Sur le mensonge

Sommaire

  • Le mensonge vient de l’adhésion à l’iniquité
  • Le mensonge s’étend à tous les hommes
  • Le mensonge c’est étouffer la vérité
  • Il existe différentes formes de mensonge
  • Mentir c’est persister à ne pas se repentir
  • Le mensonge est avoir un cœur double
  • Les expressions équivoques
  • Le mensonge est un vice opposé à la vertu de vérité
  • La simulation est un mensonge
  • L’hypocrisie est un mensonge
  • La jactance est un mensonge
  • L’ironie est un mensonge
  • Le mensonge est un péché mortel
  • Il n’y a aucun mensonge dans les Écritures
  • Le mensonge est le refus de Jésus-Christ
  • Les sauvés sont sans mensonge
  • Le diable est le père du mensonge

  • Le mensonge contre la foi est l’hérésie
  • Le mensonge rend semblable au diable : le menteur devient le fils du diable
  • Le mensonge est la ruine de la société
  • Le menteur perd sa réputation
  • Catéchisme du concile de Trente sur le mensonge :
    • I. Du faux témoignage
    • II. De la médisance et de la calomnie
    • III. La flatterie, le mensonge et la dissimulation
    • IV. A quoi nous sommes obligés par ce commandement
    • V. Motifs de détester le mensonge
    • VI. Vaines excuses des menteurs

«on s’éloigne de l’éternité à mesure qu’on s’éloigne de la vérité … il faut préférer l’âme au corps, il faut aussi préférer la vérité à l’âme ; il faut que l’âme tienne plus à la vérité qu’à son corps et plus qu’à elle-même»Saint Augustin, Traité sur le mensonge, Ch.VII

 

Le mensonge vient de l’adhésion à l’iniquité

II Thessaloniciens 10-11 : «Dieu leur enverra une opération d’erreur, de manière qu’ils croiront au mensonge ; En sorte que soient condamnés tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais ont acquiescé à l’iniquité».

C’est parce qu’ils ont acquiescé à l’iniquité que ceux qui n’ont pas cru la vérité sont condamnés.

Le mensonge s’étend à tous les hommes

Psaume 115, 11 : « Tout homme est menteur ».

Jacques 3, 8 : « Mais la langue, nul homme ne peut la dompter : c’est un mal inquiet ; elle est pleine d’un venin mortel ».

Pape Félix III, 2ème concile d’Orange, canon 22 : « Ce qui est propre à l’homme. Nul n’a en propre que le mensonge et le péché. Mais si quelqu’un possède un tant soi peu de vérité et de justice, il le tient de cette source divine vers laquelle, égarés dans le désert d’ici-bas, nous devons soupirer … »

La naïveté n’est pas l’innocence car « Tout homme est menteur ».

Le mensonge c’est étouffer la vérité

Pape Innocent IV, premier concile de Lyon, II, 5 (decret. 300), 1245 : «… ne pas vouloir inquiéter ceux qui font le mal n’est rien d’autre que de les encourager, et … celui qui s’abstient de s’opposer à une mauvaise action évidente [crime manifeste] ne manque pas d’être soupçonné de complicité occulte».

Pape Léon XIII, Inimica vis, 8 déc. 1892 : «Grave et très grave est le jugement qu’à porté à ce sujet Félix III, Notre prédécesseur : C’est approuver l’erreur que de ne pas y résister ; c’est étouffer la vérité que de ne pas la défendre… Quiconque cesse de s’opposer à un forfait manifeste peut en être regardé comme le complice secret».

Saint Justin Martyr, Dialogue avec le juif Tryphon, n° 82 : « … tous ceux qui peuvent dire la vérité et ne la disent pas seront jugés par Dieu, selon que Dieu le témoigne par la bouche d’Ezéchiel lorsqu’il dit : Je t’ai établi gardien de la maison d’Israel, si le pécheur pèche et que tu l’avertisse pas, il sera perdu lui-même par son péché, … mais à toi je te demanderai son sang ; si au contraire tu l’as averti, tu seras innocent (Ez. 3, 17-19)».

Il existe différentes formes de mensonge

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 110, art. 2 : «St Augustin dans son traité, divise le mensonge en huit : 1° « doctrinal et religieux » ; 2° « sans utilité pour personne et nuisible à quelqu’un » ; 3° « utile à l’un au préjudice d’un autre » ; 4° « fait pour le seul plaisir de tromper » ; 5° « fait par désir de plaire » ; 6° « ne nuit à personne et aide quelqu’un à garder son argent » ; 7° … « et aide à éviter la mort » ; 8° … « et aide à éviter la souillure »

«On peut donner du mensonge une triple division. La première est prise de la raison même de mensonge ; elle est donc propre et essentielle. A ce point de vue, le mensonge se divise en deux espèces : la jactance, qui va au-delà de la vérité ; l’ironie, qui reste en deçà, d’après Aristote. Cette division est bien essentielle, puisque le mensonge, par sa nature même, est contraire à la vérité qui est une égalité à laquelle s’opposent directement l’excès et le défaut, nous l’avons dit à l’Article précédent.

