Les mauvaises confessions sont le chemin de l’enfer pour beaucoup – À propos des confessions sacrilèges

Sommaire

  • Saint Alphonse, Des personnes qui ont fait des confessions sacrilèges
  • Saint curé d’Ars, Sur les qualités de la confession
  • Saint curé d’Ars, La confession – bien se confesser

Saint Alphonse de Liguori, docteur de l’Église, œuvres ascétiques : « Des personnes qui ont fait des confessions sacrilèges. I. Dans les chroniques de saint Benoît, il est rapporté qu’un solitaire du nom de Pelagius, qui gardait des moutons pour ses pauvres parents, menait une vie si exemplaire que tous l’appelaient un saint. Il a vécu de cette manière plusieurs années. Après la mort de ses parents, il vendit la petite propriété qu’ils l’avaient laissé et se retirait dans un ermitage. Malheureusement, il avait consenti une fois à une pensée impudique. Après ce péché, il tomba dans un état de grande mélancolie parce qu’il ne le confessait pas, de peur qu’il ne perdre la bonne opinion de son confesseur. Tandis qu’il était dans cette mélancolie, un pèlerin qui passait par là lui dit : «Pélage, confesse ton péché : Dieu te pardonnera, et ta paix sera rétablie». Le pèlerin alors disparut. Après cela, Pelagius résolut de faire pénitence pour son péché, mais de ne pas le confesser, se flattant que Dieu pourrait lui pardonner sans confession. Il entra dans un monastère, dans lequel il fut immédiatement reçu en raison de sa réputation de sainteté, et il mena une vie austère, se crucifiant avec des jeûnes et des pénitences. Enfin l’heure de la mort fut venue : il fit sa dernière confession ; Comme il avait toujours par honte caché le péché pendant la vie, il l’a également dissimulé à la mort ; il reçut le viaticum, est mort et fut enterré, avec la réputation d’un saint. La nuit suivante, le sacristain trouva le corps de Pelagius hors de sa tombe. Il l’enterra à nouveau ; mais la deuxième et la troisième nuit, il trouva le corps hors de la tombe. Il appela l’abbé qui, en présence des autres moines, déclara : «Pélage, vous avez toujours été obéissant pendant la vie, soyez obéissant maintenant aussi dans la mort. Dites-moi, de la part de Dieu, si c’est la volonté divine que votre corps doive être gardé dans un endroit particulier ? Le défunt, hurlant, dit : « Hélas ! Je suis damné pour avoir caché un péché en confession. O Abbé, regarde mon corps ! » Et voici ! son corps apparaissait comme un fer rouge qui faisait jaillir des étincelles de feu. Tous s’enfuirent ; mais Pelagius appela l’abbé pour qu’il enlève la particule consacrée qui restait encore dans sa bouche. L’abbé enleva l’hôte sacré. Pelagius leur dit ensuite de sortir son corps de l’église et de le jeter sur un tas de fumier comme un chien. Il fut fait comme il le souhaitait.

« II. Dans les annales des Capucins, nous lisons celui qui était estimé saint, mais faisait de mauvaises confessions. Étant saisi d’une maladie grave, on lui dit d’aller se confesser. Il fut envoyé à un certain père, à qui il dit : «Mon Père, vous me dites d’aller confesser, mais je ne ferai aucune confession». « Et pourquoi ? » dit le père. «Parce que, répondit le malade, je suis damné, car je n’ai jamais avoué tous mes péchés, et maintenant Dieu me prive du pouvoir de faire une bonne confession». Après cela, il commença à hurler et à se déchirer la langue en disant : «Langue maudite, qui ne confessait pas les péchés quand tu l’aurais pu». Et ainsi, se rongeant langue en pièces et hurlant, il expira son âme dans les mains du diable. Après la mort il est devenu noir comme un incinéré, on a entendu un bruit épouvantable et la pièce remplie d’une puanteur intolérable.

« III. Le père Seraphin Razzi raconte que, dans une ville d’Italie, il y avait une dame mariée d’un noble rang qui était réputée être une sainte. Sur son lit de mort, elle reçut tous les sacrements et mourut avec une grande réputation de sainteté. Après la mort, sa fille, qui avait toujours recommandé à Dieu l’âme de sa mère, entendit un jour, alors qu’elle était en prière, un grand bruit à la porte. Elle se retourna et vit une horrible figure tout en feu et exhalant une grande odeur. À cette vue, elle fut tellement terrifiée qu’elle était sur le point de se jeter par la fenêtre ; mais elle entendit une voix disant : « Arrêtez-vous, arrêtez-vous, ma fille : je suis votre malheureuse mère, qui a été considérée comme une sainte, mais pour certains péchés commis avec votre père, ce que j’ai eu honte d’avouer, Dieu m’a condamné à l’enfer. Ne priez plus Dieu pour moi, car vous n’ajoutez qu’à mes douleurs.

« IV. Le célèbre docteur Jean Ragusino raconte qu’une certaine femme très spirituelle pratiquait la méditation et fréquentait les sacrements, de sorte qu’elle était considérée par son évêque comme une sainte. La malheureuse regardait un jour un serviteur et consentit à une pensée impudique ; mais parce que le péché n’était qu’une de ses pensées, elle se flattait qu’elle ne devait pas l’avouer. Cependant, elle fut toujours torturée avec un remords de conscience et surtout dans sa dernière maladie. Mais même à sa mort, elle a caché le péché par honte et est morte sans l’avouer. L’évêque qui était son confesseur et croyait qu’elle était sainte, faisait passer son corps en procession à travers toute la ville, et par dévotion l’avait enterrée dans sa chapelle. Mais le lendemain matin, en entrant dans la chapelle, il vit un corps au-dessus de la tombe, posé sur un grand feu. Il lui commanda au nom de Dieu de dire ce que c’était. Une voix répondit que c’était sa pénitente, et qu’elle était damnée pour une mauvaise pensée. Elle commença ensuite à hurler et à maudire sa honte, qui avait été la cause de sa ruine éternelle.

« V. Le père Martin del Rio raconte que, dans la province du Pérou, il y avait une jeune Indienne appelé Catharine, qui était un serviteur d’une dame respectable. Sa maîtresse l’avait amenée à recevoir le baptême et à fréquenter les sacrements. Elle fréquentait souvent la confession, mais cachait certains de ses péchés. Juste avant sa mort, elle fit neuf confessions ; mais elles étaient toutes sacrilèges. Après ses confessions, elle dit à ses camarades qu’elle avait caché ses péchés. Ils le dirent à sa maîtresse qui, en l’interrogeant, a découvert que ces péchés étaient certains actes d’impureté. Elle l’a donc dit au confesseur, qui est revenu, et a exhorté sa pénitente à avouer tous ses péchés. Mais Catharine refusa obstinément, et se mit dans un tel désespoir, qu’elle se retourna et dit à son confesseur : «Père, laisse-moi, ne t’inquiète pas : tu ne perds que ton temps ; Et puis elle tourna le visage vers lui et commença à chanter des chansons profanes. Quand elle fut près de sa fin, ses compagnons l’exhortèrent à prendre le crucifix. Elle répondit : « Quel crucifix ? Je ne connais pas le Christ crucifié, et je ne veux pas le connaître ». Et ainsi elle est morte. Si grand était le bruit et la puanteur pendant la nuit, que la maîtresse était obligée de quitter la maison. La défunte apparut ensuite à l’un de ses compagnons et dit qu’elle était damnée à cause de ses mauvaises confessions.

« VI. Le père François Rodriguez raconte qu’en Angleterre, lorsque la religion catholique avait prospéré dans ce pays, le roi Augubert avait une fille qui, à cause de sa beauté rare, était recherchée par de nombreux princes. Étant demandé à son père si elle voulait se marier, elle répondit qu’elle avait fait un vœu de chasteté perpétuelle. Le père obtint une dispense du Saint-Siège, mais elle refusa résolument de l’accepter, en disant qu’elle ne souhaitait d’autre conjoint que Jésus-Christ. Elle demanda seulement à son père la permission de vivre une vie solitaire dans sa maison. Le père, parce qu’il l’aimait, satisfaisait sa demande et lui avait assigné une maintenance adéquate. Dans sa retraite, elle commença à mener une vie sainte dans la méditation, le jeûne et les œuvres de pénitence, fréquentant les sacrements et fréquentant fréquemment les hôpitaux pour assister les malades. Alors qu’elle vivait de cette manière, elle tomba malade dans sa jeunesse et mourut. Une certaine femme qui avait été sa gouvernante, en priant une nuit, entendit un grand bruit, et vit une âme sous la forme d’une femme dans un feu ardent, et attachée dans les chaînes, au milieu d’une multitude de démons. L’âme dit : «Sachez que je suis la fille malheureuse d’Augubert». « Quoi ! » répondit la gouvernante ; « Êtes-vous damné d’une vie si sacrée ? » « Oui », répondit l’âme ; « Je suis justement damné par ma faute ». Et pourquoi ? «  » Vous devez savoir que dans ma jeunesse j’ai eu plaisir à écouter une de mes pages, pour qui j’ai eu de l’affection, en lisant un certain livre. Une fois, après avoir lu le livre pour moi, la page m’a embrassé ; le diable a commencé à me tenter, jusqu’à ce que j’ai fini par commettre le péché avec la page. Je suis allé me confesser, et ai commencé à dire mon péché ; mon confesseur indiscret m’a réprimandé instantanément en disant : « Quoi ! Une reine a-t-elle été coupable d’un tel péché ? » Ensuite, par honte, j’ai dit que c’était un rêve. J’ai ensuite commencé à accomplir des œuvres pénitentielles et à donner l’aumône, afin que Dieu puisse me pardonner sans confesser le péché. Au décès, j’ai dit au confesseur que j’étais une grande pécheresse ; il m’a dit de bannir la pensée comme une tentation. Après cela, j’ai expiré, et je suis maintenant damnée pour toute l’éternité « . Elle a alors disparu au milieu d’un tel bruit, que le monde entier semblait tomber en morceaux, et a laissé dans la chambre une puanteur intolérable, qui a duré plusieurs jours.

« VII. Le père Jean Baptiste Manni, de la Compagnie de Jésus, rapporte qu’une certaine dame avait caché pendant plusieurs années en confession un péché d’impureté. Deux religieux de l’Ordre de Saint Dominique passèrent par l’endroit. La dame, qui attendait toujours un étrange confesseur, pria l’un d’entre eux d’entendre ses confessions. Quand les Pères furent partis, son compagnon dit au confesseur de la dame que, pendant qu’elle confessait ses péchés, il avait vu de nombreux serpents venir de sa bouche, mais qu’il y avait un grand serpent horrible, dont la tête ne sortait que plus tard qui est retourné entièrement dans la bouche de la dame. Il a vu tous les serpents qui sont revenus à nouveau. Le confesseur est retourné à la maison de la dame, et en entrant a entendu dire qu’elle était morte tout à coup. Par la suite, quand il était en prière, la malheureuse apparut et lui dit :  » Je suis la personne malheureuse qui vous ai fait la confession ; J’ai commis un seul péché, que je dissimulai volontairement aux confesseurs du lieu. Dieu vous a envoyé ; mais même alors je ne pouvais pas vaincre la honte de le dire. Il m’a frappé subitement de mort quand vous êtes entré dans la maison et m’a condamné justement à l’enfer ». Après ces paroles, la terre s’ouvrit, et elle tomba dans le gouffre et disparut instantanément.

« VIII. Saint Antoine raconte qu’il y avait une veuve qui avait commencé à mener une vie sainte, mais ensuite, en se familiarisant avec un jeune homme, est tombée dans le péché avec lui. Après sa chute, elle a accomplit des œuvres pénitentielles, a donné l’aumône, et est même entrée dans un monastère, mais n’a jamais confessé son péché. Elle est devenue abbesse. Elle mourut, et est morte avec la réputation d’une sainte. Mais une nuit, une religieuse qui était dans le chœur a entendu un grand bruit et a vu un spectre entouré de flammes. Elle a demandé ce que c’était. Le spectre a répondu : « Je suis l’âme de l’abbesse, et je suis en enfer ». « Et pourquoi ? » « Parce que dans ce monde j’ai commis un péché, et je ne l’avais jamais confessé. Va, dis-le aux autres religieuses et ne prie plus pour moi ». Elle a ensuite disparu au milieu d’un grand bruit.

