, une seule majesté, une seule puissance, une seule gloire et souveraineté, un seul Royaume, une seule volonté et une seule vérité il est hérétique.

« 21. Si quelqu’un ne dit pas que sont vraies les trois Personnes du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qu’elles sont égales, toujours vivantes, contenant toutes les choses visibles et invisibles, puissantes sur tout, jugeant tout, vivifiant tout créant tout, conservant tout, il est hérétique.

« 22. Si quelqu’un ne dit pas que le Saint-Esprit doit être adoré par toute créature, comme le Fils et le Père, il est hérétique.

« 23. Si quelqu’un pense de façon juste à propos du Père et du Fils, mais ne pense pas de façon juste à propos de l’Esprit, il est hérétique, parce que tous les hérétiques qui pensent mal au sujet du Fils de Dieu et de l’Esprit Saint se trouvent dans l’impiété des juifs et des païens.

« 24. Si quelqu’un, en disant que le Père est Dieu, que son Fils est Dieu et que le Saint-Esprit est Dieu, partage, et veut dire ainsi des dieux et non pas Dieu, à cause de l’unique divinité et puissance, que nous croyons et savons appartenir au Père, au Fils et au Saint-Esprit ; s’il excepte le Fils ou l’Esprit Saint, en estimant que seul le Père doit être dit Dieu, et que c’est ainsi qu’il croit en un seul Dieu, il est hérétique en tous ces points ; il est même juif. Car le nom de dieux a été disposé et donné par Dieu à tous les anges et à tous les saints.
Mais pour le Père, le Fils et l’Esprit Saint, leur unique et égale divinité fait que ce n’est pas l’appellation de dieux, mais de Dieu, qui nous est montrée et indiquée pour que nous y croyions. Car nous sommes baptisés uniquement dans le Père, le Fils et l’Esprit Saint et non pas au nom des archanges ou des anges, comme les hérétiques ou les juifs ou même les païens insensés.

« Tel est le salut des chrétiens : croyant à la Trinité, c’est-à- dire au Père et au Fils et au Saint-Esprit, baptisés en elle, nous devons croire fermement qu’elle est une seule et vraie divinité et puissance, majesté et substance ».

Pape Eugène IV, Concile de Florence, session 8, 22 nov. 1439 ex cathedra [Magistère solennel] : « Nous présentons … cette règle de foi énoncée par le très bienheureux Athanase [Symbole de saint Athanase] … : «Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique : s’il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l’éternité. … Mais il est nécessaire au salut éternel de croire fidèlement aussi en l’incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ. C’est donc la foi droite que de croire et de confesser que notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme. Il est Dieu, de la substance du Père, engendré avant les siècles, et il est homme, de la substance de sa mère, né dans le temps ; Dieu parfait, homme parfait composé d’une âme raisonnable et de chair humaine, égal au Père selon la divinité, inférieur au Père selon l’humanité. Bien qu’il soit Dieu et homme, il n’y a pas cependant deux Christ, mais un Christ ; un, non parce que la divinité a été transformée en la chair, mais parce que l’humanité a été assumée en Dieu ; un absolument, non par un mélange de substance, mais par l’unité de la personne. Car, de même que l’âme raisonnable et le corps font un homme, de même Dieu et l’homme font un Christ. Il a souffert pour notre salut, il est descendu aux enfers, le troisième jour il est ressuscité des morts, il est monté aux cieux, il siège à la droite du Père, d’où il viendra juger les vivants et les morts. À sa venue, tous les hommes ressusciteront avec leurs corps et rendront compte de leurs propres actes : ceux qui ont bien agi iront dans la vie éternelle, ceux qui ont mal agi, au feu éternel. Telle est la foi catholique : si quelqu’un n’y croit pas fidèlement et fermement, il ne pourra être sauvé ».

Pape Pie IV, Concile de Trente, Iniunctum nobis, profession de foi, 13 nov. 1564 ex cathedra [Magistère solennel] : « Moi, N., je crois et je professe d’une foi ferme tous et chacun des articles contenus dans le symbole de foi [de Constantinople I, Ench. symb. 150] dont se sert l’Église romaine, c’est-à-dire : Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles ; et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait qui pour nous, les hommes, et pour notre salut, est descendu des cieux, par le Saint-Esprit s’est incarné de la Vierge Marie, et s’est fait homme ; il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate ; a souffert ; a été enseveli, est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, est monté aux cieux ; il siège à la droite du Père et il reviendra en gloire juger les vivants et les morts ; son Règne n’aura pas de fin …». (Denz., Ench. symb. 1862 994 – 1870 1000)

Le Verbe fait chair récapitule la création

Saint Irénée, père de l’Église, Contre les hérésies, L. V, Part 2 § 2 : « il [le Verbe] est venu » de façon visible « dans son propre domaine », « s’est fait chair » et a été suspendu au bois, afin de récapituler toutes choses en lui-même ».

