Sur la pénitence – Pas de salut sans pénitence

Sommaire

  • La pénitence est absolument nécessaire pour le salut
    • Se repentir et se convertir
    • Dieu n’écoute pas les impénitents
  • Œuvres qui peuvent faire fléchir la justice divine
  • La vie chrétienne doit être une pénitence perpétuelle
  • La pénitence comprend l’attrition et la contrition
    • L’attrition
    • La contrition
      • Degrés de la contrition
      • Nécessité de la contrition
  • Ceux qui croient se sauver sans pénitence
    • Dieu ne pardonne les péchés qu’aux membres de l’Église
    • Dieu n’applique pas sa miséricorde sans pénitence
  • La pénitence comprend la confession de ses péchés
  • La pénitence comprend la satisfaction et l’expiation des péchés
    • La satisfaction
    • L’expiation
    • Jeûne
    • Aumône
    • Patience
  • La pénitence comprend l’évitement de l’occasion de pécher
    • On doit éviter l’occasion prochaine de pécher
    • Le temps est précieux pour faire pénitence
    • Crainte de Dieu et crainte des peines de l’enfer
    • Prières
  • Aides à la contrition
    •  Méditation de la Passion
    • Crainte de Dieu et crainte des peines de l’enfer
    • Prières
    • Ce qu’est la contrition, saint Jean Eudes
    • Qu’est-ce que la contrition – Saint curé d’Ars
  • Pères du désert : Discrétion, humilité véritable et aveu
  • Sur la pénitence – Saint curé d’Ars
  • Sur la conversion – Saint Jean Chrysostome

 

La pénitence est absolument nécessaire pour le salut

 

La pénitence est nécessaire au salut, la considération de ses péchés et des peines éternelles du péché, et se tourner vers Dieu. La fausse foi ne considère que la miséricorde de Dieu sans crainte de sa justice inexorable et implacable. Ceux qui n’auront pas fait suffisamment pénitence de leurs péchés déjà pardonnés devront le faire au Purgatoire. Et mieux vaut faire pénitence sur terre qu’au purgatoire.

Les pécheurs qui sont les ennemis de Dieu en ne voulant pas faire pénitence de leurs péchés, se préparent au feu éternel de l’enfer avec Satan et avec leurs péchés à cause de la justice de Dieu qui exige la peine due aux péchés. Les pécheurs qui font pénitence de leurs péchés, se préparent à la vie éternelle avec Dieu avec leur pénitence et à cause de la miséricorde de Dieu (en passant par le  feu du purgatoire pour ceux qui n’ont pas totalement expiés leurs péchés par leur pénitence). La vie revient à soit 1) faire pénitence pour payer la dette due aux péchés qu’exige la justice de Dieu pour vivre ensuite avec Lui, ou soit 2) vivre des plaisirs de la terre et ensuite brûler.

Matthieu 10, 28: «Ne craignez point ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’âme ; mais craignez plutôt celui [Dieu] qui peut précipiter l’âme et le corps dans la géhenne [l’enfer]».

Jean 12, 25b : «Celui qui aime sa vie la perdra ; et celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie éternelle».

Note Bible catholique Vulgate sur Jean 12, 25 : «Haïr son âme, c’est faire toute espèce de sacrifices, accepter toute espèce de souffrances, pour rester fidèle à Dieu et conserver sa grâce».

Saint Irénée, père de l’Église, L. 4, part. 3, § 2 (2e s.) : « Méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité, ignorant que la bonté de Dieu te pousse à la pénitence ? Par ton endurcissement et ton cœur impénitent, tu t’amasses un trésor de colère pour  le Jour de la colère et de la révélation du juste jugement de Dieu ». « Mais en revanche, dit-il [l’Apôtre Saint Paul, Rom. 2, 4], gloire et honneur pour quiconque fait le bien ».

Saint Bernard de Clairvaux, Gémissements au nom du Sauveur : « J’ai pris suffisamment patience, et plus que suffisamment, mon fils, vous pour qui la mort m’est aussi douce que la vie et sans qui la vie est pour moi la mort ; je ne vous demande pas pourquoi vous vous êtes retiré, mais pourquoi vous ne revenez pas ; venez seulement et nous aurons la paix ; revenez et tout est fait ».

Révélations de sainte Brigitte, L. 9 ch. 82, Exhortation à la contemplation et à la pénitence : «Notre-Seigneur Jésus-Christ parle : Je suis le Dieu de tous, dont Moïse ouït la voix dans le buisson, Jean au Jourdain et Pierre en la montagne. J’ai crié à vous, ô hommes, avec miséricorde ; j’ai crié en la croix pour vous avec larmes : Ouvrez les yeux et regardez-moi, car moi qui parle, je suis très-puissant, très-pieux, et avec tout cela, très-beau sur toutes choses. Voyez, et informez-vous de ma puissance en la vieille loi, et vous la trouverez en la création de toutes les créatures ; et encore je suis admirable et formidable ; vous trouverez ma force pour les rois qui ont été rebelles, ma sapience en la création et la disposition des visages humains, en la sagesse des prophètes ; informez-vous en la domination de la loi et en l’affranchissement de mon peuple. Voyez ma justice au premier ange et au premier homme ; voyez-la au déluge ; voyez-la en la subversion des cités et des villes ; voyez ma patience à supporter mes ennemis ; voyez-la aux avertissements par mes prophètes ; enfin voyez et considérez ma beauté en l’éclat et opération des éléments, en la glorification de Moïse, et lors voyez combien dignement vous m’aimez et me devez aimer. Voyez encore que je suis celui-là même qui parlait en la nouvelle loi, très-puissant et très-pauvre : très- puissant en l’adoration des mages et en la démonstration de l’étoile ; très-pauvre, ayant été enveloppé de langes et couché dans une crèche.

«Voyez-moi encore réputé très sage et très-fou : très sage, puisque les adversaires ne pouvaient me répondre ; très-fou, étant repris de mensonge, et jugé comme coupable. Voyez-moi très-vertueux et très-méprisé : très-vertueux en la guérison des malades et à chasser les diables ; très-méprisé, étant fouetté en tous mes membres. Voyez qu’étant très-juste, je suis réputé très-injuste : je suis très-juste en l’institution de la vérité et de la justice ; réputé très-injuste, étant condamné à une mort si horrible. Voyez-moi encore très-pieux, et être traité d’une manière très-impie : très-pieux en la rédemption et l’abolition des péchés ; traité d’une manière impie, étant en un gibet avec des larrons. Voyez-moi enfin très-beau en la montagne, très-laid en la croix, d’autant que je n’avais ni figure ni éclat.
Voyez que je suis celui qui parle à vous, qui ai pâti pour l’amour de vous. Contemplez, non avec les yeux de la chair, amis avec ceux de l’esprit. Voyez ce que je demande de vous, ce que je vous ai donné et ce que vous me rendrez. Je vous ai donné l’âme sans souillure, rendez-moi l’âme sans souillures ; je pâtissais pour vous, afin que vous me suiviez ; je vous ai enseigné, afin que vous viviez, non selon vos volontés, mais selon les miennes. Oyez d’ailleurs ma voix qui vous dit : Faites pénitence. Oyez ma voix qui criait au gibet : J’ai soif de vous. Oyez encore ma voix, qui dit plus hautement : Si vous ne faites pénitence, le malheur vous accablera, malheur qui sèchera votre chair, serrera votre âme de crainte ; vos moelles se dessècheront ; votre force sera affaiblie ; votre beauté se flétrira ; la vie vous sera à dégoût : vous chercherez la fuite et vous ne la trouverez pas : partant, fuyez vitement à la cachette de mon humilité, de peur que le malheur qui vous menace ne vous arrive. On vous menace afin de l’éviter, et vous l’éviterez, si vous le croyez et le fuyez ; autrement l’évènement donnera foi à mes paroles ; néanmoins en verrez-vous de sages, si je manque à ce que je promets, bien que je patiente, et en patientant, j’attends ce fruit de la conversion».

Se repentir et se convertir

Saint Irénée, père de l’Église, L. 4, part. 3, § 2 (2ème siècle) : «Par ton endurcissement et ton cœur impénitent, tu t’amasses un trésor de colère pour  le Jour de la colère et de la révélation du juste jugement de Dieu».

Le vraie repentir engendre la conversion qui comprend la persévérance, de ne plus retomber facilement dans le péché, de fuir les occasions de péché, de suivre Jésus.

Révélations de sainte Brigitte, L. 9 ch. 87, Ceux qui ne veulent laisser les péchés sont indignes de la grâce du Saint-Esprit : «La Sainte Vierge Marie dit : …en la vie spirituelle, quand la volonté ne veut quitter ses offenses, la justice veut qu’il ne jouisse point des influences du Saint-Esprit ; et quand la volonté n’est pas d’amender sa vie, il ne mérite point la viande du Saint-Esprit, soit que celui-là soit roi, un César, prêtre, pauvre ou riche».

Saint Alphonse, sermon dimanche de Pâques : «VIII. Tremblons-donc, mes chers frères, de retomber dans le péché, et n’abusons pas de la miséricorde de Dieu pour continuer à l’offenser. St Augustin dit Dieu, il est vrai, a promis de pardonner à qui se repentirait, mais il n’a promis à personne de lui faire la grâce de se repentir. La contrition est un pur don de Dieu ; s’il vous la refuse, comment vous repentirez-vous ? et, sans repentir, comment pouvez-vous être pardonnés ? Et prenez garde que l’on ne se joue pas de Dieu (Gal. 6, 7). St Isidore dit que celui qui retombe dans le péché dont il a fait pénitence, n’est plus pénitent, mais qu’il se joue de Dieu (St Isid. De summo bono.). Ajoutez ce mot de Tertullien : Que là où il n’y a point amendement, il n’y a pas eu de repentir véritable (Tertull. De pœnit.). IX. St Pierre prêchait ainsi (Act. XIII, 9). Plusieurs se repentent, mais ils ne se convertissent pas ; ils ont quelque remords de leur vie déréglée, mais ils ne reviennent pas sincèrement à Dieu. Ils se confessent, ils frappent leur poitrine, ils promettent de s’amender, mais ils ne forment pas une ferme résolution de changer de vie. Celui qui forme réellement une telle résolution, y persévère, ou au moins se maintient-il longtemps en état de grâce. Mais ceux qui, après la confession retombent aussitôt, font voir, comme dit St Pierre, qu’ils se sont repentis, mais non convertis, et ils arrivent à la fin à une mort funeste. St Grégoire écrit (Past. p. 3. Adron. 31). Il entend dire par là, que de même que les Justes éprouvent souvent des mouvements vers le mal et néanmoins ne pèchent pas, parce que leur volonté y est toute contraire ; aussi les pécheurs ont des mouvements vers le bien, mais qui ne suffisent pas à déterminer leur conversion. Le Sage nous avertit que la miséricorde de Dieu n’est point acquise à celui qui seulement confesse ses péchés, mais à celui qui, en même temps, s’en détache (Prov. 28, 13). Celui donc qui, après la confession, continue à pécher, n’obtiendra point miséricorde, mais mourra victime de la divine justice». (St Alphonse, Œuvres complètes, T. XIV, sermons)

Saint curé d’Ars, sermon 4ème dimanche de carême, Délai de la Conversion : «I. …avec votre repentir, vous êtes-vous converti pour cela ? Sans doute vous n’en êtes devenu que plus endurci. Hélas ! mes frères, tous ces repentirs ne signifient pas grand chose. Saül s’est bien repenti, puisqu’il a pleuré ses péchés (I Reg. XV, 24, 30) ; cependant il est damné ; Caïn s’est bien repenti, puisqu’il a poussé des cris affreux d’avoir tué son frère (Gen. IV, 13), néanmoins il est en enfer. Judas s’est bien repenti, puisqu’il alla rendre son argent et que sa douleur fut si grande qu’il alla se pendre (Matth. XXVII, 3). Si vous me demandez maintenant où tous ces repentirs les ont conduits ? je vous dirai…, en enfer. …Mais, dites-moi, est-ce en méprisant les grâces du bon Dieu que vous pouvez espérer avoir plus de force pour rompre vos mauvaises habitudes ? N’est-ce pas tout le contraire ? Plus vous allez, plus vous méritez que le bon Dieu se retire de vous et vous abandonne. De là je conclus que, plus vous retardez de revenir à Dieu, plus vous vous mettez en danger de ne jamais vous convertir : Nous disons que nous ne pouvons obtenir notre pardon que de Dieu seul. Eh bien ! dites-moi, est-ce en multipliant vos péchés que vous espérez que le bon Dieu vous pardonnera plus facilement ? Allez, mon ami, vous êtes un aveugle, vous vivez dans le péché pour y périr et vous serez damné. Voilà, mon ami, où votre manière de prier et de vivre vous conduira : «Vie de pécheur, mort de réprouvé».

Dieu n’écoute pas les impénitents

Dieu n’écoute pas favorablement ceux qui ne font pas pénitence de leurs péchés ni les hypocrites qui s’adressent à Lui sans vouloir vraiment sortir de leur état ou habitude de péché.

Matthieu 25, 41 : «Allez loin de moi, maudits, au feu éternel, qui a été préparé au diable et à ses anges».

La plupart des baptisés se font illusion sur leur salut, car Dieu ne se tourne pas vers celui qui ne le craint pas et n’obéit pas à Son Église. Dieu se tourne vers le pauvre d’esprit qui se repent vraiment de l’avoir offensé et qui le craint.

Isaïe 66, 2 : « mais vers qui porterai-je mes regards, sinon vers le pauvre et celui qui a l’esprit contrit, et qui tremble à mes paroles ? ».

Œuvres qui peuvent faire fléchir la justice divine

Méditations sur les vérités de la foi, P. Kroust, mardi II ap. l’Épiphanie : «Voici les œuvres qui peuvent faire fléchir la justice : la prière est bonne quand elle est unie au jeûne et à l’aumône. Par la prière, on entend les œuvres de piété ; par le jeûne, les œuvres de pénitence ; par l’aumône, les œuvres de miséricordes. Parmi ces œuvres, on doit surtout compter celles auxquelles sont attachées les indulgences de l’Église.

«Les œuvres de piété sont tout ce qui tient au culte de Dieu, comme les prières, l’office canonial, le sacrifice de la Messe que le prêtre offre pour ses péchés et pour les négligences et les péchés du peuple, l’examen de conscience fait avec contrition et le bon propos de se corriger, la confession fréquente, la sainte communion, et tout acte de religion, d’adoration, de foi, d’espérance, de charité, qui peut devenir si ardente qu’elle serait capable d’enlever tout à la fois la coulpe et la peine. La charité couvre tous les péchés (Prov. 10). Personne ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis (Jean 15). C’est pourquoi on fait injure à un martyre, dit saint Augustin, si l’on prie pour lui après sa mort.

«Mais il convient de faire toutes ces choses avec l’intention de satisfaire à Dieu pour les péchés que l’on a commis, et pour rendre à la majesté divine la gloire et la louange qui lui sont dues ; cette intention n’en exclut pas d’autres.

«Les œuvres de pénitence sont par elles-mêmes des œuvres pénales et laborieuses, telles que la mortification de la chair et de l’esprit. Or, on doit être puni par où l’on a péché (Sap. 12). Vous devez donc choisir celles qui sont opposées à votre esprit et qui contrarient davantage votre naturel, et ce qui tient à la nature dépravée, comme la pratique de l’humilité contre l’orgueil, l’abstinence contre l’intempérance, les châtiments corporels contre le libertinage. C’est ainsi que nous avons part à la passion de Jésus-Christ. Nous ne lui faisons pas injure, mais nous y ajoutons ce qui manque ; car il faut que nous unissions nos satisfactions surabondantes de Jésus-Christ, et que nous nous y appliquions, parce que c’est d’elles que vient tout le mérite des nôtres.

«Il y a des œuvres de miséricorde qui sont corporelles ; ce sont celles par lesquelles nous prêtons secours au prochain dans les misères de cette vie et qui effacent les péchés, comme un verre d’eau froide donné au nom du Sauveur. Car l’aumône résiste au péché (Eccles. 3) et délivre de la mort ; c’est elle qui purifie les péchés et qui fait trouver miséricorde (Tob. 12). Mais les œuvres spirituelles de miséricorde par lesquelles on délivre l’âme du prochain regardent spécialement les ecclésiastiques. Cependant quiconque aura été miséricordieux envers les âmes des morts, qui ne peuvent rien pour elles-mêmes, obtiendra une miséricorde spéciale. Ne craignez pas d’offrir pour elles la plupart des satisfactions que vous faites pour vous-même. L’Église offre tous les jours, ainsi que les fidèles, un grand nombre de prières qui ne sont appliquées à aucune âme en particulier et que la miséricorde de Dieu vous appliquera un jour si vous en avez besoin».

La vie chrétienne doit être une pénitence perpétuelle

Pape Jules III, Concile de Trente, 14ème session, 1551, ex cathedra [Magistère solennel] : «toute la vie chrétienne, qui doit être une pénitence perpétuelle [St Thomas, Summa contra gentiles IV, 73 ; Leonina 15, 234a 18 ; Parme 5, 365b]».

Avez-vous entendu ? C’est l’enseignement infaillible de l’Église (c’-à-d. l’autorité du Magistère de Dieu dans Son Église) que la pénitence n’est pas uniquement nécessaire en partie, mais que toute la vie chrétienne doit être une pénitence perpétuelle. Par conséquent, sans pénitence, il n’y a pas de vraie vie chrétienne ni de salut, et dire ou penser ou faire sciemment le contraire est hérétique.

Faire pénitence consiste à pleurer ses péchés (ce qui inclut de les détester – Concile de Trente, 14ème sess. ch. 4, et donc bien sûr aussi à éviter les occasions de péché) et en demander miséricorde à Dieu. Ce qu’on fait comme pénitence n’est pas une fin en soi mais un moyen de demander et d’obtenir le pardon.

La pénitence comprend l’attrition et la contrition

L’attrition

La pénitence comprend l’attrition (contrition imparfaite) ou désolation du cœur (ou repentir, ou regret sincère) pour ses péchés par crainte des châtiments ; L’attrition est un don de Dieu, une impulsion de l’Esprit-Saint, qui prépare pour le pécheur le chemin vers la justice, en considérant la laideur du péché ou par crainte de l’enfer et des châtiments, si elle exclut la volonté de pécher jointe à l’espoir du pardon. L’attrition dispose l’âme à la contrition. Contrairement à ce que certains peuvent croire, la contrition imparfaite, l’attrition, est bénéfique pour l’âme, même s’il n’est pas possible d’être sauvé sans la contrition parfaite, et c’est pourquoi l’attrition est une partie de la contrition, ainsi qu’une partie de la Loi de la prière de Contrition [Prière contenant l’attrition puis la contrition].

Concile de Trente, 14 ème sess. chap. 4 ex cathedra : «La contrition imparfaite, qu’on appelle attrition, parce qu’on la conçoit en général ou bien en considérant la laideur du péché ou bien par crainte de l’enfer et des châtiments, si elle exclut la volonté de pécher jointe à l’espoir du pardon, le saint concile déclare que non seulement elle ne fait pas de l’homme un hypocrite et un plus grand pécheur, mais qu’elle est aussi un don de Dieu, une impulsion de l’Esprit Saint qui, n’habitant pas encore le pénitent, mais le mouvant seulement, lui vient en aide, pour qu’il prépare pour lui-même le chemin vers la justice. Et bien que sans le sacrement de la pénitence elle ne puisse pas par elle-même conduire le pécheur jusqu’à la justification, cependant elle le dispose à obtenir la grâce de Dieu dans le sacrement de la pénitence.

Donc l’attrition est :

  • 1° nécessaire pour le sacrement de Pénitence (quand il est disponible),
  • 2° prépare et est une partie de la contrition,
  • 3° c’est une grâce du Saint-Esprit pour aider à préparer le chemin vers la justice,
  • 4° c’est une désolation du cœur par dégoût du péché ou par crainte des châtiments avec la volonté de ne plus pécher et l’espoir du pardon.

La contrition

La pénitence comprend la contrition ou désolation de ses péchés par amour de Dieu, est une vraie détestation de ses péchés qui fait qu’on préférerait mourir que de les commettre, et un amendement de vie. La contrition est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. Cette contrition comprend non seulement l’abandon du péché, le propos et le début d’une vie nouvelle, mais aussi la haine de la vie ancienne.

Concile de Trente, 14ème sess. chap. 4 ex cathedra : «La contrition, qui tient la première place parmi les actes du pénitent dont il a été parlé, est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. En tout temps ce mouvement de contrition a été NÉCESSAIRE pour obtenir le pardon des péchés».

Donc la contrition est :

  • 1° pas nécessaire pour recevoir le sacrement de Pénitence,
  • 2° nécessaire de loi divine (absolue, universelle et obligatoire) pour le pardon des péchés avec le sacrement de Pénitence ou sans le sacrement de Pénitence quand il est indisponible,
  • 3° contient le désir de se confesser,
  • 4° est une désolation du cœur par amour pour Dieu de l’avoir offensé avec une détestation du péché et la résolution de ne plus pécher.

Celui qui ne déteste pas ses péchés n’évite pas les occasions de pécher et n’a donc pas la contrition, c’est la raison pourquoi la plupart des baptisés se damnent. Quiconque a la contrition évite vraiment les occasions de pécher à cause de la détestation du péché commis pour l’amour de Dieu ; c’est pourquoi celui qui a la contrition ne retombe pas ordinairement dans le péché commis.

Degrés de la contrition

Saint Bonaventure, Docteur de l’Église, L’Échelle d’or des vertus, ch. 22 – Degrés de la contrition :

«I. 1er degré. Se repentir amèrement de tous les péchés mortels. 2ème degré.  Se repentir de tous les graves péchés véniels. 3ème degré. Se repentir des moindres péchés véniels.

«II. 1er degré. Se repentir vivement des péchés qu’on a commis par action. 2ème degré. Se repentir des péchés qu’on a commis des péchés par parole. 3ème degré. Se repentir des péchés qu’on a commis  par pensée et par sentiment.

«III. 1er degré. Se repentir du mal commis. 2ème degré. Se repentir du bien omis. 3ème degré. Se repentir de tout le bien qu’on a laissé se perdre, par ennui, par tiédeur, par impure intention.

«IV. 1er degré. Éprouver de la douleur pour tous les péchés que l’on a commis personnellement. 2ème degré. Éprouver de la douleur pour tous les péchés dont on a été sciemment l’occasion. 3ème degré. Éprouver de la douleur pour tous les péchés, dont on a été l’occasion sans le savoir. D’où ces paroles de David : « Ne vous souvenez pas des fautes de mon ignorance (Ps. 24) ».

«V. 1er degré. Regretter amèrement les péchés manifestes. 2ème degré. Regretter amèrement les péchés cachés que l’on connaît seul devant Dieu, 3ème degré. Regretter amèrement ceux que Dieu seul connaît dans sa lumière, ce qui fait dire à l’Apôtre : « Quoique que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas justifié pour cela, mais c’est le Seigneur qui est mon juge, il éclairera ce qui est caché dans les ténèbres (I Cor. 4) ».

«VI. 1er degré. Se repentir, à cause du tort que l’on s’est causé à soi-même par le péché. 2ème degré. Se repentir, à cause du tort que l’on causé à la communauté. 3ème degré. Se repentir, à cause de l’outrage fait à Dieu.

«VII. 1er degré. Lorsque dans la contrition la faute seulement est effacée. 2ème degré. Lorsque la faute est effacée ainsi qu’une partie de la peine. 3ème degré. Lorsque la faute est effacée ainsi que toute la peine.

«VIII. 1er degré. Révéler la douleur de son âme purement par l’aveu de ses lèvres. 2ème degré. Révéler la douleur de son âme par les larmes de ses yeux. 3ème degré. Révéler la douleur de son âme par la mortification de sa chair».

Nécessité de la contrition

Saint Alphonse enseigne conformément au Magistère de l’Église (dogme) que la contrition est absolument nécessaire pour pouvoir être sauvé.

Saint Alphonse de Liguori, Nécessité de la contrition : «On appelle contrition le repentir et la détestation des péchés commis, repentir et détestation accompagnés de la résolution de ne plus pécher à l’avenir. Ce repentir est indispensable pour quiconque veut recevoir l’absolution ; car Dieu ne peut pardonner aucun péché à celui qui ne se repent pas de l’avoir commis. On peut quelquefois obtenir le pardon sans faire d’examen et même sans se confesser. Par exemple, un mourant qui, n’ayant pas de prêtre pour l’entendre, aurait la contrition parfaite, ce mourant serait pardonné et sauvé. Mais sans contrition, il n’y a jamais de pardon».

Si l’attrition [désolation par crainte des peines] est une grâce reçue de Dieu requise ou nécessaire qui prépare à recevoir le sacrement de Pénitence comme l’enseigne infailliblement le Concile de Trente, la contrition [désolation par amour de Dieu] ne peut pas être requise pour recevoir le sacrement de Pénitence, mais elle est absolument nécessaire pendant ou après l’absolution pour le pardon des péchés (De fide, concile de Trente).

« Si dans l’attrition on requérait l’amour divin super omnia [Charité prédominante par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toutes choses], le sacrement de Pénitence ne serait plus le sacrement des morts mais celui des vivants, puisque tous les pénitents approcheraient de ce sacrement en état de grâce. …

« Toute contrition qui nait de la Charité prédominante [Charité par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toutes choses] efface les péchés et est la vraie contrition (St Thomas, Somme, suppl. q. 5 a. 3). Cela arrive toutes les fois que l’homme est plus touché de la perte de la grâce plus que celle de tout autre bien ». (St Alphonse de Liguori, Œuvres complètes, Tome 19 – Œuvres dogmatiques – Hérétiques réformés, p. 415)

Quand il n’est pas possible de recevoir le sacrement de Pénitence, Dieu absout les péchés par la contrition qui inclut obligatoirement le désir de se confesser (De fide, Concile de Trente).

L’homme ne doit pas se juger digne des consolations de Dieu, mais plutôt de châtiment

L’Imitation de Jésus-Christ, Thomas A Kempis, Livre III, chapitre 52 : «1. Le fidèle : Seigneur, je ne mérite point que vous me consoliez et que vous me visitiez ; ainsi vous en usez avec moi justement, lorsque vous me laissez pauvre et désolé. Quand je répandrais des larmes aussi abondantes que les eaux de la mer, je ne serais pas encore digne de vos consolations. Rien ne m’est dû que la verge et le châtiment, car je vous ai souvent et grièvement offensé, et mes péchés sont sans nombre. Après donc un strict examen, je me reconnais indigne de la moindre consolation. Mais vous, ô Dieu tendre et clément ! qui ne voulez pas que vos ouvrages périssent pour faire éclater les richesses de votre bonté en des vases de miséricorde, vous daignez consoler votre serviteur au-delà de ce qu’il mérite, et d’une manière toute divine. Car vos consolations ne sont point comme les vaines paroles des hommes !

