La triple voie par Marie, avec Marie, en Marie

Sommaire

  • Résumé de la triple voie
  • Introduction à la triple voie purgative, illuminative, unitive par Marie, avec Marie, en Marie
  • La voie purgative par Marie. Renoncer à son propre esprit ; Se livrer à l’esprit de Marie
    • Voie purgative et Mystères joyeux du Rosaire
  • La voie illuminative avec Marie. Regarder Marie comme modèle ; L’imiter selon notre petite portée
    • Voie illuminative et Mystères douloureux du Rosaire
  • La voie unitive en Marie. Obtenir, par sa fidélité, la grâce d’entrer en Marie ; Demeurer dans le bel intérieur de Marie avec complaisance
    • Voie unitive et Mystères glorieux du Rosaire
  • Pour Marie, couronnement des trois voies. Servir Marie avec la plus grande pureté d’intention ; Un grand esprit de zèle

Résumé de la triple voie

La vie spirituelle chrétienne est la triple voie de la vie purgative, illuminative et unitive, et l’Église catholique condamne le contraire : 

Décret du Saint-Office, 28 août 1687 (Innocent XI), Erreur quiétiste n° 26 : Les trois voies : purgative, illuminative et unitive, sont la plus grande absurdité qui ait été dite en mystique, car il n’y a qu’une seule voie, à savoir la voie intérieure. Condamnée 

Ce que c’est succintement que la triple voie :

La voie purgative des commençantspurification de ses péchés

  • Mortification de la chair
  • la contrition et la pénitence
  • les œuvres de la foi (s’instruire, aumônes, etc.)
  • la charité envers le prochain
  • l’obéissance à l’Église catholique.

La vie purgative se fonde et s’exerce davantage sur la vertu théologale de Foi, et mue plus spécialement par les dons de Crainte, de Piété, et de Science.

La voie illuminative des progressants : illumination par les vertus

  • Contemplation, profonde méditation et compassion des douleurs du Bien-Aimé
  • lutter contre les vices par l’exercice des vertus
  • la maîtrise des inclinations ou passions.

La vie illuminative s’exerce davantage par la vertu théologale dEspérance et mue plus spécialement par les dons de Force et de Conseil.

La voie unitive des parfaits : union avec Dieu

  • Réparation des injures faites à Dieu et rachat des âmes qui périssent
  • le sacrifice et la louange
  • la contemplation
  • la Charité pour Dieu.

La vie unitive s’exerce davantage par la vertu théologale de Charité et mue plus spécialement par les dons d’Intelligence et de Sagesse.

La triple voie par Marie, avec Marie, en Marie, bien qu’étant relative à la consécration d’esclavage à Jésus par Marie, elle concerne aussi, mais dans un moindre degré, la vie spirituelle de celui qui voudra vivre chrétiennement.

 

Introduction à la triple voie purgative, illuminative, unitive par Marie, avec Marie, en Marie

Traité de la vraie dévotion à la très sainte Vierge Saint L.-M. de Montfort

« Outre les pratiques extérieures de la dévotion qu’on vient de rapporter, lesquelles il ne faut pas omettre par négligence ni mépris, autant que l’état et condition de chacun le permet, voici des pratiques intérieures bien sanctifiantes pour ceux que le Saint-Esprit appelle à une haute perfection.

« C’est en quatre mots, de faire toutes ses actions PAR MARIE, AVEC MARIE, EN MARIE et POUR MARIE, afin de les faire plus parfaitement par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en Jésus et pour Jésus ». (St L.-M. de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la T. Ste Vierge, n° 257)

 

Commentaire du Traité de la vraie Dévotion à la Ste Vierge du Bx L.-M. Grignon de Montfort, Père Armand Plessis s. m. m.                                   

« Les pratiques extérieures comprennent déjà un élément intérieur, c’est-à-dire la part que l’intelligence et la volonté doivent prendre à ces actes, pour qu’ils soient des actes humains. De plus, les pratiques extérieures doivent procéder de l’esprit intérieur et en être la traduction fidèle, sous peine de n’être pas sincères et de déshonorer Marie.

« D’autres pratiques se cantonnent exclusivement dans les facultés intérieures de l’homme (intelligence, volonté, imagination, mémoire). Elles constituent plutôt un état d’esprit général, qu’un ensemble de pratiques particulières. Cet état d’esprit peut et doit se répercuter sur les actions extérieures, leur refusant, pour ainsi dire, une vie nouvelle. Mais ces actions elles-mêmes ne revêtiront pas pour cela une apparence spéciale. On ne distinguera pas le travail d’un esclave d’amour de celui d’un autre fidèle. Toute sa beauté, toute sa richesse supplémentaires, sont intérieures et du domaine de la foi.

« C’est de telles pratiques qu’il est question maintenant. Montfort les dit « bien sanctifiantes ». Et il les recommande « à ceux qui veulent devenir parfaits » (titre) ou même (est-ce plus, est-ce moins ? Mystère de la vocation divine et de la libre coopération de l’homme ! …) : « à ceux que le Saint-Esprit appelle à une haute perfection » (N° 257). Cependant ce n’est pas la difficulté attaché à ces pratiques, qui fera la discrimination entre ceux qui les suivront et ceux qui ne les suivront pas. En soi, elles ne sont pas plus ardues, peut-être même le sont-elles moins, que certaines pratiques extérieures. Mais quoique très faciles en soi, elles exigent de celui qui veut y être fidèle un renoncement plus total à toute sa personnalité, une docilité plus complète à toutes les motions de l’Esprit-Saint. C’est donc là peut-être l’occasion, plus que jamais, de redire avec saint Paul : « Neque volentis, neque currentis, sed miserentis est Dei » (69) : Cela ne dépend ni de la volonté, ni des efforts, mais de Dieu qui fait miséricorde.

« Ces pratiques intérieures sont au nombre de quatre. Elles sont englobées dans une formule d’une concision remarquable, s’appliquant soit à Notre-Seigneur, soit à la Très Sainte Vierge, ou mieux, s’appliquant aux deux en même temps, à l’un comme à la fin dernière de notre dévotion, à l’autre comme au moyen parfait d’atteindre cette fin dernière. Elles consistent à accomplir toutes ses actions par Marie, avec Marie, en Marie et pour Marie, afin qu’elles soient plus parfaitement accomplies par Jésus, avec Jésus, en Jésus et pour Jésus.

« Avant d’entrer dans l’explication de ces quatre pratiques, il est bon de se demander où Montfort en a puisé l’idée. Il semble que nous y trouvons un double emprunt, l’un aux auteurs contemporains de l’Ecole française, l’autre à la liturgie.

« I° Emprunt à l’Ecole française. Plusieurs auteurs emploient une formule identique à celle du P. de Montfort. Presque contemporairement nous avons :

1° Monsieur Olier. Il plaça dans les fondations de l’édifice matériel de Saint Sulpice des médailles, où la Vierge était représentée ouvrant la maison de sa protection. On y lisait cette inscription : « Per ipsam, cum ipsa et un ipsa, omnis sedificatio crescit in laudem Dei. C’est par elle, avec elle, en elle que tout édifice s’élève en temple de Dieu » (70).

Le même Monsieur Olier fit placer dans la chapelle de la Vierge, en l’église saint Sulpice, un tableau représentant le mystère de la Pentecôte et portant gravé tout autour : «Per ipsam, cum ipsa, in ipsa».

2° Saint Jean Eudes. Il écrivait : « l’homme s’étant perdu misérablement, et le Père des miséricordes cherchant le moyen de la sauver, voilà le nom de Marie qui parait dans les trésors de la divine Sagesse, et qui se présente aux yeux de son infinie bonté, à la vue duquel ce Dieu de toute consolation fait un décret, dans son divin conseil, que ce grand œuvre de la Rédemption des hommes et de la réparation du monde se fera par Marie, en Marie, de Marie, et avec Marie, afin que, comme rien n’a été fait sans le Verbe incarné, rien ne soit réparé sans la Mère du Verbe incarné » (71).

3° Marie de sainte Thérèse, mystique flamande. Elle décrivait ainsi la vie mariale : « Cette vie en Marie, pour elle et avec elle » (72). Et plus loin : « La vie surnaturelle de l’âme en Marie, pour elle, avec elle et par elle continue et croit à une plus grande perfection et stabilité «  (73).