Saint Irénée, père de l’Église, Contre les hérésies, Livre V : « Récapitulant donc en lui-même toutes choses, il a récapitulé aussi la guerre que nous livrons à notre ennemi… « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme » [Galates] ».

Si le Verbe fait homme récapitule la création, alors la création, récapitulée dans le Rédempteur, est incluse dans la rédemption.

Le salut de la chair

Il est évident que le salut de la chair s’inscrit dans le mystère de l’Incarnation. C’est la raison pour laquelle, il est nécessaire de bien connaître, comprendre et croire dans le mystère de l’Incarnation afin de comprendre ce qu’est le salut et en particulier le salut de la chair. De cela découle la vie chrétienne et la mortification des œuvres de la chair dans la foi de l’Église et non pas selon sa propre foi fabriquée.

L’Apôtre saint Paul aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que vos corps sont les membres du Christ ? »

Saint Irénée, Père de l’Église, Contre les hérésies, L. 5, 1, 3 : « lorsque cet Esprit, en se mélangeant à l’âme, s’est uni à l’ouvrage modelé, grâce à cette effusion de l’Esprit se trouve réalisé l’homme spirituel et parfait. Sont donc parfaits ceux qui, tout à la fois, possèdent l’Esprit de Dieu demeurant toujours avec eux et se maintiennent sans reproche quant à leurs âmes et quant à leurs corps, c’est-à-dire conservent la foi envers Dieu et gardent la justice envers le prochain ».

L’âme est la forme du corps et la chair trouve son salut dans l’Esprit. Même si les hommes meurent physiquement, tous ressusciteront et leur âme sera réunie à leur corps ressuscités, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre éternelle.

Pape Pie XII, Mystici corporis Christi, 29 juin 1943 (Magistère) : « Si à toute époque nous devons associer nos souffrances à celles du divin Rédempteur pour procurer le salut des âmes … que tous aujourd’hui se fassent un devoir de renoncer aux vices, aux séductions du monde, aux plaisirs effrénés du corps, ainsi qu’à la vanité et à la futilité des biens de la terre, qui ne servent de rien pour la formation chrétienne de l’esprit, de rien pour la conquête du ciel. Nous devons bien plutôt graver en nos intelligences les paroles si autorisées de notre immortel Prédécesseur, Léon le Grand, quand il affirmait que par le Baptême nous étions devenus la chair du Crucifié (Cf. S. Léon le Grand, Sermo LXIII, 6 ; Sermo LXVI, 3 PL 54, 357 et 366), et la splendide prière de saint Ambroise :  » Porte-moi, ô Christ, sur la Croix, qui est le salut des égarés, en laquelle seule se trouvent le repos de ceux qui sont fatigués et la vie de ceux qui meurent  » (S. Ambroise, In Ps. CXVIII, XXII, 30. PL 15, 1521) ».

Le Verbe a été fait chair

Le Verbe s’est fait chair sans cesser d’être le Verbe de Dieu, c’est Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme. Le Verbe était Dieu (Jn 1, 1) Il aurait pu se créer Lui-même sa propre chair, mais il a voulu prendre la chair de la Vierge Marie. C’est par sa propre humanité que le Verbe est accessible, et son humanité est prise de celle de Marie. Par conséquent, l’accès à Jésus-Christ se fait par son humanité, et donc par Marie, parce que dans l’humanité de Jésus-Christ, c’est Marie. Dans la chair du Christ c’est Marie. La Vierge Marie est incontournable parce que la chair du Verbe est la chair de Marie. C’est la volonté de Dieu.

Cela signifie que le salut de la chair vient de la glorification éternelle de la chair qu’a prise le Verbe divin par Marie. Donc, le salut de la chair ne peut se faire sans l’humanité de Jésus-Christ ni sans Marie. Marie purifie tout par sa pureté. Ce que l’homme fait par ou avec sa chair doit être fait par Marie qui purifie les œuvres de la chair à travers sa pureté reçue du Verbe fait chair en elle. Quelle douce suavité de goûter la présence de Marie dans nos œuvres ! La sainte Mère de Dieu n’est-elle pas montée aux cieux en son corps de chair ?

