Des pensées et fantasmes à l’intérieur et l’extérieur de l’acte conjugal

C’est la loi divine que personne ne peut jamais volontairement entretenir des pensées sexuelles dans son esprit, même de sa femme, en dehors de l’acte conjugal. Si une personne entretient volontairement des pensées sexuelles en dehors de l’acte conjugal ou se met inutilement dans des tentations sexuelles quand cela n’est pas nécessaire, elle commet un péché mortel. Par conséquent, on peut même pas consentir à des pensées sexuelles sur sa propre femme ou mari en dehors de l’acte conjugal, mais on doit résister à ces pensées ou tentations comme on doit résister à la pensée d’adultère ou de fornication.

Par exemple, il serait tout à fait mauvais pour un mari de ne pas résister à des pensées sexuelles sur sa femme ou d’entretenir constamment ces pensées au travail ou lors d’un voyage, car au travail ou lors d’un voyage il n’a aucune chance de légalement calmer sa concupiscence et d’accomplir l’acte conjugal à des fins de procréation,.C’est pourquoi s’habituer à ces pensées ne ferait que le distraire spirituellement et temporellement et pourrait même le conduire à commettre d’autres péchés, comme la masturbation ou l’adultère (en pensée ainsi qu’en acte). Tous ceux qui ne souhaitent pas être damnés doivent donc résister à des pensées sexuelles et des tentations en dehors de l’acte conjugal et ne peuvent pas les entretenir en tout cas.

Jean Gerson, Œuvres complètes : «Plusieurs docteurs [de la Divinité] soutiennent que la promotion volontaire de pensées charnelles mauvaises afin de se faire plaisir est un péché mortel, même sans faire l’acte. Assurez-vous, cependant, que les baisers, les regards, et les caresses, principalement causés par ces mauvaises pensées lubriques, sans rien de plus, ne soit un péché encore plus grand . … C’est encore pire si ces baisers ne respectent pas l’honnêteté qui est habituellement gardée en public ».

C’est bien sûr une chose d’être tenté d’avoir des relations sexuelles avec sa propre femme ou quelqu’un d’autre (ce qui n’est pas un péché) et une toute autre chose que de consentir à avoir des relations sexuelles en pensée ou en esprit de l’un ou l’autre (ce qui est un péché). Ainsi, le mari et la femme ne peuvent jamais consentir à des pensées sexuelles sur leur conjoint en dehors de l’acte conjugal normal et naturel. Toutefois, cela ne veut pas dire qu’il est licite de penser à des choses mauvaises ou illicites ou de leurs donner son consentement au cours de l’acte, comme tant de gens mauvais et soi-disant théologiens hérétiques conjugaux enseignent effectivement aujourd’hui, car ce n’est pas ce que cela signifie. Qu’est-ce que cela signifie ? Simplement qu’une personne peut pleinement consentir et laisser la place à des pensées et désirs sexuels (au sujet de leur conjoint) au cours de l’acte sexuel sans commettre de péché, aussi longtemps que ces pensées appartiennent à ce qui est légitimenaturelraisonnable et nécessaire pour que la réalisation de l’acte conjugal se produise.

 

Saint Thomas d’Aquin nous explique encore merveilleusement ce processus de pensée dans sa Somme.

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, première partie de la deuxième partie, Q 74, art. 8, conclusion : « Ainsi celui qui pense à la fornication, peut se délecter de deux manières : d’abord, de la pensée elle-même [simplement en pensant obstinément, mais pas nécessairement en lui donnant son consentement ou au plaisir qui en découle], ensuite de la pensée de fornication. La délectation qui a pour objet la pensée résulte de l’inclinaison de l’affection pour la pensée elle-même. Or cette pensée n’est pas par elle-même un péché mortel ; quelquefois elle n’est que vénielle, par exemple, quand quelqu’un s’y arrête inutilement ; d’autres fois elle est absolument sans péché, par exemple quand on s’y arrête utilement, comme quand on veut en faire l’objet d’une prédication ou d’une discussion. Par conséquent, l’affection ou la délectation qui se rapporte ainsi à la pensée de fornication n’est pas un péché mortel dans son genre ; mais c’est quelquefois un péché véniel et quelquefois ce n’est pas un péché. Le consentement à cette espèce de délectation n’est donc pas un péché morte [cela devient un péché mortel si l’on consent et qu’on veut avoir le plaisir illicite dans la pensée], et sous ce rapport il y a du vrai dans le premier sentiment [première opinion]. Mais si quelqu’un en pensant à la fornication [ou d’autres actes sexuels déraisonnables ou pécheurs], se délecte de l’acte lui-même auquel il pense, ceci résulte de ce que son affection a du penchant pour cet acte. Ainsi, quand quelqu’un consent à cette délectation [plaisir], c’est absolument comme s’il consentait à ce que son affection eut du penchant pour la fornication : car un individu ne se délecte que dans ce qui est conforme à son appétit. Et comme c’est un péché mortel de consentir délibérément à ce que son affection soit conforme à des choses qui sont des péchés mortels en eux-mêmes, il s’ensuit que ce consentement à la délectation, qui a pour objet une faute mortelle, est un péché mortel, comme le soutiennent les auteurs du second sentiment [deuxième opinion] « .

 

Ainsi, si des pensées sexuelles agréables de son propre conjoint légitime même en dehors de l’acte conjugal sont un péché si elles ne sont pas combattues, combien plus ne doivent pas être entretenues les pensées sensuelles de son voisin ? Si même les baisers entre conjoints mariés à des fins de plaisir charnel sont condamnés comme un péché mortel par l’Eglise catholique, combien plus ne doivent pas exister les perversions des actes conjugaux comme tant de conjoints les pratiquent aujourd’hui ?