Vie spirituelle et combat chrétien

Sommaire

  • Conversion
  • Combat chrétien et fin de l’homme
    • La fin de l’homme consiste à aimer Dieu et à faire son salut
    • Faire mourir le vieil homme et faire vivre l’homme nouveau pour ressusciter avec Jésus-Christ
    • Se faire violence
    • Vertus
    • Dons et fruits du Saint-Esprit
    • Fins dernières
    • Loi
    • Péché
    • Concupiscence et passions
    • Œuvres de miséricorde
  • Du combat de la nature et de la grâce
  • Du combat spirituel contre les sept péchés capitaux, Saint Bonaventure
  • Combat contre la triple concupiscence
    • 1. Concupiscence des yeux et sagesse terrestre du monde
    • 2. Concupiscence de la chair et sagesse animale
    • 3. Concupiscence de la vie et sagesse diabolique
  • Vie spirituelle chrétienne
    • Avis pour vivre d’une manière chrétienne – Bienheureux Jean d’Avila
    • La véritable piété consiste à n’avoir point d’autre volonté que celle de Dieu
  • Examen de conscience général et particulier
  • La triple voie : Vie purgative, vie illuminative, vie unitive
  • Discernement des esprits
  • Vie mystique
    • La fondation de la vie spirituelle est la foi
    • Manières de résister aux vices et d’acquérir les vertus
    • Conseils de la vie spirituelle

christ-crucifie

Conversion

P. Kroust (1694-1772), S.J., Méditations sur les vérités de la foi, dimanche III ap. la Pentecôte : « Que les hommes sont souvent stupides quand il s’agit des choses célestes ! Si on leur promettait que la pratique de la vertu les rendra heureux sur la terre, qu’ils feront une fortune immense, ils ne négligeraient rien ; on leur promet ici-bas une joie intérieure qui surpasse tout bien et un bonheur sans fin dans une autre vie, à peine daignent-ils y penser ».

Hors de la vraie foi catholique il n’y a aucun salut. Cependant un païen qui suit la loi naturelle ou sa conscience morale, ou tout baptisé qui s’est éloigné de la vraie foi divine et catholique, mais qui aime et cherche sincèrement la vérité est amené par la grâce de Dieu à la connaissance de la vraie foi divine et catholique absolument nécessaire pour le salut, car la vérité est le Christ Jésus en personne. Voir La loi naturelle

Jacques 1, 8 : «L’homme double d’esprit est inconstant dans toutes ses voies».

Mais il n’y pas de charité sans la vraie foi catholique car le Christ habite dans  les cœurs par la foi, il est nécessaire pour tous de tenir la foi catholique pour pouvoir être sauvé (et d’être baptisé et d’éviter le péché). Tout baptisé est tenu de s’instruire de sa foi sous peine de péché mortel sauf impossibilité. Voir Catéchisme

Éphésiens 3, 13 : « que le Christ habite par la foi dans vos cœurs ».

Hébreux 11, 6 : « Or, sans la foi il est impossible de plaire à Dieu ».

Pape Eugène IV, Concile de Florence, Le symbole d’Athanase, Sess. 8, 22 nov. 1439, ex cathedra (déclaration infaillible à tenir) : «Celui qui veut être sauvé, doit avant tout tenir la foi catholique, à moins que chacun la conserve intègre et inviolée, il périra sans aucun doute pour l’éternité».

Comme la foi sans les œuvres est morte, les œuvres de la foi sont absolument nécessaires pour le salut. Sans œuvres de la foi, il n’y a aucun salut. Les œuvres de la foi sont faites par la charité qui est l’amour de Dieu par-dessus toutes choses et l’amour du prochain pour l’amour de Dieu.

Jacques 2, 17 : « Ainsi la foi, si elle n’a pas les œuvres, est morte en elle-même ».

Jacques 2, 26 : « Car comme le corps sans l’esprit est mort, ainsi la foi elle-même sans les œuvres est morte ».

Les bonnes œuvres utiles et nécessaires à la conversion

Pour la conversion les bonnes œuvres sont :

  1. La résolution sincère d’éviter tout péché mortel ;
  2. Se faire violence pour éviter le péché ;
  3. La dévotion à la sainte Vierge et Son intercession afin d’obtenir la contrition et le pardon de ses péchés, et pour vaincre ses mauvaises habitudes, non pas pour demeurer paisiblement dans l’état du péché.

St L-M de Montfort, Traité de la Vraie Dévotion, n° 99-100 : « Premièrement être dans une sincère résolution d’éviter au moins tout péché mortel, qui outrage la Mère aussi bien que le Fils ; Secondement se faire violence pour éviter le péché ; Troisièmement, se mettre des confréries [en l’honneur de la sainte Vierge], réciter le chapelet, le saint rosaire ou autres prières, jeûner le samedi [en l’honneur et par dévotion à la sainte Vierge], etc. Cela est merveilleusement utile à la conversion d’un pécheur, même endurci ; et si mon lecteur est tel, et quand il aurait un pied dans l’abîme, je le lui conseille, mais à condition qu’il ne pratiquera ces bonnes  œuvres que dans l’intention d’obtenir de Dieu, par l’intercession de la Sainte Vierge, la grâce de la contrition et du pardon de ses péchés, et de vaincre ses mauvaises habitudes, et , contre les remords de sa conscience, l’exemple de Jésus-Christ et des saints, et les maximes du saint Évangile ».

Faire tout pour la gloire de Dieu

I Corinthiens 10, 31 : «Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, ou que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu ».

Colossiens 3, 17 : « Quoi que vous fassiez en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces par lui à Dieu et Père ».

La gloire de Dieu est la manifestation de Ses perfections. Dieu manifeste sa bonté en œuvrant à la conversion des pécheurs. Il manifeste sa miséricorde en pardonnant les péchés ; Il manifeste sa justice en châtiant les péchés.

Méditations sur les vérités de la foi et de la morale, P. Kroust, Dim. XVI ap. la Pentecôte : « Dieu se sert de tous les pécheurs pour les faire contribuer à sa gloire. Il se sert des infidèles pour montrer les merveilles de sa grâce. Par les hérétiques, il affermit notre foi, et en fait connaître et développer les dogmes ; les schismatiques en se séparant de son Eglise, montrent sa stabilité, car elle seule ne change pas, étant fondée sur la pierre. Ne conserve-t-il pas les Juifs comme un monument de sa vengeance, de son Evangile et de la divinité de Jésus-Christ que cette nation malheureuse a mis a mort ? Il se sert même de tous les pécheurs ; ils sont quelquefois les instruments de sa justice, comme les Romains qui détruisirent la nation juive injustement, mais qui furent les exécuteurs de ses vengeances, et les tyrans, qui, en faisant mourir des milliers de martyrs, multipliaient le nombre des chrétiens et peuplaient le ciel ».

 

Combat chrétien et fin de l’homme

La fin de l’homme consiste à aimer Dieu et à faire son salut

Dieu t’a donné l’être seulement pour aimer ton Dieu et faire ton salut.

Saint Alphonse de Liguori, Docteur de la morale, La sainteté au jour le jour, 29 juil. Ste Marthe : « La fin de l’homme. Mon âme, considère que c’est Dieu qui t’a donné l’être ; Il t’a créée à son image, sans aucun mérite de ta part ; Il t’a adoptée pour sa fille par le saint Baptême ; Il t’a aimée plus qu’un père n’aime son enfant ; Il t’a faite pour le servir et l’aimer ici-bas, afin que tu ailles ensuite jouir de Lui au Ciel. Ce n’est pas pour chercher la richesse, la puissance, le plaisir, que tu as reçu la vie ; ce n’est pas pour manger, boire, dormir comme l’être sans raison ; mais seulement pour aimer ton Dieu et faire ton salut. Le Seigneur a mis à ton usage les choses créées, comme autant de moyens qui doivent t’aider à atteindre cette glorieuse destinée. Malheureux que je suis, j’ai pensé à tout, excepté à ma fin dernière ! Mon Père, faites donc, pour l’amour de Jésus, que je commence une nouvelle vie, toute sainte, toute conforme à votre divine volonté ».

Il faut craindre beaucoup de laisser se perdre aucune grâce.

Saint Alphonse de Liguori, Docteur de la morale, La sainteté au jour le jour, 9 oct. St Jean Léonardi, Sts Denis, Éleuthère et Rustique : «La mesure des grâces. Aux grâces qu’il a déterminé de nous accorder, Dieu a fixé une certaine mesure ; cette mesure épuisée, la main de Dieu se ferme. Il faut donc craindre beaucoup de laisser se perdre aucune grâce, car il peut arriver que cette grâce, cette lumière, cette invitation, soit la dernière faveur que Dieu nous accorde, et que, en la méprisant, nous soyons perdus pour toujours».

Le combat chrétien consiste à « se fortifier dans le Seigneur et dans la puissance de sa vertu », c’est-à-dire dans Sa Vérité, dans Son Évangile, dans Sa Paix, dans Sa Foi, dans Sa Justice, dans Son Salut et dans Sa Parole ».

Éphésiens 6, 10-18 : «10. … mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa vertu. 11. Revêtez-vous de l’armure de Dieu, afin de pouvoir tenir contre les embûches du diable ;  12. Parce que nous n’avons point à lutter contre la chair et le sang [Le chrétien doit mortifier sa chair pour dominer ses passions et les esprits mauvais], mais contre les princes et les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits de malice répandus dans l’air [Note Vulg. : Compar. 2, 2 : « le prince des puissances de l’air, l’esprit qui agit efficacement à cette heure sur les fils de la défiance (de l’incrédulité) »]. 13. C’est pourquoi, prenez l’armure de Dieu, afin qu’étant muni de tout, vous puissiez, au jour mauvais [Note Vulg. : Au jour de la tentation et du péril. Compar. v. 16.], résister, et en toutes choses demeurer parfait [Note Vulg. : c’-à-d. complètement vainqueurs, sans avoir rien perdu dans le combat]. 14. Soyez donc ferme, saignant vos reins de la vérité, et revêtant la cuirasse de la justice. 15. Et chaussant vos pieds pour vous préparer à l’évangile de la paix ; 16. Prenez surtout le bouclier de la foi [le chrétien doit prendre, par-dessus tout, la foi divine et catholique], dans lequel vous puissiez éteindre tous les traits enflammés du malin. 17. Prenez aussi le casque du salut, et le glaive de l’Esprit (qui est la parole de Dieu) [le chrétien doit les prendre aussi avec la foi, et non pas sans la foi]. 18. Priant en esprit en tout temps, par toute sorte de prières et de supplications, et dans le même esprit veillant en toute instance et supplication pour tous les saints ».

Dans les Révélations célestes de sainte Brigitte, Notre-Seigneur donne aussi les armes spirituelles du combat, c’est-à-dire, les vertus par lesquelles les justes combattent et surmontent, et les injustes sont terrassés et vaincus.

Livre 6, chap. 43 : «Le Fils de Dieu parle à son épouse, lui disant : Pourquoi vous troublez-vous ? Et bien que je sache toutes choses, néanmoins je le veux comme connaître par votre dire, afin que vous sachiez aussi qu’est-ce que je vous réponds. L’épouse répondit : Je crains deux choses et me trouble de deux choses : 1) d’autant que je suis trop impatiente à obéir et moins joyeuse à pâtir ; 2) que vos amis sont assaillis de tribulations et que vos ennemis les surmontent. Notre-Seigneur répondit : Je suis celui à qui vous vous êtes donnée pour obéir, et partant, à toute heure et à chaque moment que vous consentez à obéir et que vous voulez obéir, bien que la chair y résiste, il vous sera imputé à mérite et à purification de vos péchés.

«Au deuxième, savoir, que vous vous troublez de la contrariété de mes amis, je réponds par un exemple. Deux hommes combattent, l’un deux jette ses armes et l’autre s’en munit. Celui qui a jeté ses armes ne sera-t-il pas vaincu plus facilement que celui qui les amasse ? Il en est de même maintenant, car mes ennemis jettent leurs armes tous les jours. Trois sortes d’armes sont nécessaires pour combattre : la première est ce qui porte l’homme, comme un cheval, etc. La deuxième, ce par quoi l’homme se défend, comme le glaive, etc. La troisième, ce qui munit le corps, comme la cuirasse, etc. Mais mes ennemis ont perdu, en premier lieu, le cheval de l’obéissance, par lequel ils étaient portés à toute sorte de biens, car c’est celle-là qui conserve l’amitié avec Dieu et garde à Dieu la foi promise. Ils ont encore jeté le glaive de la crainte divine, par lequel le corps est retiré des voluptés, et le diable se sépare de l’âme et n’ose s’en approcher. Ils ont encore perdu la cuirasse, qui les défendait des dards, c’est-à-dire, ils ont perdu la divine charité, qui réjouit dans les choses adverses, protège dans les prospères, purifie dans les tentations et adoucit les douleurs. Leur cuirasse, qui est la sagesse divine, croupit dans la boue. Les armes du col, c’est-à-dire, les pensées divines, sont aussi tombées, car comme par le col la tête est mue, de même, par les divines pensées, l’esprit doit prendre mouvement à tout ce qui concerne la gloire divine. Mais hélas ! les divines pensées sont maintenant tombées, c’est pourquoi la tête est maintenant gisante avec les infirmes et est agitée des vents. Les armes aussi de sa poitrine sont oubliées et négligées, c’est-à-dire, la contrition avec la résolution de s’amender n’est plus. Ils se réjouissent dans leurs péchés, et désirent être plongés en eux tant qu’ils vivent. Les armes de leurs bras, c’est-à-dire, les bonnes œuvres leur sont vaines et odieuses, car ils font audacieusement ce qu’ils veulent, et n’en ont point de honte.

«Mais mes chers amis se munissent de plus en plus des armes, car ils courent sur le cheval de l’obéissance, comme de fidèles serviteurs, laissant l’empire de leurs volontés à Dieu. Ils combattent contre les vices en la crainte de Dieu, comme de bons soldats. Ils souffrent avec amour toutes les rencontres fâcheuses, comme de généreux combattants, attendant le secours de Dieu, se munissent de la sapience divine et de la patience contre les médisants et criminateurs, comme ceux qui se sont retirés et éloignés du monde. Ils sont prompts et agiles aux choses divines, comme l’air qui va partout. Ils sont fervents vers Dieu plus que l’épouse aux embrassements de son cher époux. Ils sont prompts comme des cerfs, et forts pour fouler aux pieds toutes les délectations du monde, soigneux au travail comme des fourmis, vigilants comme des sentinelles. Tels sont mes amis, et ils se munissent chaque jour des armes des vertus, lesquelles les ennemis méprisent, et partant, ils sont vaincus facilement. Donc, le combat spirituel qui est avec patience et amour divin, est plus noble et plus éminent que le combat corporel, et plus odieux au diable, car le diable ne s’efforce point d’ôter les choses corporelles, mais bien de corrompre les vertus, et de ravir la patience et la constance en vertus. Partant, ne vous troublez pas, si quelques choses contraires assaillent mes amis, car il leur revient de là de grandes récompenses».

Les Révélations célestes de sainte Brigitte est un miroir dans lequel l’âme peut voir ses taches et voir ce qui est agréable à Dieu et ce qui lui déplaît. Les Révélations de sainte Brigitte ont reçu un degré exceptionnellement élevé d’authenticité, d’autorité et d’importance à une date précoce. Le pape Grégoire XI (1370-1378) les a approuvées et confirmées, et jugées favorablement, tout comme Boniface IX (1389-1404) dans la Bulle papale Ab origine mundi, par. 39 (7 octobre 1391). Elles ont ensuite été examinées au concile de Constance (1414-1418) et au concile de Bâle (1431-1449), tout deux jugeant qu’elles étaient en conformité avec la foi catholique.

La vie spirituelle chrétienne est la vie de l’Esprit-Saint dans l’âme et le combat de la vertu contre le vice, et consiste en ces trois choses : la sobriété avec la prudence et la tempérance ; la justice avec la vraie foi et la charité ; et la piété avec la crainte de Dieu et l’espérance.

P. Kroust (1694-1772) S.J., Méditations sur les vérités de la foi, lundi III de carême : «L’armure du soldat chrétien c’est la patience ; sa défense rendre le bien pour le mal ; l’obéissance est sa victoire, la mort son triomphe. La vengeance est une défaite, c’est la mort ; résister c’est périr. Ce que Jésus-Christ a enseigné il l’a fait : Je vous dis de ne point résister au mal (Matthieu 5). Les apôtres ne comprenaient pas encore cela, et vous ne le comprenez pas mieux. L’impatience vous paraît du zèle, la colère de la ferveur, la vengeance une justice. Vous ne voulez pas souffrir, mais vous venger, et vous prétendez rechercher la gloire de Dieu».

Faire mourir le vieil homme et faire vivre l’homme nouveau pour ressusciter avec Jésus-Christ

La résurrection est le point culminant de la foi divine et catholique, le gage de la vie nouvelle dans la grâce, et commande toute la vie spirituelle chrétienne.

La Résurrection de Jésus-Christ

«Approchez avec respect du tombeau du Sauveur et admirez avec joie la gloire de sa résurrection. Seigneur, nous vous supplions de répandre votre grâce dans nos âmes, afin que par la passion de Jésus-Christ votre Fils nous arrivions à la gloire de sa résurrection.

«Il a été livré à cause de nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification (Rom 4). Celui qui s’est livré tout entier pour nous s’est mis entièrement à notre disposition ; il est ressuscité pour notre justification, puisqu’en ressuscitant il nous apprend à espérer une nouvelle vie, à parvenir à une nouvelle vie, à marcher dans une nouvelle vie.

«Ier point – Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, afin que vous missiez votre foi et votre espérance en Dieu (Pierre 1). Il n’y a point d’espérance où il n’y a point de foi, car la foi est le principe de l’espérance, et l’espérance est le complément de la foi. Jésus-Christ, en ressuscitant, nous donne d’abord la foi en la résurrection glorieuse, pour nous affermir ensuite dans l’espérance de la résurrection glorieuse ; il nous enseigne ainsi par la foi à espérer une nouvelle vie, car l’exemple de la résurrection du Sauveur est le fondement de notre foi, afin que vous croyiez que Dieu peut vous ressusciter à une vie nouvelle ; elle est le fondement de notre espérance, afin que vous espériez que Dieu veut vous ressusciter à une nouvelle vie.

«1° Les Sadducéens disaient qu’il n’y a pas de résurrection (Mat. 22), mais le Sauveur confond leur erreur par des arguments invincibles ; le voici maintenant qui confond leur incrédulité par un exemple frappant de résurrection. C’est d’après cet exemple que saint Paul prouve la résurrection des corps en disant : « Puisqu’on vous prêche la résurrection de Jésus-Christ, comment se fait-il que parmi vous il y en ait qui disent que la résurrection des morts n’existe pas ? Si les morts ne ressuscitent pas, Jésus-Christ ne peut être ressuscité ; mais si Jésus-Christ n’est pas ressuscité, notre prédiction est vaine, notre foi est vaine (1 Cor 15) ». L’apôtre suppose que la résurrection du Sauveur est hors de tout doute, parce que les témoins sont nos propres ennemis, qui mirent des gardes au sépulcre et ne purent le garder ; les témoins sont les disciples auxquels le Sauveur se montra lorsqu’ils n’y croyaient pas : Et il se montra vivant après sa passion, en diverses circonstances, pendant quarante jours (Act 1) ; les témoins furent plus de cinq cents disciples auxquels il se montra en même temps, et c’est en leur présence qu’il monta au ciel (Act 1).

«La conséquence est donc que les morts ressuscitent, car si les morts ne ressuscitent pas, Jésus-Christ n’est pas ressuscité. S’il ne peut pas rappeler les morts à la vie, à plus forte raison n’a-t-il pas pu se ressusciter, ce qui est bien plus difficile. Ainsi c’est en vain que les apôtres ont prêché ; notre foi est vaine. Mais s’il a pu se ressusciter lui-même, ce qui est bien plus merveilleux, il peut donc rappeler les autres à la vie, ce qui offre bien moins de difficultés. En effet, par le miracle de sa résurrection, il prouve qu’il est Dieu ; or, Dieu ne peut ni se nier lui-même, ni être trompé, ni tromper. Puisqu’il a prédit et promis qu’il y aurait une nouvelle vie, elle doit donc avoir lieu. « La volonté de mon Père, dit-il, est que quiconque voit le Fils de Dieu et croit en lui, ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour (Jean 6) ». La prédication des apôtres n’est donc pas vaine, elle n’est donc pas vaine, cette foi qui nous est prêchée et qui nous promet une vie meilleure qui n’aura point de fin.

«2° Notre espérance aussi n’est pas vaine, puisqu’elle est appuyée sur une foi solide et inébranlable, qui nous fait attendre une gloire et une vie immortelle. La gloire dans laquelle a précédé le chef devient l’espérance du corps tout entier. Jésus-Christ est le chef de l’Église, nous sommes son corps et ses membres ; or, le même esprit qui vivifie le chef glorifie le corps et les membres par une vie semblable (Ephes. 5 et 1 Cor 10) ; donc, si Jésus-Christ vit, nous qui appartenons à Jésus-Christ, nous vivrons avec lui. Ainsi parle saint Paul : « Dieu, dit-il, a ressuscité le Seigneur, et il nous ressuscitera par sa puissance. Ne savez-vous pas que vos membres sont les membres de Jésus-Christ (ibid 6) ? Si l’esprit de celui qui a ressuscité Jésus-Christ habite en vous, celui qui l’a ressuscité d’entre les morts rendra la vie à vos corps mortels, à cause de son esprit qui habite en vous (Rom 8) ; de plus, comme tous meurent en Adam, de même tous reprendront la vie en Jésus-Christ, car la mort est venue par l’homme, et par l’homme aura lieu la résurrection des morts (1 Cor 15) ». le premier Adam n’est pas plus puissant pour donner la mort que le second pour rendre la vie, car sa rédemption est abondante (Ps 129).

«Quelle joie pour ceux qui appartiennent à la milice de Jésus-Christ ! Quelle consolation pour tous les infortunés dans toutes leurs tentations ! Nous pouvons dire avec plus de droit que le saint homme Job : « Je sais que mon Rédempteur est vivant, qu’au dernier jour je sortirai de la terre, que je serai de nouveau enveloppé de ma peau, et que je verrai Dieu mon Sauveur dans ma chair (Job 19). Lorsque Jésus-Christ, qui est notre vie, apparaîtra, nous apparaîtrons nous-mêmes dans sa gloire (Coloss 3) ; c’est lui qui reformera le corps de notre humilité en lui donnant la forme de son corps glorieux (Philip 3) ».

«Qu’avez-vous vu en lui ? qu’y voyez-vous maintenant ? La tristesse s’est changée en joie, l’humiliation en gloire ; la douleur a été compensée par un torrent de délices, et une vie mortelle par une vie immortelle. Où il y avait sang, plaie, tumeur, couleur livide, crachat, là on voit la beauté d’une lumière éternelle. Cet homme, semblable à un ver, n’est plus un homme, mais c’est un Dieu qui se montre dans une grande puissance et dans la splendeur de sa majesté : c’est le triomphateur de ses ennemis, le Roi des Rois, le Seigneur des seigneurs ; à son nom tout genoux fléchit dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. La mort a été détruite par sa victoire (Philip. 2 et 1 Cor 15). Il n’y a point en lui de traces de la mort, à l’exception des cinq plaies qui sont plus brillantes que le soleil et qu’il conserve comme un monument de sa charité et de sa victoire. Tel il est, tel je serai lorsque ce corps mortel sera revêtu d’immortalité : c’est l’espérance que je nourris dans mon coeur. Quelle douleur corporelle, quelle tristesse dans l’âme cette magnifique espérance ne pourrait-elle soulager ? Jésus-Christ ressuscité nous apprend à espérer une nouvelle vie, à parvenir à une nouvelle vie.

«IIème Point – Nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous transformés. Tous ceux qui sont dans la tombe entendront la voix du Fils de Dieu, et tous ceux qui l’auront entendue ressusciteront ; mais les uns paraîtront pour la résurrection de la vie, et les autres pour la résurrection du jugement (1 Cor 15 et Jean 5). Mais Jésus-Christ, en ressuscitant, nous montre le chemin pour ressusciter à la vie ; de même qu’il a fallu que Jésus-Christ souffrit et qu’il entrât ainsi dans sa gloire, de même il faut que nous entrions dans le royaume du ciel par beaucoup de tribulations, par la croix et la mortification de la chair et de l’esprit ; car si nous mourrons avec lui, nous vivrons aussi avec lui (2 Tim 2). Il est certain que nous vivrons avec lui, mais il faut auparavant souffrir et mourir, soit pour détruire le vieil homme, soit pour former le nouvel homme selon Dieu.

«1° Tant que vit le vieil homme, il n’y a aucune espérance de ressusciter pour la vie ; car ce qui est semé, dit l’apôtre, n’a point de vie s’il ne meurt auparavant (1 Cor 15). Le vieil homme né d’Adam est soumis à la malédiction comme il est soumis au péché. Vous mourrez certainement (Gen 2) ; car ce qui est terrestre ne respire que la terre, et l’homme animal ne reçoit point l’esprit de Jésus-Christ. Il ne peut donc vivre en Jésus-Christ que lorsqu’il est mort ; car, étant corruptible, non seulement il est corrompu par ses mauvais désirs ; ainsi il ne peut être animé qu’après qu’il est mort. Il s’aime, il envie ce qui est à autrui ; il est superbe, injuste, voleur, avare, amateur des plaisirs, ennemi des lois, ennemi de Jésus-Christ, de Dieu et des hommes ; il méprise et détruit les droits divins et humains ; ainsi il ne ressuscite point avec Jésus-Christ, s’il n’est auparavant crucifié avec Jésus-Christ. L’apôtre dit en peu de mots : « La chair et le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu, et la corruption ne possédera point l’incorruptibilité (1 Cor 15).

« C’est pourquoi nous sommes ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême en sa mort, afin que le corps du péché soit détruit ; car si nous sommes entés en la résurrection de sa mort, nous lui serons semblables dans la résurrection (Rom 6) ». Mais si nous ne mourons pas avec Jésus-Christ, nous ne vivrons pas avec lui ; il faut que vous mouriez avec Jésus-Christ afin que vous régniez avec lui ; il faut mourir aux péchés et aux désirs de l’ancienne ignorance ou de la malice ; il faut que la chair soit mortifiée par la mortification de Jésus-Christ, avec ses vices et ses concupiscences, afin « de vous dépouiller du vieil homme avec ses actes, et de vous revêtir de l’homme nouveau, qui a été créé dans la justice selon Dieu (Gal 4, Coloss 3, Ephes 4) ».

«2° Nous ne voulons pas être dépouillés, mais être comme revêtus par dessus (2 Cor 5). Nous voulons être revêtus de Jésus-Christ pour trouver une meilleure vie en Jésus-Christ ; pour cela il faut que, mourant au péché, nous vivions pour la justice ; étant mort à vous-même, vous vivrez pour Dieu, afin que vous puissiez dire : Je vis, non pas moi, mais c’est Jésus-Christ qui vit en moi. C’est-à-dire que par la rénovation de la chair et de l’esprit, que par la réformation de la vie ancienne, le nouvel homme, qui n’est pas l’image du vieil Adam, mais de l’homme céleste, se trouve enfin formé en vous ; étant crucifié au monde, il faut qu’il serve Dieu seul et qu’il ne cherche à plaire qu’à lui, que par la mortification de la chair il représente dans son corps la mortification de Jésus-Christ, pratiquant, comme le Sauveur, la pauvreté, la patience, l’humilité, l’obéissance et la charité, l’imitant par la douceur et la charité, par les travaux et les souffrances, par les bonnes œuvres, la pratique des vertus, imitant enfin sa vie ; car comme dit l’apôtre, nous serons sauvés dans sa vie, c’est-à-dire en vivant comme lui (Rom 5).

«Si la vie de Jésus-Christ, la vertu de Jésus-Christ et Jésus-Christ lui-même, qui est la résurrection et la vie, n’habite pas en vous, il ne vous vivifiera pas. « Celui qui demeure en moi, je demeure en lui, et il porte du fruit ; celui qui ne demeure pas en moi sera envoyé dehors, et il brûlera (Jean 15) ». Si vous ne ressuscitez pas spirituellement en Jésus-Christ, vous ne ressusciterez pas corporellement à la vie ; car d’abord il faut commencer par ce qui est spirituel, ensuite ce qui est animal ressuscite ; car ce qui est spirituel ne ressuscite pas par ce qui est corporel, mais au contraire ce qui est corporel ressuscite par ce qui est spirituel.

«Ainsi, vous êtes sottement présomptueux si vous croyez ressusciter tout en ménageant votre chair et en flattant vos sens, vous éloignant de Jésus-Christ, ne lui ressemblant point dans la gloire. Vous ressusciterez, il est vrai, mais sans aucun changement ; vous ne ressusciterez que pour être jugé, parce que vous n’aurez pas détruit le vieil homme, vous ne l’aurez pas fait mourir, vous qui l’aimez éperdument, qui l’entretenez, qui le nourrissez pour votre malheur et votre perte éternelle. Malheureux que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ? C’est la grâce de Jésus-Christ que je vous demande humblement, ô Dieu Père de Jésus-Christ, par le mérite de sa passion et de sa résurrection, afin que, crucifié avec Jésus-Christ, mort au monde et à moi-même, je vive pour vous seul (Rom 7). Vivre à moi-même est une croix, mourir est mon avantage. La glorieuse résurrection de Jésus-Christ nous apprend à espérer une nouvelle vie, à y parvenir et à marcher dans une nouvelle vie.

«IIIème point – Comme Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire de son Père, de même nous devons marcher dans une nouvelle vie (Rom 7). L’apôtre signale quatre qualités des corps glorieux ; c’est à leur ressemblance et à leur image que nous devons former le nouvel homme et réformer le vieil Adam, comme Jésus-Christ nous l’enseigne dans sa résurrection, afin que nous marchions dans une vie nouvelle, comme il le fait lui-même. La première qualité, c’est la subtilité ; le corps confié à la terre est tout animal, il ressuscitera tout spirituel. La seconde qualité, c’est l’agilité ; il est enterré dans son infirmité, il ressuscitera plein de vigueur. La troisième qualité, c’est la clarté ; il est enterré dans un état de difformité, il ressuscitera plein de clarté. La quatrième qualité, c’est l’incorruptibilité ; il est mis en terre dans un état de corruption, il ressuscitera incorruptible.

«1° La chair glorieuse de Jésus-Christ, comme délivrée de tout impur alliage de la matière, égale en subtilité la substance spirituelle ; elle n’est retenue par aucun obstacle, elle entre dans le cénacle les portes étant fermées, elle pénètre même à travers la pierre du sépulcre et s’en va. Il en est de même de celui qui ressuscite avec Jésus-Christ ; il mène avec lui une vie spirituelle, il se dépouille de la lie de la substance terrestre ; son coeur étant libre et les sens purifiés, il applanit toutes les difficultés, aucun empêchement ne lui fait obstacle pour aller d’un pas toujours égal dans la voie de Dieu.

«2° L’agilité du corps, par laquelle Jésus-Christ se trouvait à l’instant où il voulait, signifie le courage de l’âme et la ferveur d’une nouvelle vie qui rend la volonté prompte à honorer Dieu et à accomplir sa volonté. Quand on méprise cette masse terrestre, que l’on chasse la lâcheté, on court comme l’étincelle dans les roseaux, on vole dans les sentiers de la justice, dans l’exercice des vertus, dans l’accomplissement des bonnes œuvres, et l’on tend avec ardeur à la perfection de la sainteté.

«3° La clarté plus brillante que celle du soleil, qui ornait le corps de Jésus-Christ, est une figure de cette lumière divine dont est éclairé et environné l’homme qui a été renouvelé par la grâce et par l’Esprit saint qui vient habiter en lui, il est étonné lui-même de découvrir des mystères cachés, de voir des choses qui lui paraissaient obscures, de comprendre les choses les plus abstraites ; elle signifie encore cet admirable éclat de sainteté qui brille dans toutes les œuvres que fait l’âme régénérée, de manière que tous ceux qui en sont témoins glorifient le Père qui est dans les cieux.

«4° L’incorruptibilité, qui fait que Jésus-Christ une fois mort ne meurt plus, représente cette tranquillité et cette impassibilité qui fait que l’homme, ressuscité par Jésus-Christ, devient ferme et courageux contre le tumulte des passions et les tempêtes du siècle, tellement que tout ce qui arrive à l’homme juste n’est point capable de le contrister : il jouit d’une paix intérieure et d’un repos qui surpasse tout sentiment ; elle montre aussi cette bienheureuse immortalité, principe de l’éternelle félicité, qui fait que, n’étant jamais vaincu par les tentations, le juste soutenu par la grâce persévère jusqu’à la fin. Nous savons que Jésus-Christ ne meurt plus, la mort n’aura plus d’empire sur lui. Pensez aussi que vous êtes morts au péché, et que vous vivez pour Dieu en Jésus-Christ notre Seigneur (Rom 6).

«Cette vie aussi admirable que nouvelle, qui est le fruit de la mort et de la résurrection spirituelle, ne peut être que le résultat d’un exercice continuel, le but et la fin de tous les travaux ; comme elle exprime très bien la glorieuse vie de Jésus-Christ en nous, elle nous méritera au dernier jour la même gloire qu’à Jésus-Christ.

«Jusqu’à présent j’ai négligé cette vie, parce que je craignais de mourir, et, vivant dans les délices, j’étais mort, mais d’une autre mort, de la mort qui fait mourir non le corps, mais l’âme, de cette mort qui perd le corps et l’âme dans l’enfer. Mes ennemis sont vivants, et ils se sont fortifiés ; la chair vit en moi ; le monde, la concupiscence, le péché, règnent dans mon corps mortel. Ressuscitez-moi, Seigneur, et je leur rendrai le mal qu’ils m’ont fait (Ps 40), et mon âme vivra pour vous. Mon Dieu, qui avez daigné donner une grande joie au monde par la résurrection de votre Fils notre Seigneur Jésus-Christ, faites-nous la grâce, nous vous en prions par sa bienheureuse Mère la Vierge Marie, de nous donner la joie de la vie éternelle par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il [Oraison Regina caeli]». (P. Kroust, 1694-1772, S J, Méditations sur les vérités de la foi et de la morale, dimanche de Pâques)

Sur la résurrection du Seigneur

«Comme Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire de son Père, de même nous devons marcher dans une nouvelle vie (Rom 6). Le Seigneur est ressuscité pour la vie de la gloire, afin de nous ressusciter de la mort du péché pour la vie de la grâce. Il a été livré à cause de nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification (Rom 4). Telle fut la résurrection de son corps, telle doit être la conversion de notre âme, afin que notre résurrection spirituelle soit la représentation de la sienne. « Nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ dans le baptême pour mourir au péché, afin que, comme il est ressuscité par la gloire de son Père, nous marchions aussi dans une nouvelle vie ».

«Or, le Seigneur est vraiment ressuscité  il s’est montré et il ne meurt plus ; de même notre conversion doit être sincère, évidente, constante et durable.

«Ier PointLe Seigneur est vraiment ressuscité (Luc 24). C’est en vain que les Juifs font garder le sépulcre, le fortifient et mettent le sceau sur la pierre ; c’est en vain que les pieuses femmes viennent dès le matin pour embaumer le Seigneur, un ange leur crie : Il n’est point là, il est ressuscité ; venez et voyez le lieu où on l’avait mis. Pierre accourt au sépulcre, Jean vient aussi ; ils regardent, ils entrent ; ils croient à peine ce qu’ils voient, tant ils sont étonnés ; ils trouvent des preuves indubitables de la résurrection : la pierre est enlevée, le tombeau est ouvert ; le suaire est d’un côté, les linceuls de l’autre. Pour qu’il y ait des preuves de conversion véritable, il faut que la contrition nous enlève notre cœur de pierre, que la confession des péchés ouvre le sépulcre de l’âme, que le changement de vie détruise et abandonne les liens de l’iniquité ; sans cela il n’y a point de véritable résurrection de l’âme, et le corps, au dernier jour, ne ressuscitera pas pour la gloire, mais pour le jugement.

«1° « Les femmes disaient entre elles : Qui nous enlèvera la pierre de l’entrée du sépulcre ? car elle était grande ; et, en regardant, elles virent qu’elle était enlevée » (Marc 16). Voilà la première preuve qu’elles reçoivent de la résurrection ; c’est aussi la première marque d’une vraie conversion, lorsque la componction enlève le cœur de pierre, c’est-à-dire dur comme la pierre, afin que s’accomplisse ce que le prophète a dit de l’avènement de Jésus-Christ et de la grâce de la nouvelle loi : Je vous enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair (Ezech 36). Si votre cœur est encore dur, s’il n’est point amolli par les larmes de la pénitence, s’il n’est point ému par la douleur de l’âme, par la détestation du péché, s’il n’est point comme arraché et changé par le ferme propos d’une meilleure vie, vous n’êtes pas encore ressuscité avec Jésus-Christ, votre âme n’est point guérie ; car il n’y a en vous aucune marque de résurrection et de vie, mais plutôt de mort, d’endurcissement et de réprobation éternelle.

«Regardez-vous vous-même, considérez-vous, voyez avec quels sentiments de douleur et de componction vous avez reçu les sacrements, ou avec quelles dispositions vous allez les recevoir. Ayez pitié de votre âme qui est percée de tant de blessures, accablée sous le poids des péchés, et qui est ensevelie depuis si longtemps dans les ténèbres et les ombres de la mort. Levez-vous enfin, ressuscitez d’entre les morts, afin que Jésus-Christ vous ressuscite au dernier jour.

«2° Le second signe de la résurrection, c’est le sépulcre ouvert. « Un ange était assis sur la pierre, et dit aux femmes : Venez et voyez le lieu où était déposé le Seigneur (Mat 28). Etant entrées dans le sépulcre, elles ne trouvèrent pas le corps de Jésus (Luc 24) ». Pierre vint aussi avec Jean, qui entra le premier, et l’autre le second ; ils virent et ils crurent que le Seigneur était ressuscité (Jean 20). Voilà la seconde marque de la résurrection spirituelle, lorsque la confession des péchés ouvre le sépulcre de l’âme, de telle manière que tout esprit immonde et tout oiseau nocturne soient mis à découvert sous les yeux du prêtre (Apoc 18). Mais si le pécheur craint d’ouvrir les cachettes les plus profondes de sa mauvaise conscience, s’il néglige de les sonder, si la honte ou un oubli inexcusable lui fait laisser quelque péché mortel, le médecin ne saurait guérir le mal qu’il ignore. Il n’y a donc point de santé pour l’âme, aucune marque de résurrection à la vie, sinon lorsque le sépulcre est ouvert ; autrement il n’y a que pourriture et mauvaise odeur qui s’exhale avec l’odeur de la mort.

«Ce sépulcre, qui est fermé au prêtre, sera ouvert au jour de la résurrection, car nous serons tous manifestés et mis à découvert devant le tribunal de Jésus-Christ (2 Cor 5). Vous aussi vous ressusciterez ; nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous changés (2 Cor 15). Vous ne ressusciterez pas pour la vie immortelle, car la corruption ne possèdera pas l’incorruption ; mais vous ressusciterez, afin que Dieu montre à toutes les nations l’ignominie de votre conduite que vous teniez cachée.