Pape Pie XII, Mystici corporis Christi, 29 juin 1943 (Magistère) : « …il [Jésus-Christ] s’est uni notre nature dans l’unité de sa personne ; faisant ainsi – comme le remarquait avec une certaine candeur Maxime de Turin – que,  » dans le Christ, c’est notre chair qui nous aime  » (Maxime de Turin, Sermo XXIX. PL 57, 594) ».

La chair et le sang et le royaume de Dieu

(Saint Irénée, Père de l’Église, Contre les hérésies, L. V, Part. 1, 4, Véritable sens de la phrase : « la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu »)

« La chair et le sang »

« C’est ce qui a été dit aussi ailleurs par l’Apôtre en ces termes : « La chair et le sang [¹] ne peuvent hériter du royaume de Dieu » [1 cor 15, 50], texte que tous les hérétiques allèguent dans leur folie et à partir duquel ils s’efforcent de prouver qu’il n’y a pas de salut pour l’ouvrage modelé par Dieu. Car ils ne comprennent pas que trois choses, ainsi que nous l’avons montré, constituent l’homme parfait : la chair, l’âme et l’Esprit. L’une d’elles sauve et forme, à savoir l’Esprit ; une autre est sauvée et formée, à savoir la chair ; une autre enfin se trouve entre celles-ci, à savoir l’âme, qui tantôt suit l’Esprit et prend son envol grâce à lui, tantôt se laisse persuader par la chair et tombe dans des convoitises terrestres. Ceux donc qui n’ont pas l’élément qui sauve et forme en vue de la vie, ceux-là sont et se verront appeler à bon droit « sang et chair », puisqu’ils n’ont pas l’Esprit de Dieu en eux. C’est d’ailleurs pourquoi ils sont dits « morts » par le Seigneur — « Laissez, dit-il, les morts ensevelir leurs morts » —, car ils n’ont pas l’Esprit qui vivifie l’homme. Mais ceux qui craignent Dieu, qui croient à l’avènement de son Fils et qui, par la foi, établissent à demeure dans leurs cœurs l’Esprit de Dieu, ceux-là seront justement nommés hommes « purs », « spirituels » et « vivant pour Dieu », parce qu’ils ont l’Esprit du Père qui purifie l’homme et l’élève à la vie de Dieu.

[¹] Note Vulg. 1 cor 15, 50 : La chair et le sang signifie l’homme animal, l’homme de péché.

Faiblesse de la chair et promptitude de l’Esprit

« Car si, au témoignage du Seigneur, « la chair est faible », de même aussi « l’Esprit est prompt », c’est-à-dire capable d’accomplir tout ce qu’il désire. Si donc quelqu’un mélange la promptitude de l’Esprit, en manière d’aiguillon, à la faiblesse de la chair, ce qui est puissant l’emportera nécessairement sur ce qui est faible : la faiblesse de la chair sera absorbée par la force de l’Esprit, et un tel homme ne sera plus charnel, mais spirituel, à cause de la communion de l’Esprit. Ainsi les martyrs rendent-ils témoignage et méprisent-ils la mort, non selon la faiblesse de la chair, mais selon la promptitude de l’Esprit. Car la faiblesse de la chair, ainsi absorbée, fait éclater la puissance de l’Esprit ; l’Esprit, de son côté, en absorbant la faiblesse, reçoit en lui-même la chair en héritage. Et c’est de ces deux choses qu’est fait l’homme vivant : vivant grâce à la participation de l’Esprit, homme par la substance de la chair.

Image de ce qui est terrestre et image de ce qui est céleste

« Donc, sans l’Esprit de Dieu, la chair est morte, privée de vie, incapable d’hériter du royaume de Dieu ; le sang est étranger à la raison, pareil à une eau que l’on aurait répandue à terre. C’est pourquoi l’Apôtre dit : « Tel a été l’homme terrestre, tels sont aussi les hommes terrestres ». Mais, là où est l’Esprit du Père, là est l’homme vivant : le sang, animé par la raison, est gardé par Dieu en vue de la vengeance ; la chair, possédée en héritage par l’Esprit, oublie ce qu’elle est, pour acquérir la qualité de l’Esprit et devenir conforme au Verbe de Dieu. C’est pourquoi l’Apôtre dit : « Tout comme nous avons porté l’image de ce qui est terrestre, portons aussi l’image de ce qui est céleste ». Quel est ce « terrestre » ? L’ouvrage modelé. Et quel est ce « céleste » ? L’Esprit. De même donc, veut-il dire, que, privés de l’Esprit céleste, nous avons vécu autrefois dans la vétusté de la chair, en désobéissant à Dieu, de même, maintenant que nous avons reçu l’Esprit, « marchons dans une nouveauté de vie », en obéissant à Dieu. Ainsi donc, parce que nous ne pouvons être sauvés sans l’Esprit de Dieu, l’Apôtre veut nous exhorter à conserver cet Esprit de Dieu par la foi et par une vie chaste, de peur que, faute d’avoir part à ce divin Esprit, nous ne perdions le royaume des cieux : voilà pourquoi il proclame que la chair à elle seule, avec le sang, ne peut hériter du royaume de Dieu.

