Sur la pénitence – Pas de salut sans pénitence

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Sommaire

  • L’obéissance à la vraie foi
  • La pénitence est absolument nécessaire pour le salut
  • Se repentir et se convertir
  • Dieu n’écoute pas les impénitents
  • Œuvres qui peuvent faire fléchir la justice divine
  • La vie chrétienne doit être une pénitence perpétuelle
  • Dieu ne pardonne les péchés qu’aux membres de l’Église
  • Dieu n’applique pas sa miséricorde sans pénitence
  • L’expiation
  • Dieu accueille la pénitence en paiement de la dette des péchés
  • La pénitence comprend l’évitement de l’occasion de pécher
  • Le temps est précieux pour faire pénitence
  • Sur la pénitence – Saint curé d’Ars
  • Sur la conversion – Saint Jean Chrysostome

L’obéissance à la vraie foi

Sans la vraie foi, une personne baptisée est hors de la véritable Église catholique hors de laquelle il n’y a absolument aucun salut.

Pape Eugène IV, Concile de Florence, Le symbole d’Athanase, Sess. 8, 22 novembre 1439, ex cathedra (Magistère solennel) : « Celui qui veut être sauvé, doit avant tout tenir la foi catholique, à moins que chacun la conserve intègre et inviolée, il périra sans aucun doute pour l’éternité ».

Pape Eugène IV, Concile de Florence, Cantate Domino, 1441 (Décret. 571) ex cathedra (Magistère solennel) : « … tous ceux qui pensent des choses opposées et contraires, l’Église les condamne, les réprouve, les anathématise, et les dénonce comme étrangers au corps du Christ qui est l’Église ».

Pape Léon XIII, Satis Cognitum, 29 juin 1896 (Magistère ordinaire) : «si à une seule [hérésie], quelqu’un donne son assentiment, il est par le fait même coupé de l’unité catholique … si quelqu’un en tient une seule [de ces hérésies] il n’est pas catholique».

Pape Léon XIII, Satis Cognitum, n° 9 (Magistère) : « …celui qui, même sur un seul point, refuse son assentiment aux vérités divinement révélées, très réellement abdique tout à fait la foi [est un hérétique et apostat]…»

Pape Léon XIII, Satis Cognitum, n° 9 (Magistère) : « Ceux qui ne prennent de la doctrine chrétienne que ce qu’ils veulent, s’appuient sur leur propre jugement et non sur la foi ; et, refusant de «réduire en servitude toute intelligence sous l’obéissance du Christ» (II Corinth. 10, 5), ils obéissent en réalité à eux-mêmes plutôt qu’à Dieu ».

Saint Bernard de Clairvaux, Gémissements au nom du Sauveur : «J’ai pris suffisamment patience, et plus que suffisamment, mon fils, vous pour qui la mort m’est aussi douce que la vie et sans qui la vie est pour moi la mort ; je ne vous demande pas pourquoi vous vous êtes retiré, mais pourquoi vous ne revenez pas ; venez seulement et nous aurons la paix ; revenez et tout est fait».

 

La pénitence est nécessaire pour le salut

La pénitence est nécessaire au salut, la considération de ses péchés et des peines éternelles du péché, et se tourner vers Dieu. La fausse foi ne considère que la miséricorde de Dieu sans crainte de sa justice inexorable et implacable. Ceux qui n’auront pas fait suffisamment pénitence de leurs péchés déjà pardonnés devront le faire au Purgatoire. Et mieux vaut faire pénitence sur terre qu’au purgatoire.

Les pécheurs qui ne veulent pas faire pénitence de leurs péchés sont les ennemis de Dieu et se préparent au feu éternel de l’enfer avec Satan et avec leurs péchés à cause de la justice de Dieu qui exige la peine due aux péchés. Les pécheurs qui font pénitence de leurs péchés, se préparent à la vie éternelle avec Dieu avec leur pénitence et à cause de la miséricorde de Dieu (en passant par le  feu du purgatoire pour ceux qui n’ont pas totalement expiés leurs péchés par leur pénitence). La vie revient à soit 1) faire pénitence pour payer la dette due aux péchés qu’exige la justice de Dieu pour vivre ensuite avec Lui, ou soit 2) vivre des plaisirs de la terre et ensuite brûler.

Matthieu 10, 28: «Ne craignez point ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’âme ; mais craignez plutôt celui [Dieu] qui peut précipiter l’âme et le corps dans la géhenne [l’enfer]».

Jean 12, 25b : «Celui qui aime sa vie la perdra ; et celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie éternelle».

Note Bible catholique Vulgate sur Jean 12, 25 : «Haïr son âme, c’est faire toute espèce de sacrifices, accepter toute espèce de souffrances, pour rester fidèle à Dieu et conserver sa grâce».

Saint Irénée, père de l’Église, L. 4, part. 3, § 2 (2e s.) : « Méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité, ignorant que la bonté de Dieu te pousse à la pénitence ? Par ton endurcissement et ton cœur impénitent, tu t’amasses un trésor de colère pour  le Jour de la colère et de la révélation du juste jugement de Dieu ». « Mais en revanche, dit-il [l’Apôtre Saint Paul, Rom. 2, 4], gloire et honneur pour quiconque fait le bien ».

Saint Bernard de Clairvaux, Gémissements au nom du Sauveur : « J’ai pris suffisamment patience, et plus que suffisamment, mon fils, vous pour qui la mort m’est aussi douce que la vie et sans qui la vie est pour moi la mort ; je ne vous demande pas pourquoi vous vous êtes retiré, mais pourquoi vous ne revenez pas ; venez seulement et nous aurons la paix ; revenez et tout est fait ».

Révélations de sainte Brigitte, L. 9 ch. 82, Exhortation à la contemplation et à la pénitence : «Notre-Seigneur Jésus-Christ parle : Je suis le Dieu de tous, dont Moïse ouït la voix dans le buisson, Jean au Jourdain et Pierre en la montagne. J’ai crié à vous, ô hommes, avec miséricorde ; j’ai crié en la croix pour vous avec larmes : Ouvrez les yeux et regardez-moi, car moi qui parle, je suis très-puissant, très-pieux, et avec tout cela, très-beau sur toutes choses. Voyez, et informez-vous de ma puissance en la vieille loi, et vous la trouverez en la création de toutes les créatures ; et encore je suis admirable et formidable ; vous trouverez ma force pour les rois qui ont été rebelles, ma sapience en la création et la disposition des visages humains, en la sagesse des prophètes ; informez-vous en la domination de la loi et en l’affranchissement de mon peuple. Voyez ma justice au premier ange et au premier homme ; voyez-la au déluge ; voyez-la en la subversion des cités et des villes ; voyez ma patience à supporter mes ennemis ; voyez-la aux avertissements par mes prophètes ; enfin voyez et considérez ma beauté en l’éclat et opération des éléments, en la glorification de Moïse, et lors voyez combien dignement vous m’aimez et me devez aimer. Voyez encore que je suis celui-là même qui parlait en la nouvelle loi, très-puissant et très-pauvre : très- puissant en l’adoration des mages et en la démonstration de l’étoile ; très-pauvre, ayant été enveloppé de langes et couché dans une crèche.

«Voyez-moi encore réputé très sage et très-fou : très sage, puisque les adversaires ne pouvaient me répondre ; très-fou, étant repris de mensonge, et jugé comme coupable. Voyez-moi très-vertueux et très-méprisé : très-vertueux en la guérison des malades et à chasser les diables ; très-méprisé, étant fouetté en tous mes membres. Voyez qu’étant très-juste, je suis réputé très-injuste : je suis très-juste en l’institution de la vérité et de la justice ; réputé très-injuste, étant condamné à une mort si horrible. Voyez-moi encore très-pieux, et être traité d’une manière très-impie : très-pieux en la rédemption et l’abolition des péchés ; traité d’une manière impie, étant en un gibet avec des larrons. Voyez-moi enfin très-beau en la montagne, très-laid en la croix, d’autant que je n’avais ni figure ni éclat.
Voyez que je suis celui qui parle à vous, qui ai pâti pour l’amour de vous. Contemplez, non avec les yeux de la chair, amis avec ceux de l’esprit. Voyez ce que je demande de vous, ce que je vous ai donné et ce que vous me rendrez. Je vous ai donné l’âme sans souillure, rendez-moi l’âme sans souillures ; je pâtissais pour vous, afin que vous me suiviez ; je vous ai enseigné, afin que vous viviez, non selon vos volontés, mais selon les miennes. Oyez d’ailleurs ma voix qui vous dit : Faites pénitence. Oyez ma voix qui criait au gibet : J’ai soif de vous. Oyez encore ma voix, qui dit plus hautement : Si vous ne faites pénitence, le malheur vous accablera, malheur qui sèchera votre chair, serrera votre âme de crainte ; vos moelles se dessècheront ; votre force sera affaiblie ; votre beauté se flétrira ; la vie vous sera à dégoût : vous chercherez la fuite et vous ne la trouverez pas : partant, fuyez vitement à la cachette de mon humilité, de peur que le malheur qui vous menace ne vous arrive. On vous menace afin de l’éviter, et vous l’éviterez, si vous le croyez et le fuyez ; autrement l’évènement donnera foi à mes paroles ; néanmoins en verrez-vous de sages, si je manque à ce que je promets, bien que je patiente, et en patientant, j’attends ce fruit de la conversion».

Se repentir et se convertir

Saint Irénée, père de l’Église, L. 4, part. 3, § 2 (2ème siècle) : «Par ton endurcissement et ton cœur impénitent, tu t’amasses un trésor de colère pour  le Jour de la colère et de la révélation du juste jugement de Dieu».

Le vraie repentir engendre la conversion qui comprend de ne plus retomber facilement dans le péché, de fuir les occasions prochaines de péché, de suivre Jésus, et la persévérance.

Révélations de sainte Brigitte, L. 9 ch. 87, Ceux qui ne veulent laisser les péchés sont indignes de la grâce du Saint-Esprit : «La Sainte Vierge Marie dit : …en la vie spirituelle, quand la volonté ne veut quitter ses offenses, la justice veut qu’il ne jouisse point des influences du Saint-Esprit ; et quand la volonté n’est pas d’amender sa vie, il ne mérite point la viande du Saint-Esprit, soit que celui-là soit roi, un César, prêtre, pauvre ou riche».

Saint Alphonse, sermon dimanche de Pâques : «VIII. Tremblons-donc, mes chers frères, de retomber dans le péché, et n’abusons pas de la miséricorde de Dieu pour continuer à l’offenser. St Augustin dit Dieu, il est vrai, a promis de pardonner à qui se repentirait, mais il n’a promis à personne de lui faire la grâce de se repentir. La contrition est un pur don de Dieu ; s’il vous la refuse, comment vous repentirez-vous ? et, sans repentir, comment pouvez-vous être pardonnés ? Et prenez garde que l’on ne se joue pas de Dieu (Gal. 6, 7). St Isidore dit que celui qui retombe dans le péché dont il a fait pénitence, n’est plus pénitent, mais qu’il se joue de Dieu (St Isid. De summo bono.). Ajoutez ce mot de Tertullien : Que là où il n’y a point amendement, il n’y a pas eu de repentir véritable (Tertull. De pœnit.). IX. St Pierre prêchait ainsi (Act. XIII, 9). Plusieurs se repentent, mais ils ne se convertissent pas ; ils ont quelque remords de leur vie déréglée, mais ils ne reviennent pas sincèrement à Dieu. Ils se confessent, ils frappent leur poitrine, ils promettent de s’amender, mais ils ne forment pas une ferme résolution de changer de vie. Celui qui forme réellement une telle résolution, y persévère, ou au moins se maintient-il longtemps en état de grâce. Mais ceux qui, après la confession retombent aussitôt, font voir, comme dit St Pierre, qu’ils se sont repentis, mais non convertis, et ils arrivent à la fin à une mort funeste. St Grégoire écrit (Past. p. 3. Adron. 31). Il entend dire par là, que de même que les Justes éprouvent souvent des mouvements vers le mal et néanmoins ne pèchent pas, parce que leur volonté y est toute contraire ; aussi les pécheurs ont des mouvements vers le bien, mais qui ne suffisent pas à déterminer leur conversion. Le Sage nous avertit que la miséricorde de Dieu n’est point acquise à celui qui seulement confesse ses péchés, mais à celui qui, en même temps, s’en détache (Prov. 28, 13). Celui donc qui, après la confession, continue à pécher, n’obtiendra point miséricorde, mais mourra victime de la divine justice». (St Alphonse, Œuvres complètes, T. XIV, sermons)

Saint curé d’Ars, sermon 4ème dimanche de carême, Délai de la Conversion : «I. …avec votre repentir, vous êtes-vous converti pour cela ? Sans doute vous n’en êtes devenu que plus endurci. Hélas ! mes frères, tous ces repentirs ne signifient pas grand chose. Saül s’est bien repenti, puisqu’il a pleuré ses péchés (I Reg. XV, 24, 30) ; cependant il est damné ; Caïn s’est bien repenti, puisqu’il a poussé des cris affreux d’avoir tué son frère (Gen. IV, 13), néanmoins il est en enfer. Judas s’est bien repenti, puisqu’il alla rendre son argent et que sa douleur fut si grande qu’il alla se pendre (Matth. XXVII, 3). Si vous me demandez maintenant où tous ces repentirs les ont conduits ? je vous dirai…, en enfer. …Mais, dites-moi, est-ce en méprisant les grâces du bon Dieu que vous pouvez espérer avoir plus de force pour rompre vos mauvaises habitudes ? N’est-ce pas tout le contraire ? Plus vous allez, plus vous méritez que le bon Dieu se retire de vous et vous abandonne. De là je conclus que, plus vous retardez de revenir à Dieu, plus vous vous mettez en danger de ne jamais vous convertir : Nous disons que nous ne pouvons obtenir notre pardon que de Dieu seul. Eh bien ! dites-moi, est-ce en multipliant vos péchés que vous espérez que le bon Dieu vous pardonnera plus facilement ? Allez, mon ami, vous êtes un aveugle, vous vivez dans le péché pour y périr et vous serez damné. Voilà, mon ami, où votre manière de prier et de vivre vous conduira : «Vie de pécheur, mort de réprouvé».