« IX. Dans les annales des Capucins, il est rapporté qu’une certaine mère, à cause d’avoir fait des confessions sacrilèges, a commencé à la mort de dire qu’elle était damnée pour ses péchés graves et pour ses mauvaises confessions. Entre autres choses, elle a déclaré qu’elle devait restituer à certaines personnes, et qu’elle avait toujours négligé de le faire. Sa fille lui dit alors : «Ma mère, laisse ce que tu dois restaurer, je me satisfait de tout vendre, pourvu que ton âme soit sauvée». La mère a répondu : « Ah, maudit enfant ! Je suis damné aussi sur votre compte, car je vous ai scandalisé par mon mauvais exemple ». Ainsi, elle a continué à hurler comme quelqu’un dans le désespoir. Ils ont envoyé un des pères capucins. Quand il est arrivé, il l’a exhortée à faire confiance à la miséricorde de Dieu ; mais la femme malheureuse a dit : « Quelle pitié ! Je suis damné ». (Les œuvres ascétiques complètes de St Alphonse, p. 571-78)

« Dans la vie du père Jean Ramirez, de la Société de Jésus, il est relaté que, en prêchant dans une certaine ville, il fut appelé à entendre la confession d’une jeune fille qui mourait. Elle était de noble naissance et avait apparemment mené une vie sainte ; elle fréquentait fréquemment la Communion, jeûnait et fit d’autres mortifications. À la mort, elle confessa ses péchés au père Ramirez avec beaucoup de larmes, de sorte qu’il fut grandement consolé. Mais, après son retour au collège, son compagnon dit que pendant que la jeune fille faisait ses confessions, il vit une main noire lui serrer la gorge. Le Père retourna immédiatement à la maison de la dame malade, mais avant d’entrer, il apprit qu’elle était morte. Il retourna à son collège, et pendant qu’il était en prière, la défunte lui apparut sous une forme horrible, entourée de flammes et attachée à une chaîne, et dit qu’elle était damnée à cause d’un péché commis avec un jeune homme, qu’elle dissimula volontairement dans la confession par honte, et qu’à la mort, elle voulait l’avouer, mais le diable l’a amené, par la même honte, à le dissimuler. Après ces paroles, elle disparut au milieu de l’affreux hurlement et de l’impressionnant cliquetis des chaînes ». (Les œuvres ascétiques complètes de St Alphonse, vol 15, p. 548)

« Un malheur semblable est arrivé à un pécheur qui fut damné pour avoir différé ses confessions. Le Vénérable Bède raconte que cet homme, qui avait été fervent, tomba dans la témérité et le péché mortel, et différait la confession de jour en jour. Il fut saisi d’une maladie dangereuse, et aussitôt même remetta sa confession en disant qu’il allait ensuite se confesser en de meilleures dispositions. Mais l’heure de la vengeance arriva : il tomba dans un évanouissement mortel dans lequel il pensa qu’il avait vu l’enfer ouvert sous ses pieds. Après avoir repris ses sens, les personnes qui se tenaient autour de son lit le supplièrent de faire sa confession, mais il répondit : « Il n’y a plus de temps, je suis damné ». Ils continuèrent à l’encourager. « Tu perds ton temps », dit-il ; « Je suis damné, je vois l’enfer ouvert, je vois Judas, Caïphe, et les meurtriers de Jésus-Christ ; et chez eux, je vois ma place, parce que, comme eux, j’ai méprisé le sang de Jésus-Christ en différant les confessions depuis si longtemps ». Ainsi, le malheureux est mort dans le désespoir sans confession et a été enterré comme un chien à l’extérieur de l’église sans avoir une prière offerte pour son âme ». (Les œuvres ascétiques complètes de St Alphonse, vol. 15, p. 528)

«Dites-moi, ma sœur, si, dans le châtiment de ne pas confesser un certain péché, vous deviez être brûlée vivante dans un chaudron en ébullition et si, après cela, votre péché devait être révélé à tous vos proches et voisins, le cacheriez-vous ? Non, en effet, si vous saviez qu’en le confessant, votre péché resterait secret et que vous échapperiez à être brûlée vivante. Maintenant, il est plus que certain que, à moins de confesser ce péché, vous brûlerez en enfer pour toute l’éternité et que, le jour du jugement, il sera rendu compte de toute l’humanité. « Nous devons tous » dit l’apôtre, «paraître devant le tribunal de Christ» (I Cor. v. 10). «Si, dit le Seigneur, vous ne confessez pas le mal que vous avez fait, je proclamerai votre ignominie à toutes les nations, je découvrirai votre honte à votre visage et montrerai … votre honte aux royaumes» (Nah III, 5) ». (Les œuvres ascétiques complètes de St Alphonse, vol.15, p. 549-50)

Saint Alphonse : « Il y a un exemple plus terrible dans les  » Chroniques Thérésiennes « . Une jeune fille tomba dans un péché qu’elle avait honte d’avouer, puis fit trois communions sacrilèges. Après la troisième communion, elle fut soudain frappée morte devant l’autel. Son visage apparaissait, non pas noir, mais plein de splendeur. Tous ont crié : « Une sainte ! Une sainte ! » et son corps fut transporté en procession dans tout le quartier. Mais remarquez ce qui s’est passé et tremblez à l’idée de recevoir la communion en état de péché mortel. Un ange apparut à un frère carmélite thérésien, qui était dans sa cellule, pendant la nuit où le corps de la malheureuse était enterré dans l’église. L’ange conduit le Père à l’église, et lui commanda d’ouvrir la bouche de la défunte. Il ouvrit la bouche, et trouva les trois Hosties qu’elle avait reçues en état de péché et les plaça dans un ciboire. Après le retrait des Hosties, son visage ne paraissait plus brillant et resplendissant, mais noir et horrible ».

Saint Alphonse : « Il est nécessaire de communier ; mais, comme on l’a dit, il faut communier en état de grâce ; sinon la communion deviendra un poison, ou plutôt un licou pour étrangler l’indigne communiant. Saint Cyprien raconte qu’une femme chrétienne qui, pour se dissimuler, avait, par peur de la persécution, fait une action contraire à la foi, est venue à l’église et est allée à la Communion sans confesser son péché. Mais quelle a été la conséquence ? L’Hostie sacrée était resté dans la gorge ; la gorge s’est gonflée de telle manière qu’elle a commencé à trembler de la tête aux pieds, et a expiré ».

Saint Alphonse : « Écoutez cet exemple : un garçon usait souvent de la confession ; et tous le prenaient pour un saint. Une nuit, il eut une hémorragie, et il fut retrouvé mort. Ses parents  allèrent aussitôt à son confesseur et, en pleurant, ils le suppliaient de le recommander à Dieu ; et il leur dit : «Réjouissez-vous, votre fils, je le sais, était un petit ange ; Dieu voulait l’enlever de ce monde, et il devrait maintenant être au paradis, s’il était encore dans le purgatoire, je dirai la messe pour lui « . Il mit ses vêtements pour aller à l’autel ; mais avant de quitter la sacristie, il se vit en présence d’un spectre effrayant auquel il demanda au nom de Dieu qui il était. Le fantôme répondit qu’il était l’âme de celui qui venait de mourir. Oh ! est-ce vous ? s’écria le prêtre ; Si vous avez besoin de prières, je dirai la messe pour vous. Hélas ! La Messe ! Je suis damné, je suis en enfer ! Et pourquoi ? « Écoutez », déclara l’âme : « Je n’avais jamais commis de péché mortel ; mais la nuit dernière, une mauvaise pensée m’est venue à l’esprit ; J’y ai consenti, et Dieu m’a fait mourir tout de suite, et m’a condamné à l’enfer comme je l’ai mérité. Ne dites pas la messe pour moi ; Cela ne ferait qu’augmenter mes souffrances». Après avoir parlé ainsi, le fantôme disparut ». (Les œuvres ascétiques complètes de St Alphonse, vol. 15, p. 167)

 

Sermon du saint curé d’Ars : Sur les qualités de la confession

Surgam, et ibo ad patrem meum, et dicam ei : Pater, peccavi in cœlum et coram te.
Je me lèverai, et j’irai me jeter aux pieds de mon père en lui disant : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre vous. (S. Luc, XV, 18.)

Tels sont, M.F. [Mes Frères], la douleur et le regret que la pensée de nos péchés doit produire dans nos cœurs, et telle fut la démarche que fit l’enfant prodigue, lorsque, rentrant en lui-même, il reconnut sa profonde misère et les biens qu’il avait perdus en se séparant d’un si bon père. Oui, s’écrie-t-il, je me lèverai et j’irai retrouver ce bon père ; me jetant à ses pieds, je les arroserai de mes larmes « O mon père, couvert de péchés et de la honte qui m’accable, je n’ose plus regarder le ciel, ni vous comme mon père, puisque je vous ai si affreusement méprisé ; mais trop heureux si vous voulez bien me ranger au nombre de vos serviteurs ». Beau modèle, M.F., pour un pécheur qui, étant touché de la grâce, éprouve la profondeur de sa misère et le poids de ses péchés et de ses remords qui le dévorent : Heureux et mille fois heu­reux le pécheur qui s’approche de son Dieu avec les mêmes sentiments de douleur et de confiance que ce grand pénitent. Oui, M.F., comme lui il est sûr de trouver en Dieu un père plein de bonté et de tendresse, qui lui remettra volontiers ses péchés et lui rendra tous les biens que le péché lui avait ravis.

Mais de quoi vais-je donc vous parler ? Ah ! consolez-vous, je viens vous annoncer le plus grand de tous les bonheurs. Ah ! que dis-je ? je viens étaler à vos yeux la grandeur des miséricordes de Dieu. Ah ! pauvre âme, consolez-vous ; il me semble que je vous entends vous écrier comme l’aveugle de Jéricho : « Ah ! Jésus, fils de David, ayez pitié de moi [1] ». Oui, pauvre âme, vous trouverez… Quel est mon dessein ? M.F., le voici : c’est de vous montrer, de la manière la plus simple et la plus familière, les dispositions que vous devez apporter en vous approchant du sacrement de pénitence. Il en est cinq, et les voici : notre confession, pour être bonne et nous mériter le pardon de nos péchés, doit être : 1° humble, 2° simple, 3° prudente, 4° entière, 3° sincère. Si vos confessions sont accompagnées de ces conditions, vous êtes sûrs de votre pardon. Nous verrons ensuite de quelles manières l’absence de ces conditions peut rendre nos confessions sacrilèges.

I. Parlant, M.F., à des chrétiens qui ne cherchent que les moyens de sauver leurs pauvres âmes, il n’est pas nécessaire de vous prouver la divinité [2] de la confession, il suffit de vous dire que c’est Jésus-Christ lui-même qui l’a établie, en disant à ses apôtres ainsi qu’à tous leurs successeurs : « Recevez le Saint-Esprit, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez et retenus à ceux à qui vous les retiendrez [3] » ; ou bien encore, si vous voulez, lorsqu’il dit : « Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ; et tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel [4] » ; parole qui nous montre véritablement la divinité de la confession et la nécessité de la confession. En effet, comment pouvoir remettre ou retenir les péchés si on ne les faisait pas connaître à ceux qui ont ce pouvoir sublime et admi­rable ? Il n’est pas encore nécessaire de vous montrer les avantages de la confession ; un mot suffit, puisque, après un seul péché mortel, sans la confession, jamais nous ne verrons Dieu, et que, pendant toute l’éternité, nous serons condamnés à éprouver toutes les rigueurs de sa colère et à être maudits. Je ne vous dirai pas encore que la confession nous fait regagner l’amitié de notre Dieu et redonne à notre âme la vie et toutes nos œuvres que le péché avait fait mourir. Si vous ne sentez pas tout ce bon­heur, tous les avantages de la confession, allez interroger les démons qui brûlent, ils vous apprendront à l’estimer et à en profiter. Oui, M.F., si nous interrogeons tous les chrétiens damnés, pourquoi ils brûlent, tous nous diront que la cause de leur malheur vient ou de ce qu’ils ont méprisé le sacrement de pénitence qui est la con­fession, ou qu’ils n’avaient pas les dispositions néces­saires lorsqu’ils s’en sont approchés. Si de ce lieu d’horreur vous montez dans le ciel, que vous deman­diez à tous ces anciens pécheurs qui ont passé vingt ou trente ans dans le désordre, ce qui leur procure tant de joie et de plaisirs, tous vous diront que ce seul sacre­ment de pénitence leur a valu ces biens infinis. Non, M.F., personne ne doute d’une vérité si consolante pour un pécheur qui a perdu son Dieu par le péché, de trouver un moyen si facile et si efficace pour regagner ce que le péché lui avait ravi [5]. Si je demandais à un enfant : Qu’est-ce que la confes­sion ? Il me répondrait simplement que c’est l’accusation de ses péchés faite à un prêtre approuvé, pour en rece­voir l’absolution, c’est-à-dire le pardon. – Mais pour­quoi, me direz-vous, est-ce que Jésus-Christ nous assu­jettit à une accusation si humiliante, qui coûte tant à notre amour-propre ? Mon ami, je vous répondrai que c’est précisément pour nous humilier que Jésus-Christ nous y a condamnés. II n’est pas douteux qu’il est pénible à un orgueilleux d’aller dire à un confesseur tout le mal qu’il a fait, tout celui qu’il a eu dessein de faire, tant de mauvaises pensées, tant de désirs corrompus, tant d’actions injustes et honteuses qu’on voudrait pou­voir se cacher à soi-même. Mais vous ne faites pas atten­tion que l’orgueil est la source de tous les péchés, et que tout péché est une orgueilleuse révolte de la créature contre le Créateur ; il est donc juste que Dieu nous ait condamnés à cette accusation si humiliante pour un orgueilleux. Mais regardons cette humiliation des yeux de la foi, est-ce une chose bien pénible que de changer une confusion publique et éternelle, avec une confusion de cinq minutes qu’il nous faut pour dire nos péchés à un ministre du Seigneur, pour regagner le ciel et l’amitié de notre Dieu ! – Pourquoi est-ce, me direz-vous, qu’il y en a qui ont tant de répugnance pour la confession, et que la plupart s’en approchent mal ? Hélas ! M.F., c’est que les uns ont perdu la foi, les autres sont orgueilleux et d’au­tres ne sentent pas les plaies de leur pauvre âme, ni les consolations que la confession procure à un chrétien qui s’en approche dignement. Qui est celui, M.F., qui nous commande de nous confesser de tous nos péchés sous peine de damnation éternelle ? Hélas ! M.F., vous le savez aussi bien que moi, c’est Jésus-Christ lui-même ; et tous y sont obligés, depuis le Saint Père jusqu’au dernier des artisans. Mon Dieu, quel aveuglement de mépriser et de ne faire pas cas d’un moyen si facile et si efficace pour gagner un bonheur infini, en se délivrant du plus grand de tous les malheurs qui est la colère éternelle.