«La deuxième division considère le mensonge en tant qu’il a raison de faute, plus ou moins grave selon le but que l’on se propose en le disant. La faute est plus grave si l’on veut nuire au prochain ; c’est le mensonge pernicieux. Elle l’est moins, si l’on a en vue quelque bien : un plaisir, et c’est le mensonge joyeux ; un avantage, et c’est le mensonge officieux, qu’il s’agisse d’aider quelqu’un ou de le protéger. Telle est la division présentée au début de cet article.

«La troisième division est plus générale et considère uniquement le but du mensonge, sans envisager si cela augmente ou diminue sa gravité. C’est la division en huit membres de la deuxième objection. Les trois premiers sont compris dans le mensonge pernicieux, d’abord contre Dieu c’est le mensonge « doctrinal et religieux » ensuite contre le prochain, soit avec la seule intention de « nuire à quelqu’un sans utilité pour personne », soit avec celle « d’être utile à une personne au préjudice d’une autre ». Le premier de ces trois mensonges est le plus grave, comme toujours quand un péché est contre Dieu, nous l’avons dit ; le deuxième l’est plus que le troisième, que diminue l’intention d’être utile.

«La quatrième espèce, à la différence des précédentes qui aggravent le mensonge, ne l’aggrave ni ne le diminue : c’est le mensonge « par seul plaisir de mentir », et Aristote remarque que « ce mensonge et le plaisir que l’on y trouve viennent de ce que l’on a l’habitus du mensonge ».

«Les quatre dernières espèces diminuent le péché de mensonge. La cinquième en effet, est le mensonge joyeux, que l’on dit « par désir de plaire ». Les sixième, septième et huitième espèces se rattachent au mensonge officieux qui « aide quelqu’un à garder son argent », ou est utile à son corps : « lui sauver la vie » ; ou à sa vertu : « le préserver d’une faute qui souille le corps ».

«Enfin, il est clair que plus grand est le bien sur lequel se porte l’intention, plus aussi le péché est diminué. C’est pourquoi, à bien regarder, les quatre dernières espèces de mensonge sont disposées comme il convient en ordre de gravité décroissante, car ce qui est utile l’emporte sur ce qui est agréable, la vie du corps est préférable aux richesses, mais elle ne vient elle-même qu’après l’honneur et la vertu».

Mentir c’est persister à ne pas se repentir

Savoir qu’on devrait se repentir d’avoir dit une chose fausse ou de ne pas avoir dit la vérité, et cependant refuser de s’en repentir est contraire à la bonne foi et est le mensonge.

Romains 14, 23 : «Or tout ce qui ne se fait pas de bonne foi est péché».

Effets :

  • la mauvaise foi,
  • obstination coupable ou volontaire dans l’erreur, c’est-à-dire quand on a les moyens de vaincre l’erreur, mais qu’on préfère dans l’erreur,
  • le faux témoignage,
  • la médisance et la calomnie,
  • la flatterie,
  • la restriction mentale :
    • voiler la vérité par des propos ambigus des silences ;
    • voiler la compréhension externe en ayant une intention différente ;
    • utiliser des expressions empêchant la compréhension du vrai sens ;
    • promettre quand on pense le contraire, etc.
  • l’ambiguïté,
  • l’omission coupable,
  • la dissimulation,
  • la négligence coupable contre la vérité :
    • négliger volontairement la vérité quand on sait qu’on doit la dire ou qu’un mensonge doit être révélé ,
    • négliger volontairement la vérité quand on sait qu’un mensonge doit être révélé,
    • négliger volontairement la vérité quand on sait qu’on doit connaître la vérité.

Le mensonge est avoir un cœur double

Saint Augustin, Traité sur le mensonge, Ch. II : «Dire une chose fausse n’est pas mentir, quand on croit ou qu’on s’imagine dire la vérité».

Saint Augustin, Traité sur le mensonge, Ch. III : «Ainsi, donc mentir, c’est avoir une chose dans l’esprit, et en énoncer une autre, soit en parole, soit en signes quelconques. C’est pourquoi on dit du menteur qu’il a le cœur double, c’est-à-dire une double pensée : la pensée de la chose qu’il sait ou croit être vraie et qu’il n’exprime point, et celle de la chose qu’il lui substitue, bien qu’il la sache ou la croie fausse».

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 109, art. 2, rép. 4 : «Simplicité s’oppose à duplicité. Être double, c’est avoir une chose dans la pensée et en exprimer une autre. En ce sens, la simplicité se rattache à la vérité. Elle rend l’intention droite, non pas directement puisque c’est la tâche de toute vertu, mais en excluant la duplicité où l’on met en avant autre chose que ce qu’on veut vraiment.