«2. Qu’ai-je fait, Seigneur, pour que vous me donniez quelque part aux consolations du ciel ? Je n’ai point de souvenir d’avoir fait aucun bien ; toujours, au contraire, je fus enclin au vice, et lent à me corriger. Il est vrai, et je ne puis le nier. Si je parlais autrement, vous vous élèveriez contre moi et personne ne me défendrait. Qu’ai-je mérité pour mes péchés, sinon l’enfer et le feu éternel ? Je le confesse avec sincérité : je ne suis digne que d’opprobre et de mépris ; je ne mérite point d’être compté parmi ceux qui sont à vous. Et, bien qu’il me soit douloureux de l’entendre, je rendrai cependant contre moi témoignage à la vérité, je m’excuserai de mes péchés, afin d’obtenir de vous plus aisément miséricorde.

«3. Que dirai-je, couvert comme je le suis, de crime et de confusion ? Je n’ai à dire que ce seul mot : J’ai péché, Seigneur ; j’ai péché ; ayez pitié de moi, pardonnez-moi. Laissez-moi un peu de temps pour exhaler ma douleur, avant que je m’en aille dans la terre des ténèbres, que recouvre l’ombre de la mort. Que demandez-vous d’un coupable, d’un misérable pécheur, sinon que, brisé de regrets, il s’humilie de ses péchés ? La véritable contrition et l’humiliation du cœur produisent l’espérance du pardon, calment la conscience troublée, réparent la grâce perdue, protègent l’homme contre la colère à venir; et c’est alors que se rapprochent et se réconcilient dans un saint baiser Dieu et l’âme pénitente.

«4. Cette humble douleur des péchés vous est, Seigneur, un sacrifice agréable, et d’une odeur plus douce que celle de l’encens. C’est le délicieux parfum que vous permîtes de répandre sur vos pieds sacrés : car vous ne méprisez jamais un cœur contrit et humilié. Là est le refuge contre la fureur de l’ennemi ; là le pécheur se réforme et se purifie de toutes les souillures qu’il a contractées au-dehors».

 

Ceux qui croient se sauver sans pénitence

Dieu ne pardonne les péchés qu’aux membres de l’Église

Dieu n’applique pas sa miséricorde aux impénitents (Voir Justice et miséricorde).

Saint Augustin, père de l’Église, Cité de Dieu, 19 : « Si quelqu’un, en effet, préfère les choses de la terre [*] à Jésus-Christ, bien qu’il paraisse avoir la foi de Jésus-Christ, Jésus-Christ n’est cependant pas le fondement (1 Co 3, 11) de ses œuvres, puisqu’il lui préfère des biens périssables. … Or, comment peut-on dire qu’il expie dignement ses péchés par ses aumônes, lui qui ne fait point à son âme l’aumône de plaire à Dieu ? Il faut donc faire des aumônes pour nous rendre Dieu favorable lorsque nous le prions de nous pardonner nos péchés passés, mais non pas dans la pensée que nous pouvons persévérer dans ces mêmes péchés, et que nous achetons par nos aumônes la liberté de faire le mal ». (St Thomas, Catena aurea, Év. S. Matt. 25, 46)

* Les choses de la terre sont l’attachement à la chair et aux biens terrestres, ou la sagesse terrestre, mondaine et naturelle, comme la fausse foi fabriquée par l’homme, les fausses religions de l’homme, l’interprétation des Écritures et du Magistère hors de l’Église, le libéralisme (liberté religieuse), le relativisme (pas de vérité absolue), le naturalisme (nature cause et fin d’elle-même, évolutionnisme, etc.), le rationalisme (raison sans la foi), l’indifférentisme (toutes religions égales), le modernisme (évolution du dogme), l’œcuménisme (pas d’exhortation à la conversion à la foi divine et catholique traditionnelle et à l’unité de la véritable Église), etc.

Un vrai catholique cherche la vérité. Par conséquent, un catholique doit se soumettre aux vérités de la foi et de la morale, pour pouvoir être membre de l’Église et pour pouvoir être sauvé, c’est-à-dire à la révélation constituée des Écritures et de la Tradition orale dont le contenu est déterminé par le Magistère de l’Église catholique, gardienne du dépôt de la foi (Voir : La révélation divine : l’Écriture, la Tradition orale et le Magistère infaillible). La plupart des baptisés, aujourd’hui, sont dans l’apostasie ou l’hérésie, hors de la vraie foi divine, de la véritable Église et du salut, et sans pénitence de leur péché contre la foi, ils ne seront certainement pas sauvés, mais bruleront en enfer éternellement parce qu’ils ne se sont pas repentis et convertis à la foi catholique en se soumettant au Magistère de l’Église. S’ils avaient appris ce qu’est la vraie foi, ils auraient su que Dieu enseigne infailliblement par le Magistère de son Église qu’Il ne fait pas miséricorde sans pénitence hors de l’Église et hors de la vraie foi catholique (Dieu donne des grâces à ceux qui suivent la loi naturelle de leur conscience morale pour entrer dans l’Église par la foi). Les véritables catholiques basent leur foi sur le dogme catholique infaillible, et non sur les opinions des saints ou des théologiens faillibles ou des autres hommes ou de leur propre esprit.

Pape Eugène IV, Concile de Florence, «Cantate Domino», 1441 ex cathedra (Magistère infaillible solennel) : « …la sainte Église romaine condamne, réprouve, anathématise et déclare être en dehors du Corps du Christ qui est l’Église, ceux qui pensent des choses opposés et contraires ».

Pape Léon XIII, Satis Cognitum, n° 9, 29 juin 1896 (Magistère infaillible ordinaire) : « …peut-il être permis à qui que ce soit de repousser quelqu’une de ces vérités, sans se précipiter ouvertement dans l’hérésie, sans se séparer de l’Église et sans répudier en bloc toute la doctrine chrétienne ? Car telle est la nature de la foi que rien n’est plus impossible que de croire ceci et de rejeter cela. …celui qui, même sur un seul point, refuse son assentiment aux vérités divinement révélées, très réellement abdique tout à fait la foi, puisqu’il refuse de se soumettre à Dieu en tant qu’il est la souveraine vérité et le motif propre [formel] de foi. ceux qui ne prennent de la doctrine chrétienne que ce qu’ils veulent, s’appuient sur leur propre jugement et non sur la Foi ; refusant de « réduire en servitude toute intelligence sous l’obéissance du Christ » (II Corinth. 10, 5), ILS OBÉISSENT EN RÉALITÉ À EUX-MÊMES PLUTÔT QU’À DIEU ».

Pape Pie XII, Mystici Corporis Christi, 29 juin 1943 (Magistère ordinaire infaillible) : «…seuls font partie des membres de l’Église, ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi, et qui n’ont pas eu le malheur de se séparer eux-mêmes de l’unité du corps [par l’apostasie, l’hérésie, le schisme et l’excommunication]».

Quiconque aime la vérité, veut la vérité, et quiconque veut la vérité, la recevra, car Jésus-Christ est la Vérité en personne, et en dehors de Lui, il n’y a que mensonge. Par conséquent, quiconque aime la vérité, voudra être avec Jésus et prendra les moyens nécessaires pour cela, quel qu’en soit le prix, cherchera la contrition et la vraie foi catholique sans laquelle personne ne peut être sauvé (Voir : Il n’y a absolument aucun salut sans la vraie foi catholique) ; les autres qui font mine d’aimer, vouloir ou croire la Vérité, ne prendront pas les moyens, pas vraiment, parce qu’ils ne veulent pas vraiment la vérité.

Dieu n’applique pas sa miséricorde sans pénitence

La plupart des baptisés croient faussement qu’ils vont être sauvés sans faire de pénitence. Tout d’abord Dieu ne pardonne pas les péchés sans pénitence, et comme cela a été déjà vu infailliblement plus haut, c’est un dogme. Sans pardon des péchés, il n’y a aucun salut, mais le feu de l’enfer éternel.

Ecclésiastique 21, 1 : «Mon fils, as-tu péché ? Ne recommence pas de nouveau, mais prie pour tes fautes anciennes, afin qu’elles te soient remises».

En ces temps de grande apostasie (abandon et reniement de la foi divine et catholique) où les hérésies sont généralisées et pullulent partout, la plupart des baptisés appliquent la miséricorde de Dieu là ou Dieu ne l’applique même pas lui-même. Ces mauvais chrétiens sont «déjà condamnés par leur propre jugement» (Tite 3, 10), en ne voulant pas apprendre la foi divine et catholique, ils commettent un péché mortel par omission d’ignorance coupable [ce n’est pas un péché quand il est impossible de connaître la foi, mais c’est un péché quand cela est possible]. S’ils avaient appris la vraie foi, ils auraient su que Dieu ne fait pas miséricorde sans vraie pénitence.

Pape Eugène IV, Concile de Florence, Laetentur caeli, 6 juill. 1439 ex cathedra (Magistère solennel) : «…ceux qui se repentent véritablement meurent dans l’amour de Dieu…».

Ci-dessus, on voit que c’est un dogme ou la loi divine que ceux qui se repentent véritablement meurent dans l’amour de Dieu, les autres, ceux qui ne se repentent pas véritablement ne meurent pas dans l’amour de Dieu, ils sont damnés.

Ecclésiastique 5, 5-6 : «Sur un péché pardonné ne sois pas sans crainte, et n’ajoute pas péché sur péché ; et ne dis pas : La miséricorde du Seigneur est grande, de la multitude de mes péchés il aura pitié».

Saint Augustin, père de l’Église : «Ne tardez pas à vous convertir au Seigneur ; si vous voulez faire pénitence lorsque vous ne pourrez plus jouir du péché, ce sont les péchés qui vous quittent et non vous qui les quittez».

Méditations sur les vérités de foi, P. Kroust, SJ, samedi II de carême : « Le Fils innocent se jette aux pieds de son Père, et, se prosternant profondément, il demande grâce et pardon [pour les pécheurs], tandis que l’esclave pécheur, levant audacieusement la tête en présence de Dieu, se promet grâce et pardon ! … Le Seigneur vous a souvent excité par sa grâce, par votre conscience, par vos supérieurs, et vous n’êtes pas encore réveillé, et vous vous endormez bientôt de nouveau ; vous ressentez même de la peine quand on vous excite, vous vous fâchez lorsqu’on vous reprend, vous excusez votre faute : les disciples au moins supportaient avec patience qu’on les corrigeât, et ils ne savaient que répondre (Marc 14, 40) ».

Méditations sur les vérités de foi, P. Kroust, SJ, mardi III de carême : «Comment osez-vous vous plaindre vile créature ? C’est avec raison que vous souffrez et vous ne recevrez pas selon ce que vous avez mérité (Job 33). Jésus a payé ce qu’il n’avait point pris, il a été broyé pour nos péchés et il a porté nos iniquités. Vous au contraire vous aurez à souffrir des supplices dont vous êtes dignes, à moins que vous ne fassiez de dignes fruits de pénitence en remplissant ce qui manque à la passion du Sauveur. N’ajoutez pas à ses douleurs : il a été pris à cause de vos iniquités et vos iniquités vous prendront à leur tour (Ps 39)».

Ceux qui brûleront en enfer, brûleront par leur faute ; ils n’ont pas vraiment voulu leur salut parce qu’ils n’ont pas voulu faire pénitence de leurs péchés, et d’abord parce qu’ils n’ont pas voulu se soumettre à Dieu pour connaître la vraie foi catholique (traditionnelle). En résumé, ils ont préféré eux-mêmes plus que Dieu.

Révélations de sainte Brigitte, Livre 1, Chapitre 26 : «…il n’y a pas de péché si lourd ou si grave que la pénitence et le repentir ne lavent pas».

Révélations de Sainte Brigitte, Livre 3, Chapitre 19 : «Jésus-Christ parlant à Sainte Brigitte : “Or, si vous vous plaisez à faire quelque petit péché que vous connaissiez être péché, et le faites, vous confiant en l’abstinence et en la présomption [vous abstenant et présumant] de la grâce, n’en faisant point pénitence ni autre satisfaction, sachez qu’il vous dispose au péché mortel».

 

La pénitence comprend la confession de ses péchés

La confession est nécessaire pour le pardon des péchés quand il est possible d’avoir un prêtre. La pénitence comprend la confession de ses péchés. Quand il n’est pas possible de recevoir le sacrement de Pénitence, Dieu absout les péchés par la contrition qui inclut obligatoirement le désir de se confesser (De fide, Concile de Trente) au temps opportun, c’est-à-dire quand il sera possible de se confesser à un prêtre, même si c’est un temps long. Aujourd’hui il est possible de se confesser à un prêtre même hérétique public, mais non pas à un hérétique notoire de fait prouvé, parce qu’un hérétique public est excommunié pour lui-même et pas par rapport aux autres, tandis qu’un hérétique notoire de fait est excommunié par rapport aux autres aussi (Cependant quand un prêtre catholique est possible, il pas permis à un catholique d’approcher un prêtre hérétique même public).

Concile de Trente, session 14, chapitre 4, sur la contrition, 1551, ex cathedra : «il arrive parfois que cette contrition soit rendue parfaite par la charité et réconcilie l’homme avec Dieu avant que ce sacrement ne soit effectivement reçu, il ne faut néanmoins pas attribuer cette réconciliation à cette seule contrition sans le désir du sacrement qui est inclus en elle.

Concile de Trente, Session 6, chapitre 14, sur la justification, 1547, ex cathedra : «… l’absolution par un prêtre, et, de plus, la satisfaction par le jeûne, les aumônes, les prières et autres pieux exercices de la vie spirituelle, non pour remettre la peine éternelle – laquelle est remise en même temps que la faute par le sacrement ou le désir du sacrement -, mais pour remettre la peine temporelle [canon 30 1580] qui, comme l’enseigne l’Ecriture sainte, n’est pas toujours totalement remise …».

Concile de Trente, Session 6, chapitre 14, sur la justification, 1547, ex cathedra : «Aussi faut-il enseigner que la pénitence du chrétien après une chute est très différente de la pénitence baptismale. Elle comprend non seulement l’abandon des péchés et leur détestation, ou « un cœur contrit et humilié » [Ps 50,19], mais aussi la confession sacramentelle de ceux-ci, ou du moins le désir de la faire en temps opportun».

S’il n’y a pas de prêtre possible, il est recommandé et conseillé de se confesser (en  personne et non pas à distance : Cf. P. Pohle/Preuss, Traité dogmatique Vol. III Pénitence, S. 2, n. III) à un catholique (non-hérétique) non-prêtre, dans lequel on a confiance de l’orthodoxie de la doctrine catholique (c-à-d qu’il tient la foi divine et catholique). Cette confession non-sacramentelle n’est possible uniquement s’il n’y a pas de prêtre possible (sinon c’est un péché). Ce type de confession, quand elle bien faite selon les règle de la pénitence, diminue la peine, parce que Dieu la regarde comme un acte de vertu. Et ce type de confession est une aide réelle pour obtenir la grâce de la contrition. Si on ne connaît pas de personne catholique et en laquelle on ait confiance, il faut offrir à Dieu le désir de se confesser à une personne catholique.

Tout catholique doit ordinairement se confesser quand il peut trouver un prêtre qui a juridiction, mais quand un tel prêtre n’est pas possible, on peut se confesser à un laïc catholique (cela ne remplace pas la confession sacramentelle mais c’est recommandé jusqu’à ce qu’on puisse se confesser à un prêtre compétent).

La confession est requise et est nécessaire mais uniquement si le prêtre a juridiction de loi divine (Le Magistère utilise généralement le mot requis ou requise quand il s’agit de loi ecclésiastique et le mot nécessité ou nécessaire quand il s’agit de loi divine).

Pape Léon XIII, Satis Cognitum (n° 15), 29 juin 1896 : « Nul ne peut donc avoir part à l’autorité s’il n’est uni à Pierre, car il serait absurde de prétendre qu’un homme exclu de l’Église a l’autorité [peut commander] dans l’Église. C’est à ce titre qu’Optat de Milève reprenait les donatistes : «C’est contre les portes de l’enfer que Pierre, comme nous le lisons dans l’Evangile, a reçu les clés du salut ; Pierre, c’est-à-dire notre chef, à qui Jésus-Christ a dit : «Je te donnerai les clés du royaume des cieux, et les portes de l’enfer ne triompheront jamais d’elles». Comment donc osez-vous essayer de vous attribuer les clés du royaume des cieux, vous qui combattez contre la chaire de Pierre » (Lib. II, n. 4-5).

Notez ci-dessus, que par la phrase « il serait absurde de prétendre qu’un homme exclu de l’Église a l’autorité dans l’Église », l’Église (Magistère), par le pape, parle des clés ou du pouvoir des clés, qui est la juridiction (par Pierre) pour absoudre, juridiction que les hérétiques n’ont pas par rapport aux autres quand ils sont notoires de fait. Les apostats, hérétiques et schismatiques n’ont pas la juridiction pour eux-mêmes parce qu’ils sont coupés de fait de l’unité de la foi et de l’unité de l’Église (Pierre) mais l’ont par rapport aux autres tant qu’ils ne sont pas notoires de fait.

C’est un dogme que le prêtre fait un acte judiciaire de jugement et de commandement dans le sacrement de pénitence :

Concile de Trente, sess. 14, ch. 6, 25 nov. 1551 ex cathedra : « Bien que l’absolution du prêtre soit la dispensation d’un bienfait qui ne lui appartient pas, elle n’est pourtant pas le seul et simple ministère ou d’annoncer l’Evangile ou de déclarer que les péchés sont remis, mais elle est à l’image d’un acte judicaire par où une sentence est prononcée par le prêtre comme par un juge [can. 9] ».

Notez que la juridiction est un dogme et relève de la loi divine.

Concile de Trente, Can. 9 sur le sacrement de Pénitence ex cathedra : « Si quelqu’un dit que l’absolution sacramentelle du prêtre n’est pas un acte judiciaire … : qu’il soit anathème ».

Il faut aussi noter que l’absolution des péchés sans le sacrement mais avec la contrition et le désir du sacrement de Pénitence et uniquement licite en cas d’impossibilité de le recevoir d’un prêtre, relève du pouvoir des clés, puisque que c’est un dogme (Trente, justification).

Concile de Trente, sess. 6, ch. 14, 13 janv. 1547 ex cathedra : « Aussi faut-il enseigner que la pénitence du chrétien après une chute est très différente de la pénitence baptismale. Elle comprend non seulement l’abandon des péchés et leur détestation, ou « un cœur contrit et humilié » (Ps 50, 19), mais aussi la confession sacramentelle de ceux-ci, ou du moins le désir de la faire en temps opportun, l’absolution par un prêtre, et, de plus, la satisfaction par le jeûne, les aumônes, les prières et autres pieux exercices de la vie spirituelle, non pour remettre la peine éternelle – laquelle est remise en même temps que la faute par le sacrement, ou le désir du sacrement – mais pour remettre la faute temporelle [can. 30] ».

Notez ci-dessus que le concile Trente répète deux fois le même dogme dans la même phrase, pour bien l’affirmer : « ou du moins [Latin saltem = à défaut] le désir de la faire en temps opportun» et aussi «ou [Latin vel = ou bien, soit] le désir du sacrement». Mais c’est logique, car on n’imagine pas la contrition sans désir de se confesser.

La confession est nécessaire de loi divine mais uniquement si le prêtre a juridiction comme on peut le voir dans les dogmes ci-dessous :

Pape Martin V, Inter cunctas, 22 fév. 1418, ex cathedra : « 20. De même s’il croit qu’un chrétien, est tenu, pour être nécessairement sauvé, en plus de la contrition de son cœur, quand il peut trouver un prêtre qualifié, de se confesser au prêtre seulement et non à un laïc ou à des laïcs, si bons et si pieux qu’ils soient ».

Pape Martin V, Inter cunctas, 22 fév. 1418, ex cathedra : « 21. De même s’il croit que le prêtre, dans le cas où il a la juridiction, peut absoudre de ses péchés un pécheur qui les confesse et qui a la contrition, et qu’il peut lui imposer une pénitence ».

Notez que c’est un dogme qu’il est nécessaire de se confesser à un prêtre pour le salut, sauf quand il n’a pas juridiction, comme avec les hérétiques notoires de fait qui n’ont pas juridiction parce qu’ils ne sont pas ministres de l’Église.

Le Concile de Trente, saint Thomas d’Aquin, saint Robert Bellarmin, et bien d’autres, enseignent clairement que les hérétiques ne peuvent pas donner une absolution dans la confession ou avoir toute juridiction que ce soit.

Pape Jules III, Concile de Trente, Sess. 14, chap. 7, La réservation des cas, ex cathedra (Magistère solennel) : «Donc, parce que la nature et la constitution d’un jugement demandent que la sentence soit portée sur des sujets [Les catholiques ne sont pas des sujets des hérétiques], on a toujours été persuadé dans l’Église de Dieu – et ce concile confirme que cela est très vrai – que ne doit avoir aucune valeur l’absolution prononcée par un prêtre sur quelqu’un sur lequel il n’a pas de juridiction ordinaire ou déléguée [la compétence doit être considérée comme sans effet]. … Néanmoins, pour que personne ne vienne à périr à cause de cela, il a toujours été très pieusement maintenu dans l’Église de Dieu qu’il n’y a plus aucune réservation à l’heure de la mort [in articulo mortis, en danger de mort], et que, par suite, tous les prêtres [des catholiques, pas les hérétiques hors de l’Église] peuvent absoudre tous les pénitents de tous les péchés et censures possibles. Hors l’article de la mort, les prêtres, puisqu’ils ne peuvent rien [n’ont pas le pouvoir] dans les cas réservés, s’efforceront uniquement de persuader les pénitents de recourir aux juges supérieurs et légitimes pour bénéficier de l’absolution».

Ci-dessus, le Concile de Trente définit infailliblement que «la nature et la constitution d’un jugement demandent que la sentence soit portée sur des sujets». Les catholiques sont-ils des sujets de prêtres et d’évêques qui rejettent l’Église catholique et la foi, et qui sont hérétiques ou schismatiques ? Oui quand ils ne sont pas notoires en fait, car à partir de cette notoriété de fait, ils sont équivalents à notoires en droit ou déclarés. Ce fait est bien sûr également soutenu par l’Écriture Sainte et le magistère de l’Église : «M’appartient-il de juger ceux qui sont dehors ? Et ceux qui sont dedans, n’est-ce pas vous qui les jugez ?» (1 Corinthiens 5, 12). Ainsi donc, il est parfaitement clair que ceux qui sont dehors ne commandent pas à l’intérieur, car «il est absurde d’imaginer que celui qui est à l’extérieur puisse commander dans l’Église». (Pape Léon XIII, Satis Cognitum, n° 15, 29 juin 1896).

Le Concile de Trente a ordonné à des prêtres de disposer de l’octroi d’une absolution dans la confession valide que dans la nécessité «à l’heure de la mort [in articulo mortis, en danger de mort]», mais [Hors l’article de la mort] qu’ils «s’efforceront uniquement de persuader les pénitents de recourir aux juges supérieurs et légitimes pour bénéficier de l’absolution».

Le Concile de Trente a affirmé que cet enseignement de compétence (juridiction) a toujours été tenu et maintenu par «l’Église de Dieu», et que «ce concile confirme comme le plus vrai», prouvant ainsi à tout le monde qu’il ne s’agit pas simplement de traiter de ce sujet avec les lois ecclésiastiques qui peuvent être changées, mais spécifiquement avec les lois dogmatiques qui ne peuvent pas être changées et sont appliquées d’après la Tradition et la discipline universelle de l’Église.

Ces trois points excluent ainsi toujours totalement les hérétiques, les schismatiques, et les apostats (excommuniés automatiquement et sans juridiction à partir du moment où ils sont notoires de fait) d’être en mesure d’accorder une absolution valide dans la confession, sauf en cas in articulo mortis.

Quand le prêtre ordonne au pénitent de faire quelque chose (comme ce genre de satisfaction qu’il doit faire pour être absous de ses péchés), le prêtre exerce la juridiction de l’Église sur lui. Seul un catholique peut commander un autre catholique de faire quelque chose dans l’Église de Dieu qui a trait à son salut. Seul un catholique peut être sous l’autorité spirituelle d’un autre catholique, pourtant un hérétique qui n’est pas catholique peut encore exercer la juridiction de l’Église sur un catholique à condition qu’il ne soit pas notoire de fait, car l’excommunication ipso facto de loi divine n’est effective que par la notoriété de fait minimum, ou la notoriété de droit ou la déclaration de l’Église ; pourquoi cela ? parce que la juridiction de loi divine dépend de l’excommunication automatique de loi divine, mais que la loi divine est appliquée selon la discipline universelle de l’Église catholique.

Pape Léon XIII, Satis Cognitum, n° 15, 29 juin 1896 (Magistère ordinaire de l’Église) : «il est absurde d’imaginer que celui qui est en dehors [comme l’hérétique] puisse commander dans l’Église».

Cependant, dans le cas où vos anciennes confessions n’auraient pas été valides pour des raisons que vous ignoriez et sans faute de votre part, elles ne furent pas inutiles, comme cela est expliqué par saint Thomas d’Aquin :

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 5, réponse au 4 : «quand même on serait forcé de se confesser, on ne se serait pas confessé inutilement la première fois, parce qu’en se confessant à un plus grand nombre de prêtres, on obtient une plus large remise de la peine, soit par suite de la honte de la confession qui est comptée pour une peine satisfactoire, soit d’après le pouvoir des clés. Ainsi on pourrait se confesser tant de fois qu’on fût délivré de la peine temporelle».

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 1, réponse au 2 : «… la confession et l’absolution … dans lesquels la contrition, avec le dessein de se confesser et le désir de l’absolution, suffit pour les délivrer de la mort éternelle …»

L’absolution n’est pas une formule magique qui vous enlève le péché mortel, si vous n’avez pas encore été désolé [désolation spirituelle] d’avoir offensé Dieu. Si une personne n’a pas la volonté d’arrêter de pécher, alors la confession et la contrition ne seront d’aucune utilité parce que Dieu ne pardonne pas le péché du pécheur qui ne souhaite même pas arrêter de pécher et d’offenser Dieu. Voir Confessions sacrilèges. Ceci n’est pas à confondre avec le fait de retomber à nouveau dans les anciens péchés, ce que tous les gens peuvent faire. Une âme vraiment repentante cependant ne retombera pas à nouveau dans les anciens péchés (du moins pas les péchés mortels), mais si une personne retombe encore et encore pour le péché d’impureté, par exemple, c’est une indication qu’elle vit une mauvaise vie et qu’elle n’est pas cohérente dans sa vie spirituelle. (Lire cette aide en ce qui concerne ces questions : Information spirituelle que vous devez savoir pour être sauvé).

Question : Que dois-je faire si je ne peux pas trouver un prêtre pour confesser ? Puis-je confesser mes péchés à un laïc catholique comme une pénitence pour mon péché, mais il ne peut pas me donner une absolution ?