Mais tout ceci, M.F., n’est pas encore ce qui vous parait le plus nécessaire à savoir, puisque vous savez que la confession est le seul moyen qui nous reste pour sortir du péché : ou nous confesserons nos péchés, ou nous irons brûler dans les enfers ; nous savons que, quelques grands, énormes et nombreux que soient nos péchés, nous sommes sûrs de notre pardon, si nous les con­fessons. Voici ce que vous devez absolument savoir écoutez-moi bien. En premier lieu, je dis que la confes­sion doit être humble, c’est-à-dire que nous devons nous regarder dans le tribunal de la pénitence comme un criminel devant son juge, qui est Dieu lui-même, nous devons accuser nous-mêmes nos péchés, sans attendre que le prêtre nous interroge, à l’exemple de David qui disait : « Oui, mon Dieu, j’accuserai moi­-même mes péchés au Seigneur [6] », et ne pas faire comme font la plupart des pécheurs qui racontent leurs péchés comme une histoire indifférente, qui ne montrent ni douleur ni regret d’avoir offensé Dieu, qui semblent ne se confesser que pour commettre des sacri­lèges. O mon Dieu, peut-on bien y penser sans mourir d’horreur ! Si le confesseur se voit forcé de vous faire quelques remontrances qui blessent un peu votre amour propre ; s’il vous impose quelque pénitence qui vous répugne, ou même s’il vous diffère l’absolution : prenez garde de ne jamais murmurer ; soumettez-vous humble­ment ; prenez encore bien garde de ne pas murmurer et encore moins de vous disputer avec lui, en lui répondant avec arrogance, comme font quelques pécheurs endurcis et vendus à l’impiété ; qui même sortiront de l’église en colère, sans se mettre à genoux. N’oubliez jamais que le tribunal de la pénitence où le prêtre est assis, c’est véritablement le tribunal de Jésus-Christ ; qu’il écoute votre accusation, qu’il vous interroge, qu’il vous parle et qu’il prononce la sentence d’absolution. Je dis qu’il faut s’accuser avec humilité, c’est-à-dire ne jamais rejeter ses fautes sur les autres, comme font plusieurs à confesse, semblables à Adam, qui s’excusa sur Ève et Ève sur le serpent, au lieu de s’avouer humblement coupables, en disant que ce n’est que par leur faute qu’ils ont péché ; ils font tout le contraire. Un homme sujet à la colère s’excusera sur sa femme et ses enfants ; un ivro­gne sur la compagnie qui l’a sollicité à boire ; un vindi­catif, sur une injure qui lui a été faite ; un médisant, sur ce qu’il ne dit que la vérité ; un homme qui travaille le dimanche, sur ses affaires qui pressent ou qui se gâtent. Une mère qui fait manquer les prières à ses enfants s’excusera sur ce qu’elle n’a pas eu le temps. Dites-moi, M.F., est-ce-là une confession humble. Vous voyez clairement que non. « Mon Dieu, disait le saint roi David, mettez, s’il vous plaît, une garde à ma bouche, afin que la malice de mon cœur ne trouve point d’excuses à mes péchés [7] ». Je dis donc que nous devons nous faire connaître tels que nous sommes, afin que notre confession soit bonne et capable de nous regagner l’ami­tié du bon Dieu.

2° Je dis qu’il faut qu’elle soit simple ; c’est-à-dire éviter toutes ces accusations inutiles, tous ces scrupules qui font dire cent fois la même chose, qui font perdre le temps au confesseur, fatiguent ceux qui attendent pour se confesser, et éteignent la dévotion. Il faut se montrer tel que l’on est par une déclaration sincère ; il faut accuser ce qui est douteux comme douteux, ce qui est certain comme certain ; par exemple : si vous disiez que vous ne vous êtes pas arrêtés à de mauvaises pensées, tandis que vous doutez que vous y ayez pris plaisir, ce serait manquer de sincérité de dire que vous n’avez eu que la pensée ; dire que ce que vous avez pris ne vaut que tant, pensant que peut-être cela valait plus ; ou bien de dire : « Mon père, je m’accuse d’avoir oublié un péché dans une de mes confessions », tandis que c’était par une mauvaise honte ou par négligence. Ces manières de vous accuser seraient cause que vous commettriez un horrible sacrilège. Je dis encore que c’est manquer de sincérité que d’attendre que le confesseur vous interroge sur certains péchés ; si vous aviez eu la volonté de ne pas le dire, il ne suffirait pas de le déclarer parce que le confesseur vous le demande, il faudrait encore dire « Mon père, si vous ne m’aviez pas interrogé sur ce péché, je ne vous l’aurais pas dit ». Si vous manquiez de cette sincérité, votre confession serait nulle et sacrilège.

Évitez, M.F., évitez tous ces déguisements : que votre cœur soit sur vos lèvres. Vous pouvez bien tromper votre confesseur, mais rappelez-vous bien que vous ne tromperez pas le bon Dieu, qui voit et connaît vos péchés mieux que vous. Si quelquefois le démon, ce maudit Satan, vous tentait pour vous faire cacher où déguiser quelque péché, faites vite cette réflexion : Mais je vais me rendre encore bien plus coupable que je n’étais ; je vais commettre un péché bien plus affreux que celui que je vais cacher, puisque ce sera un sacri­lège ; je puis bien le cacher au prêtre, mais Dieu le connaît mieux que moi ; tôt ou tard il faudra bien que je le déclare, ou me résoudre d’aller éternellement brûler dans les enfers. Il me faudra avoir une petite humiliation en le déclarant, il est vrai ; mais qu’est cela en compa­raison de cette confusion publique et éternelle ? Un malade, devez-vous dire, qui désire sa guérison ne craint pas de découvrir les maladies les plus honteuses et les plus secrètes, afin d’y faire appliquer les remèdes ; et moi je craindrais de découvrir les plaies de ma pauvre âme à mon médecin spirituel afin de la guérir ? Pourrais-j­e bien rester dans un état de damnation pendant le reste de ma vie ! Si vous ne vous sentez pas le courage de déclarer certains péchés, dites au prêtre : « Mon père, j’ai un péché que je n’ose pas vous dire, aidez-­moi, s’il vous plaît ». Quoique cette disposition soit imparfaite, néanmoins cela vous le fera accuser : ce qui est absolument nécessaire.

En troisième lieu, je dis que la confession doit être prudente : cela veut dire qu’il faut accuser ses péchés en termes honnêtes ; ensuite, qu’il ne faut pas faire con­naître les péchés des autres sans nécessité. Je dis sans nécessité, parce qu’il y a quelquefois qu’il est nécessaire, quand on ne peut pas faire autrement, de faire connaître les fautes, comme par exemple : vous avez eu le malheur de commettre un péché contre la sainte vertu de pureté, et cela avec un ou une de vos parents ; il faut bien dire cette circonstance, sans quoi vous feriez un sacrilège. Vous vous trouvez dans une maison où il y a une per­sonne qui vous porte au mal, vous êtes encore obligé de le dire, parce que vous vous trouvez dans l’occasion prochaine du péché. Mais en disant cela, il faut avoir en vue d’accuser vos péchés et non ceux des autres.

En quatrième lieu, je dis qu’il faut que la confession soit entière, c’est-à-dire qu’il faut déclarer tous ses péchés mortels, l’espèce, le nombre et les circonstances nécessaires.

Je dis d’abord l’espèce : ce n’est pas assez de dire en général que l’on a beaucoup péché, mais il faut encore dire quelles sont ces sortes de péchés que l’on accuse, si c’est vol, mensonge, impureté, et le reste. Ce n’est pas encore assez de dire l’espèce, il faut encore dire le nombre ; par exemple, si vous disiez : Mon père, je m’accuse d’avoir manqué la messe, d’avoir volé, d’avoir médit, d’avoir fait des choses déshonnêtes : tout cela ne serait pas bien ; il faut dire combien de fois vous les avez commis ; il faut encore entrer dans les détail, dire certaines circonstances.

Peut-être que vous ne comprenez pas ce que c’est qu’une circonstance : c’est-à-dire les particularités qui accompagnent nos péchés, qui les rendent plus ou moins considérables ou plus ou moins excusables ; et ces cir­constances se tirent d’abord de la personne qui pèche avec une autre, si c’est une parente, à quel degré, père et mère, frère ou sœur, une filleule avec son parrain, un filleul avec sa marraine, un beau-frère avec sa belle-sœur ; 2° de la qualité ou quantité de l’objet qui est la matière du péché ; 3° du motif qui vous porte au péché ; 4° du temps où vous avez péché, si c’est un dimanche, si c’est pendant les offices ; 5° du lieu : si c’est dans un endroit consacré à la prière, c’est-à-dire une église ; 6° de la manière dont on a commis le péché, et enfin quelles ont été les suites du péché. Il y a encore des circonstances qui changent l’espèce du péché, c’est­-à-dire qui font un péché d’une autre nature. Par exemple : commettre l’impureté avec une personne mariée, c’est un adultère ; avec une parente, c’est un inceste ; s’arrêter à une mauvaise pensée, consentir à un mauvais désir, à un mauvais regard, c’est un péché contre la chasteté. Mais si c’est dans une église c’est une profanation du lieu saint, c’est une espèce de sacrilège. Voilà les circonstances qui changent l’espèce du péché. Il y en a qui, sans la changer, l’aggravent beaucoup, par exemple : celui qui fait quelque péché en présence de plusieurs personnes, devant ses enfants ; celui qui a juré le saint nom de Dieu, tenu des propos déshonnêtes, fait des médisances devant plusieurs, a fait un plus grand péché que celui qui l’a fait devant peu de personnes ; celui qui a dit des paroles déshonnêtes pen­dant des heures entières a fait un plus grand péché que s’il n’en avait dit guère. Médire par haine, par envie, par ressentiment, c’est un péché bien plus grave que si ce n’était que par légèreté. S’enivrer, aller à la danse, au bal, au cabaret un dimanche, est un plus gros péché qu’un jour d’œuvre, à cause que ce jour est consacré à Dieu d’une manière particulière. Voilà, M.F., des cir­constances qu’il faut déclarer ; sans quoi tremblez pour vos confessions. Hélas ! où sont ceux qui ont ces pré­cautions ? mais aussi où sont ceux qui font les bonnes confessions ? on le voit bien par la manière de vivre.