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 110, art. 1 : «c’est la fausseté formelle qui constitue la raison de mensonge, à savoir la volonté d’exprimer ce qui est faux. C’est pourquoi on appelle « mensonge » (mendacium) ce que l’on dit « contre sa pensée » (contra mentem). … La fausseté formelle consiste à dire ce qui est faux avec la volonté de le dire ; quand bien même ce serait vrai, pareil acte considéré au point de vue de la volonté et de la moralité, contient par lui-même la fausseté, et la vérité ne s’y rencontre que par accident. Cela entre donc dans l’espèce mensonge».

Les expressions équivoques

Dire une chose équivoque est dire faussement une chose.

Pape  Innocent  XI, Erreurs d’une doctrine morale plus laxiste, n° 27, 2 mars 1679 :  « Il  est  juste d’employer des ambiguïtés (des mots équivoques) lorsque cela est utile à la conservation de la santé du corps, à l’honneur, aux biens de la famille, ou pour tout autre acte de vertu, de telle sorte que le fait de cacher la vérité soit jugé expédient». – Condamné

Les expressions équivoques sont tout simplement fausses car le sens de l’expression est sorti du contexte par des mots équivoques.

Exemples d’expressions équivoques :

  • « Le pape défend la foi » contrairement à ce qui est l’enseignement de l’Église ;
  • « Le pape veut la Tradition dans l’Église » ce qui n’est pas la Tradition source de la Révélation ;
  • « … interpréter le Concile Vatican 2 à la lumière de la Tradition » [antipape J-P 2], alors que vatican 2 est une apostasie de la foi ;
  • « … reconnu par l’Église» ce qui n’est pas le Magistère.
  • «Matthieu eut l’idée …» [antipape Benoit 16], ce qui laisse entendre que l’Evangile pourrait n’être qu’humain et non la Révélation Divine.

L’utilisation de mots équivoques est la stratégie utilisée par les hérétiques.

Pape Pie VI, Bulle «Auctorem fidei», 28 août 1794 : « [Les anciens docteurs] connaissaient la capacité des innovateurs dans l’art de la tromperie. … ils ont cherché à cacher les subtilités … par l’utilisation de mots apparemment inoffensifs qui leur permettrait d’insinuer l’erreur dans les âmes de la manière la plus douce. … par le biais de légères modifications ou des ajouts dans la phraséologie, fausser la confession de la foi nécessaire pour notre salut, et conduire les fidèles par des erreurs subtiles à leur damnation éternelle.

«… sous le prétexte erroné que des affirmations apparemment choquantes à un endroit soient développées le long de lignes orthodoxes dans d’autres endroits [mixage de doctrine droite et d’hérésie], et même encore en d’autres endroits corrigées, comme prévoyant la possibilité soit d’affirmer ou de nier la déclaration … telle a toujours été la méthode frauduleuse et l’audace utilisée par les innovateurs pour établir l’erreur, qui permet à la fois la possibilité de promouvoir l’erreur et de l’excuser

«… dès qu’il devient nécessaire d’exposer DES ÉTATS QUI déguisent une erreur OU UN DANGER SUSPECT sous le voile de l’ambiguïté, NOUS devons dénoncer LE SENS PERVERS dans lequel l’erreur SE RAPPORTANT AUX vérités catholiques est camouflée».

Le mensonge est un vice opposé à la vertu de vérité

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 109, art. 1 : «Le mot vérité peut avoir deux sens. Dans le premier, c’est ce qui fait dire d’une chose qu’elle est vraie. En ce sens, elle n’est pas une vertu, mais l’objet ou la fin de la vertu. En effet, elle n’est pas une espèce d’habitus, mais une certaine égalité entre l’intelligence ou le signe intellectuel et la réalité comprise et signifiée, ou encore entre une chose et sa règle ou son modèle, comme nous l’avons montré dans la première Partie. Dans le second sens, c’est ce qui fait qu’un homme dit la vérité, et c’est ce qui fait dire de lui qu’il est véridique. Ainsi définie, la vérité est évidemment une vertu : car, dire ce qui est vrai est un acte bon, mais c’est la vertu « qui rend bon celui qui la possède et aussi rend son œuvre bonne.

«… La vérité n’est donc ni une vertu théologale, ni une vertu intellectuelle, mais une vertu morale. … Elle tient le milieu entre l’excès et le défaut de deux manières. 1° Par rapport à l’objet, puisque le vrai, par sa nature même, comporte une certaine égalité, et donc, comme tout ce qui est égal à quelque chose, il se tient entre le trop et le trop peu. Ainsi celui qui dit vrai de lui-même occupe-t-il le milieu entre celui qui exagère et celui qui atténue. 2° Par rapport à l’acte, il tient le milieu en ce qu’il dit vrai quand il faut et comme il faut. Ici, l’excès consiste à parler de soi alors qu’on devrait se taire; le défaut, à se taire alors qu’on devrait parier».