Déjà auparavant, le pieux Idiota avait dit : « Per ipsam et cum ipsa et in ipsa et ab ipsa hahet mundus et habiturus est omne bonum. Par elle, avec elle, en elle et d’elle le monde a et aura toujours toutes sortes  de biens » (74).

Cependant aucun de ces auteurs n’a donné à cette formule un sens plus précis et plus abondamment expliqué que le Père de Montfort. Là encore par conséquent, tout en étant solidement traditionnel. Il est aussi sagement personnel.

 

« II° Emprunt à la Liturgie. Cela semble être l’influence la plus directe que Montfort a subie, du moins si l’on considère ces pratiques telles qu’elles sont énumérées et expliquées dans  le Traité de la Vraie Dévotion.

À la fin du canon de la Messe, le prêtre dit en traçant des signes de croix avec l’hostie consacrée, sur le calice également consacré, et avec la conscience d’exprimer, non un vœu dont la réalisation serait incertaine, mais un résultat actuellement obtenu : « Per ipsum, et cum ipso, et In ipso est tibi Deo Patri omnipotenti in unitate Spiritus Sancti omnis honor et gloria ».

Par lui, avec lui, et en lui, nous vous rendons, ô Père tout-puissant, en l’unité de votre Saint-Esprit tout honneur et toute gloire.

Montfort reprend la formule liturgique et l’applique à Marie. Et il obtient ainsi : Par elle, avec elle, en elle et pour elle,

Dans cette formule, par indique la fusion des intentions ; avec, l’association dans le travail ; en, l’union on ne peut plus intime des personnes ; pour, le but final des efforts.

Dans le Secret de Marie, le Bienheureux ne suit pas le même ordre. Il met en tête : avec Marie, puis en Marie et enfin par Marie et pour Marie. Il pose comme principe fondamental l’imitation de Marie (avec). Mais cette imitation ne se porte pas sur Marie comme sur un modèle ordinaire, que l’esclave d’amour aurait simplement devant les yeux. Par un amour ardent, qui transporte spirituellement l’être aimant dans l’être aimé, se réalise une union intime, en vertu de laquelle le modèle forme sa copie (en). Aussi n’est ce qu’après avoir indiqué ces deux mouvements de l’ « Agir avec et en Marie » qu’il parle des deux autres conditions d’esclave : l’ « Agir par Marie et pour Marie » (75).

Evidemment nous nous en tiendrons, comme toujours, à l’ordre de Traité : par, avec, en et pour. C’est le mieux fondé et le plus facile à expliquer. Et, en fin de compte, les commentaires particuliers de chaque membre ne changent guère, d’après la place que ce membre occupe dans l’ensemble de la formule. Chaque préposition garde son sens précis et délimité, qu’elle soit en tête, au milieu ou à la fin.

Tout naturellement cet article se divisera en quatre paragraphes. Chacun d’eux montrera combien la formule du Saint Esclavage est exacte, c’est-à-dire avec quelle vérité profonde Marie règne totalement sur ses esclaves d’amour, et ses esclaves sont entièrement soumis à son empire sur eux». (Père Armand Plessis s. m. m., Commentaire du Traité de la vraie Dévotion à la Ste Vierge du Bx L.-M. Grignon de Montfort, pour commémorer le centenaire de sa découverte 22 avril 1842-1942, n° 257, p. 394 (Doc. pdf p. 197)

 

«se laisser conduire par l’esprit de Marie, qui est le Saint esprit de Dieu ; parce que la Vierge ne s’est jamais conduite par son propre esprit, mais toujours par l’Esprit de Dieu ; en sorte que cet Esprit divin fut tellement le Maître en son âme et dans les puissances de son âme qu’il est devenu son propre esprit (VD  n° 258) ».

 

La voie purgative par Marie. Renoncer à son propre esprit ; Se livrer à l’esprit de Marie

Traité de la vraie dévotion à la très sainte Vierge Saint L.-M. de Montfort

« 258. 1º Il faut faire ses actions par Marie, c’est-à-dire qu’il faut qu’ils obéissent en toutes choses à la Très Sainte Vierge, et qu’ils se conduisent en toutes choses par son esprit, qui est le Saint-Esprit de Dieu. Ceux qui sont conduits de l’esprit de Dieu sont enfants de Dieu : Qui spiritu Dei aguntur, ii sunt filii Dei (Rm 8, 14). Ceux qui sont conduits par l’esprit de Marie sont enfants de Marie, et, par conséquent, enfants de Dieu, comme nous avons montré (voir plus haut VD n° 29-30), et parmi tant de dévots à la Sainte Vierge, il n’y a de vrais et fidèles dévots que ceux qui se conduisent par son esprit. J’ai dit que l’esprit de Marie était l’esprit de Dieu, parce qu’elle ne s’est jamais conduite par son propre esprit, mais toujours par l’esprit de Dieu, qui s’en est tellement rendu le maître qu’il est devenu son propre esprit. C’est pourquoi saint Ambroise dit : Sit in singulis, etc. : Que l’âme de Marie soit en chacun pour glorifier le Seigneur; que l’esprit de Marie soit en chacun pour se réjouir en Dieu (Parole citée et commentée plus haut VD n° 217). Qu’une âme est heureuse quand, à l’exemple d’un bon frère Jésuite, nommé Rodriguez, mort en odeur de sainteté (canonisé par Léon XIII, le 15 janvier 1888), elle est toute possédée et gouvernée par l’esprit de Marie, qui est un esprit doux et fort, zélé et prudent, humble et courageux, pur et fécond !

« 259. Afin que l’âme se laisse conduire par cet esprit de Marie, il faut : 1º Renoncer à son propre esprit, à ses propres lumières et volontés avant de faire quelque chose: par exemple, avant de faire oraison, dire ou entendre la sainte Messe, communier, etc.; parce que les ténèbres de notre propre esprit et la malice de notre propre volonté et opération, si nous les suivons, quoiqu’elles nous paraissent bonnes, mettraient obstacle à l’esprit de Marie. 2º Il faut se livrer à l’esprit de Marie pour en être mus et conduits de la manière qu’elle voudra. Il faut se mettre et se laisser entre ses mains virginales, comme un instrument entre les mains de l’ouvrier, comme un luth entre les mains d’un bon joueur. Il faut se perdre et s’abandonner en elle, comme une pierre qu’on jette dans la mer: ce qui se fait simplement et en un instant, par une seule œillade de l’esprit, par un petit mouvement de la volonté, ou verbalement, en disant, par exemple : Je renonce à moi, je me donne à vous, ma chère Mère. Et quoiqu’on ne sente aucune douceur sensible dans cet acte d’union, il ne laisse pas d’être véritable : tout comme si on disait ce qu’à Dieu ne plaise : Je me donne au diable, avec autant de sincérité, quoiqu’on le dît sans aucun changement sensible, on n’en serait pas moins véritablement au diable. 3º Il faut, de temps en temps, pendant son action et après l’action, renouveler le même acte d’offrande et d’union; plus on le fera, et plus tôt on se sanctifiera, et plus tôt on arrivera à l’union à Jésus-Christ, qui suit toujours nécessairement l’union à Marie, puisque l’esprit de Marie est l’esprit de Jésus ». (St L.-M. de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la T. Ste Vierge, n° 258-259)

 

Commentaire du Traité de la vraie Dévotion à la Ste Vierge du Bx L.-M. Grignon de Montfort, Père Armand Plessis s. m. m.                       

I. AGIR  PAR MARIE (258-259)

En quelques pages substantielles, Montfort définit ce qu’est agir par Marie, et rappelle ce que cela comporte.

«1° Ce qu’est agir par Marie

«Cela veut dire : obéir en tout à Marie : se laisser guider en tout par son esprit. Imiter le bon frère jésuite coadjuteur, nommé Rodriguez, et canonisé par Léon XIII le 15 janvier 1888 : être possédé et gouverné par l’esprit de Marie. Être entre les mains de Marie comme un instrument de musique entre les mains d’un bon joueur. Il ne résiste pas. Il exécute tous les airs, adopte tous les rythmes et tous les mouvements que l’artiste veut lui imprimer. Ainsi l’esclave d’amour entre les mains de sa Reine. Il épouse toutes ses intentions, cède à toutes ses impulsions, ne met aucune résistance à son action.

«Après avoir ainsi défini ce qu’est en elle-même l’action par Marie, le Bienheureux énumère ses avantages.

«D’abord ceux qui sont conduits par l’esprit de Marie sont également conduits par l’esprit de Dieu, car l’esprit de Dieu et l’esprit de Marie ne font qu’un.