La chair possédée en héritage par l’Esprit

« À vrai dire, en effet, la chair n’hérite point, mais est possédée en héritage, selon ce que dit le Seigneur : « Bienheureux les doux, parce qu’ils posséderont la terre en héritage » : ainsi sera donc possédée en héritage, dans le royaume, la terre dont provient la substance de notre chair. C’est pourquoi il veut que le temple soit pur, pour que l’Esprit de Dieu puisse s’y complaire, comme l’époux dans son épouse. De même donc que l’épouse ne peut épouser, mais peut être épousée, quand l’époux vient la prendre, de même la chair comme telle et à elle seule ne peut hériter du royaume de Dieu, mais elle peut être reçue en héritage, dans le royaume, par l’Esprit. Car c’est le vivant qui hérite des biens du mort, et autre chose est hériter, autre chose être possédé en héritage : l’héritier est le maître, il commande, il dispose de son héritage à son gré ; l’héritage, au contraire, est soumis à l’héritier, il lui obéit, il est sous sa domination. Quel est donc le vivant ? L’Esprit de Dieu. Et quels sont les biens du mort ? Les membres de l’homme qui se dissolvent dans la terre. Ce sont eux qui sont reçus en héritage par l’Esprit, en étant transférés par lui dans le royaume des cieux. C’est d’ailleurs pour cela que le Christ est mort, afin que le Testament de l’Évangile, étant ouvert et lu au monde entier, rende d’abord libres les esclaves du Christ, puis les constitue héritiers de ses biens, par là même que l’Esprit les recevrait en héritage, comme nous venons de le montrer : car c’est le vivant qui hérite et c’est la chair qui est possédée en héritage. De peur donc que nous ne perdions la vie en perdant l’Esprit qui nous possède en héritage, et afin de nous exhorter à cette communion de l’Esprit, l’Apôtre dit à bon droit les paroles déjà citées : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu ». C’est comme s’il disait :  » Ne vous y trompez pas ! Si le Verbe de Dieu n’habite pas en vous et si l’Esprit du Père ne vient pas en vous, et si vous menez une vie vaine et quelconque, alors, comme n’étant rien d’autre que chair et sang, vous ne pourrez hériter du royaume de Dieu « .