«3° La dernière marque de la résurrection est le suaire et les linges qui étaient abandonnés dans le sépulcre, comme saint Jean assure les avoir vus de ses propres yeux. Saint Pierre les vit aussi en se courbant pour regarder dans le tombeau. Ce signe est convaincant contre le mensonge des gardes qui, s’étant laissés corrompre à prix d’argent, proclamaient que, tandis qu’ils dormaient pendant la nuit, les disciples étaient venus et avaient emporté le corps de Jésus-Christ après s’en être emparés. Des voleurs eussent-ils pris la peine d’arracher les linges et de les laisser ? Voilà donc la marque principale de la conversion, lorsque le pécheur, par un vrai changement de vie, enlève et abandonne les liens qui le tenaient attaché au péché, lorsqu’il quitte et qu’il fuit les mauvaises sociétés, les occasions dangereuses, les mauvaises habitudes, afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts, lui aussi marche dans une nouvelle vie.

«Alors l’ange dira : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant (Luc 24) ? Il est ressuscité, comme il l’a dit ; il n’est pas là, venez et voyez le lieu où on l’avait mis ». Si on ne quitte pas son ancien genre de vie, ses anciennes habitudes, on n’est pas ressuscité ; car on n’a pas quitté les liens de l’impiété, on n’a pas jeté les fardeaux qui écrasaient. « On restera encore sans honneur et sans gloire parmi les morts qui ne ressusciteront pas (Sag 4) ». Si le pécheur ressuscite, il viendra parmi ceux qui ont fait une pénitence tardive et qui disent au-dedans d’eux-mêmes : « Nous nous sommes éloignés de la voie de la vérité, et la lumière de la justice n’a point lui sur nous » (Sag 5).

«IIème Point – Le Seigneur est vraiment ressuscité ; il s’est montré à Pierre (Luc 24). Quelque évidents que fussent les signes de la résurrection dont les femmes et les disciples furent témoins, ils semblèrent cependant aux autres ne dire que des extravagances, et ceux-ci ne crurent pas.

«Mais Jésus-Christ se manifesta bientôt, et il se montra tantôt aux femmes, tantôt aux disciples ; pour leur donner la foi, il mangea avec eux, et, leur montrant son côté, ses mains et ses pieds, il leur disait : « Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi-même ; touchez et voyez : un esprit n’a pas de la chair et des os comme vous voyez que j’en ai (Luc 24) ». De même, si vous êtes véritablement ressuscité avec Jésus-Christ, vous devez montrer au monde les œuvres de votre vie spirituelle, afin de glorifier Dieu selon la mesure de la grâce que vous avez reçue, qu’ainsi vous puissiez édifier le prochain à proportion des scandales que vous avez donnés, et que, selon la mesure de votre faiblesse, vous puissiez vous sanctifier et vous affermir dans le bon propos d’une meilleure vie.

«1° Dieu seul est le créateur du corps et de l’âme dont l’homme est composé ; il exige le culte soit extérieur soit intérieur de l’un et de l’autre. Si Jésus-Christ dit à tous ses disciples : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, de telle manière qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux (Mat 15)», à combien plus forte raison le pécheur qui a déshonoré son Père en se livrant aux ordures et aux immondices du péché, et qui en a obtenu le pardon, ne doit-il pas, pour une si grande grâce, réparer la gloire de son Père et l’augmenter par une abondance de bonnes œuvres proportionnées à la multitude de ses fautes ! Quoique Dieu ait remis la coulpe et la peine éternelle, il exige cependant une peine et une satisfaction temporelle et une réparation publique de sa gloire, comme il en a le droit. Le crime du roi prophète, qui était d’abord secret, fut bientôt connu par des preuves certaines ; c’est pourquoi Nathan lui dit lorsqu’il le vit faire pénitence : « Le Seigneur vous a remis votre péché ; mais parce que vous avez fait blasphémer les ennemis de Dieu, je vous susciterai bien des maux, le glaive ne sortira jamais de votre maison (2 Rois 12) ».

«Choisissez, ou d’éprouver la vengeance céleste, ou de laver par des œuvres satisfactoires les restes de vos péchés. Si vous rougissez de paraître chrétien devant les hommes et de suivre Jésus-Christ crucifié en mortifiant votre chair avec ses vices et ses convoitises, ne faites-vous pas à Dieu une nouvelle injure ? et le Fils de Dieu, lorsqu’il viendra, ne rougira-t-il pas de vous ?

«2° L’apôtre exhorte saint Tite à se montrer en toute occasion comme un exemple de bonnes œuvres. Ceci convient à tous les fidèles, puisque sans les œuvres notre foi est morte ; mais cette obligation regarde surtout les pécheurs convertis qui, ayant scandalisé beaucoup de personnes dans l’observance des commandements, doivent édifier l’Eglise de Dieu et briller par l’éclat de leur piété autant qu’ils ont nui au prochain par leurs mœurs dépravées. Chacun est tenu de réparer le tort temporel qu’il a fait s’il veut obtenir le pardon de ses péchés ; n’est-il donc pas tenu de réparer le scandale qu’il a donné et la ruine spirituelle qu’il a causée au prochain ?

«L’obligation est d’autant plus grande et plus grave que les exemples d’une vie pénitente frappent davantage les hommes pervers et les excitent à revenir au bien plus que la vie innocente elle-même ; car celui qui a toujours mené une vie sobre et sans tache frappe moins les yeux et ne fait rien qui surprenne. Mais la conversion remarquable d’un grand pécheur est regardée comme un prodige ; elle montre la grandeur de la miséricorde de Dieu ; elle inspire l’espérance et le courage, tellement que ceux qui ont suivi le pécheur dans son égarement l’imitent dans sa pénitence. Quoi ! disait saint Augustin, tu ne pourras pas ce que peuvent celui-ci ou celui-là ? « C’est pourquoi il y aura une plus grande joie dans le ciel au sujet d’un seul pécheur qui fait pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de pénitence (Luc 15) ».

«3° Mais ne continuez pas à vous livrer au péché pour rendre ensuite votre pénitence plus exemplaire et plus frappante, car la voie de l’homme n’est pas en son pouvoir (Jér 10), et le pécheur se ramasse un trésor de colère qui viendra subitement. Entendez plutôt ce que dit le Saint Esprit : « Que celui qui est juste se justifie encore (Apoc 22). Avez-vous péché ? n’ajoutez pas à vos fautes, et priez afin qu’on vous pardonne (Eccl. 21) ». Après avoir reçu la grâce de l’adoption des enfants, efforcez-vous de plus en plus par vos bonnes œuvres de rendre votre vocation et votre élection certaine. Celui qui relève à peine d’une grave maladie doit, selon les prescriptions du médecin, vivre sobrement, ne point manger indifféremment toute espèce d’aliments qui chargeraient son estomac, jusqu’à ce qu’il ait récupéré ses forces et raffermi sa santé. S’il n’observe pas ces précautions, il ne se rétablira pas ; au contraire, il tombera dans une maladie plus grave et aura peine à échapper à la mort. Ainsi celui qui n’est pas relevé depuis longtemps de la mort du péché doit prendre ses précautions, marcher avec prudence, affermir son cœur par la grâce, conserver la vie de son âme par des bonnes œuvres, et ne rien négliger pour se fortifier ; car le Seigneur n’est pas seulement ressuscité, il s’est véritablement montré ; il ne meurt plus, la mort n’aura plus d’empire sur lui.

«IIIème PointJésus-Christ, ressuscité d’entre les morts, ne meurt plus, la mort n’a plus d’empire sur lui (Rom 6). Voilà ce qu’à l’imitation de la résurrection du Sauveur, l’apôtre nous propose ; de même qu’il est mort une seule fois pour nos péchés, et qu’une fois ressuscité il vit éternellement, ainsi nous, lorsque nous avons été ressuscités par la grâce, nous ne devons plus servir au péché pour mourir encore, mais nous devons vivre pour Dieu dans la justice ; « car il est mort pour le péché, mais il n’est mort qu’une fois, dit-il ; maintenant qu’il est vivant, il vit pour Dieu. « Pensez de même que vous êtes aussi morts au péché et que vous vivez pour Dieu en Jésus-Christ notre Sauveur » (Rom 6). Par ces paroles il nous recommande deux choses qu’il est également nécessaire de pratiquer : d’une part, un divorce éternel avec le péché ; de l’autre, une union perpétuelle de vie avec Jésus-Christ.

«1° A Dieu ne plaise que nous imitions ceux qui pleurent le mal qu’ils ont fait, et qui commettent de nouveau le péché pour le pleurer encore ; car Jésus-Christ est mort une fois pour nos péchés (1 Pierre 5), et il est ressuscité, non afin que, présumant de la miséricorde de Dieu, nous multiplions nos péchés, mais afin qu’étant morts au péché, nous vivions pour la justice. Mais celui qui est mort au péché n’y renonce pas pour quelques instants, il fait avec lui un divorce éternel ; il n’a avec lui aucune société, aucune familiarité ; il abandonne entièrement toute vanité et s’en éloigne pour toujours. Il ne fait plus servir ses membres à commettre le mal, mais il a soin de les retenir dans la mortification ; il n’ouvre point ses sens aux amorces du péché, mais il les tient fermés avec précaution. Il n’entretient point et ne nourrit point la concupiscence, il ne cherche pas des instruments ou des moyens pour commettre le péché, mais il demeure inébranlable et imperturbable, car il est mort au péché. Quels rapports, quelle familiarité y a-t-il entre un mort et ce siècle dépravé où règne le péché ? Celui qui est mort au péché est mort également au monde, il lui est crucifié ; car il l’a répudié et il en est répudié. De même que Jésus-Christ, après sa mort et sa résurrection, se montra, non à tout le peuple, mais aux témoins que Dieu avait choisis (Act 10), de même ce chrétien ne se montre pas au monde, mais sa conversation est avec les justes et les saints.

«Avouez que vous n’êtes pas encore mort au péché ; si vous étiez mort, vous vous soutiendriez et vous ne feriez pas des rechutes ; car, si nous sommes morts au péché, dit saint Paul, comment vivrions-nous encore en lui (Rom 6) ? Fortifiez-vous enfin et affermissez-vous. Combattez pour votre âme et luttez jusqu’à la mort pour la justice, et Dieu exterminera vos ennemis en votre faveur (Eccl. 4). Mais vous craignez de mourir au péché et de mourir au monde, et vous n’osez faire avec l’un et l’autre un divorce public. Pourquoi craignez-vous, sinon parce que ce divorce oblige à la persévérance ? Liez-vous donc d’abord, afin que vous persévériez ensuite dans la grâce et l’amitié de Dieu.

«2° « Si, fuyant les souillures du monde, nous ne voulons pas de nouveau y être plongés, il faut que, mourant au péché, nous vivions pour Dieu et pour la justice en Jésus-Christ » ; c’est-à-dire que nous fassions avec Jésus-Christ une continuelle et sainte société de vie, qu’on appelle vie chrétienne. Elle consiste dans la pratique des vertus et dans une abondance de bonnes œuvres qui sont de dignes fruits de pénitence ; elle consiste dans la foi qui opère par la charité (Gal 5), dans l’espérance qui ne peut être confondue, dans l’esprit d’humilité et de douceur, dans le soin de châtier la chair et de pratiquer la continence, dans la douceur, la patience, la longanimité, la miséricorde, et la prière non interrompue qui élève l’âme à Dieu et obtient le secours pour vivre comme il faut. Mais rien ne conduit plus sûrement à la persévérance que le fréquent usage des sacrements, qui purifient l’âme, la nourrissent, la soutiennent, la fortifient.

«Telle a été la vie des saints qui, étant ressuscités par la grâce et entés en Jésus-Christ  par la ressemblance de sa mort et de sa vie, trouvèrent une excellente résurrection (Rom 6) ; étant morts au péché, ils vivaient non pour eux-mêmes, mais pour Dieu. C’est pourquoi l’apôtre saint Paul disait ; Notre conversation est dans les cieux, d’où nous attendons notre Sauveur. Si vous êtes ressuscités avec Jésus-Christ, cherchez ce qui est au-dessus de vous, désirez ce qui est en haut (Phil 3 et Col 3). L’apôtre saint Pierre disait : « Dieu a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts, afin que votre foi et que votre espérance fut placée en Dieu. Si vous vous conduisez ainsi, vous ne pècherez jamais, et l’on vous préparera une entrée magnifique dans le royaume éternel » (1 Pierre 1 et 2 Pierre 1) ». (P. Kroust, S J, Méditations sur les vérités de la foi et de la morale, lundi de Pâques, Sur la résurrection du Seigneur)

Jésus apparaît à ses disciples et leur donne la paix

« Jésus vint et, se tenant au milieu d’eux, il leur dit : La paix soit avec vous (Jean 20) ». Le Sauveur, dans la même apparition, donne à ses apôtres une double paix : l’une pour eux-mêmes, l’autre pour ceux qui croiront en lui et qui feront pénitence ; car il leur dit une seconde fois : La paix soit avec vous ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. Paix donc à vous qui, étant vraiment contrits et vous étant bien confessés, avez reçu dignement les sacrements en remplissant le devoir pascal. Mais il n’y a pas de paix pour les impies (Is 48) qui ne font pas la pâque ; il n’y en a pas pour les hypocrites qui la font d’une manière mensongère et frauduleuse ; car la paix de Jésus-Christ, la paix intérieure ne peut pas exister si l’âme n’est pas tranquille, libre et en sureté ; elle ne peut jouir de ces biens à moins que la conscience ne soit en paix, que la concupiscence ne soit vaincue et la justice de Dieu apaisée. Mais celui qui est ressuscité avec Jésus-Christ par la pénitence et qui a calmé sa conscience, celui-là jouit de la tranquillité ; il a écrasé la concupiscence, il a la liberté d’esprit, il a apaisé la justice de Dieu, il a la sécurité.

Ier Point – Le prophète avoue qu’il était singulièrement frappé de voir la paix dont jouissaient les pécheurs, jusqu’à ce qu’entrant dans le sanctuaire de Dieu et voyant leur fin, il comprit que leur paix était trompeuse, pleine de désolation et digne d’exécration (Ps 72). C’est pourquoi ils avouent eux-mêmes, dans Jérémie, qu’ils ont attendu la paix et que le trouble est arrivé (Jér 14) ; ils portent dans leur cœur la source de leur trouble, la conscience qui est le témoin, le juge et le vengeur de leurs crimes. La conscience effrayée est donc dans l’âme comme un tribunal dont le témoignage irréfragable accuse le pécheur, et dont le supplice, auquel il ne peut se soustraire, le tourmente et le déchire.

Comme la méchanceté est timide, elle rend témoignage (Sag 17). C’est un témoignage par lequel le pécheur est appelé à un tribunal intérieur pour y être accusé ; il ne peut ni résister, ni récuser, ni fuir, ni réfuter le témoin, qui est intimement lié à lui, et qui a vu de ses yeux non seulement l’action, mais l’intention et toutes les circonstances ; il les a vues, il les reproche. La conscience, qui a reçu une grave blessure, est le témoin qui crie, et qui montre combien est large, combien est profonde la blessure ; la conscience est le témoin qui avait averti et réclamé, qui montre la loi écrite dans le cœur pour exclure toute erreur et tout prétexte d’ignorance ; la conscience est le témoin dont le pécheur ne peut supporter les cris, les corrections, les craintes et les angoisses : c’est pourquoi il voudrait l’aveugler ou lui imposer silence, et se délivrer de la crainte qui le poursuit. Mais on n’efface jamais entièrement cette règle des mœurs, qui est née avec nous, tant qu’il reste quelque sentiment dans l’homme ; on ne peut jamais éteindre entièrement la lumière de la droite raison, qui est gravée au-dedans de nous, tant que l’usage de la raison n’est pas enlevé. L’impie fuit, quoique personne ne le poursuive (Prov 28) ; il fuit les hommes de bien, les livres de piété, les assemblées saintes ; il se fuit lui-même, se répand et se dissipe, autant qu’il le peut, à l’extérieur : la fuite montre la frayeur, la frayeur montre la faute et la voix qui crie qui le poursuit.

La malice étant timide rend un témoignage de condamnation ; c’est-à-dire, comme le pécheur est convaincu par son propre témoignage, qui est le témoignage de sa conscience, de même il est condamné par son propre jugement, qui est le jugement de la conscience, et qui ne peut être réformé ; car, quoique le prêtre puisse absoudre le coupable pénitent et corrigé, cependant il ne peut pas le déclarer innocent, ni invalider la première sentence de condamnation : il reste toujours constant qu’il a été condamné justement, puisque tout ce qui ne se fait pas selon la foi, comme dit l’apôtre, c’est-à-dire tout ce qui est fait contre le cri de la conscience, est péché (Rom 14). Ce qui prouve combien est grave et pénible cette sentence de condamnation, c’est que le pécheur, l’impie même, fait tous ses efforts pour séduire sa conscience, pour corrompre son jugement, qui précède et dirige l’action ; il voudrait se former une conscience fausse, erronée, flétrie ; mais ce qui peut se faire dans un cas douteux ne peut plus se soutenir dans ce qui est évident, parce que la main du Créateur a gravé dans nos cœurs cette sentence, dit saint Augustin : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse. L’impie lui-même reprend ceux qui lui nuisent et qui s’opposent à ses desseins ; mais en jugeant les autres vous vous condamnez vous-même, car vous faites ce que vous jugez et ce que vous condamnez (Rom 2). Lorsque vous craignez d’entendre votre conscience, cette crainte est déjà un témoignage de condamnation.

3° « L’iniquité étant timide rend un témoignage de condamnation, car la conscience troublée est cruelle ; elle prévient toujours (Sag 17) » ; elle est donnée aux pécheurs comme témoin, comme juge, comme vengeur de l’iniquité, afin qu’ils se repentent enfin et se convertissent. Ainsi ceux que la conscience condamne, elle les tourmente, elle les mord, les brûle, les déchire, et le pécheur ne peut échapper à cette vengeance qui s’attache à sa poitrine et à son cœur. Que d’efforts ne fait pas l’impie pour s’arracher à un semblable tourment ? Qui pourrait retenir son indignation lorsqu’on le voit répandre de tous côtés les rêveries de son délire ? Tantôt il blasphème la loi divine et voudrait détruire toute la règle des mœurs ; tantôt il renie son âme, quelquefois même l’existence de Dieu ; d’autres fois il attaque la providence et la justice ; mais il voit la loi de Dieu écrite dans son cœur ; il sent que Dieu est intimement présent, qu’il est le vengeur de ses crimes ; tout ce qu’il dit dans son délire montre la crainte et le trouble de son esprit et les angoisses dont son âme est saisie, car sa conscience, comme une cruelle, le prévient toujours lorsqu’elle est troublée.

Laissons raconter au roi Antiochus ce que c’est que le ver rongeur et le remords de la conscience, que l’Écriture compare aux supplices de l’enfer : « Dans quelle tribulation je me trouve ! dans quels flots de tristesse je suis tombé ! Je me souviens maintenant de tous les maux que j’ai faits à Jérusalem (Mach 6) ». Laissons parler le premier des fratricides : « Mon iniquité est trop grande pour que je mérite le pardon, quiconque me trouvera me tuera (Gen 4) ». La conscience cruelle prévient toujours lorsqu’elle est troublée.

« Pour vous, mes frères, qui avez été réconciliés avec Dieu par la grâce et par la pénitence, prenez garde, conservez la paix et faites votre affaire ; persévérez dans l’état de grâce que le Seigneur vous a accordé, et dont vous avez entendu la voix avec joie ; car c’est lui qui a dit : Venez à moi, vous tous qui êtes chargés et fatigués, et je vous soulagerai ; prenez mon joug, et vous trouverez le repos de vos âmes (1 Thess 4 et Mat 11) ».

IIème Point – Lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez dans une fausse liberté à l’égard de la justice (Rom 6). Il ne faut pas chercher cette paix que l’on acquiert aux dépens de la justice. La paix de Jésus-Christ n’est pas la même que celle du monde : Je vous donne ma paix, dit le Sauveur, non une paix comme celle du monde (Jean 14). Il n’y a pas de paix dans le monde, excepté pour ceux que le monde a réduits en servitude par le péché et sa concupiscence ; il n’y a pas de paix en Jésus-Christ, sinon en faveur de ceux à qui le Sauveur a rendu la liberté après que le péché a été détruit par les larmes de la pénitence et que la concupiscence a été vaincue par un ferme propos d’amendement. Tenez-vous donc avec fermeté dans le Seigneur, et conservez votre bon propos, afin que la concupiscence ne vous mette pas de nouveau dans une servitude honteuse qui dépouille l’âme des dons de la grâce, dans une servitude laborieuse qui lie l’âme par des chaînes lourdes, dans une servitude pernicieuse qui met l’âme sous la dépendance éternelle du démon.

1° Chacun est tenté, dit saint Jacques, par sa propre concupiscence qui l’attire au mal ; lorsque la concupiscence a conçu, elle engendre le péché (Jac 1) : monstre odieux et d’autant plus flétrissant qu’étant né du concours de l’esprit et de la chair après que la concupiscence a soumis l’esprit à la chair, elle le rend comme elle-même rebelle à Dieu, et renverse aussi l’ordre de la droite raison et de l’honnêteté ; d’où il résulte que l’homme devient semblable aux animaux sans raison auxquels il se compare (Ps 48). Mais ce qu’il y a de plus honteux et d’exécrable, c’est que la concupiscence répand et imprime dans l’âme la marque de l’infamie et la livre au démon pour être son esclave et sa proie : car celui qui est vaincu devient l’esclave du vainqueur (2 Pierre 2). Les démons ont vaincu l’âme du pécheur par la concupiscence et le péché ; ils la tiennent en captivité, la dépouillent de tout. Après avoir enlevé ses vêtements de gloire, sa vie surnaturelle, la grâce sanctifiante, les dons du Saint-Esprit, les mérites de ses bonnes œuvres et même la faculté de pouvoir mériter, ils la montrent aux yeux de Dieu et des saints anges souillée d’une plaie horrible, nue et pleine d’ignominie.

Ô pécheur, si tu pouvais avec tes yeux voir ton âme, tes membres sans doute seraient raidis et glacés d’horreur ; elle qui était l’image de Dieu, l’épouse de Jésus-Christ, couronnée de gloire et d’honneur, devenue semblable à Lucifer, n’a plus droit de commander, mais elle obéit aux démons. C’est dans cette servitude honteuse que vous persévérez, dans cette servitude ruineuse et funeste qui charge votre âme de liens énormément lourds.

2° Car les démons, pour affermir et consommer leur victoire, ne prennent point de repos et n’en laissent pas prendre ; ils dressent toujours de nouvelles batteries, ils préparent de nouveaux aiguillons, ils ménagent de nouvelles occasions : c’est ce qui arriva à Pierre après sa chute. Ainsi ils enflamment de plus en plus la concupiscence, peu à peu ils échauffent la chair, le sang, et finissent par embraser l’homme en entier. Alors, si l’on ne résiste pas à la nature perverse, la passion se joint à la concupiscence ; et si l’on ne résiste pas à la passion, bientôt l’habitude, qui est comme une seconde nature, s’implante dans l’âme ; les vices enfantent et nourrissent les vices : la gourmandise, la luxure ; l’orgueil, la colère ; l’avarice, la dureté de cœur et le manque de charité. Le pécheur alors n’est plus maître de lui-même ;  il est entraîné comme un homme ivre, traîné par la passion, traîné par l’habitude, traîné par les vices et la concupiscence, non par des liens de fer, mais par sa volonté dépravée qui est plus dure que le fer.

Ô servitude malheureuse, qui tourmente et qui fait plaisir ! elle garrotte, elle attache. Le pécheur la verra, et il se mettra en colère ; il verra la ruine de sa maison, l’affaiblissement de sa santé, la perte de sa fortune et de sa famille ; le joueur maudit le jeu, l’ivrogne le vin, l’impudique le vice honteux, il promettra tout à Dieu et ne tiendra pas sa promesse ; il sera entraîné encore par son plaisir ; il est conduit, non par une chaîne de fer, mais par sa volonté dépravée plus dure que le fer, qui l’entraîne et le jette au plus profond de l’abîme. Ô cruelle servitude, qui attache par de si durs liens ! ô pernicieuse servitude, qui rend le pécheur esclave du démon pour toujours !

Car, lorsque le pécheur est arrivé au plus profond abîme du péché, il en fait peu de cas (Prov 18), parce qu’ayant voulu essayer ses forces contre un ennemi plus fort que lui, et ayant été vaincu dans des choses moins difficiles, il ne croit pas pouvoir l’emporter dans ce qui l’est davantage ; ainsi il ne fait plus rien pour recouvrer sa liberté et devient l’émule de ceux qui, au témoignage de l’apôtre, en suivant « dans leur conduite la vanité de leurs sens et de leurs pensées, ont l’esprit plein de ténèbres, et qui, n’ayant point d’espérance, se plongent avec une ardeur insatiable dans toutes sortes de choses immondes et impures (Eph 4). L’homme impie se roidit insolemment (Prov 21) » ; celui qui ose le reprendre reprend un railleur et se prépare quelque outrage, car il méprise tous les conseils de la sagesse. Semblable à un insensé agité par la rage et la fureur, il méprise ses parents, ses proches, ses supérieurs, ses amis, et sur ses vieux jours il ne quittera pas sa mauvaise voie, il mourra dans son impiété. Malheur à vous, impies, qui avez abandonné la loi du Très haut ! lorsque vous serez morts, votre partage sera la malédiction (Eccl 41). Telle est la liberté dont les pécheurs se vantent, c’est une servitude pernicieuse qui conduit à l’enfer.

« Rendez grâces à Dieu, mes frères, de ce qu’étant délivrés du péché, vous êtes devenus les esclaves de la justice, et que, délivrés de la servitude, vous avez été appelés à la liberté des enfants de Dieu. Mais que chacun reste bien dans sa vocation, et que, comme il s’est servi de ses membres pour l’impureté et l’iniquité, il les fasse servir maintenant à la justice et à la sanctification (Rom 6 et 1 Cor 7) ».

IIIème Point – La miséricorde et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont embrassées (Ps 84). Lorsque le pécheur a condamné ses erreurs par la pénitence et qu’il est rentré dans la voie des commandements qu’il avait quittée, alors la miséricorde et la vérité vont au-devant de lui, la justice et la paix s’embrassent. Il n’y a point de paix pour les impies qui ne font pas pénitence, parce que cette paix n’est pas vraie, mais vaine, trompeuse ; elle n’est point unie à la sécurité, ni exempte de la crainte des ennemis et de l’invasion des méchants. Le juste seul est dans un état de sécurité ; mais elle est nulle et fausse la sécurité de ceux qui présument de la miséricorde de Dieu, négligent d’apaiser sa justice et méprisent ainsi l’une et l’autre. Qui a résisté à Dieu et a pu conserver la paix (Job 9) ? La justice l’effraie, la miséricorde l’effraie.

1° « La justice effraie par ses menaces et ses supplices ; si vous ne vous convertissez, il tirera son glaive, il bandera son arc ; déjà il est prêt, il plongera ses flèches dans des vases pleins d’un poison mortel, il fera pleuvoir ses traits sur les pécheurs ; le feu, le soufre, les tempêtes terribles seront leur partage (Ps 7 et 8) ; ils sont sous le poids d’un jugement horrible qui les attend, des ardeurs du feu, du supplice de l’enfer, d’un tourment sans fin. Qui d’entre vous pourra supporter les ardeurs éternelles (Is 33) ? »

Qui ne serait effrayé de tant de maux ? Mais l’insensé a dit dans son cœur : « Dieu n’est pas (Ps 13) ; nous sommes sortis du néant, et bientôt nous serons comme si nous n’avions jamais été (Sag 2) ». Cependant il cherche en vain à se délivrer des terreurs secrètes de son esprit. Qui a tenu ce langage, sinon le cœur dépravé de l’insensé, aveuglé et troublé par la terreur, qui cherche le repos et ne le trouve pas ? Mais ce n’est pas la sagesse de Dieu qui parle ainsi, elle qui n’est pas restée sans pouvoir se rendre témoignage et qui se fait connaître par ses œuvres ; la justice de Dieu ne dit pas cela, elle qui rendra, non pas toujours dans cette vie, mais dans l’autre, à chacun selon ses œuvres ; la conscience ne le dit pas, car, comme l’iniquité est timide, elle rend un témoignage de condamnation : « c’est pourquoi il y a tribulation et angoisse dans toute âme qui fait le mal (Rom 2) ». Quand même les tourments de l’enfer seraient douteux, ce doute même enlèverait toute sécurité. « Mais parce que les impies ont tout mêlé, le vol, l’homicide, la corruption, l’infidélité, le parjure (Sag 14) », ils appellent tant et de si grands maux la paix. « Mais quand ils diront : Paix et tranquillité, tout d’un coup arrivera leur fin (1 Thess 5).

2° Ne dites pas : La miséricorde de dieu est grande, il aura pitié de la multitude de mes péchés (Eccl 5). La miséricorde appelle à la pénitence en avertissant, en menaçant, en effrayant ; elle n’entretient pas la sécurité et la présomption du pécheur impénitent ; celui qu’elle ne touche pas ou qu’elle n’effraie pas est déjà abandonné. Elle est sans mesure, il est vrai, mais elle a donné une mesure au pécheur, afin qu’il ne vienne pas à tomber dans la présomption et à pécher sans mesure : c’est pourquoi elle ne le convertira pas après trois ou quatre crimes (Amos 1). Vous aussi, dit le Seigneur, remplissez la mesure de vos pères. « Vous croyez, ô homme, que vous échapperez au jugement de Dieu ? Ignorez-vous que sa bonté vous appelle à la pénitence ? Mais, selon votre cœur endurci et impénitent, vous vous préparez un trésor de colère pour le jour de la vengeance (Mat 23 et Rom 2) ».

Heureux ceux à qui les péchés sont pardonnés et dont les iniquités sont cachées (Ps 31) ; paix et miséricorde à ces hommes. Heureux ceux qui demeureront en cet état, car il y a une grande paix pour ceux qui chérissent votre loi ; il n’y a point pour eux de danger et de crainte, ils dormiront et ils reposeront en paix en vous, ô mon Dieu ! (P. Kroust, S J, Méditations sur les vérités de la foi et de la morale, mardi de Pâques)

Se faire violence

Matthieu 11, 12 : «Or, depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux souffre violence, et ce sont des violents qui le ravissent».

Seuls ceux qui se font violence s’emparent du royaume des cieux. Les autres sont perdus.

Luc 9, 23-24 : Il disait encore à tous : «Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, et porte sa croix chaque jour, et me suive. Car celui qui voudra sauver son âme la perdra ; et qui perdra son âme à cause de moi, la sauvera».

Ceux qui se font violence sont ceux qui se renoncent. Seuls ceux qui renoncent à eux-mêmes peuvent suivre Jésus-Christ. Se renoncer par la connaissance de soi, c’est-à-dire en apprenant que l’on est rien par soi-même ; et la connaissance Dieu, c’est-à-dire qu’on est dépendant de Dieu pour tout.

Matthieu 5, 3 : «Bienheureux les pauvres d’esprit, parce qu’à eux appartient le royaume des cieux».

La pauvreté d’esprit est la première de toutes les béatitudes de Matthieu 5, parce qu’elle est le fondement des autres et sans laquelle personne ne monte dans les autres.

Il y a une histoire vraie d’un homme coincé plusieurs jours dans une faille rocheuse du désert américain par un énorme rocher bloquant son bras (dont fut tiré un film : 127 heures). Soit il trouvait un moyen efficace pour se tirer d’affaire, soit il mourait en quelques jours. La seule solution qu’il a trouvé pour s’en tirer est de s’être coupé lui-même le bras bloqué sous des tonnes de rocher.

Cette histoire vraie est une image pour la vie chrétienne : Pour ne pas rester dans le trou éternel, il faut s’arracher à sa nature pécheresse par la grâce de Dieu.

C’est exactement ce qu’enseigne le Christ Jésus. Il ne s’agit évidement pas de se mutiler soi-même le corps en sacrifice, mais de mutiler les mauvais penchants de son cœur, de cesser le péché et de fuir les occasions de péché pour pouvoir suivre le même chemin que Jésus. Sinon, il n’y aura point de salut.

Matthieu 5, 29-30 : «Que si ton œil droit te scandalise, arrache-le et jette-le loin de toi ; car il vaut mieux pour toi qu’un de tes membres périsse, que si tout ton corps était jeté dans la géhenne [l’enfer]. Et si ta main droite te scandalise, coupe-la et jette-la loin de toi ; car il vaut mieux pour toi qu’un de tes membres périsse, que si tout ton corps était jeté dans la géhenne [l’enfer]».

C’est cette voie étroite dont parle Jésus.

Matthieu 7, 13-14 : «Entrez par la porte étroite ; parce que large est la porte et spacieuse la voie qui conduit à la perdition ; et nombreux sont ceux qui entrent par elle. Combien est étroite la porte et resserrée la voie qui conduit à la vie, et qu’il en est peu qui la trouvent !»

Luc 13, 24 : «Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ; car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer, et ne le pourront pas».

Pourquoi cela ? Parce que peu se font violence pour se renoncer, suivre Jésus et devenir pauvre d’esprit.

I Corinthiens 9, 24 : «Ne savez vous pas que ceux qui courent dans la lice [stade] courent tous ; mais qu’un seul remporte le prix ? Courez donc de telle sorte que vous le remportiez».

Saint Clément de Rome, père de l’Église, Hom. VII : «Il existe deux voies. Celle de ceux qui périssent est large et plane, on s’y perd sans fatigue ; celle des sauvés est étroite et âpre, elle mène au salut avec beaucoup de labeur».

Saint Justin Martyr, père de l’Église, Apud Damascenum, Lib. II Paralip, cap. LXXXVII : «L’esprit qui s’est attaché aux choses terrestres ne s’en dégagera qu’avec peine ; il sera très difficile de l’arracher à ce à quoi il s’était habitué».

Saint Irénée, père de l’Église, Contre les Hérésies, C. XXXVI : «II en est aujourd’hui comme sous l’Ancien Testament : Dieu ne se plait pas dans le grand nombre : beaucoup d’appelés, peu d’élus».

Saint Clément d’Alexandrie, père de l’Église, Stromate, Livre V, ch. 5 : «[Sur la parabole des deux voies] L’une est étroite parce qu’elle est resserrée par des commandements et des prohibitions ; l’autre est large et spacieuse parce qu’on y donne libre carrière aux voluptés et à la colère».

Saint Hilaire de Poitiers, père de l’Église, Enar. In Psal. LXIV : «Toute chair viendra au jugement : mais bienheureux qui sera élu. Car suivant l’Évangile, beaucoup d’appelés, peu d’élus».

Saints Basile de Césarée et Basile le Grand, pères de l’église, Serm. De Ren. Saeculi. : « Range-toi du petit nombre. Le bien est rare : il y en a peu qui entrent au royaume des cieux. Prends garde de croire que tous ceux qui habitent une cellule [de moine] seront sauvés, quelle que soit leur vie, bonne ou mauvaise».

Saint Grégoire de Nazianze, père de l’Église, Orat. XLII ad 150 Ep. : «Il appelle ceux qui se perdent une « poussière infinie » ».

Saint Grégoire de Nazianze, Cinq Discours sur Dieu, 1er discours, § 8 : «Mais quand tu entends dire qu’il n’y a qu’une seule voie et qu’elle est étroite, que signifient ces mots, à ton avis ? – Il n’y a qu’une voie, du point de vue de la vertu ; elle est unique, même si elle se divise en plusieurs branches ; elle est étroite à cause des sueurs qu’elle fait répandre et parce que peu de gens la suivent, si on les compare avec la foule de ceux qui suivent la voie opposée, celle du mal. C’est aussi mon avis».

Saint Ambroise de Milan, père de l’Église, In Apol. pro Davide, c. IX : « »Qui habitera, Seigneur, en votre tabernacle, ou qui se reposera sur votre sainte montagne ? » [psaume], il répond : « Non pas personne, mais peu de personnes, non utique nullus, sed rarus »

Saint Jean Chrysostome, père de l’Église, Hom. XXIV in act. Apost. : «Combien pensez-vous qu’il y ait de sauvés dans votre ville ? Ce que je vais dire est pénible, je le dirai néanmoins. Parmi tant de milliers de personnes, il n’y a pas cent qui arriveront au salut ; et encore ne suis-je pas sur de ce nombre. Tant il y a de perversité dans la jeunesse, de négligence dans la vieillesse».

Saint Augustin, père de l’Église, Serm. CVI, alias de verbis Domini, XXXII  : «Assurément ceux qui se sauvent sont le petit nombre. Vous vous rappelez la question tirée du saint Évangile : « Seigneur, sont-ils en petit nombre ceux qui se sauvent ? » Que répond le Seigneur ? Il ne dit pas détrompez-vous beaucoup sont sauvés. Non, il ne dit pas cela. Et quoi donc ? Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Et parlant ainsi il confirme ce qu’il vient d’entendre. Il y en a peu qui entrent par la porte étroite. Ailleurs il dit : « Étroite est la porte et resserrée la voie qui conduit à la vie, et il y en a peu qui la trouvent ». A quoi bon nous réjouir au sujet des multitudes ? Écoutez-moi, vous qui êtes le petit nombre, vous êtes beaucoup à m’écouter mais peu à m’obéir. Je vois l’aire, je cherche les grains de froment. À peine voit-on les grains quand l’aire est battue ; mais la paille sera vannée. Il y en a donc peu qui se sauvent en comparaison de beaucoup qui périssent».

Pape Saint Léon le Grand, père de l’Église, Ser. XLIX. c. 2 : «Alors que la voie large menant à la mort est fréquentée par des foules nombreuses, dans les sentiers du salut on ne voit que les rares vestiges du petit nombre de ceux qui y entrent».

Pape Saint Grégoire le Grand, père de l’Église, Hom. XIX, in Evang. § 5 : «Vous êtes réunis ici en grand nombre pour cette solennité ; vous remplissez l’enceinte de cette église : qui sait en quel petit nombre se trouvent parmi vous les élus de Dieu ? »

Saint Anselme, docteur de l’Église, Epist. II, libri I :  «Que parmi beaucoup d’appelés, il y ait peu d’élus, nous en sommes certains, puisque la Vérité le dit ; mais combien peu il y en a, nous en sommes incertains, la Vérité ne le disant pas. C’est pourquoi quiconque ne vit pas comme le petit nombre, qu’il se corrige et se range du côté du petit nombre ; autrement qu’il se tienne assuré de sa réprobation. Quant à celui qui est avec le petit nombre, qu’il ne se tienne pas encore assuré de son élection pour cela».

Saint Vincent Ferrier, Serm. IV, Edit. Anver. (p. 318) : «Oui, il y en a peu qui la trouvent, moins encore qui y demeurent, très peu qui le suivent jusqu’au bout».

