Sur la préparation à la mort

Sommaire

 

Pape saint Grégoire, homélie sur Luc 12, 35, 14 jan. 592 : «Si Notre-Seigneur a voulu que notre dernière heure nous soit inconnue, c’est pour qu’on puisse la considérer comme toujours imminente, et que dans l’impossibilité de la prévoir, on ne cesse de s’y préparer. … gardez les yeux de votre esprit fixés sur votre condition de mortels ; préparez-vous chaque jour à la venue du Juge par des pleurs et des lamentations».

Introduction

La mort est la séparation de l’âme et du corps.

Sans la grâce de Dieu, l’âme humaine, au moment de la mort, est emportée par les démons. Le moment de la mort est donc le moment le plus important de la vie, car l’âme entre dans l’éternité (l’éternité n’est pas un temps infini, mais un présent immobile). L’éternité est soit la vie éternelle avec Dieu, soit l’horreur éternelle avec le diable. Le Verbe ou la Parole de Dieu, Jésus-Christ, jugera chacun selon ses œuvres à l’heure de sa mort.

Jean 5, 39 : «Scrutez les Écritures, puisque vous pensez avoir en elles la vie éternelle, car ce sont elles qui rendent témoignage de moi».

Jean 12, 48 : «Celui qui me méprise et ne reçoit pas mes paroles, a qui le juge : la parole que j’ai annoncée sera elle-même son juge au dernier jour».

2 Timothée 3, 16 : «Toute Écriture divinement inspirée est utile pour enseigner, pour reprendre, pour corriger, pour former à la justice».

Mourir à soi-même

La véritable préparation à la bonne mort, pour le salut, est de mourir à soi-même chaque jour

Il est de première importance de bien vivre pour bien mourir, c’est-à-dire de mourir chaque jour à soi-même. Cela signifie mourir au péché pour vivre de la grâce.

Éphésiens 4, 22-24 : «À dépouiller, par rapport à votre première vie, le le vieil homme qui se corrompt par les désirs de l’erreur. Renouvelez-vous dans l’esprit de votre âme, et revêtez-vous de l’homme nouveau, qui a été créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité».

I Corinthiens 15, 31 : « Chaque jour … je meurs ».

Chaque jour est un jour que Dieu donne pour faire son salut : voilà le vrai sens de l’existence sur terre, et tout le reste est de la littérature. Que chaque jour nouveau soit donc un jour de plus pour faire son salut.

Philippiens 2, 12 : «opérez votre salut avec crainte et tremblement».

Matthieu 10, 28 : «Ne craignez point ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’âme ; mais craignez plutôt celui [Dieu] qui peut précipiter et l’âme et le corps dans la géhenne».

Saint Justin Martyr (≈100-165), Dialogue avec Tryphon, n°105 : «Et quand il [Le Christ] demande que son âme soit sauvée de l’épée, de la gueule du lion, de la patte du chien, c’était une prière pour que personne ne s’empare de notre âme ; pour que quand nous en arrivons à l’issue de la vie nous demandions les mêmes choses à Dieu, qui a le pouvoir de repousser tout impudent mauvais ange et de l’empêcher de prendre notre âme. … C’est Dieu qui nous enseigne lui-même et par son Fils à lutter de toutes manières pour devenir des justes, et à l’issue de la vie à demander que nos âmes ne tombent pas au pouvoir de quelque puissance comme celle-là».

Saint Jean de la Croix, Docteur mystique de l’Église, à Françoise de la Mère de Dieu, carmélite de Béas, n° 75 : «Puisqu’à l’heure de la reddition des comptes tu regretteras de n’avoir pas employé le temps présent au service de Dieu, pourquoi ne l’emploies-tu pas maintenant comme à l’heure de la mort tu voudrais l’avoir fait ?».

Saint L-M. de Montfort, Le secret admirable du Rosaire, n° 84 : « Cette vie est une guerre et une tentation continuelles ; nous n’avons pas à combattre des ennemis de chair et de sang, mais les puissances mêmes de l’enfer ».

La seconde mort

La première mort est la séparation de l’âme et du corps et la deuxième est la mort éternelle de l’âme, une mort qui ne cesse jamais où l’âme préférerait mourir pour que cesse son horreur et son tourment insupportables, mais elle meurt éternellement, toujours sans fin pour l’éternité.

Apocalypse 2, 11 : «Celui qui sera victorieux ne souffrira rien de la seconde mort».

Apocalypse 20, 14 : «L’enfer et la mort furent jetés dans l’étang de feu. Celle-ci est la seconde mort».

Ceux qui se moquent de Dieu et soi-disant ne craignent rien, sont des menteurs : Qu’ils craignent vraiment Dieu, qu’ils craignent vraiment leur mort, qu’ils craignent vraiment leur jugement et qu’ils craignent vraiment la seconde mort.

I Corinthiens 6, 9-10 : «Ne savez-vous pas que les injustes ne posséderont pas le royaume de Dieu ? Ne vous abusez point : ni les fornicateurs, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les éfféminés, ni les abominables, ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants, ni les rapaces, ne posséderont le royaume de Dieu».

Hébreux 10, 31 : «Il est terrible de tomber aux mains du Dieu vivant».

Apocalypse 22, 15 : «Loin d’ici [1], les chiens [2], les empoisonneurs [3], les impudiques [4], les homicides [5], les idolâtres [6], et quiconque aime et fait le mensonge [7]».

[1] Loin d’ici : Hors de la cité de Dieu, c’est-à-dire dans les ténèbres extérieures où est le pleur et le grincement de dents (Lc 13, 28), puis en enfer, et enfin dans le lac de feu qui est la seconde mort.

[2] Les chiens : âmes immondes souillées avec les esprits impurs ou démons, par leurs croyances et/ou pratiques ésotériques/occultes, spiritisme, magie, divinations ; Ouija, Yoga, Reiki, New-âge, etc.

[3] Les empoisonneurs : les apostats empoisonneurs des âmes, comme les sorciers, empoisonneurs et assassins des corps et des âmes, les avorteurs, prescripteurs de produits mortels, etc.

[4] Les impudiques : les adultères, fornicateurs et luxurieux, immodestes, immoraux, les coupables du péché de scandale.

[5] Les homicides : Les hérétiques, meurtriers des âmes ; les adeptes des sectes hérétiques ; ceux qui aident les hérétiques ; et les meurtriers des autres par leur iniquité ou injustice, vaniteux, amis du monde.

[6] Les idolâtres : les païens et les adeptes des fausses religions, polythéisme, Hindouisme, bouddhismeIslam, Confucianisme, Taoisme, etc.

[7] Quiconque aime et fait le mensonge : les menteurs, ceux qui ont nié la loi naturelle de leur conscience, les athées, évolutionnistes, etc.

Pour pouvoir être sauvé il faut :

  • Être baptisé avec de l’eau (sacrement valide du Baptême) ;
  • Tenir la vraie foi divine et catholique (intègre et inviolée) jusqu’à la mort ;
  • Mourir en état de grâce (sans péché mortel ou pas sans contrition avec le désir de confession). La dévotion à la sainte Vierge est ordinairement nécessaire pour faire son salut.

Être baptisé et tenir la vraie foi catholique

On peut être sauvé sans les sacrements sauf le baptême, mais pas sans la vraie foi catholique. Il y a aujourd’hui un petit reste de Catholiques dans le monde et malheureusement les autres vont vers leur damnation éternelle.

Quand une personne rejette la foi de Dieu, ce qu’il ou elle fait d’autre n’importe pas. La foi est essentielle.

Marc 16, 16 : «Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé : mais celui qui ne croira pas sera condamné».

Hébreux 11, 6 : «Sans la foi il est impossible de plaire à Dieu».

C’est pourquoi nous voyons dans les Écritures que la foi est essentielle pour Dieu. Ceux qui nient la foi coupent la connexion avec Lui et sont sans valeur à Ses yeux. La vraie foi catholique et l’appartenance à la véritable Église catholique sont absolument nécessaires pour le salut.

Pape Boniface VIII, Unam Sanctam, 18 novembre 1302, ex cathedra [déclaration infaillible à tenir sous peine d’hérésie] : «… cette Église en dehors de laquelle il n’y a pas de salut ni rémission des péchés … En outre, nous déclarons, disons, définissons et proclamons à toute créature humaine qu’ils ont la nécessité absolue pour le salut d’être entièrement soumis au Pontife romain».

Pape Eugène IV, Concile de Florence, Cantate Domino, 1441, ex cathedra[déclaration infaillible à tenir sous peine d’hérésie] : «… aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Église catholique, non seulement païens, mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques ne peuvent devenir participants à la vie éternelle, mais iront «dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et ses anges» Mt 25, 41, à moins qu’avant la fin de leur vie ils ne lui aient été agrégés ; elle professe aussi que l’unité du corps de l’Église a un tel pouvoir que les sacrements de l’Église n’ont d’utilité en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle, pour eux seuls jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété et exercices de la milice chrétienne enfantent les récompenses éternelles, et que personne ne peut être sauvé, si grandes que soient ses aumônes, même s’il verse son sang pour le nom du Christ, s’il n’est pas demeuré dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique».

Pape Eugène IV, Concile de Florence, Le symbole d’Athanase, Sess. 8, 22 novembre 1439, ex cathedra [déclaration infaillible à tenir sous peine d’hérésie] : «Celui qui veut être sauvé, doit avant tout tenir la foi catholique, à moins que chacun la conserve intègre et inviolée, il périra sans aucun doute pour l’éternité».

Le plus grand acte de charité qu’on puisse faire est d’amener les autres à la vérité, la foi catholique, don de Dieu qui donne la vie et le salut, et qui doit être partagé. La foi inclue nécessairement les œuvres de la foi, car la foi sans les œuvres est une foi morte qui ne donne pas le salut.

Jacques 2, 17-20, 26 : «La foi, si elle n’a pas les œuvres, est morte en elle-même. Mais dira quelqu’un : Toi, tu as la foi, et moi j’ai les œuvres ; montre-moi ta foi sans les œuvres, et moi je te montrerai ma foi par mes œuvres. Tu crois qu’il n’y a qu’un seul Dieu, tu fais bien ; mais les démons croient aussi, et ils tremblent. Or veux-tu savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est morte ? … Comme le corps sans l’esprit est mort, ainsi la foi elle-même sans les œuvres est morte».

Les œuvres de la foi sont les œuvres morales de justice, miséricorde, et les autres, c’est-à-dire la mise en pratique des vérités de la foi. Mettre en adéquation sa vie avec sa foi, ce sont « les œuvres de la foi » sans lesquelles la foi est morte.

 

Mourir en état de grâce

On meurt comme on a vécu. Sans préparation à la mort ou mort à soi-même chaque jour, l’âme quittant le corps est directement en proie aux démons du monde spirituel ou « l’au-delà » qui l’emportent avec eux. Ordinairement, ceux qui ont vécu contre Dieu meurent contre Dieu ; Ceux qui ont vécu avec Dieu meurent avec Lui.

La contrition est absolument nécessaire pour le pardon des péchés

La contrition avec le sacrement de Confession ou le désir de Confession en cas d’impossibilité pardonne les péchés actuels et redonne l’état de grâce

La Contrition est la désolation ou douleur du cœur par amour de Dieu.

La contrition est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. Cette contrition comprend non seulement l’abandon du péché, le propos et le début d’une vie nouvelle, mais aussi la haine de la vie ancienne.

Pape Jules III, Concile de Trente, 14 ème sess. chap. 4, 25 nov 1551 ex cathedra : «La contrition, qui tient la première place parmi les actes du pénitent dont il a été parlé, est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. En tout temps ce mouvement de contrition a été nécessaire pour obtenir le pardon des péchés ; dans celui qui est tombé après le baptême, il prépare encore à la rémission des péchés s’il est joint à la confiance en la miséricorde divine et au désir de faire tout le reste requis pour recevoir ce sacrement comme il convient.

«Le saint concile déclare donc que cette contrition comprend non seulement l’abandon du péché, le propos et le début d’une vie nouvelle, mais aussi la haine de la vie ancienne, conformément à ces paroles : « Rejetez loin de vous toutes les iniquités par lesquelles vous avez prévariqué, et faites-vous un coeur nouveau et un esprit nouveau  » (Ez 18, 31). Et assurément celui qui aura considéré ces cris des saints : « Contre toi seul j’ai péché et en ta présence j’ai fait le mal » (Ps 50, 6) ; « j’ai peiné en gémissant, chaque nuit, je baigne ma couche » (Ps 6, 7) ; « je me rappellerai pour toi toutes mes années dans l’amertume de mon âme » (Is 38, 15), et d’autres de ce genre, comprendra aisément qu’elles provenaient d’une violente haine de la vie passée et d’une très grande détestation des péchés.

«Le saint concile enseigne en outre que, même s’il arrive parfois que cette contrition soit rendue parfaite par la charité et réconcilie l’homme avec Dieu avant que ce sacrement ne soit effectivement reçu, il ne faut néanmoins pas attribuer cette réconciliation à cette seule contrition sans le désir du sacrement, désir qui est inclus en elle».

L’attrition ou contrition imparfaite ne pardonne pas les péchés ni ne remet en état de grâce ni ne permet le salut mais dispose à la contrition

L’Attrition est la désolation ou douleur du cœur par crainte des châtiments.

L’attrition est un don de Dieu, une impulsion de l’Esprit-Saint, qui prépare pour le pécheur le chemin vers la justice, en considérant la laideur du péché ou par crainte de l’enfer et des châtiments, si elle exclut la volonté de pécher jointe à l’espoir du pardon.

Pape Léon X, Exsurge Domine, erreurs de Luther, n° 6, 15 juin 1520 : La contrition , que préparent la recherche, la récapitulation et la détestation des péchés, lorsqu’on repense à sa vie dans l’amertume de son cœur (Is 38, 15), en pesant la gravité, le nombre et la laideur des péchés, en voyant la béatitude éternelle perdue et la damnation éternelle encourue, cette contrition [attrition] rend hypocrite et même plus pécheur. – Condamné

Pape Jules III, Concile de Trente, 14 ème sess. chap. 4, 25 nov 1551 ex cathedra : «La contrition imparfaite, qu’on appelle attrition, parce qu’on la conçoit en général ou bien en considérant la laideur du péché ou bien par crainte de l’enfer et des châtiments, si elle exclut la volonté de pécher jointe à l’espoir du pardon, le saint concile déclare que non seulement elle ne fait pas de l’homme un hypocrite et un plus grand pécheur, mais qu’elle est aussi un don de Dieu, une impulsion de l’Esprit Saint qui, n’habitant pas encore le pénitent, mais le mouvant seulement, lui vient en aide, pour qu’il prépare pour lui-même le chemin vers la justice. Et bien que sans le sacrement de la pénitence elle ne puisse pas par elle-même conduire le pécheur jusqu’à la justification, cependant elle le dispose à obtenir la grâce de Dieu dans le sacrement de la pénitence. C’est fort utilement frappés par cette crainte que les gens de Ninive firent une pénitence complète à la prédication terrifiante de Jonas et obtinrent miséricorde du Seigneur (Jon. 3)…. C’est pourquoi on calomnie faussement des écrivains catholiques, comme s’ils avaient enseigné que le sacrement de la pénitence conférait la grâce sans aucun bon mouvement de la part de ceux qui le reçoivent ; jamais l’Église de Dieu n’a enseigné ni pensé cela. Mais fausse est la doctrine qui enseigne que la contrition est extorquée et forcée, et non pas libre et volontaire».

Pape Jules III, Concile de Trente, 14 ème sess. canon 5, 25 nov 1551 ex cathedra : «Si quelqu’un dit que la contrition que préparent l’examen [Attrition], le rappel et la détestation des péchés, et par laquelle on pense à ses années dans l’amertume de son cœur (Is 38, 15), en pesant la gravité, l’abondance et la laideur de ses péchés, ainsi que la perte du bonheur éternel et la damnation éternelle encourue, avec le ferme propos d’une vie meilleure, que cette contrition n’est pas une douleur véritable et utile et ne prépare pas à la grâce, mais qu’elle rend l’homme hypocrite et davantage pécheur ; que, enfin, elle est une douleur contrainte et non pas libre et volontaire : qu’il soit anathème» 1456 ; 1676.

Voir aussi : Sur le sacrement de pénitence et quant à recevoir le pardon des péchés sans une absolution

Imitation de saint Joseph, Ch. XXIV, De la mort du pécheur :

 «Veillez et priez mon fils, car vous ne savez pas quand je viendrai, dit le Seigneur ; si c’est le soir ou au milieu de la nuit, au chant du coq, ou le matin (Marc 13, 33)». «Veillez de crainte que vos cœurs ne s’appesantissent par l’excès de l’intempérance ou par l’embarras des affaires, et que ce jour suprême ne vienne tout-à-coup vous surprendre ; car il enveloppera comme un filet tous les habitants de la terre».

Le pécheur méprise la mort quand elle est éloignée ; il dédaigne la vigilance et la prière ; et au moment où il lève la tête contre le ciel, il tombe dans la poussière. La mort arrive sur lui comme une tempête, et en un instant elle a fait justice de son orgueil et de son impiété.

Il y a surtout, mon fils, deux sortes de pécheurs que la mort surprend. Les uns, audacieux et fanfarons, paraissent se faire un jeu de la braver ; les autres timides et craintifs ne s’occupent que de leurs affaires, de leur fortune, de leurs plaisirs, et détournent constamment leur regard de leur dernière fin.

Et le jour du Seigneur arrive pour les uns et pour les autres. Et les voilà les uns et les autres couchés sur un lit de douleur, d’où ils seront bientôt portés dans un cercueil. Et la mort se tient à leur chevet prête à saisir sa proie. Et le démon étend la main pour les entraîner dans l’enfer. Accablé par la maladie, par le souvenir affreux de ses iniquités, le pécheur commence à comprendre alors, pourquoi il a été envoyé sur la terre. La nuit de l’éternité se présente à lui pleine d’horreur et de ténèbres. Il sait qu’il est un arbre sec et sans fruit qui va être coupé au pied ; un vase qui a corrompu l’eau qu’on y avait renfermée et qui va être brisé ; un esclave rebelle que son maître irrité rappelle à lui pour le châtier ; une maison en ruine qui va être démolie de fond en comble.

«Je suis jeune, s’était dit le pécheur, je pourrai goûter longtemps les biens et les plaisirs de la vie. Aujourd’hui je veux jouir, demain je verrai à faire pénitence». Le jour de l’iniquité s’est passé comme un songe, mais il n’a pas eu de lendemain. De sages avis ont été donnés au pécheur, et il ne les a point écoutés ; on lui a parlé des jugements de Dieu, de l’éternité, de l’enfer, et il s’en est moqué ; on lui a rappelé la mort et il a dit qu’il y réfléchirait plus tard. Hier il brillait dans les fêtes, il se distinguait par son humeur enjouée, par le soin  de sa parure, par la gaieté de sa conversation ; hier il jouait, il riait, il applaudissait, il était applaudi.

Et aujourd’hui le voilà face à face avec ses deux plus cruelles ennemies, la mort et sa mauvaise conscience. Déjà sa langue s’attache à son palais, ses yeux s’éteignent, son esprit s’égare, sa bouche se contracte, sa voix s’embarrasse. Il faut donc mourir !… Il n’y a donc plus d’espérance de prolonger la vie !… Un silence morne entoure le lit du mourant. Il n’y a plus qu’un remède, pécheur, la pénitence… Mais comment songer à faire pénitence dans une aussi affreuse situation ? Les abîmes de l’enfer sont entrouverts. Dans une heure, dans quelques instants, ils auront englouti leur proie.

L’effroi, la terreur, le désespoir, se joignent à la violence du mal et à l’abattement de l’esprit. Le pécheur n’ose pas recourir à Dieu qu’il ne considère que comme un juge irrité prêt à porter son éternelle sentence. Il n’ose prononcer le nom de Jésus qu’il n’a jamais invoqué avec foi et avec amour ; il n’ose s’adresser à Marie qu’il n’a jamais honorée ni priée. Autour de lui il ne voit que des esprits hideux et malfaisants qui lui mettent devant les yeux tous ses vices, toutes ses voluptés, toutes ses injustices, tous ses mépris de la grâce, toutes ses révoltes contre son Créateur. S’il tente de se relever vers son Dieu, ces esprits de ténèbres auxquels il livré son cœur dès sa jeunesse le terrassent et l’accablent sous le poids de ses iniquités.

L’infortuné tremble, pâlit, s’agite, se roule. «Trève jusqu’à demain matin, s’écrie t-il !… Trève jusqu’à ce soir !… Trève pour quelques minutes !…» Il n’y a plus de trève. L’heure fatale a sonné. La mort a étendu sa main. Le pécheur est entré dans l’éternité.

Mon fils approchez de ce lit funèbre. Triomphez de l’horreur que vous inspire cet affreux spectacle ; il sera salutaire à votre âme. Venez voir ces membres sans vie, cette tête défigurée, ce corps livide. Voilà la dépouille du pécheur !… Voilà le cadavre de l’homme qui, il y a peu de jours, disait à Dieu avec arrogance : Je ne vous servirai point (I Jér. 2, 20) ; qui se moquait des serviteurs fidèles ; qui peut-être même, mon fils, vous a ébranlé dans l’accomplissement de vos devoirs. Venez, voyez ce qu’il est maintenant devenu, contemplez et méditez.

Faire pénitence ou brûler

La vie est une préparation à la mort. Pour les pécheurs qui sont les ennemis de Dieu en ne voulant pas faire pénitence de leurs péchés, la vie est une préparation au feu éternel de l’enfer avec Satan et avec leurs péchés à cause de la justice de Dieu qui exige la peine due aux péchés. Pour les pécheurs qui font pénitence de leurs péchés, la vie est une préparation à la vie éternelle avec Dieu avec leur pénitence et à cause de la miséricorde de Dieu (en passant par le  feu du purgatoire pour ceux qui n’ont pas totalement expiés leurs péchés par leur pénitence). La vie revient à soit 1) faire pénitence pour payer la dette due aux péchés qu’exige la justice de Dieu pour vivre ensuite avec Lui, ou soit 2) vivre des plaisirs de la terre et ensuite brûler.

Matthieu 10, 28: «Ne craignez point ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’âme ; mais craignez plutôt celui [Dieu] qui peut précipiter l’âme et le corps dans la géhenne [l’enfer]».

Jean 12, 25b : «Celui qui aime sa vie la perdra ; et celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie éternelle».

Note Bible catholique Vulgate sur Jn 12, 25 : Haïr son âme, c’est faire toute espèce de sacrifices, accepter toute espèce de souffrances, pour rester fidèle à Dieu et conserver sa grâce.

Dieu n’écoute pas favorablement ceux qui ne font pas pénitence de leurs péchés et les hypocrites qui s’adressent à Lui sans vouloir vraiment sortir de leur état de péchés. Dieu se tourne vers le pauvre d’esprit qui se repent vraiment de l’avoir offensé et qui le craint.

Isaïe 66, 2 : « mais vers qui porterai-je mes regards, sinon vers le pauvre et celui qui a l’esprit contrit, et qui tremble à mes paroles ? ».

La vie chrétienne doit être une pénitence perpétuelle.

Pape Jules III, Concile de Trente, 14ème session, 1551, ex cathedra : «toute la vie chrétienne, qui doit être une pénitence perpétuelle [St Thomas, Summa contra gentiles IV, 73 ; Leonina 15, 234a 18 ; Parme 5, 365b]».

Éphésiens 6, 12 : «… nous n’avons point à lutter contre la chair et le sang mais contre les princes et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans l’air».

Saint L-M. de Montfort, Le secret admirable du Rosaire, n° 84 : « Cette vie est une guerre et une tentation continuelles ; nous n’avons pas à combattre des ennemis de chair et de sang, mais les puissances mêmes de l’enfer ».

La pénitence comprend :

1° Le repentir des péchés ou regret sincère des offenses faites à Dieu ;

2° L’attrition ou désolation du cœur pour ses péchés par crainte des châtiments ; L’attrition est un don de Dieu, une impulsion de l’Esprit-Saint, qui prépare pour le pécheur le chemin vers la justice, en considérant la laideur du péché ou par crainte de l’enfer et des châtiments, si elle exclut la volonté de pécher jointe à l’espoir du pardon. L’attrition dispose l’âme à la contrition. Contrairement à ce que certains peuvent croire, la contrition imparfaite, l’attrition, est bénéfique pour l’âme, même s’il n’est pas possible d’être sauvé sans la contrition parfaite, et c’est pourquoi l’attrition est une partie de la contrition, ainsi qu’une partie de la Loi de la prière de Contrition.

Concile de Trente, 14 ème sess. chap. 4 : «La contrition imparfaite, qu’on appelle attrition, parce qu’on la conçoit en général ou bien en considérant la laideur du péché ou bien par crainte de l’enfer et des châtiments, si elle exclut la volonté de pécher jointe à l’espoir du pardon, le saint concile déclare que non seulement elle ne fait pas de l’homme un hypocrite et un plus grand pécheur, mais qu’elle est aussi un don de Dieu, une impulsion de l’Esprit Saint qui, n’habitant pas encore le pénitent, mais le mouvant seulement, lui vient en aide, pour qu’il prépare pour lui-même le chemin vers la justice. Et bien que sans le sacrement de la pénitence elle ne puisse pas par elle-même conduire le pécheur jusqu’à la justification, cependant elle le dispose à obtenir la grâce de Dieu dans le sacrement de la pénitence.

3° La contrition ou désolation de ses péchés par amour de Dieu, vraie détestation de ses péchés qui fait qu’on préférerait mourir que de les commettre, et amendement de vie. La contrition est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. Cette contrition comprend non seulement l’abandon du péché, le propos et le début d’une vie nouvelle, mais aussi la haine de la vie ancienne.

Concile de Trente, 14ème sess. chap. 4 : «La contrition, qui tient la première place parmi les actes du pénitent dont il a été parlé, est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. En tout temps ce mouvement de contrition a été nécessaire pour obtenir le pardon des péchés».