La greffe de l’Esprit

« Il parle ainsi de peur que, en complaisant à la chair, nous ne rejetions la greffe de l’Esprit : car « alors que tu n’étais, dit-il, qu’un olivier sauvage, tu as été enté sur un olivier franc et rendu participant de la sève de cet olivier ». Si donc un olivier sauvage, après avoir été enté sur un olivier franc, demeure ce qu’il était auparavant, à savoir un olivier sauvage, « il est coupé et jeté au feu » ; si, au contraire, il garde sa greffe et se transforme en olivier franc, il devient un olivier fertile, ayant été comme planté dans le jardin du roi. Ainsi en va-t-il des hommes : si, par la foi, ils progressent vers le meilleur, reçoivent l’Esprit de Dieu et produisent les fruits de celui-ci, ils seront spirituels, ayant été comme plantés dans le jardin de Dieu ; mais s’ils rejettent l’Esprit et demeurent ce qu’ils étaient auparavant, préférant relever de la chair plutôt que de l’Esprit, on dira à juste titre à leur sujet que « la chair et le sang n’hériteront pas du royaume de Dieu » : c’est comme si l’on disait qu’un olivier sauvage ne sera pas admis dans le jardin de Dieu. L’Apôtre a donc admirablement montré notre nature et toute l’ « économie » de Dieu là où il parle de la chair et du sang, ainsi que de l’olivier sauvage. Si, en effet, un olivier est négligé et abandonné quelque temps dans le désert, il se met à produire des fruits sauvages et devient, de lui-même, un olivier sauvage ; par contre, si cet olivier sauvage est entouré de soins et enté sur un olivier franc, il reviendra à la fertilité primitive de sa nature. Il en va de même des hommes : s’ils s’abandonnent à la négligence, ils produisent ces fruits sauvages que sont les convoitises de la chair et ils deviennent, par leur faute, stériles en fruits de justice — car c’est pendant que les hommes dorment que l’ennemi sème les broussailles de l’ivraie, et c’est pourquoi le Seigneur a enjoint à ses disciples de veiller — ; mais si ces hommes, stériles en fruits de justice et comme étouffés par les broussailles, sont entourés de soins et reçoivent en guise de greffe la parole de Dieu, ils reviennent à la nature primitive de l’homme, celle qui fut créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. D’autre part, si l’olivier sauvage vient à être enté, il ne perd pas la substance de son bois, mais change la qualité de son fruit et reçoit un autre nom, car il n’est plus et ne se voit plus appeler olivier sauvage, mais olivier fertile : de même l’homme qui est enté par la foi et reçoit l’Esprit de Dieu ne perd pas la substance de sa chair, mais change la qualité de ce fruit que sont ses œuvres et reçoit un autre nom qui signifie sa transformation en mieux, car il n’est plus et ne se voit plus appeler chair et sang, mais homme spirituel. Par contre, si l’olivier sauvage ne reçoit pas la greffe, il demeure sans utilité pour son propriétaire en raison de sa nature sauvage et, en tant qu’arbre stérile, « il est coupé et jeté au feu » : de même l’homme qui ne reçoit pas la greffe de l’Esprit qui s’opère par la foi demeure cela même qu’il était auparavant, à savoir chair et sang, et ne peut en conséquence hériter du royaume de Dieu.

« Vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit »

« C’est donc avec raison que l’Apôtre dit : « La chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu », et encore : « Ceux qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu » : par là, il ne rejette pas la substance de la chair, mais il attire l’infusion de l’Esprit — et c’est pourquoi il dit : « II faut que cet élément mortel revête l’immortalité, et que cet élément corruptible revête l’incorruptibilité » —. Il dit encore : « Quant à vous, vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit, s’il est vrai que l’Esprit de Dieu habite en vous ». Et il montre cela plus clairement encore, en disant : « Le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l’Esprit est vie à cause de la justice. Et si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels à cause de son Esprit qui habite en vous ». Il dit encore dans cette même épître aux Romains : « Si, en effet, vous vivez selon la chair, vous mourrez… » Par là, il n’entendait pas repousser loin d’eux la vie dans la chair — lui-même était dans la chair, lorsqu’il leur écrivait —, mais retrancher les convoitises de la chair, qui donnent la mort à l’homme. Et c’est pourquoi il ajoute : « … mais si, par l’Esprit, vous faites mourir les œuvres de la chair, vous vivrez : car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu ».

Œuvres de la chair et fruits de l’Esprit

« Ces œuvres, qu’il nomme charnelles, Paul a fait connaître quelles elles sont, prévoyant les sophismes des incrédules et s’expliquant lui-même afin de ne pas laisser de sujet de recherche à ceux qui scruteraient sa pensée avec incrédulité. Il s’exprime ainsi dans l’épître aux Galates : « Les œuvres de la chair sont manifestes : ce sont l’adultère, la fornication, l’impureté, le libertinage, l’idolâtrie, la magie, les inimitiés, la discorde, la jalousie, les emportements, les cabales, les dissensions, les factions, les envies, les beuveries, les orgies et autres choses semblables : je vous préviens, comme je l’ai déjà fait, que ceux qui commettent de telles actions n’hériteront pas du royaume de Dieu ». Il proclame ainsi de façon plus explicite, pour ceux qui veulent l’entendre, ce que signifie la parole : « La chair et le sang n’hériteront pas du royaume de Dieu » : car ceux qui commettent ces actions, se conduisant vraiment selon la chair, ne sauraient vivre pour Dieu. À l’opposé, il ajoute les actions spirituelles qui donnent la vie à l’homme, autrement dit la greffe de l’Esprit, en disant : « Le fruit de l’Esprit, au contraire, c’est la charité, la joie, la paix, la patience, la mansuétude, la bonté, la fidélité, la douceur, la tempérance, la chasteté : contre de telles choses il n’y a pas de loi ». De même donc que celui qui aura progressé vers le meilleur et produit le fruit de l’Esprit sera sauvé de toute manière à cause de la communion de l’Esprit, de même celui qui demeure dans les œuvres de la chair que nous avons dites sera réputé vraiment charnel, puisqu’il ne reçoit pas l’Esprit de Dieu, et il ne pourra en conséquence hériter du royaume des cieux.