«Ceci appelle une explication. Elle est donnée loyalement.

« J’ai dit que l’esprit de Marie était l’esprit de Dieu parce qu’elle ne s’est jamais conduite par son propre esprit, mais toujours par l’esprit de Dieu, qui s’en est tellement rendu le maître qu’il est devenu son propre esprit ».

«Et ceci se comprend très bien. Marie elle-même n’a été et n’est encore guidée que par l’esprit de Dieu. Se mettre sous sa gouverne à elle, ce n’est pas autre chose que se mettre sous la gouverne de l’esprit de Dieu. Celui-ci en régnant immédiatement sur elle, règne immédiatement sur nous.

«Ensuite, ceux qui sont conduits par l’esprit de Dieu, sont, au témoignage de saint Paul (76), les enfants de Dieu. De même, ceux qui sont conduits par l’esprit de Marie sont les enfants de Marie (77), et par conséquent aussi les enfants de Dieu, puisque c’est le même esprit. Ceux-là, ce sont les vrais et fidèles dévots de Marie. Cette bonne Mère leur prête son âme pour glorifier le Seigneur, et son esprit pour se réjouir en Dieu. Ils sont heureux d’être totalement sous l’emprise de cet esprit. N’est-ce pas un esprit doux et fort, zélé et prudent, humble et courageux, pur et fécond ? Antithèses surprenantes, qui montrent bien la richesse de ce nouvel état, capable de concilier en une seule personne des qualités aussi opposées.

 

«2° Ce que comporte l’action par Marie

«Deux conditions sont absolument requises pour que l’âme soit ainsi conduite par l’esprit de Marie : le renoncement complet à ses intentions propres et l’acceptation aveugle des intentions de Marie.

A) Renoncement complet à ses intentions propres

«Il faut préalablement faire le vide de tout ce qui est esprit propre, lumières propres, volonté propre. Il est donc requis de renoncer à ses dispositions et intentions personnelles, si bonnes soient-elles, par exemple avant de se livrer à l’oraison, avant de dire ou d’entendre la sainte messe, avant de communier. Car notre esprit est rempli de ténèbres, même lorsqu’il nous parait lumineux. Notre volonté est remplie de malice, même lorsqu’elle nous parait très droite. Nos actions sont toujours entachées de quelques souillures, si imperceptibles soient-elles, même lorsqu’elles nous paraissent excellentes. Tous ces obstacles empêcheraient l’esprit de Marie de nous mener à sa guise.

B) Acceptation aveugle des intentions de Marie

«Ces intentions ne nous sont pas connues. Mais nous savons qu’elles sont toujours très saintes, exemptes de toute recherche d’intérêt personnel, conformes à la plus grande gloire de Dieu (78). Nous savons donc également, que, en acceptant les intentions de Marie et en nous laissant guider par elles, nous plairons à Dieu et nous travaillerons pour sa gloire.

«Pour obtenir pratiquement ce résultat, il faut deux choses :

a) Accomplir d’abord un acte général de donations à Marie. Par cet acte, on se livre à son esprit pour être mû et guidé par elle de la manière qu’elle voudra. Se remettre entre ses mains virginales, comme un instrument entre les mains de l’ouvrier, comme un luth entre les mains d’un bon joueur. S’abandonner à elle comme une pierre qu’on jette dans la mer.

«De toutes ces comparaisons, celle qui semble le mieux indiquer l’exercice à réaliser, est la comparaison de l’instrument. Prenons l’instrument de musique. C’est lui qui, matériellement, produit le son, et celui-ci aura déjà une qualité différente suivant la qualité de l’instrument qui l’émet. Toutefois ce qui compte surtout, c’est l’habileté de l’artiste maniant l’instrument. S’il en est maître totalement, il en tirera des sons magnifiques, même si l’instrument lui-même est passablement défectueux. Mais aussi, celui auquel reviendra tout le mérite des flots d’harmonie, c’est l’artiste et uniquement lui. Ainsi faut-il être entre les mains de Marie : l’instrument le moins défectueux possible, mais ayant au moins une qualité, celle d’être entièrement sous l’impulsion de Marie, de ne rien faire par soi-même, mais d’accomplir exactement ce à quoi pousse Marie. Si elle trouve en nous cette docilité complète, cette bonne Mère produira, en nous et par nous, des merveilles dont elle sera seule à avoir le mérite. Nous n’aurons comme titre de louange, nous, (et ce sera déjà beaucoup), que de nous être laissés faire, de n’avoir pas mis obstacle à Marie, d’avoir coopéré à son action. C’est exactement, au point de vue marial, l’application de la doctrine touchant l’action du Saint-Esprit dans les justes, grâce aux dons qu’il y a répandus : « Spiritu Dei aguntur » (79), ils sont sous l’impulsion, non de leur volonté, mais du Saint-Esprit lui-même.

«Cette donation n’est pas difficile à accomplir. Il suffit d’un instant, « d’une œillade de l’esprit », c’est-à-dire d’une élévation rapide de la pensée, pour dire à Marie, sans paroles ou avec des paroles : « Je renonce à moi, je me donne à vous, ma chère Mère ». Nous n’aurons pas nécessairement ensuite l’impression que tout est changé. Nous sommes ici dans le domaine de la foi pure. Cet acte d’union ne laisse donc pas d’être véritable, même si nous n’éprouvons aucune douceur sensible en l’accomplissant ou après l’avoir accompli. Son effet est aussi réel que le serait, dans le sens inverse, l’effet de la parole suivante, prononcée avec sincérité : « Je me donne au diable ». Il n’y aurait aucun changement sensible. Et cependant nous n’en serions pas moins véritablement au diable.

b) Répéter ensuite fréquemment cet acte de donation.

«De temps en temps, soit au cours de l’action, soit même après l’action, nous devons renouveler le même acte d’offrande et d’union. Plus nous le répéterons, plus tôt nous nous sanctifierons, et plus tôt nous arriverons à l’union avec Jésus-Christ. Car l’union de plus en plus intime à Marie, objet direct de cette donation, conduit toujours et nécessairement à l’union à Jésus. Et l’esprit de Marie, animant, dans ce cas, les esclaves d’amour, n’est autre que l’esprit de Jésus , celui dont le Sauveur lui-même était rempli et par lequel il était conduit.

«Il y a donc équation parfaite entre toutes ces formules : esprit de Dieu, esprit du Christ, esprit de Marie, comme il y a équation entre ces formules : être mû par l’esprit de Dieu, par l’esprit du Christ, ou par l’esprit de Marie. C’est toujours la même cause principale suprême. Et les causes intermédiaires ne servent qu’à mettre davantage en relief et à notre porté l’action souverainement efficace de l’Esprit divin. Agir par Marie, c’est donc bien agir par le Christ. C’est reconnaître l’ordre rétabli par Dieu. C’est suivre la voie qu’il a tracée lui-même, pour atteindre sa Majesté infinie : ad Patrem per Jesum, et ad Jesum per Mariam. Allons au Père par Jésus ; allons à Jésus par Marie». (Père Armand Plessis s. m. m., Commentaire du Traité de la vraie Dévotion à la Ste Vierge du Bx L.-M. Grignon de Montfort, pour commémorer le centenaire de sa découverte 22 avril 1842-1942, n° 258-259 p.  397 (Doc. pdf p. 198

 

Voie purgative et Mystères joyeux du Rosaire

St L-M. de Montfort, Le secret admirable du Rosaire, n° 23 : «Le psautier ou le Rosaire de la sainte Vierge est divisé en trois chapelets de cinq dizaines chacun … pour imiter les trois parties des psaumes dont la première est pour la voie purgative, la seconde pour la vie illuminative et la troisième pour la vie unitive».

Les Mystères joyeux du saint Rosaire correspondent à la voie purgative au livre des Proverbes, et répondent par le cantique nouveau aux Psaumes 1 à 50 :

  • 1er Mystère joyeux : L’Incarnation pour La crainte de Dieu et l’humilité ;
  • 2ème Mystère joyeux : La Visitation pour la charité envers le prochain ;
  • 3ème Mystère joyeux : La Nativité pour la pauvreté d’esprit ;
  • 4ème Mystère joyeux : La Présentation pour la pureté du corps et du cœur ;
  • 5ème Mystère joyeux : Le Recouvrement pour l’obéissance et la conversion.