Dieu n’écoute pas les impénitents

Dieu n’écoute pas favorablement ceux qui ne font pas pénitence de leurs péchés ni les hypocrites qui s’adressent à Lui sans vouloir vraiment sortir de leur état ou habitude de péché.

Matthieu 25, 41 : «Allez loin de moi, maudits, au feu éternel, qui a été préparé au diable et à ses anges».

La plupart des baptisés se font illusion sur leur salut, car Dieu ne se tourne pas vers celui qui ne le craint pas et n’obéit pas à Son Église. Dieu se tourne vers le pauvre d’esprit qui se repent vraiment de l’avoir offensé et qui le craint.

Isaïe 66, 2 : « mais vers qui porterai-je mes regards, sinon vers le pauvre et celui qui a l’esprit contrit, et qui tremble à mes paroles ? ».

Œuvres qui peuvent faire fléchir la justice divine

Méditations sur les vérités de la foi, P. Kroust, mardi II ap. l’Épiphanie : «Voici les œuvres qui peuvent faire fléchir la justice : la prière est bonne quand elle est unie au jeûne et à l’aumône. Par la prière, on entend les œuvres de piété ; par le jeûne, les œuvres de pénitence ; par l’aumône, les œuvres de miséricordes. Parmi ces œuvres, on doit surtout compter celles auxquelles sont attachées les indulgences de l’Église.

«Les œuvres de piété sont tout ce qui tient au culte de Dieu, comme les prières, l’office canonial, le sacrifice de la Messe que le prêtre offre pour ses péchés et pour les négligences et les péchés du peuple, l’examen de conscience fait avec contrition et le bon propos de se corriger, la confession fréquente, la sainte communion, et tout acte de religion, d’adoration, de foi, d’espérance, de charité, qui peut devenir si ardente qu’elle serait capable d’enlever tout à la fois la coulpe et la peine. La charité couvre tous les péchés (Prov. 10). Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15). C’est pourquoi on fait injure à un martyre, dit saint Augustin, si l’on prie pour lui après sa mort.

«Mais il convient de faire toutes ces choses avec l’intention de satisfaire à Dieu pour les péchés que l’on a commis, et pour rendre à la majesté divine la gloire et la louange qui lui sont dues ; cette intention n’en exclut pas d’autres.

«Les œuvres de pénitence sont par elles-mêmes des œuvres pénales et laborieuses, telles que la mortification de la chair et de l’esprit. Or, on doit être puni par où l’on a péché (Sap. 12). Vous devez donc choisir celles qui sont opposées à votre esprit et qui contrarient davantage votre naturel, et ce qui tient à la nature dépravée, comme la pratique de l’humilité contre l’orgueil, l’abstinence contre l’intempérance, les châtiments corporels contre le libertinage. C’est ainsi que nous avons part à la passion de Jésus-Christ. Nous ne lui faisons pas injure, mais nous y ajoutons ce qui manque ; car il faut que nous unissions nos satisfactions surabondantes de Jésus-Christ, et que nous nous y appliquions, parce que c’est d’elles que vient tout le mérite des nôtres.

«Il y a des œuvres de miséricorde qui sont corporelles ; ce sont celles par lesquelles nous prêtons secours au prochain dans les misères de cette vie et qui effacent les péchés, comme un verre d’eau froide donné au nom du Sauveur. Car l’aumône résiste au péché (Eccles. 3) et délivre de la mort ; c’est elle qui purifie les péchés et qui fait trouver miséricorde (Tob. 12). Mais les œuvres spirituelles de miséricorde par lesquelles on délivre l’âme du prochain regardent spécialement les ecclésiastiques. Cependant quiconque aura été miséricordieux envers les âmes des morts, qui ne peuvent rien pour elles-mêmes, obtiendra une miséricorde spéciale. Ne craignez pas d’offrir pour elles la plupart des satisfactions que vous faites pour vous-même. L’Église offre tous les jours, ainsi que les fidèles, un grand nombre de prières qui ne sont appliquées à aucune âme en particulier et que la miséricorde de Dieu vous appliquera un jour si vous en avez besoin».

La vie chrétienne doit être une pénitence perpétuelle

Pape Jules III, Concile de Trente, 14ème session, 1551, ex cathedra [Magistère solennel] : «toute la vie chrétienne, qui doit être une pénitence perpétuelle [St Thomas, Summa contra gentiles IV, 73 ; Leonina 15, 234a 18 ; Parme 5, 365b]».

La pénitence n’est pas uniquement nécessaire en partie, mais toute la vie chrétienne doit être une pénitence perpétuelle. Par conséquent, sans pénitence, il n’y a pas de vraie vie chrétienne ni de salut, et dire ou penser ou faire sciemment le contraire est hérétique.

Faire pénitence consiste en la crainte de Dieu, la crainte des châtiments, détester ses péchés, s’attrister de ses péchés, pleurer ses péchés, éviter les occasions de péché, demander miséricorde à Dieu, être peiné de ses péchés pour l’amour de Dieu. On peu faire pénitence par le jeûne, l’aumône, la prière, le sacrement de pénitence et les autres œuvres de piété comme moyen nécessaire de demander et d’obtenir le pardon.

L’homme ne doit pas se juger digne des consolations de Dieu, mais plutôt de châtiment

L’Imitation de Jésus-Christ, Thomas A Kempis, Livre III, chapitre 52 : «1. Le fidèle : Seigneur, je ne mérite point que vous me consoliez et que vous me visitiez ; ainsi vous en usez avec moi justement, lorsque vous me laissez pauvre et désolé. Quand je répandrais des larmes aussi abondantes que les eaux de la mer, je ne serais pas encore digne de vos consolations. Rien ne m’est dû que la verge et le châtiment, car je vous ai souvent et grièvement offensé, et mes péchés sont sans nombre. Après donc un strict examen, je me reconnais indigne de la moindre consolation. Mais vous, ô Dieu tendre et clément ! qui ne voulez pas que vos ouvrages périssent pour faire éclater les richesses de votre bonté en des vases de miséricorde, vous daignez consoler votre serviteur au-delà de ce qu’il mérite, et d’une manière toute divine. Car vos consolations ne sont point comme les vaines paroles des hommes !

«2. Qu’ai-je fait, Seigneur, pour que vous me donniez quelque part aux consolations du ciel ? Je n’ai point de souvenir d’avoir fait aucun bien ; toujours, au contraire, je fus enclin au vice, et lent à me corriger. Il est vrai, et je ne puis le nier. Si je parlais autrement, vous vous élèveriez contre moi et personne ne me défendrait. Qu’ai-je mérité pour mes péchés, sinon l’enfer et le feu éternel ? Je le confesse avec sincérité : je ne suis digne que d’opprobre et de mépris ; je ne mérite point d’être compté parmi ceux qui sont à vous. Et, bien qu’il me soit douloureux de l’entendre, je rendrai cependant contre moi témoignage à la vérité, je m’excuserai de mes péchés, afin d’obtenir de vous plus aisément miséricorde.

«3. Que dirai-je, couvert comme je le suis, de crime et de confusion ? Je n’ai à dire que ce seul mot : J’ai péché, Seigneur ; j’ai péché ; ayez pitié de moi, pardonnez-moi. Laissez-moi un peu de temps pour exhaler ma douleur, avant que je m’en aille dans la terre des ténèbres, que recouvre l’ombre de la mort. Que demandez-vous d’un coupable, d’un misérable pécheur, sinon que, brisé de regrets, il s’humilie de ses péchés ? La véritable contrition et l’humiliation du cœur produisent l’espérance du pardon, calment la conscience troublée, réparent la grâce perdue, protègent l’homme contre la colère à venir; et c’est alors que se rapprochent et se réconcilient dans un saint baiser Dieu et l’âme pénitente.

«4. Cette humble douleur des péchés vous est, Seigneur, un sacrifice agréable, et d’une odeur plus douce que celle de l’encens. C’est le délicieux parfum que vous permîtes de répandre sur vos pieds sacrés : car vous ne méprisez jamais un cœur contrit et humilié. Là est le refuge contre la fureur de l’ennemi ; là le pécheur se réforme et se purifie de toutes les souillures qu’il a contractées au-dehors».

Dieu ne pardonne les péchés qu’aux membres de l’Église

Un vrai catholique recherche la vérité. Par conséquent, un catholique doit se soumettre aux vérités de la foi et de la morale, pour pouvoir être membre de l’Église et pour pouvoir être sauvé, c’est-à-dire à la révélation constituée des Écritures et de la Tradition orale dont le contenu est déterminé par le Magistère de l’Église catholique, gardienne du dépôt de la foi (Voir : La révélation divine : l’Écriture, la Tradition orale et le Magistère infaillible). La plupart des baptisés, aujourd’hui, sont dans l’apostasie ou l’hérésie, hors de la vraie foi divine, de la véritable Église et du salut, et sans pénitence de leur péché contre la foi, ils ne seront certainement pas sauvés, mais bruleront en enfer éternellement parce qu’ils ne se sont pas repentis et convertis à la foi catholique en se soumettant au Magistère de l’Église. S’ils avaient appris ce qu’est la vraie foi, ils auraient su que Dieu enseigne infailliblement par le Magistère de son Église qu’Il ne fait pas miséricorde sans pénitence hors de l’Église et hors de la vraie foi catholique (Dieu donne des grâces à ceux qui suivent la loi naturelle de leur conscience morale pour entrer dans l’Église par la foi et le sacrement de baptême). Les véritables catholiques basent leur foi sur le dogme catholique infaillible, et non sur les opinions des saints ou des théologiens faillibles ou des autres hommes ou de leur propre esprit.

Pape Eugène IV, Concile de Florence, «Cantate Domino», 1441 ex cathedra (Magistère infaillible solennel) : « …la sainte Église romaine condamne, réprouve, anathématise et déclare être en dehors du Corps du Christ qui est l’Église, ceux qui pensent des choses opposés et contraires ».

Pape Léon XIII, Satis Cognitum, n° 9, 29 juin 1896 (Magistère infaillible ordinaire) : « …peut-il être permis à qui que ce soit de repousser quelqu’une de ces vérités, sans se précipiter ouvertement dans l’hérésie, sans se séparer de l’Église et sans répudier en bloc toute la doctrine chrétienne ? Car telle est la nature de la foi que rien n’est plus impossible que de croire ceci et de rejeter cela. …celui qui, même sur un seul point, refuse son assentiment aux vérités divinement révélées, très réellement abdique tout à fait la foi, puisqu’il refuse de se soumettre à Dieu en tant qu’il est la souveraine vérité et le motif propre [formel] de foi. ceux qui ne prennent de la doctrine chrétienne que ce qu’ils veulent, s’appuient sur leur propre jugement et non sur la Foi ; refusant de « réduire en servitude toute intelligence sous l’obéissance du Christ » (II Corinth. 10, 5), ILS OBÉISSENT EN RÉALITÉ À EUX-MÊMES PLUTÔT QU’À DIEU ».

Pape Pie XII, Mystici Corporis Christi, 29 juin 1943 (Magistère ordinaire infaillible) : «…seuls font partie des membres de l’Église, ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi, et qui n’ont pas eu le malheur de se séparer eux-mêmes de l’unité du corps [par l’apostasie, l’hérésie, le schisme et l’excommunication]».

Quiconque aime la vérité, veut la vérité, et quiconque veut la vérité, la recevra, car Jésus-Christ est la Vérité en personne, et en dehors de Lui, il n’y a que mensonge, et qu’il dit lui-même : «Demandez, et il vous sera donné ; cherchez et vous trouverez ; frappez, et il vous sera ouvert» (Matt. 7, 7). Par conséquent, quiconque aime la vérité, voudra être avec Jésus et prendra les moyens nécessaires pour cela, quel qu’en soit le prix, cherchera la vraie foi catholique et la contrition sans laquelle personne ne peut être sauvé (Voir : Il n’y a absolument aucun salut sans la vraie foi catholique) ; les autres qui font mine d’aimer, vouloir ou croire la Vérité, ne prendront pas vraiment les moyens parce qu’ils ne veulent pas vraiment la vérité.

Dieu n’applique pas sa miséricorde sans pénitence

Pour ceux qui croient se sauver sans pénitence, eh bien Dieu n’applique pas sa miséricorde aux impénitents (Voir Justice et miséricorde).

Saint Augustin, père de l’Église, Cité de Dieu, 19 : « Si quelqu’un, en effet, préfère les choses de la terre [*] à Jésus-Christ, bien qu’il paraisse avoir la foi de Jésus-Christ, Jésus-Christ n’est cependant pas le fondement (1 Co 3, 11) de ses œuvres, puisqu’il lui préfère des biens périssables. … Or, comment peut-on dire qu’il expie dignement ses péchés par ses aumônes, lui qui ne fait point à son âme l’aumône de plaire à Dieu ? Il faut donc faire des aumônes pour nous rendre Dieu favorable lorsque nous le prions de nous pardonner nos péchés passés, mais non pas dans la pensée que nous pouvons persévérer dans ces mêmes péchés, et que nous achetons par nos aumônes la liberté de faire le mal ». (St Thomas, Catena aurea, Év. S. Matt. 25, 46)

* Les choses de la terre sont l’attachement à la chair et aux biens terrestres, ou la sagesse terrestre, mondaine et naturelle, comme la fausse foi fabriquée par l’homme, les fausses religions de l’homme, l’interprétation des Écritures et du Magistère hors de l’Église, le libéralisme (liberté religieuse), le relativisme (pas de vérité absolue), le naturalisme (nature cause et fin d’elle-même, évolutionnisme, etc.), le rationalisme (raison sans la foi), l’indifférentisme (toutes religions égales), le modernisme (évolution du dogme), l’œcuménisme (pas d’exhortation à la conversion à la foi divine et catholique traditionnelle et à l’unité de la véritable Église), etc.

La plupart des baptisés croient faussement qu’ils vont être sauvés sans faire de pénitence. Tout d’abord Dieu ne pardonne pas les péchés sans pénitence, et comme cela a été déjà vu infailliblement plus haut, c’est un dogme. Sans pardon des péchés, il n’y a aucun salut, mais le feu de l’enfer éternel.

Ecclésiastique 21, 1 : «Mon fils, as-tu péché ? Ne recommence pas de nouveau, mais prie pour tes fautes anciennes, afin qu’elles te soient remises».