4° La confession de ses péchés ou le désir de confession. S’il n’y a pas de prêtre disponible, il faut se confesser à une personne catholique (non-hérétique) de confiance, ce qui diminue la peine. Si on ne connaît personne de catholique et en laquelle on ait confiance, il faut offrir à Dieu le désir de se confesser à une personne catholique de confiance.

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 2, réponse à la conclusion : «… dans le cas de nécessité, un laïc peut aussi remplacer le prêtre de manière qu’on puisse se confesser à lui ¹».

¹ Note Abbé Drioux, 1854 : Avant saint Thomas et de son temps cet usage était en vigueur. Mais actuellement il n’existe plus… parce que cette espèce de confession n’est nullement de précepte, qu’elle paraîtrait favoriser l’erreur des hérétiques qui prétendent que tout  fidèle est ministre du sacrement.

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 2, réponse au 1 : «quand la nécessité presse, le pénitent doit faire ce qui le regarde, c’est-à-dire s’exciter à la contrition et se confesser à qui il peut. Ainsi la confession faite à un laïc à défaut de prêtre est sacramentelle d’une certaine manière, quoique le sacrement ne soit pas parfait, parce qu’il manque de ce qui se rapporte au prêtre».

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 2, réponse au 2 : «quoiqu’un laïc ne soit pas le juge [juridiction] de celui qui se confesse à lui, cependant, en raison de la nécessité, il reçoit absolument le droit de le juger, selon que celui qui se confesse se soumet à lui à défaut de prêtre».

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 6, réponse au 3 : «… la force sacramentelle de la Pénitence consiste dans la sanctification du ministre. C’est pour cela que celui qui se confesse à un laïc, bien que de son côté il remplisse ce qui appartient à la confession sacramentelle, cependant il n’obtient pas l’absolution sacramentelle. C’est pourquoi ce qui est produit par le mérite et la peine de la confession lui est compté et diminue d’autant la peine temporelle à laquelle il est tenu, mais il n’obtient pas la diminution de cette peine qui résulte du pouvoir des clefs, et c’est pour ce motif qu’il est tenu de se confesser de nouveau à un prêtre [quand il peut le faire]».

5° La satisfaction ou réparation de la faute, conversion et vie nouvelle selon l’Évangile, et également par des pratiques de pénitence, comme le jeûne, la mortification,  la prière, etc. ;

6° L’expiation des péchés ou satisfaction pleine et entière des dettes dues aux péchés.

Ézéchiel 18, 21 : «Mais si l’impie fait pénitence de tous ses péchés qu’il a commis, et qu’il garde tous mes préceptes, et qu’il accomplisse le jugement et la justice, il vivra de la vie et ne mourra point».

Ézéchiel 33, 14-16, 19 : «Mais si je dis à l’impie : Tu mourras de mort, et qu’il fasse pénitence de son péché, et qu’il accomplisse le jugement et la justice ; Et que cet impie rende la gage qu’on lui avait confié, et qu’il restitue ce qu’il avait enlevé, et qu’il marche dans les commandements de la vie, et qu’il ne fasse rien d’injuste, il vivra de la vie et il ne mourra pas. Tous ses péchés qu’il a commis ne lui seront point imputés ; il a accompli le jugement et la justice, il vivra de la vie. … Et lorsque l’impie se sera écarté de son impiété, qu’il aura accompli le jugement et la justice, il y vivra».

La pénitence vient d’un cœur humble qui a renoncé à ses péchés et offre un Dieu un cœur contrit et humilié.

Psaume 50, 19 : «Le sacrifice que Dieu désire est un esprit brisé de douleur : vous ne dédaignerez pas, ô Dieu, nu cœur contrit et humilié».

L’âme pénitente ou vraiment repentante ne retombera pas dans ses péchés car la pénitence c’est quitter son péché.

Matthieu 3, 8 : «Faites donc de dignes fruits de pénitence».

Marc 1, 15 : «faites pénitence».

Luc 13, 3 : «Mais si vous ne faites pénitence, vous périrez tous».

L’âme pénitente renonce à ses propres capacités et mortifie sa nature en s’appuyant sur Jésus-Christ pour porter sa croix et suivre Jésus-Christ.

Matthieu 16, 24 : «Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix et me suive…»

Matthieu 10, 38 : «Et qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi».

Luc 14, 27 : «Et qui ne porte point sa croix et ne me suit point, ne peut être mon disciple».

 La pénitence sert à :

  • faire mourir le vieil homme afin de ne pas entraver la vie de la grâce ;
  • chercher le pardon des péchés et retrouver la grâce ;
  • expier les péchés pour payer la justice divine ;
  • prévenir les chutes afin de pouvoir résister dans la tentation ;
  • porter sa croix afin de suivre Jésus et l’imiter.

Le jeûne est un des moyens de pénitence, avec l’aumône, pour rompre les chaînes du péché.

Isaïe 58, 6-7 : «Le jeûne que j’ai choisi n’est-il pas celui-ci ? Romps les liens de l’impiété, délie les faisceaux accablants [Note Vulg. : Tout ce qui gêne, pèse], renvoie libres ceux qui sont opprimés, et brise tout fardeau. Romps ton pain pour celui qui a faim, et fait entrer dans ta maison les indigents et ceux qui errent sans asile ; lorsque tu verra quelqu’un nu couvre-le et ne méprise point ta chair [Note Vulg. : Tes frères, tes proches]».

Le jeûne de nourriture est un moyen et non une fin. Le jeûne est un moyen de mortifier la chair, obéir à Dieu, tourner son cœur vers Dieu. On jeûne pour retrouver la grâce de Dieu qu’on a perdue. Il faut jeûner avec l’humilité et charité.

Avec humilité car le jeûne est un moyen de briser les passions par la mortification de la chair pour expier ses péchés, et un pécheur ne saurait s’enorgueillir de son jeûne sous peine de voir son offrande réprouvée par Dieu, comme le pharisien orgueilleux jeûnant deux fois la semaine qui n’est pas justifié, alors que le publicain, qui n’osait pas lever les yeux au ciel mais frappait sa poitrine disant : O Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur, est justifié (Luc 18, 9-14).

Avec charité (et il ne peut y avoir de charité sans la vraie foi), c’est-à-dire pour l’amour de Dieu.

L’Église catholique enseigne infailliblement que les jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété n’ont d’utilité que pour ceux qui sont dans son sein, et non pour ceux qui sont hors de l’Église comme ceux qui ne professent pas la vraie foi. Il est donc absolument nécessaire de tenir en premier lieu la vraie foi catholique.

Pape Eugène IV, Concile de Florence, Cantate Domino, 1441, ex cathedra (déclaration infaillible) : «… elle [la Sainte Église] professe aussi que l’unité du corps de l’Église a un tel pouvoir que les sacrements de l’Église n’ont d’utilité en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle, pour eux seuls jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété et exercices de la milice chrétienne enfantent les récompenses éternelles, et que personne ne peut être sauvé, si grandes que soient ses aumônes, même s’il verse son sang pour le nom du Christ, s’il n’est pas demeuré dans le sein et dans l’unité de l’Église catholique».

Le temps est précieux pour faire pénitence et se convertir, le temps perdu est gâché pour toujours et ne reviendra jamais.

Homélie du pape saint Grégoire le Grand, 28 jan. 591, sur la parabole des dix vierges (Mt. 25, 1-13) : « … Celui qui a gaspillé le temps favorable à la pénitence vient en vain supplier devant la porte du Royaume. C’est en ce sens que le Seigneur déclare par la bouche de Salomon : « J’ai appelé, et vous avez résisté ; j’ai tendu la main, et personne n’y a fait attention. Vous avez méprisé tous mes conseils, et vous avez négligé mes reproches. Moi aussi, je rirai de votre mort, je me moquerai quand vous arrivera ce que vous craigniez. Lorsqu’une soudaine calamité fondra sur vous et que la mort vous assaillira comme une tempête, quand viendront sur vous la tribulation et l’angoisse, alors on m’invoquera, et je n’écouterai pas ; on se lèvera dès le matin, et l’on ne me trouvera pas » (Pr. I, 24-28). Voyez : ces vierges demandent à grands cris qu’on leur ouvre ; repoussées, elles exhalent leur douleur en adressant au Maître un appel redoublé : « Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ». Mais elles ont beau offrir leurs prières, on les ignore ; c’est qu’en ce jour, le Seigneur abandonnera comme des inconnus ceux que le mérite de leur vie ne lui fait pas reconnaître maintenant pour siens.

«Le Seigneur ajoute ici bien à propos une exhortation destinée à tous ses disciples : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure ».

«Après le péché, Dieu accepte la pénitence, et si chacun savait quand il doit quitter ce monde, il pourrait se donner un temps pour les plaisirs et un temps pour la pénitence. Mais celui qui a promis le pardon au pénitent n’a pas promis de lendemain au pécheur. Aussi devons-nous toujours craindre notre dernier jour, puisque nous ne pouvons jamais le prévoir.

«Même ce jour où nous vous parlons, nous ne l’avons reçu que comme un répit pour nous convertir, et pourtant nous refusons de pleurer le mal que nous avons fait. Non seulement nous ne nous désolons pas des fautes commises, mais nous en ajoutons d’autres qu’il faudra pleurer. Qu’une maladie nous annoncent une mort prochaine, et nous cherchons une prolongation de vie pour pleurer nos péchés ; mais ce délai que nous demandons alors avec un très ardent désir, nous en jouissons, en ce moment même, sans en faire aucun cas».

 

Le jugement 

Pape saint Grégoire, homélie sur Luc 12, 35, 14 jan. 592 : «Considérez … comme la bonté de Dieu ne laisse aucune échappatoire à notre dureté d’âmes. Impossible aux hommes de se trouver des excuses ! Dieu est méprisé, et il attend ; il se voit dédaigné, et il appelle à nouveau ; il endure un dédain injurieux pour lui, et il va cependant jusqu’à promettre de récompenser ceux qui voudront bien un jour revenir à lui. Que nul ne reste pourtant indifférent à la longanimité du Seigneur, car au jour du jugement, sa justice s’exercera avec une rigueur d’autant plus sévère qu’il s’est montré plus patient auparavant. C’est bien le sens des paroles de Paul : « Ne sais-tu pas que la bonté de Dieu te pousse à la pénitence ? Mais, toi, par ton endurcissement et l’impénitence de ton cœur, tu t’amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu ». (Rm 2, 4-5). Et le psalmiste affirme : « Dieu est un juste juge, il est fort et patient » (Ps 7, 12). … Sache bien par là que ce Dieu qui supporte longtemps et patiemment les fautes des pécheurs exercera aussi, un jour, un jugement rigoureux».

Jésus-Christ jugera chacun selon ses œuvres à l’heure de sa mort. Le jugement de Dieu est une vérité de foi catholique et une réalité inéluctable qu’il faut avoir devant les yeux à chaque instant pour garder la crainte de Dieu et l’humilité nécessaire au salut, pour éviter le péché mortel, ne pas perdre la grâce, et se préparer à la mort tous les jours de sa vie.

Matthieu 25, 31-34, 41, 46 : «… quand le Fils de l’homme viendra dans sa majesté, et tous les anges avec lui, alors il s’assiéra sur le trône de sa majesté. Et toutes les nations seront rassemblées devant lui, et il les séparera les uns d’avec les autres, comme le pasteur sépare les brebis d’avec les boucs ; Et il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. Alors le rois dira à ceux qui seront à sa droite : Venez les bénis de mon père ; possédez le royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde … il dira aussi à ceux qui seront à sa gauche : Allez loin de moi, maudits, au feu éternel, qui a été préparé au diable et à ses anges ; … Et ceux-ci s’en iront à l’éternel supplice, et les justes dans la vie éternelle».

Jean 12, 48 : «Celui qui me méprise et ne reçoit pas mes paroles, a qui le juge : la parole que j’ai annoncée sera elle-même son juge au dernier jour».

Philippiens 2, 12 : «opérez votre salut avec crainte et tremblement».

Romains 11, 20 : «Pour toi, tu demeures ferme par ta foi, ne cherche pas à t’élever, mais crains».

Romains 14, 10 : «Nous paraîtrons tous devant le tribunal du Christ».

2 Corinthiens 5, 10 : «Car nous devons tous comparaître devant le tribunal du Christ, afin que chacun reçoive ce qui est dû à son corps, selon ce qu’il a fait ou de bien ou de mal».

Pape Eugène IV, Concile de Florence, session 8, 22 nov. 1439 ex cathedra : «Nous présentons … cette règle de foi énoncée par le très bienheureux Athanase… : Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique : s’il ne la garde pas entière et pure, il périra sans aucun doute pour l’éternité. Voici la foi catholique : … il [notre Seigneur Jésus-Christ] viendra juger les vivants et les morts. À sa venue, tous les hommes ressusciteront avec leurs corps et rendront compte de leurs propres actes : ceux qui ont bien agi iront dans la vie éternelle, ceux qui ont mal agi, au feu éternel. Telle est la foi catholique : si quelqu’un n’y croit pas fidèlement et fermement, il ne pourra être sauvé».

Concile de Trente, canons sur la justification : 1. «Si quelqu’un dit que l’homme peut être justifié devant Dieu par ses œuvres – que celles-ci soient accomplies par les forces de la nature humaine ou par l’enseignement de la loi – sans la grâce divine venant par Jésus-Christ : qu’il soit anathème».

Imitation de saint Joseph, Ch. XXV  Du jugement qui suit la mort :

Mon père, l’affreux tableau que vous venez de mettre sous mes yeux me fait frémir. Il y a donc des hommes assez aveuglés par leurs passions, assez ennemis de leur propre bonheur, pour se précipiter ainsi dans l’éternel abîme ! Quel malheur de mourir dans le péché ! quel malheur irréparable !

O mon père, gravez de plus en plus dans mon cœur la sainte  loi de Dieu. Faites pénétrer jusque dans la moelle de mes os la crainte de ses jugements ; faites que je marche constamment dans les sentiers de la justice, et lorsque le Seigneur viendra m’arrêter dans ma course, qu’il ne me trouve pas dans la voie large de l’iniquité.

Mon fils, la mort serait peu de chose si elle n’était pas pour nous le moment décisif de notre éternité. Le jour de la mort est le jour du jugement. C’est le jour d’un examen auquel rien n’échappera, d’une recherche rigoureuse de tous les temps, de tous les âges, de toutes les actions et de tous les moments de la vie. Alors, plus de pénitence possible, plus de regrets utiles, plus de moyens de salut. L’âme seule se trouvera en présence de Dieu seul. Plus d’amis, plus d’illusions, plus de dignités, plus de richesses. Les œuvres de la vie seront seules pesées. Vos péchés et vos bonnes actions, voilà tout ce qui vous restera de votre passage sur la terre. Les péchés les plus secrets, comme les scandales les plus publics. Ce que vous avez caché si soigneusement à la vue des hommes, comme ce que vous n’avez pu dérober à leur connaissance. Les bonnes actions qui ont édifié vos frères, comme celles que votre main gauche ignore ; les bonnes œuvres extérieures, comme les plus intimes pensées de votre âme.

Tout est écrit. L’œil de Dieu a tout vu. Il vous a suivi depuis le moment de votre naissance jusqu’à l’instant de votre mort. Seul ou en compagnie, dans les ténèbres ou à la clarté du soleil, dans votre patrie ou au milieu de lointains voyages, jamais vous n’avez échappé un seul instant à la profondeur de ses regards. O mon fils, dites avec le saint homme Job : «Que ferai-je lorsque le Seigneur se lèvera pour me juger ? Et lorsqu’il m’interrogera, que lui répondrai-je ? (Job 31, 14)»

Que répondrez-vous, mon fils, si après tant de faveurs, de miséricordes, d’invitations de la grâce, vous n’avez pas servi généreusement votre Dieu. Vous ne pourrez point dire : «Seigneur, je ne vous ai point servi parce que je ne vous connaissais pas». Vous connaissez votre Dieu ; Il vous a éclairé de sa lumière ; Il vous a nourri du pain de sa parole et de sa chair sacrée ; Il a parlé souvent à votre cœur, il vous a rappelé quand vous vous éloigniez de Lui ; Il en a agi avec vous comme l’ami le plus tendre et le plus dévoué. Mais au jour du jugement, il n’y aura plus de miséricorde, il n’y aura plus de pardon. Ici-bas Jésus est le Bon Pasteur (Jn 10, 14), qui cherche la brebis égarée et la ramène au bercail sur ses épaules (Lc 15, 4). Il est le Père de famille qui presse sur son cœur son fils repentant et lui donne le baiser de paix (Ibid. 10, 16). Il est le Médecin charitable qui verse sur les plaies de notre âme l’huile et le vin de la grâce (Ibid. 10, 33). Il est l’Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde (Jn 1, 29). Il est l’Hostie sainte, la Victime qui s’offre pour le salut des hommes.

Mais au jour du jugement, Jésus est ce Maître sévère qui demande à ses serviteurs un compte rigoureux de leur administration (Lc 16, 2). Il est ce Roi inflexible qui fait jeter dans les ténèbres extérieures, l’homme qui était venu prendre place au festin sans être revêtu de la robe nuptiale (Matt. 22, 13). Il est ce Juge inexorable qui rendra à chacun selon ses œuvres (Rom. 2, 5), qui ne fait acception de personne, et que les présents ne peuvent gagner (Deut. 10, 7). O mon fils, quel contraste subit et effrayant pour une âme qui s’est jouée pendant de longues années de la grâce et qui a vécu dans l’aveuglement du péché ! Tout-à-coup une lumière inévitable vient la pénétrer et la saisir. Elle découvre l’abîme où elle s’est volontairement plongée. Le flambeau de la vérité parcourt toutes ses œuvres, pénètre jusqu’aux replis les plus reculés de sa conscience (Ps. 43, 22) et une éternelle sentence suit de près cette effrayante investigation.

Pour vous, mon fils, fuyez l’iniquité, servez Dieu de tout votre cœur ; attachez-vous à Lui ; réparez vos fautes tandis qu’il en est temps encore. Pensez que toutes vos actions sont faites sous l’œil de Jésus qui les jugera infailliblement. Car, dit le Sage, à la mort de l’homme toutes ses œuvres seront mises à nu (Eccl. 14, 29) ; car il est arrêté, dit l’Apôtre, que les hommes mourront une fois, et qu’après leur mort ils seront jugés (He. 9, 27).

Sépulture chrétienne

La seule sépulture chrétienne est celle de l’Église catholique, et pour les baptisés non-excommuniés.

Code de droit canon de 1917, Can. 1240 : «§ 1. Sont privés de la sépulture ecclésiastique, à moins qu’ils n’aient donné quelque signe de pénitence avant leur mort :

1° Ceux qui ont fait apostasie notoire de la foi chrétienne, ou sont attachés notoirement à une secte hérétique, ou schismatique, ou à la secte maçonnique, ou aux sociétés du même genre.

2° Les excommuniés ou interdits après une sentence condamnatoire ;

3° Ceux qui se sont donnés la mort délibérément ;

4° Ceux qui meurent en duel, ou d’une blessure qu’ils y ont reçue ;

5° Ceux qui ont ordonné que leur corps soit livré à la crémation ;

6° Les autres pécheurs publics et manifestes».

L’Église interdit aux fidèles d’assister aux funérailles non-catholiques. (comme aussi les mariages et autres cérémonies religieuses non-catholiques).

Code de droit canon de 1917, Canon 1258 : «§ 1. Il n’est pas licite pour les fidèles d’aider de n’importe quelle manière activement ou d’avoir un rôle sacré avec des [rites] non-catholiques».

La crémation volontaire est un péché mortel. La loi traditionnelle de l’Église condamne la crémation et interdit la sépulture ecclésiastique à ceux qui la demande.

Code de droit canon de 1917, Can. 1203 : «§ 1. Les corps des fidèles défunts doivent être ensevelis, leur crémation étant réprouvée. § 2. Il est interdit d’utiliser pour les cadavres le procédé de la crémation».

 

La Bible et l’Église catholique enseignent que peu sont sauvés

Beaucoup nient ce que dit Jésus-Christ, le Verbe éternel de Dieu incarné, et l’interprètent de manière hérétique pour se faire bonne figure mais ils seront jugés par cette même parole.

Jean 12, 48 : «Celui qui me méprise et ne reçoit pas mes paroles, a qui le juge : la parole que j’ai annoncée sera elle-même son juge au dernier jour».

Peu sont sauvés déjà en temps normaux

En des temps plus normaux de l’Église, déjà peu se sauvent, c’est ce que dit la Parole infaillible de Dieu.

Matthieu 7, 13 : « Entrez par la porte étroite ; parce que large est la porte et spacieuse la voie qui conduit à la perdition ; et nombreux sont ceux qui entrent par elle. Combien est étroite la porte et resserrée la voie qui conduit à la vie, et qu’il en est peu qui la trouvent ! »

Matth. 22, 14 : « Car beaucoup sont appelés, mais peu élus ».

I Pierre 4, 18 : «Et si le juste est à peine sauvé, l’impie et le pécheur où se présenteront-ils ? ».

Saint Jérôme estime que quelques uns sur cent mille sont sauvés, ce qui fait quelques dizaines sur un million et quelques milliers sur un milliard.

Encore moins sont sauvés en ces temps de grande apostasie

En ces temps actuels de la grande apostasie généralisée où la plupart renient le Christ et son Église, il n’y en reste que très très peu qui se sauvent. La grande apostasie a considérablement éclipsé la véritable Église catholique et a aussi piégé, à plusieurs niveaux d’hérésies, le retour à la vraie foi et dans le sein de l’Église, pour ceux qui sont éloignés de l’Église et du salut comme : secte vatican 2, traditionalistes hérétiques (FSSPX, thucites, etc.), sédévacantistes hérétiques (Le sédévacantisme est la seule position théologique catholique correcte actuellement, mais la plupart des sédévacantistes tiennent par ailleurs de nombreuses hérésies).

Matthieu 24, 15, 21 : «Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, … régnant dans le lieu saint [Saint siège occupé par la secte vatican 2 et sa fausse messe idolâtre] … Car alors la tribulation sera grande, telle qu’il n’y en a point eu depuis le commencement du monde jusqu’à présent, et qu’il n’y en aura point».

2 Thessaloniciens 2, 3 : «Il [le jour du Seigneur] ne viendra point, qu’auparavant ne soit venue l’apostasie».

1 Timothée 4, 1-2 : «Or l’Esprit dit manifestement que, dans les derniers temps, quelques-uns [la plupart] abandonneront la foi [apostasie], s’attachant à des esprits d’erreur [hérésies], et à des doctrines de démons [fausses religions et religions de l’homme], parlant le mensonge avec hypocrisie, et ayant la conscience cautérisée ;»

2 Tim. 3, 1-2, 5 : «Or sache qu’à la fin des jours, viendront des temps périlleux. Il y aura des hommes … Ayant toutefois une apparence de piété, mais en repoussant la réalité. Évite encore ceux-là [apostats, hérétiques, schismatiques] ;»

2 Timothée, 4, 3a : «Car viendra un temps où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine…».

Notre-Dame de La Salette, le 19 septembre 1846 : «Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist … L’Église sera éclipsée, le monde sera dans la consternation … On croira tout perdu».

Sœur Lucie de Fatima, 1957 : «Le diable est prêt à s’engager dans une bataille décisive contre la Vierge. Et une bataille décisive est la bataille finale où un côté sera victorieux et l’autre subira la défaite».

Apocalypse 12, 9, 12 : «Malheur à la terre et la mer parce que le diable est descendu vers vous, plein d’une grande colère, sachant qu’il n’a que peu de temps». 

 

Aides à la bonne mort

Mourir en état de péché mortel conduit directement en enfer. La bonne mort est de mourir baptisé en état de grâce, ou sans péché mortel qui ne soit pardonné par la contrition et la pénitence, ni même sans péché véniel pour éviter même le feu du Purgatoire.

La passion de Jésus-Christ

La mort et passion de Jésus-Christ est le fondement de toute la Rédemption et donc de toute préparation à la mort. Voir Chemin de croix

 

Le scapulaire de Notre Dame du Carmel

scapulaire mont carmel

Un scapulaire (de scapula, omoplate / épaule) est une étoffe double à cordons qui se porte sur les épaules. Le port du scapulaire  de Notre Dame du Carmel  donne de participer aux biens spirituels de la Confrérie et de toute la famille spirituelle du Carmel. Le scapulaire du Mont Carmel est un petit scapulaire individuel avec statut spécial équivalent à un grand scapulaire, et il est un signe d’appartenance et de consécration à la Sainte Vierge. De nombreux miracles et des faits inouïs sont rapportés à son sujet depuis des siècles. L’authentique liste des indulgences, privilèges et indults du Scapulaire de la Confraternité du Mont Carmel date du 4 Juillet 1908, par la Congrégation des Indulgences.

Promesses de Notre Dame – scapulaire du Mont Carmel

Pratique

  • Recevoir l’imposition du Scapulaire marron du Mont Carmel selon le rite de l’Église catholique.
  • Porter le Scapulaire jour et nuit.
  • Conserver la chasteté de son état.
  • Réciter quotidiennement le petit Office de la Sainte Vierge (peut être commuer par le Rosaire quotidien) ou si impossibilité, abstinence les mercredis et samedis et respect des jeûnes de l’Église.
  • Pour bénéficier de la protection et des promesses de la Sainte Vierge : Intégrité de vie et pureté de mœurs.

Bienfaits

  • Préservation de l’enfer ;
  • Appartenance et bénéfice des grâces, fruits, prières et sacrifices de la famille carmélitaine.
  • Persévérance finale ;
  • Privilège sabbatin : délivrance du purgatoire le samedi suivant la mort (Pape Jean XXII, Bulle Sacratissimo uti culmine, 3 mars 1322).

Deux conditions pour bénéficier de la promesse du privilège sabbatin :
1 – L’observation de la chasteté de son état : Chasteté complète dans le célibat ;chasteté  conjugale dans le mariage.
2 – La récitation des heures canoniales ou du petit Office de la Sainte Vierge (pouvant être commuer par le Rosaire quotidien) ou, si impossibilité, abstinence les mercredis et samedis et respect des jeûnes de l’Église.