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 109, art. 4 : «Les vices opposés à la vérité. C’est d’abord le mensonge (Question 110) ; ensuite, la simulation ou hypocrisie (Question 111) ; enfin, la jactance (Question 112) qui a elle-même un vice opposé (Question 113)».

La simulation est un mensonge

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 111, art. 1 : «la vertu de vérité fait que l’on se montre à l’extérieur, par des signes visibles, tel qu’on est. Or les signes extérieurs ne sont pas seulement des paroles, mais aussi des actes. De même qu’il est contraire à la vertu de vérité de parler contre sa pensée, ce qui est mentir; de même on s’oppose à la vérité en se montrant, par des signes qui sont des actes ou des choses, contrairement à ce qu’on est au fond, et c’est là ce qu’on appelle proprement la simulation. Aussi est-elle à proprement parler un mensonge constitué par ces signes extérieurs que sont les actions. Peu importe qu’on mente en paroles ou par tout autre fait, nous l’avons dit. Aussi, puisque tout mensonge est un péché, nous l’avons vu aussi, il s’ensuit que toute simulation est un péché.

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 111, art. 1 : «la simulation est en elle-même un mal à titre de mensonge comme à titre de scandale. Bien qu’elle rende mauvais le simulateur, ce n’est pas le mal qu’il simule qui le rend mauvais. Et parce que la simulation est mauvaise par elle-même, ce n’est pas en raison de ce qu’elle simule : qu’elle simule le bien ou le mal, elle est un péché. … On ment en paroles quand on signifie ce qui n’est pas, mais non quand on tait ce qui est, chose parfois permise. De même on simule quand, par des signes extérieurs tels que des actions ou des choses, on signifie quelque chose qui n’est pas, mais non si l’on omet de signifier ce qui est. C’est ainsi qu’il faut comprendre ce que St Jérôme dit au même endroits : « Le second remède après le naufrage, c’est de dissimuler son péché » pour qu’il ne scandalise pas autrui.

L’hypocrisie est un mensonge

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 111, art. 2 : «1. Par nature l’œuvre extérieure signifie l’intention. Donc, lorsqu’en accomplissant de bonnes œuvres qui, par leur caractère, contribuent au culte de Dieu, on cherche à plaire non à Dieu mais aux hommes, on simule une intention droite que l’on n’a pas. Aussi St Grégoire dit-il : « Les hypocrites font servir les choses de Dieu à l’intérêt du siècle car, par les œuvres saintes qu’ils affichent, ils ne cherchent pas à convertir les hommes, mais à jouir de la popularité». Ainsi, ils simulent mensongèrement une intention droite qu’ils n’ont pas, bien qu’ils ne simulent pas la bonne œuvre qu’ils accomplissent.

«2. L’habit de sainteté, religieux ou clérical, signifie un état qui oblige aux œuvres de perfection. C’est pourquoi si celui qui prend cet habit dans l’intention d’entrer dans l’état de perfection, en déchoit par faiblesse, il n’est pas simulateur ou hypocrite, parce qu’il n’est pas tenu de manifester son péché en quittant l’habit de sainteté. Il serait hypocrite et simulateur s’il avait pris cet habit afin de s’afficher comme un homme juste.

«3. La simulation, comme le mensonge, comporte deux éléments : l’un est le signe, l’autre la réalité signée. Dans l’hypocrisie, c’est l’intention mauvaise qui est envisagée comme la réalité signifiée, laquelle ne correspond pas au signe. Mais dans toute espèce de simulation et de mensonge, ce sont les réalités extérieures, paroles, actions et tout ce qui tombe sous le sens, qui sont envisagés comme signes».

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 111, art. 4 : «Il y a deux éléments dans l’hypocrisie : le manque de sainteté et la simulation. Donc si l’on appelle hypocrite celui dont l’intention se porte sur l’un et l’autre, c’est-à-dire celui qui ne se soucie pas d’être saint, mais seulement de le paraître, ce qui est le sens habituel de la Sainte Écriture, alors il est évident qu’il y a péché mortel. Car nul n’est totalement privé de sainteté sinon par le péché mortel».

La jactance est un mensonge

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 112, art. 1 : «La jactance au sens propre paraît impliquer que l’on s’exalte soi-même en paroles, car ce que l’homme veut jeter (jactance) au loin, il l’élève. Or, à proprement parler, on s’exalte quand on parle de soi-même au-dessus de ce qu’on est. Cela peut arriver de deux façons. D’abord lorsque quelqu’un parle de soi non pas en dépassant la vérité, mais en dépassant l’opinion que les hommes ont de lui. C’est ce que l’Apôtre veut éviter lorsqu’il écrit (2 Co 12, 6) : « je m’abstiens, de peur qu’on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’on voit en moi ou à ce qu’on m’entend dire. » Une autre façon, c’est de s’exalter soi-même en paroles au-dessus de ce qu’on est en réalité. Et parce qu’il faut juger quelque chose plutôt sur ce qu’il est en lui-même que sur ce qu’il est dans l’opinion d’autrui, on parle plus proprement de jactance quand quelqu’un s’élève au-dessus de ce qu’il est, que lorsqu’il s’élève au-dessus de ce qu’il est dans l’opinion d’autrui, en qu’on puisse parler de jactance dans les deux cas. C’est pourquoi la jactance proprement dite s’oppose par excès à la vertu de vérité».