 

«Qui Spiritu Dei aguntur, ii sunt filii Dei – Ceux qui sont agis, conduits par l’Esprit de Dieu, sont des fils de Dieu ».

« Il faut se mettre et se laisser entre les mains virginales de Marie, comme un instrument entre les mains de l’ouvrier» « d’une œillade de l’esprit, d’un petit mouvement de la volonté » « Mère, je me donne a vous… » «Plus on le fera, plus tôt on se sanctifiera, plus tôt on arrivera à l’union à Jésus-Christ, qui suit toujours nécessairement l’union à Marie» (VD n° 259).

 

La voie illuminative avec Marie. Regarder Marie comme modèle ; L’imiter selon notre petite portée

Traité de la vraie dévotion à la très sainte Vierge Saint L.-M. de Montfort

260. 2º Il faut faire ses actions avec Marie : c’est-à-dire qu’il faut, dans ses actions, regarder Marie comme un modèle accompli de toute vertu et perfection que le Saint-Esprit a formé dans un pure créature, pour imiter selon notre petite portée. Il faut donc qu’en chaque action nous regardions comme Marie l’a faite ou la ferait, si elle était en notre place.

«Nous devons pour cela examiner et méditer les grandes vertus qu’elle a pratiquées pendant sa vie, particulièrement : 1. sa foi vive, par laquelle elle a cru sans hésiter la parole de l’ange ; elle a cru fidèlement et constamment jusqu’au pied de la croix sur le Calvaire ; 2. son humilité profonde, qui l’a fait se cacher, se taire, se soumettre à tout et se mettre la dernière ; 3. sa pureté toute divine, qui n’a jamais eu ni n’aura jamais sa pareille sous le ciel, et enfin toutes ses autres vertus.

«Qu’on se souvienne, je le répète une deuxième fois, que Marie est le grand et l’unique moule de Dieu (voir plus haut, n°218 et suiv.), propre à faire des images vivantes de Dieu, à peu de frais et en peu de temps ; et qu’une âme qui a trouvé ce moule, et qui s’y perd, est bientôt changée en Jésus-Christ, que ce moule représente au naturel ». (St L.-M. de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la T. Ste Vierge, n° 260)

 

Commentaire du Traité de la vraie Dévotion à la Ste Vierge du Bx L.-M. Grignon de Montfort, Père Armand Plessis s. m. m.                                          

II – AGIR AVEC MARIE

Cette seconde pratique est appelée par Montfort (Secret de Marie, n°45) essentielle à cette dévotion. Ensuite il en donne une explication correspondant exactement à ce qu’il dit au n°260 de la Vraie dévotion. Elle consiste à regarder Marie, à la prendre comme le modèle achevé de toute vertu et de toute perfection, et à l’imiter selon notre petite portée.

Après cela, au n°46 du Secret, le Bienheureux développe plus longuement ce que comporte cette pratique. Mais les explications qu’il y place sous le titre « avec » sont exactement celles qu’il a placées dans le Traité sous le titre de « par ». Peut-être considérait-il seulement ces deux conditions (se renoncer à soi-même et se perdre en Marie) comme préalables, et, comme telles, les indiquait-il à l’occasion de la première expression de sa quadruple formule (80). On notera également que le mot «par » dans le Secret prend seulement le sens de « par l’intercession de Marie », en s’appuyant sur son crédit et sur son autorité. Cela ne contredit pas ce que nous avons dit au  paragraphe précédent. Mais c’est beaucoup moins profond. Rien ne nous oblige donc à nous éloigner du sens donné à « par » et à « avec » dans la Vraie Dévotion.

Et là, ce n’est pas « avec » qui semble essentiel, mais plutôt « par » et « en ».

« Avec » comporte deux éléments : 1° de notre part l’imitation de de Marie, et la reproduction la plus parfaite possible des vertus qu’elle a elle-même pratiquées ; 2° de la part de Marie l’association à nos efforts, en vertu de laquelle le résultat final dépendra plus de Marie que de nous.

Imitation des vertus de Marie. Il est naturel à qui n’est pas capable de créer lui-même un chef-d’œuvre, d’agir en s’inspirant d’un modèle, de le copier fidèlement. Il n’est pas moins naturel à un enfant de trouver sa mère parfaite et d’essayer de l’imiter en tout. Cette double tendance de notre nature trouve sa satisfaction dans la dévotion à Marie. D’abord le Saint-Esprit a formé en elle le modèle le plus élevé qui puisse se rencontrer dans une pure créature : quiconque s’inspirera de ce modèle dans la pratique de toutes les vertus, est assuré : 1° d’accomplir la volonté divine ; 2° d’atteindre la perfection. Ensuite Marie est notre Mère, notre Mère bien-aimée, notre Mère admirable. Elle est capable de soulever en nous, beaucoup plus parfaitement qu’une mère ordinaire soulève en son enfant, ce sentiment d’admiration qui le porte à limiter en tout. On essaiera donc de regarder, en chaque action, comment Marie l’a accomplie, si, historiquement, elle en a eu l’occasion, ou comment, étant donné ce que nous savons de ses grandeurs et de sa sainteté, elle l’accomplirait, si elle était à notre place. Y mettre par conséquent les mêmes vues surnaturelles, la même pureté d’intention, le même ardent amour, le même dévouement à la gloire de Dieu, etc.

On imitera ainsi toutes  les vertus de Marie, mais spécialement trois d’entre elles :

a) Sa foi vive. Car notre activité surnaturelle est actuellement du domaine de la foi. La lumière d’une foi vive est donc absolument nécessaire pour nous conduire, pour nous apprendre à apprécier chaque chose à sa juste valeur. C’est pourquoi nous chercherons à imiter, et Marie de son côté nous communiquera sa foi vive, c’est-à-dire cette foi par laquelle elle crut sans hésiter à la parole de l’Ange, malgré l’impossibilité naturelle de l’évènement annoncé : cette foi par laquelle elle crut à la divinité de son Fils, d’abord tout le temps de sa vie cachée, où rien ne transparaissait extérieurement d’une telle dignité ; ensuite et surtout au pied de la croix où tout semblait sombrer dans le ridicule et le déshonneur. De même notre foi ne se laissera impressionner ni par les apparences contraires, ni par les désastres de la vie (81).

b) Son humilité profonde. Cette humilité porta Marie à se cacher, à se taire, à se soumettre à tout, et à se mettre la dernière. Il est facile de le prouver par sa vie, soit avant l’incarnation, soit durant toute la présence de son fils ici-bas, soit après son Ascension. Pour pratiquer le renoncement exigé précédemment, il nous est nécessaire d’avoir d’humbles sentiments de nous-mêmes, d’aimer le silence, l’obscurité, la soumission. Cette humilité est également un effet de la parfaite dévotion (82). Mais rien ne nous empêche de chercher spécialement à obtenir ce que Marie veut nous communiquer.

Sa pureté divine. Celle de Marie n’a jamais eu et n’aura jamais sa pareille au ciel et sur la terre. Elle a commencé par les splendeurs de l’Immaculée Conception, qui la mettaient déjà au-dessus de tous les Anges et de tous les Saints. Ensuite elle est allée en augmentant, à chaque instant et dans des proportions incalculables. L’imitation de la pureté de Marie nous aidera à éviter les retours sur nous-mêmes, à être toujours souples et dociles sous la motion de l’Esprit divin.

2° Association de marie aux efforts que nous produisons

La Maternité de Marie à notre égard et notre filiation à son égard sont pleinement conscientes et entièrement libres et spontanées (n° 243). La ressemblance qu’elle nous imprimera et que nous recevrons, sera donc le fruit de son activité éclairée et voulue, et de notre passivité réfléchie et recherchée. Il en est différemment dans les maternités ordinaires. La ressemblance s’imprime à l’insu de la mère et de l’enfant, et par conséquent aussi sans véritable collaboration. Marie travaille en nous et sur nous ; et nous, nous nous soumettons amoureusement à son action. Elle est le moule divin, propre à former des dieux en peu de temps et à peu de fais (83). Nous sommes la matière liquéfiée à point, qui, d’elle-même, se jette dans ce moule pour en épouser toutes les formes. Le travail de Marie consiste à nous retoucher, pour que nous prenions la ressemblance de son Fils. Notre travail consiste à nous laisser refaire sur ce divin modèle (84).