Le privilège sabbatin a été approuvé par les papes Jean XXII en 1322 ; Clément VII en 1530 ; Paul III en 1534 ; Pie IV en 1561 ; Saint Pie V en 1566 ; Paul V en 1613 ; Saint Pie X en 1910 ; Benoît XV en 1916 ; Pie XII en 1950.

Pape Paul V, décret sur l’observance de la confrérie de Notre Dame du Mont-Carmel, 11 fév. 1613 : «Nous permettons aux frères carmes de prêcher que le peuple chrétien peut croire pieusement, pour ce qui est du secours des âmes des Frères et des Confrères de la Confrérie de Notre Dame du Mont-Carmel, décédés en charité, qui auront en leur vie porté l’habit, gardé la chasteté selon leur état, récité le petit office, ou, s’ils ne savent pas lire, auront gardé les jeûnes de l’Église et fait abstinence de chair le mercredi et le samedi, que la très sainte Vierge par ses intercessions continuelles, par ses pieux suffrages et par sa protection spéciale, les aidera quand ils seront partis de ce monde, principalement le jour du samedi, qui est dédié par l’Église à la bienheureuse Vierge Marie». (Traité des Confréries en général et de quelques-unes en particulier, P. Nicolas Colin, Prémontré, éd. 1784, p. 276)

Pape Benoit XIV (règ. 1740-1758), Traité De festis, part. II, art. 73, T. 2, p. 329 : «Au XIIIème siècle mourut le Bienheureux Simon [Stock], homme d’une grande sainteté de vie. Longtemps avant sa mort, la sainte Vierge lui était apparue [dans la nuit du 15 au 16 juillet 1251], et lui avait donné le scapulaire comme une distinction de l’ordre du Carmel et le gage de sa protection spéciale. Cinquante ans après, elle apparue au pape Jean XXII [Elle lui annonça qu’il serait futur pape], et l’avertit de plusieurs grâces d’indulgences qu’elle avait obtenue de son divin Fils pour les confrères et consœurs de son ordre. Le pape Jean XXII en fit la promulgation le 3 mars 1322 par une bulle dite sabbatine [Bulle Sacratissimo uti culmine]. … Le privilège de cette bulle a été confirmé par les souverains pontifes Clément VII [Bulle Ex clementis, 12 août 1530], Pie V [Bulle Superna dispositione, 18 février 1566], Grégoire XIII [Ut Laudes]. … La vision du bienheureux Simon est véritable. Nous pensons que tout  le monde doit la regarder aussi comme véritable».

Saint Jean de la Croix : «comment la Mère de Dieu du Carmel, au jour du samedi, accourait avec son secours et sa faveur au purgatoire, et comment elle sortait de là les âmes des religieux ou des personnes qui avaient porté son saint Scapulaire».

Sainte Thérèse d’Avila, sa vie, auteur elle-même, chap. 38 : «un très bon religieux de notre Ordre étant fort malade, je connus dans un grand recueillement qui me prit en entendant la Messe un samedi, qu’il était mort, et je le vis monter au Ciel sans entrer en purgatoire ; j’ai appris depuis qu’il était mort en effet à la même heure que je l’avais vu… Je fus fort étonnée de ce qu’il n’avait pas passé par le purgatoire, mais il me fut dit que s’il l’avait évité, c’est qu’il avait suivi fidèlement la Règle de sa profession et avait bénéficié de la grâce accordée à l’ordre par les bulles particulières touchant les peines du purgatoire».

Le port du saint Scapulaire du Mont Carmel :

Décret du saint office, Cum sacra (sous le Pape Saint Pie X), 16 décembre 1910 (Acta Apost. Sedis, III, 22 sq.) : «Bien que nous souhaitions ardemment qu’on continue à se servir des scapulaires en étoffe, il sera loisible à tous ceux qui ont déjà reçu une fois le scapulaire en étoffe, de le remplacer par une médaille en métal qui représente d’un côté l’image de Notre-Seigneur et de l’autre, l’image de N-D du Mont Carmel. Tout prêtre qui a déjà reçu le pouvoir de bénir et d’imposer le scapulaire en étoffe peut bénir la médaille qui remplace ce scapulaire».

Encyclopédie catholique, Scapulaire, 1907-1913 : «Depuis 1910 et le règlement du Saint-Office du 16 Décembre de cette année (Acta Apost. Sedis, III, 22 sq.), il est permis de porter, au lieu d’un ou plusieurs des petits scapulaires une seule médaille de métal. Cette médaille doit avoir d’un côté une représentation de Jésus-Christ avec Son Sacré-Cœur et de l’autre une image de la Mère de Dieu. Toutes les personnes qui ont été validement investis avec un saint Scapulaire en laine peuvent le remplacer par cette médaille. La médaille doit être bénie par un prêtre possédant la faculté de bénir et d’imposer le scapulaire duquel la médaille est à remplacer. Les facultés de bénir ces médailles sont soumis aux mêmes conditions et limites que les facultés de bénir et d’imposer les scapulaires correspondants. Si la médaille doit être porté à la place d’un certain nombre de scapulaires, elle doit recevoir la bénédiction qui serait attachée à chacun d’eux, soit autant de bénédictions que le nombre de scapulaires qu’elle remplace. Pour chaque bénédiction un signe de la croix suffit. Cette médaille doit également être portée en permanence, que ce soit autour du cou ou d’une autre manière convenable, et elle peut bénéficier de tous les indulgences et privilèges des petits scapulaires sans exception. Seuls les petits (pas les grands) scapulaires peuvent être validement remplacés par des médailles».

L’Eglise préfère le port du Scapulaire du Carmel en laine ; la concession de la médaille n’est qu’une dispense, c’est-à-dire que la faculté de remplacer le Scapulaire de tissu par une médaille bénite et comportant N-D du Mont Carmel et le Sacré-Coeur n’est valide : 1) qu’après l’imposition du Scapulaire en tissu, et 2) surtout en raison de la rapide corruption de l’étoffe dans les pays chauds et seulement pour ceux qui auraient de graves inconvénients à porter l’étoffe. Il ne s’agit pas de remplacer le port du scapulaire par la médaille pour n’importe quelle raison auquel cas les bénéfices ne seront plus valides.

L’apostat et antipape Jean 23, l’initiateur de l’apostasie vatican 2, a aussi écrit sur la médaille : c’est invalide et sacrilège car il n’est pas un vrai pape.

 Autres scapulaires :

Les petits scapulaires sont ceux des Confréries et Archiconfréries des Congrégations. Les grands scapulaires sont ceux des Ordres et Congrégations religieuses et aussi de leurs tiers-ordres. Les scapulaires sont des aides précieuses pour obtenir les grâces et pour le salut, mais ils ne sont pas une garantie absolue du salut qui dépend de la réponse de l’âme à la grâce. La liste ci-dessous est celles des autres petits scapulaires individuels (pas des grands scapulaires) :

  • Scapulaire blanc de la Très Sainte Trinité de l’Ordre des Trinitaires (Approb.  Congrégation des Indulgences, 13 août 1899) ;

  • Scapulaire blanc de Notre-Dame de Rançon de l’Ordre de Notre-Dame de la Miséricorde pour la rédemption des captifs (Approb. Congrégation des Indulgences, 30 juillet 1868) ;

  • Scapulaire noir de Notre Dame des sept douleurs de l’Ordre des Servites (Approb.  Congrégation des Indulgences, 7 mars 1888) ;

  • Scapulaire bleu de l’Immaculée Conception de l’Ordre des Théatins (Approb. Clément X, 30 janv. 1671, Clément XI, Congrégation des Indulgences, 1845 et 26 août 1882 – Rescr. Auth. SC Indulg., Pp. 574 sqq., n. 57) ;

  • Scapulaire rouge du Très Précieux Sang de l’Archiconfrérie du Très Précieux Sang (Approb. Sixte V, Pie VII, 27 fév. 1809, Pie IX, 19 janv. 1850) ;
  • Scapulaire noir de la Passion de la Congrégation des Passionistes (Approb. Congrégation des Indulgences, 10 mai 1877) ;
  • Scapulaire rouge de la Passion de l’Ordre des Lazaristes (Approb. Pie IX rescrit du 25 juin 1847) ;
  • Scapulaire noir de la Bienheureuse Vierge Marie «Aide des malades» d’un frère de l’Ordre de Saint Camille (Approb. Pie IX, 1860, Léon XIII 1883, rescrit de la Congrégation des Indulgences, 21 juil. 1883) ;

  • Scapulaire blanc du Cœur immaculé de Marie de l’Ordre des fils du Cœur lmmaculé de Marie (Approb. Pie IX, 11 mai 1877, Congrégation des Rites, 1907, Acta Pontificia mars 1911, annexe) ;

  • Scapulaire noir et bleu de l’Archange saint Michel (Approb. Confrérie à Rome, 1878 ; Léon XIII, Archiconfrérie du Scapulaire de St Michel, 1880 ; Décret de la Congrégation des Indulgences, 28 mars 1903) ;

  • Scapulaire noir de saint Benoit de la Confrérie de St Benoît pour les non-oblats (Approb. Confrérie 19ème s., Indulgences, 1882 et 1883) ;

  • Scapulaire blanc de la Mère du Bon Conseil de l’Ordre des Augustins (Approb. Léon XIII, décret de la Congrégation des Rites, 19-21 décembre 1893 ) ;

  • Scapulaire violet de Saint-Joseph de l’Ordre des Capucins (Approb. décret de la Congrégation des Rites, 8 juil. 1880 ; Léon XIII, 15 avril 1898) ;

  • Scapulaire blanc du Sacré-Cœur de Jésus de Ste Marguerite-Marie Alacoque et Pellevoisin (Approb. Pie IX, 1872 ; Congrégation des Rites, 4 avril 1900, Léon XIII, bref du 10 juil.) ;

  • Scapulaire blanc des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie de la Congrégation des Filles du Sacré-Cœur (Approb. décret de la Congrégation des Rites, 4 avril 1900 ; indulgencié en 1901, augmenté par Pie X en 1906) ;

  • Scapulaire blanc de Saint Dominique de l’Ordre des dominicains (Indulgence Pie X 23 nov. 1903 ; Livret des facultés, Rome, 1909) ;

  • Scapulaire blanc et noir de la Sainte Face de l’Archiconfrérie de la Sainte Face (Pieuse pratique sans indulgence spéciale pouvant être remplacée par une médaille ou croix de la sainte Face) ;
  • « Scapulaire » vert (n’est pas un scapulaire mais une étoffe simple) de sœur Justine Bisqueyburu de la Compagnie des Filles de la Charité de St Vincent de Paul, portant l’inscription à dire chaque jour : «Cœur immaculé de Marie, priez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort». (Les Filles de la Charité ayant sollicité Pie IX, par le Procureur général de la Mission, pour ce scapulaire, il aurait répondu verbalement le 3 avril 1870 : «Je donne toute permission pour cela. Écrivez à ces bonnes Sœurs que je les autorise à le confectionner et à le distribuer». Voir le livre « Le Scapulaire vert et ses prodiges » par Marie-Edouard Mott, prêtre de la Mission, 1923, Filles de la Charité).

 

Le saint Rosaire

La dévotion à la sainte Vierge est nécessaire pour faire son salut. Le saint Rosaire est le principal de la dévotion à la sainte Vierge. Notre-Dame est notre Mère et notre avocate, elle assiste toujours ceux qui L’invoquent implicitement par la prière du Rosaire. L’Église nous le rappelle dans la prière Memorare : «… qu’on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont recours à votre protection, imploré votre assistance et réclamé vos suffrages [votre intercession], ait été abandonné …» Voir : Rosaire

Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen.

Ave Maria, gratia plena, Dominus tecum. Benedicta tu in mulieribus ; et benedictus fructus ventris tui, Jesus. Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis, peccatoribus, nunc, et in hora mortis nostræ. Amen.

Saint Joseph

Saint Joseph, l’époux de la Vierge Mère de Dieu, est le patron de la bonne mort. Il est à rappeler que la bonne mort consiste d’abord à mourir à soi-même pendant sa vie afin de mourir en état de grâce.

Je vous salue Joseph, vous que la grâce divine a comblé, vous êtes béni entre tous les hommes et Jésus l’enfant divin de votre virginale épouse est béni. Saint Joseph donné pour père au Fils de Dieu, priez pour nous dans nos soucis de famille [domestique et Eglise], de santé [corps et âme] et de travail [physique et spirituel] jusqu’à nos derniers jours, et daignez nous secourir à l’heure de notre mort. Amen. (Pape Léon XIII)

Ave Joseph, gratia Dei abundantius praedite, cujus ulnae Salvatorem parvulum portaverunt et oculi erescentem aspexerunt : benedictus es inter viros, et benedictus filius almae Sponsae tuae Jesus. Sancte Joseph, qui Unigenito Dei in patrem es electus, quamdiu in terris inter familiae valetudinis laborisque curas versamur, ora pro nobis et morte imminente nobis subvenire dignare. Amen.

Voir :  Imitation de Saint Joseph chapitres XXII à XXX

Saint Michel Archange

Saint Michel est le patron des agonisants.

La tradition chrétienne donne quatre offices à Saint Michel :

  • Lutter contre Satan.
  • Sauver les âmes des fidèles de la puissance de l’ennemi, surtout à l’heure de la mort.
  • Champion [défenseur des droits] du peuple de Dieu, les Juifs dans l’ancienne loi, les chrétiens dans le Nouveau Testament ; par conséquent il était le patron de l’Église et des ordres de chevaliers au Moyen-Âge.
  • Appeler sur la terre les âmes des hommes et les porter au jugement (« signifer S. Michael repraesentet eas in lucam sanctam », Offert. Miss Defunct. « Constituit eum principem super animas suscipiendas », Antiph. off. Cf. Le Berger d’Hermas, L. III, Similitude 8, Chapitre 3). (Encyclopédie catholique 1907-1913)

Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat afin que nous ne périssions pas au jour du redoutable jugement (Jugement particulier).

Saint Père Benoit

Saint Benoit est patron de la bonne mort. L’Église bénit le crucifix portant la médaille de saint Benoît avec indulgence plénière pour l’heure de la mort à ceux qui s’en serviront en invoquant Jésus-Christ de cœur contrit.

La médaille de saint Benoit comporte une inscription-prière pour l’heure de la mort :

CRUX S. PATRIS BENEDICTI . EIUS IN OBITU NRO [=NOSTRO] PRÆSENTIA MUNIAMUR : Croix du Saint Père Benoit. Qu’il nous protège de sa présence à l’heure de notre mort.

méd st benoit front

Médaille de Saint Benoit, face frontale

Voir Bénédiction de la médaille de saint Benoit

Saint Benoit a promis de protéger par sa présence, contre les assauts et pièges du démon, les mourants qui feraient mémoire de sa mort debout en croix, afin de les conduire vers le Ciel.

 

Indulgence plénière à l’heure de la mort pour la lecture de la Bible

1. Aux fidèles qui liront les livres de la sainte Écriture pour au moins un quart d’heure ; avec le grand respect dû à la parole divine et par manière de lecture spirituelle, on accorde : Une indulgence de trois ans.

2. Aux fidèles qui liront pieusement au moins quelques versets des Évangiles, et qui de plus , baisant le Saint Livre, réciteront une des invocations suivantes : «Que par la puissance des paroles de l’Évangile nos fautes soient effacées», «Que la lecture de l’Évangile soit notre salut et notre protection», «Que le Christ nous enseigne les paroles du Saint Évangile», on accorde : Une indulgence de 500 jours.

Une indulgence plénière, aux conditions ordinaires, est accordée à ceux qui pour un mois agissent de la façon décrite plus haut.

Une indulgence plénière à l’heure de la mort est accordée à ceux qui souvent durant leur vie auront accompli ce saint exercice, pourvu que, s’étant confessés et ayant communié, ou du moins regrettant leurs péchés [contrition], ils invoquent le très saint nom de Jésus de bouche, si possible, ou au moins de cœur, et qu’ils acceptent la mort de la main de Dieu, comme salaire du péché.

Voir À propos de la bible

Indulgence plénière à l’heure de la mort à l’invocation : « Jésus ! »

À l’invocation : « Jésus ! », Indulgence 300 jours, chaque fois – Plénière, une fois par mois, aux conditions ordinaires pour l’invocation quotidienne. – Indulgence Plénière, à l’article de la mort, aux conditions suivantes : a) l’avoir souvent répétée durant la vie ; b) que s’étant confessé et ayant communié, ou du moins qu’étant contrit de cœur, on invoque de bouche, si on le peut, ou du moins de cœur, le saint Nom de Jésus, et c) qu’on accepte patiemment de la main de Dieu la mort comme châtiment du péché. (Pén., 9 déc. 1933).

Acte de résignation à la volonté divine – acceptation de la mort

Mon Seigneur et mon Dieu, dès maintenant j’accepte d’un cœur soumis le genre de mort qu’il vous plaira de m’envoyer, avec toutes ses peines, toutes ses angoisses, et toutes ses douleurs.

(Ind. 7 ans. Quiconque une fois dans sa vie un jour à son choix, après la confession et la communion, aura fait cet acte avec véritable amour de Dieu, s’assure par ce seul fait d’indulgence plénière le jour de la mort. Pén., 18 mars 1932).

Méditation sur les fins dernières : la mort, le jugement, l’enfer ou le ciel

Les fins dernières sont une réalité inéluctable : 1° la mort qui est la séparation de l’âme et du corps, 2° le jugement de l’âme par Jésus-Christ selon le bien ou le mal accompli dans la chair, 3° l’enfer éternel ou le ciel (directement ou en passant par le purgatoire pour que l’âme se purifie du reste de peines temporelles de ses péchés pardonnés).

Les quatre derniers événements : la mort, le jugement, l’enfer, le ciel

par le Père Martin Von Cochem, 1625-1712, capucin

«Souviens-toi ta fin dernière, et tu ne péchera pas».

PARTIE I. SUR LA MORT.

CHAPITRE I. SUR LES TERREURS DE LA MORT.
Il me semble inutile d’en dire beaucoup sur les terreurs de la mort. Le sujet a été suffisamment élargi par divers auteurs ; d’ ailleurs, tout le monde sait et sent par lui-même que la vie est douce et que la mort est amère. Cependant l’âge d’un homme en santé peut être cependant rompu, si misérable ses circonstances, que la pensée de la mort est importune. Il y a trois raisons principales pour lesquelles tous les gens sensés craignent tellement la mort : Tout d’abord, parce que comme l’amour de la vie, la crainte de la mort est inhérente à la nature humaine. En second lieu, parce que chaque être rationnel est bien conscient que la mort est amère, et la séparation de l’âme et du corps ne peut pas avoir lieu sans souffrance inexprimable. Troisièmement, parce que personne ne sait où il ira après la mort, ou comment il se tiendra au Jour du Jugement. Il sera bon d’expliquer la deuxième et la troisième de ces raisons un peu plus pleinement, afin d’une part que ceux qui mènent une vie insouciante soit peut-être réveillés ainsi avec une peur de la mort, et apprendre à éviter le péché et d’un autre que chacun d’entre nous puissent être avertis de se préparer à la mort, de peur d’être surpris au dépourvu. Chacun se rétrécit instinctivement devant la mort, car elle est amère et douloureuse au-delà de la description de la nature humaine. L’âme de l’homme est soumise à de nombreuses inquiétudes, appréhensions et peines, et le corps est soumis à la douleur et la maladie de toutes sortes, mais aucune de ces douleurs ne peut être comparée à l’agonie. Un homme qui perd son bon renom et sa propriété sent la douleur aiguë, mais il ne meurt pas de celle-ci. Toutes les souffrances et la maladie, tout chagrin et angoisse, si terrible, est moins amère que la mort. Ainsi, nous voyons la mort être un monarque puissant, le plus cruel, le plus implacable, le plus redoutable ennemi de l’humanité. Regardez la lutte de l’homme avec la mort, et vous verrez comment le tyran subjugue, défigure, prosterne sa victime. Maintenant, pourquoi la mort est si dure, une si terrible chose ? C’est parce que l’âme doit se séparer du corps. Corps et âme ont été créés l’un pour l’autre, et si intime est leur union qu’une séparation entre eux semble presque impossible. Ils supportent presque tout plutôt que d’être déchirés. L’âme a peur de l’avenir, et de la terre inconnue à laquelle elle va. Le corps est conscient que, dès que l’âme le quitte, il deviendra la proie des vers. Par conséquent, l’âme ne peut pas supporter de laisser le corps, ni le corps quitté par l’âme. Corps et âme désirent que leur union reste intacte, et ensemble, pour profiter des douceurs de la vie.

Dans l’une de ses épîtres à saint Augustin, saint Cyrille, évêque de Jérusalem, rapporte ce qui lui a été dit par un homme qui avait été ressuscité des morts. Entre autres choses, il a dit : « Le moment où mon âme a quitté mon corps, était l’une de ces douleurs et détresse que personne ne peut imaginer, une si terrible angoisse que j’ai pu enduré. Si toutes les souffrances et ldouleur imaginables étaient mises ensemble, elles seraient comme rien en comparaison de la torture je subis à la séparation de l’âme et du corps ». Et pour souligner ses paroles, a t-il ajouté, s’adressant saint Cyrille : « Tu sais que tu as une âme, mais tu ne sais pas ce qu’elle est. Tu sais que les êtres appelés anges existent, mais tu es ignorant de leur nature. Tu sais aussi qu’il y a un Dieu, mais tu ne peux pas comprendre son être. Ainsi, il en est avec tout ce qui a une forme non corporelle ; notre compréhension ne peut pas saisir ces choses, de la même manière, il est impossible pour toi de comprendre comment je pouvais souffrir une telle intense agonie un court instant ». Et si certaines personnes apparemment passent plus paisiblement, c’est parce que la nature épuisée par la souffrance, n’a plus la force de lutter avec la mort.

Nous savons par le témoignage de notre Rédempteur lui-même qu’aucune agonie n’est comme l’agonie de la mort. Bien que dans tout au cours de sa douloureuse Passion, Il a été torturé d’une manière terrible, tout le martyre qu’Il a enduré ne devait pas être comparé à ce qu’il a souffert au moment de sa mort. C’est ce que nous recueillons des Évangiles. Nulle part nous ne trouvons une période de sa vie où la grandeur des douleurs qu’il supportait ait extorqué de Notre Seigneur un cri d’angoisse. Mais quand le moment est venu pour lui d’expirer, et que la main impitoyable de la mort perça son cœur, nous lisons que Il cria d’une voix forte, et rendit l’esprit. Par conséquent, il est évident qu’à aucune moment de la Passion le Christ n’a souffert si vivement … Afin que l’humanité puisse, au moins dans une certaine mesure, comprendre combien terrible fut la mort du Christ qui est mort pour nous, il a ordonné qu’à notre dissolution, on doive goûter quelque chose de l’amertume de sa mort, et faire l’expérience de la vérité, par ces paroles du pape saint Grégoire : « Le combat du Christ avec la mort a représenté notre dernier conflit, et nous enseigne que l’agonie de la mort est l’agonie la plus vive que l’homme ait jamais ressenti ou ne sera jamais ressentie. C’est la volonté de Dieu que l’homme doit souffrir si intensément à la fin de sa vie, afin que nous puissions reconnaître et apprécier l’ampleur de l’amour du Christ pour nous, l’avantage durable inestimable qu’Il nous a conféré par la mort à cause de nous. Car il aurait été impossible pour l’homme de connaître pleinement l’amour infini de Dieu, à moins que lui aussi ait bu dans une certaine mesure le calice amer que le Christ a bu ». Dans ce passage, à partir des écrits du saint pape Grégoire, nous est enseigné que le Christ a ordonné que tous les hommes à l’heure de leur dissolution doivent subir les douleurs comme que le Christ a souffert pour nous dans Son agonie, afin qu’ils puissent acquérir une certaine connaissance, par leur propre expérience, de la nature terrible de la mort qu’Il a enduré pour nous, et le grand prix qu’il a payé pour notre rançon. Combien douloureux, combien terrible sera la mort pour nous, si notre mort ressemble à un degré quelconque à la mort la plus atroce du Christ ! Qu’il est grave le combat devant nous, pauvres mortels ! Quels tourments nous attendent à notre dernière heure ! On est presque tenté de penser qu’il aurait été préférable de ne jamais être né, que d’être né pour souffrir une telle angoisse. Mais c’est donc  le ciel qui est à gagner, et à travers cette seule porte étroite on peut entrer dans le paradis. C’est pourquoi, ô chrétien, acceptez votre destin joyeusement, et formez une ferme résolution à supporter sans murmurer l’amertume de la mort. Car c’est un grand mérite de céder la vie d’une vie que tout homme aime si bien et se présenter avec un esprit prêt et disposé aux affres de la mort. Et dans le but de vous encourager à gagner du mérite dans vos derniers moments, laissez-moi vous conseiller de prendre la décision suivante à souffrir la mort avec courage.

RÉSOLUTION. O Dieu de toute justice, qui avez ordonné que, depuis la chute de nos premiers parents, tous les hommes doivent mourir, et que cela devrait être le lot de beaucoup d’entre nous de goûter dans leur mort quelque chose des douleurs que Votre Fils a endurées à l’heure de Sa mort, je me soumets volontiers à ce décret de votre providence. Bien que la vie est douce pour moi, la mort apparaît plus amère, mais pour Votre obéissance j’accepte volontairement la mort avec toutes ses douleurs, et je suis prêt à céder mon âme quand, où, et de quelle manière qu’il puisse plaire à votre divine providence de m’appeler. Et puisque vous avez fait la mort si amère pour l’homme, afin que nous puissions ressentir, dans une certaine mesure par notre propre expérience douloureuse, la mort que Votre Fils bien-aimé a subi à cause de nous, j’accepte volontiers la peine de mort, et que je puisse au moins à ma dernière fin connaître quelque chose des douleurs que mon Seigneur béni a souffert pour mon compte. En l’honneur de sa Passion amère et sa mort, par conséquent, maintenant je me soumets joyeusement à tout des souffrances à travers lesquelles je peux être appelé à passer au moment de mon départ, et déclare ma détermination à les supporter avec toute la constance dont je suis capable. Je prie pour que cette résolution de ma part puisse être agréable à vos yeux, et que vous me donnerez la grâce de supporter ma dernière agonie avec patience. Amen.