Réponse : Oui. En l’absence véritable de prêtres pour confesser, vous pouvez toujours choisir de vous confesser à un laïc catholique de confiance et non-hérétique (se confesser en personne et non pas à distance : Cf. P. Pohle/Preuss, Traité dogmatique Vol. III Pénitence, S. 2, n. III). Si vous ne connaissez pas de catholiques dans votre région, vous pouvez alors vous avouer le bon désir. Cela aussi vous sera utile pour le salut, comme l’explique saint Thomas d’Aquin :

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 6, réponse au 3 : «… la force sacramentelle de la Pénitence consiste dans la sanctification du ministre. C’est pour cela que celui qui se confesse à un laïc, bien que de son côté il remplisse ce qui appartient à la confession sacramentelle, cependant il n’obtient pas l’absolution sacramentelle. C’est pourquoi ce qui est produit par le mérite et la peine de la confession lui est compté et diminue d’autant la peine temporelle à laquelle il est tenu, mais il n’obtient pas la diminution de cette peine qui résulte du pouvoir des clefs, et c’est pour ce motif qu’il est tenu de se confesser de nouveau à un prêtre [quand il peut le faire]».

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 2, réponse à la conclusion : «… dans le cas de nécessité, un laïc peut aussi remplacer le prêtre de manière qu’on puisse se confesser à lui ¹».

¹ Note Abbé Drioux, 1854 : Avant saint Thomas et de son temps cet usage était en vigueur. Mais actuellement il n’existe plus… parce que cette espèce de confession n’est nullement de précepte, qu’elle paraîtrait favoriser l’erreur des hérétiques qui prétendent que tout fidèle est ministre du sacrement.

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 2, réponse au 1 : «quand la nécessité presse, le pénitent doit faire ce qui le regarde, c’est-à-dire s’exciter à la contrition et se confesser à qui il peut. Ainsi la confession faite à un laïc à défaut de prêtre est sacramentelle d’une certaine manière, quoique le sacrement ne soit pas parfait, parce qu’il manque de ce qui se rapporte au prêtre».

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 2, réponse au 2 : «quoiqu’un laïc ne soit pas le juge [juridiction] de celui qui se confesse à lui, cependant, en raison de la nécessité, il reçoit absolument le droit de le juger, selon que celui qui se confesse se soumet à lui à défaut de prêtre».

Les Révélations de sainte Brigitte confirment que la bonne volonté suffit au pénitent quand il ne peut trouver un confesseur. Ces Révélations ont été approuvées, confirmées, et jugées favorablement par le pape Grégoire XI (1370-1378) et Boniface IX (1389-1404) dans la Bulle papale Ab origine mundi, par. 39 (7 oct. 1391), puis jugées en conformité avec la foi catholique par les conciles de Constance (1414-1418) et de Bâle (1431-1449)

Révélations de sainte Brigitte, L. 6, ch. 115,  : «Un certain homme était venu d’un diocèse à Rome ; ignorant l’idiome et la langue, ne trouvant à Rome pas un qui l’entendit et ne pouvant avoir de confesseur, il se conseilla avec sainte Brigitte afin de savoir ce qu’il ferait. Lors Jésus-Christ lui dit : Cet homme qui vous a consultée pleure d’autant qu’il n’a personne qui l’oie en confession. Dites-lui que la volonté lui suffit, car qu’est-ce qui profita au larron en la croix ? ne fut-ce pas la bonne volonté et les affections déréglées.

«Lucifer n’a-t-il pas été bien créé ? Ou moi, qui suis la bonté et la vertu même, aurais-je créé quelque mal ? non certes, aucun. Mais après que Lucifer eut abusé de sa volonté et la porta au dérèglement, il a été lui-même déréglé et mauvais par sa mauvaise volonté. Partant, que le pauvre homme demeure stable et qu’il ne se retire point de ses bonnes résolutions ; quand il sera en son pays, qu’il cherche et qu’il oie ce qui est salutaire à son âme ; qu’il soumette sa volonté et qu’il obéisse plutôt au conseil des sages et des justes qu’à sa volonté, ou autrement, s’il meurt par le chemin, il en sera comme du bon larron : Vous serez ce jourd’hui en paradis».

Sur les dix commandements et les commandements de l’Église (loi de précepte), voir : Catéchisme Penny

Pour l’examen de conscience, voir : Examen de conscience pour une confession générale

(Cet examen reprend la période de toute la vie, quand un baptisé ne s’est pas confessé depuis longtemps. L’examen général se fait aussi dans des circonstances particulières comme quand il y a eu des confessions antérieures sacrilèges avec un oubli coupable de certains péchés que la personne connaissait ou soupçonnait être mortels. On peut faire l’examen général  pour une confession générale quand il y a eu même oubli  non-coupable (involontaire) de péché dans une ou des confessions antérieures. On peut faire l’examen général pour remettre de l’ordre dans sa vie spirituelle, soit à une occasion spécifique de choix particulier de vie ou d’autre chose. On peut utiliser l’examen général pour faire remonter des péchés passés enfouis dans la mémoire.)

On commence sa confession par le Confiteor :

Confiteor : «Je confesse à Dieu tout-puissant, à la bienheureuse Marie toujours vierge, à saint Michel archange, à saint Jean-Baptiste, aux apôtres saint Pierre et saint Paul, à tous les saints, que j’ai beaucoup péché, par pensées, par paroles et par actions: c’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très-grande faute. C’est pourquoi je prie la bienheureuse Marie toujours vierge, saint Michel archange, saint Jean-Baptiste, les apôtres saint Pierre et saint Paul, tous les saints, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

Que le Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde, et qu’après nous avoir pardonné nos péchés, il nous conduise à la vie éternelle. Que le Seigneur tout-puissant et tout-miséricordieux nous accorde le pardon, l’absolution et la rémission de nos péchés. Ainsi soit-il».

On  termine la confession par un acte de contrition :

Acte de contrition : «Mon Dieu, je suis triste d’avoir offensé votre souveraine majesté. Je regrette tous mes péchés, non seulement parce que j’ai mérité vos châtiments [contrition imparfaite ou attrition], mais surtout parce que vous êtes infiniment parfait et souverainement aimable, et parce que le péché vous déplaît [contrition parfaite]. Je prends la ferme résolution de me corriger et d’éviter les occasions de péché. Dans cette contrition, je veux vivre et mourir».

Autre acte de contrition : «Ô mon Dieu, je suis de tout cœur désolé de vous avoir offensé, et je déteste tous mes péchés, car je redoute la perte du ciel et les peines de l’enfer [contrition imparfaite ou attrition] ; mais surtout parce qu’ils vous ont offensés, mon Dieu, qui êtes tout-bon et digne de tout mon amour [contrition parfaite]. Je prends la ferme résolution, avec l’aide de votre grâce, de confesser mes péchés, de faire pénitence, et de modifier ma vie. Amen».

L’acte de contrition doit être dit sincèrement et pas à la légère, sans le cœur (c’-à-d. dans la volonté même si on n’en a pas de sentiment) c’est une formule vide.

La pénitence comprend la satisfaction et l’expiation des péchés

La satisfaction

La pénitence comprend la satisfaction ou réparation de la faute, conversion et vie nouvelle selon l’Évangile, et également par des pratiques de pénitence, comme le jeûne, la mortification, la prière, etc.

Pape Jules III, Concile de Trente, sess. 14, chap. 3, sur les parties et les fruits de ce sacrement : «Sont quasi-matière de ce sacrement [de la pénitence] les actes du pénitent lui-même : la contrition, la confession et la satisfaction [1704]. Dans la mesure où ces actes sont requis, parce que d’institution divine, chez le pénitent pour l’intégrité du sacrementpour une pleine et parfaite rémission des péchés, ils sont dits pour cette raison partie de la pénitence».

L’expiation

La pénitence comprend aussi l’expiation des péchés ou satisfaction pleine et entière des dettes temporelles dues aux péchés pardonnés.

Saint Bonaventure, Docteur de l’Eglise, L’Echelle d’or des vertus, ch. 23, Degrés de la satisfaction : «I. 1er degré. Satisfaire dignement pour ses propres péchés. 2ème degré. Satisfaire pour les péchés des bons. 3ème degré. Satisfaire pour les péchés des méchants.

«II. 1er degré. Faire pénitence pour les péchés de ses parents. 2ème degré. Faire pénitence pour les péchés des étrangers. 3ème degré. Faire pénitence pour les péchés de ses ennemis.

«III. 1er degré. Faire pénitence dans sa propre maison. 2ème degré. Faire pénitence dans le désert. 3ème degré. Faire pénitence dans le cloître.

«IV. 1er degré. Faire pénitence dans un cloître austère. 2ème degré. Faire pénitence dans un cloître plus austère. 3ème degré. Faire pénitence dans un cloître très austère.

«V. 1er degré. Expier ses péchés par des aumônes. 2ème degré. Expier ses péchés par de bonnes œuvres corporelles, comme le jeûne, la prière, les pèlerinages, etc. 3ème degré. Expier ses péchés par des souffrances corporelles, comme les larmes, les disciplines, les cilices, etc. Car il est plus parfait de souffrir avec patience ce qui est pénible que de s’appliquer aux bonnes œuvres».

Dieu accueille la pénitence en paiement de la dette des péchés

Ézéchiel 18, 21 : «Mais si l’impie fait pénitence de tous ses péchés qu’il a commis, et qu’il garde tous mes préceptes, et qu’il accomplisse le jugement et la justice, il vivra de la vie et ne mourra point».

Ézéchiel 33, 14-16, 19 : «Mais si je dis à l’impie : Tu mourras de mort, et qu’il fasse pénitence de son péché, et qu’il accomplisse le jugement et la justice ; Et que cet impie rende la gage qu’on lui avait confié, et qu’il restitue ce qu’il avait enlevé, et qu’il marche dans les commandements de la vie, et qu’il ne fasse rien d’injuste, il vivra de la vie et il ne mourra pas. Tous ses péchés qu’il a commis ne lui seront point imputés ; il a accompli le jugement et la justice, il vivra de la vie. … Et lorsque l’impie se sera écarté de son impiété, qu’il aura accompli le jugement et la justice, il y vivra».

La pénitence vient d’un cœur humble qui a renoncé à ses péchés et offre un Dieu un cœur contrit et humilié.

Psaume 50, 19 : «Le sacrifice que Dieu désire est un esprit brisé de douleur : vous ne dédaignerez pas, ô Dieu, un cœur contrit et humilié».

L’âme pénitente (pas faussement) ne retombera plus volontairement dans ses péchés car la pénitence c’est quitter son péché.

Saint Bernard, Degrés de l’humilité et de l’orgueil, Neuvième degré de l’orgueil – un aveu qui n’est qu’une feinte, ch. 18, § 47 : «Quiconque est véritablement pénitent, n’a point de répugnance pour les œuvres de pénitence ; il embrasse au contraire, avec patience et sans se plaindre au fond du cœur, tout ce qui lui est imposé pour sa faute dont il a regret».

Révélations de sainte Brigitte, Livre 4 – Chapitre 121 : Le diable, ennemi de Dieu et des hommes, apparut et dit : Le moine s’en est allé ; et n’en demeure que la seule effigie. Et Notre-Seigneur dit : Quel est ce moine ? – Je le ferai, dit-il mais par contrainte. Le moine est gardien de soi-même ; son habit est l’obéissance et l’observance de sa profession, car comme le corps est couvert du vêtement, de même l’âme doit être enrichie de ses vertus. Donc, l’habit extérieur ne profite de rien, si l’habit extérieur n’y est pas, car l’habit ne fait pas le moine, mais la vertu. Ce même s’en est allé lorsqu’il avait ces pensées : Je connais mon pêché ; j’amenderai du reste et ne pécherai plus, moyennant la grâce de Dieu. Par cette volonté, il s’est retiré et arraché de moi [le diable], et il est maintenant à vous.

«Notre-Seigneur lui dit : Comment son effigie demeure-t-elle ? – Le démon dit : C’est quand on ne se souvient point de ses péchés et que l’on ne s’en repent point comme il faudrait».

La pénitence sert à :

  • Faire mourir le vieil homme afin de ressusciter ;
  • Chercher le pardon des péchés et retrouver la grâce ;
  • Retrouver Dieu qu’on a perdu par sa propre faute ;
  • Ne pas entraver mais augmenter la vie de la grâce ;
  • Expier les péchés pour payer la justice divine ;
  • Prévenir les chutes afin de pouvoir résister dans la tentation ;
  • Porter sa croix afin de suivre Jésus et l’imiter ;
  • Préférer Dieu à soi-même ;
  • Conserver la grâce de Dieu ;
  • Augmenter ses mérites et la grâce de Dieu ;
  • A préserver d’autres du péché, ou à leur conversion, ou à leur salut ;
  • A exercer la charité pour Dieu.

Jeûne

Le jeûne est un moyen de pénitence, une abstention d’œuvres serviles (rendant esclave) pour rompre les chaînes du péché (comme l’aumône, la contrition du cœur, la chasteté du corps et du cœur, la charité et la patience envers le prochain pour Dieu, etc.).

Isaïe 58, 6-7 : «Le jeûne que j’ai choisi n’est-il pas celui-ci ? Romps les liens de l’impiété, délie les faisceaux accablants [Note Vulg. : Tout ce qui gêne, pèse], renvoie libres ceux qui sont opprimés, et brise tout fardeau. Romps ton pain pour celui qui a faim, et fait entrer dans ta maison les indigents et ceux qui errent sans asile ; lorsque tu verra quelqu’un nu couvre-le et ne méprise point ta chair [Note Vulg. : Tes frères, tes proches]».

Le jeûne de nourriture est un moyen et non une fin. Le jeûne est un moyen de mortifier la chair, obéir à Dieu, tourner son cœur vers Dieu. On jeûne pour retrouver la grâce de Dieu qu’on a perdue.

Le jeûne doit être selon les lois de l’Église

Il faut jeûner selon les lois de l’Église, sinon Dieu aura en horreur le jeûne, car la volonté de Dieu est l’obéissance de l’homme à Ses lois, c’est-à-dire :

1° Loi divine (Magistère de l’Église – dogme et vérités de foi, règle de la foi, etc.) ;

2° Loi ecclésiastique (précepte, droit canon, décrets, etc.) ;

3° Loi naturelle (reflet de la loi divine, conscience morale naturelle du bien et du mal).

Châtiez votre chair (corps et âme psychique du vieil homme) pécheresse et rebelle en la mortifiant et en pénitence pour vos péchés qui ont gravement offensés Dieu, mais le jeûne doit se faire dans l’obéissance aux lois de l’Église, car c’est l’obéissance qui compte. Jeûner hors des lois de l’Église, c’est une désobéissance qui ne plaît pas à Dieu, et le jeûne ne sert à rien ; bien pire, jeûner ou se mortifier dans la désobéissance obstinée, c’est un esclavage et un sacrifice offert au démon.

Révélations de sainte Brigitte, L. 9, ch. 58 : «La Sainte Vierge parla à l’épouse : Vous devez faire toutes choses avec obéissance et discrétion : il est plus agréable à mon Fils de manger que de jeûner contre obéissance. Vous devez prendre garde de trois choses concernant le jeûne : 1° que vous ne jeûniez en vain, comme ceux qui, par ostentation et pour être semblables et égaux aux autres en jeûne, jeûnent sans autre intention : cela est du tout irraisonnable. Il faut prendre et modérer le jeûne, selon la nécessité qu’on a de modérer les désirs des mouvements illicites, et tout autant que la nature le peut porter ; 2° de ne jeûner follement, comme ceux qui veulent autant faire en infirmité qu’en santé. Ceux-ci se défient de la miséricorde de mon Fils, comme s’il ne voulait autant l’infirmité que leur œuvre et leur bonne volonté.

«Jeûnez donc, ma fille, fort sagement, et dès que quelque infirmité vous assaillira, soyez plus bénigne à votre corps, en ayant autant de pitié que d’un animal quoi qu’irraisonnable, afin qu’il ne succombe sous le faix. 3° Donnez-vous garde de ne jeûner irraisonnablement, comme ceux qui jeûnent plus à intention d’avoir plus que les autres une plus grande récompense et un plus grand honneur. Ceux-ci sont comme ceux qui jeûne et qui établissent leur récompense dans le jeûne. Partant, jeûnez, vous, pour plaire à mon Fils et autant que la nature le peut supporter. Mesurez-vous donc en vous-même selon vos forces, et confiez-vous toujours en la miséricorde de mon Fils, et croyez que vous êtes en tout indigne ; ni ne pensez pas qu’aucune de vos peines, aucun de vos labeurs soit digne de la rémission des péchés, et moins d’une récompense éternelle, si mon Fils ne vous faisait miséricorde».

Le jeûne doit être fait dans l’humilité car le jeûne est un moyen de briser les passions par la mortification de la chair pour expier ses péchés, et un pécheur ne saurait s’enorgueillir de son jeûne sous peine de voir son offrande réprouvée par Dieu, comme le pharisien orgueilleux jeûnant deux fois la semaine qui n’est pas justifié, alors que le publicain, qui n’osait pas lever les yeux au ciel mais frappait sa poitrine disant : «O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur(Luc 18, 9-14)», est justifié.

Le jeûne doit être accompagné de la prière, car jeûner sans prier Dieu c’est jeûner sans Dieu, c’est un jeûne naturel sans mérites surnaturels, ou pire, un jeûne naturaliste (hérésie du Naturalisme), un culte de la nature et une injure à Dieu.

Le jeûne doit être fait par charité (et il ne peut y avoir de charité sans la vraie foi), c’est-à-dire pour l’amour de Dieu.

Révélations de sainte Brigitte, Livre 4, Chapitre 120 : «Notre-Seigneur repartit et lui dit : Il y a deux sortes de délectations : L’une est charnelle et l’autre spirituelle. La charnelle ou naturelle est et consiste en ce que la nature le requérant ainsi par nécessité, on prend la réfection, en laquelle l’homme se doit entretenir en ces pensées : « O Seigneur ! qui nous avez commandé de nous rafraîchir et de nous nourrir selon la nécessité, louange vous soit ! Je vous en supplie, donnez-moi la grâce que je ne pêche point en mangeant ». Que si quelque plaisir surprend le cœur des biens temporels, qu’il occupe son esprit en ces considérations : « O Seigneur ! toutes les choses terrestres ne sont que terre coulante : partant, donnez-moi la grâce d’en disposer et d’en user en telle sorte que j’en puisse rendre raison à tous ». La délectation spirituelle consiste en ce que l’âme se plaît dans les bénéfices divins, use des choses temporelles pour la nécessité, et s’y occupe comme contrainte. Or, cette membrane est alors ôtée, quand Dieu est doux à l’âme, et que l’âme a toujours la crainte de Dieu».

L’Église catholique enseigne infailliblement que les jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété n’ont d’utilité que pour ceux qui sont dans son sein, et non pour ceux qui sont hors de l’Église, comme ceux qui ne professent pas la vraie foi. Il est donc absolument nécessaire de tenir en premier lieu la vraie foi catholique.

Pape Eugène IV, Concile de Florence, Cantate Domino, 1441, ex cathedra (déclaration infaillible) : «… elle [la Sainte Église] professe aussi que l’unité du corps de l’Église a un tel pouvoir que les sacrements de l’Église n’ont d’utilité en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle, pour eux seuls jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété et exercices de la milice chrétienne enfantent les récompenses éternelles, et que personne ne peut être sauvé, si grandes que soient ses aumônes, même s’il verse son sang pour le nom du Christ, s’il n’est pas demeuré dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique».

Saint Alphonse de Liguori, La sainteté au jour le jour, 17 mars : « Le jeûne. Sachant que, d’après la doctrine de Jésus-Christ, la pénitence est nécessaire au salut, l’Église a imposé à ses enfants certaines pénitences déterminées ; le jeûne en est une. C’est une obligation grave de jeûner pour quiconque n’a pas une raison grave de s’en dispenser. Sont dispensés du jeûne : les malades, les convalescents, ceux qui exercent des travaux fatigants, ceux qui n’ont pas vingt et un ans et ceux qui en ont soixante. Dans le doute, un bon chrétien demande la dispense [quand il y a un saint Siège]. Il ne se contente pas d’une parole quelconque d’un médecin qui, souvent, n’est pas assez religieux pour donner un avis en cette matière. Il consulte son confesseur [quand il y en a un]. L’avis du confesseur lui-même n’est valable qu’autant que le motif allégué est vrai. On dit : « Le jeûne est incommode ». Il est fait exprès pour nous contrarier ; la pénitence n’est jamais commode. Rougissez de ne savoir rien souffrir pour vos péchés. Demandez à ce prodige de pénitent, saint Patrice, de vous en obtenir le courage».

Aumône

L’aumône est de donner par charité ce que l’on a. Aimer c’est vouloir le bien. L’aumône n’est pas uniquement donner de son argent, mais de ses biens. L’aumône des biens spirituels est encore supérieure. La plus grande charité est de faire l’aumône de ses talents.

Pape saint Grégoire, Homélie sur la parabole des talents (Matthieu 25, 14-30), § 7, 31 décembre 590 : «Ainsi, l’un a reçu la faculté de comprendre : ce talent l’oblige au ministère de la prédication. Un autre a reçu les biens de la terre : de cette fortune, il doit faire l’aumône de son talent. Un autre, qui n’a reçu ni la faculté de comprendre les réalités intérieures, ni une abondante fortune, a cependant appris un métier qui lui assure sa subsistance : son métier même lui est reconnu comme talent reçu. Un autre encore n’a rien eu de tout cela, mais il a peut-être obtenu une place de familier auprès d’un homme riche : cette familiarité est assurément le talent qu’il a reçu. Par conséquent, s’il ne parle pas en faveur des pauvres à son protecteur, il sera condamné pour s’être réservé l’usage de son talent. Toi qui as la faculté de comprendre, prends donc grand soin de ne pas te taire. Toi qui possèdes une abondante fortune, veille à ne pas laisser s’engourdir la compassion qui te pousse à donner. Toi qui connais un métier qui te procure de quoi vivre, applique-toi bien à en partager l’usage et le profit avec ton prochain. Toi qui as tes entrées chez un homme riche, crains d’être condamné pour t’être réservé ce talent en n’intercédant pas auprès de lui pour les pauvres quand tu le peux. Car le Juge qui va venir nous redemandera à chacun en proportion de ce qu’il nous a donné».

C’est donc une aumône de faire bénéficier autrui de ce qu’on a reçu, d’abord des choses spirituelles et ensuite des choses matérielles. Et c’est un péché de ne pas le faire quand on le peut.

Patience

La patience est un moyen puissant de pénitence.

Luc 21, 19 : « C’est par votre patience que vous posséderez [sauverez] vos âmes ».

Hébreux 10, 36 (Vulg.) : « Car la patience vous est nécessaire, afin que, faisant la volonté de Dieu, vous obteniez l’effet de la promesse ».

Saint Alphonse de Liguori : «Patience dans les maladies. On voit des chrétiens qui sont pleins de gaieté et de dévotion quand ils se portent bien ; mais la maladie vient-elle les visiter ? Ils tombent dans la mélancolie, se plaignent de tout le monde et commettent mille fautes. C’est un signe que leur vertu n’était pas d’or, mais de plomb. C’est aussi une grande perte pour leur âme ; car voilà d’immenses mérites perdus par suite de leur impatience. On dit : « Mais je ne puis plus allé à l’Église, entendre la Messe, communier, prier ». Pourquoi voulez-vous faire ces choses ? Pour plaire à Dieu, n’est-ce pas ? Eh bien ! Ce qui plaît à Dieu, c’est que vous laissiez toutes ces choses pour souffrir avec patience vos infirmités. Vous dites : « Je ne puis plus rien faire ! » Je réponds : Vous faites tout quand vous faites la volonté de Dieu ». (Saint Alphonse de Liguori, La sainteté au jour le jour, Ed. Clovis, p. 233 : 24 août)

Porter sa croix en murmurant et en rechignant, ou par mauvaise volonté, c’est porter la croix du démon. Porter sa croix en l’embrassant, c’est renoncer à soi, c’est le chemin du salut. La pénitence doit se faire à sa propre initiative sous l’inspiration du Saint-Esprit, mais surtout à travers la patience dans les épreuves et circonstances de la vie qui sont des croix que Dieu nous donne et qu’on ne choisit pas.

Patience envers les importuns, patience dans les maladies, patience dans les revers, patience offerte à Dieu par les mérites et à l’imitation de Jésus-Christ. Ceux qui ne veulent pas faire l’effort de souffrir patience se leurrent, il n’y a aucun salut sans imitation de Jésus. La persévérance malgré les difficultés est aussi la patience, d’abord dans les difficultés spirituelles (comme la persévérance dans la prière et la vie spirituelle, etc.) et ensuite dans les difficultés d’ordre plus matériel. Que ceux qui veulent et n’y arrivent pas, recommencent sans cesse, et Dieu le considérera comme s’ils y arrivaient.

 

La pénitence comprend l’évitement de l’occasion de pécher

On doit éviter l’occasion prochaine de pécher

On doit éviter l’occasion prochaine de pécher pour être sauvé et recevoir le pardon de ses péchés de Dieu, cela est un fait certain de la loi naturelle et de la loi divine, qui a toujours été enseigné par l’Église et ses Saints. Par exemple, le bienheureux pape Innocent XI pendant son pontificat, a condamné trois propositions qui niaient cette vérité :

Innocent XI, erreurs diverses sur les questions morales, 2 mars 1679 : 61. – Peut parfois être absous celui qui demeure dans une occasion prochaine de pécher qu’il peut et ne veut pas éviter, et même qu’il cherche directement ou délibérément, ou dans laquelle il se jette. – déclaration condamnée par le pape Innocent XI.

Innocent XI, erreurs diverses sur les questions morales, 2 mars 1679 : 62. – Une occasion prochaine de pécher ne doit pas être évitée lorsqu’il y a une raison utile ou honnête de ne pas la fuir. – déclaration condamnée par le pape Innocent XI.

Innocent XI, erreurs diverses sur les questions morales, 2 mars 1679 : 63. – Il est permis de chercher directement l’occasion prochaine de pécher pour notre bien spirituel ou temporel, ou pour celui du prochain. – déclaration condamné par le pape Innocent XI.

Révélations de sainte Brigitte, L. 9 ch. 87, Ceux qui ne veulent laisser les péchés sont indignes de la grâce du Saint-Esprit : «La Sainte Vierge Marie dit : La coutume est chez vous de donner quelque chose à celui qui vient à vous avec un sac pur et net, et jugez celui- là indigne de recevoir quelque chose de vous, qui ne veut ouvrir ni nettoyer son sac, étant plein de fange et d’ordure : de même en est-il en la vie spirituelle, quand la volonté ne veut quitter ses offenses, la justice veut qu’il ne jouisse point des influences du Saint-Esprit ; et quand la volonté n’est pas d’amender sa vie, il ne mérite point la viande du Saint-Esprit, soit que celui-là soit roi, un César, prêtre, pauvre ou riche».