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 112, art. 2 : «la jactance peut être envisagée à un double point de vue. D’abord en elle-même, comme mensonge. Ainsi elle est un péché mortel si le mensonge par lequel on se glorifie soi-même porte atteinte à la gloire de Dieu : tel le roi de Tyr auquel le prophète Ezéchiel (28, 2) reprochait sa jactance : « Ton cœur s’est élevé, tu as dit : « je suis un dieu » »; ou s’il blesse la charité envers le prochain que l’on insulte en se vantant : tel le pharisien, quand il disait (Lc 18, 11) : « je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes et adultères, ni encore comme ce publicain.

«Ensuite, la jactance peut être envisagée dans sa cause : l’orgueil, le désir du gain ou de la vaine gloire. Si elle procède d’un orgueil ou d’une vaine gloire qui soit péché mortel, elle sera péché mortel elle aussi. … Mais parfois, quand la jactance se déchaîne par appétit de lucre, cela semble relever de la tromperie et du préjudice contre le prochain.

L’ironie est un mensonge

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 113, art. 2 : «Comme nous l’avons dit plus haut un mensonge est plus grave qu’un autre tantôt à cause de sa matière, et c’est ainsi que le mensonge dans l’enseignement de la foi est le plus grave ; tantôt à cause du motif qui pousse à pécher, et c’est ainsi que le mensonge pernicieux est plus grave que le mensonge officieux ou joyeux. Or l’ironie et la jactance mentent à propos du même objet (que ce soit par des paroles ou par n’importe quels signes extérieurs), c’est-à-dire à propos de la situation de celui qui parle. De ce point de vue, elles sont égales. Mais le plus souvent la jactance procède d’un motif plus bas : l’appétit du gain ou de l’honneur. Tandis que l’ironie évite, quoique de façon désordonnée, d’être pénible aux autres par de la prétention. Et à ce point de vue, Aristote déclare que la jactance est un péché plus grave que l’ironie. Cependant il arrive parfois qu’on se déprécie pour un autre motif, par exemple pour mieux tromper. Alors c’est l’ironie qui est un péché plus grave.

«1. Cet argument vaut pour l’ironie et la jactance selon que l’on considère la gravité du mensonge pris en lui-même, ou à partir de sa matière. Nous avons dit qu’à ce point de vue jactance et ironies sont à égalité.

«2. il arrive parfois que par des signes extérieurs ou par des paroles on se déprécie extérieurement, comme par un vêtement sordide ou quelque chose d’analogue, en vue de manifester une supériorité spirituelle. jésus dit ainsi (Mt 6, 16) que certains « prennent un visage défait pour faire remarquer aux hommes qu’ils jeûnent ». Aussi encourent-ils à la fois le vice d’ironie et celui de jactance, quoique sous des rapports différents ; et à cause de cela leur péché est plus grave. Aussi Aristote dit-il : «La surabondance et l’extrême dénuement conviennent également à la jactance». Et on lit dans la vie de St Augustin qu’il ne voulait avoir de vêtements ni trop précieux ni trop sordides, parce que les hommes recherchent leur gloire dans ces deux excès.

«3. Comme il est dit dans l’Ecclésiastique (19, 23 Vulg.) : «Tel méchant s’humilie, mais son cœur est plein de tromperie». C’est en ce sens que Salomon, dans le proverbe cité, parle du méchant qui baisse la voix par une humilité factice».

Le mensonge est un péché mortel

Il n’est jamais permis de mentir.

Pape  Innocent  XI, Erreurs d’une doctrine morale plus laxiste, n° 24, 2 mars 1679 : «Appeler Dieu à témoin pour un mensonge léger n’est pas une irrévérence telle que Dieu veuille ou puisse, à cause de cela, damner un homme». – Condamné

Saint Augustin, Traité sur le mensonge, Ch. VI : «…en mentant on perd la vie éternelle, il n’est jamais permis de mentir…».

Les menteurs vont en enfer pour l’éternité.

Apocalypse 21, 8 : «… tous les menteurs, leur part sera dans l’étang brûlant de feu et de soufre ; ce qui est la seconde mort».

Apocalypse 22, 15 : «Loin d’ici … quiconque aime et fait le mensonge».