CHAPITRE II. SUR LES AGRESSIONS DE SATAN À L’HEURE DE LA MORT.

Bien que la mort soit en elle-même des plus amère, son amertume n’est pas un peu améliorée par le vif souvenir des péchés de notre vie passée, par la pensée du jugement à venir, de l’éternité devant nous, et par les assauts de Satan. Ces quatre choses remplissent l’âme avec une telle terreur, qu’elle désespérerait infailliblement à moins que renforcée par l’aide de Dieu. Nous allons entrer dans une explication de chacune de ces quatre choses, et indiquerons également certains moyens de lutte contre les craintes qu’elles inspirent. En ce qui concerne les assauts de Satan, sachez que tout simplement Dieu lui permet d’avoir un grand pouvoir pour nous assaillir à l’heure de la mort ; non pas en effet pour notre perdition, mais pour notre probation. Avant d’expirer le chrétien doit encore prouver que rien ne peut se prévaloir de lui faire abandonner son Dieu. Pour cette raison, l’ennemi malin emploie toute la puissance qu’il a reçue, et porte toutes ses forces sur un homme quand il est entrain de mourir, dans l’espoir de l’entraîner au péché et le pousser vers le bas en enfer. Pendant toute notre vie, il nous attaque férocement, et ne néglige aucun moyen par lequel il peut nous tromper. Mais toutes ces persécutions ne supportent pas la comparaison avec l’assaut final par lequel il cherche à nous doubler à la dernière heure. Alors il trompe et fait rage, comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera.

Ce que nous apprend le passage suivant dans l’Apocalypse (XII,12) : « Malheur à la terre et à la mer, car le diable est descendu vers vous, dans une grande colère, sachant qu’il a peu de temps ». Ces paroles ont une application spéciale pour les mourants, contre lesquels le diable conçoit une grande colère, et contre lesquels il met tout en œuvre pour les séduire. Car il sait très bien que s’il ne les reçoit pas en son pouvoir maintenant, il n’aura jamais à nouveau la chance de le faire. Écoutez ce que dit saint Grégoire sur ce point : « Considérez bien combien terrible est l’heure de la mort, et combien épouvantable le souvenir de nos mauvaises actions sera à ce moment-là car les esprits des ténèbres se souviendront tout le mal qu’ils nous ont fait et nous rappeleront les péchés que nous avons commis à leur instigation. Ils n’iront pas seulement au lit de mort de l’impie, mais ils seront présents avec les élus, cherchant à découvrir quelque chose des péchés dont ils les accusent. Hélas ! comment nous en tirerons nous malheureux mortels à cette heure, et que peut-on dire pour nous-mêmes, voyant combien sont innombrables les péchés posés à notre responsabilité ? que pouvons-nous répondre à nos adversaires, quand ils placent tous nos péchés devant nous, avec l’objet de nous réduire au désespoir ? » Les mauvais esprits tenteront leur malheureuse victime au moment de la mort sur différents points, mais surtout en ce qui concerne les péchés dans lesquels elle est le plus souvent tombée. Si au cours de sa vie, elle a caressé de la haine envers quelqu’un, ils évoqueront devant ses yeux mourants l’image de cette personne, répétant tout ce qu’elle a fait pour lui nuire, afin de raviver la flamme de la haine envers cet ennemi, ou l’allumer à nouveau. Ou si quelqu’un a péché contre la pureté, ils lui montreront le complice de son péché, et s’efforceront d’éveiller la passion coupable ressentie pour cette personne. Si elle a été troublée par des doutes quant à la foi, ils rappelleront à l’esprit l’article de foi qu’elle avait du mal à accepter, le lui représentant comme faux. Si un homme avait une tendance à la pusillanimité, les mauvais esprits l’encourageront en lui, pour  qu’ils puissent peut-être lui voler son espoir de salut. L’homme qui a péché par orgueil, et se vantait de ses bonnes œuvres, ils chercheront à le piéger par la flatterie, lui assurant qu’il est en haute faveur de Dieu, et que tout ce qu’il a fait ne peut manquer de lui assurer une place dans le ciel.

Encore une fois, si dans sa vie un homme a cédé la place à l’impatience, se laissant aller à la colère et irrité par tout, ils feront apparaitre sa maladie  la plus pénible pour lui pour qu’il puisse devenir impatient et se rebeller contre Dieu pour lui avoir envoyé une pénible maladie. Ou s’il a été tiède et indévôt, sans ferveur dans la prière ou assiduité dans ses exercices religieux, ils tenteront de maintenir dans son âme cet état d’apathie, lui suggérant que sa faiblesse physique est trop grande, même pour lui permettre de se joindre aux prières de ses amis lui lisant. Enfin, ils tenteront au désespoir ceux qui ont mené une vie sans Dieu et qui sont tombés à plusieurs reprises dans le péché mortel, leur représentant leurs transgressions être trop grandes pour avoir pu être pardonnées dans le passé. En un mot, les esprits du mal assailliront les mortels au moment de la mort le plus farouchement sur leur point le plus vulnérable, tout comme un habile général fera d’assaut d’une forteresse du côté où il perçoit les remparts être les plus faibles.

Mais les démons ne se bornent pas toujours à tenter un homme à l’égard de ses principaux défauts et des défauts prédominants ; ils le tentent fréquemment pour les péchés dont il n’a pas jusqu’à présent été coupable. Car ces ennemis rusés n’épargneront aucun effort pour tromper la mort, et s’ils n’y parviennent pas dans un sens, ils tentent de réussir d’un autre. Ces tentations sont sans caractère ordinaire. Elles sont parfois si violentes qu’il est impossible pour les faibles mortels de leur résister sans aide surnaturelle. Si c’est tout ce qu’une personne en bonne santé peut faire pour résister aux assauts du diable, et qu’une telle personne est souvent vaincue par eux, quelle doit être la difficulté pour celui qui est affaibli par la maladie pour lutter contre des ennemis si redoutables ! Sur ce point, un écrivain pieux dit : « À moins que le mourant se soit, avant sa dernière maladie, armé contre ces attaques et accoutumé à en découdre avec ses adversaires spirituels, il reste peu de chance de l’emporter contre eux au moment de la mort. S’il l’emporte, ce ne sera que grâce à l’aide de Dieu tout-puissant, de notre bienheureuse Dame, de son ange gardien, ou de l’un des saints. Car notre Dieu miséricordieux, ses anges et les saints bienheureux n’abandonnent pas le Chrétien à l’heure de son besoin, ils se hâtent à son aide, c’est-à-dire pourvu qu’il soit digne de leur aide ». Afin de se préparer avant sa dernière maladie à lutter contre ces tentations, il sera conseillé de réciter dévotement la prière suivante : Ô Jésus, compatissant Rédempteur de l’humanité, je me rappelle à l’esprit la triple tentation que vous avez subi de l’ennemi malin, et je vous prie par la glorieuse victoire que vous avez obtenu sur lui, de me soutenir dans mon dernier combat et me fortifier contre toutes ses tentations. Je sais que par ma propre force, je ne peux pas lutter contre un si puissant ennemi, et que je dois certainement être vaincu, sauf si vous ou vos saints bénis, m’accordez une assistance en temps opportun. Par conséquent, j’implore maintenant sincèrement votre aide et celle de vos saints, et propose d’armer au mieux ma capacité par votre grâce, pour répondre aux tentations qui m’attendent. Je promets maintenant, devant vous, les saints anges et les saints bienheureux, que je ne m’exposerai jamais volontairement à toute tentation de quelque nature que ce soit, mais avec l’aide de ta grâce, je les combattrai vigoureusement. Amen.

CHAPITRE III. SUR L’APPARITION DES ESPRITS DE TÉNÈBRES.

Outre ce qui a déjà été mentionné, l’aspect terrible des mauvais esprits rend la mort encore plus alarmante pour nous. C’est l’opinion de la plupart des Pères, que chacun, expirant, voit l’ennemi malin, en tout cas au moment d’élaboration de son dernier souffle, sinon avant. Combien épouvantable est ce spectacle, et avec quelle terreur il doit inspirer les mourants, cela dépasse le pouvoir des mots pour le déclarer. On raconte que Frère Giles un jour qu’il était en prière dans sa cellule, le diable lui apparut dans une forme si effroyable, que le frère perdit le pouvoir de la parole, et pensait que sa dernière heure était venue. Comme ses lèvres ne pouvaient pas émettre un son, il éleva son cœur humble en supplication à Dieu, et l’apparition disparut. Par la suite, racontant ce qui lui était arrivé à son frère moine, il tremblait de la tête aux pieds, quand il décrit l’aspect hideux de l’adversaire de l’humanité. Puis allant à Saint François, il lui posa cette question : « Père, n’avez-vous jamais rien vu dans ce monde dont la vue était si horrible qu’elle suffisait pour tuer qui la voit ? » Et le Saint répondit : « J’ai bien vu une telle chose ; ce n’est nul autre que le diable, dont l’aspect est si répugnant que personne ne pourrait le contempler, même pour un court laps de temps et vivre, à moins que Dieu lui ait spécialement permis de le faire ». Saint Cyrille aussi, écrit saint Augustin, dit que l’un des trois hommes qui ont été relevés des morts lui a dit : « Comme l’heure de mon départ approchait, une multitude de démons, innombrables en nombre, vint et se tint devant moi. Leurs formes étaient plus horribles que tout ce que l’imagination peut concevoir. On serait plutôt brûlé dans le feu que d’être obligé de les regarder. Ces démons se rangèrent autour de moi, et me reprochèrent tous les méfaits que j’avais jamais fait, pensant me désespérer. Et en fait, j’aurai cédé devant eux,  si Dieu dans sa miséricorde n’était pas venu à mon secours ». Ici, nous avons le témoignage de celui qui avait réellement appris par sa propre expérience combien effrayante est l’apparition de l’ennemi malin, et qui déclare que rien ne peut être plus horrible que la forme qu’assume le diable . Oh mon Dieu ! combien écrasantes sont les terreurs qui prendront possession de l’individu malheureux qui se trouve au point de la mort quand le dragon infernal apparaît, plein de rage, et menaçant de l’engloutir dans ses mâchoires de feu. En cette heure de détresse suprême, envoyez mon ange gardien pour moi, ô Dieu, je vous prie, qu’il chasse l’ennemi malin, sinon je tomberai infailliblement dans le désespoir et perdrai tout espoir de mon salut. O bienheureuse Vierge Marie ! qui avez écrasé la tête du serpent, soyez avec moi à l’heure de ma mort et ne permettez pas que la présence du cruel adversaire cause ma perdition éternelle.

CHAPITRE IV. SUR LA PEUR DE L’ENFER.
La mort nous est rendue encore plus amère par la crainte de l’enfer et par la claire vision de l’éternité devant nous. Car, lorsque nous sommes dangereusement malade, et que la mort nous regarde en face, la terreur qui nous remplit à la perspective de l’éternité est si écrasante, que nous sommes remplis de peur. Car nous voyons bien que dans quelques jours, quelques heures peut-être, nous devons entrer dans l’éternité, et nous ne savons pas ce qui nous attend là-bas. La crainte de la peur que nous serions perdus éternellement est tellement grande pour nous faire frémir. En outre, l’alarme qui nous torture n’est pas peu augmentée par le souvenir des péchés par lesquels nous avons souvent mérité l’enfer ; car personne ne peut être certain de ce qu’il a fait pénitence correctement, et s’il a vraiment obtenu le pardon. Ceci est expliqué par un passage des écrits de ce qui précède par le pape saint Grégoire, qui décrit cette crainte dans les termes suivants : « L’homme juste qui est vraiment préoccupé par son salut éternel pensera de temps à son futur juge. Il méditera avant que la mort atteigne son compte, qu’il devra rendre sa vie. S’il n’y a pas de grands péchés que sa conscience lui reproche, il aura toujours une cause de s’alarmer à cause des péchés quotidiens dont il fait peut-être peu d’attention. Combien de fois n’avons-nous pas péché en pensée ? Il est relativement facile d’éviter les mauvaises actions, mais c’est une question beaucoup plus difficile de garder un de cœur exempt de pensées désordonnées. Pourtant, nous lisons dans l’Écriture Sainte : Malheur à vous qui songez que ce qui est mal est rentable et l’inventez dans vos pensées (Mich II, 1) et encore : dans votre cœur vous opérez des iniquités (Ps LVII 3). D’où que les justes sont toujours dans la crainte des terribles jugements de Dieu, car ils sont conscients que tous ces péchés secrets seront traduits en jugement, comme le dit saint Paul : En ce jour, Dieu jugera les secrets des hommes (Rom II, 16). Et bien que toute sa vie un homme de bonne volonté marche dans la crainte du jugement, cette peur augmentera notamment qu’il se rapproche de la fin de ses jours. Il est dit de Notre-Seigneur, qu’au moment où sa mort approchait, il commença à éprouver de la tristesse et de la peur, et étant en agonie, il priait plus longuement. N’était-ce pas dans le but de nous enseigner comment il serait avec nous dans notre dernière fin, et que la détresse et l’angoisse ne nous submerge ? » Telles sont les paroles du pape saint Grégoire, mesurées pour inspirer non seulement les pécheurs, mais aussi le juste avec peur, puisque, comme le saint dit, même ceux qui ne sont pas conscients d’avoir commis des péchés graves, sont encore pleins d’appréhension à l’égard de la peine qui passera sur eux. Si les justes ne sont pas dépourvus d’alarme, que pouvons nous faire nous pauvres pécheurs, qui nous savons être coupables de transgressions nombreuses et multiples, et qui chaque jour ajoutons le péché au péché ? Qu’est-ce que nous allons devenir ? Que pouvons-nous faire ? N’y a t-il aucun moyen que nous puissions employer pour obtenir miséricorde de Dieu ? Je ne connais pas meilleur conseil que celui que le Christ lui-même nous donne en ces termes : « Veillez donc et priez en tout temps, afin que vous ayez la force d’échapper à toutes ces choses qui doivent venir, et de paraître debout devant le Fils de l’homme » (Luc XXI, 36). Puisque le Christ nous indique la prière comme le meilleur et le plus facile des moyens, que chacun suive fidèlement cette exhortation et en appelle avec diligence à Dieu tout-puissant et sa sainte Mère, et tous les saints, les implorant de jour en jour de le protéger, et les priant à cette dernière fin.

CHAPITRE V. SUR LE JUGEMENT.
Au-dessus et au-delà de tout ce que nous avons jusqu’ici considéré comme contribuant à nous rendre la mort terrible, est la pensée que nous devons nous tenir devant le trône du jugement de Dieu, et rendre compte de tout ce que nous avons fait et défait à à tort. Quelle horreur est ce jugement, nous l’apprenons de ces paroles de saint Paul : « C’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant » (Héb X, 31). Car s’il est très alarmant, même de tomber entre les mains d’un homme en colère, combien plus terrible ce sera de tomber entre les mains d’un Dieu tout-puissant ! Tous les saints tremblaient en prévision de la phrase qui serait transmise de Dieu, car ils savaient bien comment excessivement sévères sont Ses jugements. Le Roi Psalmiste dit : « N’entre pas en jugement avec ton serviteur, ô Seigneur, car à tes yeux nul homme vivant ne sera justifié » (Ps CXLII, 2). Et saint Job s’écrie : « Que dois-je faire si Dieu se lève pour me juger ? Que suis-je que je doive lui répondre que je ne peux pas lui rendre un pour mille ? ». Encore une fois, dit saint Paul : « Même si je ne suis pas moi-même conscient de quoi que ce soit,  je ne suis pas pour autant justifié, mais celui qui me juge c’est le Seigneur» (I Cor IV, 4). Nous lisons aussi dans la vie des Pères que le saint abbé Agathon était submergé par la peur que sa fin approchait. Ses frères lui dirent : « Pourquoi aurais-tu peur, mon révérend Père, tu as mené une vie si pieuse ? » Mais il leur répondit : « Les jugements de Dieu sont très différents des jugements de l’homme ». Le saint abbé Elias dit également : « Il y a trois choses que je crains d’abord , je redoute le moment où mon âme doit quitter mon corps, d’autre part, le moment où je dois me tenir devant le tribunal de Dieu, en troisième lieu, le moment où la peine sera passée sur moi ». Nul ne peut manquer de concourir à la parole de ce saint homme, car en effet, à côté du jugement général, il n’y a rienà craindre tellement que ces trois choses. Tous les hommes bons et saints les ont craint, tous les font craindre. Ceux qui ne les craignent pas prouvent qu’ils savent très peu de choses sur elles, ou ont à peine médité  sur ​​elles. Pour le bénéfice de celui qui peut être si ignorant, je donnerai une brève instruction sur le sujet.

Considérons tout d’abord, quelle étrange sensation nouvelle ce sera pour ton âme, quand elle se trouvera séparée du corps, dans un monde inconnu. Jusque-là , elle n’a pas connu d’existence en dehors du corps ; maintenant, elle est soudainement séparée. Jusque-là, elle était dans le temps ; maintenant, elle est passé dans l’éternité. Maintenant, pour la première fois ses yeux sont ouverts, et elle voit clairement ce qu’est l’éternité, ce qu’est le péché, ce qu’est la vertu, combien infini est l’être de la divinité, et combien merveilleuse est sa propre nature. Tout cela lui apparaîtra si merveilleux qu’elle sera presque pétrifiée d’étonnement. Après le premier instant d’émerveillement, elle sera conduite devant le tribunal de Dieu, pour qu’elle rende compte de toutes ses actions ; et la terreur qui ensuite saisira l’âme malheureuse dépasse nos pouvoirs de conception. Pas étonnant que le pécheur malheureux se rétrécisse de comparaître devant un tribunal où il sera reconnu coupable de tous ses méfaits et sévèrement puni pour eux ! Ne serait-il pas plutôt jeté dans un cachot sombre et nourri avec du pain et de l’eau, que d’avoir à se tenir devant ce siège de jugement et être mis à la honte ? S’il est si odieux pour un criminel d’être traduit devant un juge terrestre, combien sera le tremblement de peur de la pauvre âme de la terre quand elle est introduite dans la présence de Dieu, le juge strict et omniscient, et nécessaire pour faire le plus précis compte rendu de toutes les pensées, paroles, actes et omissions de sa vie passée. Saint Job le reconnaît quand il dit : « Qui me donnera de pouvoir me protéger en enfer, et me cacher jusqu’à ce passe ta colère » (Job XIV, 13). Remarquez que même Job le patient préfère plutôt se trouver dans une fosse de ténèbre, et être caché dans une sombre caverne, que devant le visage d’un Dieu en colère. Il y a six choses qui frappent l’âme de terreur quand elle est convoquée au jugement particulier. (1) L’âme a des craintes parce qu’elle connaît son juge pour être omniscient ; que rien ne peut lui être caché, il ne peut être en aucune façon trompé. (2) Parce que son juge est omnipotent ; rien ne peut lui résister, et personne ne peut lui échapper. (3) Parce que son juge est non seulement le plus juste, mais le plus strict des juges, à qui le péché est si odieux qu’il ne permettra pas la moindre transgression impunie. (4) Parce que l’âme sait que Dieu n’est pas son juge seul, mais aussi son accusateur ; elle l’a provoqué à la colère, elle a offensé, et il défendra son honneur et vengera toutes les insultes qui lui sont offertes. (5) Parce que l’âme est consciente que la peine une fois prononcé est irrévocable ; il n’y a pas d’appel pour elle à un tribunal supérieur, il est inutile pour elle de se plaindre de la peine. Elle ne peut pas être inversée, et si défavorable ou favorable , elle doit accepter. (6) La raison la plus puissante de toutes pourquoi les craintes de l’âme à comparaître devant le siège du jugement est parce qu’elle ne sait pas ce que sera la sentence du juge. Elle a beaucoup plus à craindre que d’espoir. Et toute pensée d’aide est maintenant terminée. Pour toujours, à jamais perdue ; toujours, pour toujours damnée ! Ces six points remplissent l’âme d’une telle angoisse et terreur indicible, que si elle était mortelle au lieu d’immortelle, elle serait prête à mourir la mort la plus cruelle et violente comme moyen d’évasion. Considérons, par ailleurs, sous quelle forme tu comparaîtras devant ton juge, et comment tu seras mis en confusion à cause de tes péchés. Si un homme en punition de ses mauvaises actions était condamné à être dépouillé à nu en présence de toute une multitude, combien il se sentirait honteux ! Mais si certains maux odieux et dégoûtants sur ​​son corps étaient ainsi divulgués à la vue, il serait encore plus honteux. Ainsi il sera avec toi, quand tu lèveras devant ton juge, en présence de nombreux hôtes et des anges. Non seulement toutes tes mauvaises actions, tes pensées, paroles et œuvres seront révélés, mais tous tes mauvais penchants te seront manifestés, et tu seras mis en une terrible honte à cause d’eux. Tu ne peux pas nier que ces mauvais penchants s’accroche à toi, car ne t’es-tu pas donné à la colère, l’impatience, la vengeance, la haine, l’envie, l’orgueil, la vanité, la sensualité, la paresse, la gourmandise, l’amour de soi, l’avarice, la mondanité et à toute malice ? Celles-ci et d’autres mauvaises tendances clivent ton âme et la défigurent si effroyablement, qu’après la mort tu seras alarmé à la vue de ton âme, et de bon cœur honteux de toutes les taches sur elle. Considérons maintenant de quelle manière ton saint juge te recevra, quand tu paraîtras devant lui non seulement chargé d’une multitude innombrable de péchés, mais dans un état ​​d’impureté indescriptible. Tu seras debout devant lui dans la plus grande confusion, ne sachant pas où regarder. Sous tes pieds le mensonge de l’enfer ; au-dessus de toi est le visage en colère de ton juge. À côté de toi tu vois les démons qui sont là pour t’accuser. Dans ton propre intérieur tu vois tous tes péchés et méfaits. Il est impossible de te cacher ; et pourtant cette exposition est intolérable. Ce serait un moment approprié pour exposer comment l’ennemi t’accuse du mal, comment il portera tous tes péchés à la lumière et fera descendre sur eux la vengeance de Dieu ; et aussi comment le Dieu juste exigera le compte la plus précis de toutes tes actions. Mais cela a si souvent formé le thème des prédicateurs, que, pour des raisons de concision, je ne vais pas m’étendre sur cette partie de mon sujet, mais conclure avec l’anecdote suivante. Deux amis intimes avaient convenu ensemble que celui des deux qui doit mourir le premier, doit apparaître au survivant, à condition qu’il ait été autorisé par Dieu à le faire. Quand enfin un fut enlevé par la mort, fidèle à sa promesse, il apparut à son ami, mais avec un aspect triste et désolé, en disant : « Aucun homme ne sait, aucun homme ne sait, aucun homme ne sait !! ». « Qu’est-ce que personne ne sait ? » demanda son ami. Et l’esprit répondit : « Personne ne sait combien les jugements de Dieu sont stricts, et combien ses châtiments sont sévères ! » Ces choses étant ainsi, qu’est-ce qu’il nous incombe de faire afin de ne pas tomber dans les mains d’un juge courroucé ? Je ne peux vous donner de meilleur conseil que celui-ci : Repentez-vous de vos péchés, faites une confession sincère, modifiez vos voies, et commencez à réfléchir sérieusement à votre salut éternel. Alors que vous êtes encore en bonne santé pensez parfois à la mort et préparez vous y vous-même. Ne remettez pas cela jusqu’à ce que la vieillesse vienne sur vous, ou qu’une maladie mortelle vous rattrape. Il n’y a pas d’art plus important sur ​​la terre que l’art de mourir d’une bonne mort. Toute l’éternité en dépend ; une éternité de bonheur ou de tourment inexprimable. Un seul essai vous est accordé ; si vous ne supportez un essai, tout est perdu, une éternité de misère est devant vous. Et si vous n’avez pas appris cet art si important dans votre vie, quand vous êtes bien et fort, comment pourrez-vous le pratiquer à votre profit éternel quand vous serez sur votre lit de mort ? Il sera tout à fait impossible pour vous de le faire à moins que Dieu fasse un miracle de miséricorde en votre nom. Vous ne pouvez pas compter sur cela ; Dieu ne l’a pas promis, ni vous n’avez mérité une si grande faveur, donc laissez-moi vous prier de suivre mon conseil d’ami, et préparez vous vous-même souvent à la mort tout en étant en pleine santé et force ; car cela est le seul moyen par lequel vous pouvez espérer devenir compétent dans l’art de bien mourir, et passer avec succès à travers le seul essai qui vous attend, par lequel votre destin éternel sera déterminé.

PARTIE II. LE JUGEMENT DERNIER.

CHAPITRE I. SUR LES SIGNES QUI PRÉCÈDENT LE JUGEMENT DERNIER.