 « Les injustes n’hériteront pas du royaume de Dieu »

« L’Apôtre lui-même en témoigne encore, lorsqu’il dit aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront pas du royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas : ni les impudiques, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les infâmes, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les rapaces n’hériteront du royaume de Dieu. Voilà ce que certains d’entre vous ont été ; mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et dans l’Esprit de notre Dieu ». Il montre ainsi très clairement ce qui perd l’homme, à savoir de persévérer à vivre selon la chair, et, à l’opposé, ce qui sauve l’homme, à savoir — ce sont ses propres termes — « le nom de notre Seigneur Jésus-Christ et l’Esprit de notre Dieu ». De la sorte, pour avoir ici même énuméré les œuvres de la chair, qui se font en dehors de l’Esprit et qui donnent la mort, il pourra, en conséquence de ce qu’il vient de dire, s’écrier à la fin de son épître en manière de résumé : « De même que nous avons porté l’image de ce qui est terrestre, portons aussi l’image de ce qui est céleste. Car je vous le déclare, frères : la chair et le sang ne peuvent hériter du royaume de Dieu ». La phrase « De même que nous avons porté l’image de ce qui est terrestre… » a le même sens que celle-ci : « Voilà ce que certains d’entre vous ont été ; mais vous vous êtes lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et dans l’Esprit de notre Dieu ». Quand donc avons-nous porté l’image de ce qui est terrestre ? Lorsque les œuvres de la chair que nous avons dites s’accomplissaient en nous. Et quand avons-nous porté l’image de ce qui est céleste ? Lorsque, dit-il, « vous vous êtes lavés », en croyant « au nom du Seigneur » et en recevant son Esprit. Or, en nous lavant de la sorte, nous nous sommes débarrassés, non de la substance de notre corps ni de l’image qu’est l’œuvre modelée, mais de notre ancienne vie de vanité. Dans ces membres donc en lesquels nous périssions du fait que nous accomplissions les œuvres de la corruption, dans ces mêmes membres nous sommes vivifiés dès lors que nous accomplissons les œuvres de l’Esprit.

« Souffle de vie » et « Esprit vivifiant »

« Car, comme la chair est capable de corruption, elle l’est aussi d’incorruptibilité, et, comme elle est capable de mort, elle l’est aussi de vie. Ces choses se cèdent mutuellement la place, et l’une et l’autre ne sauraient demeurer au même endroit, mais l’une est expulsée par l’autre et, du fait que l’une est présente, l’autre est détruite. Si donc la mort, en s’emparant de l’homme, a expulsé de lui la vie et a fait de lui un mort, à bien plus forte raison la vie, en s’emparant de l’homme, expulsera la mort et rendra l’homme vivant pour Dieu. Car, si la mort a fait mourir l’homme, pourquoi la vie, en survenant, ne le ferait-elle pas revivre ? Comme le dit le prophète Isaïe : « Dans sa puissance, la mort a dévoré » ; et encore : « Dieu essuiera toute larme de tout visage ». Or la première vie a été expulsée parce qu’elle avait été donnée par le moyen d’un simple souffle et non par le moyen de l’Esprit. Car autre chose est le « souffle de vie », qui fait l’homme psychique, et autre chose l’ « Esprit vivifiant », qui le rend spirituel. Et c’est pourquoi Isaïe dit : « Ainsi parle le Seigneur, qui a fait le ciel et l’a fixé, qui a affermi la terre et ce qu’elle renferme, qui a donné le souffle au peuple qui l’habite et l’Esprit à ceux qui la foulent aux pieds » : il affirme par là que le souffle a été donné indistinctement à tout le peuple qui habite la terre, tandis que l’Esprit l’a été exclusivement à ceux qui foulent aux pieds les convoitises terrestres. C’est pourquoi le même Isaïe, reprenant la distinction que nous venons de dire, dit encore : « Car l’Esprit sortira d’auprès de moi, et tout souffle c’est moi qui l’ai fait » : il range de la sorte l’Esprit dans une sphère à part, aux côtés de Dieu, qui, dans les derniers temps, l’a répandu sur le genre humain par la filiation adoptive ; mais il situe le souffle dans la sphère commune, parmi les créatures, et il le déclare chose faite. Or ce qui a été fait est autre que Celui qui l’a fait. Le souffle est donc chose temporaire, tandis que l’Esprit est éternel. Le souffle connaît un instant de vigueur, il demeure un moment, puis il s’en va, laissant privé de souffle l’être en lequel il se trouvait auparavant ; l’Esprit, au contraire, après avoir enveloppé l’homme du dedans et du dehors, demeure toujours avec lui et, dès lors, jamais ne l’abandonnera. « Mais, dit l’Apôtre à l’adresse des hommes que nous sommes, ce qui apparaît d’abord, ce n’est pas le spirituel, mais d’abord le psychique, puis le spirituel ». Rien de plus juste, car il fallait que l’homme fût d’abord modelé, qu’après avoir été modelé il reçût une âme, et qu’ensuite seulement il reçût la communion de l’Esprit. C’est pourquoi aussi « le premier Adam a été fait âme vivante, mais le second Adam a été fait Esprit vivifiant ». De même donc que celui qui avait été fait âme vivante, en inclinant vers le mal, a perdu la vie, ainsi ce même homme, en revenant au bien et en recevant l’Esprit vivifiant, retrouvera la vie.