Il n’y a aucun mensonge dans les Écritures

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 110, art. 3 : «Il est sacrilège de penser que l’Évangile ou quelque autre Écriture canonique affirme l’erreur, ou que leurs auteurs ont menti ; cela détruirait la certitude de la foi qui repose sur l’autorité des Écritures. Le fait que, dans l’Évangile ou ailleurs, les paroles de certains personnages sont diversement rapportées, ne constitue pas un mensonge. « Cette question, dit S. Augustin, ne doit embarrasser aucunement celui qui juge avec sagesse que la connaissance de la vérité résulte des pensées quelle que soit d’ailleurs leur expression. On voit par là que nous ne devons pas accuser de mensonge le récit que plusieurs personnes peuvent faire de ce qu’ensemble elles ont vu ou entendu ensemble, bien que la forme et les paroles diffèrent.

«La Sainte Écriture, remarque S. Augustin, nous présente certains personnages comme exemple de vertu parfaite ; on ne doit donc pas croire qu’ils ont menti. Si quelques-unes de leurs paroles peuvent sembler mensongères, il faut y voir des figures et des prophéties. « Il faut croire que de tels hommes, qui ont joué un rôle considérable dans les temps prophétiques, ont dit et fait d’une manière prophétique tout ce que l’Écriture leur attribue ». Abraham, en faisant passer Sarah pour sa sœur, voulut seulement taire la vérité, selon S. Augustin mais sans dire de mensonge, et il l’explique lui-même : « Elle est vraiment ma sœur : elle est fille de mon père, quoiqu’elle ne soit pas fille de ma mère » (Gn 20, 12). C’est figurativement que Jacob déclara être Esaü, le fils aîné d’Isaac, parce que le droit d’aînesse lui appartenait légitimement. Il fit cette déclaration par esprit prophétique, pour exprimer le mystère : un peuple puîné, celui des païens, remplacerait le fils aînéc’est-à-dire les Juifs.

«L’Écriture loue certaines personnes non pas comme modèles de vertu parfaite, mais pour des sentiments bons en eux-mêmes, qui leur firent commettre des actes répréhensibles. C’est ainsi que Judith reçoit des éloges, non pour avoir trompé Holopherne, mais pour le patriotisme qui lui fit braver le danger. Mais on peut dire aussi que les paroles de cette héroïne sont vraies au sens spirituel».

Pape Innocent XI, Caelestis Pastor, Erreurs quiétistes condamnées, n°51 20 sept. 1687 : «Dans la sainte Écriture il y a beaucoup d’exemples de violences portant à des actes extérieurs de péché ; ainsi pour Samson qui par la violence se tua avec les Philistins (Jg 16, 29 s.), qui épousa une femme étrangère (Jg 14, 1-20), et qui pratiqua l’impudicité avec la prostituée Dalila (Jg 16, 4-22), ce qui autrement était défendu et aurait été péché ; ainsi pour Judith qui mentit à Holopherne (Jdt 11, 5-19), pour Elisée qui maudit les enfants  (II R 2,24) pour qui brûla deux chefs avec les troupes du roi Achab (II R 1, 10-12). Savoir cependant si la violence a été faite directement par Dieu ou par le ministère des démons, comme cela arrive pour d’autres âmes, est incertain». – Condamné

Saint Augustin (354-430), Docteur de l’Église, Traité sur le mensonge : «…on ne peut justifier le mensonge d’après les livres de l’Ancien Testament, soit parce que tout ce qui se fait ou se dit en sens figuré n’est pas mensonge, soit parce qu’on ne propose pas à l’imitation des bons ce qui est chez les méchants un premier pas dans la voie du progrès par comparaison à des actions pires ; ni d’après les livres du Nouveau Testament, parce que c’est la réprimande [Réprimande de Paul à Pierre : «Comment forces-tu les gentils à judaïser ?» Galates 2, 14b] , et non la dissimulation [Dissimulation de Pierre : Galates 2, 11-13], qu’on nous y offre pour modèle ; comme ailleurs c’est la douleur de Pierre, et non son reniement, qu’on y présente à notre imitation».

Le mensonge est le refus de Jésus-Christ

Jésus-Christ est la Vérité en personne.

Jean 16, 6 : « Moi je suis la … vérité… »

I Pierre 2, 22 : « Lui [le Christ] en la bouche de qui n’a pas été trouvée la tromperie [le mensonge] ».

Jean 18, 37-38 : « Quiconque est de la vérité écoute ma voix. Pilate lui demanda : « Qu’est-ce que la vérité ? … il alla de nouveau vers les Juifs, et leur dit : Je ne trouve en lui aucune cause de mort » (compar. Luc 23, 22 : Je ne trouve aucune cause de mort en lui).

Quiconque est de la vérité écoute la voix de Jésus-Christ. Quiconque est du mensonge n’écoute pas la voix de Jésus-Christ. Dans la Vérité il n’y a que cause de vie et aucune cause de mort, c’est le mensonge qui est cause de mort.