La réalisation pratique de cette collaboration est très bien décrite parle R. P. Lhoumeau (85) : « Regardez comment la mère procède avec son enfant, quand elle lui enseigne à marcher, prier. Non seulement elle l’imite et l’encourage du geste et de la voix, mais elle agit avec lui, en donnant l’exemple, en aidant sa faiblesse et son inexpérience. De son côté l’enfant agit avec sa mère : car il la regarde et continue d’être docile à sa direction, il ne se sépare pas d’elle. Pour agir avec Marie, je dois donc, après avoir obéi à son impulsion demeurer sous sa conduite et son influence, tenir mon regard attaché sur elle pour l’imiter, et, au besoin, me relever ; enfin je dois la suivre sans la devancer ni retarder ».

Et ainsi, nous avons la liaison entre « par » et « avec » : « il faut se livrer à l’esprit de Marie pour être mûs (au début de l’action : par) et conduits (au cours de l’action : avec) de la manière qu’elle voudra » (n° 259) ». (Père Armand Plessis s. m. m., Commentaire du Traité de la vraie Dévotion à la Ste Vierge du Bx L.-M. Grignon de Montfort, pour commémorer le centenaire de sa découverte 22 avril 1842-1942, n° 260, p. 401 (Doc. pdf p. 200)

Voie illuminative et Mystères douloureux du Rosaire

St L-M. de Montfort, Le secret admirable du Rosaire, n° 23 : «Le psautier ou le Rosaire de la sainte Vierge est divisé en trois chapelets de cinq dizaines chacun … pour imiter les trois parties des psaumes dont la première est pour la voie purgative, la seconde pour la vie illuminative et la troisième pour la vie unitive».

Les Mystères douloureux du saint Rosaire correspondent à la voie illuminative au livre de l’Ecclésiaste, et répondent par le cantique nouveau aux Psaumes 51 à 100 :

  • 1er Mystère douloureux : L’Agonie pour la contrition parfaite et l’accomplissement de la volonté de Dieu ;
  • 2ème Mystère douloureux : La Flagellation pour la mortification des sens ;
  • 3ème Mystère douloureux : Le Couronnement d’épines pour le mépris du monde ;
  • 4ème Mystère douloureux : Le portement de Croix pour la patience dans les croix ;
  • 5ème Mystère douloureux : Le Crucifiement pour l’horreur du péché et l’amour de la croix.

«garder les voies de la Sainte Vierge … est la marque infaillible de notre prédestination : Beati qui custodiunt vias meas (Prov. VII, 32).  Bienheureux ceux qui pratiquent mes vertus et marchent sur les traces de ma vie avec le secours de la divine grâce» (VD n° 200). 

«L’Esprit-Saint voulant se former des élus en collaboration avec Marie lui dit : in electis meis mitte radices (Eccli. XXIV, 13) – Jetez, ma Bien-Aimée et mon Épouse, les racines de toutes vos vertus dans mes élus, afin qu’ils croissent de vertu en vertu et de grâce en grâce. J’ai pris tant de complaisance en vous, lorsque vous viviez sur la terre dans la pratique des plus sublimes vertus, que je désire encore vous trouver sur la terre sans cesser d’être au Ciel. Reproduisez-vous pour cet effet dans mes élus : que je voie en eux avec complaisance les racines de votre foi invincible, de votre humilité profonde, de votre mortification universelle, de votre oraison sublime, de votre charité ardente, de votre espérance ferme et de toutes vos vertus » (VD n° 34).

 

La voie unitive en Marie. Obtenir, par sa fidélité, la grâce d’entrer en Marie ; Demeurer dans le bel intérieur de Marie avec complaisance

Traité de la vraie dévotion à la très sainte Vierge Saint L.-M. de Montfort

« 261. 3º Il faut faire ses actions en Marie. Pour bien comprendre cette pratique il faut savoir : 1º Que la Très Sainte Vierge est le vrai paradis terrestre du nouvel Adam, et que l’ancien paradis terrestre n’en était que la figure. Il y a donc, dans ce paradis terrestre, des richesses, des beautés, des raretés et des douceurs inexplicables, que le nouvel Adam, Jésus-Christ, y a laissées. C’est en ce paradis qu’il a pris ses complaisances pendant neuf mois, qu’il a opéré ses merveilles et qu’il a étalé ses richesses avec la magnificence d’un Dieu. Ce très saint lieu n’est composé que d’une terre vierge et immaculée, dont a été formé et nourri le nouvel Adam, sans aucune tache ni souillure, par l’opération du Saint Esprit, qui y habite. C’est en ce paradis terrestre où est véritablement l’arbre de vie qui a porté Jésus-Christ, le fruit de vie ; l’arbre de science du bien et du mal qui a donné la lumière au monde.

«Il y a, en ce lieu divin, des arbres plantés de la main de Dieu et arrosés de son onction divine, qui ont porté et portent tous les jours des fruits d’un goût divin ; il y a des parterres émaillés de belles et différentes fleurs des vertus, qui jettent une odeur qui embaume même les anges. Il y a dans ce lieu des prairies vertes d’espérance, des tours imprenables de force, des maisons charmantes de confiance (c’est-à-dire des tours imprenables et fortifiées, des maisons pleines de charmes et de sécurité), etc. Il n’y a que le Saint Esprit qui puisse faire connaître la vérité cachée sous ces figures de choses matérielles.

«Il y, a en ce lieu un air pur, sans infection, de pureté ; un beau jour, sans nuit, de l’humanité sainte ; un beau soleil, sans ombre, de la Divinité ; une fournaise ardente et continuelle de charité, où tout le fer qui y est mis est embrasé et changé en or ; il y a un fleuve d’humilité qui sourd de la terre et qui, se divisant en quatre branches, arrose tout ce lieu enchanté ; ce sont les quatre vertus cardinales.

« 262. 2º Le Saint Esprit, par la bouche des saints Pères, appelle aussi la Sainte Vierge : 1. la porte orientale, par où le grand prêtre Jésus-Christ entre et sort dans le monde (Ezech., 44, 2-3) ; il y est entré la première fois par elle, et il y viendra la seconde ; 2. le sanctuaire de la Divinité, le repos de la très Sainte Trinité, le trône de Dieu, la cité de Dieu, l’autel de Dieu, le temple de Dieu, le monde de Dieu. Toutes ces différentes épithètes et louanges sont très véritables, par rapport aux différentes merveilles et grâces que le Très-Haut a faites en Marie. Oh ! quelles richesses ! Oh ! quelle gloire ! Oh ! quel plaisir ! Oh ! quel bonheur de pouvoir entrer et demeurer en Marie, où le Très-Haut a mis le trône de sa gloire suprême !

« 263. Mais qu’il est difficile à des pécheurs comme nous sommes d’avoir la permission et la capacité et la lumière pour entrer dans un lieu si haut et si saint, qui est gardé non par un chérubin, comme l’ancien paradis terrestre (Gen. 3, 24), mais par le Saint-Esprit même qui s’en est rendu le maître absolu, de laquelle il dit : Hortus conclusus soror mea sponsa, hortus conclusus, fons signatus (Cant. 4, 12 : « Vous êtes un jardin fermé, ô ma sœur et mon épouse, vous êtes un jardin fermé et une fontaine scellée »). Marie est fermée; Marie est scellée ; les misérables enfants d’Adam et d’Ève, chassés du paradis terrestre, ne peuvent entrer à celui-ci que par une grâce particulière du Saint-Esprit, qu’ils doivent mériter.

« 264. Après que, par sa fidélité, on a obtenu cette insigne grâce, il faut demeurer dans le bel intérieur de Marie avec complaisance, s’y reposer en paix, s’y appuyer avec confiance, s’y cacher avec assurance et s’y perdre sans réserve, afin que dans ce sein virginal : 1. l’âme y soit nourrie du lait de sa grâce et de sa miséricorde maternelle ; 2. y soit délivrée de ses troubles, craintes et scrupules ; 3. y soit en sûreté contre tous ses ennemis, le démon, le monde et le péché, qui n’y ont jamais eu entrée : c’est pourquoi elle dit que ceux qui opèrent en elle ne pècheront point : Qui operantur in me, non peccabunt (Eccl. 24,30), c’est-à-dire ceux qui demeurent en la Sainte Vierge en esprit ne feront point de péché considérable ; 4. afin qu’elle soit formée en Jésus-Christ et que Jésus-Christ soit formé en elle : parce que son sein est, comme disent les Pères (voir plus haut VD n° 248) Aula sacramentorum, la salle des sacrements divins, où Jésus-Christ et tous les élus ont été formés : Homo et homo natus est in ea (Ps 86,5 – voir sur ce texte le commentaire du Bienheureux VD n° 32) ». (St L.-M. de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la T. Ste Vierge, n° 261-264)

 

Commentaire du Traité de la vraie Dévotion à la Ste Vierge du Bx L.-M. Grignon de Montfort, Père Armand Plessis s. m. m.                           