Il faut encore accuser si c’est un péché d’habitude, et combien de temps cette habitude a duré ; si les péchés que l’on a commis, on les a faits par malice ou avec réflexion, et les suites des péchés que l’on a commis parce que ce n’est que de cette manière que nous pou­vons nous faire connaître. Voyez un malade à l’égard de son médecin, comment se comporte-t-il ? Il lui découvre non seulement son mal ; mais encore le commencement et les progrès ; il ne se sert que des termes les plus clairs. Si le médecin ne le comprend pas, il répète, il ne cache et il ne déguise rien de tout ce qu’il croit être nécessaire pour faire connaître sa maladie et procurer sa guérison. Voilà, M.F., comment nous nous devons comporter envers notre médecin spirituel, afin de le mettre en état de bien connaître les plaies de notre âme, c’est-à-dire tels que nous nous connaissons devant Dieu.

3° Je dis qu’il faut dire le nombre. Rappelez-vous bien que si vous ne dites pas le nombre de vos péchés mortels, vos confessions ne valent rien ; il faut dire combien de fois l’on est tombé dans le même péché, parce que chaque fois c’est un nouveau péché. Si vous aviez commis trois fois un péché et que vous ne disiez que deux fois, celui que vous laisseriez serait cause que votre confession serait un sacrilège, si c’est un péché mortel, comme on le suppose. Hélas ! M.F., combien de ceux qui sont tombés dans ces fautes, les uns brûlent en enfer et les autres peut-être ne répareront jamais cette chaîne de confessions et de communions sacrilèges ! Ils se contenteront de dire : « Mon père, je m’accuse d’avoir médit, d’avoir juré ». – « Mais combien de fois ? » leur dira le prêtre. – « Pas souvent, toujours quelquefois. » Est-ce là, M.F., une confession entière ? Hélas ! que de damnés ! que d’âmes réprouvées. Savez­-vous, M.F., quand il est permis de dire « tant de fois, à peu près ? » c’est lorsque vous faites une confession longue, qu’il vous est impossible de dire au juste que vous avez fait tel péché : alors, voilà ce que vous faites, vous dites combien de temps a duré l’habitude, com­bien de fois à peu près vous y avez tombé par semaine, par mois, ou par ,jour ; si l’habitude a été interrompue pendant quelque temps ; et de cette manière vous approchez du nombre autant que vous le pouvez. Si malgré tous les soins que vous avez donnés à votre examen, il vous est resté quelques péchés, votre confession ne laisserait pas d’être bonne, il vous suffirait de dire dans votre prochaine confession : « Mon père, je m’accuse d’avoir oublié involontairement un péché dans ma dernière confession, il est ainsi compris avec ceux que vous avez accusés. C’est pour cela que, quand vous vous accusez, vous dites : « Mon père, je m’accuse de ces péchés et de ceux dont je ne me souviens pas ».

Quant aux péchés véniels, où l’on tombe si souvent, l’on n’est pas obligé de s’en confesser parce que ces péchés ne nous font pas perdre la grâce et l’amitié du bon Dieu, et qu’on peut en obtenir le pardon par d’autres moyens, je veux dire par la contrition du cœur, la prière, le jeûne, l’aumône et le saint sacrifice. Mais le saint Concile de Trente nous enseigne qu’il est très utile de s’en confesser [8]. En voici les raisons : c’est que souvent un péché que nous croyons véniel se trouve mortel devant Dieu ; 2° que nous en recevons beaucoup plus facilement le pardon par le sacrement de pénitence ; 3° que la confession de nos péchés véniels nous rend plus vigilants sur nous-mêmes ; 4° que les avis du confesseur peuvent beaucoup nous aider à nous cor­riger ; 5° que l’absolution que nous recevons, nous donne des forces pour nous les faire éviter. Mais si nous nous en confessons, il faut le faire avec regret et désir de s’en corriger : sinon, nous nous exposerions à com­mettre des sacrilèges. C’est pour cela que, selon le conseil de saint François de Sales, lorsque vous n’avez que des péchés véniels à vous reprocher, il faut, à la fin de votre confession, vous accuser d’un gros péché de votre vie passée, en disant : « Mon père, je m’accuse d’avoir autrefois commis un tel péché ; » en le disant comme si nous ne l’avions jamais confessé, les circons­tances et le nombre de fois que nous l’avons commis.

Voilà à peu près, M.F., les qualités que doit avoir une confession pour être bonne. C’est maintenant à vous à examiner si vos confessions passées ont été accompa­gnées de toutes les qualités dont nous venons de parler. Si vous vous trouvez coupables, ne perdez pas de temps peut-être que le moment où vous vous promettez de revenir sur vos pas, vous ne serez plus au monde, vous brûlerez dans les enfers avec le regret de n’avoir pas accompli ce que vous pouviez si bien, étant encore sur la terre et ayant tous les moyens nécessaires pour cela.

II. Voyons maintenant un mot en combien de manières on pèche contre ces dispositions ? Vous savez, M.F., on vous l’a appris dès votre enfance, que l’inté­grité et la sincérité sont les qualités absolument néces­saires pour faire une bonne confession, c’est-à-dire pour avoir le bonheur de recevoir le pardon de vos péchés. Le moyen le plus sûr de faire une bonne confession est de déclarer vos péchés avec simplicité, après vous être bien examinés ; car un péché laissé par faute de vous être examinés, quoique si vous l’aviez connu, vous l’eussiez dit, ne laisserait pas tout de même que de rendre votre confession sacrilège. Cependant, M.F., on trouve un grand nombre de chrétiens qui vont se confesser souvent sans même penser à leurs fautes, ou du moins, d’une manière si légère, que quand ils se confessent ils n’ont rien à dire si le prêtre ne les examine pas lui-même. C’est surtout parmi ceux qui ne se confessent que rarement, qui souvent ne craignent pas de mentir à Dieu même, en cachant volontairement des péchés, que leur conscience leur reproche, et qui, après une pareille confession, ont la hardiesse d’aller se pré­senter à la Table sainte pour manger, comme le dit saint Paul, leur condamnation [9]. Mais voilà, M.F., ceux qui sont les plus sujets à faire de mauvaises confessions : ce sont ceux qui pendant quelque temps ont rempli fidè­lement leurs devoirs de religion. Le démon, qui n’épargne rien pour les perdre, les tente affreusement. S’ils vien­nent à succomber : d’un côté, effrayés par honte de leur péché, de l’autre par la crainte de se faire connaître aussi coupables, ils sont conduits à une fin bien malheu­reuse. Ils ont la coutume d’aller à confesse une telle fête, cependant ils craignent qu’on les remarque s’ils n’y vont pas ; mais ils ne voudraient pas s’avouer coupables, et que font-ils ? ils ne disent pas leur péché et commen­cent une chaîne de sacrilèges qui peut-être durera jusqu’à la mort, sans avoir la force de la rompre une autre fois. Ce sera un homme qui n’est pas disposé à restituer une chose qu’il aura dérobée, à réparer une injustice qu’il a faite, à ne plus retirer intérêt de son argent ; ou, si vous voulez encore, une femme ou une fille, qui a quelque fréquentation mauvaise et ne voudra pas la rompre. Et quel parti prennent ces personnes-là ? Le voici : c’est de ne rien dire, et de s’engager volontai­rement dans la route de l’enfer.

Mes amis, je vous dirai : vous vous aveuglez affreuse­ment ; qui est celui que vous croyez tromper, et à qui vous voulez cacher votre péché ? ce n’est pas à un homme, mais à Dieu lui-même, qui les connaît bien mieux que vous, qui vous attend dans l’autre vie pour vous punir non un moment, mais une éternité. Combien encore sont de ce nombre ! des personnes qui font pro­fession de piété et qui se laissent tromper par ces misé­rables considérations : « Que pensera-t-on de moi, si l’on ne me voit pas communier comme à mon ordinaire ? » Cette considération les arrête et les jette dans le sacri­lège. O mon Dieu, peut-on après cela vivre tranquille [10] ? Mais, grâce à Dieu, ces âmes noires et vouées à l’iniquité ne sont pas les plus nombreuses. Mais voici la corde par laquelle le démon en entraîne le plus en enfer : ce sont ceux qui, en déclarant leurs péchés, les cachent par la manière dont ils les accusent ; on ne les connaît guère mieux après leur confession qu’avant. Qui pourrait raconter tous les déguisements, tous les artifices que le démon leur inspire pour les perdre et tromper leur con­fesseur. Vous allez le voir :

Je dis 1° déguisement dans la manière de les accuser, ils se serviront de termes les plus capables d’en dimi­nuer la honte. Quelle est la préparation de certains ? Ce n’est pas de demander à Dieu la grâce de bien con­naître leurs péchés ; mais de se tourmenter comment ils pourront les dire pour éprouver moins de honte. Sans presque s’en apercevoir, ils les affaiblissent considéra­blement ; les emportements de la colère ne seront que des impatiences, les discours les plus indécents ne seront que des paroles un peu trop libres ; les désirs les plus honteux, les actions les plus infâmes, ne seront que des familiarités peu décentes ; les injustices les plus mar­quées ne seront que de petits torts ; les excès de l’avarice ne seront qu’un attachement un peu trop grand aux biens de la terre. De sorte que, quand la mort arrivera et que Dieu leur fera voir leurs péchés tels qu’ils sont, ils recon­naîtront alors qu’ils n’ont dit leurs péchés qu’à moitié dans presque toutes leurs confessions. Et que s’ensui­vra-t-il de là, sinon une chaîne de sacrilèges ? O mon Dieu, peut-on bien y penser et ne pas mieux être sincère dans ses confessions pour avoir le bonheur d’en recevoir le pardon ?

2° Je dis que l’on déguise ses péchés dans les circons­tances que l’on a bien soin de ne pas déclarer, qui sou­vent sont plus criminelles que les actions mêmes, par exemple une personne dont l’occupation est de médire, de censurer, ou peut-être même de calomnier, s’accusera d’avoir dit des paroles désavantageuses au prochain ; mais elle ne dit pas que cela était par orgueil, par envie, par haine et par ressentiment ; mais ne dit pas quelle perte elle a portée à sa réputation. Au contraire, si on lui demande si ces paroles ont nui au prochain, elle répond tranquillement que non, sans avoir examiné le oui ou le non. Vous dites bien que vous avez médit, vous ne dites pas que c’était contre votre pasteur ou une autre per­sonne consacrée à Dieu, dont la réputation est absolu­ment nécessaire pour le bien de la religion. Mais vous ne dites pas que ce que vous avez dit était faux, c’est-à-dire une calomnie ; vous vous accusez bien d’avoir dit des paroles contre la religion et contre la modestie, mais vous ne dites pas que votre intention était d’ébranler la foi de cette jeune personne, afin de lui persuader de consentir à vos mauvais désirs, en lui disant qu’il n’y avait point de mal en cela, qu’il ne fallait pas s’en confesser. Une jeune fille dira bien qu’elle s’est habillée avec le désir de plaire ; mais elle ne dira pas que son intention était de donner lieu aux mauvaises pensées. O mon Dieu, ne devrait-on pas les reléguer au fond des forêts où les rayons du soleil n’ont jamais pu pénétrer ? Un père s’accusera bien d’avoir été au cabaret, de s’être enivré ; mais il ne dira pas qu’il a servi de scandale à toute sa famille. Une mère dira bien qu’elle a dit des paroles contre le prochain et qu’elle s’est mise en colère ; mais elle ne dit pas que ses enfants et ses voisines en ont été témoins. Un autre s’accusera bien d’avoir eu ou per­mis des familiarités peu décentes ; mais ne dira pas que son intention était de pécher avec la personne, s’il avait pu la séduire, ou s’il n’avait pas craint le monde. Celui-ci dira bien qu’il a manqué la sainte Messe le dimanche, mais il ne dira pas qu’il l’a fait manquer à d’autres, ou bien que plusieurs personnes l’ont vu, ce qui les a scan­dalisées, et peut-être même ses enfants ou ses domesti­ques. Vous vous accusez bien d’avoir été au cabaret ; mais vous ne dites pas que c’est un dimanche et pendant la messe ou les vêpres ; que votre intention était d’en amener d’autres avec vous, si vous aviez pu. Vous ne dites pas encore que vous êtes sorti de l’église pour aller au cabaret, et que c’était pendant l’instruction, en vous raillant de ce que disait votre pasteur. Vous vous accusez bien d’avoir mangé de la viande les jours défendus ; mais vous ne dites pas que c’est pour vous moquer de la reli­gion et mépriser ses lois saintes. Vous dites bien que vous avez prononcé des paroles sales ; mais vous ne dites pas que c’est parce qu’il y avait devant vous une personne de piété, afin de pouvoir décrier la religion et la détruire de son cœur. Vous dites bien encore que vous travaillez le dimanche ; mais vous ne dites pas que c’est par avarice, en méprisant les défenses de l’Église. Vous vous accu­serez bien d’avoir eu de mauvaises pensées ; mais vous ne dites pas que vous y avez donné occasion en allant volontairement avec des personnes que vous saviez très bien n’avoir que de mauvais propos à débiter. Vous dites bien que vous n’avez pas entendu la sainte Messe comme il faut ; mais vous oubliez de dire que vous y aviez donné occasion en venant jusqu’à la porte de l’église sans vous y préparer ; peut-être vous entrez sans faire un acte de contrition, et vous ne dites rien de tout cela : et cepen­dant une bonne partie de ces circonstances manquant peuvent rendre vos confessions sacrilèges. O que de chrétiens damnés, parce qu’ils n’auront pas su se con­fesser ! Vous vous êtes peut-être bien accusé de n’être pas bien instruit ; mais vous avez manqué de dire que vous ne saviez pas les principaux mystères, ce qu’il faut absolument pour être sauvé. Vous avez manqué de dire que vous n’osez pas bien demander à votre confesseur de vous interroger, pour savoir si vous êtes suffisamment instruit pour ne pas vous damner et pour recevoir les sacrements dignement ; peut-être n’y avez-vous jamais pensé ! O mon Dieu, que de chrétiens perdus !