« Car ce n’est pas une chose qui était morte et une autre qui est rendue à la vie, de même que ce n’est pas une chose qui était perdue et une autre qui est retrouvée, mais, cette brebis même qui était perdue, c’est elle que le Seigneur est venu chercher. Qu’est-ce donc qui était mort ? De toute évidence, la substance de la chair, qui avait perdu le souffle de vie et était devenue sans souffle et morte. C’est elle que le Seigneur est venu rendre à la vie, afin que, comme nous mourons tous en Adam parce que psychiques, nous vivions tous dans le Christ parce que spirituels, après avoir rejeté, non l’ouvrage modelé par Dieu, mais les convoitises de la chair, et avoir reçu l’Esprit Saint.

« Faites mourir vos membres terrestres… »

« Comme le dit l’Apôtre dans son épître aux Colossiens : « Faites donc mourir vos membres terrestres ». Quels sont-ils, ces membres ? Lui-même les énumère : « … la fornication, l’impureté, les passions, la convoitise mauvaise et l’avarice qui est une idolâtrie ». Voilà ce dont l’Apôtre prêche le rejet, et c’est à propos de ceux qui commettent de tels actes qu’il affirme qu’ils ne peuvent, comme n’étant que « chair et sang », hériter du royaume des cieux : car leur âme, pour avoir incliné vers ce qui est inférieur et être descendue vers les convoitises terrestres, est désignée par ces noms mêmes de « chair » et de « sang ». Et c’est tout cela que  l’Apôtre nous commande une nouvelle fois de rejeter, lorsqu’il dit dans la même épître : « Ayant dépouillé le vieil homme avec ses pratiques… ». Ce disant, il n’entend nullement répudier l’antique ouvrage modelé : sans quoi nous devrions nous tuer et rompre tout lien avec la vie d’ici-bas ! Au reste, l’Apôtre lui-même nous écrit tandis qu’il est cet homme qui a été modelé dans le sein maternel et qui est sorti de celui-ci, et il affirme, dans son épître aux Philippiens, que « vivre dans la chair est le fruit d’une œuvre ». Or le fruit de l’œuvre de l’Esprit, c’est le salut de la chair : car quel pourrait être le fruit visible de l’Esprit invisible, sinon de rendre la chair mûre et capable de recevoir l’incorruptibilité ? Si donc « vivre dans la chair est le fruit d’une œuvre », l’Apôtre ne méprise assurément pas la substance de la chair lorsqu’il dit : « Ayant dépouillé le vieil homme avec ses pratiques… », mais il entend signifier le rejet de notre ancienne manière de vivre, vieillie et corrompue. Et c’est pourquoi il poursuit : « … et ayant revêtu l’homme nouveau, qui se renouvelle dans la connaissance selon l’image de Celui qui l’a créé ». En disant « qui se renouvelle dans la connaissance », il indique que cet homme-là même qui se trouvait antérieurement dans l’ignorance, c’est-à-dire qui ignorait Dieu, se renouvelle par la connaissance de celui-ci : car c’est la connaissance de Dieu qui renouvelle l’homme. Et en disant « selon l’image de Celui qui l’a créé », il signifie la récapitulation de cet homme qui, au commencement, avait été fait à l’image de Dieu.