III – AGIR EN MARIE

Plusieurs fois nous avons fait allusion au rôle prépondérant que joue cette troisième pratique dans l’ensemble de la spiritualité montfortaine. La clef de son explication consiste en cette vie de Jésus en Marie, dont notre esclavage tend à être la reproduction volontaire. De même que Jésus vivait et travaillait dans le sein de sa mère, de même nous devons vivre et travailler dans le sein de Marie.

Mais comme ce sein béni était le paradis terrestre du nouvel Adam, toutes les explications de Montfort, au moins dans le Traité, s’inspirent de cette idée fondamentale. Cela contribue à donner à ce passage une tournure imagée. Ou serait tenté de le prendre dans un sens purement symbolique. En réalité tout doit être pris au pied de la lettre, quoique, cela va de soi, au sens spirituel et mystique, du moins pour ce qui nous concerne nous-mêmes.

Nous avons déjà dit précédemment (n° 243-248) l’essentiel de cette vie en Marie. Contentons-nous maintenant de suivre les idées émises par le Bienheureux, soit dans le Traité, soit au numéro 47 du Secret.

Selon les différents effets que produit en nous la vie en Marie, cette bonne Mère est comparée soit au Paradis terrestre où repose le nouvel Adam, soit au sanctuaire où Dieu habite et est honoré, soit à l’oratoire où nous nous enfermons pour prier Dieu, soit à la Tour de David  où nous sommes en sûreté contre nos ennemis.

Voyons d’abord la vérité de ces comparaisons, puis les conséquences qui en dérivent pour qui désire vivre en Marie.

1° VÉRITÉS DE CES COMPARAISONS

Reprenez les quatre principales comparaisons énumérées ci-dessus.

a) Marie, Paradis terrestre du nouvel Adam. Cette comparaison est longuement développée dans le Traité. Et le Bienheureux applique à ce nouveau Paradis terrestre tout ce qui est dit de l’ancien dans la Sainte Ecriture (86). D’abord ce lieu est composé d’une terre vierge et immaculée, dont a été formé et nourri le nouvel Adam, sans aucune tache ni souillure, par l’opération du Saint-Esprit : ainsi le corps du premier Adam avait été formé par Dieu avec la terre du Paradis terrestre. Et le Saint-Esprit habite en Marie, mieux que jadis Dieu dans ce jardin, puisqu’il s’y promenait seulement de temps en temps. Du reste tout est pour lui plaire dans ce lieu de délices. On y voit des arbres plantés de la main de Dieu et arrosés de son onction divine, qui ont porté et portent tous les jours des fruits d’un goût divin : image des facultés merveilleuses de la Vierge, dont les actes sont si parfaits et si agréables à Dieu. On y voit des parterres émaillés de fleurs belles et variées dont l’odeur embaume même les anges : image des vertus de Marie, supérieures à celles des esprits bienheureux. On y voit des prairies vertes d’espérance, des tours fortifiées et imprenables, des maisons pleines de charme et de sécurité : images de ce trouvent en Marie les âmes qui s’y réfugient. On y respire un air sans infection : la pureté de Marie ; on y jouit d’un jour sans nuit : l’humanité sainte du Verbe incarné (87) ; on y est éclairé par un soleil sans ombres : la divinité du Christ (88) ; on y est réchauffé par une fournaise ardente, capable d’embraser le vil métal qui y est jeté, et de le transformer en la charité de Marie. Un fleuve profond sort de terre et, se divisant à quatre branches, arrose tout ce lieu enchanté : ce sont les quatre vertus cardinales jaillissant de l’humilité de Marie et fécondant toute sa vie. Enfin, terminant la ressemblance avec l’Eden, au beau milieu de ce paradis terrestre est planté un arbre ; c’est en même temps l’arbre de vie, qui donne le fruit de vie, Notre Seigneur Jésus-Christ. C’est arbre, c’est le sein de Marie.

Du reste le Saint-Esprit seul pourra faire connaître la vérité cachée sous ces figures. Nous n’avons donné que les indications les plus générales, capables d’aiguiller des recherches plus détaillées. Mais on comprend déjà quels charmes, quelle sécurité et quelle vitalité puiseront en Marie les âmes qui seront admises à s’y renfermer (n°261).

Marie, sanctuaire où Dieu habite et est honoré. Le Bienheureux accumule les expressions pour renforcer cette idée : Marie n’est pas seulement le sanctuaire où Dieu réside, elle est la chambre où il repose, le trône où il siège, la cité où il habite, l’autel où il reçoit des sacrifices, le temple où il est adoré, le monde qui chante sa gloire. Autant d’allusions aux merveilles de grâce que Dieu a accomplies en Marie. Mais aussi autant d’encouragements à entrer et à demeurer en Marie pour y trouver Dieu et l’y honorer parfaitement. C’est en Marie Immaculée que « la Sagesse éternelle, cachée, veut être adorée des anges et des hommes ». Et, après avoir séjourné en elle, Jésus, notre grand prêtre, en sort comme de la Porte Orientale (89), pour venir accomplir son sacrifice et nous sauver. Si nous voulons le retrouver, maintenant qu’il s’est éloigné de nous, c’est par la même porte qu’il nous faudra passer (n°262).

c) Marie, oratoire où nous nous enfermons pour prier. Dans ce lieu très saint, les bruits de la terre n’ont pas accès. Le recueillement est plus profond ; les distractions moins à redouter. Aucun lieu n’est donc plus favorable à la prière. Mais, de plus, nulle part nous ne sommes plus sûrs d’être exaucés, non seulement parce que nous y trouvons toujours Jésus, mais parce que jésus y est toujours disposé à nous écouter (voir n° 248).

d) Marie, Tour de David où nous sommes en sûreté. Les litanies de Lorette appliquent à Marie cette appellation de Tour de David (90) que l’on rencontre plusieurs fois dans la Sainte É Montfort fait de même dans le Secret, n°47, et un peu aussi dans le Traité, n°261. L’idée rattachée à ce vocable est que Marie est cette Tour puissante et imprenable, mettant à l’abri de leurs adversaires tous ceux qui viendront y chercher refuge. Puisqu’il s’agit d’imiter et de reproduire la vie de Jésus en Marie, ne serons-nous pas, comme il l’était lui-même, protégés de tous côtés par notre Mère ? En réalité nul coup ne pourrait atteindre l’enfant dans le sein de sa mère sans atteindre la mère elle-même ; et, si la mère est supposée hors de portée des coups de l’adversaire, l’enfant sera en parfaite sécurité. Tel est bien le cas de Marie et telle est, par conséquent, la protection qu’elle confère à ses esclaves d’amour.

2° CONSÉQUENCES RÉSULTANT DE CES COMPARAISONS

Ces conséquences visent d’abord les conditions requises pour être admis à demeurer dans un lieu si saint ; puis les avantages que l’âme retire de ce divin séjour.

A – Conditions d’admission et de séjour (n° 263). Adam et Eve, coupables d’avoir transgressé la loi divine, furent chassés du paradis terrestre, et un chérubin, armé d’une épée flamboyante, fut placé à l’entrée pour en interdire l’accès à l’humanité pécheresse (91). Même cette figure à sa réalisation en Marie. C’est elle surtout qu’il est dit dans le Cantique des Cantiques (92) : « Hortus conclusus, soror mea sponsa, hortus conclusus, fons signatus » : Marie est pour le Saint-Esprit, son divin époux, un jardin fermé, une fontaine scellée. Le Saint-Esprit lui-même en garde l’accès. Personne ne peut entrer dans ce jardin ni puiser à cette fontaine, sans recevoir du Saint-Esprit : 1° la permission de tenter une pareille démarche ; 2° la capacité de la mener à bonnes fins ; 3° la lumière guidant ses pas vers un lieu si mystérieux et secret. Cela suppose donc une grâce toute particulière du Saint-Esprit, une grâce que l’on peut appeler « insigne » (n°264). Le Saint-Esprit ne la refusera à personne. Mais il ne la donnera pas gratuitement. Pour la recevoir, il faut la mériter. Et on la mérite par sa fidélité à suivre les inspirations de la grâce, et particulièrement par sa fidélité aux pratiques de la vie mariale. Il est évident, en effet, que, pour jouir d’une telle intimité avec Marie, il faut être absolument pur de toute faute, au moins parfaitement délibérée, et avoir donné des preuves suffisantes de son amour pour elle.