JÉSUS-CHRIST, le juge des vivants et des morts, qui, à sa première venue est apparu sur la terre en toute quiétude et tranquillité, sous une forme douce et attrayante, reviendra la deuxième fois au jugement avec une grande majesté et gloire. Pour que sa venue ne nous trouve pas au dépourvu, il enverra à l’avance de nombreux et terribles signes pour nous avertir d’abandonner notre vie de péché. Parmi ces signes, il dit lui même : « Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles, et sur ​​la terre une angoisse des nations, les hommes dépériront de peur et de l’attente de ce qui va venir sur le monde entier. Car il y aura alors une grande tribulation, telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu’à présent, ni ne sera. Et si ces jours n’avaient été abrégés, personne ne serait sauvé ». Quelle horrible annonce ! Quelle terrible prophétie ! Pourrait-il y avoir une prédiction plus terrible faite pour nous que ce qui vient de la bouche de la vérité éternelle ? Quand Dieu était sur ​​le point de détruire la ville de Jérusalem, il a annoncé sa chute par plusieurs signes. Une comète, ressemblant à une épée de feu, brillait sur ​​la ville, et les hôtes de guerriers armés furent vus se tenant en l’air. Jérusalem pourrait au dernier moment interpréter correctement ces signes pour le salut accompli et de pénitence. Mais Jérusalem ne connaissait pas le temps de sa visite. Si Dieu a donné ces signes merveilleux apparaissant avant la destruction d’une seule ville, la fin prochaine du monde et les terribles châtiments à venir sur lui, ne seront-ils pas annoncés par des signes terribles ? Il y a donc tout lieu de croire, qu’un temps considérable avant le dernier jour, les signes effrayants apparaîtront à toutes les terres dans les cieux. Le Christ semble l’indiquer dans les paroles : « Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles, les hommes dépériront de peur, et de l’attente de ce qui va venir sur le monde entier ». Ces signes deviendront plus nombreux de jour en jour, et les hommes seront frappés d’une telle terreur, que si Dieu ne raccourcit pas les jours, même les élus commenceraient à être dans le désespoir. Alors, comme le dit saint Jérôme, le ciel sera couvert de lourds nuages, et une tempête terrible se posera. La force du vent soulèvera les habitants de la terre de leurs pieds, et les fera tourbillonner dans l’air ; les arbres seront déracinés, des maisons découvertes. Les longs coups de tonnerre retentiront dans les cieux, les éclairs, comme des serpents de feu, illumineront le ciel, et avec leurs langues fourchues, en jouant sur ​​les logements de l’humanité, allumeront une conflagration générale, au milieu du fracas du tonnerre. Les eaux de l’océan seront tellement agitées que leurs vagues dépasseront la haute montagne, dominant presque les nuages. Les flots rugissants et la rage des pluviales balayant dureront pendant un certain temps. Toutes les bêtes de la terre élèveront leur voix, et leurs hurlements lugubres rempliront l’air, de sorte que les cœurs des hommes se tiendront toujours dans la terreur. Pourtant, ce n’est que le commencement de la douleur, nous dit Notre Seigneur. Ce qui ensuite se produira, Il le décrit en ces termes : « Immédiatement après la tribulation de ces jours, le soleil sera obscurci, et la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées ». Cet obscurcissement du soleil aura lieu à la pleine lumière de midi. Et comme ses rayons dorés éclairant le visage de la nature réjouissent à la fois l’homme et la bête, de la sorte le retrait soudain de sa lumière provoque la douleur et la détresse pour l’ensemble de la création et ce d’autant plus que la lune cessera de briller, et que sa douce lumière pacifique n’éclairera plus les ombres de la nuit. Toutes les étoiles aussi qui illuminent le firmament et jettent une lueur sur la terre, disparaîtront de leur endroit habituel. Cette terrible obscurité frappera d’une telle alarme et angoisse au cœur de toutes les créatures vivantes, les hommes et les bêtes, que le deuil et la lamentation seront universels. Avec les cris de détresse croissant des habitants sur la terre, les hurlements des mauvais esprits dans l’air se mêleront de concert hideux, car ils percevront de ces signes que le jour du jugement est à portée de main ; ils sauront qu’ils auront bientôt à comparaître devant le rigoureux tribunal de Dieu ; ils sauront qu’ils seront jetés en enfer pour toute l’éternité. D’où leur fureur, leur rage, et leur délire frénétique. Ici, nous pouvons répéter les paroles prononcées par le Christ : « Ceci n’est que le début de la douleur », et on peut ajouter, il n’y aura pas de fin. Car, après l’obscurité terrible tout sera bouleversé et en désordre, et les éléments seront relâchés, de sorte que les hommes craindront que les cieux tombent et s’ouvre la terre sous leurs pieds. Ceci est ce que le Christ signifie quand il dit : « Les puissances des cieux seront ébranlées [déplacées] et les étoiles tomberont du ciel ». Car en conformité avec la volonté divine, le firmament avec toutes ses étoiles, le soleil avec ses planètes qui l’accompagnent, l’atmosphère avec son voile de nuages, seront si puissamment secoués et trembleront, que les sons effroyables se briseront, se casseront, que des explosions terribles  seront entendues partout. Les étoiles seront chassées de leurs orbites, et donc les grandes puissances du ciel seront en conflit avec une autre. Quels seront les sentiments de l’homme qui vivra au milieu d’événements comme ceux-ci ? Combien l’humanité tout entière, tous les êtres créés, pleureront ! Le Christ lui-même nous dit ce que ce sera donc : « Sur la terre sera la détresse des nations en raison de la confusion du bruit de la mer et des flots, les hommes dépériront de peur, et de l’attente de ce qui doit venir sur le monde entier » (Luc XXI 25, 26). Et dans un autre endroit, il dit : « Il y aura alors une grande tribulation, telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu’à présent, ni ne sera Et si ces jours n’avaient été abrégés, personne ne serait sauvé » (Matt. XXIV 21, 22). Notre Seigneur aurait pu utiliser une expression moins forte pour décrire la misère totale des malheureux mortels, qu’en disant, ils dépériront de peur et d’appréhension des choses qui sont encore à venir sur le monde. Comment est-il possible pour les hommes qui doivent être en vie à ce moment-là de ne pas défaillir, de ne pas désespérer, en présence d’une telle insondable misère ? Même la foi et le courage d’un apôtre seraient cruellement entamés pour tenir contre cette misère indicible. Tous les hommes auront l’apparence de celui qui a vu un fantôme. Leurs cheveux se tiendront debout, leurs genoux se frapperont, ils trembleront de peur, la terreur les privera de la puissance de la parole, leurs cœurs mourront en leur sein par la tribulation, ils perdront la raison et la conscience, personne n’aidera son prochain, personne ne confortera son voisin, personne n’échangera même un mot avec son voisin ; ils seront seulement tous unis pour pleurer et gémir, et fuir pour se cacher dans les grottes de la terre. Lorsque cette lamentation aura duré pendant un certain temps, le Dieu de la justice mettra fin à leur misère, et tout ce qui est sous le firmament du ciel sera détruit par le feu. Car le feu tombera du ciel, et enflammera tout ce avec quoi il entre en contact. Dans de nombreux endroits aussi les flammes jailliront du sol, et terrifieront les malheureux mortels à un point tel qu’ils ne sauront pas comment s’en échapper. Certains chercheront un abri dans les caves et cavernes, d’autres se plongeront dans les rivières et les lacs. Les flammes dévorantes se répandront si vite que les forêts seront mises en feu, et les villes et les villages seront inclus dans la destruction. Enfin toute la terre sera en feu et une conflagration générale résultera, comme cela ne l’a jamais été vu ou entendu parler. La chaleur des flammes déchaînées sera si intense que les pierres et les roches fondront, et que la mer et toutes les eaux sur terre bouilliront et siffleront. Tous les hommes vivant alors, toutes les bêtes sur la terre et tous les poissons de la mer seront détruits dans cette conflagration universelle. Ainsi, le monde entier sera porté à une fin terrible, et tout sur cette terre sera soit consommé ou purifié par le feu. Après que cela se sera produit, l’apparence de la terre sera complètement changée.

CHAPITRE II. SUR LA RÉSURRECTION DES MORTS.
Le lecteur ne prendra peut-être pas à cœur ce qui a été dit dans le chapitre précédent, parce qu’il chérit l’espoir qu’il ne sera pas en vie pendant cette terrible période. Mais nous sommes maintenant sur ​​le point de parler des préoccupations de tout le monde, quel qu’il soit. C’est pourquoi lisez-les attentivement et réfléchissez sérieusement. Le premier événement qui suivra la fin du monde est la résurrection générale des morts. Tous les hommes, quels qu’ils soient, et quand et où ils ont vécu, sans excepter les nourrissons dont l’existence a été un bref moment, se lèveront à nouveau. Avec l’explosion solennelle d’une trompette Dieu fera que tous les hommes soient convoqués au Jugement dernier. En ce qui concerne cela le Christ dit : « Il enverra ses anges avec une trompette et une grande voix, et ils rassembleront ses élus des quatre vents, des parties les plus éloignées des cieux jusqu’à leurs extrémités » (Matt XXIV, 31). Et saint Paul dit : « Nous serons en effet tous relevés à nouveau, mais nous ne serons pas tous changés ; en un instant, en un clin d’œil, à la dernière trompette, car la trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles : et nous serons changés » (I Cor XV 51, 52). Après la grande conflagration, Dieu enverra ses anges qui souffleront un souffle si puissant dans leur trompette, qu’il fera écho dans le monde entier. Le son de cette trompette sera si grave que cela provoquera la terre à trembler. Sa voix puissante réveillera les morts, les appelant : «Levez-toi, vous les morts, et venez au jugement. Levez-toi, vous les morts, et venez au jugement. Levez-toi, vous les morts, et venez au jugement ». Grave, continue, et la plus solennelle sera l’explosion de cette trompette. Combien seront terrifiés tous les mauvais esprits et les âmes des perdus quand ils entendront cet appel ! Ils hurleront et pleureront car l’heure fatale est enfin venue, l’heure qu’ils ont regardé avec intérêt si longtemps, et avec une telle crainte inexprimable. Il y aura une telle commotion dans l’enfer, de délire, de rage et de fureur, que l’on pourrait imaginer les démons se déchirant tous les uns les autres en morceaux. « Hélas, hélas ! » ils crieront dans leur désespoir. « Comment pouvons-nous tenir devant le visage de notre Juge en colère ! Comment pouvons-nous supporter la honte, l’agonie qui sera notre part ! Pourrions-nous rester seulement ici, quelle joie devrions-nous en avoir, si grand que sont les tourments que nous avons maintenant à supporter ! « . Mais vains sont tous leurs souhaits, futiles sont toutes leurs luttes. Ils ne peuvent pas choisir, mais ils doivent obéir à la voix de la trompette. La résurrection générale commence alors sa voix et  faire encore écho sur l’ensemble du globe. Ne vous arrêtez pas pour vous demander comment cela peut être, car nous savons que ce sera ainsi, sur l’autorité irréfragable de l’omnipotence de Dieu et Sa parole qui ne peut pas tromper. Il y a cependant longtemps que le corps d’un homme puisse être émietté en poussière, quel que soit le changement peut-être passé à travers, chaque partie et chaque particule se réuniront pour former à nouveau le même corps qu’il était au cours de sa vie. « Et la mer rendit les morts qui étaient en elle, la mort et l’enfer rendirent leurs morts qui étaient en eux » (Apoc. XX, 13). Considérez cette vérité solennelle, ô chrétiens, car elle vous concerne de près. Comme certainement maintenant vous êtes en vie, voudrez-vous donc certainement un jour ressusciter de la tombe. Placez ce moment terrible vivement devant vous. Même si vous étiez pieux et aviez finis vos jours dans la grâce de Dieu, selon le témoignage de l’Écriture Sainte et de l’Église catholique, la peur et le tremblement se saisiront de vous. Considérant la manière  inconcevablement rigoureuse dont Dieu fera son jugement des hommes, avoir même juste à comparaître devant son tribunal sera à craindre, comme nous allons le montrer. Et si seulement les hommes bons ont peur, que sera la crainte que vous, pauvre pécheur, ressentirez, quand la trompette vous appellera au jugement ! C’est pourquoi modifiez vos voies, et faites votre paix maintenant avec votre strict juge par les œuvres de pénitence, alors qu’il est encore temps. Maintenant, pour que vous puissiez vous préparer à cette heure terrible de la résurrection, nous allons d’abord décrire la résurrection des bons, puis celle des réprouvés. Réveillées par le bruit solennel de la trompette toutes les âmes des justes descendront du ciel, et, accompagnées de leurs anges gardiens, se mettront elles-mêmes à l’endroit où leurs restes ont été enterrés. Les tombes seront ouvertes, et dessus les corps seront vu couchés, incorrompus, mais encore sans vie. Le corps de tout homme de bien se reposera dans la tombe, comme s’il était endormi ; il sera en pleine floraison comme une rose, parfumé comme un lis, brillant comme une étoile, juste comme un ange et parfait dans tous ses membres. Qu’est-ce que l’âme dira quand elle verra le corps se relevant devant elle dans une telle beauté ? Elle dira : « Salut, corps béni et aimé, combien je me réjouis une fois de plus de te rejoindre. Quel bel art tu es, combien glorieux, combien agréable, combien parfumé. Viens à moi, que je sois unie à toi pour l’éternité !! » Puis, par la puissance de Dieu le corps sera réuni à l’âme, et en même temps il reviendra instantanément à la vie. O mon Dieu, quel sera l’étonnement du corps quand il se trouvera à nouveau vivant, et façonné sous une forme si belle ! L’âme et le corps se salueront avec amour et s’embrasseront affectueusement avec une émotion sincère. L’âme dira donc au corps : « Combien t’ai-je désiré ardemment, combien j’ai désiré voir ce jour. Maintenant je vais te conduire dans les régions de la félicité céleste où nous pouvons nous réjouir ensemble pour toujours ». Et le corps répondra : « Bienvenue, chère âme, c’est en effet une joie sincère pour moi d’être avec toi à nouveau malgré la plus grande la douleur que m’a fait notre séparation passée, notre réunion présente offre plus de plaisir ». Alors l’âme parlera encore, et dira au corps : « Béni sois-tu, mon compagnon choisi, qui m’as été si fidèle. Béni soient tes sens et tous tes membres, car ils se sont toujours abstenus du mal ». Et le corps répondra : «Sois plutôt bénie, ô chère âme, car c’était par ton instigation j’ai fait, et tu me les a incité à tout ce qui était bon, c’est à toi que je dois mon bonheur présent, donc je te loue et te magnifie, et je te louerai et te magnifierai pour toute l’éternité ». Ainsi le corps et l’âme se réjouiront ensemble avec une satisfaction inexprimable. Alors les saints anges gardiens féliciteront ces êtres bénis et exulteront avec eux de leur résurrection joyeuse. Dans tous les cimetières et les lieux où de nombreuses personnes seront enterrés, les bienheureux sortiront d’abord avec des corps glorifiés resplendissants. Qu’ils auront la préséance sur les autres ce peut être recueilli des paroles du Christ, quand il dit : « Ne vous en étonnez pas, car l’heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu, et en sortiront ceux qui ont fait le bien pour la ressusciter à la vie, mais ceux qui ont fait le mal pour la résurrection à leur condamnation » (Jean V, 28, 29). Et comme dans chaque cimetière il y aura beaucoup de personnes à se relever, et parmi celles-ci une proportion considérable seront bons et justes, imaginez le plaisir que ce sera pour eux de se voir les uns les autres à nouveau, revêtus de ces brillants corps glorieux. Dieu veuille que je sois compté parmi le nombre de ces heureuses personnes ! Combien chaleureusement je le remercierai s’il m’accorde ma demande !

La résurrection des méchants suivra immédiatement celle des justes, mais ô combien différente ! Dans tous les terres toutes les âmes perdues se rassembleront aux corps ont été enterrés là, et elles seront obligées à nouveau de les assumer et de s’y réunir. Mais quelle sera la réticence, le dégoût avec lequel elles le feront ! Quand l’âme verra son propre corps, elle en reculera avec la plus grande répulsion, tellement il sera hideux, et elle préfèrera plutôt aller directement en enfer que s’unir de nouveau à lui. Car les corps des réprouvés ressembleront aux diables plus qu’aux hommes, tellement affreux, tellement répugnants, ils seront tellement offensants. Pourtant, même si l’âme résiste et s’oppose aux retrouvailles avec son corps maintenant si hideux, elle doit s’y unir car Dieu lui oblige. Qui peut se représenter le désespoir prenant possession du corps quand, ranimé par le retour de l’âme, il se réveillera avec la conscience qu’il est perdu à jamais. Avec un cri de rage, il s’écriera : « Malheur à moi, malheur à moi de toute éternité. Mieux valu pour moi mille fois n’être jamais né que d’avoir rejoint cette résurrection de misère ! » Alors l’âme va reprendra : «Corps maudit, j’ai dû endurer les tourments de l’enfer déjà plusieurs centaines d’années, et maintenant je dois revenir avec toi à la combustion éternelle. Tu es à blâmer pour tout ce malheur, je t’ai donné de bons conseils, mais tu ne les a pas suivi. Par conséquent, tu es perdu à jamais. Hélas pour moi, âme malheureuse que je suis ! Hélas pour moi, maintenant et pour toujours ! tu as été le moyen pour me porter à cette misère sans fin. Par conséquent, j’exècre l’heure où je suis venue habiter avec toi ». Et puis le corps répondra à l’âme de cette manière : « O âme maudite, comme tu as raison tu m’anathématiser quand tu es toi-même la cause de tout ce malheur, tu devrais m’avoir gouverné plus fermement et m’avoir retenu du mal, car c’était dans cet but que Dieu t’a unie à moi. Au lieu de t’associer avec moi dans les œuvres de pénitence, tu t’es délectée avec moi dans les plaisirs coupables. C’est à moi donc de te maudire pour toute l’éternité, parce que tu es celle qui nous as tant amené à la perdition éternelle ». Ainsi l’âme et le corps s’anathématiseront mutuellement l’un l’autre. Telles sont les circonstances malheureuses dans lesquelles se fera la résurrection des corps des damnés dans tous les cimetières et terrains quand ils quitteront la tombe et entreront dans une seconde vie. Et maintenant, lecteur, tâchez d’imaginer la honte et la confusion qui pèsera sur ces pauvres créatures à terre la première fois qu’ils se verront à nouveau. Le mari et la femme se réuniront, frères et sœurs, parents et enfants, amis et connaissances ; ceux qui ont vécu dans la même ville ou le même village et se connaissent depuis l’enfance. Leur honte sera si écrasante qu’ils préféreraient subir toute torture physique que d’être exposés. Et leurs corps seront si hideusement laids, d’apparence si dégoûtants, qu’ils frémiront à la vue les uns des autres. Qui peut décrire le deuil et la lamentation qui prévaudront parmi ces créatures malheureuses ! Leur misère sera en effet inexprimable. Pensez, vous, qui que vous soyez qui lisez ou entendez cela, quel désespoir terrible vous saisirait si vous étiez au nombre de ces âmes perdues. Dans quel ton piteux vous pleureriez avec eux votre sort malheureux : « Hélas, qu’avons-nous fait ? Malheur à nous les plus misérables !! Puissions-nous n’être jamais nés. Maudit sois-tu ma femme, qui m’a provoqué au péché ! Maudit soyez-vous, mes enfants, qui sont la cause de ma damnation ! Maudit soyez-vous, mes amis et connaissances, car vous avez été l’occasion de cette calamité qui est venue sur moi ! Maudit à jamais soyez-vous tous ceux qui ont été partenaires de ma vie et partenaires de mon péché ! » Pensez y davantage, ô pécheur, et laissez votre cœur dur être adouci. Chaque fois que vous passez par le cimetière de l’endroit où vous vivez, rappelez-vous que peut-être vous pourrez longtemps être posés là pour reposer dans la tombe jusqu’à la résurrection générale. C’est pourquoi faites une si bonne utilisation de la brève période de la vie, que vous puissiez être compté parmi les justes, et qui se lèveront avec eux pour la félicité éternelle, et non pas avec les réprouvés pour des tourments éternels. Priez souvent ainsi dans votre cœur : « O très compatissant Seigneur Jésus, je vous supplie pour l’amour de votre Passion amère et votre mort, et par le jugement dernier où vous serez le juge du monde entier, accordez-moi la grâce de vivre d’une telle manière que lors de la résurrection, je puisse me lever avec joie et non de honte. Amen ».

CHAPITRE III. SUR LA MANIÈRE DONT LES BONS ET LES MÉCHANTS SERONT CONDUIT AU LIEU DU JUGEMENT. 

Selon l’avis général reçu le jugement final aura lieu dans la vallée de Josaphat, non loin de Jérusalem. Cette opinion repose sur les paroles du prophète Joël : « Je rassemblerai toutes les nations, et les ramènerai dans la vallée de Josaphat, et je plaiderai avec elles là-bas ». Et encore : « Que les nations viennent dans la vallée de Josaphat, car là je siégerai pour juger toutes les nations alentour » (Joël III 2, 12). Il n’est pas difficile d’alléguer une raison pour laquelle le Christ doit tenir le jugement final là-bas, car c’est dans le voisinage de l’endroit où il a souffert, et n’est-il pas juste que dans le même lieu il doive apparaître comme notre juge ? Le mont des oliviers, la scène de son agonie, était aussi celle de son ascension glorieuse. On peut cependant objecter que la vallée de Josaphat ne pourrait contenir des millions et millions d’êtres humains qui seront rassemblés pour le jugement. Mais quand un endroit est indiqué comme le théâtre probable du jugement dernier, il ne suit pas nécessairement que toute l’humanité sera bondée dans cet espace étroit. Nous allons maintenant examiner de quelle manière nous serons réunis pour le jugement final. Si le bien et le mal sont trouvés ensemble dans les cimetières et ailleurs, il en arrivera comme Notre Seigneur a prédit : « Il en sera ainsi à la fin du monde : les anges sortiront, et sépareront les méchants d’avec le juste » (Matt. XIII 49). En effet, puisque les bons sont mis au repos parmi les méchants, il en résulte que lors de la résurrection ils seront trouvés parmi les méchants. En conséquence, après la résurrection générale, les saints anges viendront séparer les élus des réprouvés. St Paul, en parlant de cela, dit : « Car le Seigneur lui-même au commandement, et à la voix de l’archange et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel, et ceux qui seront morts dans le Christ ressusciteront les premiers. Ensuite, nous qui vivons qui sommes restés, nous seront emportés  avec eux dans les nuées ​​à la rencontre du Christ dans les airs » (I Thess. IV 15, 16). C’est-à-dire que tous les bons seront portés sur les nuées avec splendeur et gloire par les anges pour le lieu du jugement. Maintenant, imaginez-vous quel beau spectacle ce sera, quand les saints avec leurs corps glorifiés, brillant comme l’or bruni au soleil, seront transportés par l’air, escortés par leurs anges gardiens ! Avec quelles exultation et réjouissances passeront-ils leur chemin de triomphe ! Et quand ils viendront tous ensemble dans la vallée de Josaphat, ils se salueront les uns les autres avec amour, et s’embrasseront les uns les autres avec une joie mutuelle. Pensez un instant, ô chrétien, comment vous voudriez vous réjouir si vous étiez assez heureux pour vous trouver parmi le nombre des bienheureux. Ce bonheur est encore en votre portée ; si vous accomplissez vraiment le désir avec toute la force de votre volonté, vous serez comptés dans cette société heureuse. Remuez-vous-même pour bien remplir et fidèlement tous vos devoirs, et vous aussi un jour vous joindrez à cette procession glorieuse et triomphante. Nous allons maintenant examiner comment les méchants seront transportés dans la vallée de Josaphat, et ce qui les attendra là. Hélas ! leur destin est si triste que je ne peux guère risquer de le décrire en détail. Que feront ces pécheurs malheureux pensez-vous, que diront-ils quand ils verront les saints anges prendre les élus au milieu d’eux et les porteront avec gloire et splendeur dans l’air ? Le Sage nous donne un aperçu de leurs pensées quand il nous dit : « Ceux-ci, le voyant, seront troublés par une peur terrible et seront surpris du salut soudain inattendu du juste, disant en eux-mêmes, se repentant et gémissant dans l’angoisse de leur esprit : Voici ceux que nous avons eus autrefois en dérision, en proverbes de reproche. Nous insensés [fous] estimions leur vie une folie et leur fin sans honneur. Et voilà qu’ils sont comptés parmi les fils de Dieu, et que leur sort est parmi les saints » (Sag. V 2-5). Combien les affligés verront ceux qu’ils méprisaient autrefois maintenant si complètement  honorés et aimés par les anges de Dieu, et conduits par eux dans la gloire et le triomphe pour rencontrer le Christ. Et ceux qui, une fois ont fait un tel étalage de leurs richesses, qui méprisaient tous leurs semblables dans leur orgueil arrogant, maintenant se tiendront parmi les anges déchus, pauvres, misérables, méprisés. Quand les anges auront escorté tous les élus de la vallée de Josaphat, ils commenceront à conduire tous les réprouvé là, avec les mauvais esprits qui seront mêlés avec eux ils gémiront d’une voix forte : « Éloignez-vous, éloignez-vous du jugement ! Le juge des vivants et des morts va nous commander à comparaître devant lui ». Quel cri perçant d’angoisse ces malheureuses créatures publieront. Ils feront tout leur possible pour résister au commandement des anges, mais ils résisteront au mal en vain ! Ils devront obéir à l’ordre des messagers de Dieu. Avec les mauvais esprits les damnés seront entraînés de force vers le lieu du jugement. Quel voyage horrible ! L’air est déchiré par des cris de rage. Les esprits des ténèbres, avec malice diabolique et cruauté, par leur dépit à tourmenter les créatures infortunées que le péché a fait leurs victimes font déjà entendre le cri de désespoir arraché de ces êtres misérables : « Fous que nous étions ! sots irréfléchis ! Où le chemin de la transgression nous a conduit ? Hélas ! il nous a amenés au sévère tribunal, terriblement sévère de Dieu ! ». Écoutez, ô pécheur, les lamentations douloureuses et les auto-accusations de ces pauvres créatures. Prenez garde que vous aussi ne soyiez de leur nombre. Priez Dieu de vous préserver d’un  châtiment si choquant, et dites : « Très miséricordieux Jésus, rappelez-vous à quel prix vous m’avez racheté, et combien vous avez souffert pour moi. En raison de ce prix inestimable ne permettez pas que je sois perdu, sauvez-moi, mettez-moi nombre des brebis de votre bercail. Ensuite avec elles, je vous louerai et magnifierai votre bonté toute l’éternité ».

CHAPITRE IV. COMMENT TOUS LES HOMMES ATTENDRONS LA VENUE DU CHRIST DANS LA VALLÉE DE JOSAPHAT.