En troisième lieu, je dis déguisement dans le ton de la voix que l’on emploie pour déclarer certains péchés les plus humiliants, dans le soin que l’on prend de les placer de manière que le confesseur puisse les entendre sans y faire attention. L’on commencera à accuser beau­coup de petits péchés, comme : « Mon père, je m’accuse d’avoir manqué de prendre de l’eau bénite le matin et le soir, d’avoir eu des distractions pendant mes prières, et autres choses semblables, après avoir endormi, autant qu’ils peuvent, l’attention du confesseur, d’une voix un peu plus basse et de la manière la plus rapide, on glisse des abominations et des horreurs ». Insensés, pourrait-on leur dire, quel est donc le démon qui vous a ainsi séduits pour vous porter à trahir misérablement la vérité ? Dites-moi, M.F., quel est le motif qui peut vous porter à mentir de la sorte en confession ? Est-ce la crainte que le confesseur ait mauvaise opinion de vous ? Vous vous trompez. Est-ce que vous espérez que les péchés que vous dites vous seront pardonnés ? Vous vous trompez encore grossièrement. Mais, dites-moi, pourquoi est-ce que vous venez dire au confesseur une partie de vos péchés avec l’espérance de le tromper ? mais vous savez bien que vous ne tromperez pas Dieu, de qui vous devez recevoir votre pardon. Dites-moi, cette absolution que vous aurez surprise, pouvez-vous bien espérer qu’elle sera ratifiée dans le ciel ? Hélas ! M.F., tel est l’aveu­glement de certains pécheurs qui osent se persuader que, pourvu qu’ils aient obtenu une absolution, n’importe qu’ils aient dit ou pas dit tous leurs péchés, qu’ils aient trompé ou non leur confesseur, ils se croient pardonnés. Mais, dites-moi, pécheurs aveugles, pécheurs endurcis et vendus à l’impiété, je vous le demande, êtes-vous bien contents de cette absolution, lorsque vous êtes sortis du tribunal de la pénitence ? Avez-vous éprouvé cette paix et cette douce consolation qui est la récompense d’une confession bien faite ? N’avez-vous pas été, au contraire, obligés, pour calmer vos remords de conscience, de vous dire en vous-mêmes qu’un jour vous referiez la confession que vous veniez de faire ? Mais, mon ami, tout bien examiné, vous auriez mieux fait cent fois de ne pas vous confesser. Vous savez très bien que tous les péchés que vous avez ainsi confessés ne sont pas pardonnés, sans parler de ceux que vous avez voulu cacher. Vous n’étiez pas assez coupables ? et vous avez voulu ajouter à tous vos énormes péchés un affreux sacrilège ! – Mais, me direz-vous, je voulais commu­nier, parce que j’avais l’habitude de communier ce jour­-là. – Vous vous trompez ; il faut dire que vous vouliez commettre un sacrilège, vous enfoncer plus profond dans les enfers ; vous aviez peut-être peur de n’être pas assez coupables pour aller en enfer ; vous aviez peut-­être peur d’aller au ciel. Ah ! ne vous tourmentez pas tant, vous avez assez de péchés pour ne pas aller au ciel et pour être précipités dans les flammes.

Hélas ! je ne vous dis rien de toutes ces confessions sacrilèges par défaut de contrition, qui, seules, damnent plus de monde que tous les autres péchés. J’espère qu’un jour je vous en parlerai. N’est-ce pas, mon ami, que vous espérez de réparer le mal que vous avez fait ? – Oui, me direz-vous. – Hélas ! mon ami, tremblez que ce temps ne vous soit pas donné et que, pour toute préparation, vous n’ayez à la mort que vos sacrilèges. Voulez-vous savoir la récompense de ces profanations ? La voici : endurcissement pendant la vie et désespoir à l’heure de la mort. Vous avez trompé votre confesseur, mais non le bon Dieu, et c’est lui qui vous jugera.

Que devez-vous faire, M.F., pour éviter un mal aussi effroyable ? Hâtez-vous de réparer tous ces défauts de vos confessions passées, par une accusation sincère et entière. Comprenez que jamais Dieu ne vous pardonnera ni vos péchés cachés, ni vos confessions sacrilèges. Vos péchés cachés seront publiés à la face de tout l’univers ; au lieu que si vous les avez bien confessés, jamais on ne pourrait vous les reprocher. Frémissez, M.F., à la vue de l’affreux désespoir qui vous attend à l’heure de la mort, lorsque tous vos sacrilèges vont venir se préci­piter sur vous pour vous ôter toute espérance de pardon. Rappelez-vous l’exemple d’Ananie et de sa femme qui tombèrent morts aux pieds de saint Pierre pour lui avoir menti. Rappelez-vous encore la terrible punition de cette fille rapportée par Saint Antonin…

M.F., que toutes ces considérations vous engagent à faire toutes vos confessions d’après les règles que je viens de vous tracer, et vous êtes sûrs de trouver dans vos confessions le pardon de vos péchés, la paix de l’âme et la vie éternelle à la fin de vos jours. Ce que je vous souhaite.

[1] Luc XVIII, 38.

[2] L’origine divine.

[3] Joan. XX, 22,23.

[4] Matth. XVIII, 18.

[5] « Oui, disait un jour un médecin protestant, vous, catholiques, que vous êtes heureux ! Dès que vous avez quelque chose qui vous fatigue vous allez vous confesser, et voilà la paix qui revient dans vous, et moi, j’ai, depuis ma jeunesse, un péché sans pouvoir me délivrer ». Oh ! belle invention de la miséricorde de mon Dieu ! Oui, M.F., un des grands biens de la confession, c’est la paix de l’âme. (Note du Saint.)

[6] Ps. XXXI, 5.

[7] Ps. CXL. 3, 4.

[8] Sess. XIV, cap. V.

[9] I Cor. XI, 29.

[10] Histoire d’un jeune homme qui était en réputation de saint, qui cacha ses péchés et qui…  (Note du Saint). Ce trait a été raconté au long dans le 3ème sermon pour le XIe dimanche après la Pentecôte, t. II.

 

Sermon du saint curé d’Ars : La confession – bien se confesser

Qui ascondit scelera sua, non dirigetur : qui autem confessus fuerit et reliquerit ea, misericordiam conse-quetur.
Celui qui cache ses péchés se perdra ; mais celui qui les confesse et qui s’en retire obtiendra miséricorde. (Prov. 28, 13)

« Nous avons vu, mes frères, il y a peu de temps, qu’il fallait nécessairement et absolument confesser tous ses péchés mortels avec leur espèce, leur nombre et enfin leurs circonstances, si nous voulons en obtenir le pardon. Le Saint-Esprit nous dit lui-même que celui qui cache quelques péchés, par honte ou par négligence, se perdra, c’est-à-dire sera damné. Cacher ses péchés par honte ou par crainte et avec réflexion, c’est un crime qui fait frémir. Nous cachons nos péchés par négligence, lorsque nous ne donnons pas tous les soins et le temps qu’il faut pour nous examiner, afin de connaître nos péchés tels qu’ils sont aux yeux de Dieu et que nous les connaîtrons au jour du jugement. La confession serait mauvaise, si l’on faisait une confession générale, pour accuser les péchés que l’on a commis depuis sa dernière confession, en les mettant tous ensemble, afin d’avoir moins de honte.
Voici un des effets les plus funestes du péché, c’est d’aveugler celui qui le commet d’une manière si affreuse qu’il ne se connaît nullement, et, bien plus, qu’il ne cherche pas même à se connaître ; ou d’une manière si légère qu’il ne voit point l’étal de son âme. C’est d’abord l’état d’un chrétien qui profane les sacrements. On sera accoutumé à une certaine routine d’examen, on se contente de se rappeler quelques foules qui sont les plus ordinaires, comme sont les blasphèmes, les jurements et les colères, mais sans se donner la peine de descendre dans son cœur pour en connaître le nombre et la malice.

« C’est, en second lieu, l’état d’un chrétien qui multiplie ses sacrilèges. Celui-ci examine, non ce qu’il a fait, mais ce qu’il va dire, c’est-à-dire la manière dont il va s’accuser pour éprouver moins de honte ; comme si, en trompant un confesseur, il pouvait tromper Dieu, qui a pesé et compté tous ses péchés. C’est, en troisième lieu, l’état d’un pécheur qui profane les sacrements. Celui-ci se présentera sans s’être seulement examiné, pensant que le confesseur l’interrogera pour lui faire connaître ses péchés : autre profanation. Quand même un prêtre vous ferait assez connaître vos péchés de manière à n’en point laisser, quand est-ce que vous allez demander à Dieu la contrition ? C’est après votre confession, après avoir reçu l’absolution ? Confession sacrilège ! O mon Dieu ! Peut-on bien y penser et vivre tranquille ? Quel est mon dessein ? Mes frères, le voici : c’est de vous montrer que, pour faire une bonne confession, nous devons nous examiner sérieusement et de bonne foi ; 2° de vous apprendre la manière de vous confesser ; 3° de vous faire connaître ceux qui font de mauvaises confessions ; 4° de vous faire voir les moyens que vous devez prendre pour réparer celles qui ont été mal faites.

« I. Ne désirant rien d’autre que le salut de vos âmes et votre bonheur éternel, je vais donc, avec la grâce de Dieu, vous débrouiller, autant qu’il me sera possible, l’état d’aveuglement où le péché nous a réduits, qui nous empêche de pouvoir nous connaître tels que nous sommes aux yeux de Dieu, et que nous nous connaîtrons au grand jour des vengeances. Venons, mes frères, avec notre simplicité ordinaire. Je vous demande qui sait ce que c’est qu’un examen ? Je vous dirai que c’est la recherche, avec tous les soins possibles, des péchés que nous avons commis depuis le baptême ou depuis notre dernière confession ; et cette connaissance de nous-mêmes est plus difficile que vous ne pensez. C’est, pour celui qui veut bien la faire, une affaire qui lui demande tous ses soins et du temps.

« Si vous me demandez ce qu’il faut faire pour s’examiner comme il faut, c’est-à-dire pour faire une confession qui nous mérite notre pardon, il faut retirer son cœur et son esprit de toute affaire temporelle, je veux dire ne penser ni à son commerce, ni à son ménage, descendre, avec une espèce d’horreur et d’indignation, dans son cœur, avec un flambeau d’une main et une balance de l’autre, pour examiner rigoureusement le nombre, toutes les circonstances et peser toute la malice de nos péchés. Mais n’étant que ténèbres, de nous-mêmes, nous sommes donc incapables de pouvoir pénétrer à fond cet abîme de corruption qui n’est bien connu que de Dieu seul. C’est donc à lui à qui nous devons nous adresser avec une humilité profonde, à la vue de nos péchés, et une grande confiance à sa bonté qui est infinie ; implorer les lumières du Saint-Esprit par une prière fervente et animée d’une foi plus vive qui touche le cœur de Dieu et attire sur nous ses miséricordes. Étant rentrés en nous-mêmes, mes frères, disons–lui du fond de notre cœur :  » Mon Dieu, ayez pitié d’un misérable pécheur tout couvert d’iniquités, qui n’en connaît ni le nombre ni la malice. Je m’adresse à vous qui êtes la lumière du monde ; mon Dieu, faites descendre dans mon cœur un rayon de votre lumière ; montrez-moi, je vous prie, mes péchés, afin que je puisse les détester et mériter mon pardon « . Oui, mes frères, le péché jette dans notre esprit des ténèbres affreuses qui bouchent les yeux de notre âme.