I Jean 2, 4 : «Celui qui dit le connaître et ne garde pas ses commandements est un menteur».

Les gens qui prétendent connaître Dieu et ne font pas ce qu’il ordonne sont des menteurs et des fils du diable. Cela inclut les fausses religions qui prétendent connaître Dieu comme les païens, musulmans, hindous, etc ; les juifs qui prétendent connaître le vrai Dieu et nient le Christ ; les hérétiques qui prétendent connaître Jésus-Christ et se font leur propre religion d’homme ; les chrétiens qui prétendent connaître Jésus-Christ et ne font pas ce qu’il ordonne ou n’obéissent pas à ce qu’il commande : Faire la volonté de Dieu en écoutant et en obéissant à Son Eglise.

Saint Jean dit que le menteur nie que Jésus soit le Christ.

1 Jean 2, 22-23 : « Qui est le menteur ? sinon celui qui nie que Jésus soit le Christ ? « .

Selon la loi naturelle, le menteur est celui qui nie la vérité, il ne pourra donc pas parvenir (à moins qu’il se repente) à la connaissance de la vérité surnaturelle qui est Jésus-Christ en personne.

Selon la loi surnaturelle de la grâce dans la foi (et la loi surnaturelle comprend aussi la loi naturelle) le menteur est celui qui nie, non par méconnaissance mais sciemment, que Jésus est le Christ ou Sauveur.

Les sauvés sont sans mensonge

Jean 1, 47, 48 : Jésus fit venir à lui Nathanaël et il dit de lui : « Voici vraiment un israélite en qui il n’y a a point d’artifice [mensonge] » … « lorsque tu était sous le figuier, je t’ai vu ».

Nathanaël (signifie Dieudonné) qui deviendra l’apôtre saint Barthélémy, étudiait la loi sous le figuier pour l’amour de la vérité et Jésus le voyait. Dieu voit cela chez l’homme, Il voit tout bien sûr – étant omniscient, mais cela Il le regarde amoureusement. Celui qui aime la vérité pour de vrai la cherchera et la trouvera.

Apocalypse 14, 5 : « Et dans leur bouche, il ne s’est point trouvé de mensonge ; »

Si « Tout homme est menteur » (Ps. 115), si « nul homme ne peut dompter sa langue » (Jc. 3), et si « Nul n’a en propre que le mensonge et le péché » (2ème concile d’Orange, can. 22), alors comment peut t-il exister des sauvés sans mensonge ?

Parce que « si quelqu’un possède un tant soi peu de vérité et de justice, il le tient de cette source divine vers laquelle, égarés dans le désert d’ici-bas, nous devons soupirer … » (2ème concile d’Orange, can. 22)

Le diable est le père du mensonge

Jean 8, 44 : Vous avez le diable pour père, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès le commencement, et il n’est pas demeuré dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui ; lorsqu’il parle mensonge, il parle de son propre fond, parce qu’il est menteur et le Père du mensonge ».

Le diable est un chérubin qui a été créé bon mais le premier  qui est devenu mauvais librement. Le mensonge du diable est le naturalisme, qui est l’apostasie, c’est-à-dire renier sa foi en son créateur pour soi-même, préférer sa nature à la grâce divine pour sa propre excellence.

Le diable, père du mensonge, engendre les menteurs. « Père du mensonge » signifie qu’il engendre le mensonge de son propre fond « parce qu’il n’y a pas de vérité en lui », parce qu’il s’est éternellement coupé de Dieu par orgueil d’égaler Dieu son Créateur. Il est homicide « dès le commencement », parce qu’il a détourné de Dieu un tiers des anges par son mensonge d’égaler Dieu, qu’il les a entraîné dans l’enfer éternel, et qu’il entraîne en enfer de très nombreux hommes.

Les menteurs veulent accomplir les désirs du diable qui est de tuer la vérité, Jésus-Christ. Le diable, comme les menteurs, peuvent dirent des vérités mélangées au mensonge pour mieux faire accepter le mensonge.

Le mensonge contre la foi est l’hérésie

Les menteurs contre la foi catholique sont les hérétiques dont les langues sont les portes de l’enfer.

Pape Vigile, deuxième Concile de Constantinople, 553 : « Nous ne perdons pas de vue ce qui a été promis au sujet de la sainte Église, c’est-à-dire les paroles qu’Il a Lui-même prononcées : les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle (ces portes nous apparaissent comme étant les langues délétères des hérétiques) … »

Pape Saint Léon IX, , 2 septembre 1053 :  « La sainte Église construite sur un roc, qui est le Christ, et sur Pierre […] parce qu’elle ne sera jamais vaincue par les portes de l’enfer, autrement dit les arguties des hérétiques qui conduisent les âmes vaines à la destruction«. (Denz. n° 351)

Pape Léon XIII, Encyclique Satis Cognitus « Et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Voici la portée de cette divine parole : l’Eglise, appuyée sur Pierre, quelle que soit la violence, quelle que soit l’habileté que déploient ses ennemis visibles et invisibles, ne pourra jamais succomber ni défaillir en quoi que ce soit«.