Contemplons maintenant les foules rassemblées au lieu du jugement. Toute l’humanité, chaque être humain qui a vécu sur terre, ainsi que tous les esprits rebelles qui ont été chassés du ciel, seront obligés de comparaître devant le trône du jugement du Christ. Qui peut tenter d’énumérer ces multitudes innombrables ? Le nombre des habitants de la planète vivant à ce moment présent équivaut à environ 1400.000.000. Cette vaste multitude aura disparu en moins d’un demi-siècle, et une autre génération, pas moins nombreuse, aura pris leur place et rempli la terre de nouveau. Cela continuera donc jusqu’au dernier jour. Que d’hôtes innombrables seront traduits là-bas devant le trône du jugement du Christ ! Les bons seront tous ensemble, se réjouissant de la certitude de leur salut éternel. Ils seront ornés de vêtements glorieux et brilleront comme les étoiles du ciel. Ils se connaissent, ils se saluent et échangent des félicitations mutuelles sur leur heureux sort.
Pas les méchants. La bonne position est à droite, et ils sont sur la gauche. Malheureusement, le nombre des méchants est beaucoup beaucoup plus grand que celui des bons. Avant et après la venue du Christ, le prince des ténèbres régnait sur un plus grand nombre de sujets que le Christ Lui-même. Hélas ! mon Dieu, quelle multitude immense il y aura à gauche ! Le deuil et la misère parmi eux seront tellement sans précédent que les bons qui sont à droite seraient, si’il était possible, profondément touchés de compassion. Car tous ces innombrables millions d’êtres humains répandront leur douleur excessive et angoisse en piteuses lamentations. En attendant la venue du Juge suprême, ils se tiendront ensemble, à part du juste, pleins de confusion de leur propre hideur, et surtout de leur péché, désormais évident pour tous. Pourtant, au-delà de toute cette misère, c’est la consternation qui prévaut en raison de la venue du juge ; il est au-delà de la puissance des mots pour l’exprimer. Pour l’instant, ces malheureuses créatures prennent en premier pleinement conscience de combien terribles sont les jugements de Dieu, qu’ils ont si peu écouté au cours de leur vie. Maintenant, qu’ils le reconnaissent pour la première fois c’est une honte terrible pour eux que leurs péchés soient manifestés en présence de tous les anges et les saints, en présence également des démons et des perdus [damnés]. Maintenant, pour la première fois, ils sont conscients de la nature terrible de la condamnation qui leur sera donnée par le juge qu’ils ont souvent insolemment méprisée à néant. Ceux-ci et beaucoup d’autres choses contribueront à leur inculquer une telle crainte inexprimable de la venue de leur juge, qu’ils trembleront de terreur de tous leurs membres et défailliront presque d’appréhension et angoisse. Ils diront les uns aux autres dans des tons plaintifs : « Hélas, qu’est-ce que nous avons fait ? Combien nous nous sommes terriblement trompés. Par souci des joies rares et transitoires de la terre, nous devons subir une éternité d’angoisse. À quoi bon toutes les richesses, les plaisirs voluptueux, l’orgueil, les honneurs du monde, pour nous maintenant ? Nous sots éloignés des biens célestes et éternels pour les choses pauvres et misérables de la terre. Hélas, que va t-il advenir de nous quand notre juge apparaîtra ! Montagnes, tombez sur nous, et collines couvrez-nous, car vraiment il serait moins intolérable pour nous d’être écrasés sous votre poids, que de se tenir devant le monde entier couvert de honte et de confusion, et voir le visage courroucé du juste juge  ! ». Pécheur malheureux, qui que vous soyez qui lisez ce livre, ne vous flattez pas par vain espoir que cette description de la misère de la perte soit exagérée. Ils se plaignent un millier de fois plus fort, et leur douleur et misère seront inexprimables. Vous, pendant la courte et précieuse saison de votre existence terrestre, faites pénitence, faites maintenant tout ce que vous désirerez d’avoir fait au Jour du Jugement. Demandez de Dieu la grâce de modifier votre vie de péché, afin que le jour de la venue du Christ ne soit pas un jour de terreur indicible pour vous. Mon Dieu, je reconnais que par ma vie de péché, j’ai mérité d’être banni de votre présence pour toujours. Pourtant, je me repens sincèrement de mes péchés et vous prie pour la grâce d’une vraie conversion, de sorte que je n’attende pas votre venue parmi le nombre des perdus [damnés]. Amen.

CHAPITRE V. SUR L’APPARENCE DE LA CROIX DU CHRIST DANS LES CIEUX

Lorsque tous les hommes seront assemblés dans la vallée de Josaphat, la prédiction de notre Seigneur sera accomplie : « Les hommes dépériront de peur, et de l’attente de ce qui va venir sur la terre entière ». Car ils seront dans une telle angoisse et terreur dans l’attente du jugement qui approche, que si une telle chose était possible, ils s’enfuiraient. Ils se tourneront vers les cieux sans cesse avec crainte et tremblement, et à chaque instant que la venue de le juge redouté sera retardé elle servira à augmenter leur appréhension de cette arrivée. Enfin, les cieux ouverts, et le signe de  la victoire triomphante du Christ, le signe de la sainte croix, sera montrée par une foule d’anges et exposée dans le monde entier. Ce sont les paroles de Notre Seigneur en ce qui concerne ce mystère : « Les puissances des cieux seront déplacées, puis paraîtra le signe du Fils de l’homme dans le ciel, et alors toutes les tribus de la terre se lamenteront » (Matthieu XXIV 29, 30). L’Église catholique nous enseigne ce que sera ce signe, ce qui doit apparaître dans le ciel : Le signe de la croix apparaîtra dans le ciel quand le Seigneur viendra pour le jugement. Tous les Pères concourent à interpréter ce signe qui sera affiché dans les cieux comme la croix du Christ. Bien que la croix sur laquelle Notre Seigneur a souffert soit maintenant divisée en d’innombrables petits morceaux, en particules même, par la puissance divine elle sera une fois de plus formée en un ensemble complet. Elle sera descendue du ciel par les anges avec une pompe solennelle ; et les anges qui la portent seront suivis par d’autres, qui, comme le Docteur angélique, saint Thomas d’ Aquin, le tient, porteront tous les autres instruments de la Passion, c’est-à-dire, la colonne, la lance, les clous, le marteau, la couronne d’épines, les dés, la robe écarlate, la robe blanche, la tunique sans couture, le linceul sacré, le récipient contenant de la myrrhe et de tous les autres instruments qui ont été utilisés au cours de la Passion, et l’objet de la présentation sera de rendre manifeste au monde entier combien et manifestes étaient les douleurs que le Christ a souffert à cause de nous. Alors, quand toute l’humanité verra la sainte croix et tous les autres instruments sacrés de la Passion briller comme le soleil à midi, que la croix de Christ brillera avec une lumière d’une clarté inouïe, ceux qui sont en attente au-dessous se tiendront en tremblant de peur et lamentation lamentable. Car la vue de la sainte croix et des autres instruments de torture rappelleront à leur esprit toutes les douleurs graves que Notre Seigneur a endurées, et même dans la force vive et d’une manière que toute sa passion semblera remise en vigueur devant eux. Ensuite le plus amer remords remplira le cœur des méchants. Mais ce remords, à quel point et profondeur qu’il pourra être sera futile. Il arrivera trop tard. Ce remords sera le compagnon du désespoir. Dans leur angoisse d’âme et leur désespoir, ils s’écrieront avec Caïn, le fratricide : « Mon iniquité est trop grande pour que je puisse en obtenir le pardon » ; ou avec Judas, qui a trahi son Seigneur et Maître : « J’ai péché en livrant le sang innocent ». Oui, tous les perdus seront d’accord en criant : « Hélas ! Nous avons péché en livrant le sang innocent. Nous avons torturé, nous avons crucifié, nous avons mis le Fils de Dieu à mort par nos péchés ». Ensuite toutes les tribus de la terre se lamenteront, car elles percevront la façon dont elles ont gravement offensé Dieu, mais les cris de deuil et de désespoir qui règneront partout seront vains. Qu’est-ce que diront les malheureux païens qui n’ont jamais jamais  entendu parler ni rien connu de la Passion du Christ  ? Ils pleureront amèrement et déploreront leur ignorance, en disant : « Hélas nous les malheureux, si nous avions connu cela, nous n’en serions jamais venu à cette misère, nous aurions su la grande et que Dieu infini a fait et tant souffert pour nous. Quelle reconnaissance nous aurions dû avoir pour Lui, combien volontiers nous l’aurions servi ! Nous avons été trompés par nos faux dieux. Nous n’avons vu en eux aucune vertu, seuls des actes vils et vicieux. Contre les murmures de notre conscience nous imitions leurs vices, et donc nous sommes damnés. Nous ne pouvons pas nous plaindre ou nous croire lésés par le Dieu saint et juste, parce que nous sommes parmi les réprouvés. Si seulement nous avions obéi à la voix de notre conscience, ce n’aurait pu être notre destin ». Mais que sera dit de ceux qui ont mis le Christ à mort ? Pilate, Caïphe, Anne, le grand prêtre, ainsi que les Juifs qui criaient : « Crucifie-le » et « Que son sang soit sur ​​nous et sur ​​nos enfants », tous ceux qui ont pris part au cruel crime atroce de crucifier leur Dieu, à la vue des instruments sacrés de la Passion, crieront à haute voix dans le désespoir et le désir d’être annihilés. Exécrés et maudits même par les damnés, ils  resteront là sous la marque des déicides, objets de dégoût pour le monde entier. Il est pas mon intention de discuter de ce que les mauvais chrétiens, qui ont blasphémé le Fils de Dieu par la parole ou par acte, ressentiront à ce moment ; pour des raisons de brièveté, je vous laisse, lecteur, méditer sur eux pour vous. Une seule chose que je voudrais vous demander ; réfléchissez sur cela, ce que vous direz, ce que vous regretteriez le plus profondément si tu étiez au nombre des damnés, et que vous vous verriez alors avoir été la cause des souffrances du Christ et L’avoir crucifié par vos péchés. Pourriez-vous sentir maintenant dans votre cœur quelque chose de la contrition qui alors percerait votre âme, assurément vous ne voudriez plus jamais pour le reste de votre vie commettre un grand péché. Pourriez-vous pleurer maintenant sur les souffrances du Christ avec des expressions de cette douleur poignante qui passerait alors sur vos lèvres, vous obtiendriez infailliblement la rémission de vos péchés. C’est pourquoi, adorez souvent votre Sauveur crucifié, rappelez-vous ses souffrances à cause de vous, et récitez la prière suivante : O fidèle Rédempteur du monde, qui avez enduré de telles souffrances indicibles pour moi, un misérable pécheur, je vous prie que votre amère Passion et votre mort sur la croix ne soient pas inutiles pour moi. Gravez leur souvenir profondément dans mon cœur, que je puisse les avoir à jamais dans mon esprit, et éviter le péché qui fut la cause de votre souffrance. Ainsi, quand votre croix apparaîtra, lumineuse et brillante dans le ciel au Jour du Jugement, puisse-t-elle ne pas être pour moi le signe de la damnation, mais du salut, le signe de votre miséricorde et de votre amour. Amen.

CHAPITRE VI. SUR L’AVÈNEMENT DU JUGE

Ce que nous avons entendu jusqu’ici, ô lecteur chrétien, est en effet le plus redoutable et terrible, mais il n’y a rien en comparaison avec ce que nous sommes maintenant sur ​​le point de prendre en considération. Car la venue du juge sera si terrible, si terrible, que tout ce qui est dans le ciel ou sur la terre tremblera et fera trembler la terre. La puissance et la majesté avec laquelle il viendra est au-delà de la puissance des mots pour le décrire. Afin que nous sachions quelque chose à son sujet, et être en mesure de s’en former une certaine conception, le Christ a lui-même prédit sa venue en ces termes : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa majesté, et tous les anges avec lui, alors Il sera assis sur le trône de Sa majesté, et toutes les nations seront rassemblées devant lui » (Matt. XXV 31,32). Et encore : (XXIV 30) : »Ils verront le Fils de l’homme venant sur ​​les nuées du ciel avec grande puissance et majesté ». Ainsi, nous voyons Notre Seigneur affirmer deux fois qu’il viendra dans les nuées du ciel, en présence de tous ses anges, en grande puissance et majesté qui peut représenter la grandeur de cette puissance, la splendeur de cette majesté, le nombre incalculable de ces armées angéliques. Écoutez ce que le Psalmiste dit sur ​​le sujet : « Un feu marchera devant lui et brûlera Ses ennemis alentour. Ses éclairs ont brillé dans le monde, la terre vit et trembla. Les montagnes se fondent comme la cire en présence du Seigneur, à la présence du Seigneur de toute la terre. Les cieux déclarent sa justice et tous les gens ont vu sa gloire ». Et dans un autre psaume, nous lisons (Ps XCVI 3-6) :  » Hors de Sion la beauté de sa beauté brillera …. Un feu brûlera devant lui, et une tempête puissante l’entourera » (XLIX 2). Le prophète Isaias prédit aussi l’avènement du juge dans les termes suivants : « Voici, le Seigneur viendra avec le feu, et ses chars sont comme un tourbillon, pour rendre sa colère dans l’indignation et ses menaces en flammes de feu » (Is. IXVI 15). Par ailleurs, le Christ Lui-même déclare : « Comme l’éclair sortira de l’orient, et apparaitra jusqu’en occident, ainsi sera l’avènement du Fils de l’homme » (Matt XXIV 27). Si telle est la manière dont le juge doit venir, si des flammes de feu procèdent de son visage, s’il descend du ciel dans un char de feu, armé de colère contre les pécheurs, qui ne doit trembler à sa venue ! Nous tous, en fait, tremblerons et aurons peur. Outre les terreurs du juge Lui-même, la vue de la foule innombrable des anges qui descendront avec Lui, nous inspireront la crainte et une grande angoisse. Car ce jour-là pas un ange ne restera dans le ciel ; ils seront tous présents comme témoins de l’arrêt. Maintenant, les théologiens soutiennent que dans le chœur le plus bas des anges le nombre des anges est dix fois supérieure à celui de tous les êtres humains qui ont jamais existé sur la terre. Dans le second chœur il y en a dix fois plus que dans le premier, dans les troisième dix fois plus que dans le second, et ainsi de suite, de sorte que le nombre de ces êtres angéliques apparaît sans fin. Tous ces anges, qui sont de purs esprits et donc invisibles pour la vue corporelle, apparaîtront alors visibles, très brillant et glorieux, de sorte que les damnés aussi pourront voir la magnificence de l’avènement du Christ. Saint Jean, dans son Apocalypse, parle ainsi des hôtes des anges qui assisteront à la venue du juge : « Je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc, et celui qui était assis sur lui été appelé fidèle et véritable, et avec la justice. Il juge et combat et Ses yeux étaient comme une flamme de feu, et sur ​​sa tête étaient plusieurs diadèmes ; … et il était revêtu d’un vêtement teint de sang, et son nom est appelé : Le Verbe de Dieu. Et les armées qui sont dans le ciel le suivaient sur ​​des chevaux blancs, revêtues d’un fin lin, blanc et pur. Et de sa bouche sortait une épée à deux tranchants, avec laquelle il peut frapper les nations. Et il les gouvernera avec une verge de fer ; et il foulera la cuve du vin de la fureur de la colère du Dieu Tout-Puissant. Et il a sur son vêtement et sur ​​sa cuisse écrit : Roi des rois et Seigneur des seigneurs » (Apoc XIX 11-16). Combien nous tremblerons, ô mon Dieu, quand nous verrons ces hôtes des esprits célestes avec leur roi comme chef ! Le prophète Daniel vit une fois un ange, et il fut si frappé de terreur par son apparence, qu’il est tombé à terre comme mort. Si un tel effet se produisit sur ​​lui par la vue d’un seul ange dont la mission fut de confort et de consolation, que deviendrons-nous quand tant de centaines de milliers de princes célestes s’approcheront de nous avec des physionomies courroucées ? St Ephrem, en parlant de cela dit : « Les anges arriveront avec un air menaçant, leurs yeux brillants du feu sacré de la juste indignation, réveillée par les iniquités de l’humanité ». Maintenant, si la vue des seuls anges qui viendront au jugement avec le juge divin, est si terrible, que sera la peur et l’effroi inspirés par le juge lui-même quand il viendra avec toute la colère de la justice offensée ! Comme dans le ciel il n’y a pas de plus grand plaisir que la contemplation de Dieu, au Jugement dernier il n’y aura pas de plus forte douleur que de regarder le juge en colère. Avant d’entrer dans une explication de cela, nous voyons avec quelle majesté le Christ viendra au jugement. L’avènement du Christ sera si terrible que ni homme ni ange n’est capable de le décrire correctement. Car tout ce qui est plus propre à effrayer le pécheur se verra ici, et rien ne manquera qui puisse augmenter la majesté du Christ. Quand un monarque fait son entrée dans une ville, ce faste est affiché là ! Les chants vivants de musique se mêlent à la volée la plus solennelle des cloches, des saluts sont tirés, toute la population est attentive, chacun tend ses regards pour voir le monarque ; en premier arrivent ses serviteurs, puis ses conseillers, les nobles de la terre ; enfin, il vient lui-même, entouré d’une multitude de personnes. Pourtant, toute cette magnificence que le monde peut offrir n’a pas de rapport avec la majesté à laquelle ils assisteront à la venue du Roi des rois ! Comparons un  pauvre garçon loqueteux mendiant avec un prince souverain qui pénètre à cheval sur un char d’or, et nous aurons une image faible et insuffisante de la différence qui existe entre la pompe et la splendeur de ce monde et la gloire du Christ qui viendra au jugement.

Pourtant, sa venue ne sera pas seulement grande et glorieuse au-delà de la mesure, elle sera également terrible dans sa nature. Si les tombes seront ouvertes au souffle de la trompette de l’ange, et que le son de cette trompette retentit dans le monde entier, quelle panique de peur va saisir l’humanité lorsque les anges qui précèdent le char de triomphe du Christ feront que le son de leurs trompettes soit entendu ! « Que », demande saint Augustin, « deviendrons-nous à ce jour terrible, le jour du jugement, quand le Seigneur descendra avec ses anges au son des trompettes, et que toute la terre tremblera de peur ? » Lorsque Dieu est descendu de l’ancien Testament sur le mont Sinaï, nous lisons dans l’Ecriture Sainte : « Maintenant, le troisième jour était venu et le matin parut, et voici des tonnerres ont commencé à se faire entendre, et la foudre à clignoter, et un nuage très épais à couvrir la montagne, et le bruit de la trompette sonnait très fort, et le peuple qui était dans le camp redoutait ». Et quand tout le peuple entendit le tonnerre et le son de la trompette, et vit la foudre et la fumée provenant de la montagne, ils étaient terrifiés, et s’éloignèrent à distance, en disant à Moïse : « Parles-nous et nous ferons toutes choses que le Seigneur a commandé, mais que le Seigneur ne nous parle pas de peur que nous mourions » (Exode XX. 19). Si tout cela est arrivé quand Dieu est descendu du ciel pour donner sa loi à la nation hébraïque, et pour les adopter comme ses enfants, que penses-tu, ô chrétien, que ce sera quand il viendra exiger un compte de la manière dont Ses commandements ont été tenus ? Si les enfants d’Israël étaient si terrifiés pour l’octroi de la loi au point qu’ils pensaient qu’ils mourraient de peur, quelle cause cela ne doit pas être pour nous, mortels, les chrétiens en particulier, d’avoir à trembler, puisque nous avons si souvent volontairement transgressé les commandements de Dieu ! O Dieu tout-puissant, juge de tous les hommes, vous descendrez du ciel au dernier jour avec une grande puissance et majesté, pour agir dans votre caractère de juge, et la pensée de votre venue me fait trembler de peur. Inspirez-moi maintenant, je vous prie, avec une crainte salutaire, afin que je puisse éviter le péché, et ne pas mériter peut-être d’être écrasé par votre juste colère. Amen.

CHAPITRE VII. SUR LA MANIÈRE DONT LE CHRIST PRENDRA PLACE SUR LE TRÔNE DE SON JUGEMENT

Prenez garde, ô lecteur, de ce qui vient maintenant, et n’imaginez pas que cela ne vous concerne pas. Vous serez assurément témoin de tout un jour avec vos yeux du corps, et tout sera mille fois plus terrible que ma plume peut le dépeindre. Quand le Christ, dans son char de feu, aura atteint le mont des Oliviers, il fera une pause dans l’air, à une hauteur telle qu’il puisse être clairement vu par tous les hommes, jusqu’à ce que les anges aient préparé le trône du jugement. Le prophète Daniel décrit ainsi la scène : « Je vis jusqu’à ce que les trônes furent placés, et l’Ancien des jours assis ; Son vêtement était blanc comme la neige et les cheveux de sa tête comme de la laine pure ; son trône comme des flammes de feu, les roues de celui-ci comme un feu brûlant un feu dévorant sortit de devant lui, des milliers de milliers le servaient, et dix fois cent mille se tenaient devant lui : le juge était assis et les livres furent ouverts » (Dan. VII 9, 10). Mais le Christ ne siégera pas seul au jugement ; les douze apôtres seront avec lui, selon la promesse qu’il leur a donné : « Amen , je vous le dis, vous qui M’avez suivi, dans la régénération, quand le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa majesté, vous de même serez assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Matt. XIX 28). Qui peut donner une idée de la magnificence du trône du Christ ? Toute description fait défaut. Nous lisons que le roi Salomon fit construire un magnifique trône en ivoire, richement orné d’or et de pierres précieuses. Ce trône était si magnifique que l’écrivain inspiré dit de lui que dans aucun royaume du monde ce travail avait été fait. Si le trône de jugement du roi Salomon était composé d’un tel matériau coûteux et façonné si habilement, quelle sera la splendeur du siège du jugement du roi des rois, sur lequel il sera assis dans sa majesté pour juger le monde entier ! Notre Seigneur parle de ce trône du jugement comme un trône de grande splendeur quand il dit : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa majesté, et tous les anges avec lui, alors il s’assiéra sur le trône de Sa majesté  » (Matt XXV 31). Une certaine idée de ce que sera l’apparition de ce trône peut être recueillie à partir des paroles qui viennent d’être citées du prophète Daniel, ainsi que de la description donnée par St Jean : « Il y avait un arc en ciel autour du trône, ressemblant à de l’émeraude …. et du trône sortaient des éclairs, et des voix, et des tonnerres ; et sept lampes étaient allumées devant le trône » (Apoc. IV 3-5). Telles sont les images que l’Écriture sainte dépeint du siège du jugement du Christ. Qui de toute l’humanité pourra oser lever les yeux sur ce trône de feu ? Ne sera-il pas plus éblouissant et lumineux que les éclairs et les bouffées de feu d’une tempête ? Le juge divin prendra lui-même place sur ce trône et son visage grave sera visible aux hommes et aux anges. Tous les êtres créés trembleront avec une révérence émerveillée. St Jean déclare ceci dans l’Apocalypse : « Je vis un grand trône blanc, et quelqu’un assis dessus, devant la face duquel la terre et le ciel s’enfuirent, et il n’y eut pas de place trouvée pour eux » (Apoc. XX 11). Le prophète du Nouveau Testament semble indiquer que les cieux et la terre ne seront pas en mesure de supporter de répondre à l’œil de leur juge, que tous les êtres rationnels, les anges et les hommes, trembleront à la vue de son visage sévère. Que les anges aussi craindront et trembleront cela est affirmé par saint Augustin, dans le passage suivant de ses écrits : « Quand Notre Seigneur dit que les puissances des cieux seront ébranlées [déplacées], il fait allusion aux anges ; car si terrible sera le jugement que les anges ne seront pas exempts de peur ; ils trembleront beaucoup et auront peur. Car, comme lorsqu’un juge siégeant au jugement frappe de terreur non seulement les coupables devant lui par son visage grave, mais intimide davantage les fonctionnaires debout autour, quand tous les hommes sont amenés au jugement, les ministres célestes partageront l’horreur universelle et l’angoisse ». Saint Jean Chrysostome corrobore cette déclaration, quand il dit : « Tout le monde sera alors rempli d’étonnement, d’appréhension, de terreur, car même les anges craindront de peur « . Beaucoup d’autres Pères de l’Église et commentateurs sur l’Écriture sainte expriment une opinion similaire. Maintenant, si, selon l’opinion des savants et saints hommes même les anges ne seront pas sans crainte le jour du Jugement, combien plus grande sera la cause  pour laquelle les saints auront à craindre, car ils devront se tenir devant le tribunal de Christ, et donner un compte rigoureux de toutes leurs actions. Oui, il est incontestablement évident, d’après ce que saint Jean dit dans l’Apocalypse, que les bienheureux saints seront frappés de crainte et tremblement. Il décrit comment le Christ lui apparut, et l’effet qu’Il a eu sur lui : « Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. Il posa sa main droite sur moi, disant : Ne crains point. Je suis le premier et le Dernier ». Si l’apôtre bien-aimé était si stupéfait à la vue de son cher Maître et Seigneur, qui était venu le consoler et non pas le juger, qu’il tomba à ses pieds comme mort, et ne pouvait pas reprendre courage pour se relever sur ses pieds jusqu’à ce que Christ lui ait parlé de la manière la plus douce et la plus réconfortante, peut-on supposer que les saints ne seront pas effrayés le jour du Jugement, quand ils verront le Christ dans sa terrible majesté et sont appelés à lui rendre un compte de toute leur vie ? Et vous ô pauvre pécheur, comment alors en sera t-il avec vous, et avec tous les réprouvés, si même les anges et les saints tremblent à la venue du juge ? Les mots ne peuvent exprimer la terreur et le désarroi des esprits mauvais et pécheurs impénitents quand ils verront leur divin juge sur le trône de sa majesté, et sauront qu’il va juger avec rigueur et les condamner à l’enfer pour toute l’éternité.