« Voyez, mes frères, ce qui arriva à David qui, avant que le péché tombât sur son âme, apercevait avec tant de connaissance les moindres fautes qu’il faisait. Mais ayant le malheur d’être tombé dans son premier péché, les yeux de son âme perdirent leur lumière. Non content de déshonorer la femme d’Urie, il le fait encore mourir, et reste un an dans cet état malheureux, sans se reprocher ni son adultère, ni son homicide. Il ne s’en aperçoit pas même, il faut que Dieu lui envoie son prophète Nathan pour lui ouvrir les yeux, et ce ne fut que dans ce moment qu’il se reconnut coupable.
Voilà une image terrible d’un pécheur qui croupit dans quelques péchés d’habitude ; il faut que Dieu le prévienne et aille le chercher, pour ainsi dire, dans ses désordres ; sans quoi, jamais nous n’en sortirions. Ce qui nous montre, mes frères, qu’il est impossible de connaître nos péchés et de faire une bonne confession si nous n’implorons pas de tout notre cœur les lumières du Saint-Esprit, afin de bien nous faire connaître le mal que nous avons fait et de nous donner la douleur nécessaire pour les détester. Voulez-vous savoir à quoi le pécheur ressemble ? A une personne extrêmement contrefaite et laide et qui se croit bien faite et bien belle, parce qu’elle ne s’est jamais bien regardée dans un miroir ; mais qui, dès qu’elle se considère, se trouve si laide, si affreuse, qu’elle ne peut se regarder, ni même y penser sans horreur. La même chose arrive au pécheur qui est resté quelque temps dans le péché, sans faire aucun retour sur lui-même. Mais rentrant en lui–même, il ne peut pas concevoir comment il a pu rester dans un état si déplorable. Qu’est-ce qui fait tant verser de larmes à certains pécheurs ? Rien autre, sinon qu’ils sont rentrés en eux-mêmes et qu’ils ont vu ce qu’ils n’avaient pas vu jusqu’à présent. Pourquoi est-ce que tant d’autres encore plus coupables sont tranquilles, ne versent point de larmes ? Hélas ! Mes frères, c’est qu’ils ont fermé les yeux sur l’état de malheur où est réduite leur pauvre âme.

« En second lieu, je dis que nous avons bien besoin des lumières du Saint-Esprit pour connaître nos péchés, parce que notre cœur est le siège de l’orgueil, qui ne cherche que les moyens de nous les faire connaître moindres qu’ils ne sont. Vous voyez que nous avons absolument besoin des secours du Saint-Esprit pour connaître nos péchés tels qu’ils sont.

« Troisièmement, je dis que le pécheur, étant encore l’esclave du péché, a besoin d’une grâce forte pour le détacher entièrement du péché et des objets qui l’ont porté au péché. Combien ne trouvons-nous pas encore de certains pécheurs qui semblent être convertis et qui ressentent encore une certaine satisfaction en pensant aux désordres auxquels ils se sont livrés il y a quelque temps ! Nous avons donc bien besoin de la grâce de Dieu, qui nous inspire une horreur profonde de nos péchés passés.

« Dites-moi, mes frères, dans vos confessions et avant vos confessions avez-vous eu soin de demander à Dieu ses grâces et ses lumières pour ne pas profaner ce sacrement de miséricorde ? Oui, nous oublions peut-être que sans Dieu nous ne pouvons rien que faire mal. Avez–vous fait comme l’aveugle de Jéricho, qui reconnut son aveuglement et qui le déplora amèrement ? Avez-vous fait comme lui, qui s’adressa à Dieu avec tant de sincérité, animé d’une foi si vive, qu’il mérita de recouvrer la vue ? « O Jésus ! Fils de David, ayez pitié de moi ! » Cela plusieurs fois de suite : « O Jésus ! Fils de David, ayez pitié de moi ». Jésus, touché, toujours prêt à nous écouter et à nous accorder l’effet de nos demandes, se tourne contre lui en lui disant : «Que voulez-vous de moi ? » – « Mon Dieu, lui répond l’aveugle, faites que je voie ». – « Eh bien, lui dit ce bon Jésus, voyez ! » Hélas ! Mes frères, si lorsque nous sommes dans le péché nous sommes dans les ténèbres, nous pouvons nous adresser à Dieu comme l’aveugle : « Mon Dieu, devons–nous lui dire, faites que je voie le nombre et la malice de mes péchés ». Disons encore comme le saint roi David : « Mon Dieu, vous êtes ma lumière, éclairez mes ténèbres ». Et avec le saint homme Job : « Seigneur, montrez-moi mes péchés et toutes mes fautes ». Dieu qui désire mille fois mieux notre salut que nous le désirons nous-mêmes, ne manquera pas certainement de nous accorder la grâce que nous demandons.

« Aussi, mes frères, étant seuls et en la présence de Dieu, il faut commencer notre examen de conscience et rechercher tous nos péchés ; prenez les commandements de Dieu et ceux de l’Église et les péchés capitaux, et voyez comment et en combien de manières vous avez péché contre ces commandements. Examinez les devoirs de votre état, comparez votre vie avec vos devoirs ; remarquez avec soin, sans vous presser, en quoi vous vous en êtes écartés par pensées, par désirs, par actions et omissions. Pour vous faciliter cette recherche, examinez quelles sont vos occupations les plus ordinaires, les lieux où vous allez, les personnes que vous voyez.
Je n’entrerai pas dans tous ces détails, cela ne finirait plus ; c’est à chacun de vous à vous examiner là-dessus, et à voir en quoi vous êtes coupable. D’abord, examinez–vous sur vos confessions passées et voyez si vous avez assez accusé tous vos péchés mortels, avec une véritable douleur d’avoir offensé Dieu et un ferme propos de vous corriger et de quitter non seulement le péché, mais encore l’occasion prochaine du péché ; comme, par exemple, si vous demeuriez dans une maison où il y avait quelques personnes qui vous sollicitaient au mal ; que vous eussiez manqué de le dire par crainte que l’on vous en fît sortir : votre confession ne vaudrait rien. Voyez si vous avez bien fait votre pénitence dans le temps qu’on vous l’avait ordonnée ; si vous avez fait toute réparation et les restitutions que vous pouviez et deviez faire, qui vous étaient commandées par votre confesseur.

« 2° Examinez-vous sur les devoirs de votre état, comment vous les avez remplis, c’est à quoi beaucoup de personnes ne font pas attention, et ce qui en jettera un grand nombre en enfer. – Mais, me direz-vous, comment faut-il donc s’examiner sur les devoirs de son état ? -Et comment ? Cela n’est pas bien difficile. Vous savez bien à quoi vous vous occupez, qui sont ceux qui sont sous votre conduite, dont Dieu vous demandera compte un jour. Êtes-vous père ou mère de famille ? Hé bien ! Examinez-vous, comment vous vous êtes conduits envers vos enfants. Les avez-vous instruits de tous leurs devoirs de religion ? Avez-vous eu soin de leur apprendre leurs prières dès qu’ils ont commencé à parler ? Leur avez-vous inspiré le respect qu’ils devaient avoir en la sainte présence de Dieu ? Ne leur avez-vous pas fait prier le bon Dieu sans prendre de l’eau bénite, sans leur dire pourquoi l’on prenait de l’eau bénite et les grâces qu’elle nous procurait ? Leur avez-vous appris les principaux mystères de la religion, nécessaires pour être sauvés ? Ne les avez-vous pas laissés dans une ignorance crasse, ne prenant pas tant à cœur le salut de leur âme que la conservation de vos bêtes ? Les avez-vous fait travailler, avant de les faire prier le bon Dieu ? Avez-vous négligé de les corriger les voyant offenser le Bon Dieu ? En avez-vous ri au lieu de les châtier chrétiennement ? Leur avez-vous donné le mauvais exemple en vous mettant en colère, en vous disputant avec votre mari, vos voisins ou voisines ? N’avez-vous pas médit ou calomnié en leur présence ? Leur avez-vous appris à ne jamais mépriser les pauvres, en leur faisant donner l’aumône aux pauvres ? Avez-vous fait tout ce que vous avez pu pour les rendre agréables à Dieu et assurer leur salut ? Avez-vous manqué un jour de prier le bon Dieu pour eux ? Avez-vous manqué de les mettre sous la protection de la Sainte Vierge quand ils sont venus au monde ?
Si vous avez des domestiques, avez-vous eu bien soin de les instruire ou de les faire instruire ? Les avez–vous fait assister aux catéchismes ? N’avez-vous rien négligé pour leur apprendre les moyens nécessaires pour se sauver ? Ne les avez-vous pas laissés dans l’ignorance crasse qui, de la mort, les traînera en enfer ? Avez-vous préféré le soin de vos bêtes au soin de leurs pauvres âmes qui ont tant coûté à Jésus-Christ, et que vous laissez perdre si misérablement en leur faisant manquer les offices et les instructions ? Avez-vous bien veillé sur leur conduite ? Leur avez-vous bien payé tous leurs gages ? En avez-vous eu soin dans leurs maladies ?
Et vous, ouvriers, en vous faisant bien payer, avez–vous eu soin de bien faire l’ouvrage tel que vous l’aviez promis ? Et vous, domestiques, examinez en quoi vous avez manqué envers vos maîtres : défaut de respect, murmure en obéissant, temps perdu : ne leur auriez–vous pas désobéi lorsqu’ils vous envoyaient aux offices ou aux catéchismes ? Ne les avez-vous pas décriés auprès des autres domestiques, pour leur donner mauvaise réputation ? Que chacun, mes frères, sonde sa conscience, afin de pouvoir se rendre compte à soi-même, afin de pouvoir se connaître, dans le tribunal de la pénitence, aussi coupable que l’on est.

« 3° Je dis qu’il faut encore s’examiner sur les péchés d’omission, et presque personne n’y pense. Par exemple : pouvant faire l’aumône, avez-vous négligé de la faire ? Pouvant assister à la messe les jours ouvriers, y avez–vous manqué ? Pouvant rendre quelques services à votre prochain, l’avez-vous refusé ? Avez-vous donné de bons exemples à vos enfants, à vos domestiques ? Vous ont-ils vu manquer la Messe, les Vêpres, vos prières le matin et le soir ? Êtes-vous fidèles à fuir les occasions de péché, telles que la danse, le cabaret et les jeux ? Avez-vous travaillé à vous rendre agréables à Dieu ?

« 4° Je dis qu’il faut encore vous examiner sur vos péchés d’habitude. Sur chaque péché que l’on découvre, il faut encore examiner les circonstances nécessaires pour les bien faire connaître, et le nombre de fois que l’on y est tombé ; déclarer qui nous a donné l’occasion et quelles ont été les suites. Comme par exemple : si l’on vous avait confié un secret, il ne suffirait pas de dire que vous avez violé le secret, mais il faudrait encore dire quel mal cela a fait, sur quelle personne le mal est tombé. Si vous avez maudit, il faut dire si c’est par haine ou par ressentiment, ou simplement par légèreté si c’est en présence de plusieurs personnes, si cela a été applaudi par plusieurs, si votre mauvais exemple les a portés à maudire, combien de personnes et combien de fois. Si c’est un péché d’habitude, il faut dire combien a duré cette habitude, dans quel temps et dans quel lieu on l’a commis, ce qui est encore nécessaire pour en fixer la malice.

« Vous conviendrez avec moi, mes frères, que pour un tel examen il faut du temps, de l’application et de l’instruction. Pour savoir combien il faut de temps, il est bien difficile de le savoir : il n’est pas douteux que ceux qui ne se confessent que rarement, il leur faut plus de temps qu’à ceux qui se confessent souvent. – Mais quelle application ou quels soins faut-il donner ? – Ce que vous donneriez pour faire une affaire que vous auriez à cœur de faire réussir, et que vous regarderiez comme un grand malheur si elle manquait.
Il n’est pas nécessaire, mes frères, de vous parler longtemps du bonheur d’une bonne confession, ni du malheur d’une mauvaise. Vous savez qu’une bonne confession nous rend le ciel et l’amitié de notre Dieu, et qu’une mauvaise nous chasse du Paradis et nous précipite au plus profond des enfers. Cette seule pensée doit nous faire comprendre le temps et le soin que nous devons y apporter pour la faire saintement. Hélas ! Mes frères, combien de pécheurs qui s’aveuglent quand ils n’ont pas ces gros péchés que souvent même des païens honnêtes ne commettraient pas ! Ils n’ont rien à dire. Cependant on les verra, pendant les saints offices, sans respect, sans dévotion, vivant dans une négligence habituelle de leur salut : et ils n’ont rien ! Hélas ! C’est qu’ils ne veulent pas se donner la peine de descendre dans leur cœur, où ils trouveraient de quoi les faire mourir d’horreur. Hélas ! Combien de mensonges pernicieux, combien d’injustices, combien d’usures dans leurs prêts ! Combien de torts et, par conséquent, de restitutions à faire. Il en est de même pour ceux qui mènent une vie lâche et sensuelle ; qui croient que c’est assez d’une messe ; encore Dieu seul sait comment ils l’entendent ! Point de difficulté de manquer les vêpres, les catéchismes et les autres exercices de piété ! Hélas ! Ils ne veulent pas chercher leurs fautes, parce qu’ils ne veulent pas changer de vie continuant à vivre dans une ignorance crasse et des plus criminelles. Mais, sans aller plus loin, une partie des chrétiens ne voient pas leurs péchés, parce qu’ils ne veillent pas assez sur eux-mêmes ; ils ne veulent pas prendre la peine de se faire instruire de leurs devoirs et de leur religion. Que s’ensuit-il de là, mes frères, sinon une chaîne de confessions sacrilèges ? O mon Dieu, que de chrétiens damnés à cause de leur ignorance ! qui, en sortant du tribunal de la pénitence, sortent plus coupables qu’ils ne sont entrés.