Saint Bruno : L’abbé et évêque du Mont Cassin dit les choses suivantes dans son Commentaire sur saint Matthieu P. 2 C. 7 : «Si quelqu’un dit : cette route est étroite, ces commandements sont d’observation très difficiles, il le soumet en disant : « Efforcez-vous d’entrer… » et la voie, dit-il, est resserrée et la porte étroite ; c’est pourquoi elle est trouvée par un petit nombre d’hommes : cependant c’est cette voie et cette porte par laquelle on parvient à la vie éternelle. « Peu sont ceux qui se sauvent, en comparaison de ceux qui se damnent ». D’où le Seigneur dit ailleurs : « Beaucoup sont appelés, peu sont élus ». Ce chemin et cette porte qui conduisent à la perdition est très ouvert et très large et pour cela beaucoup d’hommes s’y engagent. Jeûner, veiller, s’abstenir des désirs de la chair et de toutes les voluptés, ne pas accomplir sa propre volonté, à qui  cela ne semble t il pas étroit et resserré ? Et vraiment, manger et boire en abondance, et de manière raffinée, obéir à tous les désirs de la chair et à toutes les voluptés ne s’opposer  en rien à sa propre volonté, à qui cela ne semble t il pas large et grand ? Beaucoup marchent sur ce chemin, beaucoup entrent par cette porte. Mais où pénètrent-ils ? – Dans la cité de la perdition complète, la société de la mort, la prison des angoisses et le lac de toutes les misères.
«Et au sujet de Matthieu chapitre  XX : ce qui suit : « Beaucoup sont appelés, peu sont élus » – il montre qu’il y en a très peu qui se sauvent, en comparaison de ceux qui à chaque heure sont appelés.
«Également à propos de Matthieu XXII : « Beaucoup sont appelés, peu sont élus » – dit il, « Beaucoup sont appelés aux noces, peu sont introduits dans la chambre nuptiale et dans la gloire ».
«Dans le premier livre des sentences, chapitre II, de l’arche de Noé : « Cette arche est la Sainte Église en dehors de laquelle personne n’est sauvé ; celui qui y aura été trouvé au jour de la vengeance ne périra pas. Maintenant il semble qu’il y en ait beaucoup qui se trouveront alors en dehors d’elle … Les méchants sont beaucoup plus nombreux que les bons ; ils sont plus nombreux ceux qui recherchent les biens terrestres que ceux qui recherchent les biens célestes. Étroit est le chemin qui conduit à la vie ; large est celui qui conduit à la perdition».

Saint Bernard, docteur de l’Église, troisième sermon pour la Vigile de la Nativité : «Quel homme en effet, ne fût-il même chrétien que de nom, ignore que le Seigneur doit venir un jour et qu’il viendra en effet, pour juger les vivants et les morts et rendre à chacun selon ses œuvres ? Non mes frères, tout le monde ne sait point cela, ce n’est même su que de peu d’hommes, puisqu’il y en a si peu de sauvés». (Œuvres complètes de saint Bernard, tome III, p.11 Ed. Louis Vivès 1867)

Saint Bonaventure, docteur de l’Église, Breviloque Pars. I. c. 9 : «Comme tous les hommes devraient être damnés en tant que tous issus d’une masse de perdition, s’il y en a un plus grand nombre de réprouvés que de sauvés, c’est pour faire voir que le salut provient d’une grâce spéciale, tandis que la damnation est selon la justice commune. Personne ne peut se plaindre de la volonté divine qui agit en tout avec une suprême rectitude ; bien plus nous devons en toutes choses lui rendre grâce et honorer le gouvernement de la divine Providence».

Saint Thomas d’Aquin, docteur de l’Église, Summa Theol., Prima Pars, Q. 23, a. 7 : «…le bien qui excède l’état commun de la nature se trouve seulement dans un petit nombre et manque dans le grand nombre. … Donc comme la béatitude éternelle, consistant en la vision de Dieu, excède l’état commun de la nature en ce que celle-ci a été destituée de la grace par la corruption du péché originel, c’est le petit nombre qui se sauve. Et en cela même la miséricorde de Dieu brille d’un éclat singulier : car elle élève un certain nombre de créatures humaines au salut éternel, alors que la plupart s’y dérobent selon le cours ordinaire des choses et l’inclination de la nature».

Saint Thomas, Somme Théologique, Prima Pars, Q. 63, Art.9 : «Y a-t-il autant d’anges tombés que d’anges restés fidèles ? 2. La justice et le péché se trouvent de la même manière chez les anges et chez les hommes. Mais, parmi les hommes, il y en a plus de mauvais que de bons, selon cette parole de l’Ecclésiaste (1, 15, Vg) : « Le nombre des insensés est infini »».

Révélations célestes de sainte Brigitte de Suède, Livre 2, chapitre 6 : « Vous donc mes amis, qui êtes au monde, marchez surement ; criez et annoncez-leur ma volonté, et aidez-les, afin qu’ils puissent accomplir mes volontés. Je serai dans votre cœur et dans votre bouche. Je serai votre conducteur en la vie, et votre conservateur en la mort. Allez sûrement, je ne vous laisserai point. La gloire croît par le labeur, car je pourrai toutes choses en un moment et en une parole, mais je veux que du combat croisse votre couronne, et que de votre courage croisse mon honneur. N’admirez pas ce que je vous dis, car si un homme sage pouvait considérer ceci dans le monde, combien d’âmes descendent tous les jours dans l’enfer, il verrait qu’il y en a plus que de sable dans la mer et que de petits cailloux au rivage, car la justice et l’équité veulent que ceux qui se sont séparés de Dieu soient conjoints avec le diable. Partant, afin que le nombre du diable soit diminué, qu’on voie le péril présent et que mes troupes soient augmentées. Je parle ainsi, afin que, par aventure, s’ils entendent, ils s’amendent».

Saint Pierre Canisius, docteur de l’Église, Commentaire de l’Évangile du Dimanche de la Septuagésime : «Je prêcherai le juste jugement par lequel Dieu, tirant vengeance du mépris de sa grâce, ne choisit pour la gloire céleste qu’un petit nombre de ceux qu’il a appelés à son Église».

Saint Robert Bellarmin, docteur de l’Église, De gemitu Columbae, Lib. I, c. 6 : «Que personne ne pense que le nombre des élus surpassera celui des réprouvés, parce qu’il est dit au chapitre VII de l’Apocalypse que les élus ne peuvent être comptés ! À la vérité, il y aura bien plus d’élus parmi les gentils que parmi les hébreux. Mais le nombre des élus, soit juifs, soit gentils, sera tout à fait inférieur au nombre des réprouvés. Les juifs élus ne feront pas la millième partie des juifs réprouvés. Et l’on peut dire la même chose à proportion des chrétiens. Ce que dit Notre-Seigneur en saint Matthieu et en saint Luc de la voie resserrée et de la porte étroite est commun aux juifs et aux chrétiens».

Saint Louis Marie Grignon de Montfort, Lettre aux Amis de la Croix, n° 14 : «SI QUELQU’UN VEUT VENIR APRÈS MOI».  “Si quis”, si quelqu’un ; “quelqu’un”, et non pas “quelques-uns”, pour marquer le petit nombre des élus qui veulent se conformer à Jésus-Christ crucifié, en portant leur croix. Il est si petit, si petit, que, si nous le connaissions, nous nous en pâmerions de douleur. Il est si petit, qu’à peine parmi dix mille y en a-t-il un, comme il a été révélé à plusieurs saints, entre autres à saint Siméon Stylite, selon que le rapporte le saint abbé Nil, après saint Ephrem et quelques autres. Il est si petit, que, si Dieu voulait les assembler, il leur crierait, comme il fit autrefois par la bouche d’un prophète : « Congregamini unus et unus » : assemblez-vous un à un, un de cette province, un de ce royaume».

Saint Alphonse de Liguori, docteur de l’Église, Théologie Morale, Livre 3, n° 413 : «La majeure partie des âmes va en enfer à cause des péchés sexuels : qui plus est, je n’hésite pas à affirmer que ceux qui se damnent vont en enfer ou bien pour ce seul péché ou au moins pas sans lui».

Saint Alphonse de Liguori : «On voit la plupart des hommes se livrer à la damnation éternelle plutôt que d’aimer Dieu ; qui donc, je le répète, s’il n’y avait pas d’enfer, qui L’aimerait ? Ainsi, le Seigneur a menacé d’un supplice éternel quiconque refuse de L’aimer, afin que ceux qui ne L’aiment pas de leur bon gré L’aiment au moins de force, par crainte de l’enfer» (Œuvres complètes de saint Alphonse de Liguori, œuvres ascétiques, tome XI p. 248, Casterman 1879).

Saint Curé d’Ars, sermon du 2ème dimanche ap. l’Épiphanie (sur le Mariage) : «Chacun doit entrer où Dieu l’appelle, et nous pouvons dire que le plus grand nombre de chrétiens se damnent parce qu’ils ne suivent pas leur vocation, soit en ne la demandant pas à Dieu ou en se rendant indigne de la connaître par leur mauvaise vie».

Saint Curé d’Ars, Sermon du 2ème dimanche de l’Avent (sur le respect humain) : «Ô mon Dieu ! que le nombre de ceux qui entreront dans le royaume des cieux est petit, puisqu’il y en a si peu qui font ce qu’ils doivent pour le mériter ? … Hélas ! Mes frères, que le nombre de ceux qui sont pour le ciel est petit, puisqu’il n’y a que ceux qui combattent continuellement et vigoureusement le démon et leurs penchants, et qui méprisent le monde avec toutes ses railleries !»

Saint Curé d’Ars, Sermon  de la Fête des saints Anges gardiens : «Que de chrétiens sont damnés pour avoir méprisé leurs anges gardiens ! Quels reproches à l’heure de la mort, lorsque, implorant son secours, il nous dira, ainsi qu’à ce moribond dont il est parlé dans l’histoire : « Va, malheureux, tu n’as eu que du mépris pour moi, aussi le bon Dieu m’a commandé de t’abandonner à la puissance des démons, dont tu as été le fidèle serviteur ». Hélas ! mon Dieu, que le nombre de ces gens est grand !»

Vertus

Vertus théologales (surnaturelles)

Foi

La Foi est la vertu surnaturelle pour croire fermement tout ce que Dieu nous enseigne par son Église. La Foi est le moyen de posséder ce qu’on ne voit pas. C’est un piège mortel de fonder sa foi sur le ressenti : La foi est croire en ce que Dieu nous révèle parce que c’est Lui qui nous le révèle.

Ecclésiastique 2, 8 : « Vous qui craignez le Seigneur croyez en lui, et votre récompense ne sera pas anéantie ».

Éphésiens 4, 5-6 : «Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous…».

Éphésiens 3, 13 : « que le Christ habite par la foi dans vos cœurs ».

Hébreux 11, 1 : « La foi est le fondement des choses qu’on doit espérer, et la démonstration de celles qu’on ne voit point ».

Hébreux 11, 6 : «Or, sans la Foi, il est impossible de plaire à Dieu. Car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie qu’il est, et qu’il récompense ceux qui le cherchent».

Pape Eugène IV, Concile de Florence, Le symbole d’Athanase, Sess. 8, 22 novembre 1439, ex cathedra [déclaration infaillible solennelle] : «Celui qui veut être sauvé, doit avant tout tenir la foi catholique, à moins que chacun la conserve intègre et inviolée, il périra sans aucun doute pour l’éternité».

Pape Pie XII, Mystici Corporis Christi, 29 juin 1943 (Magistère infaillible) : «Mais seuls font partie des membres de l’Église, ceux qui ont reçu le baptême de régénération et professent la vraie foi [traditionnelle ou de la Tradition de l’Église catholique]».

Acte de Foi : Mon Dieu, je crois fermement, tout ce que vous nous avez révélé et que la sainte Église nous propose à croire ; parce que vous êtes la suprême et infaillible vérité, qui ne pouvez ni vous tromper ni me tromper. Dans cette Foi, je veux vivre et mourir.

Espérance

L’Espérance est la vertu surnaturelle qui nous fait attendre avec confiance (certitude) le paradis et les moyens nécessaires pour y parvenir. L’Espérance est la confiance certaine de l’union à Dieu. On espère être unit à Dieu parce qu’Il se donne Lui-même à nous gratuitement, sans aucun mérite de notre part, par pure Miséricorde.

Job 13, 15 : « Quand il me tuerait, c’est en lui que j’espérerais ».

Ecclésiastique 2, 9 : « Vous qui craignez le Seigneur espérez en lui, et sa miséricorde vous viendra en joie ».

Psaume 26, 13-14 : « Je crois que je verrai les biens du Seigneur dans la terre des vivants. Attends le Seigneur, agis avec courage, et que ton cœur se fortifie, et attends avec constance le Seigneur ».

Psaume 27, 7 : « Le Seigneur est mon aide et mon protecteur : en lui a espéré mon cœur, et j’ai été secouru ».

Psaume 70, 1 : « C’est en vous Seigneur, que j’ai mis mon espérance ; que je ne sois pas confondu éternellement ».

Psaume 83, 13 : « Seigneur des armées [Dieu des vertus], bienheureux l’homme qui espère en vous ».

Psaume 107, 2 : « Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt ».

Psaume 111, 7 : « Son cœur est prêt à espérer dans le Seigneur ; son cœur est affermi, il ne sera pas ébranlé, jusqu’à ce qu’il méprise ses ennemis ».

Psaume 129 : « En vous est la propitiation [Action rendant Dieu propice et procurant le rachat des fautes commises], et à cause de votre loi, je vous ai attendu avec patience, Seigneur. Mon âme s’est soutenue par sa parole ».

Jérémie 17, 5 : « Maudit [est] l’homme qui se confie dans l’homme ».

Matthieu 14, 27 : « Ayez confiance, c’est moi, ne craignez point ».

Acte d’Espérance : Mon Dieu, j’espère avec une ferme confiance que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ mon Sauveur, votre grâce en ce monde et, si j’observe vos commandements, le bonheur éternel dans l’autre, parce que vous l’avez promis et que vous êtes fidèle dans vos promesses. Dans cette Espérance je veux vivre et mourir.

Charité

La Charité est la vertu surnaturelle qui nous fait aimer Dieu par-dessus toutes choses et notre prochain comme nous-mêmes pour l’amour de Dieu. La charité est l’amour de Dieu et du prochain pour l’amour de Dieu. Il n’y a pas de charité sans la vraie foi car la foi est la fondation de la charité.

Ecclésiastique 2, 10 : « Vous qui craignez le Seigneur aimez-le, et vos cœurs seront illuminés ».

Pape Pie XI, Mortalium Animos, n° 9 (Magistère infaillible) : «La fondation de la charité est la foi pure et sans tache».

Pape saint Grégoire le Grand, père et docteur de l’Église, homélie sur la parabole des talents, n° 6, 31 déc. 590 : «On donnera à celui qui a, il sera dans l’abondance, mais celui qui n’a pas on prendra même ce qu’il semble avoir (Math. 25, 14-29). On donnera en effet à celui qui a, et il sera dans l’abondance, parce que celui qui a la charité reçoit aussi les autres dons. Mais celui qui n’a pas la charité perd même les dons qu’il paraissait avoir reçus. Aussi est-il nécessaire, mes frères, que vous veilliez à garder la charité en tout ce que vous faites. Et la charité, c’est d’aimer son ami en Dieu, et son ennemi à cause de Dieu. Celui qui n’a pas cette charité perd tout le bien qu’il a ; il est privé du talent qu’il avait reçu, et selon la sentence du Seigneur, il est envoyé dans les ténèbres extérieures. Celui-là tombe par châtiment dans les ténèbres extérieures qui est déjà tombé de lui-même, par son péché, dans les ténèbres intérieures.

Acte de Charité : Mon Dieu, je vous aime par dessus toutes choses, de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces ; parce que vous êtes infiniment parfait et souverainement aimable ; j’aime mon prochain comme moi-même pour l’amour de vous. Dans cette Charité je veux vivre et mourir.

Vertus cardinales (colonnes)

La prudence est la première des vertus cardinales et imprègne les autres vertus. La prudence est animée par le don de Conseil et c’est la vertu de discerner le moyen le plus efficace pour faire le bien et pour éviter le mal. La science des saints est la prudence (Pr 9, 10).

La justice est la vertu de rendre à Dieu ce qui lui est dû et au prochain pour l’amour de Lui.

La force est la vertu de supporter dans la grâce les épreuves et difficultés.

La tempérance est la vertu d’user des biens de manière modérée, sans excès, ni en trop ni en trop peu.

Vertus morales

Véracité : Vertu ou qualité de conformité à la vérité en paroles et en actes.

Pauvreté d’esprit : Détachement des richesses temporelles et spirituelles et disposition à attendre tout de Dieu.

Humilité : Considération véritable de soi comme absolu néant devant Dieu. La fausse humilité est une hypocrisie consistant à paraître humble devant les hommes.

Patience : Vertu de supporter les aléas, difficultés, épreuves, insultes, etc. à cause de Jésus-Christ et par amour de Dieu.

Pureté : Éloignement radical de la convoitise de la chair en image, en parole, en écoute, en pensée, en acte.

Obéissance : Quitter promptement sa volonté propre pour la volonté de Dieu, ou son supérieur représentant Dieu.

Mortification : Faire mourir le vieil homme, se renoncer et mourir à soi-même tous les jours. (Éphésiens 4, 22, 24)

Douceur : Conséquence d’un cœur humble. La douceur éteint la colère.

Sagesse : La véritable sagesse est Jésus-Christ et son Esprit-Saint. La sagesse donne le goût de la suavité de Dieu. Le principe de la sagesse est la crainte du Seigneur (Pr. 9, 10).

Chasteté : Préservation du corps de la sensualité et des sens extérieurs de la vue, ouïe, tact, et intérieurs, mémoire, imagination, sensibilité, sentimentalité. La mondanité (l’esprit du monde) ruine inexorablement la chasteté.

Continence : Retenue dans les plaisirs du corps.

Modestie : Ordre dans la conduite, l’habillement, et l’intérieur.

Pudeur : Sentiment de honte de sa propre nudité dû au péché originel.

Mansuétude : Pitié, bienveillance, bénignité.

Longanimité : Clémence, générosité.

Bonté : Bienfaisance, désintéressement, miséricorde.

Paix : La paix naît d’une conscience pure vivant dans la vérité.

Joie : Contentement et satisfaction pour l’amour de Dieu.

Dévotion : Service de Dieu dans une confiance particulière qui vient du don surnaturel de piété.

Persévérance : Constance et fermeté dans la foi et les œuvres, nourries par l’espérance et la charité.

Dons et fruits du Saint-Esprit

Dons du Saint-Esprit

Le don de sagesse, en nous détachant du monde, nous fait savourer et aimer uniquement les choses du ciel.

Le don d’intelligence nous aide à comprendre les vérités de la religion dans la mesure où cela est nécessaire.

Le don de conseil émerge de la prudence surnaturelle, et nous permet de voir et choisir correctement ce qui aidera le plus à la gloire de Dieu et notre salut.

Le don de force nous donne le courage pour surmonter les obstacles et les difficultés qui se posent dans la pratique de nos devoirs religieux.

Le don de science (ou connaissance) nous indique le chemin à suivre et les dangers à éviter pour atteindre le ciel.

Le don de piété, en nous inspirant une tendre et filiale confiance en Dieu, nous fait embrasser avec joie tout ce qui se rapporte à son service.

Le don de crainte nous remplit d’un respect souverain de Dieu, et nous fait redouter, par-dessus tout, de l’offenser.

Fruits du Saint-Esprit

La charité, la joie, la paix, la patience, la douceur, la bonté, la longanimité, la mansuétude, la foi, la modestie, la continence, la chasteté (Galates 5, 22).

Fins dernières

La mort. Le jugement. L’enfer ou le Ciel (La fin du purgatoire est le ciel).

Loi

  • Loi naturelle (non-écrite), qui est une participation de la loi éternelle dans la créature rationnelle et a pour effet la conscience morale par la connaissance naturelle du bien et du mal.
  • Loi divine immuable : Loi écrite ancienne de l’Ancien Testament (10 commandements, etc.) et loi nouvelle évangélique du Nouveau Testament (Église, Magistère, vérités de foi et de morale, etc.).
  • Loi ecclésiastique (loi qui peut changer) à laquelle sont ordinairement tenus tous les baptisés sous peine de péché grave.
  • Loi temporelle civile, pour ce qui n’est pas le péché.
Quel est le premier Commandement ? Le premier Commandement est : «Tu n’auras point d’autres dieux devant moi. Tu ne te feras point d’image taillée, ni aucune figure de tout ce qui est en haut dans le Ciel, et en bas sur la terre, ni de tout ce qui est dans les eaux sous la terre. Tu ne les adoreras point et tu ne leur rendras point le souverain culte».
  • Que nous est-il commandé de faire par le premier Commandement ? Par le premier Commandement, il nous est commandé d’adorer l’unique et vrai Dieu vivant, par la Foi, l’Espérance, la Charité et la Religion.
  • Quels sont les péchés contre la Foi ? Les péchés contre la Foi sont toutes les fausses religions, les doutes volontaires, l’incrédulité ou le refus du moindre article de Foi et l’ignorance coupable des doctrines de l’Église.
  • Comment nous exposons-nous au danger de perdre notre Foi ? Nous nous exposons au danger de perdre notre Foi en négligeant nos devoirs spirituels, en lisant de mauvais livres, en fréquentant des écoles non-catholiques et en prenant part à des cérémonies ou prières d’une fausse religion.
  • Quels sont les péchés contre l’Espérance ? Les péchés contre l’Espérance sont le désespoir et la présomption.
  • Quels sont les principaux péchés contre la Religion ? Les principaux péchés contre la Religion sont l’adoration de faux dieux ou idoles, et rendre à une quelconque créature l’honneur qui n’appartient qu’à Dieu seul.
  • Le premier Commandement interdit-il de faire des images ? Le premier Commandement n’interdit pas de faire des images, mais de faire des idoles ; c’est-à-dire qu’il interdit de faire des images que l’on adore ou honore comme des dieux.
  • Le premier Commandement interdit-il de traiter avec le démon et les pratiques superstitieuses ? Le premier Commandement interdit tout commerce avec le démon et les pratiques superstitieuses, comme de consulter les spiritualistes et les diseuses de bonne aventure, et se confier à la magie, aux présages, aux rêves et autres pitreries.
  • Tous les péchés de sacrilège et simonie sont-ils également interdits par le premier Commandement ? Tous les péchés de sacrilège et simonie sont également interdits par le premier Commandement.
  • Est-il interdit d’honorer ou adorer divinement les Anges et les Saints ? Il est interdit d’honorer ou adorer divinement les Anges et les Saints, car cela appartient à Dieu seul.
  • Quels genres d’honneur ou adoration devrait-on rendre aux Anges et aux Saints ? Nous devrions rendre aux Anges et aux Saints un honneur, ou adoration, inférieur en tant que servants et amis spéciaux de Dieu.
  • Quel honneur devrions-nous rendre aux reliques, crucifix et saintes images ? Nous devrions rendre aux reliques, crucifix et saintes images un honneur relatif, puisqu’ils se rapportent au Christ et Ses Saints, et sont des mémoriaux de ceux-ci.
  • Prions-nous les reliques ou les images ? Nous ne prions les reliques ou les images, qui ne peuvent ni nous voir, ni nous entendre, ni nous aider.
Quel est le second Commandement ? Le second Commandement est : «Tu ne prendras point en vain le nom du Seigneur ton Dieu».
  • Que nous est-il commandé de faire par le second Commandement ? Par le second Commandement, il nous est commandé de parler avec révérence de Dieu et de toutes personnes et choses saintes, et de garder nos serments et nos vœux.
  • Qu’est-ce que le second Commandement interdit ? Le second Commandement interdit tous serments faux, irréfléchis, injustes et non nécessaires ; tout comme les paroles blasphématoires, maudissantes et profanes.
  • Est-il licite de jurer ou de prêter serment ? Il est uniquement licite de jurer ou de prêter serment lorsque l’honneur de Dieu, ou le nôtre, ou le bien du prochain, l’exigent.
 Quel est le troisième Commandement ? Le troisième Commandement est : «Souviens-toi de sanctifier le jour du Sabbat».
  • Que nous est-il commandé de faire par le troisième Commandement ? Par le troisième Commandement, il nous est commandé de maintenir le Dimanche saint.
  • Comment maintenons-nous le Dimanche saint ? Nous maintenons le Dimanche saint en assistant à la messe [si disponible] et en nous abstenant de travaux serviles.
  • Pourquoi nous est-il commandé de nous abstenir de travaux serviles ? Il nous est commandé de nous abstenir de travaux serviles pour que nous puissions avoir le temps et l’opportunité de prier, prendre les sacrements [si disponibles], écouter les sermons et lire de bons livres.
Quel est le quatrième Commandement ? Le quatrième Commandement est : «Honore ton père et ta mère».
  • Que nous est-il commandé de faire par le quatrième Commandement ? Par le quatrième Commandement, il nous est commandé d’aimer, faire révérence et obéir à nos parents dans tout ce qui n’est pas péché.
  • Nous est-il commandé d’obéir uniquement à nos parents ? Il nous est commandé d’obéir, non seulement à nos parents, mais aussi à nos évêques et prêtres, à l’autorité civile et à nos supérieurs légaux.
  • Sommes-nous tenus d’assister nos parents dans leurs désirs ? Nous sommes tenus d’assister nos parents dans leurs désirs, qu’ils soient spirituels ou temporels [sauf le péché].
  • Sommes-nous tenus de soutenir nos prêtres ? Nous sommes tenus de soutenir nos prêtres ; car saint Paul a dit : «Le Seigneur a aussi ordonné à ceux qui annoncent l’Évangile de vivre de l’Évangile». (1 Cor. 9, 14)
  • Quel est le devoir des parents envers leurs enfants ? Le devoir des parents envers leurs enfants est de pourvoir à leurs besoins, de les instruire et les corriger, et de leur donner une bonne éducation catholique.
  • Quel est le devoir des maîtres, maîtresses et autres supérieurs ? Le devoir des maîtres, maîtresses et autres supérieurs, est de prendre le soin approprié de ceux qu’ils ont à charge, et de leur permettre de pratiquer leurs devoirs religieux.
  • Qu’est-ce que le quatrième Commandement interdit ? Le quatrième Commandement interdit tout mépris, entêtement et désobéissance à nos parents et à nos supérieurs légitimes.
  • Est-ce un péché que d’être membre d’une société secrète ? C’est un péché que d’être membre d’une quelconque société secrète qui complote contre l’Église ou l’État, ou d’être membre de toute société qui, par les raisons de son secret, est condamnée par l’Église ; car saint Paul a dit : «Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures : car il n’y a pas d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par Dieu. C’est pourquoi celui qui résiste à l’autorité résiste à l’ordre établi par Dieu ; et ceux qui résistent attirent la condamnation sur eux-mêmes». (Rom. 13, 1-2)
Quel est le cinquième Commandement ? Le cinquième Commandement est : «Tu ne tueras point».
  • Qu’est-ce que le cinquième Commandement interdit ? Le cinquième Commandement interdit le meurtre volontaire, la bagarre, les querelles et les mots injurieux ; mais aussi le scandale et le mauvais exemple.
  • Le cinquième Commandement interdit-il la colère ? Le cinquième Commandement interdit la colère, mais aussi la haine et la vengeance.
  • Pourquoi le scandale et le mauvais exemple sont-ils interdits par le cinquième Commandement ? Le scandale et le mauvais exemple sont interdits par le cinquième Commandement car ils font préjudice et mènent à la mort spirituelle l’âme de notre prochain.
Quel est le sixième Commandement ? Le sixième Commandement est : «Tu ne commettras point d’adultère».
  • Qu’est-ce que le sixième Commandement interdit ? Le sixième Commandement interdit tout péché d’impureté avec la femme ou le mari d’autrui.
  • Le sixième Commandement interdit-il tout ce qui est contraire à la sainte pureté ? Le sixième Commandement interdit tout ce qui est contraire à la sainte pureté dans les regards, les mots ou les actions.
  • Les danses et les jeux immodestes sont-ils interdits par le sixième Commandement ? Les danses et les jeux immodestes sont interdits par le sixième Commandement, et c’est un péché que d’en regarder.
  • Le sixième Commandement interdit-il les musiques, livres et images immodestes ? Le sixième Commandement interdit les musiques, livres et images immodestes, car ils sont très dangereux pour l’âme et mènent au péché mortel.
Quel est le septième Commandement ? Le septième Commandement est : «Tu ne déroberas point».
  • Qu’est-ce que le septième Commandement interdit ? Le septième Commandement interdit d’emporter injustement quelque chose ; ou de garder ce qui appartient à autrui.
  • Les tricheries de toutes sortes, dans l’achat et la vente, sont-elles interdites par le septième Commandement ? Les tricheries de toutes sortes dans l’achat et la vente sont interdites par le septième Commandement, mais aussi tous les autres moyens de tromper notre prochain.
  • Sommes-nous tenus de restituer tout bien mal acquis ? Nous sommes tenus de restituer tout bien mal acquis si nous en sommes capables, sinon le péché ne nous sera, pas pardonné ; nous devons aussi payer nos dettes.
  • Est-il malhonnête aux serviteurs de gaspiller le temps ou la propriété de leur maître ? Il est malhonnête aux servants de gaspiller le temps ou la propriété de leur maître, car c’est gaspiller ce qui ne leur appartient pas.
Quel est le huitième Commandement ? Le huitième Commandement est : «Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain».
  • Qu’est-ce que le huitième Commandement interdit ? Le huitième Commandement interdit tout faux témoignage, jugement irréfléchi et mensonge.
  • Les calomnies et les détractions sont-elles interdites par le huitième Commandement ? Les calomnies et les détractions sont interdites par le huitième Commandement, ainsi que la délation et toute parole qui nuit à la réputation de notre prochain.
  • Si vous avez blessé votre prochain en disant du mal de lui, qu’êtes-vous tenu de faire ? Si j’ai blessé mon prochain en disant du mal de lui, je suis tenu de lui faire satisfaction en restaurant sa réputation, autant que je le peux.
Quel est le neuvième Commandement ? Le neuvième Commandement est : «Tu ne désireras point la femme d’autrui».
  • Qu’est-ce que le neuvième Commandement interdit ? Le neuvième Commandement interdit tout consentement volontaire aux pensées et désirs impurs, et tout plaisir consenti aux mouvements irréguliers de la chair.
  • Quels péchés mènent, habituellement, à rompre le sixième et le neuvième Commandement ? Les péchés qui, habituellement, mènent à rompre le sixième et le
    neuvième Commandement, sont la gourmandise, l’ivrognerie et l’intempérance, mais aussi l’oisiveté, les mauvaises compagnies et la négligence dans la prière.
Quel est le dixième Commandement ? Le dixième Commandement est : «Tu ne désireras point les choses qui appartiennent à autrui».
  • Qu’est-ce que le dixième Commandement interdit ? Le dixième Commandement interdit toute pensée envieuse et cupide et les désirs injustes à propos des biens et profits d’autrui. (Catéchisme Penny n°175-227)

Sommes-nous tenus d’obéir à l’Église ? Nous sommes tenus d’obéir à l’Église, car le Christ dit aux pasteurs de l’Église : «Celui qui vous écoute, m’écoute ; celui qui vous méprise, me méprise». (Luc 10, 16)

Quel est le premier Commandement de l’Église ? Le premier Commandement de l’Église est : «Conserver les Dimanches et les jours d’Obligation sacrés, en assistant à la messe et en s’abstenant de travaux serviles».

  • Quels sont les jours d’Obligation observés en Angleterre et aux Pays de Galles ? Les jours d’Obligation observés en Angleterre et aux Pays de Galles sont : Noël, Épiphanie, Ascension, Fête-Dieu, saint Pierre et saint Paul, Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, Toussaint [Jours pour la France et EU ici].
  • Est-ce un péché mortel de négliger de se rendre à la messe les Dimanches et aux jours d’Obligation ? C’est un péché mortel de négliger de se rendre à la messe les Dimanches et les jours d’Obligation [sauf impossibilité ou indisponibilité].
  • Les parents, les maîtres et les maîtresses sont-ils tenus de faire en sorte que ceux dont ils ont la charge assistent à la messe les Dimanches et les jours d’Obligation ? Les parents, les maîtres et les maîtresses sont tenus de faire en sorte que ceux dont ils ont la charge assistent à la messe les Dimanches et les jours d’Obligation.

Quel est le second Commandement de l’Église ? Le second Commandement de l’Église est : «Respecter les jours de jeûne et d’abstinence fixés par l’Église».

  • Qu’est-ce que les jours de jeûne ? Les jours de jeûne sont des jours durant lesquels il n’est autorisé de prendre qu’un seul repas complet.
  • Quels sont les jours de jeûne ? Les jours de jeûne, en Angleterre et aux Pays de Galles, sont le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint (pour ceux qui ont entre 18 et 60 ans) [Jours pour la France et EU ici].
  • Qu’est-ce que les jours d’abstinence ? Les jours d’abstinence sont des jours durant lesquels il est interdit de prendre de la viande.
  • Quels sont les jours d’abstinence ? Les jours d’abstinence en Angleterre et au Pays de Galles sont le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint.
  • Pourquoi l’Église nous commande-t-elle de jeûner et nous abstenir ? L’Église nous commande de jeûner et de nous abstenir afin que nous mortifions la chair et obtenions de Dieu la satisfaction de nos péchés.

Quel est le troisième Commandement de l’Église ? Le troisième Commandement de l’Église est : «Se rendre en Confession au minimum une fois l’an» [si prêtre disponible].

  • À partir de quand les enfants sont-ils tenus de se confesser ? Les enfants sont tenus de se confesser dès qu’ils atteignent l’âge de raison, et sont susceptibles de commettre des péchés mortels.
  • Quand les enfants atteignent-ils généralement l’âge de raison ? Les enfants atteignent généralement l’âge de raison à l’âge de sept ans, environ.

Quel est le quatrième Commandement de l’Église ? Le quatrième Commandement est : «Recevoir le Saint Sacrement au moins une fois l’an, et ceci à Pâques ou aux alentours de Pâques» [si messe disponible].

  • À partir de quand les chrétiens sont-ils tenus de recevoir le Saint Sacrement ? Les chrétiens sont tenus de recevoir le Saint Sacrement dès qu’ils sont capables de distinguer le Corps du Christ du pain ordinaire, et on été jugés suffisamment instruits.

Quel est le cinquième Commandement de l’Église ? Le cinquième Commandement de l’Église est : «Contribuer au soutien de nos prêtres» [pas les hérétiques].

  • Est-ce un devoir de contribuer au soutien de la Religion ? C’est un devoir de contribuer au soutien de la Religion selon nos moyens, afin que Dieu soit dûment honoré et adoré et le royaume de Son Église étendu.

Quel est le sixième Commandement [de l’Église] ? Le sixième Commandement est : «Ne pas se marier dans certains degrés de parenté, ni se marier solennellement durant les périodes proscrites».

  • Quelles sont les périodes où il est interdit de se marier solennellement ? Les périodes où il est interdit de se marier solennellement, sans une permission particulière, sont depuis le premier Dimanche de l’Avent jusqu’à Noël, et depuis le Mercredi des Cendres jusqu’au Dimanche de Pâques. (Catéchisme Penny n°228, 230-248)

Péché

Le péché est une prévarication (s’écarter de la justice, manquer à ses obligations) contre la loi de Dieu. La volonté est impliquée par action ou par omission dans le péché.

Péché originel

Le péché originel est le premier péché du premier homme et de la première femme qui prive de la gloire Dieu et qui est propagé dans tous les hommes. Il n’est remis que par le sacrement de baptême.

Romains 5, 12 : «Par un seul homme [Adam], le péché est entré dans le monde, et par le péché, la mort, et ainsi la mort a passé dans tous les hommes, tous ayant péché en lui».

Pape Innocent III, Maiores Ecclesiae causas, 1201 : «L’originel [péché] donc, qui est contracté sans consentement, est remis sans consentement en vertu du sacrement [de baptême] ; … La peine du péché originel est la privation de la vision de Dieu…»

Péché actuel

C’est le péché personnel mortel ou véniel de chacun depuis l’âge de raison (environ sept ans), âge du début de distinction du bien et du mal.

Péché mortel

Péché grave. Pécher mortellement, c’est préférer à Dieu, la jouissance d’un bien qui Lui est inférieur. Le péché mortel exclue de la grâce de Dieu et sans contrition mérite l’enfer éternel.

La contrition est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. Cette contrition comprend non seulement l’abandon du péché, le propos et le début d’une vie nouvelle, mais aussi la haine de la vie ancienne. La contrition est absolument nécessaire pour le pardon des péchés.

Concile de Trente, 14ème sess., chap. 4 ex cathedra : «La contrition, qui tient la première place parmi les actes du pénitent dont il a été parlé, est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. En tout temps ce mouvement de contrition a été nécessaire pour obtenir le pardon des péchés».

La contrition imparfaite (attrition) est la douleur de l’âme (ou désolation du cœur) pour ses péchés soit par considération de la laideur du péché ou par crainte des peines, avec la volonté de ne plus pécher et l’espoir du pardon. L’attrition n’obtient pas le pardon des péchés mais prépare et fait partie intégrante de la contrition.

Concile de Trente, 14 ème sess., chap. 4 ex cathedra : «La contrition imparfaite, qu’on appelle attrition, parce qu’on la conçoit en général ou bien en considérant la laideur du péché ou bien par crainte de l’enfer et des châtiments, si elle exclut la volonté de pécher jointe à l’espoir du pardon … elle est aussi un don de Dieu, une impulsion de l’Esprit Saint qui, n’habitant pas encore le pénitent, mais le mouvant seulement, lui vient en aide, pour qu’il prépare pour lui-même le chemin vers la justice. Et bien que sans le sacrement de la pénitence elle ne puisse pas par elle-même conduire le pécheur jusqu’à la justification, cependant elle le dispose à obtenir la grâce de Dieu dans le sacrement de la pénitence».

Acte de contrition : «Mon Dieu, je suis triste d’avoir offensé votre souveraine majesté. Je regrette tous mes péchés, non seulement parce que j’ai mérité vos châtiments [contrition imparfaite ou attrition], mais surtout parce que vous êtes infiniment parfait et souverainement aimable, et parce que le péché vous déplaît [contrition parfaite]. Je prends la ferme résolution de me corriger et d’éviter les occasions de péché. Dans cette contrition, je veux vivre et mourir».

C’est un péché mortel de ne pas éviter – délibérément et en connaissance de cause – les occasions de pécher, quand on peut le faire.

Pape Innocent XI, Erreurs d’une doctrine morale plus laxiste, n° 61-63, 2 mars 1679 : 61. «Peut parfois être absous celui qui demeure dans une occasion prochaine de pécher qu’il peut et ne veut pas éviter, et même qu’il cherche directement ou délibérément, ou dans laquelle il se jette». – Condamné

Péché véniel

Le péché véniel volontaire, c’est la jouissance coupable d’un bien qui inférieur à Dieu qui fait se détourner de Dieu par la délectation du cœur, mais sans retirer entièrement la préférence à Dieu.

Le péché véniel involontaire ou par faiblesse de la nature, c’est la jouissance d’un bien qui inférieur à Dieu qui ne retire pas la préférence à Dieu et ne fait pas se détourner de Dieu par la délectation du cœur. Le péché véniel involontaire n’est pas un péché uniquement s’il n’y a pas de négligence coupable.