Saint Alphonse, sermon dimanche de Pâques : «VIII. Tremblons-donc, mes chers frères, de retomber dans le péché, et n’abusons pas de la miséricorde de Dieu pour continuer à l’offenser. St Augustin dit Dieu, il est vrai, a promis de pardonner à qui se repentirait, mais il n’a promis à personne de lui faire la grâce de se repentir. La contrition est un pur don de Dieu ; s’il vous la refuse, comment vous repentirez-vous ? et, sans repentir, comment pouvez-vous être pardonnés ? Et prenez garde que l’on ne se joue pas de Dieu (Gal. 6, 7). St Isidore dit que celui qui retombe dans le péché dont il a fait pénitence, n’est plus pénitent, mais qu’il se joue de Dieu (St Isid. De summo bono.). Ajoutez ce mot de Tertullien : Que là où il n’y a point amendement, il n’y a pas eu de repentir véritable (Tertull. De pœnit.).

«IX. St Pierre prêchait ainsi (Act. XIII, 9). Plusieurs se repentent, mais ils ne se convertissent pas ; ils ont quelque remords de leur vie déréglée, mais ils ne reviennent pas sincèrement à Dieu. Ils se confessent, ils frappent leur poitrine, ils promettent de s’amender, mais ils ne forment pas une ferme résolution de changer de vie. Celui qui forme réellement une telle résolution, y persévère, ou au moins se maintient-il longtemps en état de grâce. Mais ceux qui, après la confession retombent aussitôt, font voir, comme dit St Pierre, qu’ils se sont repentis, mais non convertis, et ils arrivent à la fin à une mort funeste. St Grégoire écrit (Past. p. 3. Adron. 31). Il entend dire par là, que de même que les Justes éprouvent souvent des mouvements vers le mal et néanmoins ne pèchent pas, parce que leur volonté y est toute contraire ; aussi les pécheurs ont des mouvements vers le bien, mais qui ne suffisent pas à déterminer leur conversion. Le Sage nous avertit que la miséricorde de Dieu n’et point acquise à celui qui seulement confesse ses péchés, mais à celui qui, en même temps, s’en détache (Prov. 28, 13). Celui donc qui, après la confession, continue à pécher, n’obtiendra point miséricorde, mais mourra victime de la divine justice». (St Alphonse, Œuvres complètes, T. XIV, sermons)

Le temps est précieux pour faire pénitence

Saint Césaire d’Arles, Père de l’Église  : «Que personne ne se réserve de faire pénitence et garder la douceur de la charité plus tard, au moment où l’on est en train de quitter la vie ; que personne ne remette en somme à la vieillesse pour recourir au remède de la pénitence, car on ne sait « de quoi le jour prochain sera fait » (Pr 27, 1). Quel risque de différer son salut jusqu’au temps de la vieillesse, alors qu’on ne peut être certain d’un seul jour de délai  (Saint Césaire d’Arles, textes choisis, Éditions du Soleil Levant, Namur, 1962, p. 79-85 ; Sermon XXII, § 5, Corpus Christianorum CIII, p. 99-103)

Le temps est précieux pour faire pénitence et se convertir, le temps perdu est gâché pour toujours et ne reviendra jamais.

Homélie du pape saint Grégoire le Grand, 28 jan. 591, sur la parabole des dix vierges (Mt. 25, 1-13) : « … Celui qui a gaspillé le temps favorable à la pénitence vient en vain supplier devant la porte du Royaume. C’est en ce sens que le Seigneur déclare par la bouche de Salomon : « J’ai appelé, et vous avez résisté ; j’ai tendu la main, et personne n’y a fait attention. Vous avez méprisé tous mes conseils, et vous avez négligé mes reproches. Moi aussi, je rirai de votre mort, je me moquerai quand vous arrivera ce que vous craigniez. Lorsqu’une soudaine calamité fondra sur vous et que la mort vous assaillira comme une tempête, quand viendront sur vous la tribulation et l’angoisse, alors on m’invoquera, et je n’écouterai pas ; on se lèvera dès le matin, et l’on ne me trouvera pas » (Pr. I, 24-28). Voyez : ces vierges demandent à grands cris qu’on leur ouvre ; repoussées, elles exhalent leur douleur en adressant au Maître un appel redoublé : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ». Mais elles ont beau offrir leurs prières, on les ignore ; c’est qu’en ce jour, le Seigneur abandonnera comme des inconnus ceux que le mérite de leur vie ne lui fait pas reconnaître maintenant pour siens. Le Seigneur ajoute ici bien à propos une exhortation destinée à tous ses disciples : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure ».

«Après le péché, Dieu accepte la pénitence, et si chacun savait quand il doit quitter ce monde, il pourrait se donner un temps pour les plaisirs et un temps pour la pénitence. Mais celui qui a promis le pardon au pénitent n’a pas promis de lendemain au pécheur. Aussi devons-nous toujours craindre notre dernier jour, puisque nous ne pouvons jamais le prévoir.

«Même ce jour où nous vous parlons, nous ne l’avons reçu que comme un répit pour nous convertir, et pourtant nous refusons de pleurer le mal que nous avons fait. Non seulement nous ne nous désolons pas des fautes commises, mais nous en ajoutons d’autres qu’il faudra pleurer. Qu’une maladie nous annoncent une mort prochaine, et nous cherchons une prolongation de vie pour pleurer nos péchés ; mais ce délai que nous demandons alors avec un très ardent désir, nous en jouissons, en ce moment même, sans en faire aucun cas».

 

Aides à la contrition

La méditation de la Passion de Jésus-Christ et la méditation de l’enfer sont les moyens usuels pour s’aider efficacement à la contrition, et le saint Rosaire est le plus puissant remède en ces temps.

Méditation de la Passion

Devant un crucifix, considérez les souffrances et tourments de Jésus-Christ vrai Dieu et Sauveur sur la croix et ceux de Marie votre Mère, à cause de vos péchés, et considérez ce qu’ils ont enduré par charité pour vous sauver de l’enfer éternel, et priez-les de vous obtenir la contrition.

  

Comme l’enseigne saint Jean Eudes, la contrition est : 1° un acte de volonté (non fondé sur le sentiment) ; 2° une protestation à Dieu (retour à Dieu) ; 3° une haine et détestation du péché commis (horreur du péché) ; 4° une douleur ou désolation du cœur (d’avoir offensé un Dieu si saint) ; 5° un renoncement au péché (volonté ferme de ne plus retomber) ; 6° un désir de quitter le péché (et l’occasion de péché) ; 7° la considération de l’intérêt de Dieu et du mal qu’on a fait à notre Seigneur Jésus-Christ (la gloire de Dieu ou manifestation de Ses perfections et ce qu’a enduré Jésus à cause de nos péchés). Pour le pardon des péchés, il faut la confession et l’absolution sacramentelle ou à défaut de prêtre catholique le désir de celle-ci ou la confession non-sacramentelle à un laïc catholique si c’est possible. La contrition comprend nécessairement le désir de la confession parce qu’on ne peut être vraiment contrit sans avoir le désir de se confesser quand ce sera possible ou en temps opportun. Il est nécessaire de rappeler que 1° la confession est une accusation sincère – après examen de conscience – de chacun de ses péchés et de leurs circonstances devant Dieu, et que 2° sans la contrition parfaite il n’y a pas de pardon des péchés ni de salut possible. Quand on a la contrition on préfèrerait mourir que de pécher, et c’est cette même disposition d’esprit qui est le moteur de l’esprit de pénitence, c-à-d la patience dans les épreuves, supporter dans la joie les épreuves, etc., en expiation de ses péchés.

Crainte de Dieu et crainte des peines de l’enfer

Révélations de sainte Brigitte, L. 9 ch. 89 – Du secours de la Sainte Vierge à ceux qui veulent se réconcilier avec Dieu : «Il semblait à sainte Brigitte que la Sainte Vierge était auprès d’elle ; à sa droite étaient plusieurs instruments avec lesquels elle se pouvait défendre de tous les périls et dangers, et qu’à gauche étaient comme des armes propres pour punir ceux qui, par leur mauvaise volonté, s’étaient damnés. Lors la Sainte Vierge dit à l’épouse : Comme vous voyez divers instruments, chacun propre pour son ouvrage, de même je viendrai au secours de tous ceux qui craignent et aiment mon Fils, et qui résistent généreusement contre les tentations de Satan. Ceux-là sont comme assis entre les murs du camp, combattant tous les jours contre les ennemis, les malins esprits, auxquels je viens en défenderesse avec mes armes ; et cependant que les ennemis s’efforcent de percer la muraille et de la détruire, j’y mets un appui ; s’ils s’efforcent de monter par des échelles, je les fais trébucher avec des fourches ; s’ils s’efforcent de faire des trous en la muraille, je les bouche dès l’instant. C’est en cette manière que j’aide tous ceux qui  veulent se réconcilier avec mon Fils et ne pécher désormais à escient ; et bien que j’aie nommé trois sortes d’instruments, j’aide et défends mes amis d’un nombre quasi infini d’autres instruments qui sont à gauche : je veux vous en nommer trois.

«Le premier est mon glaive, qui est fort aigu et tranchant ; le deuxième est un lacet ; le troisième, c’est le bois pour brûler ceux qui ont la volonté de pécher jusques à la fin, à laquelle ils se condamnent aux peines éternelles ; car quand l’homme fait résolution de pécher toute sa vie, il faut que la justice divine le condamne aux peines éternelles ; et comme on a accoutumé de punir les forfaits en terre par diverses morts, de même a-t-on accoutumé de punir en enfer les damnés par divers genres de supplices : partant, quand l’homme veut pécher durant toute sa vie, il est digne que le diable ait puissance sur son corps et sur son âme. Et comme est coupée des os, de même il sera au pouvoir du diable de séparer le corps et l’âme d’une peine très-amère, comme si la chair était séparée des os avec une pierre, et qu’il pût vivre longtemps en cette peine. Sachez néanmoins pour certain que quand quelqu’un serait livré au diable à raison de l’énormité de ses crimes, Dieu ne lui ôterait point la grâce de se repentir, tant que l’âme sera avec le corps et que l’homme sera en bon sens. Mais Dieu abrégera les peines à ceux qui n’obtiendront point le temps de se repentir, afin que le diable n’ait pas autant de puissance, pendant la vie, qu’il en a dans l’enfer ; car comme si quelqu’un sciait le col de quelqu’un pour lui causer une plus grande douleur, de même le diable en fait en enfer contre l’âme vivante en la mort éternelle. Le lacet signifie la douleur que l’âme damnée souffrira après la mort, qui sera plus grande que la vie n’a été longue au monde. Et le diable voudrait que celui qui a volonté de pécher vécût plus longtemps, afin qu’il le pût plus faire endurer dans l’enfer : partant, ma grâce a rompu ce lacet que vous voyez, c’est-à-dire, elle a abrégé la vie misérable de la chair contre la volonté du diable, afin que la peine ne soit si grande que l’ennemi désire. Le diable allume le feu aux cœurs de ses amis, qui vivent en leurs voluptés ; et bien que leur conscience leur dise que cela est contre Dieu, néanmoins, ils veulent satisfaire à leurs voluptés, ne se souciant de Dieu : c’est pourquoi le diable a droit d’allumer autant de fois les feux de l’enfer qu’ils ont accompli dans le monde leurs perverses voluptés».

Prières

Mon Dieu, je suis triste de vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon et aimable et que le péché vous déplaît ; je me propose de m’amender, moyennant votre sainte grâce et de mourir plutôt que de vous offenser mortellement.

«Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur et par dessus toutes choses ; je me repens de vous avoir offensé. Je déteste mes péchés qui vous ont blessé, vous, mon unique et suprême félicité, à qui tout amour et toute reconnaissance doit être rendu. Dans l’affection que je vous porte, je me sens disposé, ô mon Maître, à renoncer à l’amour de toute créature plutôt que de vous offenser encore. Je prends la ferme résolution d’accomplir en tout votre adorable volonté et de fuir les occasions où votre grâce divine serait mise en péril. Seigneur, ayez pitié de moi, pécheur. Ainsi soit-il.

O Dieu, dont la bonté et la puissance sont infinies, excitez dans mon cœur des larmes amères de repentir ; faites que, connaissant mes péchés, je les pleure dans l’amertume de mon âme et en obtienne le pardon.

Dieu éternel et puissant, vous êtes notre Père dans les cieux ! Je confesserai à vous et à votre prêtre sur terre mes infidélités ; manifestez en moi la grandeur de votre bonté, afin que, purifié de toutes souillures, et jouissant de la paix du cœur, je sois délivré non seulement des peines éternelles, mais encore des peines temporelles méritées par mes fautes.

Venez, Esprit-Saint, et remplissez de vos grâces les cœurs de vos fidèles ; illuminez les replis les plus secrets de mon cœur, afin que la vue de mes péchés et de mes imperfections me les fasse regretter, m’en fasse demander humblement pardon, à la plus grande gloire de Dieu et pour le salut de mon âme.

Acte de contrition parfaite à dire tous les jours si on ne peut pas se confesser faute de prêtre
Mon Dieu, je déteste et j’abhorre tous mes péchés, je les quitte, j’y renonce pour toujours, parce qu’ils vous déplaisent, parce qu’ils offensent votre Majesté infinie, parce qu’ils ont été la cause des souffrances et des douleurs de Jésus-Christ mon Sauveur ; je me propose moyennant votre grâce, de les éviter à l’avenir, de les expier par une sincère pénitence, en offrant pour satisfaire à votre justice, le sang, la mort et les souffrances de Jésus expirant sur la Croix. Je voudrais sincèrement les confesser, mais comme je ne le peux, faute de confesseur, je vous prie de me les pardonner par un effet de votre miséricorde, en m’inspirant pour cela une contrition et une charité parfaite.

Acte de contrition à dire tous les jours
Ô bon Jésus, doux Sauveur de mon âme, du plus profond de mon cœur, je vous demande pardon de tous les péchés que j’ai commis contre votre divine Majesté. Hélas mon Dieu, vous m’avez tant aimé que vous avez versé votre sang précieux pour une créature si détestable. Oh mon Seigneur, que je ne perde point le prix d’une chose si précieuse, que plutôt, ô mon Dieu, je meure de mille morts, que de commettre volontairement un seul péché mortel contre une si grande bonté ; et, quelque mort qui m’advienne, ô bon Jésus, ne souffrez pas que votre pauvre serviteur (ou servante) racheté par votre sang soit damné.

Pater noster, Ave Maria, Credo. (Messe, litanies et histoire du précieux Sang de N. S. Jésus-Christ, 1866)

L’Imitation de Jésus-Christ, L. IV, ch. 9 : «2. Toutes les fautes et tous les crimes que j’ai commis devant vous et devant vos saints anges depuis le jour où j’ai pu commencer à pécher jusqu’à ce moment, je vous les offre, Seigneur, sur votre autel de propitiation pour que vous les consumiez par le feu de votre amour, que vous effaciez toutes les taches dont ils ont souillé ma conscience, et qu’après l’avoir purifiée vous me rendiez votre grâce que mes péchés m’avaient fait perdre, me les pardonnant tous pleinement et me recevant, dans votre miséricorde, au baiser de paix.

«3. Que puis-je faire pour expier mes péchés, que de les confesser humblement, avec une amère douleur, et d’implorer sans cesse votre clémence ? Je vous en conjure, exaucez-moi, soyez-moi propice quand je me présente devant vous, mon Dieu. J’ai une vive horreur de tous mes péchés et je suis résolu à ne plus les commettre. Ils m’affligent profondément et toute ma vie je ne cesserai de m’en affliger, prêt à faire pénitence et à satisfaire pour eux selon mon pouvoir. Pardonnez les-moi, Seigneur, pardonnez-les-moi pour la gloire de votre saint nom. Sauvez mon âme, que vous avez rachetée au prix de votre sang. Voilà que je m’abandonne à votre miséricorde, je me remets entre vos mains ; traitez-moi selon votre bonté et non selon ma malice et mon iniquité».

Ce qu’est la contrition, saint Jean Eudes

Saint Jean Eudes, Ce qu’est la contrition : La contrition est un acte de haine et d’horreur, de douleur et de repentance au regard du péché que l’on a commis, à cause qu’il déplaît à Dieu ; c’est-à-dire, c’est un acte de notre volonté, par lequel nous protestons à Dieu que nous voulons haïr et détester nos péchés, que nous sommes marris [affligés, tristes, fâchés] de les avoir commis, et que nous y renonçons et avons désir de nous en séparer, non pas tant pour la considération de notre propre intérêt que pour celle du sien. Je veux dire, non pas tant à cause du mal, du tort et du dommage que nous nous sommes fait à nous-mêmes par nos péchés, qu’à cause de l’injure, du déshonneur, des grands tourments et de la mort très cruelle que nous avons fait souffrir à Notre Seigneur pour ces mêmes péchés.

Ensuite de quoi il est à remarquer qu’encore qu’il soit vrai que la moindre offense faite contre une bonté infinie est si détestable, que quand nous pleurerions jusqu’au jour du jugement ou que nous mourrions de douleur pour la plus petite de nos fautes, ce serait encore trop peu ; néanmoins il n’est pas nécessaire absolument, pour avoir une vraie contrition, de répandre des larmes, ni de concevoir une douleur sensible ou un sentiment douloureux de ses péchés. Car la contrition étant un acte spirituel et intérieur de la volonté, qui est une puissance spirituelle et non sensible de notre âme, on peut faire un acte de contrition sans avoir aucune douleur sensible ; d’autant qu’il suffit de protester à Notre-Seigneur, d’une véritable volonté, que nous voulons haïr et détester nos péchés, et nous en séparer pour l’avenir, à cause qu’ils lui déplaisent, et que nous avons le désir de nous en confesser à la première confession que nous ferons.

Remarquez aussi que la contrition est un don de Dieu et un effet de la grâce ; à raison de quoi, quand vous sauriez très bien en quoi elle consiste, et que vous emploieriez toutes les forces de votre esprit et de votre volonté pour en produire quelque acte, vous ne le pourriez jamais faire, si le Saint-Esprit ne vous en donnait la grâce. Mais ce qui vous doit consoler, c’est qu’il ne vous la refusera pas, si vous [la] lui demandez avec humilité, confiance et persévérance, et que vous n’attendiez pas à l’heure de la mort à [la] lui demander ; car d’ordinaire elle est refusée, à cette heure-là, à ceux qui l’ont négligée durant leur vie.

Notez encore que, pour avoir une véritable contrition, quatre autres choses sont nécessaires, dont la première est de rendre au plus tôt le bien d’autrui, quand on l’a et qu’on le peut rendre, même en s’incommodant, et de faire restitution de sa renommée quand on la lui a ravie par quelque calomnie ou médisance.

La seconde, de faire de son côté tout ce qu’on peut pour se réconcilier à ceux avec lesquels on est en discorde.

La troisième, d’avoir une volonté ferme et constante, non seulement de confesser ses péchés et d’y renoncer, mais aussi d’employer les remèdes et les moyens nécessaires pour vaincre ses mauvaises habitudes, et pour commencer une vie vraiment chrétienne.

La quatrième, de quitter effectivement toutes les occasions, tant actives que passives du péché, c’est-à-dire tant celles qu’on donne aux autres d’offenser Dieu, que celles par lesquelles on est porté à l’offenser : telles que sont aux concubinaires et adultères leurs vilaines ; aux ivrognes les tavernes ; aux joueurs et blasphémateurs les jeux, quand ils ont coutume d’y jurer et blasphémer, ou d’y perdre beaucoup de temps ou d’argent ; aux femmes et aux filles la nudité de leurs gorges, ou leur trop grande curiosité et vanité en leurs cheveux et habits ; et à plusieurs autres les méchants livres, les vilains tableaux, les bals, les danses, les comédies, la fréquentation de certains lieux, de certaines compagnies ou de certaines personnes ; comme aussi certaines professions et offices qu’on ne peut exercer sans péché. Car, lorsque le Fils de Dieu nous dit : Si ta main, ou ton pied, ou ton œil te scandalisent, coupe-les, arrache-les et les jette bien loin de toi, parce qu’il vaut mieux que tu entres dans le ciel avec une main, ou un pied, ou un œil seulement, que non pas être précipité dans l’enfer ayant deux mains, ou deux pieds, ou deux yeux (Matth. 18, 8), c’est un commandement absolu qu’il nous fait sous peine d’une damnation éternelle, selon l’explication des saints Pères, de retrancher de nous et de quitter entièrement toutes les choses qui sont occasion de ruine pour nous ou pour autrui, même celles qui de soi ne sont pas mauvaises, comme certaines professions et offices, quand on en peut néanmoins les exercer sans péché, et celles qui nous sont extrêmement conjointes, chères et précieuses, lorsqu’elles nous sont occasion de perdition.

On peut faire des actes de contrition en tout temps, et en toute occasion, mais spécialement on en doit faire :

1 – Lorsqu’on va à confesse, car la contrition (ou tout au moins l’attrition qui est une contrition imparfaite) est une partie nécessaire à la Pénitence. C’est pourquoi j’ai dit par ci-devant, et le dis encore, qu’il faut avoir un grand soin auparavant que de se confesser, après s’être examiné, de demander à Dieu la contrition, et ensuite tâcher d’en former des actes.

2 – Lorsqu’on est tombé en quelque péché, afin de se relever tout aussitôt par le moyen de la contrition.

3 – Le matin et le soir, afin que, si on a commis quelques péchés durant la nuit et durant le jour, ils soient effacés par la contrition, et qu’ainsi on se conserve toujours en la grâce de Dieu. C’est pourquoi je vous ai marqué plusieurs actes de contrition dans l’exercice du soir, en suite de l’examen.

Mais outre cela, afin de vous faciliter davantage le moyen et la manière de pratiquer une chose si nécessaire et si importante, et dont nous avons besoin à toute heure, j’ai ajouté encore ici plusieurs actes de contrition en diverses manières, desquels vous pourrez faire usage, vous servant tantôt de l’un, tantôt de l’autre, selon le mouvement et la conduite de l’Esprit de Dieu.

Mais ne vous trompez pas, vous imaginant que, pour avoir la contrition de vos péchés, il suffise de lire et prononcer avec attention les actes qui sont couchés en ce livre, ou en d’autres semblables ; car, outre qu’il est nécessaire que la vraie contrition soit accompagnée des conditions susdites, vous devez principalement vous souvenir qu’il vous est impossible d’en produire aucun acte, sans une grâce particulière de Dieu. Et, partant, lorsque vous désirez entrer dans une véritable repentance et contrition de vos fautes, ayez soin de prier Notre-Seigneur qu’il vous en donne la grâce, en cette façon.

Pour demander à Dieu la contrition

Ô bon Jésus, je désire avoir toute la contrition et repentance de mes péchés que vous désirez que j’aie : mais vous savez que je ne puis l’avoir si vous ne me la donnez. Donnez-la moi donc, s’il vous plait, mon Sauveur, par votre très grande miséricorde. Je sais bien que je suis très indigne d’être regardé et exaucé de vous ; mais j’ai confiance en votre infinie bonté, que vous m’accorderez ce que je vous demande très instamment, par les mérites de votre sainte Passion, de votre sainte Mère, de tous vos Anges et de tous vos Saints.

Ô Mère de Jésus, ô saints Anges, ô bienheureux Saints et Saintes, priez Jésus pour moi, qu’il me donne une parfaite repentance de mes péchés.

Actes de contrition

Ô mon très aimable Jésus, je veux haïr et détester mes péchés pour l’amour de vous.

Ô mon Sauveur, je renonce pour jamais à tout péché, parce qu’il vous déplaît.

Ô mon Jésus, je veux haïr et avoir en horreur mes offenses, à cause de l’injure et du déshonneur que je vous ai fait par celles-ci.

Ô mon Dieu, à la mienne volonté¹ ne vous avoir jamais offensé, parce que vous êtes digne de tout honneur et amour. (¹ À la mienne volonté, tournure vieillie qu’on employait pour exprimer un vœu, un souhait. «À la mienne volonté que je n’eusse jamais péché», S. François de Sales, Traité de l’amour de Dieu, liv. I, ch. 7).

Ô mon Seigneur, je veux avoir toute la contrition que vous voulez que j’aie de mes péchés.

Ô mon Dieu, à ma volonté avoir en moi toute la douleur et contrition que tous les saints pénitents ont jamais eue de leurs péchés.

Ô bon Jésus, faites-moi participant de la contrition que vous-même avez portée de mes péchés : car je désire avoir la même contrition que vous en avez portée, autant qu’il m’est possible.

Ô Père de Jésus, je vous offre la contrition et pénitence que votre Fils bien-aimé a portée de mes péchés, me joignant à cette même contrition.

Ô très aimable Jésus, que je haïsse et que j’aie en horreur mes péchés, parce qu’ils ont été la cause des tourments et de la mort que vous avez soufferte en la croix.

Ô mon Dieu, je veux haïr mes péchés de la même haine de laquelle vos Anges et vos Saints les haïssent.

Ô mon Dieu, je veux haïr et détester mes péchés comme vous-même les haïssez et détestez.

Vous pouvez encore faire un acte de contrition, en frappant votre poitrine, comme ce pauvre publicain de l’Évangile, et disant avec lui : Deus, propitius esto mihi peccatori (Luc 18, 13) : «Ô Dieu, soyez propice à moi pécheur» ; mais désirant de faire et de dire cela dans la même contrition avec laquelle il faisait et disait ces mêmes choses, et en vertu de laquelle il s’en retourna justifié en sa maison, selon le témoignage même du Fils de Dieu.

Voilà divers actes de contrition dont le moindre est capable d’effacer toutes sortes de péchés, pourvu qu’il soit prononcé, soit de bouche, soit de cœur seulement, avec une véritable volonté, mue par l’opération de la grâce, et avec une ferme résolution de quitter le péché et les occasions de péché, de s’en confesser et d’effectuer au plus tôt les autres conditions marquées ci-dessus. (Œuvres complètes de St Jean Eudes, Le royaume de Jésus, T. I, p. 130)

 

Qu’est-ce que la contrition – Saint curé d’Ars

(Sermon du saint curé d’Ars, dimanche de la Passion, Sur la contrition)

Væ mihi, quia peccavi nimis in vita mea.