B – Avantages que l’âme retire de son séjour en Marie (n°264). Rien ne vaut le sentiment de paix, et de sécurité qui s’empare de l’âme habitant ainsi spirituellement en Marie. Evidemment, il y a et il y aura toujours une grande différence entre l’enfant résidant réellement et corporellement dans le sein de sa mère et l’esclave d’amour ne résidant que moralement et spirituellement dans le sein de Marie. Les avantages qui en découlent pour l’enfant ont une certitude physique. Pour l’esclave d’amour ils n’ont qu’une certitude morale et encore en supposant la continuation d’une dépendance à laquelle il lui est très facile de se soustraire à chaque instant.

Mais cette dépendance étant certaine, l’âme « peut » demeurer avec complaisance dans le bel intérieur de Marie, s’y reposer en paix, s’y appuyer avec confiance, s’y cacher avec assurance et s’y perdre sans réserve. Cependant, là, plus que partout ailleurs, nous sommes dans le domaine de la foi. Une âme pourrait très bien réaliser parfaitement l’état de dépendance décrit précédemment, sans éprouver aucun des sentiments énumérés par le Bienheureux. Du moins essaiera-t-elle de les acquérir, comme l’indiquent les formes verbales employées ici : « Demeurer, s’appuyer, se cacher, se perdre ». Cela provient beaucoup plus d’un abandon actif de l’âme que de l’infusion directe d’un sentiment provenant de Marie ou de la grâce.

Plus importants, du reste, que le sentiment, sont les effets réellement produits dans l’âme par ce séjour en Marie. Ces effets sont au nombre de quatre. Nous les avons déjà rencontrés plusieurs fois.

a) L’âme est nourrie par Marie du lait de sa grâce et de sa miséricorde maternelle, comme l’enfant reçoit de sa mère la nourriture et le sang nécessaires à sa vie et à son développement. Cette grâce est la grâce divine, que Marie reçoit pour nous la donner et la mettre à notre portée.

b) L’âme y est délivrée de ses troubles, craintes et scrupules plus efficacement même qu’il a été dit aux n°169 et 170 et 216. Car tout ceci est absolument incompatible avec l’état d’enfance ainsi compris.

c) L’âme y est en sûreté contre tous ses ennemis, le démon, le monde et le péché qui n’ont jamais eu et n’auront jamais entrée en Marie. C’est pourquoi elle dit elle-même par la bouche de la divine Sagesse (93) : « Qui operantur in me non peccabunt ». On ne peut, en effet, être et agir en Marie, et commettre le péché, ou alors ce sera un péché de pure fragilité. Quiconque commet délibérément le péché abandonne de lui-même ce divin séjour et met librement obstacle aux grâces que Marie lui avait préparées.

d) L’âme y est formée en Jésus-Christ, et Jésus-Christ en elle (n°218-221). Car le sein de Marie est, dit saint Ambroise (94) : « Aula sacramentorum », la salle des secrets ou des sacrements divins. Jésus-Christ y a été formé le premier, et tous les élus y sont formés après lui : « Homo et homo natus in ea » (95). Une multitude d’hommes sont nés d’elle (96).

(Père Armand Plessis s. m. m., Commentaire du Traité de la vraie Dévotion à la Ste Vierge du Bx L.-M. Grignon de Montfort, pour commémorer le centenaire de sa découverte 22 avril 1842-1942, n° 261-264 p. 404 (Doc. pdf p. 202)

 

Voie unitive et Mystères glorieux du Rosaire

St L-M. de Montfort, Le secret admirable du Rosaire, n° 23 : «Le psautier ou le Rosaire de la sainte Vierge est divisé en trois chapelets de cinq dizaines chacun … pour imiter les trois parties des psaumes dont la première est pour la voie purgative, la seconde pour la vie illuminative et la troisième pour la vie unitive».

LeMystères glorieux du saint Rosaire correspondent à la voie unitive au livre du Cantique des cantiques, et répondent par le cantique nouveau aux Psaumes 101 à 150 :

  • 1er Mystère glorieux : La Résurrection pour la foi vive ;
  • 2ème Mystère glorieux : L’Ascension pour le désir du Paradis ;
  • 3ème Mystère glorieux : La Pentecôte pour la vérité et la sagesse divine et la charité pour Dieu ;
  • 4ème Mystère glorieux : L’Assomption pour la dévotion et l’imitation de la sainte Vierge ;
  • 5ème Mystère glorieux : Le Couronnement de Marie pour la persévérance et l’augmentation dans la vertu.

 

«Quel bonheur de pouvoir entrer et demeurer en Marie !» (VD n° 262)

«Après que par sa fidélité on a obtenu cette insigne grâce, il faut demeurer dans le bel intérieur de Marie avec complaisance» (VD n° 264)

«Le sein virginal de Marie nous sera une demeure de repos… une demeure de confiance… une demeure de sureté contre nos ennemis, le démon, le monde, le péché ; enfin il sera la demeure de notre transformation dans le Christ Jésus, de notre adaptation à Jésus comme son membre ressemblant, bien adhérent et ne faisant qu’un avec lui» (VD n° 264)

 

Pour Marie, couronnement des trois voies. Servir Marie avec la plus grande pureté d’intention ; Un grand esprit de zèle

Traité de la vraie dévotion à la très sainte Vierge Saint L.-M. de Montfort

265. 4º Enfin il faut faire toutes ses actions pour Marie. Car, comme on s’est tout livré à son service, il est juste qu’on fasse tout pour elle comme un valet, un serviteur et un esclave ; non pas qu’on la prenne pour la dernière fin de ses services, qui est Jésus-Christ seul, mais pour sa fin prochaine et son milieu mystérieux, et son moyen aisé pour aller à lui.

Ainsi qu’un bon serviteur et esclave, il ne faut pas demeurer oisif ; mais il faut, appuyé de sa protection, entreprendre et faire de grandes choses pour cette auguste Souveraine. Il faut défendre ses privilèges quand on les lui dispute ; il faut soutenir sa gloire quand on l’attaque ; il faut attirer tout le monde, si on peut, à son service et à cette vraie et solide dévotion ; il faut parler et crier contre ceux qui abusent de sa dévotion pour outrager son Fils, et en même temps établir cette véritable dévotion ; il ne faut prétendre d’elle, pour récompense de ses petits services, que l’honneur d’appartenir à une si aimable Princesse, et le bonheur d’être par elle uni à Jésus, son Fils, d’un lien indissoluble dans le temps et l’éternité ». (St L.-M. de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la T. Ste Vierge, n° 265)

 

Commentaire du Traité de la vraie Dévotion à la Ste Vierge du Bx L.-M. Grignon de Montfort, Père Armand Plessis s. m. m.                              

IV – AGIR POUR MARIE

Pour comprendre cette dernière pratique, rappelons-nous ce qui a été dit à propos de l’esclavage (97). L’esclave ne s’appartient plus à lui-même, il appartient à son maître ou à sa maîtresse. Tous les biens de fortune qu’il possédait avant de tomber en esclavage, tous ceux qui peuvent lui survenir dans la suite sont la propriété de son maître ou de sa maîtresse. De même tout le fruit de son travail est au bénéfice de son maître ou de sa maîtresse.

D’autre part, il a été prouvé au même endroit que nous sommes esclaves de Jésus et de Marie, et de Marie pour l’être plus parfaitement de jésus. C’est ce qui revient également dans ce court paragraphe.

En tant qu’esclaves de Marie. Nous avons reconnu librement les liens d’esclaves qui nous rattachent à Marie. Nous sommes ainsi disposés à son égard, que, même si Dieu ne lui avait pas accordé ce droit de domination sur nous, nous le lui accorderions nous-mêmes par amour. Il est juste que nous accomplissions pour elle toutes nos actions naturelles et surnaturelles. Ne sont-elles pas le fruit de notre activité ? et cette activité ne doit-elle pas fructifier pour notre bonne Maîtresse ?