Le péché véniel ne tue pas la vie de la grâce mais la diminue, et mérite la peine temporelle sur terre ou au purgatoire après la mort, s’il n’est pas expié.

Les péchés véniels cumulés sans repentir deviennent des vices (contraire des vertus) qui entraînent aux péchés mortels.

Le péché véniel devient mortel si l’homme y met son affection et sa délectation avec volonté de persévérer.

Une personne qui commet un péché véniel mais ne veut pas ou ne souhaite pas continuer à commettre ce péché à l’avenir, une telle personne n’est pas en état de damnation à cause de ce péché, même si elle réalisait qu’elle l’avait encore commis par la suite, parce que sa volonté du moment (volonté actuelle) n’était pas de continuer à le faire.

Au contraire, si une autre personne a la «volonté de persévérer» dans un péché véniel et ne se repent pas avec une ferme résolution ou volonté de ne plus commettre à nouveau ce péché à l’avenir, mais souhaite continuer à le faire et ne s’en repent pas, alors elle est en état de damnation.

Péchés capitaux (têtes ou chefs des péchés)

  1. L’orgueil ou fierté ou vanité est l’amour de sa propre excellence, la croyance excessive en ses propres capacités, qui interfère avec la reconnaissance de la grâce de Dieu. Il a été appelé le péché duquel découlent tous les autres. Vertu contraire : Humilité.
  2. L’envie est de ne pas souffrir le bien d’autrui ou détester que les autres aient tel bien, et le désir des traits des autres, de leur statut, de leurs capacités, ou de leur situation. Vertu contraire : Charité.
  3. La colère est la passion meurtrière qui se manifeste en une personne qui dédaigne l’amour et opte plutôt pour la fureur. Vertu contraire : Douceur.
  4. L’avarice ou cupidité (ou convoitise) est le désir de richesse matérielle ou de gain, en ignorant le domaine spirituel. Il est aussi appelé la convoitise ou l’avidité. L’avarice est aussi l’avidité des honneurs. Vertu contraire : Libéralité.
  5. La luxure est un désir immodéré pour les plaisirs du corps. Vertu contraire : Chasteté.
  6. La gourmandise ou avidité est un désir immodéré de consommer plus de ce que l’on exige. Vertu contraire : Tempérance.
  7. La paresse ou acédie est l’évitement de travail physique ou spirituel. Vertu contraire : Diligence ou promptitude.

Participation au péché d’autrui

1. Par conseil
2. Sur ordre
3. Par consentement
4. Par provocation
5. Par louange ou flatterie
6. Par dissimulation
7. En étant un partenaire dans le péché
8. Par mutisme [silence]
9. En défendant le mal qui a été fait. (Catéchisme Penny n° 329)
Six choses que hait le Seigneur et la septième que son âme déteste
 
1. Des yeux altiers
2. Une langue menteuse
3. Des mains versant un sang innocent
4. Un cœur formant des pensées très mauvaises
5. Des pieds prompts à courir au mal
6. Un témoin fallacieux proférant des mensonges
7. Celui, qui, entre des frères, sème des discordes. (Proverbes 6, 16-19)
Abominations pour Dieu
Une abomination est quelque chose que Dieu méprise et pour quoi Il n’a aucun respect.
  • Acte sexuel entre personnes de la même famille ou par alliance, inceste (Lévitique 18, 1-16 ; 20, 17-21)
  • Homosexualité (Lévitique 18, 22 ; 20, 13 ; Romains 1, 27)
  • Lesbianisme (Romains 1, 26)
  • Acte sexuel avec une bête (Lévitique 18, 23 ;20, 15-16)
  • Purifier son fils ou sa fille en les faisant passer par le feu
  • Interroger les devins, s’adonner à la divination
  • Observer les songes, s’adonner aux augures, s’adonner aux superstitions
  • User de maléfices, s’adonner aux enchantements, avoir recours aux charmes (magie/sorcellerie)
  • Consulter ceux qui ont l’esprit de python et les devins, les évocateurs, les sorciers
  • Interroger les morts. (Deutéronome 18, 10-12)
  • Divers poids et diverses mesures (Deutéronome 25, 13-16 ; Proverbes 20, 10)
  • Orgueil, excès de nourriture, abondance, oisiveté sans tendre la main à l’indigent et au pauvre (Ézéchiel 16, 49-50)
  • Femme habillée comme un homme, homme avec des vêtements de femme (Deutéronome 22, 5)

Péchés qui crient vengeance au ciel

  • Meurtre volontaire (Genèse 4)
  • Péché de Sodome (Genèse 18)
  • Oppression des pauvres (Exode 2)
  • Ne pas donner de salaire aux ouvriers (Josué 5)

Péchés contre l’Esprit-Saint

  • Présomption
  • Désespoir
  • Résistance à la vérité connue
  • Convoiter les biens spirituels d’autrui
  • Obstination dans le péché
  • Impénitence finale (Consommation du péché contre l’Esprit-Saint éternellement irrémissible)

Pécheurs qui n’hériteront pas le royaume de Dieu

  • Fornicateurs (Acte sexuel entre non mariés)
  • Adultères (Acte sexuel d’un ou deux mariés hors du mariage) (I Corinthiens 6, 9)
  • Impudiques (Galates 5, 19, 21)
  • Avares (Éphésiens 5, 5)
  • Cupides (qui est le service des idoles) (Colossiens 3, 5 ; Éphésiens 5, 3-5)
  • Injustes
  • Idolâtres
  • Efféminés
  • Abominables
  • Voleurs
  • Ivrognes
  • Médisants
  • Rapaces (I Cor 6, 9-10)
  • Ceux qui scandalisent les enfants (Mt 18, 6 ; œuvres ascétiques de St Alphonse, vol 15, p. 176)
  • Ceux par qui arrive le scandale [occasion de péché et cause de chute des autres] (Mt 18, 7 ; Lc 17, 1-2)
  • Vanité, maquillage, vêtements impudiques, immodestie (1 Pierre 3, 1-5 ; 1 Timothée 2, 9-10 ; Constitutions apostoliques des Saints Apôtres, 375 ; Saint Clément d’Alexandrie, Père de l’Église, sur les vêtements, L’instructeur ou Le Pédagogue, L. II, ch. 2 et 11, L. III, ch. 5 ; Saint Ambroise de Milan, père de l’Église, En ce qui concerne les vierges, L.  III, ch. 6 ; Sur les vêtements impudiques, L 2, art. 12 ; Saint Cyprien de Carthage, Père de l’Église, Traité  II, sur l’habit des Vierges, Section 19, 21 ; De la discipline et l’avantage de la chasteté, article 12 ; Révélations de Ste Brigitte, L. 4, ch. 51 ; L. 7 ch. 7 et 16 ; St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 169, art. 2 ; Livre de la consolation divine de la bienheureuse Angèle de Foligno, 6e Consolation de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, p. 214-218 ; Concile de Trente, sur les images impudiques, session 25, 1563 ex cathedra ; Saint Alphonse, œuvres ascétiques complètes, vol 15, p. 399-400 ; Sermons n° 2-4 des œuvres ascétiques, Volume XVI, Sermons pour tous dimanches de l’année, 1882, p. 152-173)

Pécheurs qui sont dignes de mort

  • Ceux qui entrent dans le mariage en bannissant Dieu de leur cœur et de leur pensée, pour se livrer à leur passion, comme le cheval et le mulet qui n’ont pas de raison (Tobie 6, 16-17 ; Note Vulg. : « Mulet, qui sont très libidineux, [Montre la pulsion sexuelle excessive ; lubrique] ; Psaume XIII »)
  • Ceux qui font l’acte sexuel volontairement hors de la finalité de procréation, pour la luxure, masturbation, fellation, ou tout autre acte honteux, inutile et égoïste (à la fois avant, pendant ou après l’acte conjugal), qu’ils ne feraient normalement pas s’ils croyaient vraiment que Dieu était présent avec eux (Éph. 5, 12 ; 1 Cor. 6, 15-20 ; Révélations de Ste Brigitte, L.1, ch. 26 ; L. 2, ch. 9)
  • Homosexuels (Romains 1, 27)
  • Lesbiennes (Romains 1, 26)
  • Ceux remplis de toute iniquité, malice, fornication, avarice, méchanceté, d’envie, de meurtre, de l’esprit de contention [controverse, débat, dispute] (Rm 1, 29-32 ; Jc 3, 14), de fraude, de malignité, délateurs, détracteurs, violents, orgueilleux, arrogants, inventeurs de sortes de mal, désobéissants à leurs parents, insensés, dissolus, sans affection, sans fidélité, sans miséricorde, et ceux qui approuvent ceux qui les font. (Romains 1, 29-32)
  • Les riches qui frustrent les ouvriers, ceux qui vivent dans les délices et voluptés (Jc 5, 2-5)
  • Les faux prophètes et maîtres menteurs qui introduisent des sectes de perdition (hérétiques) (2 Pierre 1-3 ; 1 Jn 2, 18-19 ; 4, 3 ; 2 Jn 1, 7, 9)
  • Impies, blasphémateurs, murmurateurs, imposteurs (Jude 4 ; 10-16 ; 18-19)
  • Infâmes débauchés (Jude 7)
  • Ceux qui commettent l’abomination et le mensonge, les chiens (ceux qui retournent à leur vomissure), les empoisonneurs, les impudiques, les homicides, les idolâtres, et quiconque aime et fait le mensonge (Ap. 21, 27 ; 22, 15)

Hiérarchie des péchés mortels sexuels

  • 1) baiser non chaste [Pape Alexandre VII, erreurs diverses sur les questions morales, n° 40, 24 sept. 1665 et 18 mars 1666],
  • 2) toucher sensuel [St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 154, art. 4],
  • 3) fornication,
  • 4) débauche,
  • 5) adultère simple (un seul partenaire est marié),
  • 6) double adultère (les deux partenaires sont mariés),
  • 7) sacrilège volontaire (un partenaire sous les vœux de religion),
  • 8) viol ou enlèvement d’une Vierge,
  • 9) viol ou enlèvement de l’épouse,
  • 10) viol ou enlèvement de nonne,
  • 11) inceste,
  • 12) masturbation,
  • 13) mauvaise position sexuelle (même entre époux) [Gen. 1, 27 ; Eph. 5, 23 ; St Albert le Grand, Comm. in IV senten. Dist. XXIII-L ; St Thomas, Somme, IIa IIae, Q. 154, art. 1],
  • 14) orifice ou ouverture inadéquat (crime plus odieux entre époux),
  • 15) sodomie (et homosexualité),
  • 16) bestialité (acte sexuel avec une bête) (Thomas N. Tentler, Du péché et de la confession, à la veille de la Réforme).

Autres péchés mortels communs couramment pratiqués aujourd’hui :

  • Striptease.
  • Habit sensuel (avant, pendant ou après les relations conjugales).
  • Jeux sexuels (ou jeu de rôle sexuel).
  • Sex toys (ou d’autres objets utilisés à cette fin).
  • Fautes de paroles sensuelles, impudiques ou sales (avant, pendant ou après les relations conjugales).
  • Gémissement incontrôlable ou débridé : toujours un péché mortel si c’est fait intentionnellement ou avec l’intention d’enflammer sa propre convoitise ou celle de l’autre conjoint. La plupart des femmes peuvent se contrôler elles-mêmes, mais choisissent de ne pas le faire car elles vivent dans la promiscuité. Certaines femmes sont en effet très cruelles et veulent faire du mal à d’autres quand il s’agit de cela, et on peut seulement dire que ces femmes qui agissent de cette façon sont abominables et démoniaques, car elles sont à la recherche d’un plaisir fautif et ainsi elles blessent et tuent l’âme de leur mari.
  • Épilation génitale : si c’est fait avec l’intention d’augmenter le plaisir sexuel et / ou pour en avoir plus de son conjoint, c’est toujours un péché mortel.
  • Position sexuelle inappropriée (souvent un signe de la passion et donc un péché mortel).
  • Aphrodisiaques ou substances utilisées pour améliorer la luxure : Si l’intention des conjoints lors de l’utilisation des aphrodisiaques est l’amélioration de leur honteuse et maudite luxure, ils commettent absolument un péché mortel. La seule exception à ceci serait si un mari ne pouvait pas obtenir une érection et donc qu’il ait pris une substance qui l’a aidé à atteindre ce but. Dans ce cas, ce ne serait même pas un péché véniel car son intention de l’utiliser n’est pas pour augmenter son plaisir, mais plutôt pour concevoir des enfants et remplir le devoir conjugal. Toutefois, un mari ne doit jamais utiliser des pilules ou des composés qu’il connaît comme augmentant sa convoitise. Il existe beaucoup de pilules et d’herbes naturelles qui peuvent être utilisées pour obtenir une érection sans nécessairement augmenter le plaisir. L’érection, d’abord et avant tout, a à voir avec le flux sanguin, et donc c’est ce qui doit être recherché dans des herbes, des médicaments et des suppléments.
  • Pause, interruption ou prolongation de l’acte conjugal : toujours un péché mortel si c’est effectué dans le but d’accroître la durée ou l’intensité du plaisir sexuel ou fabriqué par ou pour la femme ou hors de portée du mari en dehors de l’acte conjugal naturel, normal. Il n’est pas naturel d’interrompre l’acte sexuel pour des raisons de simple plaisir. Car, quand un mari ou une femme s’engage dans des actes pour prolonger naturellement ou interrompre l’acte sexuel conjugal, ils ne suivent pas plus l’objectif principal de l’acte (procréation), mais plutôt suivent le motif de satisfaction de leur honteuse et condamnable convoitise comme leur (nouveau) motif principal au cours de relations conjugales. C’est pourquoi c’est un péché mortel d’interrompre l’acte de mariage pour les raisons mentionnées ci-dessus. En outre, il faut considérer que l’Église catholique enseigne que même l’acte conjugal normal lorsqu’il est effectué dans le seul souci de plaisir est au moins un péché véniel. Mais les conjoints qui interrompent l’acte conjugal pour l’amour de la convoitise n’accomplissent même pas l’acte conjugal naturel et normal, mais le freinent ou l’interrompent. En conséquence, ils commettent une action qui est un péché en soi contre nature. L’interruption ou la pause, cependant, n’est pas un péché chaque fois que la situation l’exige. Par exemple, le rapport pourrait donner de la douleur à la femme ou être perçu comme dangereux pour l’enfant dans l’utérus ou être épuisant pour le mari qui, en toute sincérité, tente de finaliser l’acte mais ne peut pas le faire. Tous ces exemples et d’autres similaires ne sont pas coupables parce qu’ils ne sont pas effectués dans l’intérêt de la luxure. Par conséquent, c’est la mauvaise intention de renforcer le plaisir sexuel tout en refusant de consommer l’acte conjugal déraisonnablement en interrompant ou en le tenant déraisonnablement trop longtemps, qui rend pécheur l’acte de prolonger les relations conjugales. Tout ce qui ne suit pas la raison dans l’acte conjugal, comme expliqué par saint Thomas d’Aquin, est un péché.
  • Masturbation de soi ou de son conjoint (avant, pendant ou après l’acte de mariage). La masturbation a toujours été considérée comme un péché mortel dans l’Église catholique et cela ne cesse pas d’être un péché mortel simplement parce que les conjoints sont mariés. En dépit de cet ancien et constant enseignement moral infaillible dogmatique de l’Église catholique sur la perversité de la masturbation, non seulement les mauvais «catholiques» pervers de Vatican II et les protestants sataniques «le font faner», mais encore beaucoup de couples soi-disant «catholiques traditionnels» croient réellement que la masturbation est bonne à faire dans l’acte de mariage ! Bien qu’ils connaissent et admettent même que c’est un péché mortel de se masturber à l’extérieur de l’acte de mariage, ils croient néanmoins qu’il est juste de le faire au sein de la Loi sur le mariage et que c’est une exception. Mais quel enseignement de l’Eglise ou même des saints peuvent-ils citer à l’appui de cette hérésie ? Aucun ! Seuls les mauvais théologiens, pervers et hérétiques (ou d’autres opinions «catholiques» de laïcs privés hérétiques modernes) au cours des 100 dernières années ou plus peuvent-ils encore en citer à l’appui de cet enseignement. Ce fait est très révélateur, car il s’avère que cet enseignement est inspiré par le diable des fosses de l’enfer, car il était totalement inconnu avant les débuts de la grande apostasie actuelle et du monde moderne. Ceux qui enseignent qu’un tel mode de vie dégradé et débauché est bon ou moral sont des pervers complets et leurs opinions sont totalement inutiles. Tout toucher masturbatoire des organes génitaux de soi-même ou de son conjoint (comme manipulation des actes sexuels), est immoral et un péché mortel. N’importe quel type d’attouchement masturbatoire est immoral (indépendamment de savoir si ou quand l’apogée survient) parce que c’est un acte qui n’est pas naturel, procréateur ou nécessaire pour que la conception se produise et est, par conséquent, un acte déraisonnable.
  • Baisers, touchers, étreintes, caresses réalisés pour le plaisir sensuel ou la satisfaction est mortellement pécheur et doit toujours être évité à tout prix par tous et à tout moment, effectués pour des raisons sensuelles ou lubriques. Les conjoints doivent être conscients que, pour même si ce n’est pas un péché d’embrasser l’autre par affection et amour au cours de l’acte conjugal, l’excès ou le caractère déraisonnable d’embrassement arrive facilement au feu de la concupiscence, et c’est certainement un péché. Plus les conjoints sont indulgents dans ces étreintes licites et n’en font pas attention à l’intérieur, plus cela deviendra un péché. Pour être sécuritaires et devenir parfaits, les conjoints ne doivent jamais toucher, embrasser ou même se voir les uns les autres (surtout nus) pendant les rapports sexuels. Embrasser et se toucher avant les rapports sexuels est également particulièrement problématique car cela conduit à des rapports qui ne sont pas régis par un désir de procréer. Les conjoints ne doivent également jamais se promener à la maison partiellement habillés ou déshabillés. Les femmes en particulier ne devraient jamais marcher dans leurs sous-vêtements ou nues en présence de leur mari, car ce comportement sans aucun doute va inciter sa convoitise. Ce problème spécifique que nous avons aujourd’hui concernant les gens qui se promènent nus ou habillés comme des prostituées en public ou à la maison était généralement inconnu avant, car la plupart des hommes et des femmes dans le passé étaient beaucoup plus habillés et modestement, même à la maison. À titre d’exemple illustrant ce fait, examinez à quoi les sous-vêtements des femmes ressemblaient il y a seulement 200 ans. Croyez-le ou non, mais ces sous-vêtements étaient en fait plus modestes que les vêtements que portent beaucoup de femmes comme la jupe ou la robe en public aujourd’hui !
  • Actes sexuels contre nature : toujours un péché grave. Un acte sexuel ou le toucher contre nature est tout type d’acte sexuel qui n’est pas naturel, raisonnable, ou procréateur. Voici quelques exemples d’actes sexuels contre nature comprenant les actes honteux avec la bouche, la sodomie, les actes effectués sur différentes parties du corps non destinées à cet effet, et des actes sexuels de manipulation (ie masturbation de soi ou de son conjoint). Tous les actes sexuels contre nature sont intrinsèquement mauvais et des façons gravement immorales parce que ces actes n’ont pas le sens naturel et procréateur et soumis à la droite raison, sens requis par Dieu pour que des actes sexuels soient moraux. Ces actes ne sont pas procréateurs parce qu’ils ne sont pas le type d’acte qui soit intrinsèquement orienté pour la procréation. Ce n’est pas le type d’union sexuelle voulue par Dieu pour la personne humaine. Les actes sexuels contre nature ne sont pas justifiés parce qu’ils se font au sein du mariage, ni par la circonstance selon laquelle ces actes se produisent dans le cadre ou dans le contexte des relations conjugales naturelles, parce que la loi morale nous impose que chaque acte sexuel soit non seulement raisonnable et civil, mais aussi naturel et procréateur. Tous les étreintes contre nature sont donc intrinsèquement mauvaises et toujours gravement immorales en raison de la privation de la fin procréatrice et de la droite raison qui doit toujours être inhérente à l’acte conjugal.

Concupiscence et passions

Jacques 1, 15-16 : «Mais chacun est tenté par sa concupiscence, qui l’entraîne et le séduit. Puis la concupiscence lorsqu’elle a conçu, enfante le péché, et le péché, quand il a été consommé, engendre la mort».

La concupiscence est l’inclination au mal. La passion n’est pas le péché, mais incline au péché à cause de la nature humaine déchue, blessée et affaiblie. La nature n’est pas complètement mauvaise en elle-même, mais elle tend vers le mal, et elle a absolument besoin du secours de la grâce de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, pour maîtriser ses passions, pour sortir du péché et pour faire son salut.

Concile de Trente, 5ème session, n° 5, 17 juin 1546 ex cathedra : «Que la concupiscence ou le foyer du péché demeure chez les baptisés, ce saint concile le confesse et le pense ; cette concupiscence étant laissée pour être combattue, elle ne peut nuire à ceux qui n’y consentent pas et y résistent courageusement par la grâce du Christ. Bien plus, « celui qui aura lutté selon les règles sera couronné » (2 Tm 2, 5). Cette concupiscence, que l’Apôtre appelle parfois « péché » (Rm 6, 12-15 ;  Rm 7, 7 ; Rm 7, 14-20), le saint concile déclare que l’Eglise catholique n’a jamais compris qu’elle fût appelée péché parce qu’elle serait vraiment et proprement péché chez ceux qui sont nés de nouveau, mais parce qu’elle vient du péché et incline au péché. Si quelqu’un pense le contraire : qu’il soit anathème».

Saint Augustin, docteur de l’Église, sur le mensonge, ch. 7 : «On définit avec raison la passion : une convoitise de l’âme qui lui fait préférer les biens temporels aux biens éternels».

Saint Thomas, docteur de l’Église, dénombre onze passions dans sa Somme théologique, Ia IIae Pars, Q. 23 :

Passions de l’appétit concupiscible [facultés de désirer se joindre ou s’unir à l’objet] :

  • amour (amor) : Inclination vers un bien ;
  • haine (odium) : Inclination loin d’un mal ;
  • désir (desiderium / concupiscentia) : Inclination vers un bien possible à venir ;
  • évitement (fuga / abominatio) : Inclination loin d’un mal possible à venir ;
  • plaisir / joie (delectatio / gaudium / laetitia) : Possession d’un bien ;
  • douleur / tristesse (dolor / tristitia) : Possession d’un mal.

Passions de l’irascible [facultés de surmonter les difficultés dans la poursuite du bien ou dans la fuite du mal] :

  • espoir (spes) : Inclination vers un  bien à venir possible à atteindre ;
  • désespoir (desperatio) : Inclination loin d’un bien à venir impossible à atteindre ;
  • peur (timor) : Inclination loin d’un mal à venir impossible à surmonter ;
  • audace (audacia) : Inclination vers un mal à venir possible à surmonter ;
  • colère (ira) : Réaction à un mal présent ou passé à venger.

Œuvres de miséricorde

Œuvres de miséricorde corporelle (Matt. 25, 35-36) :

  • Donner à manger à ceux qui ont faim.
  • Donner à boire à ceux qui ont soif.
  • Vêtir ceux qui sont nus.
  • Visiter les malades.
  • Visiter les prisonniers.
  • Loger les pèlerins.
  • Enterrer les morts.

Œuvres de Miséricorde spirituelle :

  • Enseigner les ignorants.
  • Conseiller ceux qui doutent.
  • Reprendre les pécheurs.
  • Consoler les affligés.
  • Pardonner les offenses.
  • Supporter avec patience les importuns.
  • Prier pour les vivants et les morts.

Du combat de la nature et de la grâce

Méditations sur les vérités de foi et de morales, P. Kroust, mercredi VI ap. l’Épiphanie : «L’homme a pour ennemis ceux de sa propre maison (Math. 10). La nature viciée par le péché ayant perdu la grâce, ce n’est pas sans de grands combats que cette ennemie du salut la reçoit de nouveau. Voilà pourquoi le soldat de Jésus-Christ se trouve divisé avec lui-même entre deux partis qui lui font une guerre intestine. Car il arrive que la grâce soumet et dompte la nature, ou que la nature repousse et éteint la grâce ; elles ne peuvent régner ensemble, puisqu’elles diffèrent entre elles dans leur origine, dans leurs mouvements et dans leurs fruits. Il est donc important de les discerner et d’examiner celle des deux que nous voulons avoirs pour chef. L’origine de la nature est terrestre, celle de la grâce est céleste. Celle-ci nous conduit à l’honnêteté de la vertu, l’autre aux voluptés charnelles ; l’une donne la mort, l’autre la vie. Considérons donc en trois points la nature viciée dans ses puissances, dans ses actes, dans ses effets.

«Ier point – Le premier homme, étant tiré de la terre est terrestre ; le second, venant du ciel, est céleste. L’un nous a transmis la nature non pas telle qu’elle fut créée par les mains de Dieu, mais corrompue et viciée par le péché originel ; le second Adam nous donne la grâce. « Le premier Adam fut créé avec une âme vivante ; le second a été rempli d’un esprit vivifiant (1 Cor. 15)». Comme la grâce et la nature sont opposées naturellement, elles engendrent aussi des natures qui se combattent et forment deux hommes en un : « l’un charnel, qui est engendré selon la nature ; l’autre spirituel, qui est engendré selon la grâce. L’Adam terrestre a des enfants terrestres, celui qui est céleste a des enfants célestes (1 Cor. 15) ». Or, il ne peut y avoir une nouvelle créature en Jésus-Christ, à moins que le vieil homme ne soit détruit, et que celui qui est produit par la génération ne soit détruit par la régénération. La grâce corrige ce que la nature a donné, elle réforme l’entendement, elle mortifie les sens, elle corrige l’affection ou la passion.

«1° Que sert à l’homme la lumière de la nature pour se diriger et pour rechercher la vérité ? Il est aveuglé par les ténèbres de l’enfance et de la concupiscence ; les nuages de l’ignorance obscurcissent sa vue. Il trouve avec peine ce qui est sous ses yeux, il ne prévoit point les choses à venir, il ne découvre point les choses éternelles. Quoique la nature lui montre la différence du bien et du mal et quelques principes évidents sur les mœurs, elle ne saurait lui donner seulement la pensée de ce qui peut conduire au salut ; elle l’enfle d’un vain orgueil et d’une science plus vaine encore, qui ne lui permet pas de recevoir ce que les autres ont trouvé, ni de se dessaisir de ce qui vient de lui-même. Mais la grâce détruit les conseils de la nature et toute hauteur qui s’élève contre la science de Dieu ; elle réduit sous l’obéissance de Jésus-Christ et de la foi tout esprit qui se soumet à son empire, et le captive de manière à le rendre capable de contempler les biens célestes, qui sont élevés au-dessus de la nature (2 Cor. 10).

«Ô éclat de la lumière éternelle, véritable émanation de la clarté de Dieu, plus brillante que le soleil, qui formez les amis de Dieu et des prophètes, « venez éclairer nos esprits et nous donner la science des saints pour la rémission des péchés (Sag. 7 ; Luc 1) ».

«2° Mais le combat principal de la nature contre la grâce se trouve dans le sens extérieur, où réside la concupiscence de la chair, qui, quoique vaincue souvent, n’est cependant jamais détruite entièrement. C’est elle que l’apôtre, après avoir été élevé au troisième ciel, éprouvait encore rebelle à la loi de l’esprit ; quoiqu’il y résistât fortement, il était fatigué de combattre tous les jours contre lui-même et de ne pouvoir enfin remporter une victoire complète : Je ne fais pas, dit-il, le bien que je veux (Rom. 7) ; aussi il pria trois fois le Seigneur de détruire en lui l’aiguillon de la chair, mais le Seigneur lui dit : Ma grâce vous suffit (2 Cor. 12). Oui , la grâce suffit, mais à condition qu’elle ne sera pas désarmée ; il faut qu’elle soit armée de freins et de chaînes, de châtiments et de supplices pour mortifier et dompter la chair rebelle. C’est pourquoi l’apôtre saint Paul dit : « Je combats non en donnant des coups en l’air, mais je châtie mon corps et je le réduis en servitude, de crainte qu’après avoir prêché aux autres, je ne sois réprouvé moi-même (1 Cor. 9) ».

« Malheureux que je suis ! Qui me délivrera de ce corps de mort ? Ce sera la grâce de Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur, qui réprime le sens charnel et qui corrige l’affection du cœur ou la passion (Rom. 7) ».

«3° Tout ce qui est défendu a de l’attrait pour nous, et le cœur des hommes est dépravé (Jér. 17). C’est lui qui consomme le péché qui donne la mort ; car c’est du cœur que sortent les mauvaises pensées, les homicides, les vols qui souillent l’homme. Le corps qui se corrompt appesantit l’âme (Mat. 15) et l’incline au mal ; cependant il ne lui donne pas la mort tant que la volonté ne donne pas son consentement aux sens et qu’elle les réprime. Mais, hélas ! l’esprit de l’homme n’est ni sain ni droit, il est courbé comme un arc ; son cœur est souillé de la tâche d’Adam ; il est dur et animal, comme dit saint Paul, et ne comprend pas ce qui vient de l’esprit de Dieu ; il aime les choses terrestres, il éprouve du dégoût et de la répugnance pour les choses célestes. Il y a donc un grand combat entre la nature et la grâce, qui opère surtout dans le cœur par le Saint-Esprit ; elle détruit la malice et tout ce qu’il y a en lui du vieil homme ; elle purifie et corrige toute affection ; elle change et transforme le cœur.

«Faites, Seigneur, en faveur de votre serviteur ce que vous avez promis. Vous avez dit : Je vous donnerai un cœur nouveau, et je vous enlèverai votre cœur de pierre (Ezéch. 36 et Ps 50). Donnez-moi un cœur pur et renouvelez au fond de mes entrailles l’esprit de droiture et de justice.

«IIème point – Quittez toutes vos anciennes habitudes, dépouillez-vous du vieil homme et de ses œuvres, et revêtez-vous de l’homme nouveau (Coloss. 3). La nature corrompue est portée au mal dans toutes ses puissances ; par tous ses actes elle pousse au péché et entraîne la volonté ; elle cherche la volupté et se repose dans la créature comme dans le souverain bien. Qui ne conçoit combien les mouvements de la grâce et de la nature sont opposés ? Celui qui se dépouille de ses erreurs, de ses amours et de ses craintes, dépouille le vieil homme et se revêt du nouveau, tandis que la grâce, venant à son aide, dissipe les erreurs, réprouve les amours et surmonte les terreurs.

«1° De quel déluge d’erreurs la nature est environnée ! La principale, qui est la source de toutes les autres, c’est celle qui consiste à se tromper sur la fin dernière de l’homme et à placer son souverain bonheur dans l’usage de la vie présente. C’est ce qui est cause que le plus souvent elle ne consulte point la lumière de la droite raison, qu’elle regarde comme honnête ce qui lui plaît et licite tout ce qui est avantageux. Mais la grâce considère la vanité des choses temporelles et montre quelque chose de plus durable et de meilleur. C’est ainsi que l’homme charnel loue et estime les dons de la nature, la beauté du corps, les qualités de l’esprit ; il exalte et admire l’abondance des biens et l’éclat des dignités, jusqu’à ce qu’enfin, précipité dans l’enfer avec les méchants, il s’écrie : Je me suis trompé (Sag. 5). Mais l’homme spirituel juge de tout et n’est jugé par personne (1 Cor. 2), parce qu’en toute chose il se demande : Que sert cela pour la vie éternelle ? et il n’estime que les dons de la grâce, la charité, la patience, l’humilité, la chasteté. N’êtes-vous point encore charnel, vous qui estimez à un si haut prix les dons de la nature et si peu ceux de la grâce ?

«2° La différence de jugements conduit à la différence d’amours, qui produit encore un combat entre la nature et la grâce, parce que ces amours opposés sont poussés par des désirs contraires. Qu’aime en effet la nature, que désire-t-elle, sinon ce que la grâce rejette et réprouve ? Car elle est la mère du bel amour dont les fleurs produisent des fruits d’honneur ; c’est en elle qu’est toute l’espérance de la vie et de la vertu (Eccl. 24). La nature est rusée, elle entraîne et trompe en se donnant toujours pour dernière fin ; la grâce va avec simplicité et n’agit en tout que pour la gloire de Dieu, dans lequel elle se repose comme dans sa dernière fin. La nature reçoit avec plaisir l’honneur et le respect ; la grâce rend tout honneur et toute gloire à Dieu. La nature est cupide, elle reçoit plus volontiers qu’elle ne donne ; la grâce se contente de peu et pense qu’il est plus heureux de donner que de recevoir, dit l’auteur de l’Imitation.

«Donnez-moi, Seigneur, cette grâce qui triomphe de la méchante nature et qui délivre l’homme des choses terrestres pour l’élever jusqu’à l’amour des choses célestes.

«3° La grâce surmonte, par la crainte de Dieu et par la douceur que procure la joie céleste, toutes les terreurs de la nature. Que craint en effet la nature, sinon la perte et la disette des biens temporels, les misères du travail et de l’obéissance, les tourments du corps et de l’esprit ? Ce sont là de véritables maux si vous n’aimez rien, si vous n’espérez rien au-delà de cette misérable vie ; mais ce sont des biens si vous les supportez avec patience et que vous les offriez à Dieu. Ainsi ce que la nature fuit, ce qu’elle a en horreur, la grâce l’accepte volontiers. Elle change la tristesse en joie, quoiqu’elle soit tentée de diverses manières. Elle ne craint qu’un seul mal, dans lequel la nature se précipite avec une aveugle fureur ; ce mal lui déplaît et la fait fuir. Elle n’a horreur que d’une seule chose, c’est le péché, et, par un mouvement d’opposition, elle repousse toute impulsion qui vient de la nature, soit qu’elle lui déplaise, soit qu’elle la flatte.

«Il appartient à la volonté propre de recevoir la grâce ou de lui faire opposition, dit saint Augustin. Voyez celle qui domine dans votre cœur : la nature craint la confusion et le mépris ; la grâce se réjouit de souffrir le mépris avec Jésus-Christ. La nature se plaint facilement de l’indigence et de tout ce qui la gêne ; la grâce supporte la privation avec constance. La nature ne veut ni mourir, ni être gênée, ni se soumettre, ni obéir à l’esprit ; la grâce s’étudie à la mortification propre, elle veut se soumettre, elle ne veut pas jouir de sa propre liberté, mais elle aime à être tenue sous la discipline. C’est encore l’auteur de l’Imitation qui parle ainsi.

«IIIème point – Comme le péché a régné pour donner la mort, il faut aussi que la grâce règne par la justice en donnant la vie éternelle. La nature procure une double mort, et la grâce une double vie : l’une la mort à l’âme, l’autre la vie ; l’une une seconde mort, l’autre la vie éternelle.

«1° « Mes bien-aimés, dit saint Pierre, je vous conjure, comme étant des pèlerins et des voyageurs, de vous abstenir de tous les désirs charnels qui combattent contre l’âme (Rom. 5) », qui, à moins d’une résistance courageuse, en reçoit la mort. C’est la nature qui a fait naître le vice, parce qu’elle conduit et pousse au péché ; mais lorsque le péché est consommé, il donne la mort (Jacq. 1). C’est pourquoi l’apôtre appelle la loi des membres la loi du péché, un corps de mort ; car la concupiscence de la chair entraîne au péché et à la mort, et si on laisse échapper le frein, elle y précipite. La prudence de la chair, dit-il, c’est la mort, l’ennemie de Dieu ; car elle n’est pas soumise à la loi de Dieu, et elle ne le peut pas. « Si vous vivez selon la chair, vous mourrez ; mais si vous mortifiez par l’esprit les œuvres de la chair, vous vivrez (Rom. 7). Quel est cet esprit, sinon celui qui par le secours de la grâce aide notre faiblesse ? Quelle est cette vie, sinon la vie surnaturelle de l’âme qui est ressuscitée par la grâce sanctifiante, qui habite en elle, qui la vivifie et qui la justifie ?

«Que vous servira-t-il d’avoir été enseveli avec Jésus-Christ par le baptême et régénéré dans son sang, rendu plus tard à la première innocence par la grâce de la pénitence, et d’avoir ainsi recouvré la santé de l’âme, si vous ressuscitez de nouveau le vieil homme, et si vous en revêtez votre âme ? Vous ne servez plus Dieu pour avoir la vie, mais vous servez le péché pour avoir la mort.

«2° Une seconde mort vous est réservée, mort très mauvaise : la mort de l’enfer, la mort éternelle. L’homme ne recueillera que ce qu’il aura semé. « Celui qui sème dans sa chair ne recueillera de sa chair que corruption (Gal. 6). Comme donc nous avons porté l’image de l’homme terrestre, portons désormais l’image de l’homme céleste, car la chair et le sang ne peuvent pas posséder le royaume de Dieu, et la corruption ne peut posséder un héritage incorruptible (1 Cor. 15) ». Mais pour ce qui est des timides, des incrédules, des homicides, des fornicateurs, « leur partage sera dans l’étang de feu et de soufre : c’est là la seconde mort (Apoc. 21). La vie éternelle, c’est la grâce de notre Sauveur Jésus-Christ (Rom. 6), en qui le Dieu de toute grâce nous a appelés à la gloire éternelle (1 P. 5) ».

«C’est pourquoi retenez cette parole bien courte et qui est un abrégé de toute la milice chrétienne : Vainquez-vous vous-même, renoncez-vous vous-même. Aucune adversité ne pourra vous nuire, aucune passion ne prévaudra sur vous».

 

Du combat spirituel contre les sept péchés capitaux, Saint Bonaventure

Du combat contre la gourmandise ; de la nature de ce vice et des remèdes à y apporter.

Allons ! soldats du Christ, qui êtes prêts à commencer le combat spirituel, revêtez-vous de l’armure de Dieu ; prenez en main le glaive et le bouclier ; le glaive de la force et du courage, le bouclier de la patience, afin d’être inébranlables au milieu des assauts et des peines. C’est contre la gourmandise que nous allons d’abord diriger nos efforts ; car, tant qu’elle domine en nous, nous sommes incapables de bien reconnaître les coups plus obscurs que nous portent les autres vices. « Beaucoup, nous dit saint Grégoire, entreprennent des choses grandes et difficiles ; mais, parce qu’ils n’ont pas vaincu la gourmandise, ils perdent honteusement ce qu’ils avaient acquis au prix d’efforts glorieux ». En effet, celui qui ne peut renverser ses ennemis dans ses propres domaines, c’est-à-dire dans son corps même, comment, les vaincra-t-il dans une terre éloignée ?

La gourmandise est donc un amour désordonné et immodéré de la nourriture.

Or, tout ce qui tend à occuper intérieurement et d’une manière utile les facultés de l’âme ; tout ce qui contribue à augmenter ses désirs intérieurs ; tout cela, dis-je, offre un remède contre la gourmandise, et, qui mieux est, contre tous les vices de la chair. C’est ce qu’enseigne saint Jérôme en écrivant à Rustique : « Aimez, lui dit-il , la science des Écritures, et vous serez sans amour pour les vices de la chair ». C’est encore ce qui fait dire à saint Jean Climaque, homme très-versé en toutes ces matières, que le manque de souffrances et l’oubli de la mort sont une occasion de gourmandise (Clim., grad., 14). Et pour tout dire en un mot, l’absence ou le vide des bons désirs, des saintes méditations, est la source ou l’accroissement principal des péchés de la chair. Le remède à y opposer est donc une crainte profonde de la mort, du jugement et de l’enfer ; le désir toujours persévérant du royaume céleste, de la perfection, ou tout autre bon sentiment intérieur, comme la dévotion et surtout la componction, les larmes, la prière ; car tout cela contribue à remplir le cœur de l’homme, et, selon saint Jérôme, un désir chasse un autre désir, une affection bannit une autre affection (Hier., Epist. ad Rust.).