Malheur à moi, parce que j’ai beaucoup péché pendant ma vie.
(Des Conf. de S. Augustin, liv. II, c. 10) [Ce texte ne se rencontre pas à l’endroit cité des Confessions. La dernière partie est tirée du 1er Nocturne de l’Office des Morts, Missel 1957, R/ 3ème leçon]

Tel était, mes frères, le langage de saint Augustin, lorsqu’il repassait les années de sa vie, où il s’était plongé avec tant de fureur dans le vice infâme d’impureté. «Ah, ! malheur à moi, parce que j’ai beaucoup péché pendant les jours de ma vie». Et chaque fois que cette pensée lui venait, il se sentait le cœur dévoré et déchiré par le regret. «O mon Dieu ! s’écriait-il, une vie passée sans vous aimer ! ô mon Dieu, que d’années perdues ! Ah ! Seigneur, daignez, je vous en conjure, ne plus vous rappeler mes fautes passées !» Ah ! larmes précieuses, ah ! regrets salutaires qui, d’un grand pécheur, en ont fait un si grand saint. Oh ! qu’un cœur brisé de douleur, a bientôt regagné l’amitié de son Dieu ! Ah ! plut à Dieu que chaque fois que nous nous remettons nos péchés devant les yeux, nous puissions dire avec autant de regret que saint Augustin : Ah ! malheur à moi, parce que j’ai beaucoup péché pendant les années de ma vie ! Mon Dieu, faites-moi miséricorde ! Oh ! que nos larmes couleraient bientôt, et comme notre vie ne semblerait bientôt plus la même ! Oui, mes frères, convenons, tous, tant que nous sommes, avec autant de douleur que de sincérité, que nous sommes des criminels dignes de porter toute la colère d’un Dieu justement irrité par nos péchés, qui peut-être sont plus multipliés que les cheveux de notre tête. Mais bénissons à jamais la miséricorde de Dieu qui nous ouvre dans ses trésors une ressource à nos malheurs ! Oui, mes frères, quelque grands que soient nos péchés, quelque déréglée qu’ait été notre conduite, nous sommes sûrs de notre pardon, si, à l’exemple de l’enfant prodigue, nous allons nous jeter avec un cœur brisé de douleur aux pieds du meilleur de tous les pères. Quel est mon dessein, mes frères ? Le voici : c’est de vous montrer que pour obtenir le pardon de ses péchés, il faut : 1° que le pécheur haïsse et déteste sincèrement ses péchés par la contrition, qui doit renfermer quatre qualités ; 2° il faut qu’il ait conçu un ferme propos de n’y plus retomber. Nous verrons de quelles manières on peut reconnaître que l’on a vraiment un ferme propos.

I. – Pour vous faire comprendre ce que c’est que la contrition, c’est-à-dire la douleur que nous devons avoir de nos péchés, il faudrait pouvoir vous faire connaître, d’un côté, l’horreur que Dieu en a eue lui-même, les tourments qu’il a endurés pour nous en obtenir le pardon auprès de son Père ; et de l’autre, les biens que nous perdons en péchant et les maux que nous nous attirons pour l’autre vie : et cela, il ne sera jamais donné à l’homme de le comprendre. Où vais-je vous conduire, mes frères, pour vous le faire connaître ? Serait-ce au fond des déserts, où tant de grands saints ont passé vingt, trente, quarante, cinquante et même quatre-vingts ans à pleurer des fautes, qui selon le monde ne sont pas des fautes ? Ah ! non, non, votre cœur ne serait pas encore touché. Serait-ce à la porte de l’enfer pour y entendre les cris, les hurlements et les grincements de dents occasionnés par le seul regret de leur péché ? Ah ! douleur amère, mais douleur et regrets infructueux et inutiles ! Ah ! non, non, mes frères, ce n’est pas encore là où vous apprendrez à pleurer vos péchés avec la douleur et le regret que vous devez en avoir ! Ah ! c’est au pied de cette croix encore teinte du sang précieux d’un Dieu qui ne l’a répandu que pour effacer nos péchés. Ah ! s’il m’était permis de vous conduire dans ce jardin de douleurs où un Dieu égal à son Père pleure nos péchés, non avec des larmes ordinaires, mais avec tout son sang qui ruisselle par tous les pores de son corps, et où sa douleur est si violente qu’elle le jette dans une agonie qui semble lui ôter la vie, tant elle lui déchire le cœur. Ah ! si je pouvais vous mener à sa suite, le montrer chargé de sa croix dans les rues de Jérusalem : autant de pas, autant de chutes, et autant de fois relevé à coups de pieds. Ah ! si je pouvais vous faire approcher de ce Calvaire où un Dieu meurt en pleurant nos péchés ! Ah ! dirons-nous encore, il faudrait que Dieu nous donnât cet amour ardent dont il avait embrasé le cœur du grand Bernard, auquel la seule vue de la croix faisait verser des larmes avec tant d’abondance ! Ah ! belle et précieuse contrition, que celui qui te possède est heureux !

Mais à qui vais-je en parler, qui est celui qui la renferme dans son cœur ? Hélas ! je n’en sais rien. Serait-ce à ce pécheur endurci qui peut-être depuis vingt ans, trente ans, a abandonné son Dieu et son âme ? Ah ! non, non, ce serait faire la même fonction que celui qui voudrait attendrir un rocher en y jetant de l’eau dessus, tandis qu’il ne ferait que l’endurcir davantage. Serait-ce à ce chrétien qui a méprisé missions, retraite et jubilé, et toutes les instructions de ses pasteurs ? Ah non, non, ce serait vouloir réchauffer de l’eau en y mettant de la glace. Serait-ce à ces personnes qui se contentent de faire leurs pâques, en continuant leur même genre de vie, et qui tous les ans ont les mêmes péchés à raconter ? Ah ! non, non, ce sont des victimes que la colère de Dieu engraisse pour servir d’aliments aux flammes éternelles. Ah ! disons mieux, ils sont semblables à des criminels qui ont les yeux bandés, et qui, en attendant d’être exécutés, se livrent à tout ce que leur cœur gâté peut désirer. Serait-ce encore à ces chrétiens qui se confessent toutes les trois semaines ou un mois, qui chaque jour retombent ? Ah ! non, non, ce sont des aveugles qui ne savent ni ce qu’ils font ni ce qu’ils doivent faire. A qui pourrais-je donc adresser la parole ? Hélas ! je n’en sais rien… Ô mon Dieu ! où faut-il aller pour la trouver, à qui faut-il la demander ? Ah ! Seigneur, je sais d’où elle vient et qui la donne ; elle vient du ciel, et c’est vous qui la donnez. Ô mon Dieu ! donnez-nous, s’il vous plaît, cette contrition qui déchire et dévore nos cœurs. Ah ! cette belle contrition qui désarme la justice de Dieu, qui change notre éternité malheureuse en une éternité bienheureuse ! Ah ! Seigneur, ne nous refusez pas cette contrition qui renverse tous les projets et les artifices du démon ; cette contrition qui nous rend si promptement l’amitié de Dieu ! Ah ! belle vertu, que tu es nécessaire, mais que tu es rare ! Cependant, sans elle, point de pardon, sans elle, point de ciel ; disons plus, sans elle, tout est perdu pour nous, pénitences, charité et aumônes et tout ce que nous pouvons faire.

Mais, pensez-vous en vous-mêmes, qu’est-ce que cela veut dire, ce mot de contrition, et par quelle marque peut-on connaître si on l’a ? – Mon ami, désirez-vous le savoir ? Le voici. Écoutez-moi un moment : vous allez voir si vous l’avez oui ou non, et ensuite le moyen de l’avoir. Entrons dans un détail bien simple : Si vous me demandez : Qu’est-ce que la contrition ? je vous dirai que c’est une douleur de l’âme et une détestation des péchés que l’on a commis, avec une ferme résolution de ne plus y tomber. Oui, mes frères, cette disposition est celle qui est le plus nécessaire de toutes celles que Dieu demande pour pardonner le pécheur ; non seulement elle est nécessaire, mais j’ajoute encore que rien ne peut nous en dispenser. Une maladie qui nous ôte l’usage de la parole peut nous dispenser de la confession, une mort prompte peut nous dispenser de la satisfaction, du moins pour cette vie ; mais il n’en est pas de même de la contrition ; sans elle il est impossible, et tout à fait impossible d’avoir le pardon de ses péchés. Oui, mes frères, nous pouvons dire en gémissant que c’est ce défaut de contrition qui est cause d’un nombre infini de confessions et de communions sacrilèges ; mais ce qu’il y a encore de plus déplorable, c’est que l’on ne s’en aperçoit presque jamais, et que l’on vit et meurt dans ce malheureux état. Oui, mes frères, rien de plus facile à comprendre. Si nous avons eu le malheur de cacher un péché dans nos confessions, ce crime est continuellement devant nos yeux, comme un monstre qui semble nous dévorer, ce qui fait qu’il est bien rare, si nous ne nous en déchargeons pas une fois on l’autre. Mais pour, la contrition, il n’en est plus de même ; nous nous confessons, notre cœur n’est pour rien dans l’accusation que nous faisons de nos péchés, nous recevons l’absolution, nous nous approchons de la table sainte avec un cœur aussi froid, aussi insensible, aussi indifférent que si nous venions de faire le récit d’une histoire ; nous allons de jour en jour, d’année en année, enfin nous arrivons à la mort où nous croyons avoir fait quelque bien ; nous ne trouvons et ne voyons que des crimes et des sacrilèges que nos confessions ont enfantés. Ô mon Dieu, que de confessions mauvaises par défaut de contrition ! Ô mon-Dieu ! que de chrétiens qui ne vont trouver à l’heure de la mort que des confessions indignes. Mais, sans aller plus loin, crainte de vous troubler ; je dis vous troubler. Ah ! c’est bien à présent qu’il faudrait vous conduire à deux doigts du désespoir, afin que, frappés de votre état, vous puissiez le réparer, sans attendre le moment où vous le connaîtrez sans pouvoir le réparer. Mais venons, mes frères, à l’explication, et vous allez voir si, chaque fois que vous vous êtes confessés, vous avez eu la douleur nécessaire, et absolument nécessaire pour avoir l’espérance que vos péchés soient pardonnés.

Je dis que la contrition est une douleur de l’âme. Il faut de toute nécessité que le pécheur pleure ses péchés ou dans ce monde ou dans l’autre. Dans ce monde, vous pouvez les effacer par le regret que vous en ressentez, mais non dans l’autre. Ô combien nous devrions être reconnaissants envers la bonté de Dieu, de ce que, au lieu de ces regrets éternels et de ces douleurs les plus déchirantes que nous méritons de souffrir dans l’autre vie, c’est-à-dire en enfer, Dieu se contente seulement que nos cœurs soient touchés d’une véritable douleur, qui sera suivie d’une joie éternelle ! Ô mon Dieu ! que vous vous contentez de peu de chose !

1° Je dis que cette douleur doit avoir quatre qualités si une seule manque, nous ne pouvons pas obtenir le pardon de nos péchés. Sa première qualité : elle doit être intérieure, c’est-à-dire dans le fond du cœur. Elle ne consiste donc pas dans les larmes : elles sont bonnes et utiles, il est vrai, mais, elles ne sont pas nécessaires. En effet, lorsque saint Paul et le bon larron se sont convertis, il n’est pas dit qu’ils ont pleuré, et leur douleur a été sincère. Non, mes frères, non, ce n’est pas sur les larmes que l’on doit compter : elles-mêmes sont souvent trompeuses, bien des personnes pleurent au tribunal de la pénitence et à la première occasion retombent. Mais la douleur que Dieu demande de nous, la voici. Écoutez ce que nous dit le prophète Joël : «Avez-vous eu le malheur de pécher ? Ah ! mes enfants, brisez et déchirez vos cœurs de regrets [Jœl II, 13] !» «Si vous avez perdu le Seigneur par vos péchés», nous dit Moïse, «cherchez-le de tout votre cœur, dans l’affliction et l’amertume de votre cœur». Pourquoi, mes frères, Dieu veut-il que notre cœur se repente ? C’est que c’est notre cœur qui a péché : «C’est de votre cœur, dit le Seigneur, que sont nés toutes ces mauvaises pensées, tous ces mauvais désirs [Matth. XV, 19] ;» il faut donc absolument que si notre cœur a fait le mal, il se repente, sans quoi jamais Dieu ne nous pardonnera.

2° Je dis qu’il faut que la douleur que nous devons ressentir de nos péchés soit surnaturelle, c’est-à-dire que ce soit l’Esprit-Saint qui l’excite en nous, et non des causes naturelles. Je distingue : être affligé d’avoir commis tel ou tel péché, parce qu’il nous exclut du paradis et qu’il mérite l’enfer ; ces motifs sont surnaturels, c’est l’Esprit-Saint qui en est l’auteur ; cela peut nous conduire à une véritable contrition. Mais s’affliger à cause de la honte que le péché entraîne nécessairement avec lui, ainsi que des maux qu’il nous attire, comme la honte d’une jeune personne qui a perdu sa réputation, ou d’une autre personne qui a été prise à voler son voisin ; tout cela n’est qu’une douleur purement naturelle qui ne mérite point notre pardon. De là il est facile de concevoir que la douleur de nos péchés, que le repentir de nos péchés peuvent venir ou de l’amour que nous avons pour Dieu ou de la crainte des châtiments. Celui qui dans son repentir ne considère que Dieu a une contrition parfaite, disposition si éminente qu’elle purifie le pécheur par elle-même avant d’avoir reçu la grâce de l’absolution, pourvu qu’il soit dans la disposition de la recevoir s’il le peut. Mais, pour celui qui n’a le repentir de ses péchés qu’à cause des châtiments, que ses péchés lui attirent, il n’a qu’une contrition imparfaite, qui ne le justifie point ; mais elle le dispose seulement à recevoir sa justification dans le sacrement de Pénitence [Cette contrition imparfaite appelée attrition qui naît de la pensée des châtiments mérités par le péché, pourvu qu’elle soit surnaturelle, dispose le pécheur à recevoir sa justification par l’absolution, dans le sacrement de Pénitence ; mais elle ne le justifie pas toute seule ni sans la contrition parfaite. Concile de Trente, Session XIV, c. IV].

3° Troisième condition de la contrition : elle doit être souveraine, c’est-à-dire la plus grande de toutes les douleurs, plus grande, dis-je, que celle que nous éprouvons en perdant nos parents et notre santé, et généralement tout ce que nous avons de plus cher au monde. Si après avoir péché vous n’êtes pas dans ce regret, tremblez pour vos confessions. Hélas ! combien de fois, pour la perte d’un objet de neuf ou dix sous, l’on pleure, on se tourmente combien de jours, jusqu’à ne pouvoir manger, hélas !… et pour des péchés et souvent des péchés mortels, l’on ne versera ni une larme, ni l’on ne poussera un soupir. Ô mon Dieu, que l’homme connaît peu ce qu’il fait en péchant ! – Mais pourquoi est-ce, me direz-vous, que notre douleur doit être si grande ? Mon ami, en voici la raison : Elle doit être proportionnée à la grandeur de la perte que nous faisons et au malheur où le péché nous jette. D’après cela, jugez quelle doit être notre douleur, puisque le péché nous fait perdre le ciel avec toutes ses douceurs ; Ah ! que dis-je ? Il nous fait perdre notre Dieu avec toutes ses amitiés et nous précipite en enfer qui est le plus grand de tous les malheurs. – Mais, pensez-vous, comment peut-on reconnaître si cette véritable contrition est en nous ? Rien de plus facile. Si vous l’avez véritable, vous n’agirez, vous ne penserez plus de même, elle vous aura totalement changé dans votre manière de vivre : vous haïrez ce que vous avez aimé, et vous aimerez ce que vous avez fui et méprisé ; c’est-à-dire, que si vous vous êtes confessés d’avoir eu de l’orgueil dans vos actions et dans vos paroles, il faut maintenant que vous fassiez paraître en vous une bonté, une charité pour tout le monde. Il ne faut pas que ce soit vous qui jugiez que vous avez fait une bonne confession, parce que vous pourriez bien vous tromper ; mais il faut que les personnes qui vous ont vu et entendu avant votre confession, puissent dire : «Il n’est plus de même ; un grand changement s’est opéré en lui». Hélas ! mon Dieu ! où sont ces confessions qui opèrent ce grand bien ? Oh ! qu’elles sont rares ; mais que celles qui sont faites avec toutes les dispositions que Dieu demande le sont aussi !

Avouons, mes frères, à notre confusion, que si nous paraissons si peu touchés, cela ne peut venir que de notre peu de foi et de notre peu d’amour que nous avons pour Dieu. Ah ! si nous avions le bonheur de comprendre combien Dieu est bon et combien le péché est énorme, et combien noire est notre ingratitude d’outrager un si bon Père, ah ! sans doute, que nous paraîtrions autrement affligés que nous ne le sommes pas. – Mais, me direz-vous, je voudrais l’avoir, cette contrition, lorsque je me confesse, et je ne peux pas l’avoir. – Mais, qu’est-ce que je vous ai dit en commençant ? Ne vous ai-je pas dit qu’elle venait du ciel, que c’était à Dieu qu’il fallait la demander ? Qu’ont fait les saints, mon ami, pour mériter ce bonheur de pleurer leurs péchés ? Ils l’ont demandé à Dieu par le jeûne, la prière, par toutes sortes de pénitences et de bonnes œuvres ; car pour vos larmes, vous n’y devez nullement compter. Je vais vous le prouver : ouvrez les livres saints et vous en serez convaincu. Voyez Antiochus, combien il pleure, combien il demande miséricorde ; cependant le Saint-Esprit nous dit qu’en pleurant, il descendit en enfer. Voyez Judas, il a conçu une si grande douleur de son péché, il le pleure avec tant d’abondance qu’il finit pour se pendre. Voyez Saül, il pousse des cris affreux d’avoir eu le malheur de mépriser le Seigneur, cependant il est en enfer. Voyez Caïn, les larmes qu’il verse d’avoir péché, cependant il brûle. Qui de nous, mes frères, qui aurait vu couler toutes ces larmes et ces repentirs, n’eût cru que le bon Dieu les eût pardonnés ; cependant aucun d’eux n’est pardonné ; au lieu que dès que David eût dit : «J’ai péché» ; de suite son péché lui fut remis [II Reg. III, 13]. – Et pourquoi cela, me direz-vous ? Pourquoi cette différence, que les premiers ne sont pas pardonnés, tandis que David l’est ? – Mon ami, le voici. C’est que les premiers ne se repentent et ne détestent leurs péchés qu’à cause des châtiments et de l’infamie que le péché entraîne nécessairement avec lui, et non par rapport à Dieu ; au lieu que David pleura ses péchés, non à cause des châtiments que le Seigneur allait lui faire subir, mais à la vue des outrages que ses péchés avaient faits à Dieu. Sa douleur fut si vive et si sincère que Dieu ne put lui refuser son pardon. Avez-vous demandé à Dieu la contrition avant de vous confesser ? Hélas ! peut-être que jamais vous ne l’avez fait. Ah ! tremblez pour vos confessions ; ah ! que de sacrilèges ! Ô mon Dieu ! que de chrétiens damnés !

Elle doit être universelle. Il est rapporté dans la vie des Saints, au sujet de la douleur universelle que nous devons avoir de nos péchés, que si nous ne les détestons pas tous, ils ne seront pas pardonnés ni les uns ni les autres. Il est rapporté que saint Sébastien étant à Rome y faisait les miracles les plus éclatants qui remplissaient d’admiration le gouverneur Chromos, qui, dans ce temps, étant accablé d’infirmités, désira ardemment de le voir, pour lui demander la guérison de ses maux. Lorsque le saint fut devant lui : «Il y a bien longtemps que je gémis, couvert de plaies, sans avoir pu trouver un homme dans le monde pour me délivrer ; le bruit court que vous obtenez tout ce que vous voulez de votre Dieu ; si vous voulez lui demander ma guérison, je vous promets que je me ferai chrétien». – «Eh bien ! lui dit le saint, si vous êtes dans cette résolution, je vous promets de la part du Dieu que j’adore, qui est le Créateur du ciel et de la terre, que dès que vous aurez brisé toutes vos idoles, vous serez parfaitement guéri». Le gouverneur lui dit : «Non seulement je suis prêt à faire ce sacrifice, mais encore de plus grands s’il le faut». S’étant séparés l’un de l’autre, le gouverneur commence à briser ses idoles ; la dernière qu’il prit pour la briser, lui parut si respectable qu’il n’eut pas le courage de la détruire ; il se persuada que cette réserve ne lui empêcherait pas sa guérison. Mais ressentant sa douleur plus violente que jamais, tout en fureur, il va trouver le saint en lui faisant les reproches les plus sanglants, qu’après avoir brisé ses idoles comme il le lui avait commandé, bien loin d’être guéri, il souffrait encore davantage. «Mais, lui dit le saint, les avez-vous bien toutes brisées sans en réserver une seule ?» – «Hélas ! fait le gouverneur en pleurant, il ne m’en reste qu’une petite qui, depuis bien des années, est conservée dans notre famille ; ah ! elle m’est trop chère pour la détruire !» – «Eh bien ! lui dit le saint, est-ce là ce que vous m’aviez promis ? Allez, brisez-la et vous serez guéri». Il la prend et la brise, et à l’instant même il fut guéri. Voilà, mes frères, un exemple qui nous retrace la conduite d’un nombre presque infini qui se repentent de certains péchés et non de tous, et qui, semblables à ce gouverneur, bien loin de guérir les plaies que le péché a faites à leur pauvre âme, ils en font de plus profondes ; et, tant qu’ils n’auront pas fait comme lui, brisé cette idole, c’est-à-dire rompu cette habitude de certains péchés, tant qu’ils n’auront pas quitté cette mauvaise compagnie ; cet orgueil, ce désir de plaire, cet attachement aux biens de la terre, toutes leurs confessions ne feront qu’ajouter crimes sur crimes, sacrilèges sur sacrilèges. Ah, ! mon Dieu, quelle horreur et quelle abomination ! Et dans cet état ils vivent tranquilles, tandis que le démon leur creuse une place en enfer !

Nous lisons dans l’histoire un exemple qui nous montre combien les saints regardaient cette douleur de nos péchés comme nécessaire pour obtenir leur pardon. Un officier du Pape étant tombé malade, le Saint-Père qui l’estimait beaucoup pour sa vertu et sa sainteté, lui envoya un de ses cardinaux pour lui témoigner la douleur que lui causait sa maladie et en même temps lui appliquer les indulgences plénières. «Hélas ! dit le mourant au cardinal, dites bien au Saint-Père que je suis infiniment reconnaissant de la tendresse de son cœur pour moi, mais dites-lui bien aussi que je serais infiniment plus heureux s’il voulait demander à Dieu pour moi la contrition de mes péchés. Hélas ! s’écrie-t-il, que me servira tout cela, si mon cœur ne se brise et ne se déchire de douleur d’avoir offensé un Dieu si bon ? Mon Dieu ! s’écrie ce pauvre mourant, faites, s’il est possible, que le regret de mes péchés égale les outrages que je vous ai faits !…»

Oh ! mes frères, que ces douteurs sont rares ; cherchez, hélas ! elles sont aussi rares que les bonnes confessions : Oui, mes frères, un chrétien qui a péché et qui veut en obtenir le pardon doit être dans la disposition de souffrir toutes les cruautés les plus affreuses plutôt que de retomber dans les péchés qu’il vient de confesser. Je vais vous le prouver par un exemple, et si, après nous être confessés, nous ne sommes dans ces dispositions, point de pardon… Nous lisons dans l’histoire du quatrième siècle, que Sapor, empereur des Perses, étant devenu le plus cruel ennemi des chrétiens, ordonna que tous les prêtres qui n’adoreraient pas le Soleil et qui ne le reconnaîtraient pas pour dieu seraient mis à mort. Le premier qu’il fit prendre ce fut l’archevêque de Séleucie, qui était saint Siméon. Il commença à essayer s’il pourrait le séduire par toutes sortes de promesses. Ne pouvant rien gagner, dans l’espérance de l’effrayer, il étala devant lui tous les tourments que sa cruauté avait pu inventer pour faire souffrir les chrétiens, en lui disant que si son opiniâtreté lui faisait refuser ce qu’il commandait, il le ferait passer par de si affreux et de si rigoureux tourments qu’il le ferait bien obéir, et, de plus, qu’il chasserait tous les prêtres et tous les chrétiens de son royaume. Mais le voyant aussi ferme qu’une roche au milieu des mers battues par les tempêtes, il le fit conduire en prison dans l’espérance que la pensée des tourments qui lui étaient préparés, lui ferait changer de sentiments. En chemin il rencontra un vieil eunuque qui était surintendant du palais impérial. Celui-ci, touché de compassion de voir un saint évêque traité si indignement, se prosterna devant lui pour lui témoigner le respect dont il était plein pour lui. Mais l’évêque, bien loin de paraître sensible au témoignage respectueux de cet eunuque, se tourna de l’autre côté pour lui reprocher le crime de son apostasie, parce que, autrefois, il avait été chrétien et catholique. Ce reproche auquel il ne s’attendait pas lui fut si sensible, lui pénétra si vivement le cœur, qu’à l’instant même, il ne fût plus maître ni de ses larmes, ni de ses sanglots. Le crime de son apostasie lui parut si affreux qu’il arrache les habits blancs dont il était revêtu et en prend de noirs, court comme un désespéré se jeter à la porte du palais, et là se livre à toutes les amertumes de la douleur la plus déchirante. «Ah ! malheureux, se dit-il, que vas-tu devenir ? Hélas ! quels châtiments as-tu à attendre de Jésus-Christ que tu as renoncé, si je suis si sensible au reproche d’un évêque qui n’est que le ministre de Celui que j’ai si honteusement trahi…» Mais l’empereur ayant appris tout ce qui se passait, tout étonné d’un tel spectacle, lui demanda : «Quelle est donc la cause d’une telle douleur et de tant de larmes ?» – «Ah ! plût à Dieu, s’écria-t-il, que toutes les disgrâces et tous les malheurs du monde me fussent tous dessus, plutôt que ce qui est la cause de ma douleur. Ah ! je pleure de ce que je ne suis pas mort. Ah ! pourrais-je encore regarder le soleil que j’ai eu le malheur d’adorer, crainte de vous déplaire». – L’empereur, qui l’aimait à cause de sa fidélité, essaya s’il pourrait le gagner en lui promettant toutes sortes de biens et de faveurs. ­«Ah ! non, non, s’écria-t-il ; ah ! trop heureux si je peux par ma mort réparer les outrages que j’ai faits à Dieu, retrouver le ciel que j’ai perdu. Ô mon Dieu et mon Sauveur, aurez-vous encore pitié de moi ? Ah ! si du moins j’avais mille vies à donner pour vous témoigner mon regret et mon retour». – L’empereur qui lui entendait tenir ce langage mourait de rage, et, désespérant de pouvoir rien gagner, le condamna à mourir dans les supplices. Écoutez-le allant au supplice : «Ah ! Seigneur, quel bonheur de mourir pour vous ; oui, mon Dieu, si j’ai eu le malheur de vous renoncer, du moins j’aurai le bonheur de donner ma vie pour vous». Ah ! douleur sincère, douleur puissante, qui avez si promptement regagné l’amitié de mon Dieu !…

Nous lisons dans la vie de sainte Marguerite, qu’elle eut une si grande douleur d’un péché qu’elle avait commis dans sa jeunesse, qu’elle le pleura toute sa vie : étant près de mourir, on lui demanda quel était le péché qu’elle avait commis qui lui avait fait verser tant de larmes. «Hélas ! s’écria-t-elle en pleurant, comment ne pourrais-je pas pleurer ? Ah ! ou plutôt que ne suis-je morte avant ce péché ! À l’âge de cinq ou six ans, j’eus le malheur de dire un mensonge à mon père. – Mais, lui dit-on, il n’y avait pas là tant de quoi pleurer. – Ah ! peut-on bien me tenir un tel langage ! Vous n’avez donc jamais conçu ce que c’est que le péché, l’outrage qu’il fait à Dieu et les malheurs qu’il nous attire ?» Hélas ! mes frères, qu’allons-nous devenir, si tant de saints ont fait retentir les rochers et les déserts de leurs gémissements, ont formé, pour ainsi dire, des rivières de leurs larmes pour des péchés dont nous nous faisons un jeu, tandis que nous avons commis des péchés mortels, peut-être plus que nous n’avons de cheveux à la tête. Et pas une larme de douleur et de repentir ! Ah ! triste aveuglement où nos désordres nous ont conduits !