Cette pensée, que rien ne nous appartient plus de ce que nous acquérons par nos œuvres, ne doit nullement briser notre courage. Au contraire, comme de bons serviteurs et esclaves, nous ne demeurerons pas oisifs. Comptant sur la protection de Marie, nous entreprendrons de grandes choses pour cette auguste souveraine. Particulièrement nous défendrons ses privilèges, quand on les lui disputera ; nous soutiendrons sa gloire, quand on l’attaquera ; nous chercherons à attirer tout le monde à son service, et même nous essaierons de gagner tous les cœurs à cette vraie et solide dévotion. D’une part, nous parlerons et crierons contre ceux qui abusent de sa dévotion pour outrager son divin Fils (97) ; d’autre part, nous ne serons pas moins ardents pour établir la véritable dévotion surtout celle du Saint Esclavage.

Et, après cela, tels de véritables esclaves, nous ne prétendrons de notre reine, comme récompense de ces petits services, que l’honneur d’appartenir à une si aimable princesse, et le bonheur d’être unis par elle, à Jésus, son Fils, d’un lien indissoluble, dans le temps et l’éternité.

Et cela nous amène à notre seconde considération.

En tant qu’esclaves de Marie pour l’être plus parfaitement de Jésus. Marie n’est pas la fin dernière de notre dévotion. Jésus seul mérite de finaliser ainsi nos actes. Toute dévotion qui ne conduirait pas à lui serait à écarter impitoyablement (98).

Si donc nous faisons appel à Marie pour nous conduire à Jésus, c’est pour qu’elle nous serve de milieu mystérieux et de moyen aisé pour aller à lui. Ces œuvres, que nous offrons à cette bonne Mère, subiront entre ses mains la transformation que nous savons, et, grâce à elle, seront plus dignes de celui à qui elles sont destinées (99).

Du reste, quelqu’un, dans son ignorance, croirait-il agir uniquement pour Marie ? Cette Vierge, écho fidèle de Dieu, serait d’autant plus empressée de rétablir l’ordre inconsciemment violé. Elle renverrait à son divin Fils, et, par lui, à son Créateur, l’honneur intempestif que son enfant lui attribuerait. Voyez ce petit enfant. Il veut prouver son amour à sa mère. Il s’empare de tout ce qui est à sa portée, et vient le lui offrir en hommage. La mère accepte avec bienveillance le cadeau de son enfant. Mais elle profite de son premier instant de distraction pour restituer à son propriétaire, ou remettre à sa place, l’objet dont il s’était emparé pour accomplir cette offrande.

Pour se conformer à cette pratique, on doit, affirme le Secret de Marie (n°49), en tout ce que l’on fait, renoncer à son amour propre, lequel se prend presque toujours comme fin d’une manière imperceptible, et répéter souvent du fond du cœur : « Ô ma chère maîtresse, c’est pour vous que je vais ici ou là, que je fais ceci ou cela, que je souffre cette peine ou cette injure ».

Sous une autre forme nous en revenons donc à la double condition de renonciation et de donation, dont il a été parlé à propos du « par » et de « avec ».

Les actions dont parle le Bienheureux dans cet article, ne sont pas des actions extraordinaires, exorbitantes, héroïques, qui se présentent rarement, et que l’on devrait rechercher et entreprendre pour être fidèle au Saint Esclavage. Ce sont les actions ordinaires, celles qui composent notre devoir d’état quotidien. Ainsi, la pratique de la parfaite dévotion s’insère d’elle-même et sans difficultés dans tous les états et tous les genres de vie. Elle ne consiste pas dans ces actions elles-mêmes, mais dans l’esprit qui les anime, et qui leur donne, si nous le voulons, une valeur nouvelle, une richesse plus grande.

Et cet esprit n’est autre que l’esprit de Marie, Reine du ciel et de la terre, spécialement Reine des élus. Il envahit les esclaves d’amour de cette grande Reine, et les soumet pleinement, spontanément, à toutes les exigences du domaine de Marie, à toutes les touches délicates de sa direction suave et maternelle.

Marie accepte cet empire sans fausse humilité. Elle l’exerce sans défaillance, consciente de remplir ainsi la mission que Dieu lui a confiée, et de conduire à leur souverain bonheur les âmes qui s’abandonnent à elle. Elle n’en tire pas vanité. Elle ne s’attache pas les âmes sur lesquelles elle règne. Elle ne cherche qu’à les porter à son divin Fils, et cela avec un amour et un désintéressement aussi admirables l’un que l’autre, et qui n’existeraient pas simultanément dans un cœur de femme, si Marie n’était pas la Vierge immaculée, toute relative à Dieu, sans aucune ombre d’intérêt personnel.

Une question se pose ici :

QUEL EST LE DEGRÉ D’OBLIGATION DE TOUTES CES PRATIQUES ?

Deux choses sont à considérer :

1° La consécration du Saint Esclavage étant parfaitement libre, les pratiques qui en résultent ne peuvent être obligatoires sous peine de péché, soit mortel, soit même véniel. Ce sont des moyens de perfection, destinés à sauvegarder l’accomplissement des préceptes nécessaires au salut.

2° Mais, pour qui a prononcé sa consécration, les pratiques s’imposent en vertu de la fidélité à la parole donnée, et sous peine de ne retirer aucun fruit de cette forme de dévotion. Cependant, toutes ne sont pas requises à la fois, ni toutes au même degré. Quelques-unes sont même laissées par le Bienheureux au libre choix d’un chacun. (Par ex. n° 234, 236). Ce qui importe surtout, c’est de susciter et d’entretenir en nous l’esprit de dépendance mariale. Dès lors que ce résultat est obtenu, il n’y a nullement à s’inquiéter, si quelque pratique a été omise, même si on s’était bien promis d’y être fidèle. Car toutes les pratiques intérieures, et les principales des pratiques extérieures coïncident nécessairement avec cet esprit de dépendance mariale.

Des âmes plus avides de perfection se sont demandé si elles ne pouvaient pas s’imposer elles-mêmes, par vœu, une obligation que le Père de Montfort n’impose pas, du moins sous peine de péché. A cette question, on pourrait  répondre affirmativement. Mais à une double condition :

Bien déterminer ce à quoi on s’engage. Le Saint Esclavage, dans son ensemble embrasse toutes les manifestations de la vie humaine, dans tous les ordres et tous les genres d’activité. Il serait imprudent, semble-t-il, de s’engager par vœu à en observer absolument tous les détails. En spécifiant au contraire telle ou telle prescription, il est possible d’en faire la matière d’un vœu.

Bien déterminer la portée de son obligation. On ne peut s’engager sous peine de faute grave qu’à faire ou éviter une chose objectivement grave. Il vaut mieux ne s’engager sous peine de péché véniel qu’à faire ou éviter des choses qui soient objectivement matière à péché véniel.

Tout autre vœu, par exemple d’éviter les simples imperfections, de tendre toujours au plus parfait, etc., serait spécialement ardu et ne pourrait être émis qu’avec la permission du confesseur, avec la clause qu’il serait toujours révocable par lui, et pour un temps déterminé (100).

(Père Armand Plessis s. m. m., Commentaire du Traité de la vraie Dévotion à la Ste Vierge du Bx L.-M. Grignon de Montfort, pour commémorer le centenaire de sa découverte 22 avril 1842-1942, n° 265, p. 409 (Doc. pdf p. 204)

 

«omnis honor et gloria … per Ipsum, cum Ipso et in Ipso ; par le Christ, avec lui et en lui, que tout honneur et toute gloire vous soient à jamais rendus, ô Trinité sainte » (Liturgie de la Messe)

« tous les chœurs angéliques clament sans cesse à leur Reine : Sancta, Sancta, Sancta Maria… et lui offrant des millions de fois chaque jour la salutation Ave, Maria,  en se prosternant devant elle, et lui demandant pour grâce de les honorer de quelques-uns de ses commandements. Jusqu’à saint Michel, qui, bien qu’étant le Prince de toute la Cour céleste, se montre le plus zélé à lui rendre et à lui faire rendre toutes sortes d’honneurs (VD n° 8).

 «Il faut entreprendre et faire de grandes choses pour cette auguste souveraine» (VD n° 265).

«Quand viendra cet heureux temps où la divine Marie sera établie Maîtresse et Souveraine dans les cœurs, pour les soumettre pleinement à l’empire de son grand et unique Jésus ? Ce temps ne viendra que lorsqu’on connaîtra et pratiquera la dévotion que j’enseigne» (VD n° 217)… ».