En ces temps de grande apostasie (abandon et reniement de la foi divine et catholique) où les hérésies sont généralisées et pullulent partout, la plupart des baptisés appliquent la miséricorde de Dieu là ou Dieu ne l’applique même pas lui-même. Ces mauvais chrétiens sont «déjà condamnés par leur propre jugement» (Tite 3, 10), en ne voulant pas apprendre la foi divine et catholique, ils commettent un péché mortel par omission d’ignorance coupable [ce n’est pas un péché quand il est impossible de connaître la foi, mais c’est un péché quand cela est possible]. S’ils avaient appris la vraie foi, ils auraient su que Dieu ne fait pas miséricorde sans pénitence.

Pape Eugène IV, Concile de Florence, Laetentur caeli, 6 juill. 1439 ex cathedra (Magistère solennel) : «…ceux qui se repentent véritablement meurent dans l’amour de Dieu…».

Ci-dessus, on voit que c’est un dogme ou la loi divine que ceux qui se repentent véritablement meurent dans l’amour de Dieu, les autres, ceux qui ne se repentent pas véritablement ne meurent pas dans l’amour de Dieu, ils sont damnés.

Ecclésiastique 5, 5-6 : «Sur un péché pardonné ne sois pas sans crainte, et n’ajoute pas péché sur péché ; et ne dis pas : La miséricorde du Seigneur est grande, de la multitude de mes péchés il aura pitié».

Saint Augustin, père de l’Église : «Ne tardez pas à vous convertir au Seigneur ; si vous voulez faire pénitence lorsque vous ne pourrez plus jouir du péché, ce sont les péchés qui vous quittent et non vous qui les quittez».

Méditations sur les vérités de foi, P. Kroust, SJ, samedi II de carême : « Le Fils innocent se jette aux pieds de son Père, et, se prosternant profondément, il demande grâce et pardon [pour les pécheurs], tandis que l’esclave pécheur, levant audacieusement la tête en présence de Dieu, se promet grâce et pardon ! … Le Seigneur vous a souvent excité par sa grâce, par votre conscience, par vos supérieurs, et vous n’êtes pas encore réveillé, et vous vous endormez bientôt de nouveau ; vous ressentez même de la peine quand on vous excite, vous vous fâchez lorsqu’on vous reprend, vous excusez votre faute : les disciples au moins supportaient avec patience qu’on les corrigeât, et ils ne savaient que répondre (Marc 14, 40) ».

Méditations sur les vérités de foi, P. Kroust, SJ, mardi III de carême : «Comment osez-vous vous plaindre vile créature ? C’est avec raison que vous souffrez et vous ne recevrez pas selon ce que vous avez mérité (Job 33). Jésus a payé ce qu’il n’avait point pris, il a été broyé pour nos péchés et il a porté nos iniquités. Vous au contraire vous aurez à souffrir des supplices dont vous êtes dignes, à moins que vous ne fassiez de dignes fruits de pénitence en remplissant ce qui manque à la passion du Sauveur. N’ajoutez pas à ses douleurs : il a été pris à cause de vos iniquités et vos iniquités vous prendront à leur tour (Ps 39)».

Ceux qui brûleront en enfer, brûleront par leur faute ; ils n’ont pas vraiment voulu leur salut parce qu’ils n’ont pas voulu faire pénitence de leurs péchés, et d’abord parce qu’ils n’ont pas voulu se soumettre à Dieu pour connaître la vraie foi catholique (traditionnelle). En résumé, ils ont préféré eux-mêmes plus que Dieu.

Révélations de sainte Brigitte, Livre 1, Chapitre 26 : «…il n’y a pas de péché si lourd ou si grave que la pénitence et le repentir ne lavent pas».

Révélations de Sainte Brigitte, Livre 3, Chapitre 19 : «Jésus-Christ parlant à Sainte Brigitte : “Or, si vous vous plaisez à faire quelque petit péché que vous connaissiez être péché, et le faites, vous confiant en l’abstinence et en la présomption [vous abstenant et présumant] de la grâce, n’en faisant point pénitence ni autre satisfaction, sachez qu’il vous dispose au péché mortel».

L’expiation

La pénitence comprend aussi l’expiation des péchés ou satisfaction pleine et entière des dettes temporelles dues aux péchés pardonnés.

Saint Bonaventure, Docteur de l’Eglise, L’Echelle d’or des vertus, ch. 23, Degrés de la satisfaction : «I. 1er degré. Satisfaire dignement pour ses propres péchés. 2ème degré. Satisfaire pour les péchés des bons. 3ème degré. Satisfaire pour les péchés des méchants.

«II. 1er degré. Faire pénitence pour les péchés de ses parents. 2ème degré. Faire pénitence pour les péchés des étrangers. 3ème degré. Faire pénitence pour les péchés de ses ennemis.

«III. 1er degré. Faire pénitence dans sa propre maison. 2ème degré. Faire pénitence dans le désert. 3ème degré. Faire pénitence dans le cloître.

«IV. 1er degré. Faire pénitence dans un cloître austère. 2ème degré. Faire pénitence dans un cloître plus austère. 3ème degré. Faire pénitence dans un cloître très austère.

«V. 1er degré. Expier ses péchés par des aumônes. 2ème degré. Expier ses péchés par de bonnes œuvres corporelles, comme le jeûne, la prière, les pèlerinages, etc. 3ème degré. Expier ses péchés par des souffrances corporelles, comme les larmes, les disciplines, les cilices, etc. Car il est plus parfait de souffrir avec patience ce qui est pénible que de s’appliquer aux bonnes œuvres».

Dieu accueille la pénitence en paiement de la dette des péchés

Ézéchiel 18, 21 : «Mais si l’impie fait pénitence de tous ses péchés qu’il a commis, et qu’il garde tous mes préceptes, et qu’il accomplisse le jugement et la justice, il vivra de la vie et ne mourra point».

Ézéchiel 33, 14-16, 19 : «Mais si je dis à l’impie : Tu mourras de mort, et qu’il fasse pénitence de son péché, et qu’il accomplisse le jugement et la justice ; Et que cet impie rende la gage qu’on lui avait confié, et qu’il restitue ce qu’il avait enlevé, et qu’il marche dans les commandements de la vie, et qu’il ne fasse rien d’injuste, il vivra de la vie et il ne mourra pas. Tous ses péchés qu’il a commis ne lui seront point imputés ; il a accompli le jugement et la justice, il vivra de la vie. … Et lorsque l’impie se sera écarté de son impiété, qu’il aura accompli le jugement et la justice, il y vivra».

La pénitence vient d’un cœur humble qui a renoncé à ses péchés et offre un Dieu un cœur contrit et humilié.

Psaume 50, 19 : «Le sacrifice que Dieu désire est un esprit brisé de douleur : vous ne dédaignerez pas, ô Dieu, un cœur contrit et humilié».

L’âme pénitente (pas faussement) ne retombera plus volontairement dans ses péchés car la pénitence c’est quitter son péché.

Saint Bernard, Degrés de l’humilité et de l’orgueil, Neuvième degré de l’orgueil – un aveu qui n’est qu’une feinte, ch. 18, § 47 : «Quiconque est véritablement pénitent, n’a point de répugnance pour les œuvres de pénitence ; il embrasse au contraire, avec patience et sans se plaindre au fond du cœur, tout ce qui lui est imposé pour sa faute dont il a regret».

Révélations de sainte Brigitte, Livre 4 – Chapitre 121 : Le diable, ennemi de Dieu et des hommes, apparut et dit : Le moine s’en est allé ; et n’en demeure que la seule effigie. Et Notre-Seigneur dit : Quel est ce moine ? – Je le ferai, dit-il mais par contrainte. Le moine est gardien de soi-même ; son habit est l’obéissance et l’observance de sa profession, car comme le corps est couvert du vêtement, de même l’âme doit être enrichie de ses vertus. Donc, l’habit extérieur ne profite de rien, si l’habit extérieur n’y est pas, car l’habit ne fait pas le moine, mais la vertu. Ce même s’en est allé lorsqu’il avait ces pensées : Je connais mon pêché ; j’amenderai du reste et ne pécherai plus, moyennant la grâce de Dieu. Par cette volonté, il s’est retiré et arraché de moi [le diable], et il est maintenant à vous.

«Notre-Seigneur lui dit : Comment son effigie demeure-t-elle ? – Le démon dit : C’est quand on ne se souvient point de ses péchés et que l’on ne s’en repent point comme il faudrait».

La pénitence sert à :

  • Faire mourir le vieil homme afin de ressusciter ;
  • Chercher le pardon des péchés et retrouver la grâce ;
  • Retrouver Dieu qu’on a perdu par sa propre faute ;
  • Ne pas entraver mais augmenter la vie de la grâce ;
  • Expier les péchés pour payer la justice divine ;
  • Prévenir les chutes afin de pouvoir résister dans la tentation ;
  • Porter sa croix afin de suivre Jésus et l’imiter ;
  • Préférer Dieu à soi-même ;
  • Conserver la grâce de Dieu ;
  • Augmenter ses mérites et la grâce de Dieu ;
  • A préserver d’autres du péché, ou à leur conversion, ou à leur salut ;
  • A exercer la charité pour Dieu.

Jeûne

Le jeûne est un moyen de pénitence, une abstention d’œuvres serviles (rendant esclave) pour rompre les chaînes du péché (comme l’aumône, la contrition du cœur, la chasteté du corps et du cœur, la charité et la patience envers le prochain pour Dieu, etc.).

Isaïe 58, 6-7 : «Le jeûne que j’ai choisi n’est-il pas celui-ci ? Romps les liens de l’impiété, délie les faisceaux accablants [Note Vulg. : Tout ce qui gêne, pèse], renvoie libres ceux qui sont opprimés, et brise tout fardeau. Romps ton pain pour celui qui a faim, et fait entrer dans ta maison les indigents et ceux qui errent sans asile ; lorsque tu verra quelqu’un nu couvre-le et ne méprise point ta chair [Note Vulg. : Tes frères, tes proches]».

Le jeûne de nourriture est un moyen et non une fin. Le jeûne est un moyen de mortifier la chair, obéir à Dieu, tourner son cœur vers Dieu. On jeûne pour retrouver la grâce de Dieu qu’on a perdue.

Le jeûne doit être selon les lois de l’Église

Il faut jeûner selon les lois de l’Église, sinon Dieu aura en horreur le jeûne, car la volonté de Dieu est l’obéissance de l’homme à Ses lois, c’est-à-dire :

1° Loi divine (Magistère de l’Église – dogme et vérités de foi, règle de la foi, etc.) ;

2° Loi ecclésiastique (précepte, droit canon, décrets, etc.) ;

3° Loi naturelle (reflet de la loi divine, conscience morale naturelle du bien et du mal).

Châtiez votre chair (corps et âme psychique du vieil homme) pécheresse et rebelle en la mortifiant et en pénitence pour vos péchés qui ont gravement offensés Dieu, mais le jeûne doit se faire dans l’obéissance aux lois de l’Église, car c’est l’obéissance qui compte. Jeûner hors des lois de l’Église, c’est une désobéissance qui ne plaît pas à Dieu, et le jeûne ne sert à rien ; bien pire, jeûner ou se mortifier dans la désobéissance obstinée, c’est un esclavage et un sacrifice offert au démon.

Révélations de sainte Brigitte, L. 9, ch. 58 : «La Sainte Vierge parla à l’épouse : Vous devez faire toutes choses avec obéissance et discrétion : il est plus agréable à mon Fils de manger que de jeûner contre obéissance. Vous devez prendre garde de trois choses concernant le jeûne : 1° que vous ne jeûniez en vain, comme ceux qui, par ostentation et pour être semblables et égaux aux autres en jeûne, jeûnent sans autre intention : cela est du tout irraisonnable. Il faut prendre et modérer le jeûne, selon la nécessité qu’on a de modérer les désirs des mouvements illicites, et tout autant que la nature le peut porter ; 2° de ne jeûner follement, comme ceux qui veulent autant faire en infirmité qu’en santé. Ceux-ci se défient de la miséricorde de mon Fils, comme s’il ne voulait autant l’infirmité que leur œuvre et leur bonne volonté.

«Jeûnez donc, ma fille, fort sagement, et dès que quelque infirmité vous assaillira, soyez plus bénigne à votre corps, en ayant autant de pitié que d’un animal quoi qu’irraisonnable, afin qu’il ne succombe sous le faix. 3° Donnez-vous garde de ne jeûner irraisonnablement, comme ceux qui jeûnent plus à intention d’avoir plus que les autres une plus grande récompense et un plus grand honneur. Ceux-ci sont comme ceux qui jeûne et qui établissent leur récompense dans le jeûne. Partant, jeûnez, vous, pour plaire à mon Fils et autant que la nature le peut supporter. Mesurez-vous donc en vous-même selon vos forces, et confiez-vous toujours en la miséricorde de mon Fils, et croyez que vous êtes en tout indigne ; ni ne pensez pas qu’aucune de vos peines, aucun de vos labeurs soit digne de la rémission des péchés, et moins d’une récompense éternelle, si mon Fils ne vous faisait miséricorde».

Le jeûne doit être fait dans l’humilité car le jeûne est un moyen de briser les passions par la mortification de la chair pour expier ses péchés, et un pécheur ne saurait s’enorgueillir de son jeûne sous peine de voir son offrande réprouvée par Dieu, comme le pharisien orgueilleux jeûnant deux fois la semaine qui n’est pas justifié, alors que le publicain, qui n’osait pas lever les yeux au ciel mais frappait sa poitrine disant : «O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur(Luc 18, 9-14)», est justifié.

Le jeûne doit être accompagné de la prière, car jeûner sans prier Dieu c’est jeûner sans Dieu, c’est un jeûne naturel sans mérites surnaturels, ou pire, un jeûne naturaliste (hérésie du Naturalisme), un culte de la nature et une injure à Dieu.

Le jeûne doit être fait par charité (et il ne peut y avoir de charité sans la vraie foi), c’est-à-dire pour l’amour de Dieu.