Nous lisons dans la vie des Pères du désert, qu’un voleur nommé Jonathas, poursuivi par la justice, courut se cacher auprès de la colonne de saint Siméon Stylite, espérant que le respect que l’on aurait pour le saint le garantirait de la mort. En effet, personne n’osa le toucher. Le saint s’étant mis en prières pour demander à Dieu sa conversion ; dans le moment même, il ressentit une douleur si vive de ses péchés, que pendant huit jours il ne fit que pleurer. Au bout des huit jours, il demanda à saint Siméon la permission de le quitter. Le saint lui dit : «Mon ami, vous aller retourner dans le monde recommencer vos désordres». – «Ah ! Dieu me préserve d’un tel malheur ; mais je vous demande pour m’en aller au ciel ; j’ai vu Jésus-Christ qui m’a dit que tous mes péchés m’étaient pardonnés par la grande douleur que j’en ai ressentie». – « Allez, mon fils, lui dit le saint ; allez chanter dans le ciel les grandes miséricordes de Dieu pour vous». Dans ce moment il tombe mort, et le saint rapporte lui-même qu’il vit Jésus-Christ qui conduisait son âme au ciel. Ô belle mort ! ô mort précieuse de mourir de douleur d’avoir offensé Dieu !

Ah ! si du moins nous ne mourons pas de douleur comme ces grands pénitents, voulons-nous, mes frères, exciter en nous une véritable contrition, imitons ce saint évêque mort dernièrement, qui chaque fois qu’il se présentait au tribunal de la pénitence pour avoir une vive douleur de ses péchés, faisait trois stations. La première en enfer, la deuxième dans le ciel, la troisième sur le calvaire. D’abord il portait sa pensée dans ces lieux d’horreur et de tourments, il se figurait voir les damnés qui vomissaient des torrents de flammes par la bouche, qui hurlaient et se dévoraient les uns et les autres ; cette pensée lui glaçait le sang dans les veines, il croyait ne plus pouvoir vivre à la vue d’un tel spectacle, surtout en considérant que ses péchés lui avaient mille fois mérité ces supplices. De là son esprit se transportait dans le ciel et faisait la revue de tous ces trônes de gloire où étaient assis les bienheureux ; il se représentait les larmes qu’ils avaient répandues et les pénitences qu’ils avaient faites pendant leur vie pour des péchés si légers et que lui-même en avait tant commis et n’avait encore rien fait pour les expier, ce qui le plongeait dans une tristesse si profonde, qu’il semblait que ses larmes ne pouvaient plus se tarir. Non content de tout cela, il dirigeait ses pas du côté du calvaire, et là, à mesure que ses regards se rapprochaient de la croix où un Dieu était mort pour lui, les forces lui manquaient, il restait immobile à la vue des souffrances que ses péchés avaient causées à son Dieu. On l’entendait à chaque instant répéter ces paroles avec des sanglots : «Mon Dieu, mon Dieu ! puis-je encore vivre en considérant les horreurs que mes péchés vous ont causées !» Voilà, mes frères, ce que nous pouvons appeler une véritable contrition, parce que nous voyons qu’il ne considère ses péchés que par rapport à Dieu.

II. – Nous avons dit qu’une véritable contrition doit renfermer un bon propos, c’est-à-dire une ferme résolution de ne plus pécher à l’avenir ; il faut que notre volonté soit déterminée et que ce ne soit pas un faible désir de se corriger ; l’on n’obtiendra jamais le pardon de ses péchés si l’on n’y renonce pas de tout son cœur. Nous devons être dans le même sentiment que le saint Roi-Prophète : «Oui, mon Dieu, je vous ai promis d’être fidèle à observer vos commandements ; j’y serai fidèle avec le secours de votre grâce [Ps. CXVIII, 106]». Le Seigneur nous dit lui-même : «Que l’impie quitte la voie de ses iniquités et son péché lui sera remis [Is. LV, 7]». Il n’y a donc de miséricorde à espérer que pour celui qui renonce à ses péchés de tout son cœur et pour jamais, parce que Dieu ne nous pardonne que d’autant que notre repentir est sincère et que nous faisons tous nos efforts pour ne plus y retomber. D’ailleurs ne serait-ce pas se moquer de Dieu que de lui demander pardon d’un péché que l’on voudrait encore commettre ?

Mais, me direz-vous, comment peut-on donc connaître et distinguer un ferme propos d’avec un désir faible et insuffisant ? – Si vous désirez le savoir, mes frères, écoutez-moi un instant, je vais vous le montrer ; cela se peut connaître de trois manières : 1° c’est le changement de vie ; 2° c’est la fuite des occasions prochaines du péché, et 3° c’est de travailler de tout son pouvoir à se corriger et à détruire ses mauvaises habitudes.

Je dis d’abord que la première marque d’un bon propos, c’est le changement de vie ; c’est celui-ci qui nous le montre le plus sûrement et qui est le moins sujet à nous tromper. Venons-en à l’explication : une mère de famille s’accusera de s’être souvent emportée contre ses enfants ou son mari ; après sa confession, allez la visiter dans l’intérieur de son ménage ; il n’est plus question ni d’emportement, ni de malédictions ; au contraire, vous voyez en elle cette douceur, cette bonté, cette prévenance même pour ses inférieurs ; les croix, les chagrins et les pertes ne lui font point perdre la paix de l’âme. Savez-vous pourquoi cela, mes frères ? Le voici : c’est que son retour à Dieu a été sincère, que sa contrition a été parfaite et par conséquent elle a véritablement reçu le pardon de ses péchés ; enfin, que la grâce a pris de profondes racines dans son cœur, et qu’elle y porte des fruits en abondance. Une jeune fille viendra s’accuser d’avoir suivi les plaisirs du monde, les danses, les veillées et autres mauvaises compagnies. Après sa confession, si elle est bien faite, allez la demander dans cette veillée, ou bien allez la chercher dans cette partie de plaisir, que vous dira-t-on ? «Voilà quelque temps nous ne la voyons plus ; je crois que si vous voulez la trouver, il faut aller ou à l’église ou chez ses parents». En effet, si vous voulez aller chez ses parents, vous la trouverez, et à quoi s’occupe-t-elle ? Est-ce à parler de la vanité comme autrefois ou à se contempler devant une glace de miroir, ou bien à folâtrer avec des jeunes gens ? Ah ! non, mes frères, ce n’est plus ici son ouvrage, elle a foulé aux pieds tout cela ; vous la verrez faire une lecture de piété, soulager sa mère dans l’ouvrage de son ménage, instruire ses frères et sœurs, vous la verrez obéissante et prévenante envers ses parents ; elle aimera leur compagnie. Si vous ne la trouvez pas chez elle, allez à l’église, vous la verrez qui témoigne à Dieu sa reconnaissance d’avoir opéré en elle un si grand changement ; vous voyez en elle cette modestie, cette retenue, cette prévenance pour tout le monde, aussi bien pour les pauvres que pour les riches ; la modestie sera peinte sur son front, sa seule présence vous porte à Dieu. – «Pourquoi est-ce, mes frères, me direz-vous, que tant de biens sont en elle ?» – Pourquoi, mes frères, c’est que sa douleur a été sincère et qu’elle a véritablement reçu le pardon de ses péchés.

Une autre fois ce sera un jeune homme qui va s’accuser d’avoir été dans les cabarets et dans les jeux ; maintenant qu’il a promis à Dieu de tout quitter ce qui pourrait lui déplaire, autant il aimait les cabarets et les jeux, autant maintenant il les fuit. Avant sa confession son cœur ne s’occupait que des choses terrestres, mauvaises ; à présent ses pensées ne sont que pour Dieu, et le mépris des choses du monde. Tout son plaisir est de s’entretenir avec son Dieu et de penser aux moyens de sauver son âme. Voilà, mes frères, les marques d’une véritable et sincère contrition ; si après vos confessions vous êtes ainsi, vous pourrez espérer que vos confessions ont été bonnes et que vos péchés vous sont pardonnés. Mais si vous faites tout le contraire de ce que je viens de dire, si quelques jours après ses confessions l’on voit cette fille qui avait promis à Dieu de quitter le monde et ses plaisirs pour ne penser qu’à lui plaire, si je la vois, dis-je, comme auparavant dans ces assemblées mondaines ; si je vois cette mère aussi emportée et aussi négligente envers ses enfants et ses domestiques, aussi querelleuse avec ses voisins qu’avant sa confession ; si je retrouve ce jeune homme de nouveau dans les jeux et les cabarets, ô horreur ! ô abomination ! ô monstre d’ingratitude que tu fais ! Ô grand Dieu ! dans quel état est cette pauvre âme ! ô horreur ! ô sacrilège ! les tourments de l’enfer seront-ils assez longs et assez rigoureux pour punir un tel attentat ?

2° Nous disons que la deuxième marque d’une véritable contrition est la fuite des occasions prochaines du péché. Il y en a de deux sortes : les unes nous y portent par elles-mêmes, comme sont les mauvais livres, les comédies, les bals, les danses, les peintures, les tableaux et chansons déshonnêtes et la fréquentation des personnes de sexe différent ; les autres ne sont une occasion de péché que par les mauvaises dispositions de ceux qui y sont : comme les cabaretiers, les marchands qui trompent ou qui vendent les dimanches ; une personne en place qui ne remplit pas ses devoirs soit par respect humain, soit par ignorance. Que doit faire une personne qui se trouve dans une de ces positions ? Le voici : elle doit tout quitter, quoi qu’il en coûte, sans quoi point de salut. Jésus-Christ nous dit [Matth. V, 30] que «si notre œil ou notre main nous scandalise, nous devons les arracher et les jeter loin de nous, parce que, nous dit-il, il vaut beaucoup mieux aller au ciel avec un bras et un œil de moins que d’être jeté en enfer avec tout son corps» ; c’est-à-dire, quoi qu’il nous en coûte, quelque perte que nous fassions, nous ne devons pas laisser que de les quitter ; sans quoi, point de pardon.

3° Nous disons que la troisième marque d’un bon propos, c’est de travailler de tout son pouvoir à détruire ses mauvaises habitudes. L’on appelle habitude, la facilité que l’on a de retomber dans ses anciens péchés. Il faut 1° veiller soigneusement sur soi-même, faire souvent des actions qui soient contraires : comme si nous sommes sujets à l’orgueil, il faut s’appliquer à pratiquer l’humilité, être content d’être méprisé, ne jamais chercher l’estime du monde, soit dans ses paroles, soit dans ses actions ; toujours croire que ce que nous faisons est mal fait ; si nous faisons bien, nous représenter que nous étions indignes que Dieu se servit de nous, ne nous regardant dans le monde que comme une personne qui ne fait que mépriser Dieu pendant sa vie, et que nous méritons bien plus que ce que l’on peut dire de nous en mal. Sommes-nous sujets à la colère ? Il faut pratiquer la douceur, soit dans ses paroles, soit dans la manière de nous comporter envers notre prochain. Si nous sommes sujets à la sensualité, il faut nous mortifier soit dans le boire, soit dans le manger, dans nos paroles, dans nos regards, nous imposer quelques pénitences toutes les fois que nous retombons. Et si vous ne prenez pas ces précautions, toutes les fois que vous recommettrez les mêmes péchés, vous pourrez conclure que toutes vos confessions ne valent rien et que vous n’avez fait que des sacrilèges, crime si horrible, qu’il serait impossible de pouvoir vivre, si vous en connaissiez toute l’horribilité, la noirceur et les atrocités…

Voici la conduite que nous devons tenir, en faisant comme l’enfant prodigue, qui, frappé de l’état où ses désordres l’avaient plongé, fut prêt à tout ce que son père exigeait de lui pour avoir le bonheur de se réconcilier avec lui. D’abord il quitta sur le champ le pays où il avait éprouvé tant de maux, ainsi que les personnes qui avaient été pour lui une occasion de péché ; il ne daigna pas même les regarder, bien convaincu qu’il n’aurait le bonheur de se réconcilier avec son père qu’autant qu’il s’éloignerait d’elles : de sorte qu’après son péché, pour montrer à son père que son retour était sincère, il ne chercha qu’à lui plaire en faisant tout le contraire de ce qu’il avait fait jusqu’à présent [Luc. XV]. Voilà le modèle sur lequel nous devons former notre contrition : la connaissance que nous devons avoir de nos péchés, la douleur que nous devons en avoir doivent nous mettre dans la disposition de tout sacrifier pour ne plus retomber dans nos péchés. Oh ! qu’elles sont rares ces contritions ! Hélas ! où sont ceux qui sont prêts à perdre la vie même, plutôt que de recommettre les péchés dont ils se sont déjà confessés ? Ah ! je n’en sais rien ! Hélas ! combien au contraire, nous dit saint Jean Chrysostome, qui ne font que des confessions de théâtre, qui cessent de pécher quelques instants sans quitter entièrement le péché ; qui sont, nous dit-il, semblables à des comédiens qui représentent des combats sanglants et opiniâtres, et semblent se percer de coups mortels ; l’on en voit un qui est terrassé, étendu, perdant son sang : il semblerait véritablement qu’il a perdu la vie, mais attendez que la toile soit baissée, vous le verrez se relever plein de force et de santé, il sera tel qu’il était avant la représentation de la pièce. Voilà précisément, nous dit-il, l’état où se trouvent la plupart des personnes qui se présentent au tribunal de la pénitence. A les voir soupirer et gémir sur les péchés dont elles s’accusent, vous diriez que vraiment elles ne sont plus les mêmes, qu’elles se comporteront d’une manière tout autre qu’elles ne l’ont fait jusqu’à présent. Mais, hélas ! attendez, je ne dis pas cinq jours, mais un ou deux jours, vous les retrouverez les mêmes qu’avant leur confession : mêmes emportements, même vengeance, même gourmandise, même négligence dans leurs devoirs de religion : Hélas ! que de confessions et de mauvaises confessions !

Ah ! mes enfants, nous dit saint Bernard, voulez-vous avoir une véritable contrition de vos péchés ? Tournez-vous du côté de cette croix où votre Dieu, a été cloué par amour pour vous ; ah ! bientôt vous verrez couler vos larmes et votre cœur se brisera : En effet, mes frères, ce qui fit tant verser de larmes à sainte Magdeleine lorsqu’elle fut dans son désert, nous dit le grand Salvien…, ce ne fut autre chose que la vue de la croix. Nous lisons dans sa vie, qu’après l’Ascension de Jésus-Christ, s’étant retirée dans une solitude, elle demanda à Dieu le bonheur de pleurer toute sa vie les fautes de sa jeunesse. Après sa prière, saint Michel archange lui apparut auprès de sa solitude, planta une croix à la porte ; elle se jeta au pied comme elle avait fait sur le Calvaire, elle pleura toute sa vie avec tant d’abondance, que ses deux yeux étaient semblables à deux fontaines. Le grand Ludolphe rapporte qu’un solitaire demandait un jour à Dieu ce qui pourrait être le plus capable d’attendrir son cœur pour pleurer ses péchés. Dans ce moment Dieu lui apparut tel qu’il était sur l’arbre de la croix, tout couvert de plaies, tout tremblant, chargé d’une pesante croix, et lui disant : «Regarde-moi, ton cœur fût-il plus dur que les rochers des déserts, il se brisera et ne pourra plus vivre à la vue des douleurs que les péchés du genre humain m’ont causées». Cette apparition le toucha tellement que jusqu’à sa mort, sa vie ne fut qu’une vie de larmes et de sanglots. Tantôt il s’adressait aux anges et aux saints, les priant de venir pleurer avec lui sur les tourments que les péchés avaient causés à un Dieu si bon. Nous lisons dans l’histoire de saint Dominique, qu’un religieux demandant à Dieu la grâce de pleurer ses péchés, Jésus-Christ lui apparut avec ses cinq plaies ouvertes, le sang coulait en abondance. Notre-Seigneur, après l’avoir embrassé, lui dit d’approcher sa bouche de l’ouverture de ses plaies ; il en ressentit tant de bonheur, qu’il ne pouvait comprendre que ses yeux pussent tant verser de larmes. Oh ! qu’ils étaient heureux, mes frères, ces grands pénitents, de trouver tant de larmes pour pleurer leurs péchés, crainte d’aller les pleurer dans l’autre vie ! Oh ! quelle différence entre eux et les chrétiens de nos jours qui ont commis tant de péchés ! et point de regrets ou de larmes !… Hélas ! qu’allons-nous devenir ? quelle sera notre demeure ? Oh ! que de chrétiens perdus, parce qu’il faut ou pleurer ses péchés dans ce monde ou aller les pleurer dans les abîmes. Ô mon Dieu ! donnez-nous cette douleur et ce regret qui regagnent votre amitié !

Que devons-nous conclure de ce que nous venons de dire, M.F. ? Le voici : c’est de demander sans cesse à Dieu cette horreur du péché, de fuir les occasions du péché et de ne jamais perdre de vue que les damnés ne brûlent et ne pleurent dans les enfers que parce qu’ils ne se sont pas repentis de leurs péchés dans ce monde et qu’ils n’ont pas voulu les quitter. Non, quelque grands que soient les sacrifices que nous ayons à faire, ils ne doivent pas être capables de nous retenir ; il faut absolument combattre, souffrir et gémir dans ce monde, si  nous voulons avoir l’honneur d’aller chanter les louanges de Dieu pendant l’éternité : c’est le bonheur que je vous souhaite.

Pères du désert : Discrétion, humilité véritable et aveu

Conférences de Cassien, conférence II : «10. L’ABBÉ MOYSE. La véritable discrétion ne s’acquiert jamais sans une humilité véritable, et la première preuve de cette humilité, c’est de soumettre toutes nos actions et même toutes nos pensées à la sagesse des anciens, de renoncer à notre propre jugement, de suivre entièrement leur conseil et de distinguer le bien et le mal d’après leur doctrine. Cette règle apprendra, non seulement, au jeune religieux à marcher dans la voie véritable de la discrétion, mais aussi à éviter toutes les ruses et tous les pièges de l’ennemi. Personne, en effet, ne pourra être trompé, s’il suit, non pas son propre jugement, mais l’exemple des anciens, et toute l’adresse de l’ennemi ne surprendra jamais la simplicité de celui qui ne sait pas cacher par une fausse honte les pensées qui naissent dans son cœur, mais qui les admet ou les repousse, en les soumettant à l’examen de ses supérieurs. Une pensée mauvaise se dissipe, dès qu’elle est mise au jour, et avant même que la discrétion ait prononcé son jugement. Le serpent hideux qui se cachait dans l’ombre est éclairé par la vertu de la confession, et dès qu’il est découvert, il est vaincu et il prend la fuite. Ses suggestions ne peuvent nous nuire qu’en les cachant dans notre cœur. Pour vous faire mieux comprendre la vérité de ce que je vous dis, je vous citerai un fait que l’abbé Sérapion racontait souvent aux jeunes solitaires, pour les instruire.

«11. Lorsque j’étais enfant, disait-il, et que je demeurais avec l’abbé Théon, le trompeur m’avait fait prendre l’habitude de dérober un petit pain après le repas que je faisais avec ce vieillard, à l’heure de none. Je le cachais chaque jour dans mon sein, et je le mangeais le soir en cachette. J’accomplissais ce vol par gourmandise et j’en contractais de plus en plus l’habitude. Et cependant, lorsque j’avais satisfait ma coupable sensualité, je rentrais en moi-même ; je souffrais beaucoup plus que je n’avais eu de plaisir à commettre la faute ; je gémissais au fond du cœur d’obéir au démon qui me violentait, comme les officiers de Pharaon tourmentaient les Hébreux ; mais je ne pouvais me soustraire à sa tyrannie, et je n’osais pas confesser mon larcin au saint vieillard, lorsque Dieu permit, pour me délivrer de ma servitude, que quelques solitaires vinssent lui faire visite pour en obtenir quelques paroles d’édification. Après le repas, la conférence commença, et le saint vieillard, pour répondre aux questions qu’on lui faisait, se mit à parler sur le vice de la gourmandise, sur l’empire des pensées secrètes et sur la violence qu’elles exercent, tant qu’on les tient cachées. Ce discours me bouleversa ; les remords de ma conscience me firent croire qu’il s’adressait à moi, et que Dieu avait révélé au vieillard les secrets de mon cœur. J’étouffai d’abord mes gémissements ; mais, ma douleur augmentant toujours, j’éclatai bientôt en sanglots et en larmes ; je tirai de mon sein, qui avait si souvent recélé mon vol, le petit pain que j’avais pris pour le manger comme à l’ordinaire ; je le montrai, déclarant que j’en mangeais en cachette un semblable tous les jours ; je me prosternai par terre, confessant ma faute aux assistants, leur demandant pardon, et implorant avec larmes leurs prières, afin qu’ils obtinssent de Dieu ma délivrance de cette dure captivité. « Ayez confiance, mon enfant, me dit le saint vieillard, vous n’avez pas besoin de ma parole, votre confession vous a déjà délivré ; vous avez triomphé aujourd’hui de l’ennemi qui vous avait vaincu. Votre aveu l’a plus abattu que votre silence ne vous avait abattu vous-même. Vous aviez permis qu’il vous dominât jusqu’à cette heure, en ne le confondant ni par vous, ni par un autre. Salomon l’a dit : C’est parce que l’on ne contredit pas ceux qui font mal, que le cœur des enfants des hommes est rempli d’iniquités (Eccles. VIII, 11). Maintenant qu’il se voit découvert, l’esprit mauvais ne pourra plus vous inquiéter ; le serpent infernal ne trouvera plus à se cacher en vous ; car votre confession l’a tiré des ténèbres de votre cœur à la grande lumière ». À peine le saint vieillard avait-il cessé de parler, qu’une flamme ardente parut sortir de mon sein et remplit la cellule d’une odeur de soufre, et l’infection en était si grande, qu’on pouvait à peine y rester. Le saint vieillard reprit la parole et dit : « Voici que le Seigneur approuve visiblement la vérité de ce que j’avance. Vous venez de voir vous-même que votre confession salutaire a chassé de votre cœur celui qui vous portait au mal, et vous verrez que, grâce à cet aveu public, l’ennemi découvert n’aura plus de prise sur vous« . Et, en effet, selon la promesse du vieillard, la confession que je fis de ma faute me délivra tellement de cette tyrannie du démon, que l’ennemi ne chercha pas même depuis à me rappeler cette gourmandise, et que je n’eus jamais la pensée d’un pareil larcin. C’est ce qui est très bien expliqué dans l’Ecclésiaste : Si le serpent mord sans siffler, l’enchanteur n’y peut rien (Eccles. X, 11), c’est-à-dire que la morsure d’un serpent dont on ne parle pas est dangereuse, et que si on ne confesse pas la tentation secrète du démon à un enchanteur, à un homme éclairé qui puisse, au moyen des belles sentences de la sainte Écriture, soigner la blessure sur-le-champ et retirer du cœur le venin dangereux du serpent, il sera impossible de nous secourir, et notre perte sera inévitable. Ainsi le meilleur moyen d’acquérir la science d’une véritable discrétion est de suivre les exemples des anciens, de ne rien innover, de ne rien décider d’après notre propre jugement, mais de nous diriger en toute chose d’après leurs traditions et leur sainte vie. Celui qui suivra cette règle arrivera non-seulement à une discrétion parfaite, mais encore sera préservé de toutes les attaques de l’ennemi. Car il n’y a pas de faute qui serve tant au démon à perdre un religieux, que de négliger le conseil des supérieurs pour suivre son jugement et sa propre doctrine. Si tous les arts et toutes les professions inventés par le génie de l’homme, pour les seules jouissances de cette vie passagère, ne peuvent s’apprendre, quoiqu’ils soient palpables et visibles, que par l’intermédiaire d’un maître, combien ne seraient-ils pas insensés de croire qu’on peut se passer d’un directeur dans un état où tout est invisible et caché, où la plus grande pureté de cœur est nécessaire pour se conduire, et où une erreur cause, non pas un dommage temporel facile à réparer, mais la perte de l’âme et la mort éternelle. Il ne s’agit pas d’adversaires visibles, mais d’ennemis invisibles et cruels qui nous attaquent jour et nuit ; ce n’est pas à un ou deux ennemis qu’il faut résister dans ce combat intérieur, mais à des légions innombrables ; et le danger est d’autant plus grand que l’ennemi est plus acharné et ses attaques plus secrètes. Il faut donc suivre avec grand soin les traces des anciens, et découvrir à nos supérieurs tout ce qui se passe dans le secret de notre cœur, sans écouter une fausse honte».

 

Sur la pénitence – Saint curé d’Ars

(Sermon du saint curé d’Ars, mercredi des cendres, Sur la pénitence)

Penitemini igitur et convertimini ut deleantur peccata vestra.

Convertissez-vous donc et faites pénitence afin que vos péchés soient effacés. (Actes des apôtres III, 19)

Voilà, mes frères, la seule ressource que saint Pierre annonce aux Juifs coupables de la mort de Jésus-Christ. Oui, mes frères, leur dit ce grand apôtre, votre crime est horrible, parce que vous avez abusé de la prédication de l’Évangile et des exemples de Jésus-Christ, que vous avez méprisé ses bienfaits et ses prodiges, et que non contents de tout cela, vous l’avez rejeté et condamné à la mort la plus cruelle et la plus infâme. Après un tel crime, quelle ressource peut-il vous rester, sinon celle de la conversion et celle de la pénitence ? A ces paroles, tous ceux qui étaient présents fondirent en larmes et s’écrièrent : « Hélas ! que ferons-nous, grand apôtre, pour obtenir miséricorde ? » Saint Pierre, pour les consoler, leur dit : « mes frères ; ne désespérez pas ; le même Jésus que vous avez crucifié est ressuscité, et bien plus, il est devenu le salut de tous ceux qui espèrent en lui ; il est mort pour la rémission de tous les péchés du monde. Faites pénitence et convertissez-vous, et vos péchés seront effacés. » Voilà, mes frères, le même langage que l’Église tient à tous les pécheurs qui sont touchés de la grandeur de leurs péchés et qui désirent revenir sincèrement à Dieu. Hélas ! mes frères, combien parmi nous sont bien plus coupables que les Juifs, parce que ceux-ci n’ont fait mourir Jésus-Christ que par ignorance ! Combien qui ont renié et condamné Jésus-Christ à la mort par le mépris que nous faisons de sa parole sainte, par la profanation que nous avons faite de ses mystères, par l’omission de nos devoirs, par l’abandon des sacrements et par un profond oubli de Dieu et du salut de notre pauvre âme ! Eh bien ! mes frères, quel remède peut-il nous rester dans cet abîme de corruption et de péché, dans ce déluge qui souille la terre et qui provoque la vengeance du ciel ? Point d’autre, mes frères, que celui de la pénitence et de la conversion. Dites-moi, n’est-ce pas assez d’années passées dans le péché ? N’est-ce pas assez avoir vécu pour le monde et le démon ? N’est-il pas temps, mes frères, de vivre pour le bon Dieu et pour nous assurer une éternité bienheureuse ? Que chacun de nous, mes frères, se remette sa vie devant les yeux, et nous verrons que nous avons tous besoin de faire pénitence. Mais pour vous y engager, mes frères, je vais vous montrer combien les larmes que nous répandons sur nos péchés, la douleur que nous en ressentons et les pénitences que nous en faisons, nous consolent et nous rassurent à l’heure de la mort ; en second lieu, nous verrons qu’après avoir péché, nous devons en faire pénitence en ce monde ou en l’autre ; en troisième lieu, nous examinerons de quelle manière on peut se mortifier pour faire pénitence.