Guérisons et résurrections opérées par le Christ

« Que l’Apôtre était bel et bien celui-là même qui était né du sein maternel, c’est-à-dire l’antique substance de la chair, lui-même le dit dans son épître aux Galates : « Mais, quand il plut à Celui qui m’avait mis à part dès le sein de ma mère et appelé par sa grâce de révéler en moi son Fils pour que je l’annonce parmi les gentils… ». Ce n’était donc pas un autre qui était né du sein maternel, ainsi que nous l’avons déjà dit, et un autre qui annonçait la bonne nouvelle du Fils de Dieu ; mais celui qui était auparavant dans l’ignorance et persécutait l’Église, celui-là même, après qu’une révélation lui fut venue du ciel et que le Seigneur se fut entretenu avec lui, comme nous l’avons montré au troisième livre, annonçait la bonne nouvelle du Fils de Dieu, Jésus-Christ, crucifié sous Ponce Pilate, son ignorance antérieure ayant été abolie par sa connaissance subséquente.

« Il en alla de lui comme de ces aveugles que guérit le Seigneur : ceux-ci rejetèrent leur cécité, pour recouvrer dans son intégrité la substance de leurs yeux et voir dorénavant par ces yeux mêmes par lesquels ils ne voyaient pas jusque-là ; la cécité était seulement abolie par la vue, mais la substance des yeux était conservée, afin que, voyant désormais par ces yeux par lesquels ils ne voyaient pas, ils rendent grâces à Celui qui leur avait fait recouvrer la vue. De même aussi ceux dont le Seigneur guérit la main desséchée et absolument tous ceux qu’il guérit n’échangèrent pas contre d’autres leurs membres nés du sein maternel dès le principe, mais recouvrèrent ces membres mêmes pleins de santé.

« Car l’Artisan de toutes choses, le Verbe de Dieu, celui-là même qui a modelé l’homme au commencement, ayant trouvé son ouvrage abîmé par le mal, l’a guéri de toutes les manières possibles, tantôt en restaurant tel ou tel membre particulier à la manière dont il avait été modelé au commencement, tantôt en rendant d’un seul coup à l’homme une parfaite santé et intégrité afin de se le préparer en vue de la résurrection. Et, de vrai, quel motif aurait-il eu de guérir les membres de chair et de les rétablir dans leur forme première, si ce qu’il guérissait ne devait pas être sauvé ? Car, si l’avantage ainsi octroyé par lui n’était que temporaire, il n’accordait pas une bien grande faveur à ceux qu’il guérissait. Ou encore, comment les hérétiques peuvent-ils dire que la chair ne peut recevoir de lui la vie, alors qu’elle a reçu de lui la guérison ? Car la vie s’acquiert par la guérison, et l’incorruptibilité, par la vie. Celui qui donne la guérison donne donc aussi la vie, et celui qui donne la vie procure aussi l’incorruptibilité à l’ouvrage par lui modelé.

« Qu’ils nous disent, en effet, ceux qui prétendent le contraire, c’est-à-dire qui nient leur salut : la fille défunte du grand prêtre, et le fils de la veuve qu’on emportait, mort, près de la porte de la ville, et Lazare qui se trouvait dans le tombeau depuis quatre jours, en quels corps ressuscitèrent-ils ? De toute évidence, en ceux en lesquels ils étaient morts. Car, si ce ne fut pas en ceux-là, ce ne furent pas non plus ces morts mêmes qui ressuscitèrent. Mais, en fait, « le Seigneur, dit l’Écriture, prit la main du mort et dit à celui-ci : Jeune homme, je te le commande, lève-toi ! Et le mort se dressa sur son séant. Le Seigneur alors ordonna de lui donner à manger et le rendit à sa mère ». De même « il appela Lazare d’une voix forte, en disant : Lazare, viens dehors ! Et le mort sortit, dit l’Écriture, les pieds et les mains liés de bandelettes ». C’était le symbole de l’homme enlacé dans les péchés. C’est pourquoi le Seigneur dit : « Déliez-le et laissez-le aller ».

« De même donc que ceux qui furent guéris le furent en leurs membres qui avaient été malades et que les morts ressuscitèrent dans leurs corps mêmes, membres et corps recevant la guérison et la vie que donnait le Seigneur — celui-ci préfigurait ainsi les choses éternelles par les temporelles et montrait qu’il était Celui qui a le pouvoir de donner à l’ouvrage par lui modelé la guérison et la vie, afin que l’on crût également à sa parole relative à la résurrection —, de même aussi à la fin, « au son de la trompette dernière », à la voix du Seigneur, les morts ressusciteront, selon ce qu’il dit lui-même : « L’heure vient où tous les morts qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l’homme, et ils en sortiront, ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, et ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement » ». (Saint Irénée, Père de l’Église, Contre les hérésies, L. V, Part. 1, 4)

 

A suivre