Révélations de sainte Brigitte, Livre 4, Chapitre 120 : «Notre-Seigneur repartit et lui dit : Il y a deux sortes de délectations : L’une est charnelle et l’autre spirituelle. La charnelle ou naturelle est et consiste en ce que la nature le requérant ainsi par nécessité, on prend la réfection, en laquelle l’homme se doit entretenir en ces pensées : « O Seigneur ! qui nous avez commandé de nous rafraîchir et de nous nourrir selon la nécessité, louange vous soit ! Je vous en supplie, donnez-moi la grâce que je ne pêche point en mangeant ». Que si quelque plaisir surprend le cœur des biens temporels, qu’il occupe son esprit en ces considérations : « O Seigneur ! toutes les choses terrestres ne sont que terre coulante : partant, donnez-moi la grâce d’en disposer et d’en user en telle sorte que j’en puisse rendre raison à tous ». La délectation spirituelle consiste en ce que l’âme se plaît dans les bénéfices divins, use des choses temporelles pour la nécessité, et s’y occupe comme contrainte. Or, cette membrane est alors ôtée, quand Dieu est doux à l’âme, et que l’âme a toujours la crainte de Dieu».

L’Église catholique enseigne infailliblement que les jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété n’ont d’utilité que pour ceux qui sont dans son sein, et non pour ceux qui sont hors de l’Église, comme ceux qui ne professent pas la vraie foi. Il est donc absolument nécessaire de tenir en premier lieu la vraie foi catholique.

Pape Eugène IV, Concile de Florence, Cantate Domino, 1441, ex cathedra (déclaration infaillible) : «… elle [la Sainte Église] professe aussi que l’unité du corps de l’Église a un tel pouvoir que les sacrements de l’Église n’ont d’utilité en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle, pour eux seuls jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété et exercices de la milice chrétienne enfantent les récompenses éternelles, et que personne ne peut être sauvé, si grandes que soient ses aumônes, même s’il verse son sang pour le nom du Christ, s’il n’est pas demeuré dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique».

Saint Alphonse de Liguori, La sainteté au jour le jour, 17 mars : « Le jeûne. Sachant que, d’après la doctrine de Jésus-Christ, la pénitence est nécessaire au salut, l’Église a imposé à ses enfants certaines pénitences déterminées ; le jeûne en est une. C’est une obligation grave de jeûner pour quiconque n’a pas une raison grave de s’en dispenser. Sont dispensés du jeûne : les malades, les convalescents, ceux qui exercent des travaux fatigants, ceux qui n’ont pas vingt et un ans et ceux qui en ont soixante. Dans le doute, un bon chrétien demande la dispense [quand il y a un saint Siège]. Il ne se contente pas d’une parole quelconque d’un médecin qui, souvent, n’est pas assez religieux pour donner un avis en cette matière. Il consulte son confesseur [quand il y en a un]. L’avis du confesseur lui-même n’est valable qu’autant que le motif allégué est vrai. On dit : « Le jeûne est incommode ». Il est fait exprès pour nous contrarier ; la pénitence n’est jamais commode. Rougissez de ne savoir rien souffrir pour vos péchés. Demandez à ce prodige de pénitent, saint Patrice, de vous en obtenir le courage».

Aumône

L’aumône est de donner par charité ce que l’on a. Aimer c’est vouloir le bien. L’aumône n’est pas uniquement donner de son argent, mais de ses biens. L’aumône des biens spirituels est encore supérieure. La plus grande charité est de faire l’aumône de ses talents.

Pape saint Grégoire, Homélie sur la parabole des talents (Matthieu 25, 14-30), § 7, 31 décembre 590 : «Ainsi, l’un a reçu la faculté de comprendre : ce talent l’oblige au ministère de la prédication. Un autre a reçu les biens de la terre : de cette fortune, il doit faire l’aumône de son talent. Un autre, qui n’a reçu ni la faculté de comprendre les réalités intérieures, ni une abondante fortune, a cependant appris un métier qui lui assure sa subsistance : son métier même lui est reconnu comme talent reçu. Un autre encore n’a rien eu de tout cela, mais il a peut-être obtenu une place de familier auprès d’un homme riche : cette familiarité est assurément le talent qu’il a reçu. Par conséquent, s’il ne parle pas en faveur des pauvres à son protecteur, il sera condamné pour s’être réservé l’usage de son talent. Toi qui as la faculté de comprendre, prends donc grand soin de ne pas te taire. Toi qui possèdes une abondante fortune, veille à ne pas laisser s’engourdir la compassion qui te pousse à donner. Toi qui connais un métier qui te procure de quoi vivre, applique-toi bien à en partager l’usage et le profit avec ton prochain. Toi qui as tes entrées chez un homme riche, crains d’être condamné pour t’être réservé ce talent en n’intercédant pas auprès de lui pour les pauvres quand tu le peux. Car le Juge qui va venir nous redemandera à chacun en proportion de ce qu’il nous a donné».

C’est donc une aumône de faire bénéficier autrui de ce qu’on a reçu, d’abord des choses spirituelles et ensuite des choses matérielles. Et c’est un péché de ne pas le faire quand on le peut.

Patience

La patience est un moyen puissant de pénitence.

Luc 21, 19 : « C’est par votre patience que vous posséderez [sauverez] vos âmes ».

Hébreux 10, 36 (Vulg.) : « Car la patience vous est nécessaire, afin que, faisant la volonté de Dieu, vous obteniez l’effet de la promesse ».

Saint Alphonse de Liguori : «Patience dans les maladies. On voit des chrétiens qui sont pleins de gaieté et de dévotion quand ils se portent bien ; mais la maladie vient-elle les visiter ? Ils tombent dans la mélancolie, se plaignent de tout le monde et commettent mille fautes. C’est un signe que leur vertu n’était pas d’or, mais de plomb. C’est aussi une grande perte pour leur âme ; car voilà d’immenses mérites perdus par suite de leur impatience. On dit : « Mais je ne puis plus allé à l’Église, entendre la Messe, communier, prier ». Pourquoi voulez-vous faire ces choses ? Pour plaire à Dieu, n’est-ce pas ? Eh bien ! Ce qui plaît à Dieu, c’est que vous laissiez toutes ces choses pour souffrir avec patience vos infirmités. Vous dites : « Je ne puis plus rien faire ! » Je réponds : Vous faites tout quand vous faites la volonté de Dieu ». (Saint Alphonse de Liguori, La sainteté au jour le jour, Ed. Clovis, p. 233 : 24 août)

Porter sa croix en murmurant et en rechignant, ou par mauvaise volonté, c’est porter la croix du démon. Porter sa croix en l’embrassant, c’est renoncer à soi, c’est le chemin du salut. La pénitence doit se faire à sa propre initiative sous l’inspiration du Saint-Esprit, mais surtout à travers la patience dans les épreuves et circonstances de la vie qui sont des croix que Dieu nous donne et qu’on ne choisit pas.

Patience envers les importuns, patience dans les maladies, patience dans les revers, patience offerte à Dieu par les mérites et à l’imitation de Jésus-Christ. Ceux qui ne veulent pas faire l’effort de souffrir patience se leurrent, il n’y a aucun salut sans imitation de Jésus. La persévérance malgré les difficultés est aussi la patience, d’abord dans les difficultés spirituelles (comme la persévérance dans la prière et la vie spirituelle, etc.) et ensuite dans les difficultés d’ordre plus matériel. Que ceux qui veulent et n’y arrivent pas, recommencent sans cesse, et Dieu le considérera comme s’ils y arrivaient.

 

La pénitence comprend l’évitement de l’occasion de pécher

On doit éviter l’occasion prochaine de pécher pour être sauvé et recevoir le pardon de ses péchés de Dieu, cela est un fait certain de la loi naturelle et de la loi divine, qui a toujours été enseigné par l’Église et ses Saints. Par exemple, le bienheureux pape Innocent XI pendant son pontificat, a condamné trois propositions qui niaient cette vérité :

Innocent XI, erreurs diverses sur les questions morales, 2 mars 1679 : 61. – Peut parfois être absous celui qui demeure dans une occasion prochaine de pécher qu’il peut et ne veut pas éviter, et même qu’il cherche directement ou délibérément, ou dans laquelle il se jette. – déclaration condamnée par le pape Innocent XI.

Innocent XI, erreurs diverses sur les questions morales, 2 mars 1679 : 62. – Une occasion prochaine de pécher ne doit pas être évitée lorsqu’il y a une raison utile ou honnête de ne pas la fuir. – déclaration condamnée par le pape Innocent XI.

Innocent XI, erreurs diverses sur les questions morales, 2 mars 1679 : 63. – Il est permis de chercher directement l’occasion prochaine de pécher pour notre bien spirituel ou temporel, ou pour celui du prochain. – déclaration condamné par le pape Innocent XI.

Révélations de sainte Brigitte, L. 9 ch. 87, Ceux qui ne veulent laisser les péchés sont indignes de la grâce du Saint-Esprit : «La Sainte Vierge Marie dit : La coutume est chez vous de donner quelque chose à celui qui vient à vous avec un sac pur et net, et jugez celui- là indigne de recevoir quelque chose de vous, qui ne veut ouvrir ni nettoyer son sac, étant plein de fange et d’ordure : de même en est-il en la vie spirituelle, quand la volonté ne veut quitter ses offenses, la justice veut qu’il ne jouisse point des influences du Saint-Esprit ; et quand la volonté n’est pas d’amender sa vie, il ne mérite point la viande du Saint-Esprit, soit que celui-là soit roi, un César, prêtre, pauvre ou riche».

Saint Alphonse, sermon dimanche de Pâques : «VIII. Tremblons-donc, mes chers frères, de retomber dans le péché, et n’abusons pas de la miséricorde de Dieu pour continuer à l’offenser. St Augustin dit Dieu, il est vrai, a promis de pardonner à qui se repentirait, mais il n’a promis à personne de lui faire la grâce de se repentir. La contrition est un pur don de Dieu ; s’il vous la refuse, comment vous repentirez-vous ? et, sans repentir, comment pouvez-vous être pardonnés ? Et prenez garde que l’on ne se joue pas de Dieu (Gal. 6, 7). St Isidore dit que celui qui retombe dans le péché dont il a fait pénitence, n’est plus pénitent, mais qu’il se joue de Dieu (St Isid. De summo bono.). Ajoutez ce mot de Tertullien : Que là où il n’y a point amendement, il n’y a pas eu de repentir véritable (Tertull. De pœnit.).

«IX. St Pierre prêchait ainsi (Act. XIII, 9). Plusieurs se repentent, mais ils ne se convertissent pas ; ils ont quelque remords de leur vie déréglée, mais ils ne reviennent pas sincèrement à Dieu. Ils se confessent, ils frappent leur poitrine, ils promettent de s’amender, mais ils ne forment pas une ferme résolution de changer de vie. Celui qui forme réellement une telle résolution, y persévère, ou au moins se maintient-il longtemps en état de grâce. Mais ceux qui, après la confession retombent aussitôt, font voir, comme dit St Pierre, qu’ils se sont repentis, mais non convertis, et ils arrivent à la fin à une mort funeste. St Grégoire écrit (Past. p. 3. Adron. 31). Il entend dire par là, que de même que les Justes éprouvent souvent des mouvements vers le mal et néanmoins ne pèchent pas, parce que leur volonté y est toute contraire ; aussi les pécheurs ont des mouvements vers le bien, mais qui ne suffisent pas à déterminer leur conversion. Le Sage nous avertit que la miséricorde de Dieu n’et point acquise à celui qui seulement confesse ses péchés, mais à celui qui, en même temps, s’en détache (Prov. 28, 13). Celui donc qui, après la confession, continue à pécher, n’obtiendra point miséricorde, mais mourra victime de la divine justice». (St Alphonse, Œuvres complètes, T. XIV, sermons)

Le temps est précieux pour faire pénitence

Saint Césaire d’Arles, Père de l’Église  : «Que personne ne se réserve de faire pénitence et garder la douceur de la charité plus tard, au moment où l’on est en train de quitter la vie ; que personne ne remette en somme à la vieillesse pour recourir au remède de la pénitence, car on ne sait « de quoi le jour prochain sera fait » (Pr 27, 1). Quel risque de différer son salut jusqu’au temps de la vieillesse, alors qu’on ne peut être certain d’un seul jour de délai  (Saint Césaire d’Arles, textes choisis, Éditions du Soleil Levant, Namur, 1962, p. 79-85 ; Sermon XXII, § 5, Corpus Christianorum CIII, p. 99-103)

Le temps est précieux pour faire pénitence et se convertir, le temps perdu est gâché pour toujours et ne reviendra jamais.

Homélie du pape saint Grégoire le Grand, 28 jan. 591, sur la parabole des dix vierges (Mt. 25, 1-13) : « … Celui qui a gaspillé le temps favorable à la pénitence vient en vain supplier devant la porte du Royaume. C’est en ce sens que le Seigneur déclare par la bouche de Salomon : « J’ai appelé, et vous avez résisté ; j’ai tendu la main, et personne n’y a fait attention. Vous avez méprisé tous mes conseils, et vous avez négligé mes reproches. Moi aussi, je rirai de votre mort, je me moquerai quand vous arrivera ce que vous craigniez. Lorsqu’une soudaine calamité fondra sur vous et que la mort vous assaillira comme une tempête, quand viendront sur vous la tribulation et l’angoisse, alors on m’invoquera, et je n’écouterai pas ; on se lèvera dès le matin, et l’on ne me trouvera pas » (Pr. I, 24-28). Voyez : ces vierges demandent à grands cris qu’on leur ouvre ; repoussées, elles exhalent leur douleur en adressant au Maître un appel redoublé : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ». Mais elles ont beau offrir leurs prières, on les ignore ; c’est qu’en ce jour, le Seigneur abandonnera comme des inconnus ceux que le mérite de leur vie ne lui fait pas reconnaître maintenant pour siens. Le Seigneur ajoute ici bien à propos une exhortation destinée à tous ses disciples : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure ».

«Après le péché, Dieu accepte la pénitence, et si chacun savait quand il doit quitter ce monde, il pourrait se donner un temps pour les plaisirs et un temps pour la pénitence. Mais celui qui a promis le pardon au pénitent n’a pas promis de lendemain au pécheur. Aussi devons-nous toujours craindre notre dernier jour, puisque nous ne pouvons jamais le prévoir.