C’est la sobriété qui devrait défendre contre la gourmandise les remparts où nous tenons renfermé tout ce qu’il y a en nous de concupiscence ; car c’est une vertu qui ne permet de prendre qu’avec une juste modération les aliments corporels. C’est à elle qu’il appartient avant tout d’être notre gardienne contre ce vice. Veillez donc pour ne point outre-passer les limites en ce qui concerne la qualité de la nourriture.

Il est plus difficile de discerner ce qui convient relativement à la quantité, et cependant il peut y avoir pour tous une règle qui aide à nous contenir : c’est de ne jamais se rassasier, ni se charger d’aliments autant que la capacité de chacun pourrait le permettre.

Le premier degré de la sobriété c’est de souffrir avec patience et sans nous plaindre lorsque nous ne pouvons avoir selon notre désir, soit à boire, soit à manger.

Le second degré c’est de consentir par amour pour la sobriété et la pauvreté, et aussi par désir du bon exemple, à nous passer de ce que nous pourrions nous procurer.

Le troisième degré c’est de se priver de bon cœur de tout ce que nous possédons de propre à flatter notre goût.

Du combat contre la luxure ; de la nature de ce vice et des remèdes à y apporter.

Si, au lieu de vaincre la gourmandise, vous vous laissez dominer par elle, elle appellera aussitôt à sa suite sa sœur la luxure, dont vous pourrez reconnaître la présence aux indices que sa nature elle-même vous rendra sensibles. Elle allumera aussitôt en la partie sensible de votre âme l’amour, l’inclination, la passion pour les personnes d’un sexe différent ; ou bien elle excitera des mouvements en votre chair, et vous pouvez le comprendre par les impressions de concupiscence qui se font sentir en votre corps. Quelquefois son action s’exerce principalement sur l’âme par le désir d’actes illicites, ou l’affection pour une personne qu’on aime d’un amour coupable. Vous pouvez vous faire une idée de ce genre d’affection par les sentiments que fait naître en vous l’image empreinte en votre imagination de personnes d’un autre sexe.

Or, contre un tel vice, le combat est long et pénible, ou plutôt nous sommes impuissants contre lui, réduits à nos seules forces. C’est pourquoi le remède radical, selon saint Augustin, en plusieurs endroits où il traite de la continence au livre de ses Confessions, et selon les autres saints, le remède capital c’est d’humilier son cœur, de reconnaître sa propre fragilité, et de recourir à la miséricorde divine. Il y a aussi quelques autres remèdes qui contribuent à éloigner de l’âme la luxure ; ce sont : la contrition du cœur, la prière fréquente, la méditation continuelle de la mort, de l’enfer, et d’autres sujets semblables. Et la raison, vous la comprenez par ce que nous avons dit de la gourmandise. De même l’exactitude à réprimer toute affection perverse, toute pensée mauvaise ; ce que l’on fait en y substituant des pensées pieuses et de saints désirs. De même encore, il faut ranger parmi les remèdes contre la luxure, l’abstinence de la viande, le jeûne, mais surtout un jeûne égal et modéré, et le travail des mains qui empêche les divagations multipliées de notre cœur.

Il y a aussi quelques moyens directs à employer contre ce vice, soit qu’on le considère comme résidant dans notre corps ou comme résidant dans notre âme. Ces moyens sont : la garde empressée de nos sens, car ils sont les ouvertures qui lui dorment entrée en nous ; la fuite de toute familiarité et société avec les personnes d’un autre sexe, et la fidélité à ne point demeurer seul, à ne point converser seul avec elles seules, surtout dans un lieu à l’écart, et à ne point fréquenter leurs maisons, selon les enseignements de saint Jérôme (Epist. ad Nepotian.).

Le premier degré de la chasteté consiste à s’abstenir courageusement de tout acte charnel avec la ferme résolution d’agir toujours ainsi, et de refuser en tout temps son consentement à tout mouvement impur que l’on pourrait éprouver.

Le second degré consiste à employer les remèdes que nous venons d’indiquer et autres semblables, afin de soumettre la chair à l’esprit, et de rendre les tentations plus rares ; et il faut savoir que cette sorte de tentation se réprime plus facilement par une volonté bien arrêtée que par des efforts violents.

Le troisième degré consiste à avoir soumis de telle sorte la concupiscence de la chair qu’on n’en ressente plus les mouvements que très-faiblement et à de rares intervalles ; et ensuite d’être dans une telle disposition habituelle qu’on ne puisse entendre parler ou parler soi-même de ces choses qu’avec dégoût et horreur.

De l’avarice, et des remèdes qui y sont opposés.

Après la luxure vient l’amour de l’argent ou l’avarice. Cette passion s’attaque à ceux qui sont tièdes dans le service de Dieu ; mais rarement elle s’adresse à ceux qui combattent avec courage, surtout s’ils vivent sous l’autorité ou la tutelle d’un autre. Le remède à opposer à un tel vice, c’est d’exercer la profession que vous connaissez, afin de gagner par le travail de vos mains de quoi vivre et de quoi vous vêtir, et de borner là tous vos désirs. Mettez votre confiance en Dieu : il n’abandonne point ceux qui espèrent en lui.

Si vous voulez que je vous indique le remède souverain pour vaincre parfaitement l’avarice, le voici : Abandonnez tout ce que vous possédez, et confiez-vous à la garde d’un supérieur, en vivant avec les autres en communauté. Mais en tout cas il faut contre un tel vice s’opposer aux commencements, ne pas même souffrir en son cœur le désir de quoi que ce soit. Car, s’il est facile de le vaincre lorsqu’on le prend ainsi à sa naissance, une fois que nous lui avons donné entrée en nous, il devient le plus difficile de tous les vices à expulser.

Le premier degré, si l’on veut faire des progrès contre l’avarice, c’est le mépris du monde, c’est de ne posséder rien injustement, de ne point abuser de ses richesses pour commettre le péché, et de faire l’aumône.

Le second degré c’est de ne rien avoir de superflu, mais de se contenter du nécessaire. Beaucoup, il est vrai, étendent fort loin cette nécessité ; mais il n’est pas sûr en bien des choses de nous en rapporter à nous-mêmes ; il faut plutôt prendre conseil d’un autre.

Le troisième degré c’est de ne rien posséder en ce monde, mais d’user seulement de ce qui nous est nécessaire, et de souffrir fréquemment la pauvreté dans le boire, le manger et le vêtement.

De la colère et des remèdes qui lui sont opposés.

Les trois vices dont nous venons de parler s’adressent en nous à la concupiscence, et le quatrième, qui est la colère, à l’irascibilité. C’est une bête méchante qui se déchire soi-même et scandalise les autres ; c’est un poison mortel qui tue l’âme, et en éloigne le Saint-Esprit. Lorsque ce vice est arrivé a prendre place dans la partie irascible de notre âme il y introduit aussitôt toute sa famille. Ce sont les querelles, les airs dédaigneux, les injures, les cris les emportements, les blasphèmes.

Les remèdes contre la colère sont d’abord de mettre un frein à sa langue en gardant le silence, et ensuite d’étouffer en son cœur la flamme qui y est allumée. Remarquez que, selon saint Ambroise, dans son livre des offices (Lib. 2. c. 21), le vrai soldat de Jésus-Christ doit arriver par la crainte et la méditation de la mort, et surtout par une pieuse componction (qui est, dit saint Jean Climaque, à la colère et à l’indignation ce que l’eau est au feu, Grad. 8), à réprimer en soi les mouvements de la colère et à s’adoucir de telle sorte que la tranquillité de l’âme lui devienne par l’habitude, l’amour et le ferme propos, une seconde nature. C’est encore un puissant moyen contre la colère, toutes les fois qu’on s’y est laissé aller, de se reprendre sévèrement quand l’émotion est apaisée, de s’adresser des reproches et de se reconnaître humblement coupable du fond de son cœur en demandant pardon à ceux qu’on a offensés.

Les degrés par lesquels on s’élève contre la colère sont connus par ce que nous venons de dire.

Le premier c’est de lui résister en retenant sa langue, en commandant aux mouvements de son corps, pour que rien ne paraisse au dehors.

Le second c’est d’arriver par la pratique à ne point se troubler de ce qui petit nous blesser, et à agir comme si l’on était dans un lieu fort où l’on n’a à s’inquiéter en rien de ce qui nous est contraire.

Le troisième c’est de se réjouir et de se glorifier dans les tribulations lorsqu’elles sont présentes, et de les désirer lorsque nous ne les avons pas.

De la nature de l’envie, de son origine, et des remèdes à y opposer.

Le cinquième combat est dirigé contre l’envie, que saint Grégoire range au nombre des péchés capitaux parce qu’elle donne naissance par elle-même à d’autres péchés (Mor., lib. 31, c. 17). Si Cassien et saint Isidore ne la mettent pas en ce rang, c’est sans doute parce qu’elle-même tire son origine d’un péché de cette sorte. Or, pour bien en reconnaître en vous la nature par son effet, vous devez savoir que l’envie est une douleur du bien du prochain, et ainsi l’objet de ce vice est le bien de nos frères en tant qu’il est pour nous un mal.

Or, cela peut arriver de deux ou trois manières. D’abord en tant que nous sommes exposés par ce bien à quelque malheur ; ainsi nous voyons avec peine que notre ennemi ou un autre qui ne nous plaît pas, devienne notre supérieur, parce que nous craignons qu’il ne nous afflige ; et en cela il n’y a point de péché. Quelquefois nous nous attristons lorsque nous considérons le bien du prochain, non que nous lui portions envie, mais parce que nous déplorons d’être privés d’un bien semblable ; et cela peut être un zèle louable, car c’est avec une telle envie que nous devrions tendre à l’humilité, à la charité et à l’obéissance. Enfin il arrive aussi que nous sommes jaloux du bien du prochain en tant qu’il est une diminution du nôtre et surtout de notre gloire. Aussi est-ce principalement dans les choses qui ont pour objet la gloire que se trouve l’envie ; et les hommes vains, glorieux et pusillanimes sont généralement envieux, car ils craignent que leur gloire ne vienne à s’amoindrir, ils redoutent aisément qu’on ne l’emporte sur eux. Cette envie, en quelque lieu qu’elle s’établisse, traîne à sa suite ses filles, qui sont la haine, les murmures, la médisance, la joie du malheur des autres, la peine de leur bonheur.

Or, l’amour du prochain chasse l’envie, et c’est pourquoi nous allons en parler un peu. D’abord, nous dirons par quels moyens nous pouvons conserver entre nous cet amour mutuel ; et ensuite, comment chacun doit se conduire pour être aimé des autres et les aimer soi-même. De la sorte, on aura contre l’envie des remèdes suffisants.

Vous devez savoir que la charité parfaite, véritable et permanente ne se conserve inviolablement qu’entre ceux qui ont un même but, une même volonté, et qui sont en quelque sorte purs de tout vice, selon qu’il est dit dans la seizième conférence de Cassien. Ainsi la charité suprême se trouvera dans le ciel, et la charité véritable se serait rencontrée dans le paradis terrestre, si l’homme n’eût point péché. Cependant, il y a quelque moyen pour acquérir et conserver entre nous la charité alors même qu’elle ne serait point parfaite.

Le premier, qui est aussi un remède souverain contre l’envie, consiste à mépriser du fond de son cœur et à fouler aux pieds tout ce qui, dans le monde, peut donner naissance aux contestations, aux disputes, à la jalousie, comme les richesses, les honneurs, etc.

Le second c’est de ne point se confier en sa propre sagesse en suivant sa volonté propre, et en refusant d’acquiescer aux vues des autres, ce qui engendre surtout la discorde et la rancune.

Le troisième moyen c’est de savoir préférer le bien de la charité à ce qui nous est utile et même nécessaire. En effet, quand j’aurais une foi à transporter les montagnes ; quand je parlerais la langue de tous les hommes et des anges, si je n’ai point la charité, tout cela ne me servira de rien. C’est pourquoi nous devons, en toutes nos actions, considérer par-dessus tout la charité envers nos frères. Et il n’y a rien que les anges et le Seigneur des anges désirent autant trouver en nous que l’union fraternelle et la charité mutuelle.

Le quatrième moyen consiste pour chacun à éviter avec le plus grand soin la colère et tout ce qui peut offenser les autres. S’il arrive que nous ayons péché contre notre frère, il faut lui en demander pardon avec humilité ; si, au contraire, notre frère a conçu sans motif de l’aversion contre nous, appliquons-nous, autant que nous le pouvons, à faire notre paix avec lui. Tout cela est tiré de la seizième conférence des Pères du désert.

De la paresse, et des remèdes à y opposer.

Le sixième combat se livre contre la paresse. Il est dans la nature de ce vice d’engendrer le dégoût du bien, de produire en l’âme l’engourdissement et de plonger l’esprit dans la tristesse. Il rend enclin au sommeil et à la dissipation, inspire l’horreur de la retraite, l’ennui de la solitude, le mépris et le dédain de ses frères, et ne se plaît en aucun travail, surtout si c’est un travail spirituel, et quelquefois même il porte à s’occuper de quelque oeuvre manuelle afin d’avoir un prétexte de laisser de côté les exercices de l’esprit, l’oraison et autres pratiques semblables. Les conséquences d’un tel vice sont la malice, la joie à former des projets pervers, le désespoir, la pusillanimité, la rancune ou la haine invétérée, la nonchalance dans tout ce qui concerne les commandements de Dieu, et l’effusion de l’âme sur ce qui est défendu.

Le remède souverain contre la paresse, c’est de ne jamais se laisser aller à l’ennui, de courir au-devant en le combattant courageusement, et de le vaincre par le travail. Cependant chacun peut varier ses occupations : tantôt prier, tantôt lire, tantôt méditer, etc. Si une chose ne plaît pas, on peut en faire une autre, et agir vis-à-vis de soi comme on agit vis-à-vis d’un malade dont le goût est gâté et à qui l’on offre toutes sortes d’aliments. Un travail manuel également varié sert aussi contre cet ennui du cœur, et à ce travail vient se joindre, comme un puissant auxiliaire, la componction. En effet, celui qui pleure sur lui-même, dit saint Jean Climaque, ne sait ce que c’est que la paresse (Grad., 13). Que ce tyran soit donc enchaîné par le souvenir de nos offenses et de nos crimes ; qu’il soit mis à mort par le travail des mains et par la méditation sérieuse des récompenses futures.

De la tristesse, et du combat qu’il faut lui opposer.

Remarquez que la mauvaise tristesse peut se considérer sous un double point de vue, soit en général soit en particulier. Elle s’appelle tristesse d’une manière générale quand on l’envisage dans ses rapports avec toutes les passions ; car c’est le propre de toute passion d’engendrer la peine ou le plaisir selon qu’elle se met en possession de l’objet qu’elle convoite, ou qu’elle en est frustrée. Plus vous surmonterez cette tristesse, plus vous arracherez de votre cœur un grand nombre de vices. Si vous êtes fort contre elle, beaucoup de ces vices disparaîtront ; si vous êtes faible, leur diminution sera insensible ; et si vous en triomphez entièrement, vous donnez la mort à tous. Mais qui arrivera jamais jusque-là ?

On l’appelle tristesse d’une manière spéciale quand elle est un ennui des choses divines, et ainsi elle peut rentrer dans la paresse. La cause de la tristesse se connaît difficilement, car elle a autant de causes qu’il y a en nous de vices aimés ou d’affections perverses.

Contre ces deux vices, la paresse et la tristesse, combat la charité envers Dieu qui n’est jamais oisive. Or, on arrive à cette vertu par un triple degré.

D’abord, en usant de telle sorte de ce qui nous est permis, que nous ayons toujours soin de nous abstenir de ce qui nous est défendu.

En second lieu en accomplissant avec empressement et avec une grande ferveur tout ce qui tient au service de Dieu, et en excitant dans les autres un pareil sentiment.

Et enfin, en se portant vers Dieu avec autant d’ardeur que si l’on ne pouvait vivre sans lui.

On trouve encore un secours contre la tristesse dans de pieux entretiens, dans le souvenir de la bonté et de la miséricorde de Dieu et dans de saints cantiques, comme l’enseigne saint Paul aux Ephésiens (Ephes. 5).

De la vaine gloire, et des remèdes qui lui sont propres.

Si vous parvenez à vaincre tous les vices dont nous avons parlé (ce qui ne peut se faire sans de grands efforts et des peines nombreuses) ; si, dis-je, vous en arrivez là, c’est alors surtout qu’il faut vous précautionner contre la vaine gloire, car elle se glisse avec tant d’art parmi les vertus que c’est à peine si les hommes spirituels peuvent toujours la reconnaître. Or, elle est vaine de toute manière, et elle fait pénétrer en tout la vanité : dans le vêtement, dans le maintien, dans la conversation, dans le silence. Si vous êtes revêtu d’un habit précieux, vous la trouvez avec vous ; si vous êtes humble, elle s’exalte encore plus ; si vous parlez, elle se réjouit de ce que vous avez dit ; si vous gardez le silence, elle applaudit, à votre humilité. Elle fait naître en vous la pensée, elle vous imprime un désir ardent de ce qui est une cause de louange et d’honneur, quand même il faudrait pour cela s’exposer à de grands dangers et à de pénibles travaux ; et alors elle donne à ceux qui lui sont dévoués un courage plus grand que l’espérance de la béatitude à ceux qui combattent pour elle.

C’est cette même bête qui fait soupirer après les degrés de la cléricature, du diaconat, du sacerdoce. Et cependant lorsqu’elle pousse quelqu’un à ces honneurs, elle se garde bien de le faire ostensiblement de peur qu’on ne l’accuse de les avoir ambitionnés. Voyez à ce sujet ce que dit Cassien au livre des Institutions monastiques. Non, jamais on ne saurait décrire toutes les formes que prend un pareil monstre. En quelque lieu que vous le repoussiez, il tient toujours comme un chardon sa pointe dirigée contre vous ; et semblable à l’ail, si vous lui enlevez une enveloppe, vous le retrouverez couvert d’une autre. Qu’il s’introduise quelque part, il traîne perfidement à sa suite des enfants dignes de sa perversité. Ce sont l’insubordination, les querelles, la jactance, l’hypocrisie, l’entêtement, la discorde, la présomption ou l’invention des nouveautés.

Si donc vous désirez vaincre la vaine gloire, apportez un soin suprême à ne jamais rien entreprendre par un motif de vanité, vous rappelant cette parole du Sauveur : « Ils ont reçu leur récompense (Mat. 6) » ; cette autre du Prophète : « Dieu a dispersé les ossements de ceux qui ne cherchent qu’à plaire aux hommes : ils ont été dans la confusion, parce que Dieu les a méprisés (Ps. 52) ; et encore cette autre de l’Apôtre : « Si je plaisais aux hommes, je ne serais point serviteur de Jésus-Christ (Galat. 1) ». Efforcez-vous ensuite de préserver des atteintes de ce même vice avec un soin non moins grand tout ce que vous avez commencé avec une intention droite. Et enfin celui qui veut demeurer vainqueur en ce combat doit éviter en tout temps tout ce qui est singulier, tout ce qui peut procurer la louange et l’honneur. « Car », selon saint Jean Climaque, « un principe de ruine pour la vaine gloire c’est la garde de notre langue, l’amour d’une société peu élevée, la joie d’une ignominie profonde, et le bonheur que nous éprouvons à paraître misérables en présence de la multitude (Grad. 21) ». « L’unique remède contre la vaine gloire, dit saint Jean Chrysostôme, c’est de prier Dieu qu’il daigne nous en délivrer ».

De l’orgueil, et des remèdes qui lui sont propres.

Enfin il faut, en dernier lieu, attaquer l’orgueil lui-même, le chef et la racine de tous les vices, l’abîme dévorant de toutes les vertus ; l’orgueil, dont la force et la violence sont telles qu’il a chassé Lucifer du ciel. Et cependant David encore enfant mit sa confiance dans le Seigneur, et par son humilité il terrassa Goliath, malgré la grandeur démesurée de sa stature.

L’orgueil revêt une double force : il est spirituel, et c’est lorsqu’il s’adresse à la perfection qu’il voit dans ceux qui font le bien. Il est charnel, et alors il s’inspire de quelque qualité extérieure.

Or, celui qui est possédé de l’orgueil spirituel a coutume de se croire en possession de grands mérites, de s’attribuer des grâces considérables, de penser qu’il est très-aimé de Dieu, de s’étonner de ne point opérer des merveilles, de se troubler de ce que Dieu ne lui donne point je ne sais quoi de spécial, de mépriser les autres comme des hommes tout terrestres. Un tel vice expose à de graves dangers et est plus à redouter que les vices de la chair. En effet, il n’en est aucun qui épuise autant toutes les vertus, et dépouille autant l’homme de toute justice et de toute sainteté que le fléau de l’orgueil.

Celui donc qui veut échapper aux traits de ce monstre pervers doit, dans chacun des actes où il sent qu’il a fait du progrès dans la vertu, s’écrier du fond du cœur : « Ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu », et penser que c’est « Dieu qui opère en nous le vouloir et son accomplissement selon qu’il lui plaît (I Cor. 15) ». Il faut aussi se rappeler que le bien qui est en nous est un don de Dieu, et que nous en rendrons un compte rigoureux ; ensuite que ce bien est mélangé de beaucoup de défauts, de tiédeur, d’hypocrisie, etc., et qu’en outre nous sommes remplis d’une multitude de choses mauvaises, vicieuses. Il faut encore arrêter ses regards sur les hommes qui sont meilleurs que nous et sur les anges, afin que la comparaison que nous établissons entre eux et nous serve à nous humilier davantage.

L’orgueil charnel se reconnaît à ces indices : il est dans le silence, plein de murmure, d’amertume et de colère ; dans la joie, il est dissolu, il rit sans mesure et sans cause ; dans la tristesse, il est dur et sévère ; dans la correction il est haineux et sans compassion ; il parle au hasard, sans gravité, sans réflexion ; il est sans patience et sans charité ; il lance l’injure avec hauteur et ne la reçoit qu’avec pusillanimité ; il se soumet difficilement à l’obéissance, dédaigne les avertissements et est opiniâtre en sa volonté propre ; il s’efforce de faire prévaloir ses sentiments et refuse d’acquiescer jamais à ceux des autres ; il ne prend conseil de personne et a plus de confiance en ses lumières que dans celles des sages.

Le premier remède contre un tel vice, c’est d’embrasser l’obéissance en toute simplicité de cœur, et de la pratiquer humblement. Le second c’est de se montrer humble envers ses frères dans toute la sincérité de son âme, s’efforçant de ne les blesser en rien par un parfait acquiescement à leurs vues. Le troisième c’est de s’exercer en tout temps, le plus qu’on le peut, aux œuvres d’humilité, aux charges les plus viles et les plus dédaignées, comme de servir à la cuisine, laver la vaisselle, balayer la maison, d’embrasser les offices les plus bas, de n’être revêtu que d’un pauvre habit, et d’avoir dans sa démarche un maintien où respire l’humilité. Si l’on contracte l’habitude de toutes ces choses, elles inclineront le cœur à cette vertu. Le quatrième c’est de fuir les honneurs, préférer de beaucoup en tout temps servir les autres que d’en être servi, retrancher dans son langage toute parole prétentieuse, toute parole de jactance, même au nom de sa famille. Enfin, en dernier lieu, éviter toute distinction et tout acte où respireraient tant soit peu la présomption et la vanité.

L’humilité, qui est opposée à l’orgueil, a trois degrés.

Le premier c’est de nous reconnaître nous-mêmes faibles, vides de bien, vicieux, pleins des autres défauts que nous pouvons avoir, et de ne pas nous élever au-dessus de ce que nous sommes.

Le second c’est de désirer être jugés par les autres selon qu’on se connaît soi-même dans la vérité, c’est-à-dire vil, misérable, superbe, etc.

Le troisième c’est de ne point s’enorgueillir lorsqu’on pratique les vertus les plus sublimes, lorsqu’on est environné d’honneurs, et de ne point en prendre occasion de se flatter soi-même, mais de tout rapporter à celui de qui nous avons tout reçu et de le lui restituer sans réserve. Telle fut l’humilité de Jésus-Christ ; telle est l’humilité des anges et des saints dans la gloire. (Saint Bonaventure, Cardinal et Docteur séraphique de l’Eglise, Du combat spirituel contre les sept péchés capitaux)

 

La triple concupiscence

La concupiscence est l’inclination au mal due à la nature blessée par le péché originel et actuel. La concupiscence est une maladie de la nature contre laquelle il faut constamment appliquer vigilance et remède.

La triple concupiscence est 1) la concupiscence des yeux qui a sa sagesse terrestre ; 2) la concupiscence de la chair qui a sa sagesse animale ; et 3) la concupiscence de la vie ou orgueil de la vie qui a sa sagesse diabolique.

Jacques 3, 15 : «Ce n’est point là la sagesse qui vient d’en haut, mais une sagesse terrestre, animale, diabolique».

La prière du Notre Père demande à Dieu de ne pas être pris dans les filets de cette triple convoitise : «Ne nous induisez pas [laissez succomber] en tentation [c’-à-d du monde, de la chair et du diable]».

1. Concupiscence des yeux et sagesse terrestre du monde

La concupiscence des yeux a sa sagesse terrestre, mondaine et naturelle due à l’amour désordonné des biens de la terre, du monde et de la nature.

Saint Augustin, Cité de Dieu, XIV : « Deux amours ont bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la cité céleste».

Saint Augustin, Cité de Dieu, XIX : «Mais ceux qui ne vivent pas de la foi cherchent la paix de leur maison dans les biens et les commodités de cette vie ; au lieu que ceux qui vivent de la foi attendent les biens éternels de l’autre vie qui leur ont été promis, et se servent des temporels comme des voyageurs et des étrangers, non pour y mettre leur cœur et se détourner de Dieu auquel ils tendent, mais pour en être soulagés et se rendre en quelque façon plus supportable le poids de ce corps corruptible qui appesantit l’âme. Ainsi, il est vrai que l’usage des choses nécessaires à la vie est commun aux uns et aux autres dans le gouvernement de leur maison, mais la fin à laquelle ils rapportent cet usage est bien différente. Il en est de même de la Cité de la terre qui ne vit pas de la foi. Elle recherche la paix temporelle : et c’est l’unique but qu’elle se propose dans la concorde qu’elle tâche d’établir parmi ses citoyens, qu’il y ait entre eux une union de volonté pour pouvoir jouir plus aisément du repos et des plaisirs.

«Mais la Cité céleste, ou plutôt cette partie de la Cité qui est étrangère ici-bas, et qui vit de la foi, ne se sert de cette paix que par nécessité en attendant que tout ce qu’il y a de mortel en elle passe. Cela est cause que, tandis qu’elle est comme captive dans la Cité de la terre, où toutefois elle a déjà reçu les promesses de sa rédemption et le don spirituel comme un gage de ses promesses, elle ne fait point de difficulté d’obéir aux lois de cette Cité qui servent à régler les choses nécessaires à la vie ; afin que, comme elle lui est commune avec elle, il y ait pour ce regard une concorde réciproque entre les deux Cités.

L’esprit du monde est opposé à l’Esprit de Dieu

Le monde aime les siens et hait ceux qui ne lui appartiennent pas comme le dit Jean 15, 19 : «Si vous aviez été du monde, le monde aimerait ce qui est à lui, mais parce que vous n’êtes point du monde … le monde vous hait». Lorsqu’on est applaudi par le monde, cela signifie qu’on lui appartient.

L’esprit d’orgueil est opposé à l’esprit d’humilité de Jésus-Christ, l’esprit de possession est opposé à l’esprit de détachement de Jésus-Christ, l’esprit de jouissance est opposé à l’esprit de pénitence de l’évangile.

Jésus-Christ ne prie pas pour le monde. Le monde ne bénéficie pas de la prière du Sauveur. Le monde a un esprit damné.

Jean 17, 9 : « Je ne prie point pour le monde ».

I Jean 2, 15 : «N’aimez point le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, la charité du Père n’est pas en lui».

Le monde a une sagesse mondaine, terrestre et naturelle qui ne vient pas de Dieu.

Pape saint Léon le Grand, Père et Docteur de l’Église, Serm. 4 de Quadrag., (Vème s.) : «La corruption du monde est telle qu’il est comme nécessaire que même les cœurs religieux en soient souillés, sinon par sa boue, du moins par sa poussière» [Necesse est de mundano pulvere etiam religiosa corda sordescere].

Saint Augustin, Père et Docteur de l’Église, Cité de Dieu, XIX : « … la Cité de la terre a eu certains Sages dont la sagesse est condamnée dans l’Écriture, qui, sur de fausses imaginations, ou trompés par les démons croyaient qu’il se fallait rendre favorables plusieurs dieux comme présidant chacun sur diverses choses, l’un sur le corps, l’autre sur l’âme, et dans le corps même, celui-ci sur la tête celui-là sur le cou, et ainsi des autres membres, et dans l’âme aussi, l’un sur l’esprit, l’autre sur la doctrine ou sur la colère, ou sur l’amour, pareillement dans les choses qui servent à la vie, celui-ci sur les troupeaux cet autre sur les blés ou sur les vignes, et ainsi du reste ».

Saint L.-M. de Montfort, Missionnaire apostolique, L’Amour de la Sagesse éternelle, 74-80  : L’élection de la vraie Sagesse. 74. «Dieu a sa Sagesse et c’est l’unique et véritable qui doive être aimée et recherchée comme un grand trésor. Mais le monde corrompu a aussi sa sagesse, et elle doit être condamnée et détestée comme mauvaise et pernicieuse. Les philosophes ont aussi leur sagesse et elle doit être méprisée comme inutile et souvent comme dangereuse au salut.

«75. La sagesse mondaine est celle dont il est dit : je perdrais la sagesse des sages selon le monde (1 Corinthiens). La sagesse de la chair est ennemie de Dieu (Romains 8). Cette sagesse ne vient pas du ciel, mais c’est une sagesse terrestre, animale, diabolique (Jacques 3, 15). Cette sagesse du monde est une conformité parfaite aux maximes et aux modes du monde; c’est une tendance continuelle vers la grandeur et l’estime; c’est une recherche continuelle et secrète de son plaisir et de son intérêt, non pas d’une manière grossière et criante, en commettant quelque péché scandaleux, mais d’une manière fine, trompeuse et politique, autrement ce na serait plus selon le monde une sagesse, mais un libertinage.

«76. Un sage du siècle est homme qui sait bien faire ses affaires, et faire réussir tout à son avantage temporel, sans quasi paraître vouloir le faire; qui sait l’art de déguiser et de tromper finement sans qu’on s’en aperçoive; qui dit ou fait une chose et pense l’autre; qui n’ignore rien des airs et des compliments du monde; qui sait s’accommoder à tous pour en venir à ses fins, sans se mettre beaucoup en peine de l’honneur et de l’intérêt de Dieu; qui fait un secret mais funeste accord de la vérité avec le mensonge, de l’évangile avec le monde, de la vertu avec le péché, de Jésus-Christ avec Bélial; qui veut passer pour un honnête homme, mais non pas pour un dévôt; qui méprise, empoisonne ou condamne aisément toutes les pratiques de piété qui ne s’accommodent pas avec les siennes. Enfin, un sage mondain est un homme qui, ne se conduisant que par la lumière des sens et de la raison humaine, ne cherche qu’à se couvrir des apparences de chrétien et d’honnête homme, sans se mettre beaucoup en peine de plaire à Dieu, ni d’expier, par la pénitence, les péchés qu’il a commis contre sa divine Majesté.

«77. La conduite de ce sage du monde est fondée sur le point d’honneur, sur le « qu’en dira-t-on », sur la coutume, sur la bonne chère, sur l’intérêt, sur le grand air, sur le mot à rire. Ce sont là les sept mobiles innocents, comme il croit, sur quoi il se tient appuyé pour mener une vie tranquille. Il a des vertus particulières qui le font canoniser des mondains, comme la bravoure, la finesse, la politique, le savoir-faire, la galanterie, la politesse, l’enjouement. Il prend pour des péchés considérables l’insensibilité, la bêtise, la pauvreté, la rusticité, la bigoterie.

«78. Il suit le plus fidèlement qu’il peut les commandements que le monde lui a faits :

  • Tu sauras bien le monde ;
  • Tu vivras en honnête homme ;
  • Tu feras bien tes affaires ;
  • Tu conserveras ce qui t’appartient ;
  • Tu sortiras de la poussière ;
  • Tu te feras des amis ;
  • Tu hanteras le beau monde ;
  • Tu feras bonne chère ;
  • Tu n’engendreras point de mélancolie ;
  • Tu éviteras la singularité, la rusticité, la bigoterie.

«79. Jamais le monde n’a été si corrompu qu’il l’est, parce que jamais il n’a été si fin, si sage à son sens, ni si politique. Il se sert si finement de la vérité pour inspirer le mensonge, de la vertu pour autoriser le péché, et des maximes mêmes de Jésus-Christ pour autoriser les siennes, que les plus sages selon Dieu y sont souvent trompés. Le nombre de ces sages selon le monde, ou de ces fols selon Dieu, est infini (Qohélet 1, 13).

«80. La sagesse terrestredont parle saint Jacques, est l’amour des biens de la terre. C’est de cette sagesse dont les sages du monde font une profession secrète, quand ils attachent leur cœur à ce qu’ils possèdent; quand ils tâchent de devenir riches; quand ils intentent des procès et font des chicanes inutiles pour les avoir ou pour les conserver; quand ils ne pensent, ils ne parlent, ils n’agissent la plus grande partie du temps que dans la vue d’avoir ou de conserver quelque chose de temporel, ne s’appliquant à faire leur salut et aux moyens de le faire, comme la confession, la communion, l’oraison, etc., qu’à la légère, par manière d’acquis, par intervalles et pour sauver les apparences».

Saint L.-M. de Montfort, L’Amour de la Sagesse éternelle, 84-86, 88 :«84. Outre cette sagesse mondaine, qui est condamnable et pernicieuse, il y a une sagesse naturelle parmi les philosophes. C’était cette sagesse naturelle que les Égyptiens et les Grecs recherchaient autrefois avec tant d’empressement. Ceux qui avaient acquis cette sagesse étaient appelés mages ou sages. Cette sagesse est une connaissance éminente de la nature dans ses principes. Elle fut communiquée en plénitude à Adam dans son innocence ; elle fut donnée en abondance à Salomon, et dans la suite des temps quelques grands hommes en ont reçu quelque partie, comme l’histoire nous apprend.

«85. Les philosophes vantent leurs arguments de philosophie comme un moyen d’acquérir cette sagesse. Les chimistes vantent les secrets de leur cabale pour trouver la pierre philosophale, dans laquelle ils s’imaginent que cette sagesse est renfermée. A la vérité, la philosophie de l’Ecole, étudiée bien chrétiennement, ouvre l’esprit et le rend capable des sciences supérieures; mais elle ne donnera jamais cette prétendue sagesse naturelle si vantée dans l’antiquité.

«86. La chimie ou alchimie, ou la science de dissoudre les corps naturels et de les résoudre à leurs principes, est encore plus vaine et dangereuse. Cette science, quoique véritable en elle-même, a dupé et trompé une infinité de gens, par rapport à la fin qu’ils se proposaient ; et je ne doute point, par l’expérience que j’en ai moi-même, que le démon ne s’en serve aujourd’hui pour faire perdre l’argent et le temps, la grâce et l’âme même, sous prétexte de trouver la pierre philosophale qui … change en argent ou en or, qui donne la santé, qui guérit les maladies, qui même prolonge la vie, et qui opère une infinité de merveilles qui passent chez les ignorants pour divines et miraculeuses. Il y a une bande de gens qui se disent savants en cette science, qu’on nomme cabalistes, qui gardent les mystères de cette science si cachés qu’ils aimeraient mieux perdre la vie que de révéler leurs prétendus secrets.

«88. … Quoiqu’il en soit, il n’est pas convenable et il est même dangereux qu’un chrétien s’applique à la chercher. C’est faire injure à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, dans lequel sont tous les trésors de la Sagesse et de la science de Dieu, tous les biens de la nature et de la gloire. C’est désobéir au Saint-Esprit qui dit : « Ne cherchez point ce qui est au dessus de vos forces » (Siracide 3, 22)».

Saint Alphonse de Liguori, Docteur de l’Église, Fuite du monde : «Saint Paul, premier ermite quitta le monde à 15 ans, pour se retirer dans un désert où il vécut plus d’un siècle. Fuyons le monde, nous aussi, dans la mesure du possible. Qu’est-ce que le monde ? C’est l’ensemble des pécheurs qui, ne voulant pas se soumettre à la loi de Dieu, forment autour de nous une atmosphère empestée d’idées fausses, de maximes funestes, d’exemples pervers, de plaisirs dangereux, d’usages anti-chrétiens. Fuir le monde, c’est se renfermer dans un cercle de parents et d’amis bons chrétiens, et n’avoir avec les violateurs de loi divine que les relations nécessaires. Aimables solitaires de Bethléem, Jésus, Marie, Joseph, inspirez-moi le dégoût du monde et un vif «attrait pour les bons».

Pape Pie XII, sur l’immodestie de la mode, 15 août 1954 : «Non seulement sur les plages, ou dans les lieux de villégiature, mais encore presque partout, même dans les rues des villes et des villages, dans les lieux privés et publics, et souvent presque dans les temples consacrés à Dieu, s’étale une indigne et inconvenante mode du vêtement… en particulier, les vêtements féminins sont parfois tels qu’ils semblent favoriser plutôt l’impudicité que la pudeur.

«On en est venu au point que tout ce qui se passe ou s’exhibe dans la vie privée ou en public, en fait de dépravation ou de malhonnêteté, est relaté impudemment dans les journaux, les publications et les revues de tous genres ; tandis que dans les innombrables salles de cinéma on expose cela aux yeux de tous sur l’écran ; de sorte que non seulement la faible et insouciante jeunesse, mais encore l’âge mûr lui-même sont profondément impressionnés par ces spectacles immoraux, si mauvais pour les esprits sains. Quels maux en découlent, à quels dangers ils exposent, il n’est personne qui ne s’en rende compte». (Lettre sur l’immodestie de la mode, adressée le 15 août 1954, par S. Em. Le cardinal Ciriaci, Préfet de la S. C. du Concile, aux évêques du monde entier, selon mandat reçu de S. S. Pie XII)

Voir :

2. Concupiscence de la chair et sagesse animale

La chair s’oppose à l’Esprit de Dieu

La chair dans l’Écriture inclue la nature psychique de l’homme.

Jean 3, 6 : « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’esprit est esprit ».

Romains 8, 5-8 : « ceux qui sont selon la chair goûtent les choses de la chair … Or la prudence de la chair est la mort… Parce que la sagesse de la chair est ennemie de Dieu ; car elle n’est point soumise à la loi de Dieu ; et elle ne le peut. Creux donc qui sont dans la chair ne peuvent plaire à Dieu ».