Afin de donner une idée de la terrible crainte et angoisse des anges déchus et des pécheurs malheureux, écoutons ce que dit l’Écriture Sainte concernant l’aspect épouvantable du juge et la grandeur de sa colère, dans le premier chapitre de l’Apocalypse, où saint Jean nous dit : « Je vis le Fils de l’homme vêtu d’un vêtement jusqu’aux pieds et ceints sur la poitrine avec une ceinture d’or. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche et comme la neige, et ses yeux étaient comme une flamme de feu, et ses pieds semblables à de l’airain comme dans une fournaise ardente ; et sa voix était comme le bruit des grandes eaux ; et de sa bouche sortait une épée à deux tranchants, et son visage était comme le soleil qui luit dans sa puissance, sur sa tête étaient plusieurs diadèmes, et il était revêtu d’un vêtement teint de sang. Il foulera la cuve du vin de la fureur de la colère du Dieu Tout-puissant, et il a sur son vêtement et sa cuisse écrit : roi des rois et Seigneur des seigneurs ». Méditez sur ces merveilleuses paroles, ô chrétien, et représentez-vous votre futur juge en couleurs vives. Comment son apparence majestueuse pourrait être décrite avec plus de force que par les paroles que nous venons de citer ? Quelle doit être la splendeur de ce visage qui est dit briller comme le soleil à son midi ! Quel doit être l’éclat de ces yeux qui brillent avec une sainte ferveur comme des flammes de feu ! Quel doit être la force de cette voix qui a le son d’un tel volume d’eau ! Quel souci doit être cette bouche qui coupe comme une épée à double tranchant ! Quel doit être la tête glorieuse ornée de plusieurs diadèmes coûteux ! Combien doit être terrible de regarder ce vêtement qui est parsemé de sang ! Et quelle est la dignité de ce nom royal : Le Roi des rois et Seigneur des seigneurs ! Combien nous aurons tous peur de la peur et du malheur qui nous dépassera lorsque notre juge nous regardera ! Et imaginez ce que seront les sentiments des damnés quand ils verront le juge de toutes leurs mauvaises actions ; combien ils s’écailleront et trembleront sous Son regard à l’heure de sa juste colère ! Nous nous ferons peut-être faire une meilleure idée de ce qu’est la colère de Dieu si nous écoutons ce que le prophète Isaïe dit à son sujet : « Voici le nom de l’Éternel vient de loin, sa colère brûle, et est lourde à porter ; Ses lèvres sont remplies d’indignation, et sa langue est comme un feu dévorant ; Son souffle comme un torrent débordant même au milieu du cou, pour détruire les nations dans le néant » (Is. XXX 27, 28). Ce sont des paroles d’une terrible vérité. Est-ce qu’elles n’indiquent pas clairement avec quelle grande colère le Christ se manifestera dans le monde ? Eh bien tous les pécheurs malheureux seront submergés par la terreur et la consternation et l’angoisse ; si bien qu’ils crieront aux montagnes de tomber sur eux et aux collines de les couvrir. Maintenant, quand le juge sera assis sur le trône de Sa Majesté, tous ceux qui sont assemblés dans la vallée de Josaphat, les anges et les démons, les rachetés et les perdus, auront tous à adorer le Christ, comme le dit saint Paul : « Nous nous  tiendrons tous devant le tronee du jugement du Christ car il est écrit : Je suis vivant, dit le Seigneur, tout genou fléchira devant moi, et toute langue rendra gloire à Dieu » (Rom XIV 10, …). Combien solennelle et combien sublime sera la scène alors promulguée, ô mon Dieu, quand tous les millions et des milliers de millions d’anges, ainsi que les bienheureux, sous forme visible se prosterneront sur le sol, et les esprits malins avec leurs malheureuses victimes et tous les damnés seront forcé contre leur gré d’adorer le Christ et Le reconnaître comme leur Dieu et leur juge ! Ces misérables créatures tomberont à genoux, et abaisseront la tête à terre, sans oser lever les yeux, de peur qu’ils ne rencontrent le regard furieux de leur juge. Ils se lamenteront et pleureront, remplis de consternation inexprimable et d’atterrement. Volontiers ils auraient préféré que la terre s’ouvre et les engloutisse, si cela était possible ils se seraient jeter eux-mêmes dans un abîme sans fond plutôt que de subir une telle humiliation. Arrêtez-vous et considérez, ô pécheur, ce que seraient vos sentiments si vous étiez au milieu du nombre de ces âmes perdues ; vous seriez submergé par la douleur et la détresse. St Vincent raconte qu’un jeune homme de vie dissolue avait rêvé une fois qu’il était interpellé devant le trône du tribunal de Dieu, et tenu de rendre compte de sa mauvaise vie passée. Sa terreur était si grande qu’il revint avec ses cheveux parfaitement blancs. Si les terreurs du Jugement dernier connues dans un rêve étaient suffisantes pour transformer la couleur des cheveux de ce jeune homme, que pensez-vous, que sera l’effet qu’elles produiront sur vous et sur ​​moi, quand nous serons présents, non pas en rêve, mais en réalité, au jugement dernier, et qu’avec les yeux du corps nous verrons notre juge dans toute sa sainte indignation ? O très juste Juge, je vous prie de jeter un regard sur moi, pauvre pécheur, de votre trône dans le ciel, et pour l’amour de votre compassion infinie, soyez miséricordieux envers moi au jour du jugement final. Je sais que je ne serai pas capable de me tenir en ce jour terrible, mais que par votre juste peine que je devrai être condamné à la damnation éternelle. Pourtant, je sais aussi que si un pécheur implore de vous la miséricorde dans le temps de la grâce, elle ne lui sera refusée. Par conséquent, je vous supplie avec une profonde humilité et contrition, par votre amère Passion, de me pardonner mes péchés et qu’une peine clémente passe sur moi le jour du jugement. Amen.

CHAPITRE VIII. SUR LA RAISON DE L’APPARENCE TERRIBLE DU CHRIST AU JOUR DU JUGEMENT FINAL, ET SUR LA NOIRCEUR DES PÉCHEURS MORTELS

Le lecteur peut, peut-être, être enclin à se demander pourquoi le Christ, le même Christ qui a vécu parmi nous sur terre en toute bonté et douceur, doive comporter un aspect si terrible quand il viendra pour être notre juge ? Il y a beaucoup de raisons pour lesquelles le Christ en cette qualité doit juger l’humanité avec une si terrible sévérité. La principale est parce qu’il a été le plus gravement outragé par les péchés des hommes. Les théologiens affirment que chaque péché mortel est en soi un mal infini, et est un affront infini à la majesté divine. C’est une infraction d’une telle ampleur que ni la langue des anges ni celle des hommes n’est capable de le décrire. On comprendra donc que, comme dans tout péché mortel il y a une malice tellement profonde, cela doit profondément offenser le Divin Cœur de Jésus, et qu’Il soit juste en colère contre la personne qui a été coupable de provoquer ce péché. Et pour que soit plus évident combien est juste la colère de Dieu quand elle est réveillée par le péché mortel, il sera bon d’expliquer plus clairement à quel point est l’insulte faite à Dieu par le péché volontaire. Imaginez les trois personnes divines de la Très Sainte Trinité être d’un côté, avec leurs trésors infinis de grâce et de gloire, et d’un autre côté l’esprit du mal avec toutes les peines et les tourments de l’enfer ; et un homme debout au milieu entre les deux, débattre en lui-même s’il doit montrer de l’honneur à Dieu en faisant sa volonté, ou s’il doit agir en violation de sa volonté, et ainsi provoquer le diable à se réjouir. Si l’homme commet le péché, il agit contre Dieu, et Dieu concerne son action, exactement comme s’il prononçait ces paroles blasphématoires, ou d’autres de même nature : « Je crois en effet, ô Dieu, que je fus créé par votre puissante puissance, racheté par votre miséricorde, fait enfant de prédilection par votre bonté, je sais que vous m’avez promis la vie éternelle, tout le doux bonheur du ciel. Je suis aussi bien conscient que ce maudit Satan, votre grand ennemi et le mien, est prêt à me dépouiller de tout ce qui est bon, et me faire tomber dans la perdition éternelle. Et pourtant, parce que Satan me tente maintenant, parce qu’il me suggère une pensée d’impudicité, un désir de vengeance, un mouvement d’envie, je choisis plutôt de céder à cette impulsion et ainsi me rendre digne de châtiment éternel, que de résister et repousser la suggestion du mal et ainsi mériter le ciel après et des grâces spirituelles maintenant. C’est pourquoi, délibérément et de ma propre volonté, je me détourne de vous, ô Dieu. Je veux suivre par choix ce démon haineux auquel j’obéis de préférence à vous. Bien que Vous êtes mon Dieu et mon Seigneur, bien que Vous nous avez interdit de transgresser votre loi, bien que le péché est une offense infinie contre vous,  je ne m’en soucie pas, je commettrai le péché tout de même, je ne me désiste pas parce qu’il est un outrage contre vous. Bien plus, si je pouvais faire tout ce que la malice de mon cœur permet, je le ferais, je me braquerai contre Dieu, je vous précipiterai de Votre trône, et en votre place, je placerai le péché et son culte comme mon dieu. J’aime le péché, je désire me délecter, et y trouver mon seul bonheur ». Ces blasphèmes que ces paroles expriment sont terribles, et ne peuvent être lues sans frémir. Pourtant, tout homme qui commet volontairement, et au mépris de la loi de Dieu, le péché mortel est coupable de blasphème contre Dieu de la même manière. Quelle merveille, alors, que Dieu soit si profondément offensé par le péché mortel. Mais on n’a pas encore montré toute l’étendue de la malice du péché, il va plus loin encore ; il est doublement offensif contre Dieu parce que le pécheur non seulement manifeste le mépris de Dieu le Père, il met aussi à néant son Fils bien-aimé, la deuxième personne de la Trinité divine, dans tout péché volontaire, il semble dire : « Il est vrai que Vous êtes devenu homme pour moi. Vous m’avez cherché pendant trente-trois ans, comme une brebis qui était perdue ; Vous avez supporté la faim et la soif, la chaleur et le froid, et toutes sortes de difficultés à cause de moi, alors que Satan n’a rien fait de la sorte pour moi ; au contraire, il me poursuit jour et nuit et s’efforce de me piéger. En dépit de cela, je préfère lui appartenir plutôt qu’à vous. Je préfère lui plaire, et Vous pleurer : Est-il vrai, ô mon Rédempteur, que pour l’amour de moi vous étiez déchiré avec des fouets, couronné d’épines, fixés avec des clous à la croix et mis à mort au milieu de tortures amères. Malgré tout cela je vous réponds non merci, bien plus, même si je sais que par mes péchés je vous flagelle, que je vous crucifie, que je vous mets à mort à nouveau, je n’abandonnerai pas mes péchés. Je foulerai aux pieds votre précieux sang, j’adorerai Satan au lieu de vous, je ferai de lui mon cher ami et ferai de mon mieux pour lui faire plaisir ». Encore une fois je demande, ne sont-elles pas ces paroles blasphématoires à l’extrême ? Est-ce qu’elles ne montrent la plus noire ingratitude de la part du pécheur envers son Sauveur ? On ne peut guère imaginer qu’un chrétien afflige son Rédempteur d’une manière si honteuse. Et pourtant, il y a des milliers de personnes qui, sinon en paroles, mais en actes, adressent un tel langage à leur Sauveur. En troisième lieu, les outrages audacieux du pécheur défie le Saint-Esprit de Dieu, car ses actions sont équivalentes à des expressions telles que : « Vous, ô Saint-Esprit, vous avez certainement sanctifié mon âme, purifiée dans le sang du Christ et l’avez embelli par votre grâce. Je sais que votre grâce sanctifiante est si précieuse que toute âme qui en est ornée devient ainsi une fille du Père céleste, une sœur du divin Fils, et épouse du Saint-Esprit, la demeure de la Très Sainte Trinité, un temple de la divinité souveraine, une héritière de la félicité éternelle, une amie des anges et des saints, mais est-ce que je me soucierais de ces prérogatives exaltés, dois-je prendre soin de cette perle inestimable, de ce bijou précieux ? Éloignez-vous avec elles. Je rejetterai cette perle, ce bijou aux chiens et aux porcs, à savoir, mes passions mauvaises, je sacrifierai tout pour elles, je servirai le péché et vivrai dans le péché ». Ne voyez-vous pas, ô lecteur, combien le péché est odieux, combien choquante est la nature du pécheur, combien infini l’offense contre Dieu, le mépris de Dieu qui est inséparable du péché ? N’êtes-vous pas convaincu que Dieu a une juste cause de ressentir une sainte indignation contre le péché et les esclaves du péché, et de condamner le pécheur à la damnation éternelle ? Et si la colère de Dieu, qui est infini en sainteté et justice, est excitée à un tel point par un seul péché mortel, combien doit-Il, lui juste et saint, être irrité et offensé par les millions et millions de péchés honteux quotidiens commis sans vergogne non seulement par les Juifs et les païens, mais aussi par les chrétiens ! Tout cette colère, tout ressenti de la dignité outragée pour l’insulte que le pécheur suscite dans le cœur de Dieu, est préservée jusqu’au Jour du Jugement. Le saint sacrifice de la messe et la puissante intercession des saints retient encore le bras divin pour exécuter la vengeance. Mais quand l’humanité aura comblé la mesure de ses iniquités, le jour de la colère viendra. Personne ne peut se former une conception de l’horreur que sera l’effusion de la colère de Dieu sur les pécheurs. Dans les Psaumes, nous lisons : « Qui connaît la puissance de ta colère, et peut énumérer les effets de votre colère ? » (Ps. LXXXIX 11). Malheur donc, à nous, pauvres pécheurs ! Alors, pour la première fois nous apprécierons correctement ce que nous avons fait et à quel point nous avons offensé Dieu par nos péchés graves. La colère de Dieu est si immense que ni la Mère de Dieu, ni tous les anges et les saints n’ont le pouvoir de la diminuer ou la retenir ; elle reviendra avec un saint zèle à la mesure des mérites de chacun avec une justice rigoureuse. Écoutez ce que le juge lui-même dit de sa colère, par la bouche du prophète Ézéchiel : « Et toi, fils de l’homme, est une fin viendra sur toi, et j’enverrai ma colère sur toi, et je te jugerai selon tes voies, et je placerai toutes tes abominations contre toi, et mon œil sera sans pitié pour toi, et je ne te montrerai aucune pitié » (Ez. VII 3, 4). Ce sont vraiment des paroles terribles, et la menace qu’elles contiennent est la plus épouvantable. Oh, combien sera impitoyable le jugement que Dieu, qui a été offensé par les transgressions innombrables, invoquera pour toute l’humanité. Hélas pour moi et pour vous, si nous nous trouvons au milieu de la foule innombrable des pécheurs, Dieu ne nous épargnera pas dans sa justice ! Que ferons-nous, que nous ne tombions entre les mains du juge en colère ? Nous devons abandonner la voie de l’iniquité, et maintenant, pendant qu’il en est encore temps, faisons notre paix avec le juge que nous avons offensé, réveillons-nous maintenant à la contrition sincère pour nos péchés, en employant ces expressions de douleur : Juste juge des vivants et des morts, je reconnais devant vous que j’ai péché souvent et douloureusement j’ai abandonné mon Père céleste, je vous ai crucifié vous, mon Rédempteur, j’ai affligé le Saint-Esprit et badiné loin de sa grâce. Je l’ai fait par les péchés innombrables que j’ai commis en pensée, en parole et en action. À cause de mes transgressions, j’ai encouru la peine de mort éternelle. Mais puisque Vous ne voulez pas la mort du pécheur, mais plutôt qu’il fasse pénitence et qu’il vive, donnez-moi l’expérience ici de l’effet de votre justice qui est toujours conjoint à la miséricorde. Tous les épreuves que vous m’enverrez dans cette vie je les recevrai heureusement de votre main, et j’embrasserai la peine de sorte que vous me châtiez avec la sévérité paternelle afin qu’au jour du jugement je trouve miséricorde, et pour que vous puissiez me donniez une place dans les rangs de vos élus. Amen.

CHAPITRE IX. SUR LA MANIÈRE DONT LE JUGEMENT FINAL SERA INTRODUIT

Tandis que les anges et les saints, outre toute la compagnie des démons et des damnés, seront prosternés devant leur juge en humble adoration, il ouvrira ses lèvres, et d’une voix totalement forte par ces paroles : «Écoutez, cieux, ma voix, écoutez, ô terre, les paroles que je dirai, écoutez, ô anges, écoutes, vous démons, écoutez aussi tous les pécheurs, car je vous annonce à chacun et chacun d’entre vous que moi, Jésus-Christ, vrai Fils de Dieu et de la Vierge Marie, votre Créateur, votre Rédempteur, votre Seigneur souverain, je suis sur le point d’exercer mon office de juge. Avec une patience infinie j’ai porté vos innombrables iniquités : le temps de la grâce est maintenant passé, le temps de la justice est venu. Chacun doit être récompensé selon ses œuvres. Ceux qui auront fait le bien iront maintenant avec moi dans la vie éternelle, et ceux qui ont fait le mal seront jetés dans l’abîme de tourment éternel et d’ angoisse. Toute la création doit voir et reconnaître que je suis un Dieu juste, que je ne juge pas selon les apparences, mais selon la mesure de ce que chacun a mérité ». Quelques paroles telles que celles-ci sortiront de la bouche du juge, et elles seront prononcées avec une telle majesté que tous les hommes seront secoués et trembleront. Tous les misérables pécheurs commenceront à pleurer et se lamenter de nouveau, de sorte que la terre elle-même serait émue de compassion. « Hélas pour nous, pauvres pécheurs », s’écrieront-ils d’une seule voix, « comment pouvons-nous tenir devant le visage de notre juge ! Montagnes, tombez sur ​​nous, et rochers couvrez-nous et cachez-nous devant la face de celui qui est assis sur le trône, et devant la colère de l’Agneau. Car le grand jour de sa colère est venu, et qui sera en mesure de tenir ? » Et comme à chaque tribunal un accusateur doit être présent pour porter des accusations contre la personne qui doit être jugée, de la sorte à ce jugement général, les anges et les démons seront les accusateurs de l’humanité.

St Michel se tiendra d’abord devant et dira : « Le plus juste Juge, je vous apporte une accusation contre ces millions de pécheurs, qui souillaient la terre d’une telle mesure par leurs méfaits, que dans votre sainte indignation vous avez jugé bon de la purifier par le feu, je vous demande maintenant de punir ces transgresseurs selon votre justice ». Puis Lucifer, parlant au nom de tous les mauvais esprits, élèvera la voix avec un rugissement comme celui d’un lion, et accusera tous les hommes dans un corps : « Le plus juste Juge des vivants et des morts, je porte plainte contre tous les êtres humains réunis ici. Comme il semblait droit à votre justice sévère pour moi et tous les anges qui se sont joints avec moi au ciel à cause d’un seul péché de nous bannir et de nous condamner à la damnation éternelle, il est juste que vous incluiez tous les hommes dans la même condamnation avec moi-même, et jeter tous les hommes ici présents dans l’abîme de l’enfer. Car il n’y a pas une seule personne ici qui n’a pas commis le péché et transgressé votre loi ». Alors le Christ répondra à l’accusation dans sa sagesse : « Il sera fait comme vous le demandez, ô anges et vous démons, tous les hommes doivent comparaître devant le trône de Mon jugement, et chacun doit recevoir ce qui lui est dû : châtiment pour le méchant, récompense pour le bon ». Lorsque tous ceux avec lesquels le Christ a choisi de partager avec lui son office de juge auront pris place, ses apôtres ayant la priorité sur tous les autres, le jugement commencera. Il ressort de ce que dit l’apôtre saint Paul, que personne, pas même les saints, seront exemptés de cette épreuve. « Nous comparaîtrons tous devant le siège du jugement du Christ » (Rom. XIV 10). Cette position devant le siège du jugement du Christ remplira tout le monde de peur. Personne n’en sera exempt ; même les justes la sentiront dans une certaine mesure, ainsi que les malheureux pécheurs. Même s’ils peuvent tout simplement ne pas être conscients de tout péché, ils ne seront encore pas sans appréhension. Saint Paul dit ceci, en parlant de lui-même : « Je ne suis pas conscient pour moi-même de quoi que ce soit, mais je ne suis pas justifié, celui qui me juge c’est le Seigneur » (I Cor IV 4). Par cela l’apôtre avait l’intention de dire : « Ma conscience ne me reproche rien en effet, mais cela ne me prouve pas d’être un des justes, je dois attendre et voir quelle peine le Juge éternel fera passer sur moi ». En fait, chaque homme sera tellement terrifié à la première vue du juge en colère, que, comme saint Jean, il tombera à ses pieds comme mort. Il me semble que le jugement sera bien transmis un peu de cette manière : Les anges gardiens conduiront ceux qui ont été commis à leur charge au trône du jugement de Dieu, puis le juste tombera devant Lui dans l’humble adoration. L’ennemi malin commencera alors à les accuser, et à présenter tout ce qu’il peut contre eux. Mais l’ange gardien défendra son client, il produira toutes ses bonnes œuvres, ses pénitences, ses vertus, et les mettra dans la balance de la justice divine. Et si elles ne sont pas de trop peu de lumière, le Christ le revêtira de la nouvelle robe, le vêtement de splendeur et le couronnera avec le diadème du royaume éternel. Qui peut dire ce que sera la gloire de ce moment-là ! Comment tous les justes se réjouissent que leur sort soit parmi les bienheureux ! Combien le chœur des anges voudra les féliciter, et exulteront avec eux dans la jubilation béate. Et comment tous ceux qui sont encore en attente de leur peine seront émerveillés par la gloire qui est la leur, et dans l’attente de la partager avec eux. Très miséricordieux Jésus, au nom de tous les saints et élus, que Vous destinez à la jouissance de la félicité éternelle, je vous prie par l’amour de Votre infinie bonté, que je puisse rester parmi vos saints au le Jour du Jugement. Je suis en effet indigne de cette faveur, mais pour le plus grand honneur et la louange qui  vous reviendra, je vous prie que votre infinie miséricorde se manifeste envers moi ; ne me rejetez pas, pauvre pécheur que je suis. Et je vous prie, saints de Dieu, de m’aider à obtenir votre bénédiction. Je sais que votre intercession est assez puissante avec Dieu pour l’amener à me regarder avec compassion, et être infiniment miséricordieux envers moi dans son jugement de ma vie. Amen.

CHAPITRE X. DU TEMPS QUE DURERA LE JUGEMENT FINAL

Combien de temps durera le temps du Jugement Dernier ? Aucune réponse définie ne peut être donnée à cette question, car c’est une question que personne ne connaît ; Mais il peut être conjecturé qu’il occupera une période considérable. D’aucuns disent que cela finira rapidement, parce que Dieu pourrait juger l’humanité en un seul instant. Pourtant, cette opinion ne semble pas être assurée par les Pères de l’Église, ni n’est soutenue par l’Écriture sainte dans laquelle nous trouvons un jour de jugement invariablement mentionné. Saint Paul, par exemple, dit : « Dieu a appelé un jour où il jugera le monde dans l’ équité » (Actes XVII 31). Et nous lisons dans les prophéties d’Isaias : « Voici le jour du Seigneur, un jour cruel et plein d’indignation, de colère et de fureur » (Is. XIII 9). Dans ces passages et beaucoup d’autres de l’Écriture sainte, le dernier jour est appelé un jour, et non un jugement instantané. Le prophète Joël indique que le jour sera long, quand il dit : « Le jour du Seigneur est si grand et si terrible, et qui pourra le supporter ? » (Joël II 11). Et de ce même jour, saint Jean, le prophète de la Nouvelle Dispensation, dit aussi : « Le grand jour de sa colère est venu, et qui pourra le supporter ? (Apoc. VI 17) Dans de nombreux autres passages de l’Écriture sainte, nous trouvons des expressions similaires ; Le jour du jugement est appelé un grand jour, ce qui signifie probablement une longue journée. Saint Jérôme a tenu cette opinion, car il dit : « Le jour du Seigneur sera un grand jour à cause de l’éternité qui suit ». Saint Augustin, lorsqu’il parle de la durée du jugement dernier, s’exprime ainsi : « Au cours de combien de jours le jugement s’étendra, nous n’avons aucun moyen de le vérifier ; Mais nous savons qu’une période considérable est souvent désignée par l’Écriture sainte comme un jour ». Saint Thomas d’Aquin est d’accord avec saint Augustin sur ce point, il présente plusieurs arguments pour prouver que le jugement final sera de longue durée. Dieu devrait-il raccourcir ce jour-là ? Il y a une raison abondante pour laquelle il devrait plutôt le prolonger. Car c’est le jour du plus grand triomphe du Christ, le jour où les saints atteignent leur plus grande gloire et où les damnés sont les plus honteux. C’est le jour du plus grand triomphe du Christ, parce qu’il ne sera pas seulement adoré par tous les anges et les saints, mais aussi par les méchants et les âmes perdues, et reconnu par tous comme leur Juge. Ce jour-là, tous ses ennemis seront sous ses pieds ; Ce jour-là, tous ses ennemis seront forcés d’avouer leurs offenses contre lui, le divin Arbitre. Ils seront alors contraints et forcés de reconnaître sa divinité, sa charité infinie, les innombrables avantages qu’il leur a accordés, en échange de leur persécution, eux qui l’ont blasphémé, l’ont placé dans une mort cruelle. Deuxièmement, les saints bénis atteindront ce jour-là leur plus grande gloire, car ils seront tenus en honneur et en estime par toute l’humanité, ainsi que par Dieu et par les anges. Car le Christ fera manifester à tous les présents combien fidèlement ils l’ont servi, avec quel zèle ils ont abondamment travaillé pour la conversion des pécheurs. Il fera manifester les pénitences secrètes qu’ils ont accomplies, les tentations féroces auxquelles ils ont résisté. Il fera alors manifester les persécutions impitoyables qu’ils ont endurés contre les enfants de ce monde, et comment toute forme de mal a été dite contre eux injustement. Ainsi, Christ les couronnera avec l’honneur qui leur est dû, et tous leurs adversaires seront confondus.