«Même ce jour où nous vous parlons, nous ne l’avons reçu que comme un répit pour nous convertir, et pourtant nous refusons de pleurer le mal que nous avons fait. Non seulement nous ne nous désolons pas des fautes commises, mais nous en ajoutons d’autres qu’il faudra pleurer. Qu’une maladie nous annoncent une mort prochaine, et nous cherchons une prolongation de vie pour pleurer nos péchés ; mais ce délai que nous demandons alors avec un très ardent désir, nous en jouissons, en ce moment même, sans en faire aucun cas».

 

Sur la pénitence – Saint curé d’Ars

(Sermon du saint curé d’Ars, mercredi des cendres, Sur la pénitence)

Penitemini igitur et convertimini ut deleantur peccata vestra.

Convertissez-vous donc et faites pénitence afin que vos péchés soient effacés. (Actes des apôtres III, 19)

Voilà, mes frères, la seule ressource que saint Pierre annonce aux Juifs coupables de la mort de Jésus-Christ. Oui, mes frères, leur dit ce grand apôtre, votre crime est horrible, parce que vous avez abusé de la prédication de l’Évangile et des exemples de Jésus-Christ, que vous avez méprisé ses bienfaits et ses prodiges, et que non contents de tout cela, vous l’avez rejeté et condamné à la mort la plus cruelle et la plus infâme. Après un tel crime, quelle ressource peut-il vous rester, sinon celle de la conversion et celle de la pénitence ? A ces paroles, tous ceux qui étaient présents fondirent en larmes et s’écrièrent : « Hélas ! que ferons-nous, grand apôtre, pour obtenir miséricorde ? » Saint Pierre, pour les consoler, leur dit : « mes frères ; ne désespérez pas ; le même Jésus que vous avez crucifié est ressuscité, et bien plus, il est devenu le salut de tous ceux qui espèrent en lui ; il est mort pour la rémission de tous les péchés du monde. Faites pénitence et convertissez-vous, et vos péchés seront effacés. » Voilà, mes frères, le même langage que l’Église tient à tous les pécheurs qui sont touchés de la grandeur de leurs péchés et qui désirent revenir sincèrement à Dieu. Hélas ! mes frères, combien parmi nous sont bien plus coupables que les Juifs, parce que ceux-ci n’ont fait mourir Jésus-Christ que par ignorance ! Combien qui ont renié et condamné Jésus-Christ à la mort par le mépris que nous faisons de sa parole sainte, par la profanation que nous avons faite de ses mystères, par l’omission de nos devoirs, par l’abandon des sacrements et par un profond oubli de Dieu et du salut de notre pauvre âme ! Eh bien ! mes frères, quel remède peut-il nous rester dans cet abîme de corruption et de péché, dans ce déluge qui souille la terre et qui provoque la vengeance du ciel ? Point d’autre, mes frères, que celui de la pénitence et de la conversion. Dites-moi, n’est-ce pas assez d’années passées dans le péché ? N’est-ce pas assez avoir vécu pour le monde et le démon ? N’est-il pas temps, mes frères, de vivre pour le bon Dieu et pour nous assurer une éternité bienheureuse ? Que chacun de nous, mes frères, se remette sa vie devant les yeux, et nous verrons que nous avons tous besoin de faire pénitence. Mais pour vous y engager, mes frères, je vais vous montrer combien les larmes que nous répandons sur nos péchés, la douleur que nous en ressentons et les pénitences que nous en faisons, nous consolent et nous rassurent à l’heure de la mort ; en second lieu, nous verrons qu’après avoir péché, nous devons en faire pénitence en ce monde ou en l’autre ; en troisième lieu, nous examinerons de quelle manière on peut se mortifier pour faire pénitence.

I – Nous disons, mes frères ; qu’il n’y a rien qui nous console plus pendant notre vie et qui nous rassure plus à l’heure de la mort que les larmes que nous répandons sur nos péchés, que la douleur que nous en ressentons et les pénitences que nous en faisons : ce qui est bien facile à comprendre, puisque c’est par là que nous avons le bonheur d’expier nos péchés, c’est-à-dire de satisfaire à la justice de Dieu. Oui, mes frères, c’est par là que nous méritons de nouvelles grâces pour avoir le bonheur de persévérer. Saint Augustin nous dit qu’il faut de toute nécessité que le péché soit puni ou par celui qui l’a commis ou par celui contre qui il a été commis. Si vous ne voulez pas, nous dit-il, que le bon Dieu vous punisse, punissez-vous vous-mêmes. Nous voyons que Jésus-Christ lui-même, pour nous montrer combien la pénitence nous est nécessaire après le péché, se met au même rang que les pécheurs [Marc 2, 16].

Il nous dit que, sans le baptême, personne n’entrera dans le royaume des cieux [Jean 3, 5] ; et, dans un autre endroit, que si nous ne faisons pas pénitence, nous périrons tous [Luc 13, 3-5]. Hélas ! mes frères, cela est très facile à comprendre. Depuis que l’homme a péché, tous ses sens se sont révoltés contre la raison ; et par conséquent, si nous voulons que la chair soit soumise à l’esprit et à la raison, il faut la mortifier ; si nous voulons que notre corps ne fasse pas la guerre à notre âme, il faut le mortifier avec tous ses sens ; si nous voulons aller à Dieu, il faut mortifier notre âme avec toutes ses puissances. Et si vous voulez bien vous convaincre de la nécessité de la pénitence, vous n’avez qu’à ouvrir l’Écriture Sainte, et vous verrez que tous ceux qui ont péché et qui ont voulu revenir au bon Dieu, ont versé des larmes, se sont repentis de leurs péchés et ont fait pénitence.

Voyez Adam : dès qu’il eut péché il se livra à la pénitence afin de pouvoir fléchir la justice de Dieu. Sa pénitence dura plus de neuf cents ans [Gen. 3, 17 ; 5] ; et une pénitence qui fait frémir, tant elle paraît au-dessus des forces de la nature. Voyez David après son péché : il faisait retentir son palais de ses cris et de ses sanglots ; et il porta ses jeûnes à un tel excès, que ses pieds ne pouvaient plus le soutenir [Genua mea infirmata sunt a jejunio. Ps. 108, 24]. Quand on voulait le consoler en lui disant que, puisque le Seigneur l’avait assuré que son péché lui était pardonné, il devait modérer sa douleur, il s’écriait : Ah ! malheureux, qu’ai-je fait ? j’ai perdu mon Dieu, j’ai vendu mon âme au démon ; ah ! non, non, ma douleur durera autant que ma vie, elle descendra avec moi dans le tombeau. Ses larmes coulaient avec tant d’abondance que son pain en était trempé et son lit en était arrosé [Ps. 101, 10 ; 6, 7].

Saint Pierre… [Ces mots placés en marge indiquent que le Saint pensait à raconter la pénitence du prince des apôtres, qui « pleura amèrement » son triple reniement tous les jours de sa vie].

Pourquoi est-ce, mes frères, que nous avons tant de répugnance pour la pénitence, et que nous avons si peu de douleur de nos péchés ? Hélas ! mes frères, c’est que nous ne connaissons ni les outrages que le péché fait à Jésus-Christ, ni les maux qu’il nous prépare pour l’éternité. Nous sommes très convaincus qu’après le péché, il faut nécessairement faire pénitence. Mais voici ce que nous faisons : nous renvoyons tout cela à un temps bien éloigné, comme si nous étions maîtres du temps et des grâces du bon Dieu. Hélas ! mes frères, qui de nous, étant dans le péché, ne tremblera pas, puisque nous n’avons pas un moment de sûr ? Hélas !mes frères, qui de nous ne frémira pas, en pensant qu’il y a une mesure de grâces après laquelle le bon Dieu n’en accorde plus ? Qui de nous ne frémira pas, en pensant qu’il y a une mesure de miséricorde après quoi c’est fini. Hélas ! qui de nous ne frémira pas, en pensant qu’il y a un certain nombre de péchés après lequel le bon Dieu abandonne le pécheur à lui-même ? Hélas ! mes frères, quand la mesure est pleine, il faut qu’elle déborde. Oui, après que le pécheur a rempli tout cela, il faut qu’il soit puni et qu’il tombe en enfer malgré ses larmes et sa douleur… Croyez-vous, mes frères, qu’après vous être roulés, traînés et baignés dans les impuretés et vos plus infâmes passions, croyez-vous, mes frères, qu’après avoir vécu nombre d’années dans le péché malgré tous les remords que votre conscience vous a donnés pour vous faire revenir à Dieu ; croyez-vous, mes frères, qu’après avoir vécu en impies et en libertins, méprisant tout ce que la religion a de plus saint et de plus sacré, vomissant contre elle tout ce que la corruption de votre cœur a pu engendrer ; croyez-vous que, quand vous voudrez dire : Mon Dieu pardonnez-moi, vous aurez tout fait ? que vous n’aurez plus qu’à entrer dans le ciel ? Non, non, mes frères, ne soyons pas si téméraires, ni si aveugles que d’espérer cela. Hélas ! mes frères, c’est précisément dans ce moment que s’accomplit cette terrible sentence de Jésus-Christ, qui nous dit : « Vous m’avez méprisé pendant votre vie, vous vous êtes raillés de mes lois, mais maintenant que vous voulez avoir recours à moi, que vous me cherchez, je vous tournerai le dos pour ne pas voir vos malheurs [Jer. 17, 17] ; je me boucherai les oreilles pour ne pas entendre vos cris ; je m’enfuirai loin de vous, crainte de me laisser toucher par vos larmes ».

Hélas ! mes frères, pour nous convaincre de tout cela, nous n’avons qu’à ouvrir l’Écriture Sainte et l’histoire où sont renfermées les actions de ces fameux impies ; nous verrons que ces châtiments sont plus terribles que vous ne pensez. Écoutez le fameux impie Antiochus. Se voyant frappé d’une manière visible par la main du Tout-Puissant, il s’humilie, il pleure en disant : « Il est juste, Seigneur, que la créature reconnaisse son Créateur [II Mach. 9, 12] ». Il promet à Dieu de faire pénitence, de réparer tous les maux qu’il a faits pendant sa vie, tous les maux qu’il a faits à Jérusalem, et qu’il donnera de grands biens pour entretenir le culte du Seigneur, qu’il se fera juif ; enfin que toute sa vie ne sera qu’une vie respectueuse de la loi de Dieu. Si vous l’aviez entendu, vous auriez dit en vous réjouissant : Voilà un pécheur qui est un saint pénitent. Cependant, nous entendons le Saint-Esprit nous dire : « Cet impie demande un pardon qui ne lui sera point accordé ; il pleure, mais en pleurant il descend dans les enfers. »

Mais pourquoi, mes frères, aller si loin pour trouver des exemples effrayants de la justice de Dieu sur le pécheur qui a méprisé les grâces de Dieu. Voyez le spectacle que nous ont présenté les impies, ces incrédules et ces libertins du dernier siècle ; voyez leur vie impie, incrédule et libertine. N’ont-ils pas toujours vécu en impies, avec l’espérance que le bon Dieu les pardonnerait quand ils voudraient lui demander pardon. Voyez Voltaire. Toutes les fois qu’il se voyait malade, ne disait-il pas : Miséricorde ? Ne demandait-il pas pardon à ce même Dieu qu’il insultait lorsqu’il était en santé, contre lequel il ne cessait de vomir tout ce que la corruption de son cœur pouvait engendrer ? D’Alembert, Diderot et Jean-Jacques Rousseau, ainsi que tous ses autres compagnons de libertinage, croyaient que quand il serait de leur goût de demander pardon à Dieu, ils seraient pardonnés ; mais nous pouvons leur dire ce que le Saint-Esprit dit d’Antiochus : « Ces impies demandent un pardon qui ne leur doit pas être accordé [Ibid] ».

Et pourquoi, mes frères, ces impies n’ont-ils pas été pardonnés malgré leurs larmes ? C’est que leur douleur ne venait pas du repentir, ni du regret de leurs péchés, ni de l’amour de Dieu, mais seulement de la crainte du châtiment.

Hélas ! mes frères, quelque terribles et effroyables que soient ces menaces, elles ne font pas ouvrir les yeux à ceux qui marchent dans la même route. Hélas ! mes frères, que celui qui, étant pécheur et impie, garde l’espoir qu’un jour il cessera de l’être, est malheureux et aveugle ! Hélas ! mes frères, que le démon en conduit en enfer de cette manière ! la justice de Dieu les frappe dans le moment où ils n’y pensent nullement. Voyez Saül, il ne savait pas qu’en se moquant des ordres que lui donnait le prophète il allait mettre le sceau à sa réprobation et être abandonné de Dieu [I Reg. 15, 23]. Voyez Aman, s’il pensait qu’en préparant une potence pour Mardochée, il y serait lui-même attaché pour y perdre la vie [Esther 7, 9]. Voyez le roi Balthazar, s’il pensait que le crime qu’il commettait en buvant dans les vases sacrés que son père avait volés à Jérusalem, était le dernier crime que Dieu devait lui laisser commettre [Dan. 5, 23]. Voyez encore les deux infâmes vieillards, s’ils doutaient la moindre chose du monde qu’en tentant la chaste Suzanne ils seraient lapidés et delà tomberaient en enfer [Dan. 12, 61]. Non, sans doute. Cependant, mes frères, quoique ces impies et ces libertins ne sachent rien de tout cela, ils ne laissent pas que d’arriver au point où leurs crimes, étant au comble, doivent nécessairement être punis.