Note Vulgate. Sont selon la chair : les hommes charnels qui se laissent emporter aux mouvements déréglés de la chair.

Galates 5, 17 : « La chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair ; en effet, ils sont opposés l’un à l’autre, de sorte que vous ne faites pas tout ce que vous voulez ».

Romains 8, 13 : « Car si c’est selon la chair que vous vivez, vous mourrez ; mais si par l’esprit vous mortifiez les œuvres de la chair, vous vivrez ».

Note Vulgate. Selon la chair : en cherchant à satisfaire vos passions aux dépens même de vos frères.

Galates 5, 19 : « Or on connaît aisément les œuvres de la chair qui sont : la fornication, l’impureté, l’impudicité, la luxure, le culte des idoles, les empoisonnements, les inimitiés, les contestations, les jalousies, les colères, les rixes, les dissensions, les sectes, les envies, les homicides, les ivrogneries, les débauches de table, et autres choses semblables. Je vous le dis, comme je l’ai déjà dit, ceux qui font de telles choses n’obtiendront point le royaume de Dieu ».

La chair n’est pas mauvaise en elle-même, mais par sa révolte contre l’âme. C’est la nature tournée vers la terre qui empêche à l’âme la jouissance de Dieu.

L’homme fut crée avec une âme uniquement tournée vers Dieu, vivante de Dieu et faite pour la vie surnaturelle de Dieu. La nature n’est créée pour elle-même ni encore moins par elle-même, mais elle est faite pour la vie surnaturelle de Dieu. La grâce perfectionne la nature.

La chasteté est un remède contre la concupiscence de la chair. La chasteté repose sur la pudeur et la modestie. La pudeur est le sentiment de honte de sa propre nudité dû au péché originel. La modestie est mettre de l’ordre dans les choses extérieures et intérieures.

Sans la pudeur et la modestie, la chasteté est inexorablement vouée à être mortellement perdue. Le démon essayera toujours d’attaquer la chasteté en attaquant la pudeur, en particulier les femmes, pour ensuite ruiner la modestie, chez les femmes et chez les hommes. Le démon utilise les images, les vêtements et les attitudes immodestes pour influencer les personnes et entraîner au désordre impudique et immoral.

Sagesse charnelle

Saint L.-M. de Montfort, l’Amour de la Sagesse éternelle, n°81 : «La sagesse charnelle est l’amour du plaisir. C’est de cette sagesse dont les sages du siècle font profession quand ils ne cherchent que les plaisirs des sens ; quand ils aiment la bonne chère; quand ils éloignent de soi tout ce qui peut mortifier ou incommoder le corps, comme les jeûnes, les austérités, etc. ; quand ils ne pensent plus ordinairement qu’à boire, qu’à manger, qu’à jouer, qu’à rire, qu’à se divertir et qu’à passer agréablement son temps; quand ils recherchent les lits mollets, les jeux divertissants, les festins agréables et les belles compagnies.

«Et après que sans scrupule ils ont pris tous ces plaisirs qu’ils ont pu prendre sans déplaire au monde et sans incommoder leur santé, ils cherchent le confesseur le moins scrupuleux (c’est ainsi qu’ils nomment les confesseurs relâchés qui ne font pas leur devoir), afin d’avoir de lui, à bon marché, la paix dans leur vie molle et efféminée et l’indulgence plénière de tous leur péchés. Je dis : à bon marché, car ces sages selon la chair ne veulent ordinairement pour pénitence que quelques prières ou quelques aumônes, haïssant ce qui peut affliger le corps».

3. Concupiscence de la vie et sagesse diabolique

Jacques 4, 7 : «Dieu résiste aux superbes, mais il donne sa grâce aux humbles. Soyez donc soumis à Dieu et résistez au diable, et il s’enfuira loin de vous»

La sagesse diabolique

Saint t L.-M. de Montfort, l’Amour de la Sagesse éternelle, n°82-83 : «La sagesse diabolique est l’amour et l’estime des honneurs. C’est de cette sagesse dont les sages du siècle font profession quand ils aspirent, quoique secrètement, aux grandeurs, aux honneurs, aux dignités et aux emplois relevés; quand ils recherchent à être vus, estimés, loués et applaudis des hommes ; quand ils n’envisagent, dans leurs études, dans leurs travaux, dans leurs combats, dans leurs paroles et dans leurs actions, que l’estime et la louange des hommes, pour passer pour des personnes dévotes, pour des gens savants, pour des grands capitaines, pour des savants juriconsultes, pour des gens d’un mérite infini et distingué ou de grande considération; quand ils ne peuvent souffrir qu’on les méprise et qu’on les blâme; quand ils cachent ce qu’ils ont de défectueux et font montre de ce qu’ils ont de beau.

«Il faut, avec notre Seigneur Jésus la Sagesse incarnée, détester et condamner ces trois sortes de sagesse fausse [terrestre, charnelle et diabolique] pour acquérir la véritable : qui ne cherche point son propre intérêt, qui ne se trouve point dans la terre et dans le cœur de ceux qui vivent à leur aise, et qui a en abomination tout ce qui est grand et relevé devant les hommes».

La superbe est opposée à l’humilité. La superbe est être rempli de soi et l’humilité est être vide de soi pour Dieu. La superbe est totalement écrasée par la croix de Jésus-Christ.

L’hérésie

La sagesse diabolique engendre l’hérésie contre la foi divine et l’hérésie contre la vérité de la loi naturelle. La fierté et la superbe sont la cause de l’obstination hérétique. L’erreur n’est absolument pas l’hérésie car tout homme est enclin à être trompé, mais la persévérance volontaire dans l’erreur est diabolique.

L’hérésie contre la foi est la négation délibérée d’une autorité doctrinale de l’Église catholique ou vérité de la foi catholique. L’hérésie contre la loi naturelle est la négation de la vérité naturelle ou loi naturelle. L’hérésie est le pire de tous les péchés car il exclut du salut. L’hérésie contre la loi naturelle retient la possibilité même de connaissance du salut.

Pape saint Pie X, Editae Saepe, 26 mai 1910 : « C’est un fait certain, bien établi, qu’aucun autre crime n’offense à ce point gravement Dieu et provoque Sa plus grande colère que le vice de l’hérésie».

L’hérésie tue les âmes et les langues des hérétiques sont appelés par l’Eglise catholique «les portes de l’enfer».

Pape Vigile, deuxième Concile de Constantinople, 553 : « Nous ne perdons pas de vue ce qui a été promis au sujet de la sainte Église, c’est-à-dire les paroles qu’Il a Lui-même prononcées : les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle (ces portes nous apparaissent comme étant les langues délétères des hérétiques) … »

L’hérésie chemine toujours par des mélanges subtils de vérité et de mensonge, afin de faire dévier l’âme de la foi simple et droite, et de la damner. Sans la vraie foi catholique, le discernement est impossible puisque la vertu de foi se greffe sur l’intelligence et l’éclaire. Sans la vraie foi catholique orthodoxe (droite), l’âme est hors de l’Église.

Voir :

Le démon laisse tranquille sur terre ceux qui lui appartiennent mais son esclavage sur terre sera consommé après la mort en enfer. Jésus a sauvé l’homme de l’enfer éternel, mais l’homme est libre de le suivre ou non, car il est créé libre et qu’il n’y a pas d’amour sans liberté.

Le diable est le père du mensonge et des menteurs et séducteurs. Le menteur est le fils du diable et la séduction est le mensonge. Le diable est le père des apostats qui ont renié leur foi et leur Dieu comme a fait Satan ; il est le père des hérétiques qui refusent la foi divine et catholique ; il est le père des hérétiques contre la loi naturelle qui nient la vérité de la loi naturelle ; et il est le père de tous les criminels qui tuent les âmes par les hérésies et les scandales.

Le démon est la cause première du mal qui existe et l’homme en est la cause seconde, mais il a sa responsabilité dans le mal qui existe car il doit exercer sa liberté.

Le diable est spécialement présent où le vrai Dieu Père de Jésus-Christ est nié. Le démon est le père du mensonge, du naturalisme, de l’athéisme et agnosticisme, de l’ésotérisme et l’occultisme, du polythéisme et panthéisme, de l’idolâtrie et paganisme, des fausses religions et fausses croyances comme l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Taoisme, le Confucianisme, l’Islam, le Yoga, le New-âge, et de toutes les croyances et cultes rendus aux démons révoltés contre Dieu, contre Son Christ et Son Église. Il est le père des criminels qui tuent les âmes par l’hérésie, le scandale, l’immodestie, immoralité et impudicité.

Vie spirituelle chrétienne

Avis pour vivre d’une manière chrétienne – Bienheureux Jean d’Avila

1. Comme le salut est une affaire qui importe de tout, il n’y a point de soin qu’on ne doive prendre et d’efforts qu’il ne faille faire pour y réussir, puisque Jésus-Christ a dit lui-même que l’entrée du chemin qui y conduit est étroite, et que l’on a besoin de beaucoup de courage pour y entrer.

2. Il faut se détacher autant que l’on peut de l’affection de tout ce qui ne regarde que cette vie, parce que le soin des choses du siècle et la tromperie des richesses étouffent la parole de Dieu et l’empêchent de porter le fruit qu’elle doit produire dans les âmes, selon ces paroles de Notre-Seigneur : Ne vous mettez point en peine de ce qui regarde le soutien de votre vie (Luc, XII, 22). La raison en est évidente, puisque l’on ne saurait s’appliquer en même temps à deux choses qui se contrarient et qu’ainsi il faut, pour bien servir Dieu, renoncer aux honneurs, aux richesses et aux plaisirs pour se contenter de ce qui est purement nécessaire.

3. Il faut choisir pour confesseur un homme de bien et capable, lui faire une confession générale : se mettre pour cela dans le même état que si l’on était malade à l’extrémité et abandonné des médecins, et se disposer à rendre de bon cœur son âme entre les mains de Dieu quand il lui plaira de nous appeler à lui.

4. On ne doit perdre un seul moment de travailler à se corriger de toutes ses imperfections, et pour cela prendre extrêmement garde à tout ce que l’on dit et que l’on fait chaque jour et s’en rendre compte dans l’examen du soir ; de même que si l’on était gouverneur du fils d’un prince, on veillerait sur ses actions sans lui laisser rien faire de mal dont on ne le reprit. Il faut pour cela conserver le souvenir de ses fautes, afin de s’en confesser en peu de paroles avec un sincère repentir de les avoir commises et une ferme résolution de s’efforcer de ne plus retomber ; après quoi on doit se mettre l’esprit en repos et s’endormir dans la paix du Seigneur.

5. Il faut se confesser et recevoir Notre-Seigneur à Pâques et dans les dix ou douze autres principales fêtes de l’année, parce que si l’on communiait plus rarement, on aurait peine à se souvenir des bonnes résolutions que l’on aurait faites dans les communions précédentes si éloignées les unes des autres. On doit toujours travailler à s’avancer dans le chemin du ciel, comme si l’on ne faisait que de commencer, et pour ce sujet, se confesser brèvement à quelque bon confesseur, autant de fois qu’il le jugera à propos, s’il est aussi sage et aussi désintéressé qu’il le doit être.

6. Il faut en chaque jour prendre quelque temps et choisir quelque lieu retiré pour lire des livres de piété et s’occuper à la méditation de quelque point de la passion de Jésus-Christ et particulièrement de celui de sa mort ; car c’est principalement avec ce divin Sauveur qu’il faut chercher à se consoler, lui parler avec une entière effusion de cœur, mettre sa confiance en sa bonté et en son assistance ; le prier de nous honorer de son amitié ; lui rendre grâces de tant d’obligations, dont nous lui sommes redevables, et aimer également d’être avec lui tant dans la joie que dans la tristesse, en le remerciant de l’une et lui demandant du soulagement dans l’autre ; mais au lieu d’avoir pour but dans ces lectures le désir de se rendre savant, on ne doit y rechercher que de s’avancer dans la vertu et d’y apporter une grande attention à Dieu.

7. S’il n’y a rien qui nous donne du déplaisir, il faut chercher quelque sujet de souffrir pour l’amour de Jésus-Christ, qui a tant souffert pour l’amour de nous ; et quelque peine que nous ayons ensuite, soit corporelle ou spirituelle, la recevoir avec joie de la main de Dieu et la lui offrir de tout notre cœur le matin en se levant, comme aussi tout ce qui nous arrivera de fâcheux durant le jour avec une entière confiance que c’est pour notre bien qu’il nous l’envoie.

8. Il ne faut jamais avoir rien sur le cœur de contraire à la charité pour notre prochain, mais l’assister autant que nous le pourrons, soit par nos aumônes, nos consolations, notre conseil, nos amis, notre faveur ou en quelque autre manière que ce soit, puisque ceux-là recevront miséricorde qui auront fait miséricorde, et que ceux qui ne l’auront point faite n’en recevront point.

9. Quant à ce qui regarde le fond de notre conscience, il faut choisir pour directeur et pour guide quelque prêtre savant et expérimenté dans les choses de Dieu, étant nécessaire pour ne se point tromper que ces deux qualités se rencontrent ensemble ; que si, après avoir instamment demandé à Dieu de nous le donner, il nous accorde cette grâce, nous devons prendre une grande confiance en lui, sans lui rien cacher de ce qui se passe en nous, afin qu’en ayant une entière connaissance, il nous fortifie par ses conseils dans ce que nous ferons de bien et nous corrige dans ce que nous ferons de mal. Il ne faut rien faire d’important sans son conseil, et nous devons être persuadés que l’obéissance étant une vertu si agréable à Dieu, il lui mettra dans le cœur et dans la bouche ce qui sera nécessaire pour notre salut : c’est le moyen d’éviter de tomber dans l’une ou l’autre de ces deux extrémités : l’une, de ceux qui disent n’avoir point besoin du conseil des hommes, parce que Dieu lui-même les conduit et que cela leur doit suffire ; et l’autre de ceux qui suivent si aveuglément les conseils des hommes, sans rapport à Dieu, qu’ils tombent dans cette malédiction prononcée par un prophète : Maudit soit l’homme qui se confie entièrement en l’homme (Jérém., XVII, 5) ; car l’on évite le premier de ces deux périls en se mettant sous la conduite d’un homme ; et on se garantit du second en ne mettant pas sa confiance dans sa sagesse et sa conduite, mais en Dieu qui nous parle et nous conduit par son entremise. Nul autre chemin n’est sans doute plus assuré pour accomplir la volonté de Dieu que cette humble obéissance, si recommandée par tous les saints et si pratiquée par eux, comme les vies des saints Pères des déserts nous le font voir. Mais parce qu’il est fort difficile de trouver de si excellents directeurs, si Dieu nous fait la grâce d’en rencontrer un entre mille, il faut, sans mal juger des autres ni les blâmer, lui obéir en son nom avec une grande humilité.

Nous devons nous contenter de l’état où il plait à Dieu de nous mettre, nous acquitter avec un grand soin des devoirs auxquels il nous oblige ; nous défier de notre faiblesse, et vivre, dans la confiance que Dieu achèvera en nous ce qu’il y a commencé, afin de n’excéder ni dans la joie des faveurs qu’il nous fait, ni dans l’appréhension de n’y pas répondre comme nous le devrions, mais marcher entre la crainte et l’espérance, jusqu’à ce que le parfait amour fasse dans le ciel cesser la crainte, et que l’espérance fasse place à la jouissance d’un bonheur éternel.

10. S’accoutumer à ne pas trop exagérer les choses, et n’entreprendre rien sans l’avoir auparavant beaucoup recommandé à Dieu.

11. Lorsque nous ne pouvons assister dans leurs nécessités ceux qui ont recours à nous, il faut les adresser aux personnes qui ont moyen de le faire et tâcher de les consoler.

12. Le moyen de vivre en repos est de conformer nos désirs à la volonté de Dieu.

13. Comme on ne doit jamais désirer ni procurer un bien par de mauvais moyens, on ne saurait trop éviter ces désirs violents qui peuvent causer tant de maux.

14. Il faut demander pardon à Dieu du passé, et attendre tout de son infinie miséricorde.

15. On doit beaucoup recommander à Dieu le présent et l’avenir, et bannir de son esprit la crainte inutile des choses incertaines et ces soins qui ne font que troubler le repos de l’âme.

16. Il faut dans toutes nos pensées, nos paroles et nos actions, avoir pour objet la gloire de Dieu et l’accomplissement de sa volonté.

17. Avant que d’entreprendre une chose, il faut examiner avec grand soin et sans passion quelle est la fin qui nous y porte, et éviter ainsi de se tromper.

18. On ne saurait trop éviter de fermer l’oreille à la parole de Dieu, d’être insensible aux remords de la conscience, et de se laisser emporter à ses premiers mouvements : il faut pour cela avoir toujours devant les yeux paroles de l’Écriture : Soyez soumis au Seigneur, votre Dieu, et priez-le.

19. Évitez également la brutalité et la flatterie : rendez à chacun l’honneur qui lui est dû, sans que votre bonne ou sa mauvaise fortune vous en fasse rien diminuer, puisque autrement vous lui donneriez sujet de vous haïr. Soyez véritables en toutes choses, et n’ayez pas moins d’aversion pour l’hypocrisie que pour le mensonge.

20. Prenez bien garde de ne point donner de scandale ni de mauvais exemple. N’affectez point de paraitre singulier, et, travaillez autant que vous le pourrez à ne donner, pour peu que ce soit, aucun mécontentement et déplaisir à personne, ni sujet de croire que vous le méprisez.

21. Ne rebutez personne, quelque peu considérable qu’elle puisse être. Ne jugez jamais sur les apparences extérieures, et réservez toutes choses en leur temps. Rejetez promptement les soupçons mal fondés et les tentations. Soyez aussi attentif à ce que vous faites que si c’était la dernière action de votre vie, et ne soyez jamais cause de troubler votre paix et celle d’autrui.

22. Ne désirez que le nécessaire, et renfermez-le dans les bornes les plus étroites que vous pourrez, en vous contentant de la vie et du vêtement.

23. Ne parlez point, si l’on ne vous y oblige ; n’entrez point en tiers dans un entretien où vous n’êtes pas appelé, et que vos paroles n’aient rien que de doux, de tranquille et de paisible.

24. Ne vous hâtez point de changer de lieu et d’une compagnie qui vous est connue, pour passer en d’autres qui ne vous le sont pas, quittant ainsi le certain pour l’incertain, de peur qu’il ne vous arrive que, voulant éviter une incommodité, vous ne tombiez dans une plus grande ; mais témoignez de la fermeté, et ne faites rien sans le demander à Dieu et le prier de vous inspirer en ce qui vous sera le plus utile.

25. Ne remettez jamais au lendemain le bien que vous pouvez faire présentement, puisque chaque jour porte avec soi l’obligation de satisfaire à ce que l’on doit.

26. Après avoir donné à votre corps ce dont il aura besoin sans superfluité, ne le croyez pas, s’il tâche de vous persuader d’avoir besoin de davantage pour soutenir ses forces.

27. Lors que votre corps s’acquittera lâchement de son travail ordinaire, sous prétexte d’être las et d’avoir besoin de quelque soulagement, au lieu de vous laisser aller à sa mollesse, redoublez votre courage et vos efforts par votre confiance en Dieu, et dites à ce paresseux de faire ce qu’il est obligé de faire.

28. Ne soyez jamais entièrement inutile.

29. Pour sortir avec honneur d’une dispute, évitez de contester avec une trop grande opiniâtreté.

30. Avant que de sortir de votre logis et même de votre chambre, pensez bien à ce qui vous porte à en sortir et où vous voulez aller.

31. Ne dites jamais rien dont vous ayez sujet de vous repentir.

32. Si une personne vous presse avec une très-grande instance de la confesser, ne le lui refusez pas. Car il arrive souvent de forts grands biens de semblables confessions.

Autres avis pour vivre d’une manière chrétienne

1. Il faut tâcher d’avoir continuellement dans l’esprit qu’un Dieu en trois personnes et seul en essence étant partout, il est dans notre cœur et dans quelque autre lieu que ce puisse être. Ce qui nous oblige à demeurer dans un profond respect en la présence d’un si grand monarque, et à ressentir une extrême joie de cette grandeur et de cette gloire infinie dont notre foi nous apprend qu’il jouit dans la plénitude de ses richesses éternelles. C’est l’instruction que Tobie donnait à son fils lorsqu’il lui disait : Ayez sans cesse Dieu devant les yeux, et ce que les autres saints patriarches exprimaient par ces paroles : Je suis toujours en la présence du Dieu vivant.

2. Il faut le matin, aussitôt après s’être levé, se recueillir durant une heure ou davantage en quelque lieu retiré ; se tenir en la présence de Notre-Seigneur, soit à genoux ou autrement, en la manière que je viens de dire : reconnaitre qu’étant pécheur on est indigne de paraitre devant lui  ; méditer avec tranquillité quelque endroit de la Passion, en considérant tout ce qui s’y est passé comme si on le voyait de ses yeux, et surtout l’extrême amour que notre Sauveur nous y a témoigné, pour suivre en cela le conseil que saint Pierre nous donne.

3. Il faut le soir penser en la même manière à la mort, comme si l’on en était à la veille, et, pour cela, se représenter particulièrement les tentations que l’on aura alors à soutenir, les douleurs et l’agonie causées par la séparation de l’âme d’avec le corps ; que ce dernier sera la pâture des vers dans le tombeau ; le compte si exact et si rigoureux que l’on se trouvera obligé de rendre à Dieu du profit que l’on aura fait des bonnes inspirations qu’il nous a données ; les tourments de l’enfer et la félicité du paradis, et implorer ensuite l’assistance de Dieu, afin qu’il lui plaise de nous faire miséricorde dans ce jour épouvantable. C’est le conseil que l’Ecclésiastique nous donne par ces mots : Représentez-vous continuellement ce qui se passera d votre mort et après votre mort, et vous ne pécherez point (Eccli., VII).

4. Confessez-vous et communiez souvent [1], parce que, dit saint Bernard, une fréquente confession est comme un préservatif qui entretient la grâce de Dieu par la honte que l’on a de s’accuser si souvent d’une même chose. Mais il faut choisir un homme de bien et savant par le conseil duquel on s’approche de cet auguste sacrement ; d’où saint Chrysostome dit que nous sortons comme des lions rugissants qui font trembler les démons. À quoi saint Bernard ajoute qu’elle nous détache entièrement du désir de commettre des péchés mortels, et fait que nous en commettons moins de véniels ; ce qui nous oblige à recevoir souvent cette divine nourriture si nous voulons nous avancer dans la piété.

[1] s’il y a un prêtre, ministre de l’Église catholique disponible, pas chez des hérétiques. Voir Sur le sacrement de pénitence et la contrition et quant à recevoir le pardon sans une absolution Communion en ces temps de grande apostasie – Communion spirituelle

5. Il faut détourner nos yeux de la vue de la vie des autres pour n’être attentif qu’à considérer ce qui se passe dans nous-mêmes. Renoncer au péché mortel avec lequel aucun bien ne peut compatir dans une âme. S’efforcer d’imiter les actions vertueuses des autres. Avoir compassion du mal qu’on leur voit faire. Reconnaitre que nous en ferions encore plus qu’eux, si Dieu ne nous en préservait. Lui rendre grâces de cette assistance qu’il nous donne, et lui demander miséricorde pour notre prochain avec la compassion que nous devons avoir de lui, comme étant notre frère, parce que, dit saint Grégoire, la véritable sainteté donne des sentiments de pitié pour les faibles et pour les pauvres, au lieu que la fausse n’en donne que de mépris et d’indignation.

6. Il faut, suivant l’avis de saint Paul aux Hébreux, avoir toujours les yeux arrêtés sur Jésus-Christ, auteur de notre salut, le prendre pour le seul modèle que nous devons imiter dans toutes nos actions, et avoir une telle confiance en la vérité de ses commandements et de ses conseils, que la chute de qui que ce soit, et quelque vertueux que parussent être ceux qui les font, ne nous fasse point abandonner la résolution de les observer, en nous souvenant que ce divin Rédempteur nous a avertis qu’il viendra avant le jugement de faux prophètes, et qu’ainsi nous devons être persuadés que ces chutes n’arrivent pas du recueillement et de l’oraison qu’on a vu pratiquer à ces personnes, mais de leur orgueil qui s’y est mêlé. Car, par ce moyen, au lieu d’entrer dans le découragement par la considération de leurs chutes, elles nous seront un sujet de nous humilier encore davantage.

7. Il ne faut pas moins fuir la compagnie des méchants que des démons, parce que, dit David, leur bouche est comme un sépulcre ouvert d’où sortent ces paroles impudiques et criminelles, que saint Paul nous avertit, qui corrompent les bonnes mœurs.

8. On doit avoir un très grand soin d’éviter le murmure et de faire du mal à qui que ce soit. Car Dieu a dit par un prophète : Faire du tort à son prochain est comme toucher la prunelle de mes yeux. Que si d’autres murmurent et que l’on ait sujet de croire qu’en les en reprenant, ils pourront s’en corriger, il le faut faire. Sinon on doit se contenter de faire paraitre sur son visage le déplaisir que l’on en a, parce que saint Bernard dit qu’il doute lequel des deux, pèche davantage, ou celui qui murmure, ou celui qui ne souffre point de peine de l’entendre murmurer.

9. La charité que nous devons avoir pour notre prochain, mous oblige à tâcher de lui faire tous les jours quelque aumône corporelle ou spirituelle, puisque Jésus-Christ a dit que l’amour que nous aurons les uns pour les autres fera connaitre que nous sommes ses disciples. Mais c’est par des actions et non pas par des paroles que saint Jean nous apprend que nous devons témoigner cet amour.

10. Au lieu d’arrêter nos yeux sur nos œuvres, nous devons être persuadés, comme l’a dit lsaïe, qu’elles sont pleines de corruption, et mettre toute notre confiance dans les actions et les mérites de Jésus-Christ par l’assurance que nous sommes obligés d’avoir que l’amour que son Père éternel lui porte est si grand, qu’il nous fera, en sa considération, miséricorde en ce monde, et nous donnera la gloire en l’autre, à cause, dit saint Pierre, que n’y ayant point de salut que par Jésus-Christ, nous devons, dans toutes nos prières, le prendre pour intercesseur, et l’on ne saurait trop peser ce dernier avis et le premier.

Dix autres avis pour marcher dans le chemin du ciel

1. Aussitôt, que l’on s’aperçoit, non-seulement d’avoir fait un jugement téméraire, mais quelque autre péché que ce soit, il faut en rejeter la pensée et avoir recours à Notre-Seigneur, en lui montrant la plaie que cela a pu faire dans notre âme, et le prier de la guérir.

2. Si nous avons assez de courage pour désirer les répréhensions, les offenses, les dégoûts, les travaux et autres sujets de tristesse qui nous arrivent, il faut les souffrir avec patience sans s’en plaindre ; et au lieu d’en vouloir mal à ceux qui nous les causent, les considérer comme venant de la main de Dieu ; le prier pour eux, et lui demander de nous faire la grâce de les endurer pour l’amour de lui, en considérant que la patience jointe à la souffrance est une marque de prédestination.

3. Référer à Dieu toutes les grâces spirituelles, les dons naturels, et ce que nous faisons de bien, l’en remercier et ne nous attribuer que les imperfections, les fautes et les péchés.

4. Lorsque l’on se sent touché d’envie, aussi bien des dons spirituels que des naturels et des temporels que l’on voit en d’autres, il faut élever son cœur à Dieu pour le prier de les leur augmenter encore, se réjouir de leur bonheur, et être fâché de ses propres défauts.

5. Avoir fortement gravé dans le cœur que l’on ne doit rien désirer que la grâce de Notre Seigneur, ni se tourmenter de rien que pour acquérir son amour, éviter de l’offenser en quoi que ce soit, et tâcher de lui être agréable, soit dans la vie ou dans la mort, dans la santé ou dans la maladie, dans la joie ou dans la tristesse, dans la supériorité ou dans les offices les plus vils, en quelque lieu que l’on soit, fût-ce au bout du monde, pour ne penser qu’à s’approcher de Notre Seigneur.

6. Croire fermement que tant que nous serons dans le monde nous ne manquerons jamais de travaux, de peines, de tentations et de croix, parce que c’est la marque des serviteurs de Jésus-Christ : et ainsi les souffrir avec patience, en considérant que nos péchés en méritent beaucoup davantage ; que la vie de l’homme est un combat perpétuel sur la terre, et qu’il n’y aura de sauvés que ceux qui persévéreront jusqu’à la fin.

7. Lorsqu’il nous vient quelque pensée de vanité, ou qu’il nous échappe quelque parole qui en procède, ou que nous faisons quelque action qui nous en donne, soit que l’on se croie meilleur qu’un autre ou plus capable de servir, ou que l’on se préfère à lui en quoi que ce soit ; il faut promptement y renoncer comme étant une chose qui donne de l’horreur à Dieu, exposer à ses yeux sa misère, et lui en demander le remède en se souvenant qu’il résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles.

8. Quand il nous vient dans l’esprit des raisons qui nous font croire que les autres ont tort et que nous ne l’avons pas, il ne faut point s’excuser quoique nous le puissions faire ; mais plutôt nous accuser nous-mêmes et excuser son frère, puisqu’encore que nous n’ayons pas mérité la répréhension, la pénitence ou la peine que l’on nous pourra alors imposer, nos péchés passés l’ont méritée, et qu’ainsi nous souffrirons toujours justement.

9. Nous devons plusieurs fois le jour, et particulièrement dans notre examen, rendre grâces à Jésus-Christ de ce qu’il nous a rachetés par sa mort, réconciliés avec Dieu son Père, et comblés de biens et de faveurs par ses travaux et par sa passion ; et remercier Dieu en même temps de nous avoir donné ce Rédempteur.

10. Le fruit de la sainte communion et de tous les autres exercices spirituels, doit être de nous fortifier dans l’amour et le service de Dieu, pour pouvoir résister aux tentations et soutenir les travaux avec patience ; mais non pas pour avoir des goûts sensibles de dévotion qui sont d’ordinaire des marques d’imperfection, et qui peuvent même venir du démon, lequel s’en sert pour nous tromper ; ce qui fait que nous ne devons pas beaucoup nous mettre en peine de les avoir, si ce n’est Notre Seigneur qui nous les envoie, ni, les ayant, mépriser ceux qui ne les ont pas : ce qui serait une grande présomption, puisqu’il se pourrait faire qu’ils ne laisseraient pas d’être plus parfaits que nous et plus agréables à Dieu.

Pour ceux qui désirent d’être de véritables religieux

1. Il faut avoir ses péchés toujours présents et être fâché de les avoir commis.

2. Le sentiment que l’on doit avoir de soi-même ne saurait être trop humble. Il faut reconnaître que l’on est si négligent dans ses devoirs, que l’on est indigne d’entrer en quelque compagnie que ce soit ; et ainsi, ne pouvant rien espérer de soi-même, n’espérer qu’en la miséricorde de Dieu.

3. Non seulement il ne faut point juger des autres ; mais agir avec tant de simplicité que l’on n’en ait pas seulement la pensée, et que sans prendre garde aux fautes d’autrui, on ne s’occupe que des siennes propres.

4. Il faut ni avoir ni témoigner de la colère ou de l’aversion contre personne, mais conserver toujours dans son cœur la tranquillité, la paix et l’humilité, et porter dans le visage un air sérieux accompagné de pudeur.

5. Il faut toujours être prêt à servir tout le monde avec joie.

6. Il faut éviter toutes les paroles inutiles et celles qui ne tendent qu’à se divertir, si ce n’est dans de certaines rencontres où la charité oblige à s’en dispenser un peu.

7. Il faut souffrir, non seulement avec patience mais avec joie les déplaisirs, les contradictions, les paroles fâcheuses, et même les injures que Dieu permet que l’on nous fait.

8. Il faut dans toutes sortes de sujets mortifier la curiosité aussi bien que le désir d’avoir plus que le nécessaire, et ne se mettre en peine que de ce qui regarde le salut.

9. Il faut bannir de notre esprit toute autre pensée que celles qui regardent Dieu.

10. Nous ne devons travailler avec soin en cette vie, qu’à nous rendre agréables à Dieu.

11. Il ne se faut étonner de rien de ce qui arrive en ce monde, ni en demander la raison ; mais le recevoir de la main de Dieu avec action de grâces dans la confiance que nous devons avoir qu’il prend soin de nous, et que tout ce qu’il permet est pour notre plus grand bien, encore que nous ignorions la cause.

12. On ne doit, quand on se porte bien, désirer aucune autre nourriture que celle qui est commune à tout le monde. Et si lorsqu’on est malade, on n’en peut avoir d’extraordinaire, il faut en remercier Dieu.

13. Il ne se faut entremettre de rien que de ce dont on est indispensablement obligé de se mêler, principalement dans ce qui regarde les défauts des autres et les actions des supérieurs.

14. Il ne faut jamais manquer à rendre de tout son cœur l’obéissance, le respect et l’affection que l’on doit aux supérieurs. Il faut avoir de bons sentiments d’eux, ni contre nos frères et notre prochain.

15. Il faut toujours chercher la solitude tant de l’esprit que du corps et regarder toutes les choses du monde comme étant très-peu considérables. Il faut observer très-exactement la règle et les constitutions sans manquer à rien de ce quelles ordonnent ; car elles sont comme les armes dont un religieux se doit servir s’il ne veut courir fortune de succomber aux tentations. (Bienheureux Jean d’Avila – Lettres et Traité Audi Filia et Vide – Avis et Règles chrétiennes pour ceux qui désirent servir Dieu – Livre 1, Lettre XXVIII)

La véritable piété consiste à n’avoir point d’autre volonté que celle de Dieu

Comme il y a, mon frère, plusieurs personnes qui, parce quelles sont, sujettes à de grandes distractions, se trompent fort en s’imaginant qu’il n’est point nécessaire, pour s’avancer dans la piété, d’avoir cette dévotion et ces sentiments de Dieu qui fortifient l’âme et la pressent de marcher dans le chemin qui conduit à lui, je dois vous avertir qu’il y en a d’autres qui tombent dans une erreur qu’il est plus difficile de connaitre, et encore plus d y remédier, parce qu’elle se couvre d’un prétexte spécieux qui leur fait croire que la preuve d’un véritable amour de Dieu est d’avoir de grands sentiments de lui. En quoi ils s’abusent extrêmement. Car il ne veut pas que cet amour consiste à recevoir de lui des goûts spirituels, mais à l’aimer : et c’est l’aimer que de vouloir bien souffrir pour l’amour de lui, en recevant de sa main tout ce qu’il lui plait de nous envoyer, d’être humbles, chastes, patients, prêts à nous voir méprisés et déshonorés sans ouvrir seulement la bouche pour s’en plaindre, et d’avoir les autres vertus. Voilà, mon frère, ce que c’est qu’un véritable amour de Dieu, et non pas une dévotion sensible. Il ne peut donc y avoir du péril à rechercher et pratiquer, dans la vue de Dieu, les vertus dont j’ai parlé ; au lieu qu’il y en a à rechercher ces douceurs el cette dévotion sensible. Mais prenez garde que pour vouloir éviter un piège, vous ne tombiez dans un autre ; en renonçant, pour vous approcher de Dieu, à toutes les consolations spirituelles, à cause que vous les recherchiez dans le temps que vous étiez éloigné de lui : ce qui serait vous conduire selon votre fantaisie et non pas selon sa volonté. Car il n’y aurait pas moins de tromperie dans l’un que dans l’autre de ces deux défauts.

Sachez qu’il y a un amour de Dieu que l’on nomme affectif et qu’ont souvent ceux qui ne l’aiment pas le plus et qui ne sont pas les plus parfaits, parce que c’est ou sa bonté, ou sa beauté, ou sa grandeur, ou quelques autres de ses perfections, que l’admiration qu’elles leur donnent leur fait aimer ; mais ils n’aiment pas ce que l’on doit le plus aimer en lui, qui est sa volonté : au contraire, ils s’en éloignent, et il est facile de le connaitre, en ce qu’aussitôt qu’il retire d’eux ces consolations et les éprouve par des souffrances, ils s’attristent et perdent la confiance, ce qui montre clairement que c’était eux-mêmes et non pas lui qu’ils aimaient, ainsi que nous aimons une personne dont tout nous parait agréable, et que nous cessons de l’aimer aussitôt qu’elle fait quelque chose qui nous déplaît. C’est la manière dont nous traitons avec Dieu. Nous aimons en lui ce que nous y admirons et qui nous contente ; mais nous n’avons pas pour lui, comme je l’ai dit, ce véritable amour qui consiste à aimer sa volonté. Ne croyez donc pas que notre amour pour Dieu se doive mesurer par les sentiments qu’ont de lui ceux qui sont dans cette sorte de dévotion. Il faut le fonder sur la charité, sur les autres vertus, et sur l’observation de ses commandements, parce que c’est ce qui montre que nous l’aimons véritablement et nous fait aimer de lui.

Cet amour affectif peut être sensuel et trompeur. Car souvent au lieu de procéder de la grâce de Dieu et d’être spirituel, il est tout humain et tout charnel, d’où il arrive qu’une personne se sent quelquefois portée d’une grande dévotion, non pas pour ce qui peut la faire avancer dans la vertu, mais pour ce qui lui donne des consolations sensibles. Ainsi, on la voit si satisfaite des choses qui réussissent selon son désir qu’elle dit avec grande dévotion, ce lui semble : Loué soit Dieu, de m’avoir, par le moyen de cette bonne disposition et des prières que je lui ai faites de le pouvoir servir tranquillement, donné la paix dont je jouis, sans que personne me trouble. Je prie quand je veux : je dors quand je veux : je fais ce que je veux, et suis de même dans tout le reste. Mais si Dieu retire ces consolations de cette personne, lui envoie des tentations, et permet que toutes sortes d’afflictions lui arrivent, elle tombe aussitôt dans l’impatience et la tristesse.

Vous voyez par là clairement, mon frère, que l’on affectionne davantage un moindre bien qui donne une satisfaction sensible, que celui qui est le plus utile à notre âme, comme sont les peines et les souffrances. Les Apôtres se laissèrent aller à cette dévotion imparfaite, parce qu’ils ne cherchaient en Jésus-Christ que ce qui pouvait les contenter, et non pas ce qui leur importait davantage. Ainsi lorsqu’ils s’affligeaient de ce qu’il voulait quitter le monde pour aller au ciel, il leur dit : Si vous m’aimiez, vous vous en réjouiriez : mais parce que vous ne m’aimez pas, cela vous fâche. Comment est-il possible, Seigneur, que lorsque vos Apôtres fondent en pleurs et préféreraient la mort à la douleur d’être privés de votre présence, vous leur disiez qu’ils ne vous aiment pas véritablement ? Hélas ! combien y en a-t-il qui, pensant pleurer pour Dieu, ne pleurent que pour eux-mêmes ; qui, croyant l’aimer, n’aiment qu’eux-mêmes ; et qui, au lieu de le chercher, ne cherchent qu’eux-mêmes ? Qui aurait jamais pu se persuader, en voyant ainsi les Apôtres arroser la terre de leurs larmes et avoir le cœur percé de douleur à cause de l’absence de Jésus-Christ, qu’ils ne l’aimaient pas parfaitement, et ne le croyaient-ils pas eux-mêmes, parce qu’ils étaient dans ce sentiment ? Néanmoins lui, qui est la suprême vérité, leur dit de ne s’imaginer pas que l’amour que l’on doit avoir pour lui consiste en des pleurs et en des sentiments de tendresse : mais qu’il consiste à se conformer à sa volonté, à le témoigner par des actions, et d’être même plus aise, lorsqu’il le veut, d’être privé de sa présence, que de continuer à jouir du bonheur de le voir, quoique rien ne paraisse plus juste que le désir de le posséder.