« Et que devez-vous faire pour éviter un si grand malheur ? Mes frères, le voici : ayez un grand soin de vous bien faire instruire de vos devoirs ; et, pour cela, soyez assidus et attentifs à écouter les instructions, catéchismes, lectures de piété. Soyez de bonne foi avec vous-mêmes, ayez une volonté ferme de sauver votre pauvre âme. Prenez l’habitude de vous examiner le matin, à midi et le soir, comment vous avez passé la journée. Le dimanche, rappelez à votre mémoire les plus gros péchés de la semaine : en suivant cette marche vous ne perdrez  jamais vos péchés pour les déclarer ; vous vous en rappellerez, et, en vous en rappelant, vous ne pourrez pas vous empêcher de les détester et de faire tous vos efforts pour vous en corriger. Oui, mes frères, lorsque vous pensez de vous approcher du sacrement de pénitence, il faut apporter, si vous le pouvez, la même diligence et la même rigueur que celle avec laquelle Jésus-Christ nous examinera au grand jour. Oh ! qu’il y a de quoi trembler, puisque Dieu nous y demandera compte même d’une parole inutile ! Hélas ! que vont devenir ceux qui seront coupables de tant de blasphèmes, de jurements et de scandales ? Oui, mes frères, craignez, avec le saint roi David, que, malgré tous les soins que vous prendrez pour vous examiner, vous ne laissiez encore bien des péchés que vous ne connaîtrez qu’à la mort pour en rendre compte. Dites souvent avec le roi David : « Mon Dieu, pardonnez-moi les péchés que je ne connais pas ». Oui, mes frères, soyons parfaitement sûrs qu’il y a beaucoup de péchés que nous ne connaîtrons jamais en ce monde. Comme, par exemple, un homme qui se livre à l’ivrognerie ne saura qu’au jugement de Dieu toutes les suites de ses intempérances et de ses excès. Celui qui se sera abandonné au vice infâme d’impureté ne saura jamais qu’au moment où il paraîtra devant son souverain Juge, les péchés sans nombre qu’il aura commis. Une fille mondaine ne connaîtra bien qu’après sa mort toutes les suites malheureuses de sa vanité, de ses immodesties et de son peu de pudeur. Les parents, les maîtres qui auront négligé de veiller sur leurs enfants et leurs domestiques et ne les ont pas instruits, qui les ont laissés courir dans les jeux, les cabarets et les danses, ne sauront qu’au tribunal de Dieu les suites funestes de leur négligence, et de tous les désordres dont ils ont été la cause et l’occasion. O mon Dieu, quelle sera pour lors leur surprise ! Quel désespoir effroyable d’un pécheur qui n’ouvre les yeux sur l’état de son âme qu’après sa mort, quand il n’y a plus de remède ! Mes frères, n’attendons pas ce moment malheureux qui nous causera tant de regrets ; profitons du temps que Dieu veut bien encore nous donner pour purifier notre conscience, afin de la faire connaître au ministre du Seigneur telle qu’elle est. Faisons comme dit saint Paul : Jugeons-nous rigoureusement nous–mêmes, afin que Dieu nous épargne dans son jugement. Cependant, mes frères, malgré qu’il soit si difficile de connaître nos fautes, si nous agissons de bonne foi, si nous faisons ce que nous pouvons pour nous montrer tels que nous sommes, soyons tranquilles : Dieu est un père plein de miséricorde, qui nous aime infiniment et qui ne nous demandera jamais ce que nous n’avons pas pu faire.
Que devons-nous faire, mes frères, après nous être bien examinés ? Le voici : c’est de demander à Dieu de tout notre cœur la contrition de nos fautes et un ferme propos, c’est-à-dire une bonne résolution de n’y plus retomber. Voilà, mes frères, ce qui regarde l’examen de conscience.

« II. Que devons-nous faire après cela ? Le voici c’est de nous approcher du tribunal de la pénitence avec respect et une espèce de tremblement, et ne pas faire comme les enfants qui tournent la tête, qui parfois rient et parlent. Cela annoncerait que vous ne comprenez pas mieux qu’eux la grandeur de l’action que vous allez faire. Au contraire, mes frères, imitez le publicain qui se regardait indigne de porter ses yeux vers le ciel, baissait les yeux vers la terre, avec une profonde humilité. En attendant de vous confesser, repassez dans votre mémoire tous les péchés que vous avez trouvés dans votre examen ; renouvelez votre contrition, prenez-là de bonnes résolutions de mieux vivre, que vous n’avez fait jusqu’à présent ; priez avec ferveur le bon Dieu, afin qu’il daigne avoir pitié de vous. Prenez garde de ne jamais ni pousser, ni presser les personnes qui se confessent ; ni vous tenir trop près du confessionnal, crainte d’entendre la confession des autres. Si vous aviez entendu quelques péchés, n’oubliez pas que vous êtes obligés au même secret que le prêtre ; mais si vous les aviez écoutés exprès et que vous les disiez à un autre, c’est un gros péché qui vous damnerait, si vous aviez le malheur de ne pas vous en accuser avant de mourir. Il faut encore dire si vous avez eu la volonté d’entendre les péchés des autres.

« Lorsque vous êtes au confessionnal, ne regardez que Jésus-Christ dans la personne du prêtre qui tient sa place. Faites le signe de la croix avec respect et un peu incliné, en disant : « Mon Père, bénissez-moi parce que j’ai beaucoup péché » ; et là, pénétré du regret que doivent vous donner vos péchés et la grande charité de Jésus-Christ qui veut bien, tout coupable que vous êtes, vous souffrir à ses pieds, pensant que vos crimes vous mériteraient d’être précipité dans les enfers, récitez votre Confesse à Dieu jusqu’à ces mots : C’est ma faute. Ensuite, sans attendre que le prêtre vous interroge, dites depuis quel temps vous ne vous êtes pas confessé, si vous avez reçu l’absolution ou si vous ne l’avez pas reçue, en lui disant pourquoi on vous l’a refusée ; si vous avez fait votre pénitence dans le temps qu’on vous l’avait commandée ; de même si vous avez manqué de faire les aumônes, les restitutions, les réconciliations que vous deviez faire avant de revenir vous confesser ; si vous avez laissé quelques péchés mortels dans vos dernières confessions ; si c’est involontairement, par négligence, faute de ne vous être pas assez examiné, ou si c’est par honte ou par crainte ; bien lui expliquer tout cela. Ensuite, autant bien que vous le pourrez, lui accuser tous les péchés que vous avez commis depuis votre dernière confession, vous rappelant qu’il faut les avouer humblement, entièrement, avec simplicité et avec prudence ; et après avoir déclaré tant que vous pouvez vos péchés, vous dites Mon Père, je m’accuse de tous ces péchés et de tous ceux de ma vie, tous ceux dont je ne me souviens pas ; j’en demande bien pardon à Dieu de tout mon cœur et à vous la pénitence et l’absolution, si vous le jugez à propos .

« Votre confession étant faite, le prêtre vous fera les interrogations qu’il vous croira nécessaires. Il faut lui répondre avec vérité. S’il vous donne quelques avis, il faut les écouter avec attention sans vous occuper à chercher vos péchés que vous pourriez avoir oubliés et ne jamais l’interroger mal à propos. Lorsque vous recevez votre pénitence, il faut la recevoir avec un ferme désir de l’accomplir le mieux que vous pourrez. S’il vous refuse l’absolution, il faut s’y soumettre avec humilité, parce que s’il vous la donnait lorsque vous ne la méritez pas, il vous perdrait et se perdrait lui-même, c’est-à-dire que vous vous damneriez tous les deux. Faites bien attention aux raisons pourquoi il vous refuse l’absolution afin de bien employer le temps que vous devez passer sans revenir vous confesser, à vous corriger, afin qu’il ne soit pas obligé de vous la refuser encore une fois. S’il jugeait à propos de vous la donner, achevez votre Je confesse à Dieu. Dans ce moment précieux, mes frères, renouvelez tous les sentiments de piété dont vous êtes capables ; faites votre acte de contrition de tout votre cœur, unissez votre douleur à celle que Jésus-Christ eut de vos péchés au jardin des Olives. Demandez ardemment à Dieu qu’il veuille bien ratifier dans le ciel l’absolution que le prêtre vient de vous donner.

« Après cela, il faut se retirer du confessionnal avec modestie, se prosterner humblement aux pieds du bon Dieu, le remercier de la grâce qu’il vient de vous faire. Rappelez-vous bien des moyens que le prêtre vous a donnés pour vous corriger ; et puis vous prenez de bonnes résolutions de les mettre en pratique. Avant de sortir de l’église, commencez à faire votre pénitence qui vous a été imposée. Prenez une bonne résolution de veiller désormais sur vous-même, pour ne pas perdre la grâce précieuse que vous venez de recevoir. – Et que faut-il faire pour cela ? – Mes frères, le voici : C’est de se défier beaucoup de soi-même, et se tenir continuellement sur ses gardes. Oui, la vue de notre faiblesse doit nous faire trembler. Non seulement nous sommes continuellement portés au mal ; mais le démon, après une bonne confession, redouble tous ses efforts afin de nous faire retomber dans les péchés que nous avons confessés. Cette seule pensée faisait trembler les plus grands saints. Hélas ! Que devons-nous faire, nous qui tombons presque chaque fois que le démon nous tente ? Que devons-nous faire encore ? C’est d’éviter, autant que nous pouvons, les occasions et les personnes qui nous ont portés au mal ; sans quoi, jamais nous n’exécuterons nos bonnes résolutions. Hélas ! Mes frères, combien de pécheurs qui aidés de la grâce sont rentrés dans le bon chemin du salut, mais qui, n’ayant pas fui les occasions, sont retombés, et ne sont sortis du péché que pour aller brûler dans les enfers ! Troisièmement, il faut avoir grandement recours à la prière et Jésus-Christ nous le dit lui-même : « Veillez et priez sans cesse, de crainte que vous ne succombiez à la tentation.  » Enfin, si vous aviez le malheur de retomber, hâtez-vous de vous relever ; parce que plus vous resterez dans votre péché, plus il vous sera difficile d’en sortir. Oui, mes frères, si nous employons tous ces moyens, nous sommes sûrs de nous corriger, quelque forte que soit notre mauvaise habitude. Il n’en est pas des maladies de l’âme comme de celles du corps. Celles-ci quelquefois n’ont point de guérison, mais celles de l’âme ne sont jamais sans remède, si le pécheur le veut sincèrement ; et cette guérison vous sera très certainement accordée, si vous le voulez. O mon Dieu ! Quel bonheur pour un pécheur qui désire de regagner le ciel et l’amitié de Dieu qu’il a perdus par le péché, d’être sûr de réussir dans son entreprise ! Voilà donc, mes frères, ce que vous devez faire avant et pendant votre confession.

« III. Je vous ai dit que je vous montrerais qui sont ceux qui font de mauvaises confessions, et ce qu’il fallait faire pour les réparer et n’être pas damné. J’en trouve sept sortes, de ceux qui profanent ce sacrement et qui s’abîment au plus profond des enfers. Ecoutez-le bien, afin que vous puissiez connaître si vous êtes de ce nombre. D’abord je suis sûr qu’il y en a de ceux qui m’écoutent qui sont de ce nombre, qui peut-être n’ouvriront pas encore les yeux aujourd’hui sur cet état affreux et malheureux, parce qu’ils sont sourds et aveugles pour comprendre ; la parole de Dieu ne les touche pas ; et les lumières de l’Esprit Saint, à qui ils ont fermé la porte de leur cœur, ne leur montrera pas l’état épouvantable où le péché les a précipités. Ils mourront comme ils ont vécu, c’est-à-dire « vivre en pécheur et mourir en réprouvé ». Ecoutez-moi bien, et ensuite vous descendrez dans vos consciences avec le flambeau d’une main et la balance de l’autre : ensuite vous jugerez vous–mêmes, avant que Dieu vous juge et vous jette en enfer.