Eh bien ! mes frères, que pensez-vous de tout cela, vous surtout qui peut-être avez conçu le dessein épouvantable de rester dans le péché encore quelques années, peut-être jusqu’à la mort ? Cependant, ce sont ces exemples terribles qui ont porté tant de pécheurs à quitter le péché pour faire pénitence, qui ont peuplé les déserts de solitaires, rempli les monastères de saints religieux, et qui ont fait monter tant de martyrs sur les échafauds, avec plus de joie que des rois sur leurs trônes, de crainte d’éprouver les mêmes châtiments. Si vous en doutez, écoutez-moi un instant ; et si vous n’êtes pas encore endurci à ce point où le bon Dieu abandonne le pécheur à lui-même, vous allez sentir vos remords de conscience se réveiller et vous déchirer l’âme. Saint Jean Climaque nous rapporte [L’Echelle Sainte, cinquième degré] qu’il alla un jour dans un monastère ; les religieux qui l’habitaient avaient tellement la grandeur de la justice divine imprimée dans leur cœur, ils avaient une telle crainte d’être arrivés à cet état où nos péchés ont lassé la miséricorde de Dieu, que leur vie eût été pour vous un spectacle capable de vous faire mourir de frayeur ; ils menaient une vie si humble, si mortifiée et si crucifiée ; ils sentaient tellement le poids de leurs fautes ; leurs larmes étaient si abondantes et leurs cris si perçants, que quand l’on aurait eu le cœur plus dur que des pierres, l’on n’aurait pu s’empêcher de verser des larmes. Lorsque j’eus ouvert la porte du monastère, nous dit le même saint, je vis des actions vraiment héroïques ; j’entendis des cris capables de faire violence au ciel ; if y avait des pénitents qui se condamnaient à rester toute la nuit sur le bout de leurs pieds ; et quand leur pauvre corps tombait de faiblesse, ils se reprochaient leur lâcheté : « Malheureux, se disaient-ils, si tu as si peu de courage pour satisfaire à la justice de Dieu, comment pourras-tu souffrir les flammes vengeresses de l’autre vie ? » D’autres, ayant toujours les yeux et les mains élevés vers le ciel, poussaient des cris capables de vous faire fondre en larmes, tant ils étaient pénétrés de la grandeur de leurs péchés ; d’autres se faisaient lier les mains derrière le dos comme des criminels ; ils se jugeaient indignes de regarder le ciel, se jetaient la face contre terre : « Ah ! mon Dieu, s’écriaient-ils, recevez, s’il vous plaît, nos larmes et nos douleurs. » Il y en avait qui étaient tellement couverts d’ulcères ; leur pauvre corps était si pourri et exhalait une odeur si puante qu’il était impossible de rester à côté d’eux sans mourir. Il y en avait qui ne buvaient de l’eau que pour s’empêcher de mourir ; ils avaient toujours l’image de la mort devant les yeux ; ils se disaient les uns aux autres : « Ah ! mes frères, que deviendrons-nous ? Croyez-vous que nous avancions un peu dans la vertu ? » Courons, mes amis, dans la carrière de la pénitence, tuons ces maudits corps comme ils ont tué, nos pauvres âmes. Mais ce qui était le plus effrayant, c’est que, quand l’un d’entre eux était près de sortir de ce monde, tous les religieux étant près du mourant avec un visage abattu, les yeux baignés de larmes, s’adressaient à lui en lui disant : « Que pensez-vous de vous-même à présent que vous allez mourir ? Espérez-vous, croyez-vous que vos larmes et votre douleur et vos pénitences ont mérité votre pardon ? Ne craignez-vous pas d’entendre ces terribles paroles de la bouche de Jésus-Christ même : « Retirez-vous de moi, maudit ; allez au feu éternel ». « Hélas ! répondaient ces pauvres mourants, sait-on si nos larmes ont fléchi la juste colère de Dieu ? Que sait-on si nos péchés ont disparu aux yeux de Dieu ?

Que pouvons-nous faire ? Nous abandonner à la justice de Dieu. Ils priaient leur supérieur de ne point leur donner la sépulture, mais de les jeter à la voirie, afin de servir de pâture aux bêtes sauvages ».

Saint Jean Climaque nous dit que ce spectacle l’avait tant effrayé qu’il ne put rester qu’un mois au monastère : il ne pouvait plus vivre. Quand je fus de retour, dit-il, mon supérieur vit que j’étais si changé qu’à peine pouvait-il me reconnaître. Eh bien ! mon frère, me dit-il, vous avez vu les travaux et les combats de nos généreux soldats. Je ne pus lui répondre que par mes larmes, tant ce genre de vie m’avait effrayé et avait rendu mon corps si faible et si desséché.

Eh bien ! mes frères, voilà des chrétiens comme nous et bien moins pécheurs que nous ; voilà, mes frères, des pénitents qui n’attendaient que le même ciel que nous, qui n’avaient qu’une âme à sauver comme nous. Pourquoi donc, mes frères, tant de larmes, tant de douleurs et tant de pénitences ? Hélas ! mes frères, c’est qu’ils sentaient la grandeur du poids de leurs péchés, et combien l’outrage que le péché fait à Dieu est épouvantable ; voilà, mes frères, ce qu’ont fait ceux qui ont compris la grandeur du malheur de perdre le ciel. O mon Dieu ! être insensible à tant de malheurs, n’est-ce pas le plus grand de tous les malheurs ? O mon Dieu ! des chrétiens qui m’entendent et qui ont la conscience chargée de péchés et qui n’ont point d’autre sort à attendre que celui des réprouvés ! Mon Dieu ! peuvent-ils bien vivre tranquilles ? Hélas ! que celui qui a perdu la foi est malheureux !

 

II – Nous disons que nécessairement après le péché il faut faire une pénitence dans ce monde ou bien aller la faire dans l’autre.

Si l’Église a établi des jours de jeûne et d’abstinence, c’est pour nous faire ressouvenir qu’étant pécheurs nous devons faire pénitence, si nous voulons que le bon Dieu nous pardonne ; et bien plus, nous pouvons dire que le jeûne, la pénitence a commencé avec le monde. Voyez Adam ; voyons Moïse qui jeûna quarante jours. Nous voyons aussi Jésus-Christ, qui était la sainteté même, demeurer quarante jours dans un désert sans boire ni manger, pour nous montrer que notre vie ne doit être qu’une vie de larmes, de pénitence et de mortification. Hélas ! mes frères, dès qu’un chrétien quitte les larmes, la douleur de ses péchés et la mortification, adieu la religion. Oui, mes frères, pour conserver en nous la foi, il faut que nous soyons toujours occupés à combattre nos penchants et à gémir sur nos misères.

Voici un exemple qui va vous montrer combien nous devons prendre garde de ne pas donner à nos penchants tout ce qu’ils nous demandent. Nous lisons dans l’histoire qu’il y avait un époux qui avait une femme bien vertueuse et un fils qui marchait sur ses traces. Ils faisaient consister tout leur bonheur dans la prière et dans la fréquentation des sacrements. Les saints jours de dimanche, après les offices, ils n’avaient point d’autre occupation et d’autre plaisir que de faire du bien ; ils allaient visiter les malades et leur fournissaient tous les secours dont ils étaient capables. Étant chez eux, ils passaient leur temps à faire des lectures de piété capables de les animer dans le service de Dieu. Ils nourrissaient ainsi leurs âmes dans la grâce de Dieu, ce qui faisait tout leur bonheur. Mais comme le père était un impie et un libertin, il ne cessait de les blâmer et de se moquer d’eux, en disant que leur genre de vie lui déplaisait grandement et que cette manière de vivre ne pouvait convenir qu’à des personnes ignorantes ; il tâchait de leur mettre devant les yeux les livres les plus infâmes et les plus capables de les détourner du chemin de la vertu dans lequel ils marchaient. La pauvre mère pleurait d’entendre ce langage, et le fils en gémissait de son côté. Mais, à force de se voir persécutés, trouvant sans cesse ces livres devant eux, ils voulurent, malheureusement, voir ce qu’ils renfermaient ; et, hélas ! sans s’en apercevoir, ils prirent goût à ces lectures qui n’étaient remplies que d’ordures contre la religion et les bonnes mœurs. Hélas ! leurs pauvres cœurs, autrefois si bien au bon Dieu, furent bientôt tournés vers le mal ; leur manière de vivre changea entièrement ; ils commencèrent à abandonner toutes leurs pratiques ; il ne fut plus question ni de jeûne, ni de pénitence, ni de confession, ni de communion, de sorte qu’ils laissèrent tout à fait leurs devoirs de chrétiens. Le mari qui s’en aperçut fut très content de les voir tourner de son côté. Comme la mère était encore jeune, toute son occupation fut de se parer, de fréquenter les bals et les comédies et toute autre partie de plaisir qu’elle pouvait trouver.

Le fils, de son côté, suivait les traces de sa mère : il devint par la suite un grand libertin qui scandalisa autant son endroit qu’il l’avait édifié auparavant. Ce n’était plus que partie de plaisir et que débauche, de sorte que la mère et l’enfant faisaient des dépenses énormes ; leur fortune fut bientôt affaiblie. Le père, voyant qu’il tombait dans les dettes, voulut savoir si sa fortune pourrait suffire à leur laisser continuer ce genre de vie dont lui-même était l’auteur ; mais il fut bien surpris lorsqu’il vit que son bien ne pouvait pas même faire face à ses dettes. Alors une espèce de désespoir s’empara de lui, un bon matin il se lève, de sang-froid et même avec réflexion il charge trois pistolets, entre dans la chambre de sa femme, lui brûle la cervelle ; il passe dans la chambre de son fils, lui décharge le deuxième coup, et le dernier fut pour lui-même. Ah ! malheureux père, au moins si tu avais laissé cette pauvre femme et ce pauvre enfant dans la prière, les larmes et la pénitence, ils auraient été pour le ciel, tandis que tu les a jetés en enfer en y tombant toi-même. Eh bien ! mes frères, quelle fut la cause de ce grand malheur, sinon qu’ils avaient cessé de pratiquer notre sainte religion ?

Hélas ! mes frères, quel châtiment peut être comparable à celui d’une âme, à laquelle le bon Dieu enlève la foi en punition de ses péchés ? Oui, mes frères, si nous voulons sauver nos âmes, la pénitence nous est aussi nécessaire pour persévérer dans la grâce de Dieu que la respiration pour vivre, pour conserver la vie du corps. Oui, mes frères, soyons bien persuadés que, si nous voulons que notre chair soit soumise à notre esprit et à la raison, il faut nécessairement la mortifier ; si nous voulons que notre corps ne fasse pas la guerre à notre âme, il faut le mortifier avec tous ses sens ; si nous voulons que notre âme soit soumise à Dieu, il faut la mortifier avec toutes ses puissances.

Nous lisons dans l’Écriture Sainte que lorsque le Seigneur, commanda à Gédéon d’aller combattre contre les Madianites, il lui ordonna de commander à tous ses soldats timides et craintifs de se retirer. Plusieurs milliers se retirèrent. Il en restait encore dix mille. Le Seigneur dit à Gédéon : Vous avez encore trop de soldats ; faites une petite revue, et observez tous ceux qui prendront de l’eau seulement avec la main pour la porter à leur bouche mais sans s’arrêter ; ce sont ceux-là que vous conduirez au combat. De dix mille il n’y en eut que trois cents [Judic. 7, 6]. Le Saint-Esprit donne cet exemple pour nous faire voir combien il y a peu de personnes qui pratiquent la mortification et qui seront sauvées.

Il est vrai, mes frères, que la mortification ne consiste pas toute dans la privation du boire et du manger, quoiqu’il soit très nécessaire de ne pas tout accorder ce que demande notre corps, saint Paul nous disant : « Je traite durement mon corps, de crainte qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même ».

Mais il est aussi certain, mes frères, qu’une personne qui aime ses plaisirs, qui cherche ses commodités, qui fuit l’occasion de souffrir, qui s’inquiète, qui murmure, qui gronde et qui s’impatiente à la moindre chose qui ne va pas selon ses désirs et ses volontés, n’a que le nom de chrétienne ; elle n’est bonne que pour déshonorer sa religion, puisque Jésus-Christ nous dit : « Que celui qui veut être à moi prenne sa croix et qu’il me suive ; qu’il renonce à lui-même ; qu’il prenne sa croix tous les jours de sa vie et qu’il me suive [Luc 9, 23] ». Il n’est pas douteux, mes frères, qu’une personne sensuelle n’aura jamais ces vertus qui nous rendent agréables à Dieu et nous assurent le ciel. Si nous voulons avoir la plus belle de toutes les vertus, qui est la chasteté, sachons que c’est une rose qui ne se cueille que parmi les épines ; et par conséquent elle ne se rencontrera, ainsi que toutes les autres vertus, que dans une personne mortifiée. Nous lisons dans l’Écriture Sainte [Dan. 9, 3-22] que l’ange Gabriel, étant apparu au prophète Daniel, lui dit : « Le Seigneur a écouté votre prière, parce qu’elle a été faite dans les jeûnes et la cendre ; » la cendre nous marque l’humilité. Nous lisons dans l’histoire que deux missionnaires jésuites [saint François de Borgia et le père Bustamance] étant couchés ensemble, il y en eut un qui, étant incommodé d’un rhume, cracha toute la nuit sur son compagnon sans le savoir. Le matin, voyant l’autre qui se lavait, il en fut extrêmement chagriné et lui en demanda pardon. L’autre lui dit : « Mon ami, vous ne pouviez pas cracher dans un endroit plus vil qu’en crachant sur moi ». Voilà, mes frères, un exemple qui montre jusqu’à quel degré ce bon Père portait la mortification.

 

III – Mais, me direz-vous, combien y a-t-il de sortes de mortifications ? – mes frères, le voici, il y en a deux : l’une est intérieure, l’autre est extérieure, mais elles vont toujours ensemble.

Pour la mortification extérieure, elle consiste à mortifier notre corps avec tous ses sens :

1° Nous devons mortifier nos yeux : ne rien regarder par curiosité, ni différents objets qui pourraient nous porter à avoir quelques mauvaises pensées ; ne point lire de livres qui ne sont pas capables de nous porter à la vertu, qui, au contraire, ne peuvent que nous en détourner et éteindre le peu de foi que nous avons.

2° Nous devons mortifier nos oreilles ; ne point écouter avec plaisir toutes ces chansons, ces discours qui peuvent nous flatter et qui n’aboutissent à rien : c’est toujours un temps bien mal employé et ravi aux soins que nous devons donner à notre âme ; ne jamais prendre plaisir à écouter les médisances et les calomnies. Oui, mes frères, nous devons nous mortifier en tout cela et ne pas être du nombre de ces personnes curieuses qui veulent savoir tout ce que l’on a dit, ce que l’on a fait, d’où l’on vient, ce que l’on veut, ce que l’on nous a dit.