I – Nous disons, mes frères ; qu’il n’y a rien qui nous console plus pendant notre vie et qui nous rassure plus à l’heure de la mort que les larmes que nous répandons sur nos péchés, que la douleur que nous en ressentons et les pénitences que nous en faisons : ce qui est bien facile à comprendre, puisque c’est par là que nous avons le bonheur d’expier nos péchés, c’est-à-dire de satisfaire à la justice de Dieu. Oui, mes frères, c’est par là que nous méritons de nouvelles grâces pour avoir le bonheur de persévérer. Saint Augustin nous dit qu’il faut de toute nécessité que le péché soit puni ou par celui qui l’a commis ou par celui contre qui il a été commis. Si vous ne voulez pas, nous dit-il, que le bon Dieu vous punisse, punissez-vous vous-mêmes. Nous voyons que Jésus-Christ lui-même, pour nous montrer combien la pénitence nous est nécessaire après le péché, se met au même rang que les pécheurs [Marc 2, 16].

Il nous dit que, sans le baptême, personne n’entrera dans le royaume des cieux [Jean 3, 5] ; et, dans un autre endroit, que si nous ne faisons pas pénitence, nous périrons tous [Luc 13, 3-5]. Hélas ! mes frères, cela est très facile à comprendre. Depuis que l’homme a péché, tous ses sens se sont révoltés contre la raison ; et par conséquent, si nous voulons que la chair soit soumise à l’esprit et à la raison, il faut la mortifier ; si nous voulons que notre corps ne fasse pas la guerre à notre âme, il faut le mortifier avec tous ses sens ; si nous voulons aller à Dieu, il faut mortifier notre âme avec toutes ses puissances. Et si vous voulez bien vous convaincre de la nécessité de la pénitence, vous n’avez qu’à ouvrir l’Écriture Sainte, et vous verrez que tous ceux qui ont péché et qui ont voulu revenir au bon Dieu, ont versé des larmes, se sont repentis de leurs péchés et ont fait pénitence.

Voyez Adam : dès qu’il eut péché il se livra à la pénitence afin de pouvoir fléchir la justice de Dieu. Sa pénitence dura plus de neuf cents ans [Gen. 3, 17 ; 5] ; et une pénitence qui fait frémir, tant elle paraît au-dessus des forces de la nature. Voyez David après son péché : il faisait retentir son palais de ses cris et de ses sanglots ; et il porta ses jeûnes à un tel excès, que ses pieds ne pouvaient plus le soutenir [Genua mea infirmata sunt a jejunio. Ps. 108, 24]. Quand on voulait le consoler en lui disant que, puisque le Seigneur l’avait assuré que son péché lui était pardonné, il devait modérer sa douleur, il s’écriait : Ah ! malheureux, qu’ai-je fait ? j’ai perdu mon Dieu, j’ai vendu mon âme au démon ; ah ! non, non, ma douleur durera autant que ma vie, elle descendra avec moi dans le tombeau. Ses larmes coulaient avec tant d’abondance que son pain en était trempé et son lit en était arrosé [Ps. 101, 10 ; 6, 7].

Saint Pierre… [Ces mots placés en marge indiquent que le Saint pensait à raconter la pénitence du prince des apôtres, qui « pleura amèrement » son triple reniement tous les jours de sa vie].

Pourquoi est-ce, mes frères, que nous avons tant de répugnance pour la pénitence, et que nous avons si peu de douleur de nos péchés ? Hélas ! mes frères, c’est que nous ne connaissons ni les outrages que le péché fait à Jésus-Christ, ni les maux qu’il nous prépare pour l’éternité. Nous sommes très convaincus qu’après le péché, il faut nécessairement faire pénitence. Mais voici ce que nous faisons : nous renvoyons tout cela à un temps bien éloigné, comme si nous étions maîtres du temps et des grâces du bon Dieu. Hélas ! mes frères, qui de nous, étant dans le péché, ne tremblera pas, puisque nous n’avons pas un moment de sûr ? Hélas !mes frères, qui de nous ne frémira pas, en pensant qu’il y a une mesure de grâces après laquelle le bon Dieu n’en accorde plus ? Qui de nous ne frémira pas, en pensant qu’il y a une mesure de miséricorde après quoi c’est fini. Hélas ! qui de nous ne frémira pas, en pensant qu’il y a un certain nombre de péchés après lequel le bon Dieu abandonne le pécheur à lui-même ? Hélas ! mes frères, quand la mesure est pleine, il faut qu’elle déborde. Oui, après que le pécheur a rempli tout cela, il faut qu’il soit puni et qu’il tombe en enfer malgré ses larmes et sa douleur… Croyez-vous, mes frères, qu’après vous être roulés, traînés et baignés dans les impuretés et vos plus infâmes passions, croyez-vous, mes frères, qu’après avoir vécu nombre d’années dans le péché malgré tous les remords que votre conscience vous a donnés pour vous faire revenir à Dieu ; croyez-vous, mes frères, qu’après avoir vécu en impies et en libertins, méprisant tout ce que la religion a de plus saint et de plus sacré, vomissant contre elle tout ce que la corruption de votre cœur a pu engendrer ; croyez-vous que, quand vous voudrez dire : Mon Dieu pardonnez-moi, vous aurez tout fait ? que vous n’aurez plus qu’à entrer dans le ciel ? Non, non, mes frères, ne soyons pas si téméraires, ni si aveugles que d’espérer cela. Hélas ! mes frères, c’est précisément dans ce moment que s’accomplit cette terrible sentence de Jésus-Christ, qui nous dit : « Vous m’avez méprisé pendant votre vie, vous vous êtes raillés de mes lois, mais maintenant que vous voulez avoir recours à moi, que vous me cherchez, je vous tournerai le dos pour ne pas voir vos malheurs [Jer. 17, 17] ; je me boucherai les oreilles pour ne pas entendre vos cris ; je m’enfuirai loin de vous, crainte de me laisser toucher par vos larmes ».

Hélas ! mes frères, pour nous convaincre de tout cela, nous n’avons qu’à ouvrir l’Écriture Sainte et l’histoire où sont renfermées les actions de ces fameux impies ; nous verrons que ces châtiments sont plus terribles que vous ne pensez. Écoutez le fameux impie Antiochus. Se voyant frappé d’une manière visible par la main du Tout-Puissant, il s’humilie, il pleure en disant : « Il est juste, Seigneur, que la créature reconnaisse son Créateur [II Mach. 9, 12] ». Il promet à Dieu de faire pénitence, de réparer tous les maux qu’il a faits pendant sa vie, tous les maux qu’il a faits à Jérusalem, et qu’il donnera de grands biens pour entretenir le culte du Seigneur, qu’il se fera juif ; enfin que toute sa vie ne sera qu’une vie respectueuse de la loi de Dieu. Si vous l’aviez entendu, vous auriez dit en vous réjouissant : Voilà un pécheur qui est un saint pénitent. Cependant, nous entendons le Saint-Esprit nous dire : « Cet impie demande un pardon qui ne lui sera point accordé ; il pleure, mais en pleurant il descend dans les enfers. »

Mais pourquoi, mes frères, aller si loin pour trouver des exemples effrayants de la justice de Dieu sur le pécheur qui a méprisé les grâces de Dieu. Voyez le spectacle que nous ont présenté les impies, ces incrédules et ces libertins du dernier siècle ; voyez leur vie impie, incrédule et libertine. N’ont-ils pas toujours vécu en impies, avec l’espérance que le bon Dieu les pardonnerait quand ils voudraient lui demander pardon. Voyez Voltaire. Toutes les fois qu’il se voyait malade, ne disait-il pas : Miséricorde ? Ne demandait-il pas pardon à ce même Dieu qu’il insultait lorsqu’il était en santé, contre lequel il ne cessait de vomir tout ce que la corruption de son cœur pouvait engendrer ? D’Alembert, Diderot et Jean-Jacques Rousseau, ainsi que tous ses autres compagnons de libertinage, croyaient que quand il serait de leur goût de demander pardon à Dieu, ils seraient pardonnés ; mais nous pouvons leur dire ce que le Saint-Esprit dit d’Antiochus : « Ces impies demandent un pardon qui ne leur doit pas être accordé [Ibid] ».

Et pourquoi, mes frères, ces impies n’ont-ils pas été pardonnés malgré leurs larmes ? C’est que leur douleur ne venait pas du repentir, ni du regret de leurs péchés, ni de l’amour de Dieu, mais seulement de la crainte du châtiment.

Hélas ! mes frères, quelque terribles et effroyables que soient ces menaces, elles ne font pas ouvrir les yeux à ceux qui marchent dans la même route. Hélas ! mes frères, que celui qui, étant pécheur et impie, garde l’espoir qu’un jour il cessera de l’être, est malheureux et aveugle ! Hélas ! mes frères, que le démon en conduit en enfer de cette manière ! la justice de Dieu les frappe dans le moment où ils n’y pensent nullement. Voyez Saül, il ne savait pas qu’en se moquant des ordres que lui donnait le prophète il allait mettre le sceau à sa réprobation et être abandonné de Dieu [I Reg. 15, 23]. Voyez Aman, s’il pensait qu’en préparant une potence pour Mardochée, il y serait lui-même attaché pour y perdre la vie [Esther 7, 9]. Voyez le roi Balthazar, s’il pensait que le crime qu’il commettait en buvant dans les vases sacrés que son père avait volés à Jérusalem, était le dernier crime que Dieu devait lui laisser commettre [Dan. 5, 23]. Voyez encore les deux infâmes vieillards, s’ils doutaient la moindre chose du monde qu’en tentant la chaste Suzanne ils seraient lapidés et delà tomberaient en enfer [Dan. 12, 61]. Non, sans doute. Cependant, mes frères, quoique ces impies et ces libertins ne sachent rien de tout cela, ils ne laissent pas que d’arriver au point où leurs crimes, étant au comble, doivent nécessairement être punis.

Eh bien ! mes frères, que pensez-vous de tout cela, vous surtout qui peut-être avez conçu le dessein épouvantable de rester dans le péché encore quelques années, peut-être jusqu’à la mort ? Cependant, ce sont ces exemples terribles qui ont porté tant de pécheurs à quitter le péché pour faire pénitence, qui ont peuplé les déserts de solitaires, rempli les monastères de saints religieux, et qui ont fait monter tant de martyrs sur les échafauds, avec plus de joie que des rois sur leurs trônes, de crainte d’éprouver les mêmes châtiments. Si vous en doutez, écoutez-moi un instant ; et si vous n’êtes pas encore endurci à ce point où le bon Dieu abandonne le pécheur à lui-même, vous allez sentir vos remords de conscience se réveiller et vous déchirer l’âme. Saint Jean Climaque nous rapporte [L’Echelle Sainte, cinquième degré] qu’il alla un jour dans un monastère ; les religieux qui l’habitaient avaient tellement la grandeur de la justice divine imprimée dans leur cœur, ils avaient une telle crainte d’être arrivés à cet état où nos péchés ont lassé la miséricorde de Dieu, que leur vie eût été pour vous un spectacle capable de vous faire mourir de frayeur ; ils menaient une vie si humble, si mortifiée et si crucifiée ; ils sentaient tellement le poids de leurs fautes ; leurs larmes étaient si abondantes et leurs cris si perçants, que quand l’on aurait eu le cœur plus dur que des pierres, l’on n’aurait pu s’empêcher de verser des larmes. Lorsque j’eus ouvert la porte du monastère, nous dit le même saint, je vis des actions vraiment héroïques ; j’entendis des cris capables de faire violence au ciel ; if y avait des pénitents qui se condamnaient à rester toute la nuit sur le bout de leurs pieds ; et quand leur pauvre corps tombait de faiblesse, ils se reprochaient leur lâcheté : « Malheureux, se disaient-ils, si tu as si peu de courage pour satisfaire à la justice de Dieu, comment pourras-tu souffrir les flammes vengeresses de l’autre vie ? » D’autres, ayant toujours les yeux et les mains élevés vers le ciel, poussaient des cris capables de vous faire fondre en larmes, tant ils étaient pénétrés de la grandeur de leurs péchés ; d’autres se faisaient lier les mains derrière le dos comme des criminels ; ils se jugeaient indignes de regarder le ciel, se jetaient la face contre terre : « Ah ! mon Dieu, s’écriaient-ils, recevez, s’il vous plaît, nos larmes et nos douleurs. » Il y en avait qui étaient tellement couverts d’ulcères ; leur pauvre corps était si pourri et exhalait une odeur si puante qu’il était impossible de rester à côté d’eux sans mourir. Il y en avait qui ne buvaient de l’eau que pour s’empêcher de mourir ; ils avaient toujours l’image de la mort devant les yeux ; ils se disaient les uns aux autres : « Ah ! mes frères, que deviendrons-nous ? Croyez-vous que nous avancions un peu dans la vertu ? » Courons, mes amis, dans la carrière de la pénitence, tuons ces maudits corps comme ils ont tué, nos pauvres âmes. Mais ce qui était le plus effrayant, c’est que, quand l’un d’entre eux était près de sortir de ce monde, tous les religieux étant près du mourant avec un visage abattu, les yeux baignés de larmes, s’adressaient à lui en lui disant : « Que pensez-vous de vous-même à présent que vous allez mourir ? Espérez-vous, croyez-vous que vos larmes et votre douleur et vos pénitences ont mérité votre pardon ? Ne craignez-vous pas d’entendre ces terribles paroles de la bouche de Jésus-Christ même : « Retirez-vous de moi, maudit ; allez au feu éternel ». « Hélas ! répondaient ces pauvres mourants, sait-on si nos larmes ont fléchi la juste colère de Dieu ? Que sait-on si nos péchés ont disparu aux yeux de Dieu ?

Que pouvons-nous faire ? Nous abandonner à la justice de Dieu. Ils priaient leur supérieur de ne point leur donner la sépulture, mais de les jeter à la voirie, afin de servir de pâture aux bêtes sauvages ».

Saint Jean Climaque nous dit que ce spectacle l’avait tant effrayé qu’il ne put rester qu’un mois au monastère : il ne pouvait plus vivre. Quand je fus de retour, dit-il, mon supérieur vit que j’étais si changé qu’à peine pouvait-il me reconnaître. Eh bien ! mon frère, me dit-il, vous avez vu les travaux et les combats de nos généreux soldats. Je ne pus lui répondre que par mes larmes, tant ce genre de vie m’avait effrayé et avait rendu mon corps si faible et si desséché.

Eh bien ! mes frères, voilà des chrétiens comme nous et bien moins pécheurs que nous ; voilà, mes frères, des pénitents qui n’attendaient que le même ciel que nous, qui n’avaient qu’une âme à sauver comme nous. Pourquoi donc, mes frères, tant de larmes, tant de douleurs et tant de pénitences ? Hélas ! mes frères, c’est qu’ils sentaient la grandeur du poids de leurs péchés, et combien l’outrage que le péché fait à Dieu est épouvantable ; voilà, mes frères, ce qu’ont fait ceux qui ont compris la grandeur du malheur de perdre le ciel. O mon Dieu ! être insensible à tant de malheurs, n’est-ce pas le plus grand de tous les malheurs ? O mon Dieu ! des chrétiens qui m’entendent et qui ont la conscience chargée de péchés et qui n’ont point d’autre sort à attendre que celui des réprouvés ! Mon Dieu ! peuvent-ils bien vivre tranquilles ? Hélas ! que celui qui a perdu la foi est malheureux !

 

II – Nous disons que nécessairement après le péché il faut faire une pénitence dans ce monde ou bien aller la faire dans l’autre.

Si l’Église a établi des jours de jeûne et d’abstinence, c’est pour nous faire ressouvenir qu’étant pécheurs nous devons faire pénitence, si nous voulons que le bon Dieu nous pardonne ; et bien plus, nous pouvons dire que le jeûne, la pénitence a commencé avec le monde. Voyez Adam ; voyons Moïse qui jeûna quarante jours. Nous voyons aussi Jésus-Christ, qui était la sainteté même, demeurer quarante jours dans un désert sans boire ni manger, pour nous montrer que notre vie ne doit être qu’une vie de larmes, de pénitence et de mortification. Hélas ! mes frères, dès qu’un chrétien quitte les larmes, la douleur de ses péchés et la mortification, adieu la religion. Oui, mes frères, pour conserver en nous la foi, il faut que nous soyons toujours occupés à combattre nos penchants et à gémir sur nos misères.

Voici un exemple qui va vous montrer combien nous devons prendre garde de ne pas donner à nos penchants tout ce qu’ils nous demandent. Nous lisons dans l’histoire qu’il y avait un époux qui avait une femme bien vertueuse et un fils qui marchait sur ses traces. Ils faisaient consister tout leur bonheur dans la prière et dans la fréquentation des sacrements. Les saints jours de dimanche, après les offices, ils n’avaient point d’autre occupation et d’autre plaisir que de faire du bien ; ils allaient visiter les malades et leur fournissaient tous les secours dont ils étaient capables. Étant chez eux, ils passaient leur temps à faire des lectures de piété capables de les animer dans le service de Dieu. Ils nourrissaient ainsi leurs âmes dans la grâce de Dieu, ce qui faisait tout leur bonheur. Mais comme le père était un impie et un libertin, il ne cessait de les blâmer et de se moquer d’eux, en disant que leur genre de vie lui déplaisait grandement et que cette manière de vivre ne pouvait convenir qu’à des personnes ignorantes ; il tâchait de leur mettre devant les yeux les livres les plus infâmes et les plus capables de les détourner du chemin de la vertu dans lequel ils marchaient. La pauvre mère pleurait d’entendre ce langage, et le fils en gémissait de son côté. Mais, à force de se voir persécutés, trouvant sans cesse ces livres devant eux, ils voulurent, malheureusement, voir ce qu’ils renfermaient ; et, hélas ! sans s’en apercevoir, ils prirent goût à ces lectures qui n’étaient remplies que d’ordures contre la religion et les bonnes mœurs. Hélas ! leurs pauvres cœurs, autrefois si bien au bon Dieu, furent bientôt tournés vers le mal ; leur manière de vivre changea entièrement ; ils commencèrent à abandonner toutes leurs pratiques ; il ne fut plus question ni de jeûne, ni de pénitence, ni de confession, ni de communion, de sorte qu’ils laissèrent tout à fait leurs devoirs de chrétiens. Le mari qui s’en aperçut fut très content de les voir tourner de son côté. Comme la mère était encore jeune, toute son occupation fut de se parer, de fréquenter les bals et les comédies et toute autre partie de plaisir qu’elle pouvait trouver.

Le fils, de son côté, suivait les traces de sa mère : il devint par la suite un grand libertin qui scandalisa autant son endroit qu’il l’avait édifié auparavant. Ce n’était plus que partie de plaisir et que débauche, de sorte que la mère et l’enfant faisaient des dépenses énormes ; leur fortune fut bientôt affaiblie. Le père, voyant qu’il tombait dans les dettes, voulut savoir si sa fortune pourrait suffire à leur laisser continuer ce genre de vie dont lui-même était l’auteur ; mais il fut bien surpris lorsqu’il vit que son bien ne pouvait pas même faire face à ses dettes. Alors une espèce de désespoir s’empara de lui, un bon matin il se lève, de sang-froid et même avec réflexion il charge trois pistolets, entre dans la chambre de sa femme, lui brûle la cervelle ; il passe dans la chambre de son fils, lui décharge le deuxième coup, et le dernier fut pour lui-même. Ah ! malheureux père, au moins si tu avais laissé cette pauvre femme et ce pauvre enfant dans la prière, les larmes et la pénitence, ils auraient été pour le ciel, tandis que tu les a jetés en enfer en y tombant toi-même. Eh bien ! mes frères, quelle fut la cause de ce grand malheur, sinon qu’ils avaient cessé de pratiquer notre sainte religion ?

Hélas ! mes frères, quel châtiment peut être comparable à celui d’une âme, à laquelle le bon Dieu enlève la foi en punition de ses péchés ? Oui, mes frères, si nous voulons sauver nos âmes, la pénitence nous est aussi nécessaire pour persévérer dans la grâce de Dieu que la respiration pour vivre, pour conserver la vie du corps. Oui, mes frères, soyons bien persuadés que, si nous voulons que notre chair soit soumise à notre esprit et à la raison, il faut nécessairement la mortifier ; si nous voulons que notre corps ne fasse pas la guerre à notre âme, il faut le mortifier avec tous ses sens ; si nous voulons que notre âme soit soumise à Dieu, il faut la mortifier avec toutes ses puissances.

Nous lisons dans l’Écriture Sainte que lorsque le Seigneur, commanda à Gédéon d’aller combattre contre les Madianites, il lui ordonna de commander à tous ses soldats timides et craintifs de se retirer. Plusieurs milliers se retirèrent. Il en restait encore dix mille. Le Seigneur dit à Gédéon : Vous avez encore trop de soldats ; faites une petite revue, et observez tous ceux qui prendront de l’eau seulement avec la main pour la porter à leur bouche mais sans s’arrêter ; ce sont ceux-là que vous conduirez au combat. De dix mille il n’y en eut que trois cents [Judic. 7, 6]. Le Saint-Esprit donne cet exemple pour nous faire voir combien il y a peu de personnes qui pratiquent la mortification et qui seront sauvées.

Il est vrai, mes frères, que la mortification ne consiste pas toute dans la privation du boire et du manger, quoiqu’il soit très nécessaire de ne pas tout accorder ce que demande notre corps, saint Paul nous disant : « Je traite durement mon corps, de crainte qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même ».

Mais il est aussi certain, mes frères, qu’une personne qui aime ses plaisirs, qui cherche ses commodités, qui fuit l’occasion de souffrir, qui s’inquiète, qui murmure, qui gronde et qui s’impatiente à la moindre chose qui ne va pas selon ses désirs et ses volontés, n’a que le nom de chrétienne ; elle n’est bonne que pour déshonorer sa religion, puisque Jésus-Christ nous dit : « Que celui qui veut être à moi prenne sa croix et qu’il me suive ; qu’il renonce à lui-même ; qu’il prenne sa croix tous les jours de sa vie et qu’il me suive [Luc 9, 23] ». Il n’est pas douteux, mes frères, qu’une personne sensuelle n’aura jamais ces vertus qui nous rendent agréables à Dieu et nous assurent le ciel. Si nous voulons avoir la plus belle de toutes les vertus, qui est la chasteté, sachons que c’est une rose qui ne se cueille que parmi les épines ; et par conséquent elle ne se rencontrera, ainsi que toutes les autres vertus, que dans une personne mortifiée. Nous lisons dans l’Écriture Sainte [Dan. 9, 3-22] que l’ange Gabriel, étant apparu au prophète Daniel, lui dit : « Le Seigneur a écouté votre prière, parce qu’elle a été faite dans les jeûnes et la cendre ; » la cendre nous marque l’humilité. Nous lisons dans l’histoire que deux missionnaires jésuites [saint François de Borgia et le père Bustamance] étant couchés ensemble, il y en eut un qui, étant incommodé d’un rhume, cracha toute la nuit sur son compagnon sans le savoir. Le matin, voyant l’autre qui se lavait, il en fut extrêmement chagriné et lui en demanda pardon. L’autre lui dit : « Mon ami, vous ne pouviez pas cracher dans un endroit plus vil qu’en crachant sur moi ». Voilà, mes frères, un exemple qui montre jusqu’à quel degré ce bon Père portait la mortification.

 

III – Mais, me direz-vous, combien y a-t-il de sortes de mortifications ? – mes frères, le voici, il y en a deux : l’une est intérieure, l’autre est extérieure, mais elles vont toujours ensemble.

Pour la mortification extérieure, elle consiste à mortifier notre corps avec tous ses sens :

1° Nous devons mortifier nos yeux : ne rien regarder par curiosité, ni différents objets qui pourraient nous porter à avoir quelques mauvaises pensées ; ne point lire de livres qui ne sont pas capables de nous porter à la vertu, qui, au contraire, ne peuvent que nous en détourner et éteindre le peu de foi que nous avons.

2° Nous devons mortifier nos oreilles ; ne point écouter avec plaisir toutes ces chansons, ces discours qui peuvent nous flatter et qui n’aboutissent à rien : c’est toujours un temps bien mal employé et ravi aux soins que nous devons donner à notre âme ; ne jamais prendre plaisir à écouter les médisances et les calomnies. Oui, mes frères, nous devons nous mortifier en tout cela et ne pas être du nombre de ces personnes curieuses qui veulent savoir tout ce que l’on a dit, ce que l’on a fait, d’où l’on vient, ce que l’on veut, ce que l’on nous a dit.

3° Nous disons que nous devons nous mortifier dans notre odorat : ne jamais prendre plaisir à sentir ce qui peut satisfaire notre goût. Nous lisons dans là vie de saint François de Borgia qu’il n’a jamais senti les fleurs, mais qu’au contraire il mettait souvent dans sa bouche des pilules et les mâchait [Catapotia dentibus eadem de caussa mandere solitus : « Il avait coutume de mâcher des pilules avec les dents, par mortification ». Vita S. Franc. Borgiæ, cap. XV. Act. SS. T. V, oct., p. 286] afin de se punir du plaisir qu’il pouvait avoir pris en sentant quelque bonne odeur ou en mangeant des mets délicats.

4° Je dis que nous devons mortifier notre bouche ; il ne faut pas manger par gourmandise, ni au-delà du nécessaire ; il ne faut donner au corps rien qui puisse exciter les passions ; ne jamais manger hors des repas sans une nécessité. Un bon chrétien ne fait jamais un repas sans se mortifier de quelque chose.