Mon Dieu, que de choses passent dans le monde pour bonnes, qui sont mauvaises ; pour véritables, qui sont fausses ; et pour spirituelles, qui sont charnelles ! Il y parait par la manière dont Jésus-Christ reprit saint Pierre, touchant la mort qu’il allait souffrir, en l’appelant Satan (Matth., XVI, 22), qui signifie adversaire, accusateur, et opposé aux œuvres de Dieu. Que si nous jugions selon les sentiments humains de ce que ce grand apôtre avait dit à son Maitre, rien n’était plus raisonnable, puisqu’il ne tendait qu’à épargner la mort de la croix, non seulement à un innocent, mais à celui qui est l’innocence même ?  Vous voyez toutefois que Jésus-Christ le nomma un Satan, qui, ne comprenait rien aux choses de Dieu et ne jugeait que selon la chair et le sang, ce qui n’était pas aimer Dieu, mais au contraire s’opposer à ce qu’il acceptât la croix et bût le calice que son Père éternel lui envoyait pour racheter les péchés de tout le monde. Il semblerait aussi que ç’aurait été une grande marque d’amour dans ce même apôtre, le jour de la transfiguration, de désirer de faire des tabernacles sur le mont Thabor pour y demeurer ; ce n’était néanmoins qu’un effet de son amour propre qui lui faisait souhaiter de continuer d’avoir la joie de voir son Maitre tout éclatant de gloire, sans penser aux tourments de la croix. Rien n’est si dangereux, si contraire au bien de l’âme, et une si grande occasion de chute que ces fausses affections, qui font considérer comme fort estimables des choses de nulle valeur, et comme des chemins assurés ceux qui conduisent au précipice.

Nous prendrions avec raison pour un insensé celui qui se laissant éblouir par l’éclat du verre en ramasserait plusieurs morceaux, dans la créance de s’en pouvoir servir pour faire de grandes acquisitions ; et qui, au contraire, mépriserait l’or et les autres choses les plus précieuses, comme inutiles pour la fin qu’il se proposerait. Mais combien celui-là est-il encore beaucoup plus insensé et plus dangereusement malade d’esprit, qui, négligeant ce que l’Écriture sainte nous apprend que pour nous rendre agréables à Dieu et l’aimer comme nous devons, il faut purifier notre cœur, faire de véritables pénitences, avoir de l’horreur du péché, de l’amour pour les mystères de la religion, une ardente charité et une grande mortification, repaîtrait son esprit de fables, d’imaginations frivoles et de petites satisfactions d’enfants ; ce qui serait mettre sur de grandes plaies de légers emplâtres ; et, ce qui est pis que tout le reste, qui disant chercher de la consolation dans les choses de Dieu, au lieu de croire ceux qui l’avertiraient de son égarement et lui donneraient de bons conseils, en chercherait d’autres qui approuveraient son erreur et lui tiendraient compagnie pour la suivre ? Saint Paul a prévu que plusieurs tomberaient dans ce piège, qui est plus périlleux que l’on ne saurait penser, lorsqu’il a dit : Il viendra un temps où les hommes ne pourront plus souffrir la saine doctrine, et qu’ayant une extrême démangeaison d’entendre ce qui les flatte, ils auront recours à une foule de docteurs propres à satisfaire leurs désirs, et, fermant l’oreille à la vérité, ils l’ouvriront à des contes et à des fables (II Tim., IV, 3). Ainsi ces dangereux maitres, en ne leur disant que des choses agréables et spécieuses, leur font négliger ce qui pourrait les rendre agréables à Dieu, et les repaissent d’une fausse créance qu’ils sont dans le bon chemin, quoique, quelques grands ravissements que l’on ait, on ne saurait aller au ciel sans renoncer à sa propre volonté, aimer la mortification et accomplir la loi de Dieu, parce que rien ne peut nous dispenser d’exécuter ce qu’il nous ordonne.

Je ne perdrai pas, mon frère, inutilement le temps à vous dire quel est le dommage que reçoivent ceux qui se conduisent de la sorte dans les choses spirituelles : ils le connaîtront par les péchés où ils tomberont, faute de s’être aperçus qu’ils ne cherchaient en Dieu que leur propre satisfaction. Mais il sera facile à ceux à qui un véritable amour de Dieu donne plus de lumière de voir combien il y a peu de bon grain parmi tant de paille, c’est-à-dire combien peu de solidité parmi tant de confessions, de communions et de recueillements, qui sont en eux-mêmes des moyens d’acquérir la sainteté, quand on les pratique comme l’on doit, sans se contenter des apparences.

Comme il est difficile de ne se point égarer parmi cette grande diversité de chemins et de différents guides, le moyen de s’en garantir est de rejeter toute autre satisfaction que celle que Dieu nous donne, et de s’exercer à souffrir purement pour l’amour de lui, tant dans vos lectures que dans vos prières, vos pénitences, vos confessions, vos communions, votre obéissance, et l’exercice des autres vertus ; car c’est la voie par laquelle Jésus-Christ a marché, et nous a commandé de marcher après lui pour porter sa croix, qui est la clef du ciel, et qui l’ouvre à ceux qui le suivent.

Ô mon Sauveur, que grand est le nombre de ceux qui, disant qu’ils vous servent, ne servent qu’eux-mêmes ; qui, disant qu’ils vous aiment, n’aiment qu’eux-mêmes ; et qui, disant qu’ils vous suivent, ne suivent qu’eux-mêmes : au lieu que l’on ne devrait penser qu’à faire votre volonté et à vous plaire, sans chercher sa satisfaction particulière, ni dans l’oraison, ni dans la confession, ni dans la communion, ni dans quelque autre exercice de piété que ce puisse être ! Considérez, mon frère, combien cette tromperie est grande. J’en ai connu plusieurs, et j’en connais encore qui, se laissant ainsi abuser, désirent ardemment de s’approcher de cette sainte table pour recevoir une petite consolation qui leur fasse répandre quelques larmes.

Au lieu de considérer quel est le fruit que ce grand sacrement doit produire dans les âmes, et pour quelle fin Jésus-Christ l’a institué, ils cherchent la douceur des consolations et non pas la croix, qui les doit sauver. ll y paraît par les effets, puisque cette divine nourriture, qui devrait tant leur profiter, leur nuit, et ils donnent sujet à d’autres d’en abuser comme eux. Pour éviter de si grands inconvénients, il faut ne chercher que la seule volonté de Dieu, sans se mettre en peine de tout le reste.

Oh ! que l’amour-propre cause de maux dans les choses mêmes les plus spirituelles ! Lucifer ne désirait que de jouir d’une plus grande gloire ; mais parce qu’il ne la devait pas souhaiter, et qu’il n’eut pas recours à Dieu pour l’obtenir, il tomba du ciel comme un éclair ; au lieu du bonheur auquel il aspirait, il se trouva abîmé dans des tourments éternels ; et, voulant ravir à Dieu une partie de sa gloire, il perdit celle qu’il lui avait donnée.

Pourquoi les serviteurs de Dieu recherchent-ils les consolations, la sainteté et une abondance de grâces ? Est-ce pour plaire à eux-mêmes ou pour plaire à Dieu ? Si c’est pour cette dernière raison, sachez, mon frère, qu’on ne lui est agréable que lorsque l’on se contente de ce qu’il donne. Ainsi, s’il veut que vous souffriez des persécutions et des afflictions, et que vous en soyez bien aise, vous témoignerez alors que c’est sa volonté que vous cherchez et non pas la vôtre. Lorsque les apôtres donnaient par leur tristesse et par leurs pleurs de si grandes marques de leur affection pour Jésus-Christ, il leur dit que ce n’était pas un véritable amour, mais que c’en était un de porter sa croix et supporter patiemment la douleur de son absence : car souffrir c’est aimer ; aimer Jésus-Christ c’est faire du bien à ceux qui nous font du mal ; et l’on témoigne beaucoup mieux combien on l’aime lors que l’on surmonte sa colère, que l’on soufre des injures, que l’on endure patiemment des peines, et que l’on prend en gré la tribulation, que lorsque l’on répand des larmes dans l’oraison, et que l’on a des ravissements : Soyez, dit saint Paul, dans la même disposition et dans les mêmes sentiments où a été Jésus-Christ (Phil., II, 5). Et quels sont ces sentiments ? C’est de souffrir comme il a fait quand, encore qu’il fût égal à son Père, il a pris la forme d’un homme et d’un serviteur, et a enduré le mépris, la pauvreté et l’humiliation. Des sentiments contraires ne sont pas des sentiments d’un fils de Dieu, mais des sentiments humains et charnels ; et nous n’avons sujet de nous réjouir d’en avoir de spirituels, que quand Dieu nous les donne de sa main, sans que nous les recherchions, ni que nous ayons d’autre volonté que la sienne. Alors ces larmes ne devront point nous être suspectes, et ces consolations et ces sentiments de tendresse nous seront avantageux. Mais autrement, ce n’est qu’une tromperie, parce qu’il arrive souvent que ces sentiments de Dieu, que l’on nomme affectifs, sont sensuels et imparfaits à cause qu’ils ne procèdent pas d’un véritable amour de Dieu, mais du plaisir que l’on trouve à considérer ses perfections, comme je l’ai dit au commence ment, au lieu que l’on ne devrait regarder que sa sainte volonté, et si l’on a manqué à observer ses commandements, ce qui est véritablement l’aimer. C’est pourquoi la consolation que ressentent ces personnes ne leur dure qu’autant que durent ces révélations et autres sentiments spirituels ; et ils ne sont pas plutôt passés, qu’ils se trouvent être aussi colères, aussi inquiets, aussi lâches, et aussi prompts à pécher qu’auparavant : ce qui montre que ce n’était pas Dieu, mais eux-mêmes qu’ils aimaient, et que leur satisfaction leur était plus chère que Jésus-Christ. On peut les comparer à un enfant qui pleure et se tait quand son père lui donne du sucre (L’espagnol dit du pain d’épice), et recommence à pleurer lorsqu’il cesse de lui en donner ; ce qui fait voir que ce n’était pas pour lui obéir qu’il se taisait, mais par friandise. Hélas ! qu’il y a aujourd’hui de ces sortes d’enfants désobéissants à Dieu, qui, s’ils ne murmurent point, s’ils ne médisent point, s’ils ne sont point de mauvaise humeur, et s’ils ne perdent point le temps inutilement par une lâche oisiveté, ce n’est pas le désir de plaire à Dieu qui les en empêche, mais c’est parce qu’il leur donne quelque petit sentiment de cette dévotion qu’ils recherchent : car cela n’est pas plutôt passé, que l’on voit, que c’était leur intérêt, et non pas l’amour de Dieu, qui leur rendait ces larmes si agréables, puisqu’ils recommencent à pécher comme auparavant ; de même que ce n’est pas dans l’abondance, mais dans la nécessité et l’affliction, que l’on éprouve les amis.

Sachez, mon frère, qu’il arrive souvent que des personnes lâches dans la dévotion, et en qui le Saint-Esprit a répandu peu de grâces, ont ces sentiments affectifs, et que de véritables amateurs de Dieu n’en ont pas. D’où il arrive qu’encore que ces premiers soient peu avancés dans la vertu, qu’ils soient lâches, négligents, et ne sachent ce que c’est qu’une parfaite consolation, ils témoignent néanmoins une grande ardeur à recevoir ces sentiments de dévotion et les embrassent avec joie, quoique souvent, au lieu d’en recevoir cette abondance de grâces qu’ils en espéraient, ils laissent leur âme dans la pauvreté et la sécheresse : mais ceux qui n’ont rien se contentent de peu. Car de même qu’encore qu’un homme qui serait ivre ne tiendrait compte d’un peu de bon vin qu’on lui présenterait, et qu’au contraire un autre, qui serait très altéré, le recevrait avec grande joie ; ainsi, ceux qui ne sont point saintement enivrés de l’amour de Dieu considèrent comme une si grande grâce d’avoir un peu de dévotion, qu’ils se croient être déjà dans la gloire. Ils disent que Dieu les a visités : leurs larmes leur sont précieuses ; et ils sont ravis de joie, quoiqu’à parler selon la vérité, leur dévotion est peu de chose, ou, pour mieux dire, n’est rien du tout, puisqu’elle me procède que d’un très petit amour de Dieu et d’une très petite grâce. Mais, au contraire, celui qui est rempli d’un ardent amour de Dieu, fait si peu de cas de cette dévotion sensible, qu’il ne s’en sert que pour exercer la patience, la mortification, l’amour des croix, la souffrance des injures et toutes les autres vertus. C’est là ce qui fait voir que l’on a l’esprit de Dieu ; et c’est ainsi que vous connaitrez que lorsqu’il répand ses grâces avec abondance dans une âme, elle ne répond pas à ces faveurs par la joie d’y trouver de la douceur, mais par un véritable désir de souffrir pour s’en rendre digne, et par une ferme résolution d’accomplir sa volonté. Job avait donc grande raison de dire : Appelez-moi, Seigneur, et je vous répondrai (Job, IV) : Mais comment, grand saint, lui répondrez-vous ? Je lui répondrai, dirait-il s’il était encore au monde, en souffrant avec une très grande patience les adversités, les pertes, les maladies, les plaies, la pauvreté, l’abandonnement de mes amis, et toutes les autres croix jointes aux tentations de Satan et à la pratique de toutes les vertus. C’est ainsi qu’en usa saint Paul, lorsque Dieu l’appela d’une voix si forte. Car, au lieu de répondre faiblement, il lui dit du fond de son cœur : Seigneur, je vous donne ma volonté et la soumets à la vôtre : recevez-la, s’il vous plait, et commandez-moi tout ce que vous voudrez. Dieu fit bien connaitre aussi qu’il avait pris une pleine possession de son âme, et qu’il le regardait comme un vase d’élection, lorsqu’il dit : Je lui ferai connaitre ce qu’il aura à souffrir pour la gloire de mon nom (Act., IX, 16), Car la véritable marque d’un serviteur de Jésus-Christ et le véritable caractère de ceux qu’il aime ne sont pas ces petites douceurs, ces petites consolations, et ces petits sentiments de tendresse ; mais c’est d’aimer les grandes souffrances, les grands travaux, le mépris, le déshonneur, la pauvreté, et généralement tout ce qui est le plus contraire aux inclinations de la nature : et c’est là bien répondre à Dieu lorsqu’il nous appelle.

Vous voyez par là, mon frère, à quoi nous sommes obligés lorsque Jésus-Christ nous fait la grâce de nous appeler, si nous ne voulons nous rendre coupables d’une horrible ingratitude : et vous connaîtrez si celte vocation et ce que vous sentirez viennent de lui, lors que vous lui répondrez que vous ne voulez plus avoir d’autre volonté que la sienne, quand il vous en devrait coûter tout votre bien, l’honneur et la vie. Car c’est là ce qui nous justifie et nous rend conformes à lui qui n’a presque point eu de consolations en ce monde, mais a toujours porté sa croix, sans cesser durant un seul moment de l’aimer.

Sachez aussi qu’il y a des personnes à qui le démon fait sentir quelquefois de la dévotion, afin de les affaiblir par ce goût et cette douceur spirituelle, et les mettre par une fausse confiance dans un dangereux repos, en leur faisant croire que les sentiments qu’ils ont viennent du Saint-Esprit ; et qu’ainsi une ferveur indiscrète les porte à des jeûnes, des veilles et des oraisons excessives qui les rendent incapables de faire ce qui leur serait plus utile et plus agréable à Dieu.

Ces personnes tombent par ce moyen dans une autre erreur, qui est que, se sentant abonder en ces consolations spirituelles, ils s’imaginent d’être parfaits, et deviennent si paresseux à s’avancer dans le service de Dieu qu’ils ne se mettent point en peine d’acquérir davantage de vertu, quoique ce soit en cela que consiste le véritable amour de Dieu et son véritable esprit. Le démon les fait aussi, tomber dans un autre piège, qui est de se plaire tellement dans ces douceurs et ces consolations qu’ils croient être spirituelles, que tous leurs désirs et toutes leurs actions ne tendent qu’à les rechercher et les augmenter. Ils sont si amoureux de leur propre satisfaction qu’ils n’ont autre fin qu’eux-mêmes ; ce qui les met peu à peu en tel état, que Dieu par un effet de sa justice permet qu’ils tombent dans de grands péchés en ce monde, et dans des peines éternelles dans l’autre. Car il ne regarde en toutes choses que l’intention ; et c’est pourquoi j’aimerais mieux que vous eussiez fait de grands excès de bouche, parce qu’enfin leur dégoût vous en corrigerait, que d’avoir ces dangereux sentiments de Dieu, si vous ne saviez le peu de cas que l’on en doit faire. Car, si vous préférez à eux les vertus et la souffrance, vous ne vous laisserez pas tromper à leur douceur ; mais aurez pour fin dans toutes vos actions d’imiter Jésus-Christ, notre maitre, qui n’a commencé, continué et fini sa vie que dans l’amour de la croix.

Considérez, mon frère, que le véritable amour est enfermé dans les vertus, et qu’il paraît dans adversité. Je m’explique davantage : le fondement de la patience est d’avoir dans le fond du cœur un ferme désir de souffrir pour l’amour de Dieu tout ce que l’on peut souffrir en ce monde et en l’autre. Il en est de même des autres vertus. Et quand on est en cet état d’humilité et de patience, les effets en paraissent extérieurement lorsqu’il se présente des occasions de le témoigner ; car l’on souffre sinon avec joie, au moins avec patience. C’est là ce que l’on doit nommer un véritable amour de Dieu. Tout autre est suspect et sans fondement.

On veut accorder aujourd’hui de grands désirs dans l’oraison avec de grands péchés dans la conversation ; on plaint les douleurs de Jésus-Christ, et l’on donne des sujets de douleur à son prochain ; on admire la patience de ce divin Rédempteur, et l’on se laisse emporter à la colère ; on garde le silence durant une heure, et l’on parle durant tout le reste du jour. Ainsi, toute cette spiritualité et cette prétendue sainteté consistent à acheter par un peu de silence et d’oraison la liberté et la satisfaction que l’on désire en demeurant toujours tel que l’on était auparavant. Plusieurs sont trompés par une si dangereuse dévotion ; et Dieu veuille, s’il lui plait, y remédier.

Considérez, mon frère, combien il vous importe de profiter des avis que je vous donne, afin de ne vous laisser pas surprendre aux artifices de ceux qui voudraient vous porter à désirer de Dieu des consolations et non pas sa croix, puisque autrement vous seriez trompé comme ils le sont. On peut dire d’eux que ce sont des esprits creux, qui n’ont sur tout ce qui regarde Dieu et eux-mêmes que des conversations inutiles qu’ils nomment spirituelles, et lorsqu’ils n’ont plus de choses à dire qui puissent passer pour des vérités, ils en inventent, parlent même favorablement des péchés, et en commettent. Que puis-je dire de cette sorte de gens, sinon qu’entreprenant, comme je fais, de parler presque seul contre un si grand nombre de personnes pour les détromper de leur fausse et profane dévotion qu’ils veulent que l’on tienne pour sainte, je ne doute point qu’ils ne s’efforcent de me faire passer pour un homme qui manque du jugement qu’il devrait avoir pour se mêler, ainsi que je fais, de conseiller et de détromper les autres ? Mais cela ne m’empêchera pas, avec l’assistance de Dieu, de m’acquitter de l’obligation à laquelle il m’a engagé de tâcher à remettre dans le bon chemin ceux qui se sont égarés en se persuadant d’en avoir pris un fort spirituel. Ainsi, je continuerai de dire ce qui me paraîtra pouvoir servir à rendre les personnes véritablement spirituelles, sans en rien dissimuler quoi qu’il m’en puisse arriver. Ceux qui aiment Dieu véritablement, au lieu de m’en blâmer, m’en sauront gré ; et s’il lui plait d’ouvrir les yeux à quelques autres pour leur faire voir que ce qu’ils croyaient être spirituel n’est que charnel, ils devront plutôt se détromper de leur erreur et me remercier, que me condamner, puisque je leur découvre un trésor qui leur était entièrement inconnu. Et quant à ceux qui ne sont pas en l’état dont j’ai parlé, comme ce que j’ai dit ne les regarde point, ils ne doivent pas s’en offenser.

N’est-ce pas une chose déplorable de n’oser avertir les personnes de ce qui leur importe de tout, et de les laisser ainsi continuer à s’égarer en marchant aveuglément et sans guide à travers des précipices ? En vérité, on ne saurait trop s’étonner de voir que la multitude de ceux qui s’égarent de la sorte dans le chemin de Dieu est si grande, et qu’ils y pensent si peu, parce qu’ils se fient tellement à cette faible dévotion et à ces larmes qu’ils répandent, qu’ils se croient être si savants dans les choses spirituelles, et si saints, qu’ils ne doutent point d’avoir place au royaume de Dieu. Cette téméraire et si périlleuse confiance vient de ce qu’ils ignorent quel est le véritable esprit de Dieu, et de ce qu’ils sont si amoureux de leurs sentiments, que, les préférant à tout, ils suivent plutôt leur dévotion sensuelle que la doctrine de Jésus-Christ et les mouvements du Saint-Esprit qui nous obligent de renoncer à notre volonté pour nous résigner à celle de Dieu et embrasser en toutes choses la mortification. Cela fait qu’ils demeurent toujours si vivants en eux-mêmes, qu’ils se trouvent au sortir de leur recueillement aussi remplis qu’auparavant de leur propre estime.

Quelle apparence de se retirer ainsi dans soi-même pour rechercher ensuite de l’estime, de la réputation, de la gloire et de la louange ; de pleurer ses péchés, et puis d’en commettre d’autres que l’on soit obligé de pleurer ; de dire que l’on n’est que terre, et de se préférer aux autres à cause de l’avantage de sa naissance, quoique nous soyons tous des branches d’un même cep, du fruit d’un même arbre, et de l’eau d’une même source ; de se vanter d’avoir appris dans l’oraison de grandes vérités et de grandes connaissances des choses de Dieu, et n’être pleins que d’erreur et d’aveuglement ?

Considérez-vous donc bien vous-même, et vous trouverez que vous êtes tout charnel, tout plein de votre volonté, que vous vous cherchez en tout, que vous n’avez point de honte d’exagérer vos exercices spirituels, et que ne vous y occupant qu’extérieurement, l’erreur dans laquelle vous êtes fait qu’ils n’ont garde de vous profiter. C’est ce qui m’oblige à m’efforcer de vous réveiller de ce profond sommeil, pour vous faire ouvrir les yeux et voir le dangereux état où vous êtes : rentrez, je vous prie, dans vous-mêmes. Commencez tout de nouveau à marcher dans le chemin de la mortification, et continuez d’y marcher sans vous soucier de ce qui vous regarde, mais n’ayant autre dessein que de faire la volonté de Dieu. Pesez bien ce que je vous dis hardiment, que vous ne serez point dans L’état que vous devez être, si vous vous proposez seulement pour fin les dons de Dieu et vous y arrêtez. Car, quelque grands, élevés et consolants que vous puissiez vous les figurer, il faut passer au delà de tout ce que vous sauriez vous imaginer et de toutes les créatures pour ne chercher votre repos que dans la volonté de Dieu, notre ineffable et infini bien. Aimez-la, et embrassez-la en toutes choses, soit favorables ou contraires, assurées ou périlleuses, puisque rien ne nous peut être si avantageux, si honorable, si glorieux, et nous donner tant de joie que de nous unir tellement à Dieu, que nous n’ayons point d’autre volonté que la sienne.

Que vous soyez loué à jamais, mon Dieu, créateur de toutes choses et qui leur conservez l’être, de ce qu’étant infini comme vous êtes, et nous n’étant qu’un néant et que misère, vous nous élevez jusqu’à nous rendre participants de votre suprême bonté, lorsque nous conformons notre volonté à la vôtre et entrons ainsi dans vos sentiments ! Si vous dites, Seigneur, qu’une chose est bonne, nous le disons avec vous ; si vous en voulez quelque autre, nous la voulons comme vous ; si votre volonté est que nous passions vingt années dans des sécheresses et des tentations continuelles, nous y consentons de tout notre cœur. Et si vous permettez que nous soyons faussement accusés, persécutés et déshonorés, nous l’acceptons avec joie, parce que nous ne voulons nous conduire que par vos ordres ; car pouvons-nous faillir en les exécutant et n est-ce pas le moyen de gagner le ciel ? Que pouvez-vous faire qui ne soit juste, saint et divin ? Étant infiniment riche et infiniment libéral, que pouvez-vous désirer de nous qui ne nous enrichisse des trésors de vos grâces ? Quel chemin pouvez-vous nous enseigner qui ne soit très sûr ? quels avis pouvez-vous nous donner qui ne soient très-sages ? et quels conseils qui ne soient si fidèles, qu’il nous importe de tout de les suivre ?

Quelle folie serait la nôtre, mon frère, de vouloir pour faire notre volonté ne nous pas conformer à celle de Dieu, qui est seul capable de nous mettre dans une parfaite assurance ? Soit donc qu’il nous punisse ou nous favorise, qu’il nous blesse ou qu’il nous guérisse, qu’il nous ôte la dévotion ou qu’il nous la donne, qu’il nous traite comme ses esclaves ou comme ses enfants, tout cela nous est avantageux, si nous nous conformons entièrement à sa volonté et renonçons à la nôtre, dont nous avons tant de sujet de nous défier. Car toutes nos inclinations ne vont qu’à détruire en nous le bien qu’il plaît à Dieu d’y faire, à effacer de notre cœur les bons sentiments qu’il y imprime et à résister à ses volontés. Considérez, je vous prie, si ce ne sont pas là des choses que l’on doive assez appréhender pour les fuir ; et au lieu de chercher ce qui vous contente, travailler à contenter Dieu. La mortification en est un moyen assuré ; et si vous la pratiquez, ce ne sera pas votre satisfaction, votre consolation, votre paix, ni aucun autre intérêt que vous vous proposerez pour fin dans vos lectures, vos oraisons, vos méditations, vos confessions et vos autres exercices de piété et même vos communions ; mais vous chercherez seulement la gloire de Dieu, l’accomplissement de sa volonté, les vertus et la joie de souffrir pour l’amour de Jésus-Christ comme il a souffert pour de vous. C’est là ce que l’on doit appeler un véritable amour de Dieu et marcher sûrement dans la voie du ciel. Pensez-y attentivement, renoncez à votre satisfaction particulière, et laissez-en le soin à Jésus-Christ, qui saura bien vous la donner ou vous l’ôter selon qu’il jugera vous être le plus utile. Car c’est lui qui est le souverain médecin des âmes, qui connaît parfaite ment leurs maladies, qui sait les remèdes qui y sont propres et de quelle nourriture ils ont besoin, après leur guérison, pour reprendre leurs forces.

Si Dieu vous donne des consolations, recevez-les, mais ne les recherchez pas, puisqu’elles vous seraient très préjudiciables, et souvenez-vous qu’en vous parlant de la sorte, je ne prétends pas de dire, comme quelque esprit grossier pourrait se l’imaginer, que les consolations que Dieu donne à ceux qui ne l’offensant point le servent et se mortifient, soient mauvaises. Vous devez croire, au contraire, que ce sont des faveurs qu’il leur accorde pour les faire marcher avec plus de courage et moins de peine dans le chemin du salut. Je prétends seulement vous avertir que vous ne devez pas les rechercher avec ardeur, si ce n’est dans la vue de Dieu et sans aucune autre fin que de vous conformer à sa volonté et renoncer à la vôtre. Car, quelques efforts que vous puissiez faire, vous ne sauriez rien offrir à Jésus-Christ qui, lui soit plus agréable que de la lui donner, ni rien vous réserver qui fût plus capable de vous damner, puisque cette réserve est une peste qui infecte peu à peu le cœur du venin de l’orgueil, de la colère et de tant d’autres péchés.

Il n’appartient qu’à Dieu d’avoir une volonté indépendante et qui soit la règle de toutes les autres. Ainsi, désirer d’avoir une volonté qui nous soit propre, c’est vouloir lui ravir sa couronne et nous rendre, s’il se pouvait, semblables à lui. Commencez donc dès maintenant, mon frère, à travailler de tout votre pouvoir à vous empêcher de commettre un si grand crime. Ne cherchez point une sainteté fondée seulement sur votre amour propre, et pourvu que vous vous prosterniez aux pieds de Jésus-Christ sans autre désir que celui de lui obéir, j’ose vous répondre qu’il vous donnera place dans le ciel, en récompense de ce que vous aurez , en ce monde, renoncé à votre volonté pour l’amour de lui.

Si mes grandes occupations me donnaient davantage de loisir, je vous aurais écrit plus au long sur un sujet si important, et dont le besoin que vous avez d’être instruit m’a obligé de vous parler. Mais ce que je vous ai dit suffira, si vous en comprenez la vérité qui est d’une beaucoup plus grande étendue que la plupart ne le pourraient croire. Vous l’éprouverez, si vous en venez à la pratique ; au lieu que si vous vous contentiez seulement de le lire, il ne servirait qu’à vous rendre encore plus coupable. Que s’il y a quelque chose qui vous semble obscur, nous en pourrons conférer de vive voix. Mais comme l’infinie bonté de Jésus-Christ fait qu’étant tout ensemble notre Père et notre Maitre, il nous aime et prend plaisir à nous instruire, il ne manque jamais de mettre dans le cœur de ceux qui l’aiment et le cherchent véritablement ce que leur esprit ne peut comprendre. C’est ce que nous ne saurions trop souhaiter et qui nous importe de tout, étant persuadés, comme nous le devons être, de l’obligation que nous avons de conformer entièrement notre volonté à la sienne. Rien ne doit donc nous ralentir dans la résolution de le suivre et de le servir, non pas selon notre désir, mais en telle manière qu’il lui plaira, ce que peu entreprennent de faire.

Demandez, s’il vous plaît, pour moi à Jésus-Christ de me détacher de mes sentiments, de renoncer à ma volonté, d’aimer Sa croix, de ne cesser point de marcher dans le chemin qu’il nous a tracé, et de n’avoir devant les yeux que lui seul. Je ferai la même chose pour vous, afin que nous puissions nous voir ensemble dans son royaume éternel, et jouir de la gloire qu’il nous a acquise par ses travaux. Aidez-moi à le remercier de ce qu’il m’a mis dans le cœur pour vous le dire. (Bienheureux Jean d’Avila – Lettres et Traité Audi Filia et Vide – Avis et Règles chrétiennes pour ceux qui désirent servir Dieu : Discours pour montrer que la véritable piété consiste à n’avoir point d’autre volonté que celle de Dieu)

 

Examen de conscience général et particulier

Dans l’examen général, on parcourt tous les péchés et dans l’examen particulier, on parcourt une seule chose.

L’examen général comme préparation à la confession générale

Cet examen reprend la période de toute la vie, quand un baptisé ne s’est pas confessé depuis longtemps.

L’examen général se fait aussi dans des circonstances particulières comme quand il y a eu des confessions antérieures sacrilèges avec un oubli coupable de certains péchés que la personne connaissait ou soupçonnait être mortels. On peut faire l’examen général  pour une confession générale quand il y a eu même oubli  non-coupable (involontaire) de péché dans une ou des confessions antérieures.

On peut faire l’examen général pour remettre de l’ordre dans sa vie spirituelle, soit à une occasion spécifique de choix particulier de vie ou d’autre chose.

On peut utiliser l’examen général pour faire remonter des péchés passés enfouis dans la mémoire pour aider à délivrer de liens d’ordre démoniaques, comme dans des pratiques, des fréquentations et des croyances versant dans l’occulte, l’ésotérique, etc. (Voir : Exorcisme et possession démoniaque ; Le démon, actions et signes ; Ésotérisme et occultisme ; New-âge ; Gaïa – Gaïanisme ; Planche ouija ; Fantômes ; Extra-terrestres ; Yoga – Dangers du Yoga ; Tao – Taoïsme ; Réincarnation ; Karma ; Faux signes et merveilles, fausses apparitions, faux mystiques, fausses dévotions : sœur Faustine, Marcel Van, Marthe Robin, mère Térésa, Medjugorje, Bayside… ; Charismatisme – illuminisme ; Méditation ; ; Expérience de Mort Imminente ; Reiki, poison mortel de l’âme ; Chi / Qi – Taï Chi – Qi Gong)

On peut utiliser l’examen général pour faire remonter des péchés passés enfouis dans la mémoire pour aider à délivrer de liens, de croyances ou fréquentations hérétiques ou d’apostasie (Voir : Idolâtrie et paganisme ; Naturalisme ; Contrôle naturel des naissances ; Avortement ; Théorie de l’évolution, évolutionnisme ; Athéisme – agnosticisme ; Polythéisme et panthéisme ; Secte Vatican 2 ; Secte FSSPX ; Lignée Thuc schismatique ; « Orthodoxie » orientale schismatique ; Anglicanisme ; Protestantisme ; Luthéranisme ; Calvinisme ; Adventisme ; Hérésies et hérétiques ; Sédévacantistes « traditionalistes » hérétiques : indépendants, mission sainte Agnès, Abbé Cekada, sites internet, SSPV, CMRI, IMBC…)

Examen de conscience pour une confession générale

L’examen général et particulier dans la vie spirituelle quotidienne

P. Johann Michael Kroust (1694-1772), S. J., Méditations sur les vérités de foi et de morale pour tous les jours, jeudi et vendredi XXI après la pentecôte, Sur l’examen de conscience :

Qui connaît ses péchés ? (Ps 18) Personne ne peut compter ses péchés, parce qu’ils sont plus nombreux que les sables de la mer ; personne ne peut les connaître, parce qu’il y en a beaucoup qui sont cachés dans le fond du cœur : Le cœur des hommes est mauvais, on ne saurait le sonder (Jer. 17). Il importe cependant de le sonder par un double examen, l’un qu’on appelle général, l’autre particulier. Appliquons-nous à en connaître l’utilité, le fruit, et la manière ou la méthode.

De l’examen général.Tous ceux qui veulent vivre avec piété font l’examen général au moins une fois le jour avant leur sommeil ; car le pécheur tombe sept fois, et il se relève, mais le pécheur ajoute péché sur péché (Prov. 24 ; Eccli. 3). Ils font la recherche de toutes les actions du jour ; car il n’y en a pas une un peu longue qui ne soit imparfaite. Ils se rendent compte d’eux-mêmes et comparent le profit avec la perte ; car les pertes de chaque jour, quoique petites, détruisent peu à peu les forces et conduisent à une grande indigence du cœur, si l’on n’en fait pas la compensation par quelque avantage. Ils prient le Seigneur pour leur péchés, parce que le sommeil est l’image de la mort, et parce qu’on en voit souvent qui sont portés du lit au tombeau contre leur attente. Ils envisagent le jour suivant pour éviter de plus grandes pertes et acquérir de nouveaux avantages ; car, quoique à chaque jour suffise sa malice, sa justice ne suffit pas.

2° Une habitude semblable produit les plus grands fruits ; vous n’examineriez pas votre conscience à la légère, et surtout vous ne manqueriez pas de l’examiner, si vous compreniez combien il importe de ne pas le faire négligemment. Qu’y a-t-il de plus capable, de plus efficace, de plus nécessaire pour purifier l’âme, pour obtenir le pardon, pour rendre la conscience moins large, pour conserver la pureté du cœur, pour acquérir la connaissance de l’homme, pour exciter ou ranimer la componction du cœur ? Qu’y a-t-il de plus capable de réprimer les passions, de détruire la mauvaise habitude, d’affermir l’humilité, de donner l’assurance du salut, et de tranquilliser l’âme ? Sans cela on pèche souvent, et l’on se repent rarement. Moyennant l’examen, vous ne craindrez pas les attaques nocturnes, et vous ne serez pas en danger de vous endormir du sommeil éternel ; mais vous vous reposerez dans la paix et en sûreté, appuyé sur la contrition.

Cette conduite sera une disposition très convenable pour le sacrement de Pénitence, surtout si chaque jour vous marquez sur le papier vos péchés principaux : il n’y a pas une meilleure préparation à la mort et à réception des sacrements. Une fois cette heureuse habitude prise, on ne pourra plus y manquer, mais on le fera bien ou mal.

Selon l’ancienne méthode, il y a cinq points sur lesquels s’appuie l’examen de conscience. D’abord on rend grâces à Dieu pour les bienfaits reçus et dont il faut avoir soin de se souvenir un instant, surtout de ceux qui nous rappellent actuellement la bonté et la miséricorde spéciale de Dieu, et qui sont plus capables d’exciter notre reconnaissance. Il s’ensuit que non seulement nous rendons grâces à Dieu, mais qu’en comparant ensuite notre conduite avec ses bienfaits, nous détestons plus vivement nos péchés.

Le second point consiste à demander la grâce pour connaître ses péchés et pour s’en délivrer ; il faut le faire avec soi, car l’expérience nous apprend que nous sommes aveugles sur nos propres vices, et le saint concile de Trente déclare que, sans la grâce prévenante du Saint-Esprit, personne ne peut se repentir comme il le faut pour le salut. Ces deux points doivent prendre un temps moins long afin d’en laisser davantage à ceux qui suivent.

Le troisième point consiste à se rendre compte des péchés commis dans le jour. Il ne faut pas seulement examiner ce qu’on a fait de mal d’heure en heure, ce qu’on a dit, ce qu’on a pensé, ce qu’on a omis ; mais comme il ne suffit pas de faire le bien, si vous ne le faites bien, il faut savoir si vous l’avez fait en temps convenable, dans quel lieu, dans quelle intention, avec quel soin. On doit surtout sonder les mouvements les plus subtils et les affections secrètes du cœur, afin de connaître tout ce qu’il y a en soi de vicieux. Souvent, lorsque nous voulons bien vivre, notre cœur nous trompe par l’apparence du bien et va subtilement à son but ; il gâte et pervertit par sa malice secrète tout ce qu’il y a de bien dans nos actions.

Le quatrième point consiste à demander pardon pour ses péchés. Ici on doit surtout travailler à concevoir une véritable et sincère douleur de ses péchés, et ne pas ressembler à ceux qui ne se mettent en peine que du péché mortel. Ceux qui agissent ainsi se rendent souvent coupables de fautes dont ils ont lieu de s’affliger gravement.

Enfin, dans le cinquième point, on se propose, avec la grâce de Dieu, d’amender sa vie. Plus vous le ferez avec négligence, plus vous vous exposez à retomber. Affermissez donc votre bon propos, non en général, mais en particulier ; prenez une résolution spéciale contre tel péché ou tel vice qui l’emporte sur les autres ; opposez-lui un remède contraire qui puisse guérir et déraciner cette maladie de l’âme. Ajoutez-y quelque pénitence, quelque châtiment, afin de satisfaire à la justice de Dieu, mais surtout afin de vous rendre vigilant à l’avenir.