3° Nous disons que nous devons nous mortifier dans notre odorat : ne jamais prendre plaisir à sentir ce qui peut satisfaire notre goût. Nous lisons dans là vie de saint François de Borgia qu’il n’a jamais senti les fleurs, mais qu’au contraire il mettait souvent dans sa bouche des pilules et les mâchait [Catapotia dentibus eadem de caussa mandere solitus : « Il avait coutume de mâcher des pilules avec les dents, par mortification ». Vita S. Franc. Borgiæ, cap. XV. Act. SS. T. V, oct., p. 286] afin de se punir du plaisir qu’il pouvait avoir pris en sentant quelque bonne odeur ou en mangeant des mets délicats.

4° Je dis que nous devons mortifier notre bouche ; il ne faut pas manger par gourmandise, ni au-delà du nécessaire ; il ne faut donner au corps rien qui puisse exciter les passions ; ne jamais manger hors des repas sans une nécessité. Un bon chrétien ne fait jamais un repas sans se mortifier de quelque chose.

5° Un bon chrétien doit mortifier sa langue en ne parlant qu’autant qu’il est nécessaire pour remplir son devoir et pour la gloire de Dieu et le bien du prochain. Voyez Jésus-Christ : pour nous montrer combien le silence est une vertu qui lui est agréable et pour nous porter à l’imiter, il a gardé le silence pendant trente ans. Voyez la Sainte Vierge : l’Évangile nous montre qu’elle n’a parlé que quatre fois seulement, quand la gloire de Dieu et le salut du prochain le demandaient. Elle parla quand l’ange lui annonça qu’elle serait Mère de Dieu [Luc 1, 34-38] ; elle parla lorsqu’elle alla visiter sa cousine Elisabeth, pour lui faire part de son bonheur [Ibid. 46] ; elle parla à son Fils, quand elle le retrouva dans le temple [Ibid. 2, 48] ; elle parla quand elle fut aux noces de Cana, lorsqu’elle représenta à son Fils le besoin de ces gens [Jean 2, 3].

Nous voyons aussi que, dans toutes les communautés religieuses, un grand point de leurs règles est le silence : aussi, saint Augustin nous dit que celui qui ne pèche pas par la langue est parfait [« Si quis in verbo non offendit, hic perfectus est vir ». Jac. 3, 2]. Nous devons surtout mortifier notre langue lorsque le démon nous inspire de dire de mauvaises raisons, de mauvaises chansons, des médisances et des calomnies contre le prochain ; de même, ne pas dire des jurements, des paroles grossières.

6° Je dis que nous devons mortifier notre corps en ne lui donnant pas autant de repos qu’il en veut, c’est une vertu de tous les saints.

Mortification intérieure. En second lieu, nous avons dit que nous devons pratiquer la mortification intérieure. Et d’abord, mortifions notre imagination. Il ne faut pas la laisser aller d’un côté et d’autre, ni la laisser se remplir de choses inutiles, surtout ne pas la laisser promener sur des choses qui peuvent la conduire au mal, comme de penser à certaines personnes qui ont commis quelques mauvais péchés contre la sainte vertu de pureté, comme aussi de penser aux jeunes gens qui se marient : tout cela n’est autre chose qu’un piège que le démon nous tend pour nous conduire au mal. Autant qu’il se présente de ces pensées, il faut les renvoyer. Il ne faut pas non plus nous laisser occuper l’imagination, ce que je deviendrais, ce que je ferais, si j’étais…, si j’avais ceci, si on me donnait cela, si je pouvais gagner cela. Toutes ces choses ne servent de rien qu’à nous faire perdre bien du temps où nous pourrions penser à Dieu et au salut de notre âme. Il faut, au contraire, occuper notre imagination à penser à nos péchés pour en gémir et nous en corriger ; souvent penser à l’enfer, afin de travailler à l’éviter ; souvent penser au ciel, afin de vivre de manière à le mériter ; souvent penser à la mort et passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour nous aider à supporter les maux de la vie en esprit de pénitence.

Nous devons aussi mortifier notre esprit : ne jamais vouloir examiner si notre religion n’est pas bonne, ni vouloir chercher à comprendre les mystères, mais seu­lement raisonner de la manière la plus sûre dont nous devons nous conduire pour plaire à Dieu et sauver notre âme.

Ensuite, nous devons mortifier notre volonté, en cédant toujours à la volonté des autres quand notre conscience n’y est pas compromise. Et le faire sans montrer que cela nous fait de la peine ; au contraire, être contents de trouver une occasion de nous mortifier afin de pouvoir expier les péchés de notre volonté. Voilà, mes frères, en général, les petites mortifications que nous pouvons pratiquer à chaque instant, comme encore de supporter les défauts et les mauvaises coutumes de ceux avec qui nous vivons. Il est certain, mes frères, que les personnes qui ne cherchent qu’à se contenter dans le boire et le manger et dans les plaisirs que leur corps, leur esprit peuvent désirer, ne plairont jamais à Dieu, puisque notre vie doit être une imitation de Jésus-Christ. Je vous demande quelle ressemblance on pourra trouver entre la vie d’un ivrogne et celle de Jésus-Christ, qui a passé sa vie dans le jeûne et les larmes ; entre celle d’un impudique et la pureté de Jésus-Christ ; entre un vindicatif et la charité de Jésus-Christ ; et ainsi du reste. Hélas ! mes frères, qu’allons-nous devenir lorsque Jésus-Christ va confronter notre vie avec la sienne ? Faisons au moins quelque chose qui puisse être capable de lui plaire.

Nous avons dit, en commençant, que la pénitence, les larmes et la douleur de nos péchés nous consolent grandement à l’heure de la mort, ce qui n’est pas douteux. Quel bonheur pour un chrétien dans ce dernier moment, où l’on fait si bien son examen de conscience, de se rappeler d’avoir non seulement bien observé les commandements de Dieu et de l’Église, mais d’avoir passé sa vie dans les larmes et la pénitence, dans la douleur de ses péchés et dans une mortification continuelle de tout ce qui pouvait contenter ses plaisirs. Si nous avons quelque crainte, ne pourrons-nous pas dire comme saint Hilarion : « Que crains-tu, mon âme ? il y a tant d’années que tu travailles à faire la volonté de Dieu et non la tienne ! aie confiance, le Seigneur aura pitié de toi » [Vie des Pères du désert. T. V p. 208].

Pour mieux vous le faire comprendre, je vous en citerai un bel exemple : Saint Jean Climaque nous dit [L’Échelle Sainte] qu’il y avait un jeune homme qui avait conçu un grand désir de passer sa vie à faire pénitence et de se préparer à la mort ; il ne mit point de bornes à ses pénitences. Quand la mort arriva, il fit appeler son supérieur, en lui disant : « Ah ! mon père, quel bonheur pour moi ! Oh ! que je suis heureux d’avoir vécu dans les larmes, dans la douleur de mes péchés et dans la pénitence. Le bon Dieu qui est si bon m’a promis le ciel. Adieu, mon père, je vais me réunir à mon Dieu dont j’ai tâché d’imiter la vie autant qu’il m’a été possible ; adieu, mon père, je vous remercie de m’avoir encouragé à marcher dans cette heureuse route ».

Mes frères, quel bonheur pour nous dans ce moment d’avoir vécu pour le bon Dieu ; d’avoir fui et craint le péché, de nous être privés non seulement des plaisirs mauvais et défendus, mais encore de plaisirs permis et innocents ; d’avoir fréquenté souvent et dignement les sacrements où nous aurons tant trouvé de grâces et de forces pour combattre le démon, le monde et nos penchants. Mais, dites-moi, mes frères, que peut-on espérer, dans ce moment épouvantable où le pécheur voit devant ses yeux une vie qui n’est qu’une chaîne de crimes ? Que peut-on espérer pour un pécheur qui a vécu à peu près comme s’il n’avait point d’âme à sauver et comme s’il croyait que quand il est mort tout est fini ; qui n’a presque jamais fréquenté les sacrements et qui, toutes les fois qu’il les a fréquentés, n’a fait que les profaner par de mauvaises dispositions ; un pécheur qui, non content d’avoir raillé et méprisé sa religion et ceux qui avaient le bonheur de, la pratiquer, a fait encore nous ses efforts pour entraîner les autres à marcher dans sa route d’infamie et de libertinage ? Hélas ! quelle frayeur et quel désespoir pour ce pauvre malheureux de reconnaître alors qu’il n’a vécu que pour faire souffrir Jésus-Christ, perdre sa pauvre âme et tomber en enfer ! Mon Dieu, quel malheur ! d’autant plus qu’il savait très bien qu’il pouvait obtenir le pardon de ses péchés s’il avait voulu. Mon Dieu, quel désespoir pour l’éternité !

Voici un exemple admirable qui nous montre que, si nous sommes damnés, ce sera bien parce que nous n’aurons pas voulu nous sauver. Il est rapporté dans l’histoire [Vie des Pères du désert. T. I, chap. XV, Saint Paphnuce] que sainte Thaïs avait été dans sa jeunesse une des plus fameuses courtisanes que la terre ait portées cependant elle était chrétienne. Elle se précipita dans tout ce que son cœur, qui n’était autre chose qu’un brasier d’un feu impur, put désirer : elle profana dans la débauche tout ce que le ciel lui avait donné d’esprit et de beauté ; et sa propre mère fut même l’instrument dont l’enfer se servit pour la plonger avec une fureur épouvantable dans tant d’ordures, que sa pauvre jeunesse se passa dans tous les dérèglements les plus infâmes et les plus déshonorants pour une personne comme elle. Les uns se ruinaient pour lui faire des présents, plusieurs se poignardèrent pour n’avoir pu la posséder seuls. Enfin les dérèglements de cette comédienne étaient le scandale de toute la province et un sujet de gémissement pour tous les gens de bien. Je vous laisse à penser le mal qu’elle faisait, les âmes qu’elle perdait, les outrages qu’elle faisait à Jésus-Christ par les personnes qu’elle entraînait dans le péché. Elle avait été très instruite dans sa jeunesse, mais ses désordres et la violence de ses passions avaient étouffé en elle toutes les vérités de la religion.

Cependant le bon Dieu voulait manifester la grandeur de ses miséricordes, sachant combien sa conversion en procurerait d’autres ; et, jetant sur elle un regard de compassion, il alla la chercher lui-même au milieu de ses ordures les plus infâmes. Pour opérer ce grand miracle de sa grâce, il se servit d’un saint solitaire à qui il fit connaître cette fameuse pécheresse et tous ses dérèglements. Le Seigneur lui commanda d’aller trouver cette courtisane. Ce solitaire était saint Paphnuce. Il prend l’habit d’un cavalier, se fournit d’argent, et il part pour la ville où elle avait fait sa demeure. Comme il était conduit par Dieu lui-même, il arriva droit où elle était, et demanda à lui parler.

Cette créature, qui ne savait rien de tout cela, le conduisit dans une chambre écartée et bien ornée. Alors le saint lui demanda si elle n’en avait point d’autre plus écartée où il pût se dérober aux yeux de Dieu même. « Eh quoi ! lui dit la courtisane, soyez sûr que personne ne viendra : mais si vous craignez la présence de Dieu, est-ce qu’il n’est pas partout ? » Le saint fut fort étonné de lui entendre parler du bon Dieu : « Eh quoi ! lui dit-il, est-ce que vous connaissez le bon Dieu ? » – « Oui, lui dit-elle ; et bien plus, je sais qu’il y a un paradis pour ceux qui le servent avec fidélité et un enfer pour ceux qui le méprisent. » – « Mais comment, lui dit le saint, avec toutes ces connaissances pouvez-vous vivre comme vous vivez, et pendant tant d’années, en vous préparant à vous-même un enfer ? » Ces seules paroles du saint, jointes à la grâce du bon Dieu, furent un coup de foudre qui renversa notre courtisane, comme saint Paul sur le chemin de Damas. Elle se jeta à ses pieds, fondant en larmes et le priant en grâce d’avoir pitié d’elle, de de­mander miséricorde pour elle auprès du Seigneur. Elle se disait prête à faire tout ce qu’il voudrait pour essayer si le bon Dieu voudrait encore la pardonner. Elle ne lui demanda qu’un délai de trois heures pour mettre ordre à ses affaires : ensuite elle se rendrait dans l’endroit qu’il lui marquerait pour ne plus penser qu’à pleurer ses péchés. Le saint lui ayant accordé ce délai, elle assembla le plus qu’elle put des libertins qui s’étaient plongés avec elle dans le péché, les conduisit sur la place publi­que : et là, en leur présence, se dépouilla de toutes ses parures ; elle fit apporter les meubles qui avaient été achetés avec l’argent de ses infamies, en fit un tas et y mit le feu sans rien dire ni pourquoi elle agissait ainsi. Après cela, elle quitta la place pour se rendre auprès du saint qui l’attendait et qui la conduisit dans un monastère de filles. Il la renferma dans une cellule dont il scella la porte, et pria une religieuse de lui porter quelques morceaux de pain et un peu d’eau. Thaïs demanda au saint quelle prière elle devait faire dans sa retraite afin de toucher le cœur de Dieu. Le saint lui répondit : « Vous n’êtes pas digne de prononcer le nom de Dieu, parce que vos lèvres sont pleines d’iniquités, ni d’élever vers le ciel vos mains si criminelles : Contentez-vous de vous tourner vers l’orient, et dites dans toute la douleur de votre cœur et l’amer­tume de votre âme : « O vous qui m’avez créée, ayez pitié de moi ».

Voilà toute la prière qu’elle fit pendant trois ans qu’elle resta enfermée dans ce trou de mur, pendant lesquels elle ne perdit jamais le souvenir de ses péchés. Elle pleura tant, elle maltraita si cruellement son corps, que quand saint Paphnuce alla consulter saint Antoine pour savoir si le bon Dieu lui avait fait miséricorde, saint Antoine, après avoir passé la nuit en prière avec ses religieux pour cela, lui dit que le bon Dieu avait révélé à un de ses religieux, qui était saint Paul le Sim­ple, qu’un trône éclatant était préparé dans le ciel à la pénitente Thaïs. Alors le saint, plein de joie et d’admi­ration de ce que dans si peu de temps elle avait satisfait à la justice de Dieu, va la trouver pour lui dire que ses péchés lui étaient pardonnés et qu’elle devait quitter sa cellule. Le saint lui demanda ce qu’elle avait fait pen­dant ces trois ans. Elle lui dit : « Mon père, j’ai mis mes péchés devant moi comme en un monceau et je n’ai cessé de les pleurer et de demander miséricorde ». C’est précisément, lui répondit saint Paphnuce, pour cela que vous avez gagné le cœur de Dieu, et non par vos autres pénitences. Ayant quitté sa cellule pour aller dans un monastère, elle ne survécut que quinze jours, après les­quels elle alla chanter dans le ciel la grandeur de la miséricorde de Dieu.