Troisièmement, ce jour-là, le réprouvé sera placé au plus haut degré d’ignominie et d’angoisse. Car le Juge révélera tout le caractère honteux, abominable de leurs méfaits : Il révélera aux yeux des anges et des saints, des démons et des méchants, les actes infâmes qu’ils ont accomplis sous le couvert des ténèbres. Oui, il répandra le calice complet de son indignation sur ces misérables êtres qui, sous le masque de leur hypocrisie, osaient profaner son sanctuaire. Il fera que ceux qui ont été des corrupteurs de l’innocence soient saisis et placés parmi les esprits maléfiques, que les travaux diaboliques, trois fois maudits, ont porté sur la terre. Ce jour-là, le juge divin donnera à tous les pécheurs impénitents à boire profondément la coupe de la honte et de l’ignominie, comme le dit saint Basile quand il dit : « La confusion qui  dépassera le pécheur sans Dieu au Jour du jugement lui sera plus cruelle que s’il était jeté dans un feu de flamme ». C’est en fait la raison pour laquelle Dieu a fixé le jugement final, pour que les pécheurs soient non seulement punis par la douleur qui sera leur part, mais qu’ils soient aussi placés en public avec honte. Saint Thomas d’Aquin dit : « Le pécheur ne mérite pas seulement la douleur, il mérite la disgrâce et l’ignominie, car c’est un châtiment auquel les êtres humains peuvent être soumis. Les animaux inférieurs peuvent être châtiés et mis à mort, mais ils ne savent pas ce qu’il faut subir de la honte et du mépris ». … Sur tous ces motifs, on peut supposer que le jugement final s’étendra sur une période de temps considérable et par conséquent, nous avons encore plus de raisons de trembler à cette perspective, et prier sincèrement Dieu que, lors de ce grand jour, il ne nous fasse pas subir la honte et la confusion, mais nous accordera une part dans sa joie et sa gloire.

CHAPITRE XI. SUR LA PUBLICATION DE LA SENTENCE RENDUE AUX BONS ET AUX MÉCHANTS

Ce qui a été dit jusque-là concernant le Jugement Dernier est en effet très horrible, mais ce qui est à venir l’est encore plus : on parle de la sentence prononcée sur les méchants et comment ils seront jetés dans l’enfer. C’est tellement terrible que rien dans toute l’éternité ne peut être égalé en horreur. Lorsque le juge suprême aura fouillé les cœurs de tous les hommes et pesé toutes leurs actions dans l’équilibre de la justice, quand tout sera ouvert et manifesté au monde entier, il rendra la sentence aux bons et aux méchants. Il se tournera d’abord vers ses élus (ceux qui se tiendront à sa droite) et leur adressera les paroles consolantes : « Venez, les bénis de mon père, possédez le royaume préparé pour vous dès la fondation du monde. Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger ; J’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; J’étais étranger et vous m’avez accueilli, nu, et vous m’avez couvert, malade et vous m’avez rendu visite ; J’étais en prison et vous êtes venu vers moi (Matthieu XXV 34-36). Vous m’avez été fidèle jusqu’à la fin de votre vie. Vous avez méprisé le monde et toutes les choses du monde, vous m’aimiez et vous cherchiez au-dessus de tout le reste à promouvoir ma gloire. Vous avez beaucoup souffert sur la terre, vous avez accompli de lourdes œuvres de pénitence, vous avez été méprisés et opprimés par les adeptes du monde et par les méchants. Mais maintenant, le temps de la souffrance est fini et le temps du bonheur commence, votre chagrin sera transformé en joie, joie éternelle qu’aucun homme ne peut vous ravir. Venez donc, ô mes amis, venez bénis et choisis de mon Père céleste, venez de la peine au repos, venez de la douleur à la joie, venez du royaume des ténèbres aux régions de la lumière, venez de la terre au ciel. Venez et possédez le pays céleste, que vous avez tant désiré, venez, et régnez avec moi pour toujours, car, par vos bonnes œuvres, vous avez mérité cette récompense. Votre félicité durera aussi longtemps que je serai Dieu, et en ma présence, vous jouirez de la gloire du ciel pour toute l’éternité ». Les cœurs des élus déborderont de joie, de consolation et de liesse lorsqu’ils entendront ces paroles propices. Devant la physionomie bénigne de leur juge, et ils diront avec joie et gratitude : « Dieu et Seigneur, le plus gracieux, votre miséricorde envers nous est infinie, et votre générosité ne connaît pas de bornes. Comment avons-nous mérité de recevoir de Vous une si riche récompense ? Qu’est-ce que nous avons fait pour nous donner droit à une félicité sans fin ? C’est de votre miséricorde et de votre charité infinie que vous nous accordez votre royaume de gloire. Soyez bénis pour toujours ; Notre bouche exaltera continuellement votre majesté ! » Après cela, le Christ commandera à ses anges d’amener tous les saints devant lui. Et quand ils arriveront sur son trône, il mettra chacun dans un vêtement de gloire, brillant et beau, afin qu’ils brillent comme des étoiles. Sur leurs têtes, il mettra des couronnes d’or d’un luminosité supérieure, et dans leurs mains, il remettra des lys, des roses, des branches de palmier et un sceptre, afin de révéler la victoire qu’ils ont remporté sur le monde, la chair et le diable. Les perdus seront témoins de la gloire et de l’exaltation des saints. Ils entendront leur cri de triomphe et ce sera pour eux fiel et absinthe. Ils grinceront des dents de rage et de remords ; Tout le plaisir qu’ils ont ressenti dans leurs péchés sera maintenant parti. Ils pleureront et se lamenteront, et diront, au milieu d’un sanglot de désespoir : « Hélas, combien malheureux, combien nous sommes malheureux ! Qu’avons-nous fait ! Voici ceux que nous avons méprisés maintenant si heureux, si exaltés, si honorés et glorifiés, et nous, qui les avons méprisés, sommes maintenant si malheureux, si misérables, si déshonorés, marqués pour toujours de tous les signes de réprobation ! Et pourtant, nous aurions pu gagner pour nous-mêmes le même destin glorieux qu’eux ; Le labeur et la difficulté n’auraient pas été au-delà de notre force. Mais nous, dans notre folie maudite, avons triomphé du Bien suprême, et nous nous sommes privés de la félicité éternelle pour des plaisirs sans valeur et transitoires. Oh, quelle folie, quelle folie de notre part ! Comment nous sommes nous laissé éblouir dans une si mesure par les vaines débauches du monde ! » Après que ces malheureux auront regretté leur misère pendant un temps considérable, la trompette soufflera encore d’un son puissant. Ce souffle de la trompette annoncera la sentence rendue au réprouvé, et cela imposera le silence à tous ceux présents. Alors le Juge se tournera vers les méchants, et, en les regardant avec un visage enflammé d’une colère sacrée, il dira : « O malheureux, pécheurs aveugles ! Maintenant, vient le jour épouvantable dont je vous ai parlé quand j’étais sur la terre, le jour et l’heure du jugement. Maintenant, il est devant vous, comme l’ennemi que vous vous êtes toujours montrés. Dans votre présomption arrogante, vous m’avez causé toutes sortes de douleurs et de blessures, à Mon Église, à Mes frères et sœurs, à tous les enfants de Dieu. Voici les blessures que vous m’avez infligées ; Voici le côté que vous avez percé ; Voici la croix sur laquelle vous m’avez cloué ; Voici la colonne sur laquelle vous m’avez battu et à laquelle, après des années, tu avez attaché mon église, mon épouse sans tache. Je n’ai rencontré aucun amour en retour ; J’ai employé les menaces d’un châtiment, je vous ai rendu visite avec beaucoup d’amour, mais vous n’avez pas cédé ; Au contraire, vous m’avez dépouillé de mépris et de haine quand je me tenais à la porte de votre cœur en suppliant, désireux d’y entrer. Combien de fois je vous ai appelé, et vous ne m’avez pas écouté. J’ai tendu les mains, mais vous vous êtes retirés de mes étreintes. Votre cou fier sous mon doux joug. Vous avez délibérément choisi de servir le diable comme votre dieu, et par conséquent, vous allez partager son sort maintenant, et être avec lui dans l’abîme de la damnation pour toute l’éternité. Je rirai aussi de votre destruction. Voici, mes serviteurs, tous les justes, mangeront et seront comblés, tandis que vous aurez faim à jamais. Mes serviteurs recevront à boire en abondance, tandis que vous aurez soif, et votre soif ne s’éteindra jamais. Mes serviteurs se réjouiront et vous pleurerez. Mes serviteurs se réjouiront d’une joie béate, et vous crierez dans l’agonie et le désespoir. Retirez-vous de moi, maudit, au feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j’avais faim et vous ne m’avez pas donné à manger ; J’avais soif et vous ne m’avez pas donné à boire;  J’étais un étranger et vous ne m’avez pas accueilli, nu, et vous ne m’avez pas couvert ; malade et en prison et vous ne m’avez pas visité ». Ce verdict, prononcé par le juste juge frappera les oreilles des damnés comme un coup de tonnerre, ils se prosterneront sur le sol, submergés par ces paroles terribles, et ils élèveront un tel cri de désespoir et de rage, que les cieux et la terre en trembleront. « O malheur à nous, maudits et misérables que nous sommes ! Nous devons maintenant être bannis de la présence de Dieu et des saints pour toute l’éternité ! Nous devons brûler pour toujours avec les démons dans les feux de l’enfer ! Aller dans le feu éternel ! Oh, quelle sentence terrible des lèvres de notre juge ! La combustion éternelle ! Un tourment éternel ! Pas d’espoir de sauvetage ! Malheur à nous, pécheurs misérables ; Malheur à nous, malheur à nous ! » Ainsi les âmes perdues se plaindront, pleureront et se lamenteront. Pourtant, le temps de la grâce est terminé ; La sentence a été prononcée ; Il n’y a plus de pitié, plus de clémence pour eux. « Comprenez ces choses, vous qui oubliez Dieu, afin qu’il ne vous arrache pas et qu’il n’y ait personne pour vous délivrer » (Ps. XLIX 22). Oui, comprenez ceci, ô malheureux pécheurs, et veillez à ce que la poursuite de l’amour ne vous dépasse pas. Pensez à ce que vous ressentiriez, si vous étiez au nombre de ces réprouvés. Considérez ce que vous souhaiteriez avoir fait, et ce que vous donneriez pour prix de votre rançon, si vous pouviez être libérés. Eh bien, faites maintenant ce que vous voudriez faire. Confessez et abandonnez vos péchés déplorables alors qu’il est encore temps, et priez Dieu de vous préserver du tourment sans fin. O Dieu très miséricordieux, Vous nous l’avez dit par les lèvres de votre prophète : « Au temps favorable, je t’ai exaucé, et le jour du salut je t’ai secouru » [Is XLIX 8]. Considérez maintenant le jour du salut, je vous appelle avec la plus grande confiance, et du fond de mon cœur je vous prie que Vous m’accordiez la grâce et l’aide proportionnellement à mes nécessités, pour que je ne sois pas finalement rejeté. Car vous ne voulez pas la mort, O Seigneur, ni qu’aucun ne descendent en enfer, mais la vie. Nous qui vivons en votre présence, nous exalterons votre saint nom à tout jamais. Amen.

CHAPITRE XII. COMMENT LES DAMNÉS DEMANDERONT EN VAIN MISÉRICORDE, ET SERONT ENVOYÉS EN ENFER

Nous savons par le témoignage des propres paroles du Christ que les damnés seront autorisés à à lui parler après avoir reçu leur peine. Ensuite (c-à-d après que la sentence a été prononcée), Il nous dit : « Ils lui répondront également en disant : Seigneur, quand nous vous voyions jamais avoir faim, ou soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne vous avons pas assisté ? » (Matt XXV44). Quand les âmes perdues percevront qu’il n’y a pas un vestige d’espoir que leur terrible sentence de condamnation puisse être atténuée, ils rendront, dans leur désespoir, d’horribles imprécations : « Maudits soient les parents qui nous ont donné naissance ; Maudits soient tous ceux qui nous conduit dans le péché ; Maudits soient tous les hommes qui ont vécu avec nous sur cette terre ; Maudit soit celui qui nous a créés ; Maudit soit le sang du Christ, par lequel nous avons été rachetés ; Maudit soit tous les saints de Dieu ! » Qu’est-ce que fera le juge divin quand il les entendra injurier Dieu de cette manière choquante ? Quand il a lui-même reconnu, debout devant le conseil juif, qu’il était le Fils de Dieu, le grand prêtre Caïphe déchira ses vêtements et cria d’une voix forte : « Il a blasphémé ; maintenant vous avez entendu le blasphème, qu’en pensez-vous ». Et les personnes répondant dirent : « Il est digne de mort ». La même scène aura lieu à ce moment, seulement ce sera mille fois plus terrible. Quand le Christ entendra ces blasphèmes il s’écriera dans une sainte indignation : « Ils ont blasphémé Dieu, ils ont maudit moi et Mes saints ! Vous avez entendu vous-mêmes, maintenant qu’en pensez-vous ». Alors tous les anges et les saints répondront : « Ils sont dignes de la mort éternelle, des douleurs éternelles de l’enfer ! Éloigner au lieu de tourments, Éloigner dans le feu éternel ! » Alors s’accomplira ce qui est prédit dans le livre de la Sagesse : « Le juge divin prendra son zèle comme armure, et armera la créature pour la vengeance de ses ennemis. Il revêtira la justice comme cuirasse, et prendra son vrai jugement comme casque. Il prendra l’équité pour bouclier invincible, et il aiguisera sa colère sévère comme une lance, et le monde entier combattra avec lui contre les insensés. Ensuite les foudres lancées iront droit des nuées, comme d’un arc bien fléchi, elles atteindront rapidement le but. Et une grêle épaisse sera jetée sur eux par sa colère comme une pierre fondue ; les eaux de la mer feront rage contre eux, et les rivières déborderont ensemble d’une manière terrible. Un vent puissant se lèvera contre eux, et comme un tourbillon les dissipera ; et leur iniquité réduira toute la terre en un désert, et leur méchanceté renversera les trônes des puissants » (Sag. V 18-24). Dans ces paroles terribles de l’Écriture Sainte, le livre de la vérité éternelle, est décrite l’indignation sacrée avec laquelle le juge suprême châtiera les damnés alors qu’ils sont encore sur la terre. Tous les éléments, le tonnerre, la foudre, la grêle, les vagues déchaînées de l’océan, des tourbillons et des tempêtes, en bref toutes les puissances de la nature deviendront des instruments pour exécuter la vengeance de Dieu sur ceux qui se sont rebellés contre lui, contre les misérables abandonnés dont l’existence sur la terre a été une longue et terrible indignation contre leur Créateur. Car dans leurs paroles ils ont blasphémé le Dieu de sainteté infinie, de puissance, et de bonté aimante. Ils ont aveuglément offensé le créateur et conservateur du royaume de la nature ; par conséquent, toute la nature se dresse contre eux maintenant dans leur vengeance, quand le Christ aura répandu sur ces êtres malheureux toute la rage des forces de la nature dans leur vindicative. Et la terre s’ouvrira sous leurs pieds de fureur primitive, et ils seront englouti ainsi que tous les diables. Saint Jean, dans l’Apocalypse, dit : « Et un ange puissant prit une pierre, comme une grande meule, et la jeta dans la mer, disant : Avec une telle violence sera précipitée Babylone, la grande cité, et elle ne sera plus trouvée à l’avenir » (Apoc. XVIII 21). Ne pensez-vous pas que ces paroles prononcées par l’ange signifient que toutes les âmes perdues iront en enfer sous l’impulsion d’une meule qui coule au fond de l’abîme des eaux dans lequel elle est lancée ?

O, chute terrible des damnés ! Qui peut y penser sans frémir ! Hélas pour ceux pour cela est préparé mieux vaudrait pour eux qu’ils ne soient jamais nés ! Ainsi, ils descendront, et l’enfer, quand ils y parviendront, sera comme un dragon féroce, ouvrant ses mâchoires pour les dévorer, et ils y seront engloutis, selon la prophétie d’Isaïe : « L’enfer a dilaté son âme, et a ouvert sa bouche sans limites, et ses puissants, et son peuple, et ses grands et glorieux, y descendront » (Is. V 14). Qui peut dépeindre le désespoir des damnés, la rage avec laquelle, dans l’abîme profond et sombre de l’enfer, ils chercheront dans leur fureur à se déchirer et lacérer les uns les autres. Est-ce que les mots peuvent décrire les hurlements et les gémissements qui  feront écho à travers ce lieu de tourments ? C’est au-delà de la puissance de l’homme de le concevoir. Car si la Sainte Écriture nous dit que l’œil n’a pas vu, ni l’oreille entendu, ni n’est point entré dans le cœur de l’homme ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment, ne peut-on pas dire aussi que l’homme ne peut se faire une idée de ce que Dieu a préparé pour ceux qui si souvent l’ont ainsi insulté insoucieusement ? Et si les joies du ciel dépassent tous nos pouvoirs de description, les tourments de l’enfer ne seront-ils pas aussi inconcevablement grands ? Réfléchissez à cela, ô lecteur, réfléchissez dessus souvent, et ne gaspillez pas votre vie dans les plaisirs oisifs, mais voyez à sauver votre âme. Faites appel à Dieu avec toute la ferveur de votre cœur, et priez-le de vous accorder une sentence favorable au jour du jugement final, en disant : Dieu très juste, et juge de tous les hommes ! Plusieurs fois, et douloureusement, je vous ai offensé, et je ne dois rien attendre de votre justice qu’un châtiment sévère. Pourtant, j’avoue maintenant mes méfaits ; Je m’en repens et les abhorre, et je tiens fermement, dès maintenant à vous être toujours fidèle. C’est pourquoi je vous supplie de me pardonner miséricordieusement mes péchés, afin que je puisse échapper à la mort éternelle, et pouvoir obtenir la félicité éternelle. Amen.

CHAPITRE XIII. COMMENT LES BIENHEUREUX MONTERONT AU PARADIS APRÈS LE JUGEMENT

Quand la terre se sera ouverte et aura englouti les âmes perdues, alors les anges et les bienheureux exulteront et se réjouiront. Ils exalteront la justice de Dieu, et confesseront que les réprouvés méritaient pleinement leur destin. Saint Jean, dans son Apocalypse, donne une belle description de la façon dont les bienheureux se réjouiront et magnifieront la justice de Dieu : « Je vis un ange descendre du ciel, ayant une grande puissance ; Et la terre fut illuminée de sa gloire. Et il cria d’une voix forte, disant : Babylone la grande est tombée, elle est tombée. Elle est devenue une habitation de démons. Car ses péchés se sont accumulés jusqu’au ciel, et le Seigneur s’est souvenu de ses iniquités. Rendez-lui comme elle vous a aussi rendu, et doublez-lui selon ses œuvres. Autant elle s’est glorifiée, et a vécu dans les délices, autant multipliez ses tourments et sa douleur. Ciel, réjouis – toi sur elle, et vous, saints apôtres et prophètes, parce que Dieu vous a fait justice sur ​​elle.  … Après ces choses, j’entendis comme la voix de beaucoup de gens dans le ciel, disant : Alléluia. Le salut, la gloire et la puissance sont à notre Dieu parce que ses jugements sont vrais et justes, qu’il a jugé la grande prostituée qui corrompait la terre par son impudicité, et qu’il a vengé le sang de ses serviteurs par ses mains. Et encore une fois ils dirent : Alléluia ! Et les quatre vingt-anciens se prosternèrent et adorèrent Dieu assis sur le trône, en disant : Amen ! Alléluia. Et une voix sortit du trône, disant : Louez notre Dieu, vous tous ses serviteurs, et vous qui le craignez, petits et grands. Alléluia ; Car il règne le Seigneur notre Dieu, le tout-puissant. Réjouissons-nous, tressaillons d’allégresse, et donnons-lui la gloire, car les noces de l’Agneau sont venues, et son épouse s’est elle-même préparé. Heureux ceux qui sont appelés au festin des noces de l’Agneau » [Ap XVIII 1 – XIX 9]. Ces paroles, en effet, présentent une belle perspective. Combien sera excellent le chant triomphant des saints quand ils seront invités aux noces de l’Agneau ! Combien doucement ils chanteront Alléluia ! Combien ardemment ils remercieront Dieu pour les avoir délivrés de la damnation éternelle et les compté parmi ses élus ! L’ascension au ciel ensuite aura lieu. Peut-on oser décrire aussi cela ? Les plus doux chants de musique rempliront l’air. St Michel sera à la tête de la procession glorieuse, portant la croix sur laquelle le Christ est mort. Car la croix et tous les autres instruments de la Passion seront préservés dans le ciel,  telle est du moins l’opinion de plusieurs savants théologiens. Suite à ces reliques sacrées viendra le premier chœur des anges, de concert avec les membres de la société des sauvés, à qui la parole du Christ a assigné une place au plus bas des chœurs angéliques. Les enfants qui sont morts en bas âge et les âmes qui ont persisté dans le péché, et pourtant ont été sauvés grâce à la miséricorde infinie de Dieu et la véritable contrition de leur part, seront avec le premier chœur d’anges. Combien ils loueront ardemment leur Dieu pour Sa compassion indicible ! Viendra ensuite le chœur des archanges, et avec eux les saints qui ont mérité une place dans ce second chœur angélique. Les personnes mariées craignant Dieu, les veuves pieuses, en plus d’autres personnes pieuses qui ont vécu dans le monde, seront parées de beauté merveilleuse, loueront et magnifieront Dieu avec les archanges. En troisième lieu viendra le chœur des puissances, parmi lesquelles seront tous les prêtres qui ont mené une vie sainte sur la terre. Le chœur des principautés viendra ensuite, avec tous les évêques et saints prélats qui ont gouverné l’Église pour la gloire de Dieu et le salut de ceux qui ont été soumis. Le chœur des vertus viendra en cinquième avec les docteurs de l’Église et tous ceux qui, par leur doctrine et prédication, ont converti les incroyants et les ont portés à la connaissance de la vraie foi. En sixième lieu viendra le chœur des dominations, avec les confesseurs qui ont souffert grande persécution pour la foi, et sont morts dans la pauvreté et la misère pour l’amour du Christ. Le chœur des trônes suivra ensuite, avec les saints martyrs qui ont versé leur sang et volontiers donné leur vie pour le nom du Christ. Le huitième choeur est celui des chérubins, parmi les rangs desquels seront les saintes vierges qui ont non seulement gardé leur chasteté intacte, mais qui, consommées par la charité divine, ont mené une vie de la plus haute perfection. Le neuvième et le plus élevé des chœurs angéliques est celui des séraphins. Avec eux, seront les apôtres et saints serviteurs du Christ, qui, sur les traces du Rédempteur, ont vécu sur la terre la vie d’ange. En un mot, chacun des bienheureux aura sa place attribuée dans celui des chœurs angéliques pour lequel la compagnie de ses vertus le rendent plus apte. Combien glorieux sera la procession des chœurs, et combien les cantiques célestes qu’ils chanteront mélodieux ! Les mots nous manquent quand nous essayons de le décrire. Et pour clore le cortège triomphal du roi du ciel et de la terre viendra, couronné de splendeur, le Christ, le Fils premier-né du Père céleste, accompagné par sa bienheureuse Mère la Vierge Marie. Il sera entouré d’une telle beauté et de majesté, que le ciel et la terre, les anges et les hommes, seront frappés de stupeur. En fait, cette ascension dans le ciel sera à tous égards d’une telle grandeur et gloire, elle sera si inexprimable, sublime et magnifique, que même les lèvres d’un ange n’en donnerait pas une idée suffisante. Pensez à ce que sera l’ascension des rachetés quand ils monteront en altitude dans l’air, âme et corps, comme s’ils étaient de purs esprits, montant toujours et toujours plus haut, au-delà des orbes brillants du ciel avec leur éclat d’or, se rapprochant plus en plus près de la Jérusalem céleste, la cité de Dieu. Et oh ! quelle joie extatique les enivrera quand ils entreront par les portes d’or, et se tiendront devant la splendeur et la magnificence de la ville de Dieu. Lorsque la reine de Saba vit la magnificence du palais de Salomon, et elle resta muette d’étonnement. Mais un plus grand que Salomon est là, et la majesté et la beauté du palais du roi des rois est infiniment plus grande que celle de tout monarque terrestre. Nous pouvons donc présumer que le ravissement des bienheureux sera béat quand il leur sera accordé de voir ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. Ne convoiterez-vous pas, ô pieuse âme chrétienne, de demeurer avec les rachetés et profiter des délices indicibles de la cité de Dieu, la Jérusalem céleste ? Assurément vous le désirez. Nous tous nous avons en nous une puissante impulsion, un désir ardent pour le bonheur et le plaisir. Oh, ne cherchez pas après le bonheur, ne cherchez pas à assurer la jouissance dont votre âme a soif dans cette vallée de larmes. Levez vos yeux sur terre sur ce qui est au-dessus, que ce soit là votre but, et un jour vous monterez en-haut avec des chants en liesse. Dieu veuille pour vous et pour moi, lecteur, par sa grâce, que ce bonheur soit notre part.

 

Conclusion

Absolument rien ne peut être comparé avec salut éternel qui doit être la chose la plus importante recherchée et poursuivie par dessus toutes autres choses sur terre.  L’Église catholique enseigne qu’il n’y a absolument aucun salut sans la vraie foi divine et catholique pure et entière ni sans les œuvres de la foi. La foi est le fondement de l’Espérance et de la Charité, et l’unique moyen que Dieu donne pour le connaître, être en relation avec Lui, faire son salut et le posséder. La foi requiert de soumettre son intelligence à Jésus-Christ et à Sa véritable Église catholique. Les œuvres de la foi requièrent de soumettre sa volonté à Jésus-Christ et à Sa véritable Église catholique. L’âme humaine est éternelle, créée à l’Image de Dieu, et à la mort elle se sépara du corps et se retrouvera devant l’éternité à laquelle elle n’était pas familière sur terre. Éternité insupportable éloignée de Dieu son Créateur quand l’âme sur terre n’a pas soumise sa volonté à celle de son Dieu, n’a pas fait pénitence, et n’a pas soumis la chair et ses œuvres ; Éternité en sécurité avec Dieu quand l’âme s’est soumise à son Rédempteur Jésus-Christ et à Sa véritable Église catholique pendant sa vie terrestre.