De l’examen particulier – 1° Dans l’examen général, on s’attache à parcourir tous les péchés ; dans l’examen particulier, on s’attache à une seule chose : on s’occupe d’une vertu en particulier dont on veut obtenir la perfection, ou d’un vice dont on se propose l’amendement. Il faut donc se consulter soi-même ainsi que le directeur de sa conscience. Lorsqu’on a connu suffisamment de quelle vertu on a le plus besoin ou de quel vice on est plus fortement atteint, alors on livre un combat singulier à cet ennemi, qui l’emporte sur les autres ou qui en traîne un grand nombre à sa suite, qui paraît le plus furieux, qui menace de la mort et s’attache à sa victime avec plus de ténacité. Prenez à part cet adversaire, et qu’il rende votre victoire éclatante par une défaite signalée ; s’il en amène plusieurs à sa suite, divisez encore cette masse, de peur que vos forces ne suffisent à combattre cette multitude.

Voulez-vous détruire l’orgueil ? vous avec contre vous un hydre à plusieurs têtes ; il faut d’abord vous débarrasser de ce qui est plus facile à vaincre, et vous surmonterez ensuite ce qui est plus difficile. Éloignez de vous tout ce qui sent le faste dans votre extérieur et tout ce qui respire la vanité du siècle ; prenez garde ensuite à l’arrogance dans le regard et dans la démarche ; réprimez tout ce qui sent l’enflure du cœur ; enlevez les pensées d’ambition et de vaine gloire : j’omets les autres détails. C’est ainsi que vous poursuivrez vos ennemis, que vous les saisirez ; vous ne vous arrêterez pas jusqu’à ce qu’ils soient anéantis, quand même le combat devrait durer plusieurs années, enfin jusqu’à ce que la vertu contraire ait jeté de profondes racines dans le cœur. Pour cela, après que l’orgueil sera vaincu, vous diviserez aussi l’humilité en plusieurs parties dont la première consistera à prévenir les autres de toute espèce d’honneur et de déférence ; en second lieu, prenez toujours la dernière pace, en conservant le respect dû à votre dignité et à votre autorité ; troisièmement, méprisez-vous vous-même et estimez les autres plus que vous ; quatrièmement, ne vous réjouissez pas des louanges des hommes ; cinquièmement, désirez d’être méprisé : cela est suffisant pour vous servir d’exemple.

2° Cassien nous apprend que c’était la méthode usitée chez les anciens Pères, et nous pouvons croire qu’elle a été donnée par le Seigneur, le Dieu des armées ; car Moïse parle ainsi à son peuple : « Vous détruirez sept nations beaucoup plus nombreuses et plus fortes que vous ». Si vous dites : Ces nations sont beaucoup plus nombreuses que moi, comment pourrai-je les détruire ? ne craignez rien : le Seigneur grand et terrible consumera ces nations en votre présence, peu à peu et par parties ; vous ne pourrez pas les détruire toutes à la fois (Deut. 7)

L’Écriture montre par divers exemples quels fruits abondants et certains vous en retirerez. Judith tue le seul Holopherne, et toute l’armée ennemie se disperse. Goliath étant mort, les Philistins prennent tous la fuite, et les femmes de toutes les tribus d’Israël sortent et chantent : Saül en a tué mille, et David dix mille. C’est par un semblable combat que saint Ignace, le restaurateur de cette milice, purifia tellement son esprit dans cette sainte lutte, et dompta tellement ses penchants, qu’il leur commandait selon son bon plaisir, et quoiqu’il eût été plus que tout autre avide de gloire, il disait qu’il méprisait cette inclination plus que toutes les autres. Saint François de Sales, en se servant du même moyen, vainquit la dureté d’un caractère qui ne pouvait rien supporter de pénible, de telle manière que sa mansuétude et sa douceur sont comptées au nombre de ses plus belles qualités. Mais ce qui doit surtout nous couvrir de honte, c’est que quelqu’un ayant soupçonné, en voyant Socrate, qu’il devait être enclin à la luxure, et ceux qui l’entouraient ayant fait de ce soupçon une plaisanterie, parce qu’ils connaissaient l’austérité du philosophe, il répondit : Ce que vous dites et vrai, mais mes efforts ont corrigé ce que la nature m’avait donné d’imparfait.

Combien la grâce de Jésus-Christ ne sera-t-elle pas plus puissante, si vous y apportez les soins convenables ! Le Dieu grand et terrible détruira lui-même peu à peu et par parties ces nations qui sont en votre présence. Pourquoi donc vos vices croissent-ils de jour en jour, et pourquoi vos habitudes se sont-elles changées comme en une nouvelle nature, sinon parce que vous négligez cet art de combattre et de vaincre, et que peut-être vous ne le connaissez même pas ? Voici toutefois comment vous devez procéder.

L’examen particulier embrasse trois temps : le matin, le milieu du jour et le soir ; c’est ainsi que Daniel, trois fois par jour et à différentes heures, fléchissait le genou, adorait le Seigneur et lui rendait grâces. Le psalmiste dit aussi : Le soir, le matin et à midi, je vous parlerai, et vous exaucerez ma prière (Ps. 54). Le premier temps de l’examen est donc le matin ; l’homme, dès le moment de son réveil, doit se proposer de se garder lui-même avec soin contre le vice ou le péché dont il veut se corriger, en prévoyant les occasions et en demandant la grâce pour éviter le mal.

Le second moment pour l’examen est à midi : on demande d’abord à Dieu la grâce de se rappeler combien de fois on est tombé dans le vice ou péché ; ensuite on demande compte à son âme du péché ou du vice que l’on devait éviter, et parcourant chaque partie du jour jusqu’à l’heure présente, on voit combien de fois on est tombé, et l’on met autant de points sur une ligne transversale ; enfin on se propose de se retenir avec plus de soin.

Le troisième temps de l’examen est le soir ; il faut faire alors ce que vous avez fait à midi, et avec un plus grand soin si vous ne l’avez pas fait au milieu du jour.

Saint Ignace y ajoute encore quatre circonstances très utiles et très faciles pour détruire le vice ou le péché.

1° Lorsque vous avez commis un péché ou une faute, portez la main sur votre poitrine et demandez pardon ; ceci peut se faire même en présence de quelqu’un sans qu’il s’en aperçoive. Il y en a qui portent sous leurs vêtements une dizaine de rosaire, et après chaque faute ils laissent glisser un grain ; c’est un moyen de se souvenir du nombre de ses péchés. La seconde chose consiste, après avoir, à la nuit, compté et comparé les points de chaque ligne, dont la première répond au premier examen, la dernière au dernier, à savoir s’il y a eu quelque amendement du premier au dernier. La troisième consiste à comparer l’examen du second jour avec celui de la veille pour connaître le progrès ou le retard. Enfin la quatrième à comparer les examens d’une semaine et même d’un mois avec l’autre, pour se rendre compte aussi de ce qui a été fait pour ou contre l’amendement. C’est ici que s’applique surtout ce proverbe de la Sagesse : L’homme obéissant chantera ses victoires (Prov. 21).

 

La triple voie

La triple voie de la vie spirituelle chrétienne est la voie de la vie purgative (purification de ses péchés), illuminative (illumination par les vertus) et unitive (union avec Dieu), comme l’enseigne l’Église catholique qui condamne le contraire.

Décret du Saint-Office, 28 août 1687 (sous Innocent XI), Erreur quiétiste n°26 : Les trois voies : purgative, illuminative et unitive, sont la plus grande absurdité qui ait été dite en mystique, car il n’y a qu’une seule voie, à savoir la voie intérieure. – Condamnée 

La voie purgative des commençants consiste à se purifier de ses péchés par la contrition et la pénitence, la vraie Foi et les œuvres de la foi, la charité envers le prochain, et l’obéissance à la véritable Eglise catholique. La vie purgative est mue par les sept dons de l’Esprit-Saint particulièrement les dons de crainte, de piété et de science.

La voie illuminative des progressants consiste à lutter contre les vices par l’exercice des vertus, de l’Espérance, et à la maîtrise des inclinations ou passions. La vie illuminative est mue par les sept dons de l’Esprit-Saint particulièrement les dons de force et de conseil.

La voie unitive des parfaits consiste au sacrifice et à la louange, à la contemplation, et à la Charité pour Dieu. La vie unitive est est mue par les sept dons de l’Esprit-Saint particulièrement les dons d’Intelligence et de sagesse.

La triple voie et le Rosaire

Les trois chapelets (Mystères joyeux, douloureux et glorieux) du Rosaire imitent les trois parties, purgative, illuminative et unitive, des Psaumes.

St L-M. de Montfort, Le secret admirable du Rosaire, n° 23 : «Le psautier ou le Rosaire de la sainte Vierge est divisé en trois chapelets de cinq dizaines chacun … pour imiter les trois parties des psaumes dont la première est pour la voie purgative, la seconde pour la vie illuminative et la troisième pour la vie unitive».

À Fatima au Portugal en 1917, la sainte Vierge, après avoir demandé à plusieurs reprises le Rosaire tous les jours et se présentant comme « La Dame du Rosaire », mis fin à la dernière apparition, en montrant aux enfants trois tableaux distincts symbolisant l’intégralité du message du Rosaire. La première était une vision de la Sainte famille représentant les mystères joyeux ; la seconde une vision de Notre-Dame des Douleurs représentant les mystères douloureux ; et la troisième une vision de Notre-Dame du Mont Carmel représentant les mystères glorieux.

La triple voie et les Psaumes

Les Psaumes 1 à 50 correspondent à la vie purgative, comme les Mystères joyeux qui en sont la réponse et le cantique nouveau : L’Incarnation pour La crainte de Dieu et l’humilité ; la Visitation pour la charité envers le prochain ; la Nativité pour la pauvreté d’esprit ; la Présentation pour la pureté du corps et du cœur ; le Recouvrement pour l’obéissance et la conversion.

Les Psaumes 51 à 100 correspondent à la vie illuminative, ainsi que les Mystères douloureux qui en sont la réponse et le cantique nouveau : L’Agonie pour la contrition parfaite et l’accomplissement de la volonté de Dieu ; la Flagellation pour la mortification des sens ; le Couronnement d’épines pour le mépris du monde ; le portement de Croix pour la patience dans les croix ; le Crucifiement pour l’horreur du péché et l’amour de la croix.

Les Psaumes 101 à 150 correspondent à la vie unitive, comme les Mystères glorieux qui en sont la réponse et le cantique nouveau : La Résurrection pour la foi vivante ; l’Ascension pour l’espérance chrétienne ; la Pentecôte pour la sagesse et la charité divines ; l’Assomption pour la dévotion et l’imitation de la sainte Vierge ; le Couronnement de Marie pour la persévérance et l’augmentation dans la vertu.

La triple voie de l’aiguillon de la conscience, de la lumière de l’intelligence et du feu de la sagesse

Saint Bonaventure, Docteur séraphique, La triple voie, § 1 et 2 : «Voilà que je te l’ai décrite triplement, dit le sage (Prov. 5) : toute science doit porter un vestige de la Trinité, mais principalement celle qui est enseignée dans la sainte Écriture. Le sage dit l’avoir décrite triplement, à cause du triple sens spirituel, moral ou allégorique, et anagogique. Or, ce triple sens répond au triple acte hiérarchique, à savoir : à la purification, à l’illumination et à la perfection. La purification conduit à la paix, l’illumination à la vérité, la perfection à la charité, et par elles l’âme arrive à la béatitude, et obtient un accroissement proportionnel de mérite. Donc toute la science de la théologie et le mérite de la vie éternelle dépendent de la connaissance de cette triple voie de la sagesse.

«Il faut donc savoir qu’il y a trois modes d’exercice dans cette triple voie, savoir : la lecture, la méditation et la prière. La lecture est plus étendue, la médiation plus courte, l’oraison plus courte encore. Car la lecture de cette triple voie contient toute la sainte Écriture, bien plus, presque toute la saine doctrine. Considérons donc d’abord rapidement la forme de la méditation. Il faut savoir qu’il y a trois choses en nous par lesquelles nous nous exerçons dans cette triple voie, savoir : l’aiguillon de la conscience, le rayon de l’intelligence, et le feu de la sagesse. Or, pour être purifié, tournez-vous vers l’aiguillon de la conscience ; pour être illuminé, vers le rayon de l’intelligence, et pour être perfectionné, vers le feu de la sagesse, selon le conseil de Denys à Tite, où il l’exhorte, disant : Tourne-toi vers le rayon, etc.».

Théologie séraphique, La triple voie (L’incendie de l’amour – 15 pages), Saint Bonaventure

La triple voie dans les Proverbes, l’Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques

On retrouve également les trois voies dans les livres de la Bible : La voie purgative avec le livre des Proverbes, la voie illuminative avec le livre de l’Ecclésiaste, et la voie unitive avec le livre du Cantique des Cantiques.

« Il y a trois disciplines ecclésiastiques [Division classique chez saint Jérôme, Eucher, etc.] : la première, la physique, traite de la nature ; la seconde, l’éthique, des mœurs ; la troisième, la logique, du raisonnement… De ces trois disciplines ecclésiastiques, Salomon, le plus sage de tous les rois, avait déjà fait trois livres : le premier s’intitule les Proverbes, le second l’Ecclésiaste, le troisième, le Cantique des Cantiques. Le premier convient aux enfants… Dans ce livre sont mentionnés fréquemment ces mauvaises choses que sont l’idolâtrie, hérésies… Le second livre convient bien à de plus âgés qui sont invités à mépriser les vanités du monde… Le troisième livre convient aux parfaits ; il n’est question ni d’adversités ni de chagrins mais de joies ». (Hildemar de Corbie, « Commentaire de la Règle de saint Benoît », Prologue, ≈814-826, appuyé sur St Cassien, St Augustin, St Grégoire Ier, Cassiodore, St Isidore de Séville et St Bède ; édité par Dom Mittermüller, osb, « Expositio Regulae ab Hildemaro tradita et nunc primum typus mandata », 1880, Ratisbonne)

Résumé de la triple voie

P. Johann Michael Kroust (1694-1772), S. J., Méditations sur les vérités de foi et de morale pour tous les jours, vendredi V ap. l’Épiphanie : «Nous allons à la perfection de la vertu par trois voies : la purgative, l’illuminative et l’unitive. Parcourons-les brièvement.

« Ne croyez pas que tout est dit parce que déjà vous savez que la mortification de la chair est nécessaire pour purifier l’âme de ses péchés, de ses vices, de sa convoitise. Sachez que, selon l’enseignement de tous les maîtres de la vie spirituelle, on doit employer en toutes les circonstances le même remède pour commencer, pour persévérer et pour finir. Il n’y a pas un homme qui ne pèche (3 Rois 8). Puisque le bien n’habite pas dans votre chair et qu’elle ne peut se soumettre à la loi de Dieu, que pouvez-vous en attendre, sinon une fin pire que le commencement ? Faites donc, comme les saints, un pacte avec votre chair de ne jamais acquiescer à ses désirs, de ne jamais lui laisser la paix ou le repos, à moins que le directeur de la conscience ne vous l’ordonne ; car, afin d’éviter les illusions du démon, vous devez dépendre entièrement de sa volonté. Ne vous hâtez point de vous élever à un degré supérieur, car le degré inférieur dispose très bien à arriver plus haut, par la pureté de la chair et du cœur. Plus le corps est atterré, plus l’âme s’élève et se rehausse. C’est ce que chante l’Église dans ces paroles : « Seigneur, qui réprimez les vices par les jeûnes corporels et qui élevez notre âme etc.

« C’est la seconde voie qui orne l’âme des vertus. C’est par là que Jésus-Christ l’instruit de ce qu’auparavant elle ne pouvait pas comprendre, quoiqu’elle eût la foi, parce qu’elle n’avait ni le goût ni l’expérience. Maintenant qu’un crucifix soit placé sous ses yeux, l’épouse, contemplant ses douleurs dans une profonde méditation, compatit aux maux de son Bien-Aimé ; elle comprend que bienheureux sont les pauvres d’esprit, bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. Alors elle monte avec une célérité incroyable. Elle ira de vertus en vertus, elle verra le Dieu des dieux dans Sion (Ps 88). Mais quelle est celle qui monte du désert comme une vapeur légère produite par les aromates composés de myrrhe et d’encens (Cant. 5) ? Quelle est celle dont les mains ont distillé la myrrhe et dont les doigts sont encore pleins de la myrrhe la plus parfaite (Cant. 5) ? C’est l’épouse de Jésus-Christ qui, par la mortification de sa chair, prépare à son Bien-Aimé des parfums de myrrhe pour sa sépulture. Les interprètes, après saint Grégoire, enseignent que la myrrhe, dans le sens naturel, signifie la mortification de la chair, la mortalité, la sépulture ; ainsi l’âme qui est dans la voie illuminative ne peut se retirer de la pensée continuelle de la passion et de son imitation ; elle ne le peut pas, à moins qu’elle n’abandonne son Sauveur et qu’elle ne renonce au crucifiement de la chair ; mais il faut qu’elle meure et qu’elle soit crucifiée avec lui.

« si vous entrez dans la voie unitive, et que par un chaste embrassement vous soyez parvenu à connaître les perfections divines, prenez bien garde de n’avoir pas trop soin de votre chair : la sagesse de la chair est la mort ; elle est l’ennemie de Dieu. C’est alors que l’épouse s’écrie : Mon Bien-Aimé est pour moi un bouquet de myrrhe (Cant. 1). Car elle est embrasée d’un si grand amour que, pour réparer les injures faites à Dieu et pour racheter les âmes qui périssent, elle supporterait volontiers les plus grands tourments, et que, selon son pouvoir, elle répare par des supplices volontaires la gloire que les pécheurs ravissent à Dieu. De là cette parole de sainte Thérèse : ou souffrir, ou mourir, et celle-ci de sainte Madeleine de Pazzi : Non pas mourir, mais souffrir. Plaise à Dieu que si les paroles ne sont capables de rien, ces exemples au moins produisent leur effet, et qu’ils vous excitent à châtier et à mortifier votre chair !».

Discernement des esprits

La vie spirituelle est composée de consolations et de désolations alternées qui nécessitent un certain discernement des esprits, c’est-à-dire des bons et des mauvais esprits qui meuvent l’âme dans la consolation et dans la désolation.

Les règles suivantes de la première semaine correspondent à la purgation, et celles de la deuxième semaine, pour ceux qui ont purgés leurs péchés et qui luttent par les vertus contre les vices.

Règles de saint Ignace – Règles pour sentir et reconnaître en quelque manière les diverses motions qui se produisent dans l’âme, les bonnes pour les recevoir, les mauvaises pour les rejeter

Règles du discernement des esprits de la première semaine : Règles de désolation et de consolation, et règles de comportement de l’ennemi.

314. Première règle. Chez ceux qui vont de péché mortel en péché mortel, l’ennemi, en général, a coutume de leur proposer des plaisirs apparents : il leur fait imaginer des jouissances et des plaisirs des sens, pour mieux les conserver et les faire croître dans leurs vices et leurs péchés. Chez ceux-là, le bon esprit utilise une manière de faire inverse : il les aiguillonne et mord leur conscience par le sens moral de la raison.

315. Deuxième règle. Chez ceux qui se purifient intensément de leurs péchés et qui, dans le service de Dieu notre Seigneur, s’élèvent du bien vers le mieux, c’est la manière de faire inverse de celle de la première règle. Car, alors, le propre du mauvais esprit est de mordre, d’attrister et de mettre des obstacles, en inquiétant par de fausses raisons pour qu’on n’aille pas plus loin. Et le propre du bon esprit est de donner courage et forces, consolations, larmes, inspirations et quiétude, en rendant les choses faciles et en écartant les obstacles, pour qu’on aille plus avant dans la pratique du bien.

316. Troisième règle. De la consolation spirituelle. J’appelle consolation un mouvement intérieur qui est excité dans l’âme, par lequel elle commence à s’enflammer dans l’amour de son Créateur et Seigneur et en vient à ne savoir plus aimer aucun objet créé sur la terre pour lui-même, mais uniquement dans le Créateur de toutes choses. La consolation fait encore répandre des larmes qui portent à l’amour de son Seigneur l’âme touchée du regret de ses péchés, ou de la Passion de Jésus-Christ, Notre-Seigneur, ou de toute autre considération qui se rapporte directement à son service et à sa louange. Enfin, j’appelle consolation toute augmentation d’espérance, de foi et de charité, et toute joie intérieure qui appelle et attire l’âme aux choses célestes et au soin de son salut, la tranquillisant et la pacifiant dans son Créateur et Seigneur

317. Quatrième règle. De la désolation spirituelle. J’appelle désolation spirituelle le contraire de ce qui a été dit dans la troisième règle ; les ténèbres et le trouble de l’âme, l’inclination aux choses basses et terrestres, les diverses agitations et tentations qui la portent à la défiance et la laissent sans espérance et sans amour, triste, tiède, paresseuse, et comme séparée de son Créateur et Seigneur. Car comme la consolation est opposée à la désolation, les pensées que produit l’une sont nécessairement contraires à celles qui naissent de l’autre.

318. Cinquième règle. Il importe, au temps de la désolation, de ne faire aucun changement, mais de demeurer ferme et constant dans ses résolutions et dans la détermination où l’on était avant la désolation, ou au temps même de la consolation. Car, comme ordinairement le Bon Esprit qui nous guide et nous conseille dans la consolation ; ainsi dans la désolation est-ce le mauvais esprit, sous l’inspiration duquel nous ne pouvons prendre un chemin qui nous conduise à une bonne fin.

319. Sixième règle. Quoique nous ne devions jamais changer nos résolutions au temps de la désolation, il est cependant très utile de nous changer courageusement nous-mêmes, je veux dire notre manière d’agir, et de la diriger toute entière contre les attaques de la désolation. Ainsi, il convient de donner plus de temps à la prière, de méditer avec plus d’attention, d’examiner plus sérieusement notre conscience, et de nous adonner davantage aux exercices convenables de pénitence.

320. Septième règle. Que celui qui est dans la désolation considère comment le Seigneur, pour l’éprouver, le laisse à ses puissances naturelles, afin qu’il résiste, comme de lui-même, aux diverses agitations et tentations de l’ennemi ; car il le peut avec le secours divin qui lui reste toujours, quoiqu’il ne le sente pas, parce que le Seigneur lui a soustrait cette ferveur sensible, cet amour ardent, cette grâce puissante, ne lui laissant que la grâce ordinaire, mais suffisante pour le salut éternel.

321. Huitième règle. Que celui qui est dans la désolation travaille à se conserver dans la patience, vertu directement opposée aux attaques qui lui surviennent, et qu’il emploie, comme nous l’avons dit dans la sixième règle, les moyens nécessaires pour vaincre la désolation.

322. Neuvième règle. La désolation a trois causes principales. Premièrement, elle peut être un châtiment. Notre tiédeur, notre paresse, notre négligence dans nos exercices de piété, éloignent de nous la consolation spirituelle. Secondement, elle est une épreuve. Dieu veut éprouver ce que nous pouvons, et à jusqu’à quel point nous sommes capables de nous avancer dans son service et de travailler à sa gloire, privés de ces consolations abondantes et de ces faveurs spéciales. Troisièmement, elle est une leçon. Dieu veut nous donner la connaissance certaine, l’intelligence pratique et le sentiment intime qu’il ne dépend pas de nous le faire naître ou de conserver dans nos cœurs une dévotion tendre, un amour intense accompagné de larmes, ni aucune sorte de consolation spirituelle ; mais que tout est don et une grâce de sa divine bonté ; il veut nous apprendre à ne point placer trop haut notre demeure, en permettant à notre esprit de s’élever et de se laisser aller à quelque mouvement d’orgueil ou de vaine gloire, nous attribuant à nous-mêmes les sentiments de la dévotion et les autres effets de la consolation spirituelle.

323 et 324. Dixième et onzième règle.

323. Que celui qui est dans la consolation pense comment il se comportera au temps de la désolation et qu’il fasse dès lors provision de courage pour le moment de l’épreuve.

324. Qu’il s’efforce aussi de s’humilier et de s’abaisser autant qu’il lui est possible, pensant de combien peu de chose il est capable au temps de la désolation, lorsqu’il est privé de la grâce sensible ou de la consolation. Au contraire, celui qui est dans la désolation se rappellera qu’il peut beaucoup avec la grâce, qu’elle lui suffit pour résister à tous ses ennemis, pourvu qu’il s’appuie sur le secours de son Créateur et Seigneur.

325. Douzième règle. L’ennemi se comporte comme une femme : il est faible quand on use de la force et fort quand on le laisse faire. En effet, c’est le propre de la femme, quand elle se querelle avec un homme, de perdre courage et de prendre la fuite quand l’homme lui tient tête résolument; mais, à l’inverse, si l’homme commence à fuir en perdant courage, la colère, la vengeance et la férocité de la femme deviennent immenses et sans limites. De même, c’est le propre de l’ennemi de faiblir et de perdre courage, de fuir avec ses tentations, lorsque celui qui s’exerce dans les choses spirituelles tient tête résolument aux tentations de l’ennemi, faisant diamétralement l’opposé. A l’inverse, si celui qui s’exerce commence à avoir peur et à perdre courage lorsqu’il subit des tentations, il n’y a pas sur la face de la terre bête si féroce que l’ennemi de la nature humaine pour poursuivre son intention maudite avec une si grande malice.

326. Treizième règleIl se comporte également comme un amoureux frivole, voulant rester caché et ne pas être découvert. En effet, lorsqu’un homme frivole parle avec une mauvaise intention et sollicite la fille d’un bon père ou l’épouse d’un bon mari, il veut que ses paroles et ses insinuations restent cachées. Au contraire, il lui déplaît fort que la fille découvre à son père ou l’épouse à son mari ses paroles frivoles et son intention dépravée, car il en déduit aisément qu’il ne pourra réussir dans l’entreprise commencée. De même quand l’ennemi de la nature humaine présente à l’âme juste ses ruses et ses insinuations, il veut et désire qu’elles soient reçues et gardées secrètes. Mais quand celle-ci les découvre à son bon confesseur ou à une autre personne spirituelle qui connaît ses tromperies et ses mauvaises actions, il en est très mécontent, car il en déduit qu’il ne pourra réussir dans l’entreprise perverse qu’il a commencée, parce que ses tromperies évidentes sont découvertes.

327. Quatorzième règle. Il se comporte également comme un chef de guerre voulant vaincre et dérober ce qu’il désire. En effet, un capitaine et chef d’armée en campagne, après avoir établi son camp et examiné les points forts ou le dispositif d’un château, l’attaque par l’endroit le plus faible. De même, l’ennemi de la nature humaine fait sa ronde, examine tour à tour chacune de nos vertus théologales, cardinales et morales; et c’est là où il nous trouve plus faibles et plus démunis pour notre salut éternel, qu’il nous attaque et essaie de nous prendre.

Règles du discernement des esprits de la deuxième semaine

329. Première règle. C’est le propre de Dieu et de ses Anges, lorsqu’ils agissent dans une âme, d’en bannir le trouble et la tristesse que l’ennemi s’efforce d’y introduire, et d’y répandre la véritable allégresse et la vraie joie spirituelle. Au contraire, c’est le propre de l’ennemi de combattre cette joie et cette consolation intérieure, par des raisons apparentes, des subtilités et de continuelles illusions.

330. Deuxième règle. Il appartient à Dieu seul de donner de la consolation à l’âme sans cause précédente, parce qu’il n’appartient qu’au Créateur d’entrer dans l’âme, d’en sortir, et d’y exciter des mouvements intérieurs qui l’attirent tout entière à l’amour de sa divine Majesté. Je dis sans cause, c’est-à-dire sans aucun sentiment précédent ou connaissance préalable d’aucun objet qui ait pu faire naître cette consolation au moyen des actes de l’entendement et de la volonté.

331. Troisième règle. Lorsqu’une cause a précédé la consolation, le Bon et le mauvais ange peuvent également en être l’auteur, mais leur fin est différente. Le Bon Ange a toujours en vue le profit de l’âme, qu’il désire voir croître en grâce et monter de vertu en vertu. Le mauvais ange, au contraire, veut toujours arrêter ses progrès dans le bien, leur fin est différente.

332. Quatrième règle. C’est le propre de l’ange mauvais, lorsqu’il se transforme en « ange de lumière », d’entrer d’abord dans les sentiments de l’âme pieuse, et de finir par lui inspirer les siens propres. Ainsi, il commence par suggérer à cette âme des pensées bonnes et saintes, conforme à ses dispositions vertueuses ; mais bientôt, peu à peu, il tâche de l’attirer dans ses pièges secrets, et de la faire consentir à ses coupables desseins.

333. Cinquième règle. Nous devons examiner avec un grand soin la suite et la marche de nos pensées. Si le commencement, le milieu et la fin, tout en elle est bon et tendant purement au bien, c’est une preuve qu’elles viennent du Bon Ange. Mais si dans la suite des pensées qui nous sont suggérées, il finit par s’y rencontrer quelque chose de mauvais… ou de dissipant… ou de moins bon que ce que nous nous étions proposé de faire… ou si ces pensées affaiblissent notre âme, l’inquiètent, la troublent, en lui ôtant la paix, la tranquillité dont elle jouissait d’abord, c’est une marque évidente qu’elles procèdent du mauvais esprit, ennemi de notre avancement et de notre salut éternel.

334. Sixième règle. Quand l’ennemi de la nature humaine aura été découvert et reconnu à sa queue de serpent, c’est-à-dire par la fin pernicieuse à laquelle il nous porte, il sera utile à la personne qui aura été tentée de reprendre aussitôt la suite des bonnes pensées qu’il lui a suggérées, d’en examiner le principe, et de voir comment, peu à peu, il a tâché de la faire déchoir de la suavité et de la joie spirituelle dans laquelle elle était, jusqu’à l’amener à sa fin dépravée. L’expérience qu’elle acquerra par cette recherche et cette observation lui fournira les moyens de se mettre en garde dans la suite contre les artifices ordinaires de l’ennemi.

335. Septième règleChez ceux qui vont de bien en mieux, le bon ange touche l’âme doucement, légèrement et suavement, comme une goutte d’eau qui entre dans une éponge; et le mauvais la touche de façon aiguë, avec bruit et agitation, comme lorsque la goutte d’eau tombe sur la pierre. Chez ceux qui vont de mal en pis, ces mêmes esprits les touchent d’une manière opposée. La cause en est que la disposition de l’âme est opposée ou semblable à ces anges. Car, lorsqu’elle leur est opposée, ils entrent bruyamment et sensiblement, de façon perceptible. Mais quand elle est semblable, ils entrent silencieusement, comme dans leur propre maison, portes ouvertes.

336. Huitième règle. Lorsque la consolation spirituelle est sans cause qui l’ait précédée, il est certain qu’elle est à l’abri de toute illusion, puisque, comme nous l’avons dit dans la seconde de ces règles, elle ne peut venir que de Dieu Notre-Seigneur. Cependant la personne qui reçoit cette consolation doit apporter beaucoup d’attention et de vigilance à distinguer le temps même de la consolation du temps qui la suit immédiatement. Dans le second temps, où l’âme est encore toute fervente et comme pénétrée des restes précieux de la consolation passée, elle forme de son propre raisonnement, par une suite de ses habitudes naturelles, et en conséquence de ses conceptions et de ses jugements, sous l’inspiration du bon ou du mauvais esprit, des résolutions et des décisions qu’elle n’a pas reçues immédiatement de Dieu, Notre-Seigneur, et que, par conséquent, il est nécessaire de bien examiner avant de leur accorder une entière créance, et de les mettre à exécution.

Vie mystique

La vie mystique signifie la vie de l’Esprit-Saint dans l’âme humaine. Pour décrire la vie mystique, les enseignements de Saint Jean de la Croix, le Docteur mystique de l’Église, sont les plus appropriés, et afin d’y trouver les repères conformes à la vie et à la vérité de la foi.

La fondation de la vie spirituelle est la foi

C’est la foi qui protège le plus l’âme

Saint Jean de la Croix, La Nuit obscure, ch. 21 : « Quand l’âme s’avance revêtue de la Foi, le Démon ne peut ni la voir, ni lui nuire ; elle marche alors en toute sécurité ; cette vertu la protège beaucoup plus que les autres contre le démon, qui est son ennemi le plus redoutable et le plus rusé ».

Saint Jean de la Croix dit ici que c’est revêtue de la (vraie) foi que l’âme est le plus protégée du démon et en sécurité.

L’âme portée aux révélations est détournée de la foi

Saint Jean de la Croix, La montée du Carmel, Livre 2, ch. 10 : « … Aussi le démon est-il très satisfait quand il rencontre une âme qui désire des révélations ou s’y porte. Il a alors une occasion facile de lui suggérer ses erreurs et de la détourner de la Foi autant qu’il le pourra. Car, ainsi que je l’ai dit, cette âme qui désire les révélations se met dans une disposition très contraire à la Foi et s’attire beaucoup de tentations et de dangers ».

Saint Jean dit ici que le désir de révélations détourne l’âme de la (vraie) foi et que c’est une disposition contraire à la foi.

Ne pas s’attacher à sa propre perception et sentiment

Saint Jean de la Croix, à Françoise de la Mère de Dieu, carmélite de Béas, n° 53 : «Puisque Dieu est inaccessible (Tim 6, 16), n’attache aucune importance à ce que tes puissances peuvent percevoir et ton sentiment goûter : autrement tu te satisferais de ce que est moins que Dieu et ton âme perdrait la légèreté nécessaire pour aller à lui».

Manières de résister aux vices et d’acquérir les vertus

La première manière commune et moins parfaite.

Saint Jean de la Croix – Répertoire du Père Élisée des Martyrs, 5ème conseil : «Elle [la première manière] consiste, lorsqu’on veut résister à un vice, à un péché, à une tentation, à produire des actes de vertus qui contredisent et détruisent ce vice, ce péché, cette tentation. Par exemple, s’il s’agit du vice ou de la tentation d’impatience, ou bien d’un désir de vengeance que je sens en mon âme à la suite d’un dommage souffert ou de paroles injurieuses infligées, je résiste à l’aide de quelque bonne considération concernant la passion du Seigneur – celle-ci par exemple : Maltraité, il n’a pas ouvert la bouche pour se plaindre (Is 53, 7) – ou bien en songeant aux grands biens que procurent la patience et la victoire sur soi-même, ou encore en me souvenant que Dieu nous a fait un commandement de la patience, qu’elle nous est très avantageuse, etc. Grâce à ces considérations, je me décide à supporter, à accepter, à aimer cette injure, cet affront, ce dommage, et cela, pour l’honneur et la gloire de Dieu».

Autre moyen plus facile, plus fructueux et plus parfait.

Saint Jean de la Croix – Répertoire du Père Élisée des Martyrs, 5ème conseil : «L’âme le [l’autre moyen] met en usage lorsque par les seuls actes anagogiques [contemplatifs], les seuls élans amoureux, et sans autres considérations étrangères, elle résiste à son adversaire, renverse toutes les tentations et obtient les vertus en un degré très parfait. … Quand nous sentons le premier mouvement, le premier assaut de quelque vice : l’impureté par exemple, ou l’impatience, l’esprit de vengeance pour un affront reçu, etc., ne pas résister par un acte de la vertu contraire en la façon indiquée plus haut, mais opposer à la première atteinte du vice un acte anagogique ou élan d’amour, en élevant notre cœur jusqu’à l’union divine. Grâce à cet élan, l’âme se dérobe au vice et à la tentation, elle se présente à son Dieu et s’unit à lui. De cette manière l’ennemi est frustré dans son attente et ne trouve plus sur qui frapper. L’âme, en effet, qui vit plus là où elle aime que là où elle anime, a divinement esquivé la tentation. L’ennemi n’a plus de prise, parce qu’elle s’est dérobée à ses coups».

Avertissement aux commençants.

Saint Jean de la Croix – Répertoire du Père Élisée des Martyrs, 5ème conseil : «Le père Jean de la Croix disait ici qu’il fallait donner cet avertissement aux commençants, chez qui les élans anagogiques ou amoureux ne sont pas encore assez prompts, assez rapides, assez fervents, pour pouvoir les arracher entièrement à la terre et les unir à l’Époux… Leur manière de résister et de vaincre doit donc être celle-ci. D’abord résister par des mouvements anagogiques, les plus fervents possibles, renouvelés un grand nombre de fois. Si, par la violence de la tentation et leur propre faiblesse, ces actes restent insuffisants, se servir de toutes les armes que fournissent la méditation et les salutaires exercices [considérations, etc.], selon qu’elles leurs seront nécessaires pour résister et remporter la victoire. Ce mode de procéder doit être regardé comme excellent et très sûr, parce qu’il renferme toutes les ruses de guerre nécessaires et utiles au combat spirituel».

«Il [le père Jean de la Croix] disait que ce verset du psaume 118 : « Souviens-toi de la parole que tu as adressée à ton serviteur pour animer son espérance » (v. 49), est si puissant et si efficace, que par lui on obtient de Dieu quelque grâce que ce soit.

«Il [le père Jean de la Croix] assurait que la parole du saint Évangile : « Ne savez-vous pas que je dois être occupé aux affaires de mon Père ? » (Luc 2, 49), allume dans l’âme un grand désir de faire la volonté de Dieu à l’imitation du Christ Notre Seigneur, avec une ardente soif de souffrir pour lui et de procurer le bien des âmes».

Conseils de la vie spirituelle

St Jean de la croix, écrits spirituels n° 30 : «Celui qui laisse passer l’occasion favorable, est semblable à celui qui laisse l’oiseau s’échapper de sa main : il ne pourra le ressaisir».

St Jean de la croix, écrits spirituels n° 31 : «Je ne te connaissais pas, ô mon Seigneur, parce que je voulais savoir et goûter autre chose».

St Jean de la croix, écrits spirituels n° 37 : «Mon esprit s’est desséché, Seigneur parce qu’il a oublié de se nourrir de toi (Ps 101, 5)».

St Jean de la croix, écrits spirituels n° 53 : «Puisque Dieu est inaccessible (I Tim 6, 16), n’attache aucune importance à ce que tes puissances peuvent percevoir et ton sentiment goûter ; autrement tu te satisferais de ce qui est moins que Dieu et ton âme perdrait la légèreté nécessaire pour aller à lui».

St Jean de la croix, écrits spirituels n° 57 : «Sache bien que pour plaire à Dieu, il s’agit moins de faire beaucoup de choses que de les faire avec une bonne volonté, sans propriété ni respect humain».

St Jean de la croix, écrits spirituels n° 69 : «Sache bien que Dieu ne règne qu’en l’âme paisible et désintéressée».

St Jean de la croix, écrits spirituels n° 72 : «Comment oses-tu te réjouir ainsi sans aucune crainte puisqu’il te faudra paraître devant Dieu et lui rendre compte de la moindre parole, de la moindre pensée (Mt 12, 36) ?».

St Jean de la croix, écrits spirituels n° 86 : «Ayez une amoureuse attention à Dieu, sans désirer sentir ni comprendre rien de particulier en lui».

St Jean de la croix, écrits spirituels n° 89 : «Soyez ennemie de donner entrée en votre âme à des choses qui ne contiennent aucune substance spirituelle, parce qu’elles vous feraient perdre le goût de la dévotion et le recueillement».

 A suivre