Mes frères, cet exemple nous montre combien nous aurions vite gagné le cœur de Dieu, si nous voulions, sans faire aucune de ces grandes pénitences. Que de regrets pendant toute l’éternité de n’avoir pas voulu nous faire quelque violence pour quitter le péché ! Oui, mes frères, nous verrons un jour que nous aurions pu satisfaire à la justice de Dieu rien qu’avec les petites misères de la vie que nous sommes obligés de souffrir dans l’état où le bon Dieu nous a placés, si nous voulions en même temps y joindre quelques larmes et une douleur sincère de nos péchés. Que nous aurons de regrets d’avoir vécu et d’être morts dans le péché, lorsque nous verrons que Jésus-Christ a tant souffert pour nous et qu’il désirait tant de nous pardonner, si nous lui avions demandé pardon ! Mon Dieu, que le pécheur est aveugle et malheureux !

Nous craignons de faire pénitence. Mais voyez, mes frères, la manière dont on se conduisait envers les pécheurs dans les commencements de l’Église. Ceux qui vou­laient se réconcilier avec le bon Dieu se rendaient le mercredi des Cendres à la porte de l’église avec des habits sales et déchirés. Étant entrés dans l’église, on leur couvrait la tête de cendres, on leur donnait un cilice qu’ils devaient porter autant de temps que devait durer leur pénitence. Après cela on leur commandait de se prosterner contre terre, et pendant ce temps-là on chantait les sept psaumes de la pénitence pour implorer sur eux la miséricorde de Dieu ; ensuite on leur faisait une exhortation pour les engager à se livrer à la péni­tence, avec autant de zèle qu’ils pourraient, espérant que peut-être le bon Dieu se laisserait toucher.

Après tout cela, on les avertissait qu’on allait les chasser de l’église avec confusion, comme Dieu chassa Adam du paradis terrestre après son péché. A peine les laissait-on sortir qu’on leur fermait dessus la porte de l’église. Mais si vous désirez savoir comment ils pas­saient ce temps-là, combien durait cette pénitence, le voici : d’abord, ils étaient ordinairement obligés à vivre dans la retraite ou bien à s’occuper des travaux les plus pénibles ; ils avaient tant de jours par semaine pendant lesquels ils devaient jeûner au pain et à l’eau, selon le nombre et la grandeur de leurs péchés ; ils avaient de longues prières pendant la nuit prosternés la face contre terre ; ils couchaient sur des planches ; ils se levaient plusieurs fois la nuit pour pleurer leurs péchés. On les faisait passer par différents degrés de pénitence ; les dimanches, ils paraissaient à la porte de l’église vêtus d’un cilice, la tête couverte de cendre, restant dehors exposés au mauvais temps ; ils se prosternaient devant les fidèles qui entraient à l’église, en les conjurant, avec larmes, de prier pour eux. Au bout d’un certain temps, ils avaient la permission d’entendre la parole de Dieu, mais aussitôt que l’instruction était faite, on les chassait de l’église ; plusieurs n’étaient admis à la grâce de l’abso­lution qu’à l’heure de la mort. Encore regardaient-ils cela comme une grande grâce que l’Église leur faisait après avoir passé dix ans, vingt ans, parfois plus long­temps encore dans les larmes et la pénitence. Voilà, mes frères, comment l’Église se conduisait autrefois pour les pécheurs qui voulaient se convertir tout de bon.

Si maintenant, mes frères, vous désirez savoir ceux qui se soumettaient à toutes ces pénitences : je vous dirai tous, depuis les bergers jusqu’aux empereurs. Si vous en voulez un exemple, en voici un que nous avons dans la personne de l’empereur Théodose. Ayant péché plutôt par surprise que par malice, saint Ambroise lui écrivit en lui disant : « J’ai vu cette nuit dans une vision où le bon Dieu m’a fait voir que vous veniez à l’église, il m’a commandé de vous défendre d’entrer ». L’empereur, en lisant cette lettre, pleura amèrement ; cependant il alla se prosterner à la porte de l’église comme à l’ordinaire, avec espérance que ses larmes et son repentir touche­raient le saint évêque. Quand saint Ambroise le vit venir, il lui dit : « Arrêtez, empereur, vous êtes indigne d’en­trer dans la maison du Seigneur ». L’empereur lui dit : « II est vrai, mais David avait bien péché, et le Seigneur l’a pardonné » – « Eh bien! lui dit saint Ambroise, puis­que vous l’avez imité dans son péché, suivez-le dans sa pénitence. » L’empereur, à ces mots, se retire sans rien dire dans son palais, quitte ses ornements impériaux, se prosterne la face contre terre, s’abandonne à toute la douleur dont son cœur était capable. Il resta huit mois sans mettre les pieds à l’église. Lorsqu’il voyait que ses domestiques y allaient, tandis que lui-même en était privé, on l’entendait pousser des cris capables de toucher les cœurs les plus endurcis. Quand on lui permettait d’assister aux prières publiques, il se tenait, non comme les autres, debout ou à genoux, mais le visage prosterné contre terre de la manière la plus touchante, se frappant la poitrine, s’arrachant les cheveux et pleurant amèrement. II conserva toute sa vie le souvenir de son péché ; il ne pouvait y penser sans verser des larmes. Eh bien ! mes frères, voilà ce que fit un empereur qui ne voulait pas perdre son âme.

Que devons-nous conclure, mes frères ? Le voici : c’est que, puisqu’il faut nécessairement pleurer nos péchés, en faire pénitence ou dans ce monde ou dans l’autre, choisissons la moins rigoureuse et la moins longue. Quel regret, mes frères, d’arriver à la mort sans avoir rien fait pour satisfaire à la justice de Dieu ! Quel malheur d’avoir perdu tant de moyens que nous avions de souffrir quelques misères qui, si nous les avions bien prises pour le bon Dieu, nous auraient mérité notre pardon ! Quel malheur d’avoir vécu dans le péché, espérant toujours que nous, le quitterions, et de mourir sans l’avoir fait ! Mais prenons, mes frères, une autre route qui nous consolera davantage dans ce moment ; cessons de faire le mal ; commençons à pleurer nos péchés et souffrons tout ce que le bon Dieu voudra nous envoyer. Que notre vie ne soit qu’une vie de regrets, de repentir de nos péchés et d’amour de Dieu, afin que nous ayons le bonheur d’aller nous unir au bon Dieu pendant toute l’éternité. C’est ce que je vous souhaite.

 

Sur la conversion – Saint Jean Chrysostome

Saint Jean Chrysostome, Homélie sur la conversion : «La faute et son remède. Il y a quelque temps, je vous ai parlé de la charité ; vous m’avez entendu, vous vous êtes retirés et vous vous êtes livrés au pillage. Vous n’avez pas mis mes principes en pratique ! N’hésitez cependant pas à revenir à l’église : ayez honte de vos fautes, mas pas de votre repentir. Et comprenez bien l’action que le diable tente d’opérer sur vous. Nous avons deux acteurs en présence : la faute, et la conversion. La faute est la blessure à laquelle la conversion portera remède. Ce qui existe pour le corps existe également pour l’âme : il y a des blessures et des remèdes, des fautes et des conversions.

«Mais tandis que le péché a la honte en contrepartie, le repentir, lui, doit être associé à la confiance. Suivez bien mon développement, je vous prie, car il suffirait que vous perdiez le fil de ma démonstration pour que tout son intérêt vous échappe.

«Nous avons donc une blessure et un remède, la faute et la conversion ; la blessure, c’est la faute, et le remède, c’est la conversion. La première engendre une sorte de gangrène, alors que la seconde a pour objet de l’enrayer. Le péché abrite cette gangrène, il couvre le malade d’opprobre et de mépris. La conversion au contraire est une source de confiance, de liberté et de purification. Soyez très attentifs !

«La honte est une réaction à la faute, la confiance est le corollaire de la conversion. Vous saisissez ce que je veux dire. Satan a inversé l’ordre et a associé la confiance à la faute et la honte à la conversion. Je tiens à élucider cette question, je ne désarmerai pas, même si je dois poursuivre mon discours jusqu’au soir : je m’y suis engagé, il est hors de question que je me dérobe. Nous sommes donc en présence d’une blessure assimilable à la gangrène, et d’un remède destiné à purifier cette gangrène. Est-ce le remède qui génère la corruption, est-ce la blessure qui permet la guérison ? Ces causes et ces effets ne s’ordonnent-ils pas selon un ordre particulier ? Pensez-vous qu’ils soient interchangeables ? Non, en aucun cas !

«Abordons alors le problème de l’âme entachée de péchés. C’est le propre du péché de couvrir de honte, d’infamie et de mépris celui qui l’a commis ; le lot de la conversion, c’est la confiance, la sobriété, l’équité. « Fais toi-même le compte, afin d’être justifié » (Is 43, 26). Et ailleurs : « Le juste commence toujours pas s’accuser lui-même » (Pr 18, 17). Satan sait en outre que le péché engendre un sentiment de honte suffisamment puissant pour ramener le pécheur sur le droit chemin, et que la conversion procure un sentiment de confiance susceptible d’attirer le repentant. Aussi inversa-t-il l’ordre pour couvrir le repentir de honte et envelopper le péché de confiance. Je vais vous en donner un exemple.

«Un homme est saisi d’un désir brûlant pour une prostituée. Il la suit, comme s’il était son prisonnier, et pénètre chez elle. Sans le moindre soupçon de honte, il s’abandonne à elle, il se livre au péché. Je le répète, il ne manifeste aucune confusion. Et c’est une fois que la faute est commise, lorsqu’il ressort et veut se repentir, c’est à ce moment-là qu’il a honte ? Malheureux ! Lorsque vous étiez enlacé dans les bras de cette femme, vous n’aviez pas honte, et maintenant que vous vous disposez à vous convertir, vous êtes saisi de confusion ? Vous me dites qu’il a honte, mais pourquoi n’en éprouvait-il pas lorsqu’il commit son acte ? Pourquoi rougir à parler de son crime, alors qu’il l’a commis sans vergogne ?

«Vous reconnaissez l’œuvre maléfique du diable. Pendant que cet homme s’abandonnait au péché, il n’a pas laissé la honte l’envahir, mais il fait en sorte que sa faiblesse soit rendue publique : car il sait que s’il avait eu honte, il aurait reculé devant la faute. Par contre, il le livre à la honte, il aurait reculé devant la faute. Par contre, il le livre à la honte au moment du repentir, car il sait que ce sentiment sera un obstacle à sa conversion. Son objectif est donc double : entraîner sa proie vers le péché et ensuite empêcher sa conversion.

«Pourquoi cette confusion ? Au moment de commettre l’acte coupable, vous n’en manifestiez aucune, et maintenant que vous êtes sur le point d’y remédier, vous avez honte ? Vous rougissez de vous affranchir du péché ? C’est là la conduite que vous auriez dû avoir lorsque vous péchiez !

«Vous avez attendu d’être justifié pour rougir de honte, alors que cela ne vous a pas effleuré lorsque vous vous êtes rendu coupable ? « Fais toi-même le compte afin d’être justifié » (Is 43, 26). O bienveillance divine ! Le Seigneur n’a pas dit « afin d’échapper au châtiment », mais « afin d’être justifié ». N’était-ce pas suffisant que vous ne le punissiez pas, fallait-il encore le justifier ? Certainement, mais écoutez plutôt. Où trouvons-nous un exemple d’une telle justification ? A propos du larron ; il a suffi à ce dernier de dire à son compagnon : « Tu ne crains même pas Dieu ? Pour nous, c’est justice ; nous recevons ce qu’ont mérité nos actes » pour entendre ces paroles de Jésus : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Luc 23, 40-41). Il ne lui a pas promis de lui épargner tout blâme et toute punition ; d’emblée, il le conduit justifié, au paradis.

«L’aveu sanctifié. Avez-vous remarqué que c’est grâce à l’aveu de ses fautes que le larron a été justifié ? La bienveillance de Dieu à l’égard des hommes est immense. Il n’épargne pas son propre fils pour épargner un serviteur. Il a livré son fils unique afin de racheter des esclaves ingrats, et, en guise de prix, il a versé son sang. O bienveillance divine !

«Ne me déclarez plus, je vous en prie, « J’ai beaucoup péché, comment pourrai-je être sauvé ? « . Car ce que vous ne pouvez opérer, Dieu, lui, le peut, et son pouvoir ira jusqu’à effacer toutes vos fautes. Soyez attentifs à ce que je vais vous dire. Dieu efface vos péchés de telle sorte qu’il n’en subsiste aucune trace. Un tel prodige n’existe pas dans la nature : un médecin pourra déployer les innombrables ressources de son art pour soigner une blessure, il ne parviendra pas pour autant à en supprimer la trace. Imaginez ainsi un homme qui aurait été frappé à l’œil à plusieurs reprises : même si, à chaque fois, il a soigné sa blessure, il subsistera néanmoins une cicatrice, et cette infirmité attestera dorénavant la lésion subie. Le médecin aura beau s’évertuer à faire disparaître la cicatrice, il n’y parviendra pas, car il se heurtera toujours à cette faiblesse de la nature et aux limites de son art et des médicaments.

«Par contre, lorsque Dieu efface des fautes, il fait en sorte qu’aucune cicatrice, aucune trace ne subsiste ; il affranchit l’âme de tout mal et par là lui restitue sa beauté originelle ; il lui offre sa justice tout en lui épargnant un châtiment ; enfin, il rend le pécheur en tous points semblable à celui qui n’a pas péché. En somme, la faute disparaît complètement, comme si elle n’avait jamais existé. Point de cicatrice, point de trace, point de témoin, point d’indice». (Saint Jean Chrysostome, huitième homélie sur la conversion, n° 2)