« Les premiers sont ceux qui par honte ou par crainte ont volontairement caché quelques péchés dans leurs confessions, ou quelques circonstances considérables, ceux qui n’ont pas dit le nombre de leurs péchés mortels ; ceux qui n’ont pas déclaré quelques péchés mortels ; ceux qui vont confesser à un autre quelques gros péchés et reviennent au même dire leurs petits péchés ; ceux qui à confesse pensent qu’on aura bonne opinion d’eux, s’ils les conservent, parce qu’ils ont négligé de se faire instruire ou de profiter des instructions ; ceux qui n’ont déclaré un péché mortel que parce que le confesseur le leur a demandé, et qui, sans cette demande, ne l’auraient pas dit.

« 2° Je dis que ceux-là font de mauvaises confessions, qui ne donnent pas tout le temps nécessaire pour connaître leurs péchés mortels ; ceux qui se confessent par routine, par habitude, sans avoir une véritable douleur de leurs péchés, ni le ferme propos de ne plus les commettre, de préférer la mort même, s’il le faut, plutôt que d’y retomber.

« 3° Ceux qui vont chercher les confesseurs pour passer plus facilement. O mon Dieu ! que de confessions sacrilèges ! O mon Dieu ! que de chrétiens damnés !

« 4° Ceux qui, ayant quelques restitutions, ne veulent pas ou ne font pas tous leurs efforts pour les faire ; comme ceux encore qui ont été chargés de faire des aumônes, de faire dire des Messes, et laissent tout cela de côté.

« 5° Ceux qui croient qu’il n’y a point de mal de tirer intérêt de leur argent, sans avoir les titres légitimes.

« 6° Ceux qui ont continué à vivre dans l’occasion du péché, pouvant la quitter comme serait une personne qui est dans une maison où il y a une peste et qui n’en sort pas ; comme ceux qui vont dans les veilles, où ils sont sûrs de n’y entendre que de mauvais propos contre la religion et contre la pureté, qui continuent d’y aller malgré leurs remords de conscience et la défense de leur confesseur. Ceux qui ont continué à vivre dans les habitudes du péché, comme les pensées volontaires, les désirs, les paroles et les actions déshonnêtes ; qui ne font pas d’efforts pour se corriger : comme un ivrogne qui tombe toujours à peu près de même ; ceux qui jurent le saint nom de Dieu ; et ainsi des autres péchés mortels. Ceux qui vivent sans se réconcilier avec leur prochain, qui ne veulent pas pardonner ou qui ne pardonnent qu’à moitié. Ceux qui ont flétri la réputation du prochain et ne font ce qu’ils peuvent pour la rétablir. Ne vouloir pas faire sa pénitence, pensant que le prêtre n’a pas entendu ou compris un péché mortel.

« 7° Tous ceux qui fréquentent les sacrements sans être suffisamment instruits des principaux mystères de la religion, ou qui ignorent, par leur faute, ce qui regarde les sacrements qu’ils reçoivent.
Les pères et les mères, les maîtres et maîtresses qui ne connaissent leurs devoirs envers leurs enfants et leurs domestiques, toutes ces personnes sont indignes d’absolution ; et toutes les absolutions qu’ils ont reçues jusqu’à ce moment sont autant de sacrilèges qui ne leur serviront qu’à les jeter plus profond dans les enfers. Ces sortes de chrétiens ont donc, dans ce moment, la conscience chargée de mille et mille sacrilèges, et encore sont couverts de tous les péchés qu’ils ont commis et confessés jusqu’à présent, comme de ceux qu’ils n’ont pas confessés.

« Que conclure de cela, mes frères ? Rien autre, qu’après tant de sacrilèges, après tant de péchés cachés ou confessés sans contrition, ni résolution de préférer même la mort que de les commettre, ils ne craignent pas si la mort les attrape dans cet état malheureux, d’être précipités dans les flammes pendant toute l’éternité. O mon Dieu, que de chrétiens qui sont dans cet abîme et qui ne le croient pas, parce qu’ils ne veulent pas prendre la peine de descendre dans l’intérieur de leur cœur pour y reconnaître les maux infinis que le péché leur a faits ! Hélas ! Que la lumière du grand jour des vengeances va faire trouver de sacrilèges !
D’après cela, mes frères, il vous est donc extrêmement nécessaire de vous examiner avec soin, si vous n’êtes pas dans quelques-uns des cas dont je viens de vous parler. Si vous doutez de la moindre chose, ne vous endormez pas là-dessus, enfoncés dans vous-mêmes. Peut-être qu’examinant bien, vous verrez ce que vous n’avez jamais vu ; peut-être qu’au premier coup d’œil vous allez frémir et trembler de trouver des crimes auxquels vous n’aviez jamais réfléchi. Revenez, mes frères, sur vos pas ; si vous doutez de toute votre vie, refaites vos confessions de toute votre vie, ou au moins considérez bien depuis quel temps vous êtes coupable : si c’est toute votre vie, il faut redire tous vos péchés mortels que vous avez commis, le nombre et les circonstances autant que vous pourrez, accusez toutes vos confessions et communions qui sont autant de sacrilèges.

« IV. Je ne doute pas, mes frères, que si vous n’avez pas encore entièrement perdu la foi, cela vous trouble et vous inquiète sur vos confessions et communions passées. – Comment pouvoir me rappeler de tout ce que j’ai fait à quatorze ou vingt ans, et peut-être à cinquante ou soixante ans ? – mes frères, ce qui nous parait tout à fait impossible à nous-mêmes, nous est non seulement possible, mais facile avec la grâce de Dieu. Est-ce l’examen de votre conscience qui vous effraie ? Maintenant vous allez voir qu’il n’est pas si difficile que vous vous le représentez. Je vous dirai que pour faire une confession générale il n’est pas nécessaire d’accuser ses péchés véniels en particulier, c’est-à-dire d’en dire le nombre, toutes les circonstances, comme sont les petites désobéissances, les mensonges, les médisances qui ne portent perte à personne, c’est-à-dire en matière légère, les distractions dans ses prières, faute de s’y être, bien préparé, et autres péchés semblables. Il vous suffira de vous en accuser en général à la fin de votre confession. Votre examen ne va donc rouler que sur vos péchés mortels. Tous vos péchés sont ou des péchés que vous ne commettez que rarement, ou sont des péchés d’habitude : ou votre habitude n’a duré qu’un certain temps, ou elle a duré toujours depuis que vous l’avez commencée.

« 1° Si vous n’avez commis certains péchés que rarement, comme serait par exemple de jurer le saint nom de Dieu, de vous mettre en colère, de maudire votre travail, vos enfants ou vos bêtes, il n’est pas bien difficile de dire combien de fois à peu près vous y êtes tombé par année, par mois ou par semaine. Si c’est un péché d’habitude, vous savez bien combien d’années a duré cette habitude, à quel âge vous l’avez commencée, à peu près quel temps elle a duré, si vous l’avez perdue pendant quelque temps dans le temps que vous tombiez ; il n’est pas difficile de dire combien vous avez commis ce péché par mois et par semaine et par jour. Hé bien ! mes frères, voilà tout ce qu’il faudrait faire pour avoir le bonheur de réparer toutes vos confessions et communions mauvaises, en les accusant en disant : « Mon père, je m’accuse d’avoir fait tant de confessions et de communions pendant ma vie, ou par année ou par mois ». Lorsque vous ne pouvez vous rappeler au juste, dites seulement : « Mon père, je m’accuse à peu près tant de fois ». Dieu n’en demande pas davantage : pourvu que vous ayez donné à votre examen tout le temps et tous les soins qu’il faut et que vous soyez de bonne foi, c’est-à-dire sincère dans vos accusations et dans votre repentir, vous êtes sûr que quand toutes vos confessions et communions seraient des sacrilèges, que le bon Dieu vous pardonnera et que vous serez sauvés. D’un autre côté, le confesseur, qui désire autant que vous le salut de votre bonne âme, ne manquera pas de faire tout ce qu’il pourra pour vous aider, soit par ses interrogations, soit par ses prières, surtout pendant la sainte Messe, en demandant à Dieu pour vous les grâces et les forces qui vous sont nécessaires pour bien faire votre confession.

« Prenez bien garde de ne pas vous laisser prendre à ce piège du démon qui en perd un grand nombre, qui est de leur faire commencer à accuser tous leurs petits péchés les premiers, afin qu’ils n’aient pas la force de dire les gros ensuite. Commencez, mes frères, à dire au contraire tous vos plus gros péchés les premiers, alors, vous ôtez tout au démon. – Mais, me direz-vous, cela est bien aisé à dire, mais le faire c’est bien autre chose. Comment avoir la force de dire tant de péchés, si affreux qui font horreur rien que d’y penser. – Voulez-vous, mes frères, une vérité bien claire ? C’est que ce n’est qu’un orgueilleux qui a honte de dire ses péchés ou qui les a cachés. Otez cet orgueil de votre cœur, et vous vous accuserez de vos péchés tels que vous voudriez les avoir accusés à l’heure de la mort. Toute personne qui désire véritablement à cœur son salut, ne craint nullement d’en faire l’accusation.

« En voici un exemple bien frappant, rapporté par saint Jean Climaque : Me trouvant un jour, nous dit ce grand saint, dans un monastère, il vint un homme se présenter afin de passer sa vie dans la pénitence ; pendant toute sa vie il n’avait fait que brigandages. Le supérieur lui ordonna de passer sept jours à la porte du monastère. Voyant qu’il persévérait, il lui ordonna de déclarer devant tout le monde tous les péchés qu’il avait commis. Ce voleur avoua sincèrement tout ce qu’il avait fait. Le supérieur, pour éprouver si sa conversion était bien sincère, lui commanda de les accuser encore devant les religieux du monastère. Cet homme, qui était véritablement touché, qui ne cherchait que les moyens de fléchir la justice divine, répondit au supérieur que non seulement il était prêt à les déclarer devant les religieux, mais au milieu de toute la ville d’Alexandrie. Alors le supérieur fit assembler tous les religieux qui étaient plus de trois cents. Comme c’était un dimanche, après l’évangile, il commande qu’on lui amène ce coupable déjà justifié, les mains liées, revêtu d’un cilice, la tête couverte de cendres, conduit par plusieurs religieux qui le frappaient à coups de verges. Ce spectacle attendrit si fort les assistants que tous fondaient en larmes. Le supérieur lui dit de rester à la porte de l’église, qu’il ne méritait pas d’y entrer. Ces paroles le frappèrent si fortement qu’il tomba la face contre terre. Le supérieur, le voyant en cet état, lui commanda de dire publiquement ses péchés. Il le fit avec tant de larmes et de douleur, qu’il lui semblait perdre la vie, tant la douleur de ses péchés était grande. L’on fut obligé de lui dire de cesser.
Voyez encore saint Augustin, a-t-il craint, a-t-il eu honte de faire l’aveu de ses péchés, non seulement à un prêtre, mais à tout l’univers ? Mes frères, non, nous n’aurons point de honte et de crainte, si nous avons l’humilité et la connaissance de nous-mêmes.

« De là je conclus que tout chrétien qui, après avoir péché, craint de s’accuser, n’est qu’un orgueilleux. Voyez-vous, mes frères, un motif bien capable de nous engager à une confession de toute notre vie, si vous vous sentez coupable ; c’est de là que dépend votre bonheur ou votre malheur éternel. Ce soir, lorsque vous serez au lit, mettez-vous dans la posture où vous serez un jour dans la bière, le corps étendu, les mains croisées sur la poitrine, les yeux fermés et tout enveloppé dans un suaire, ensuite dites-vous à vous-même : Que voudrai-je avoir fait lorsque je me trouverai à ce moment ? Mon âme est souillée de tant de péchés qui ne me sont pas pardonnés, voudrais-je bien paraître devant le tribunal de Dieu en cet état ? Reverrai-je un confesseur à l’heure de la mort ? Si je venais à mourir de mort subite et que je n’aie pas le temps de le faire, il faudrait tomber en enfer ! Non, mon Dieu, plus de retard, je vais commencer aujourd’hui à m’y préparer et je le ferai tant, que je pourrai regagner votre amitié et mériter le ciel à la fin de ma vie, en assurant mon salut. Amen ».