5° Un bon chrétien doit mortifier sa langue en ne parlant qu’autant qu’il est nécessaire pour remplir son devoir et pour la gloire de Dieu et le bien du prochain. Voyez Jésus-Christ : pour nous montrer combien le silence est une vertu qui lui est agréable et pour nous porter à l’imiter, il a gardé le silence pendant trente ans. Voyez la Sainte Vierge : l’Évangile nous montre qu’elle n’a parlé que quatre fois seulement, quand la gloire de Dieu et le salut du prochain le demandaient. Elle parla quand l’ange lui annonça qu’elle serait Mère de Dieu [Luc 1, 34-38] ; elle parla lorsqu’elle alla visiter sa cousine Elisabeth, pour lui faire part de son bonheur [Ibid. 46] ; elle parla à son Fils, quand elle le retrouva dans le temple [Ibid. 2, 48] ; elle parla quand elle fut aux noces de Cana, lorsqu’elle représenta à son Fils le besoin de ces gens [Jean 2, 3].

Nous voyons aussi que, dans toutes les communautés religieuses, un grand point de leurs règles est le silence : aussi, saint Augustin nous dit que celui qui ne pèche pas par la langue est parfait [« Si quis in verbo non offendit, hic perfectus est vir ». Jac. 3, 2]. Nous devons surtout mortifier notre langue lorsque le démon nous inspire de dire de mauvaises raisons, de mauvaises chansons, des médisances et des calomnies contre le prochain ; de même, ne pas dire des jurements, des paroles grossières.

6° Je dis que nous devons mortifier notre corps en ne lui donnant pas autant de repos qu’il en veut, c’est une vertu de tous les saints.

Mortification intérieure. En second lieu, nous avons dit que nous devons pratiquer la mortification intérieure. Et d’abord, mortifions notre imagination. Il ne faut pas la laisser aller d’un côté et d’autre, ni la laisser se remplir de choses inutiles, surtout ne pas la laisser promener sur des choses qui peuvent la conduire au mal, comme de penser à certaines personnes qui ont commis quelques mauvais péchés contre la sainte vertu de pureté, comme aussi de penser aux jeunes gens qui se marient : tout cela n’est autre chose qu’un piège que le démon nous tend pour nous conduire au mal. Autant qu’il se présente de ces pensées, il faut les renvoyer. Il ne faut pas non plus nous laisser occuper l’imagination, ce que je deviendrais, ce que je ferais, si j’étais…, si j’avais ceci, si on me donnait cela, si je pouvais gagner cela. Toutes ces choses ne servent de rien qu’à nous faire perdre bien du temps où nous pourrions penser à Dieu et au salut de notre âme. Il faut, au contraire, occuper notre imagination à penser à nos péchés pour en gémir et nous en corriger ; souvent penser à l’enfer, afin de travailler à l’éviter ; souvent penser au ciel, afin de vivre de manière à le mériter ; souvent penser à la mort et passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ pour nous aider à supporter les maux de la vie en esprit de pénitence.

Nous devons aussi mortifier notre esprit : ne jamais vouloir examiner si notre religion n’est pas bonne, ni vouloir chercher à comprendre les mystères, mais seu­lement raisonner de la manière la plus sûre dont nous devons nous conduire pour plaire à Dieu et sauver notre âme.

Ensuite, nous devons mortifier notre volonté, en cédant toujours à la volonté des autres quand notre conscience n’y est pas compromise. Et le faire sans montrer que cela nous fait de la peine ; au contraire, être contents de trouver une occasion de nous mortifier afin de pouvoir expier les péchés de notre volonté. Voilà, mes frères, en général, les petites mortifications que nous pouvons pratiquer à chaque instant, comme encore de supporter les défauts et les mauvaises coutumes de ceux avec qui nous vivons. Il est certain, mes frères, que les personnes qui ne cherchent qu’à se contenter dans le boire et le manger et dans les plaisirs que leur corps, leur esprit peuvent désirer, ne plairont jamais à Dieu, puisque notre vie doit être une imitation de Jésus-Christ. Je vous demande quelle ressemblance on pourra trouver entre la vie d’un ivrogne et celle de Jésus-Christ, qui a passé sa vie dans le jeûne et les larmes ; entre celle d’un impudique et la pureté de Jésus-Christ ; entre un vindicatif et la charité de Jésus-Christ ; et ainsi du reste. Hélas ! mes frères, qu’allons-nous devenir lorsque Jésus-Christ va confronter notre vie avec la sienne ? Faisons au moins quelque chose qui puisse être capable de lui plaire.

Nous avons dit, en commençant, que la pénitence, les larmes et la douleur de nos péchés nous consolent grandement à l’heure de la mort, ce qui n’est pas douteux. Quel bonheur pour un chrétien dans ce dernier moment, où l’on fait si bien son examen de conscience, de se rappeler d’avoir non seulement bien observé les commandements de Dieu et de l’Église, mais d’avoir passé sa vie dans les larmes et la pénitence, dans la douleur de ses péchés et dans une mortification continuelle de tout ce qui pouvait contenter ses plaisirs. Si nous avons quelque crainte, ne pourrons-nous pas dire comme saint Hilarion : « Que crains-tu, mon âme ? il y a tant d’années que tu travailles à faire la volonté de Dieu et non la tienne ! aie confiance, le Seigneur aura pitié de toi » [Vie des Pères du désert. T. V p. 208].

Pour mieux vous le faire comprendre, je vous en citerai un bel exemple : Saint Jean Climaque nous dit [L’Échelle Sainte] qu’il y avait un jeune homme qui avait conçu un grand désir de passer sa vie à faire pénitence et de se préparer à la mort ; il ne mit point de bornes à ses pénitences. Quand la mort arriva, il fit appeler son supérieur, en lui disant : « Ah ! mon père, quel bonheur pour moi ! Oh ! que je suis heureux d’avoir vécu dans les larmes, dans la douleur de mes péchés et dans la pénitence. Le bon Dieu qui est si bon m’a promis le ciel. Adieu, mon père, je vais me réunir à mon Dieu dont j’ai tâché d’imiter la vie autant qu’il m’a été possible ; adieu, mon père, je vous remercie de m’avoir encouragé à marcher dans cette heureuse route ».

Mes frères, quel bonheur pour nous dans ce moment d’avoir vécu pour le bon Dieu ; d’avoir fui et craint le péché, de nous être privés non seulement des plaisirs mauvais et défendus, mais encore de plaisirs permis et innocents ; d’avoir fréquenté souvent et dignement les sacrements où nous aurons tant trouvé de grâces et de forces pour combattre le démon, le monde et nos penchants. Mais, dites-moi, mes frères, que peut-on espérer, dans ce moment épouvantable où le pécheur voit devant ses yeux une vie qui n’est qu’une chaîne de crimes ? Que peut-on espérer pour un pécheur qui a vécu à peu près comme s’il n’avait point d’âme à sauver et comme s’il croyait que quand il est mort tout est fini ; qui n’a presque jamais fréquenté les sacrements et qui, toutes les fois qu’il les a fréquentés, n’a fait que les profaner par de mauvaises dispositions ; un pécheur qui, non content d’avoir raillé et méprisé sa religion et ceux qui avaient le bonheur de, la pratiquer, a fait encore nous ses efforts pour entraîner les autres à marcher dans sa route d’infamie et de libertinage ? Hélas ! quelle frayeur et quel désespoir pour ce pauvre malheureux de reconnaître alors qu’il n’a vécu que pour faire souffrir Jésus-Christ, perdre sa pauvre âme et tomber en enfer ! Mon Dieu, quel malheur ! d’autant plus qu’il savait très bien qu’il pouvait obtenir le pardon de ses péchés s’il avait voulu. Mon Dieu, quel désespoir pour l’éternité !

Voici un exemple admirable qui nous montre que, si nous sommes damnés, ce sera bien parce que nous n’aurons pas voulu nous sauver. Il est rapporté dans l’histoire [Vie des Pères du désert. T. I, chap. XV, Saint Paphnuce] que sainte Thaïs avait été dans sa jeunesse une des plus fameuses courtisanes que la terre ait portées cependant elle était chrétienne. Elle se précipita dans tout ce que son cœur, qui n’était autre chose qu’un brasier d’un feu impur, put désirer : elle profana dans la débauche tout ce que le ciel lui avait donné d’esprit et de beauté ; et sa propre mère fut même l’instrument dont l’enfer se servit pour la plonger avec une fureur épouvantable dans tant d’ordures, que sa pauvre jeunesse se passa dans tous les dérèglements les plus infâmes et les plus déshonorants pour une personne comme elle. Les uns se ruinaient pour lui faire des présents, plusieurs se poignardèrent pour n’avoir pu la posséder seuls. Enfin les dérèglements de cette comédienne étaient le scandale de toute la province et un sujet de gémissement pour tous les gens de bien. Je vous laisse à penser le mal qu’elle faisait, les âmes qu’elle perdait, les outrages qu’elle faisait à Jésus-Christ par les personnes qu’elle entraînait dans le péché. Elle avait été très instruite dans sa jeunesse, mais ses désordres et la violence de ses passions avaient étouffé en elle toutes les vérités de la religion.

Cependant le bon Dieu voulait manifester la grandeur de ses miséricordes, sachant combien sa conversion en procurerait d’autres ; et, jetant sur elle un regard de compassion, il alla la chercher lui-même au milieu de ses ordures les plus infâmes. Pour opérer ce grand miracle de sa grâce, il se servit d’un saint solitaire à qui il fit connaître cette fameuse pécheresse et tous ses dérèglements. Le Seigneur lui commanda d’aller trouver cette courtisane. Ce solitaire était saint Paphnuce. Il prend l’habit d’un cavalier, se fournit d’argent, et il part pour la ville où elle avait fait sa demeure. Comme il était conduit par Dieu lui-même, il arriva droit où elle était, et demanda à lui parler.

Cette créature, qui ne savait rien de tout cela, le conduisit dans une chambre écartée et bien ornée. Alors le saint lui demanda si elle n’en avait point d’autre plus écartée où il pût se dérober aux yeux de Dieu même. « Eh quoi ! lui dit la courtisane, soyez sûr que personne ne viendra : mais si vous craignez la présence de Dieu, est-ce qu’il n’est pas partout ? » Le saint fut fort étonné de lui entendre parler du bon Dieu : « Eh quoi ! lui dit-il, est-ce que vous connaissez le bon Dieu ? » – « Oui, lui dit-elle ; et bien plus, je sais qu’il y a un paradis pour ceux qui le servent avec fidélité et un enfer pour ceux qui le méprisent. » – « Mais comment, lui dit le saint, avec toutes ces connaissances pouvez-vous vivre comme vous vivez, et pendant tant d’années, en vous préparant à vous-même un enfer ? » Ces seules paroles du saint, jointes à la grâce du bon Dieu, furent un coup de foudre qui renversa notre courtisane, comme saint Paul sur le chemin de Damas. Elle se jeta à ses pieds, fondant en larmes et le priant en grâce d’avoir pitié d’elle, de de­mander miséricorde pour elle auprès du Seigneur. Elle se disait prête à faire tout ce qu’il voudrait pour essayer si le bon Dieu voudrait encore la pardonner. Elle ne lui demanda qu’un délai de trois heures pour mettre ordre à ses affaires : ensuite elle se rendrait dans l’endroit qu’il lui marquerait pour ne plus penser qu’à pleurer ses péchés. Le saint lui ayant accordé ce délai, elle assembla le plus qu’elle put des libertins qui s’étaient plongés avec elle dans le péché, les conduisit sur la place publi­que : et là, en leur présence, se dépouilla de toutes ses parures ; elle fit apporter les meubles qui avaient été achetés avec l’argent de ses infamies, en fit un tas et y mit le feu sans rien dire ni pourquoi elle agissait ainsi. Après cela, elle quitta la place pour se rendre auprès du saint qui l’attendait et qui la conduisit dans un monastère de filles. Il la renferma dans une cellule dont il scella la porte, et pria une religieuse de lui porter quelques morceaux de pain et un peu d’eau. Thaïs demanda au saint quelle prière elle devait faire dans sa retraite afin de toucher le cœur de Dieu. Le saint lui répondit : « Vous n’êtes pas digne de prononcer le nom de Dieu, parce que vos lèvres sont pleines d’iniquités, ni d’élever vers le ciel vos mains si criminelles : Contentez-vous de vous tourner vers l’orient, et dites dans toute la douleur de votre cœur et l’amer­tume de votre âme : « O vous qui m’avez créée, ayez pitié de moi ».

Voilà toute la prière qu’elle fit pendant trois ans qu’elle resta enfermée dans ce trou de mur, pendant lesquels elle ne perdit jamais le souvenir de ses péchés. Elle pleura tant, elle maltraita si cruellement son corps, que quand saint Paphnuce alla consulter saint Antoine pour savoir si le bon Dieu lui avait fait miséricorde, saint Antoine, après avoir passé la nuit en prière avec ses religieux pour cela, lui dit que le bon Dieu avait révélé à un de ses religieux, qui était saint Paul le Sim­ple, qu’un trône éclatant était préparé dans le ciel à la pénitente Thaïs. Alors le saint, plein de joie et d’admi­ration de ce que dans si peu de temps elle avait satisfait à la justice de Dieu, va la trouver pour lui dire que ses péchés lui étaient pardonnés et qu’elle devait quitter sa cellule. Le saint lui demanda ce qu’elle avait fait pen­dant ces trois ans. Elle lui dit : « Mon père, j’ai mis mes péchés devant moi comme en un monceau et je n’ai cessé de les pleurer et de demander miséricorde ». C’est précisément, lui répondit saint Paphnuce, pour cela que vous avez gagné le cœur de Dieu, et non par vos autres pénitences. Ayant quitté sa cellule pour aller dans un monastère, elle ne survécut que quinze jours, après les­quels elle alla chanter dans le ciel la grandeur de la miséricorde de Dieu.

Mes frères, cet exemple nous montre combien nous aurions vite gagné le cœur de Dieu, si nous voulions, sans faire aucune de ces grandes pénitences. Que de regrets pendant toute l’éternité de n’avoir pas voulu nous faire quelque violence pour quitter le péché ! Oui, mes frères, nous verrons un jour que nous aurions pu satisfaire à la justice de Dieu rien qu’avec les petites misères de la vie que nous sommes obligés de souffrir dans l’état où le bon Dieu nous a placés, si nous voulions en même temps y joindre quelques larmes et une douleur sincère de nos péchés. Que nous aurons de regrets d’avoir vécu et d’être morts dans le péché, lorsque nous verrons que Jésus-Christ a tant souffert pour nous et qu’il désirait tant de nous pardonner, si nous lui avions demandé pardon ! Mon Dieu, que le pécheur est aveugle et malheureux !

Nous craignons de faire pénitence. Mais voyez, mes frères, la manière dont on se conduisait envers les pécheurs dans les commencements de l’Église. Ceux qui vou­laient se réconcilier avec le bon Dieu se rendaient le mercredi des Cendres à la porte de l’église avec des habits sales et déchirés. Étant entrés dans l’église, on leur couvrait la tête de cendres, on leur donnait un cilice qu’ils devaient porter autant de temps que devait durer leur pénitence. Après cela on leur commandait de se prosterner contre terre, et pendant ce temps-là on chantait les sept psaumes de la pénitence pour implorer sur eux la miséricorde de Dieu ; ensuite on leur faisait une exhortation pour les engager à se livrer à la péni­tence, avec autant de zèle qu’ils pourraient, espérant que peut-être le bon Dieu se laisserait toucher.

Après tout cela, on les avertissait qu’on allait les chasser de l’église avec confusion, comme Dieu chassa Adam du paradis terrestre après son péché. A peine les laissait-on sortir qu’on leur fermait dessus la porte de l’église. Mais si vous désirez savoir comment ils pas­saient ce temps-là, combien durait cette pénitence, le voici : d’abord, ils étaient ordinairement obligés à vivre dans la retraite ou bien à s’occuper des travaux les plus pénibles ; ils avaient tant de jours par semaine pendant lesquels ils devaient jeûner au pain et à l’eau, selon le nombre et la grandeur de leurs péchés ; ils avaient de longues prières pendant la nuit prosternés la face contre terre ; ils couchaient sur des planches ; ils se levaient plusieurs fois la nuit pour pleurer leurs péchés. On les faisait passer par différents degrés de pénitence ; les dimanches, ils paraissaient à la porte de l’église vêtus d’un cilice, la tête couverte de cendre, restant dehors exposés au mauvais temps ; ils se prosternaient devant les fidèles qui entraient à l’église, en les conjurant, avec larmes, de prier pour eux. Au bout d’un certain temps, ils avaient la permission d’entendre la parole de Dieu, mais aussitôt que l’instruction était faite, on les chassait de l’église ; plusieurs n’étaient admis à la grâce de l’abso­lution qu’à l’heure de la mort. Encore regardaient-ils cela comme une grande grâce que l’Église leur faisait après avoir passé dix ans, vingt ans, parfois plus long­temps encore dans les larmes et la pénitence. Voilà, mes frères, comment l’Église se conduisait autrefois pour les pécheurs qui voulaient se convertir tout de bon.

Si maintenant, mes frères, vous désirez savoir ceux qui se soumettaient à toutes ces pénitences : je vous dirai tous, depuis les bergers jusqu’aux empereurs. Si vous en voulez un exemple, en voici un que nous avons dans la personne de l’empereur Théodose. Ayant péché plutôt par surprise que par malice, saint Ambroise lui écrivit en lui disant : « J’ai vu cette nuit dans une vision où le bon Dieu m’a fait voir que vous veniez à l’église, il m’a commandé de vous défendre d’entrer ». L’empereur, en lisant cette lettre, pleura amèrement ; cependant il alla se prosterner à la porte de l’église comme à l’ordinaire, avec espérance que ses larmes et son repentir touche­raient le saint évêque. Quand saint Ambroise le vit venir, il lui dit : « Arrêtez, empereur, vous êtes indigne d’en­trer dans la maison du Seigneur ». L’empereur lui dit : « II est vrai, mais David avait bien péché, et le Seigneur l’a pardonné » – « Eh bien! lui dit saint Ambroise, puis­que vous l’avez imité dans son péché, suivez-le dans sa pénitence. » L’empereur, à ces mots, se retire sans rien dire dans son palais, quitte ses ornements impériaux, se prosterne la face contre terre, s’abandonne à toute la douleur dont son cœur était capable. Il resta huit mois sans mettre les pieds à l’église. Lorsqu’il voyait que ses domestiques y allaient, tandis que lui-même en était privé, on l’entendait pousser des cris capables de toucher les cœurs les plus endurcis. Quand on lui permettait d’assister aux prières publiques, il se tenait, non comme les autres, debout ou à genoux, mais le visage prosterné contre terre de la manière la plus touchante, se frappant la poitrine, s’arrachant les cheveux et pleurant amèrement. II conserva toute sa vie le souvenir de son péché ; il ne pouvait y penser sans verser des larmes. Eh bien ! mes frères, voilà ce que fit un empereur qui ne voulait pas perdre son âme.

Que devons-nous conclure, mes frères ? Le voici : c’est que, puisqu’il faut nécessairement pleurer nos péchés, en faire pénitence ou dans ce monde ou dans l’autre, choisissons la moins rigoureuse et la moins longue. Quel regret, mes frères, d’arriver à la mort sans avoir rien fait pour satisfaire à la justice de Dieu ! Quel malheur d’avoir perdu tant de moyens que nous avions de souffrir quelques misères qui, si nous les avions bien prises pour le bon Dieu, nous auraient mérité notre pardon ! Quel malheur d’avoir vécu dans le péché, espérant toujours que nous, le quitterions, et de mourir sans l’avoir fait ! Mais prenons, mes frères, une autre route qui nous consolera davantage dans ce moment ; cessons de faire le mal ; commençons à pleurer nos péchés et souffrons tout ce que le bon Dieu voudra nous envoyer. Que notre vie ne soit qu’une vie de regrets, de repentir de nos péchés et d’amour de Dieu, afin que nous ayons le bonheur d’aller nous unir au bon Dieu pendant toute l’éternité. C’est ce que je vous souhaite.

 

Sur la conversion – Saint Jean Chrysostome

Saint Jean Chrysostome, Homélie sur la conversion : «La faute et son remède. Il y a quelque temps, je vous ai parlé de la charité ; vous m’avez entendu, vous vous êtes retirés et vous vous êtes livrés au pillage. Vous n’avez pas mis mes principes en pratique ! N’hésitez cependant pas à revenir à l’église : ayez honte de vos fautes, mas pas de votre repentir. Et comprenez bien l’action que le diable tente d’opérer sur vous. Nous avons deux acteurs en présence : la faute, et la conversion. La faute est la blessure à laquelle la conversion portera remède. Ce qui existe pour le corps existe également pour l’âme : il y a des blessures et des remèdes, des fautes et des conversions.

«Mais tandis que le péché a la honte en contrepartie, le repentir, lui, doit être associé à la confiance. Suivez bien mon développement, je vous prie, car il suffirait que vous perdiez le fil de ma démonstration pour que tout son intérêt vous échappe.

«Nous avons donc une blessure et un remède, la faute et la conversion ; la blessure, c’est la faute, et le remède, c’est la conversion. La première engendre une sorte de gangrène, alors que la seconde a pour objet de l’enrayer. Le péché abrite cette gangrène, il couvre le malade d’opprobre et de mépris. La conversion au contraire est une source de confiance, de liberté et de purification. Soyez très attentifs !

«La honte est une réaction à la faute, la confiance est le corollaire de la conversion. Vous saisissez ce que je veux dire. Satan a inversé l’ordre et a associé la confiance à la faute et la honte à la conversion. Je tiens à élucider cette question, je ne désarmerai pas, même si je dois poursuivre mon discours jusqu’au soir : je m’y suis engagé, il est hors de question que je me dérobe. Nous sommes donc en présence d’une blessure assimilable à la gangrène, et d’un remède destiné à purifier cette gangrène. Est-ce le remède qui génère la corruption, est-ce la blessure qui permet la guérison ? Ces causes et ces effets ne s’ordonnent-ils pas selon un ordre particulier ? Pensez-vous qu’ils soient interchangeables ? Non, en aucun cas !

«Abordons alors le problème de l’âme entachée de péchés. C’est le propre du péché de couvrir de honte, d’infamie et de mépris celui qui l’a commis ; le lot de la conversion, c’est la confiance, la sobriété, l’équité. « Fais toi-même le compte, afin d’être justifié » (Is 43, 26). Et ailleurs : « Le juste commence toujours pas s’accuser lui-même » (Pr 18, 17). Satan sait en outre que le péché engendre un sentiment de honte suffisamment puissant pour ramener le pécheur sur le droit chemin, et que la conversion procure un sentiment de confiance susceptible d’attirer le repentant. Aussi inversa-t-il l’ordre pour couvrir le repentir de honte et envelopper le péché de confiance. Je vais vous en donner un exemple.

«Un homme est saisi d’un désir brûlant pour une prostituée. Il la suit, comme s’il était son prisonnier, et pénètre chez elle. Sans le moindre soupçon de honte, il s’abandonne à elle, il se livre au péché. Je le répète, il ne manifeste aucune confusion. Et c’est une fois que la faute est commise, lorsqu’il ressort et veut se repentir, c’est à ce moment-là qu’il a honte ? Malheureux ! Lorsque vous étiez enlacé dans les bras de cette femme, vous n’aviez pas honte, et maintenant que vous vous disposez à vous convertir, vous êtes saisi de confusion ? Vous me dites qu’il a honte, mais pourquoi n’en éprouvait-il pas lorsqu’il commit son acte ? Pourquoi rougir à parler de son crime, alors qu’il l’a commis sans vergogne ?

«Vous reconnaissez l’œuvre maléfique du diable. Pendant que cet homme s’abandonnait au péché, il n’a pas laissé la honte l’envahir, mais il fait en sorte que sa faiblesse soit rendue publique : car il sait que s’il avait eu honte, il aurait reculé devant la faute. Par contre, il le livre à la honte, il aurait reculé devant la faute. Par contre, il le livre à la honte au moment du repentir, car il sait que ce sentiment sera un obstacle à sa conversion. Son objectif est donc double : entraîner sa proie vers le péché et ensuite empêcher sa conversion.

«Pourquoi cette confusion ? Au moment de commettre l’acte coupable, vous n’en manifestiez aucune, et maintenant que vous êtes sur le point d’y remédier, vous avez honte ? Vous rougissez de vous affranchir du péché ? C’est là la conduite que vous auriez dû avoir lorsque vous péchiez !

«Vous avez attendu d’être justifié pour rougir de honte, alors que cela ne vous a pas effleuré lorsque vous vous êtes rendu coupable ? « Fais toi-même le compte afin d’être justifié » (Is 43, 26). O bienveillance divine ! Le Seigneur n’a pas dit « afin d’échapper au châtiment », mais « afin d’être justifié ». N’était-ce pas suffisant que vous ne le punissiez pas, fallait-il encore le justifier ? Certainement, mais écoutez plutôt. Où trouvons-nous un exemple d’une telle justification ? A propos du larron ; il a suffi à ce dernier de dire à son compagnon : « Tu ne crains même pas Dieu ? Pour nous, c’est justice ; nous recevons ce qu’ont mérité nos actes » pour entendre ces paroles de Jésus : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis » (Luc 23, 40-41). Il ne lui a pas promis de lui épargner tout blâme et toute punition ; d’emblée, il le conduit justifié, au paradis.

«L’aveu sanctifié. Avez-vous remarqué que c’est grâce à l’aveu de ses fautes que le larron a été justifié ? La bienveillance de Dieu à l’égard des hommes est immense. Il n’épargne pas son propre fils pour épargner un serviteur. Il a livré son fils unique afin de racheter des esclaves ingrats, et, en guise de prix, il a versé son sang. O bienveillance divine !

«Ne me déclarez plus, je vous en prie, « J’ai beaucoup péché, comment pourrai-je être sauvé ? « . Car ce que vous ne pouvez opérer, Dieu, lui, le peut, et son pouvoir ira jusqu’à effacer toutes vos fautes. Soyez attentifs à ce que je vais vous dire. Dieu efface vos péchés de telle sorte qu’il n’en subsiste aucune trace. Un tel prodige n’existe pas dans la nature : un médecin pourra déployer les innombrables ressources de son art pour soigner une blessure, il ne parviendra pas pour autant à en supprimer la trace. Imaginez ainsi un homme qui aurait été frappé à l’œil à plusieurs reprises : même si, à chaque fois, il a soigné sa blessure, il subsistera néanmoins une cicatrice, et cette infirmité attestera dorénavant la lésion subie. Le médecin aura beau s’évertuer à faire disparaître la cicatrice, il n’y parviendra pas, car il se heurtera toujours à cette faiblesse de la nature et aux limites de son art et des médicaments.

«Par contre, lorsque Dieu efface des fautes, il fait en sorte qu’aucune cicatrice, aucune trace ne subsiste ; il affranchit l’âme de tout mal et par là lui restitue sa beauté originelle ; il lui offre sa justice tout en lui épargnant un châtiment ; enfin, il rend le pécheur en tous points semblable à celui qui n’a pas péché. En somme, la faute disparaît complètement, comme si elle n’avait jamais existé. Point de cicatrice, point de trace, point de témoin, point d’indice». (Saint Jean Chrysostome, huitième homélie sur la conversion, n° 2)