Saint Thomas d’Aquin, Introduction Catena Aurea : « La sagesse peut emplir les cœurs des fidèles et faire taire la redoutable folie des hérétiques, qu’on surnomme à juste titre les portes de l’enfer«.

Le mensonge rend semblable au diable ; le menteur devient le fils du diable.

La première raison (de ne jamais mentir) est qu’il nous rend semblables au diable ; le menteur devient en effet le fils du diable. (…) Certains hommes sont de la race du diable, et sont dits ses fils, à savoir ceux dont le langage est menteur, car « le diable est menteur et père du mensonge, comme l’a dit Notre Seigneur (Jn 8, 44). Il mentit en effet quand il dit (à nos premiers parents) : « Assurément vous ne mourrez pas » (Gn 3, 4). Mais les autres hommes sont les fils de Dieu, à savoir ceux qui disent la vérité, car Dieu est vérité. (Saint Thomas d’Aquin, Les commandements)

Le mensonge est la ruine de la société

La seconde raison de ne pas mentir c’est que le mensonge est la ruine de la société. Les hommes en effet vivent ensemble ; et cette vie en société serait impossible, si entre eux ils ne disaient pas la vérité, comme le demande l’Apôtre : « Rejetez le mensonge et que chacun de vous dise la vérité au prochain, puisque nous sommes membres les uns des autres » (Eph. 4, 25). (Saint Thomas d’Aquin, Les commandements)

Le menteur perd sa réputation

Le troisième motif de se détourner du mensonge, c’est que le menteur perd sa bonne réputation. En effet, on ne croit pas aux paroles de celui qui a l’habitude de mentir, même s’il dit la vérité. « Que peut purifier ce qui est impur, et quelle vérité peut sortir de la bouche du menteur ? » (Eccli. 34, 4). (Saint Thomas d’Aquin, Les commandements)

Catéchisme (dit) du concile de Trente sur le mensonge

Huitième commandement : Tu ne portera point de faux témoignage contre ton prochain. (Exode 20, 16 ; Deutéronome 5, 20)

Voici une raison capable de nous faire comprendre qu’il est non seulement utile, mais nécessaire d’expliquer très souvent ce précepte, et de rappeler à tous les devoirs qu’il impose. Nous voulons parler de la déclaration si autorisée de l’Apôtre Saint Jacques, lequel ne craint pas d’affirmer que « celui qui ne pèche point en paroles est un homme parfait » (Jc 3, 2) et un peu plus loin ajoute : « La langue n’est qu’une petite partie du corps, et cependant quels effets ne produit-elle pas ! Il ne faut qu’une étincelle pour embraser une grande forêt », et le reste qui est dans le même sens. — Ces paroles nous apprennent deux choses : la première, que le péché de la langue est extrêmement répandu. C’est ce que nous confirme de son côté le Prophète David. « Tout homme est menteur », dit-il (Psal., 115, 11), comme si ce péché était le seul qui pût s’étendre à tous les hommes. La seconde, c’est qu’il est la source de maux innombrables. Car souvent le coup de langue du médisant cause la perte de la fortune, de la réputation, de la vie, du salut même, soit pour celui qui est atteint par la médisance, parce qu’il supporte mal l’injure qu’on lui fait, et qu’il manque de courage pour ne s’en point venger, soit pour celui qui est l’auteur de l’offense, parce que, victime d’une mauvaise honte et de la crainte exagérée du qu’en dira-t-on, il ne peut se déterminer à donner satisfaction à celui qu’il a blessé. C’est pourquoi il ne faut pas manquer d’exhorter les Fidèles à rendre à Dieu les plus vives actions de grâces de ce qu’il a défendu expressément le faux témoignage, en nous donnant un précepte très salutaire, qui ne nous interdit pas seulement d’injurier les autres, mais qui nous protège encore, si on l’observe, contre les injures que les autres seraient tentés de nous faire.

Afin de garder, en expliquant ce précepte, le même ordre et la même marche que dans ceux qui précèdent, nous avons à remarquer qu’il renferme deux prescriptions distinctes : l’une négative, qui nous défend de porter faux témoignage, l’autre positive, qui nous ordonne d’écarter résolument de notre conduite toute dissimulation et tout mensonge, et de mesurer nos paroles et nos actes sur la simple vérité. Double devoir que l’Apôtre Saint Paul rappelait aux Ephésiens, quand il leur disait (Ep. 4, 15) : « Ne séparons pas la vérité de la charité, afin de croître en Jésus-Christ dans toutes choses ».

I. — DU FAUX TÉMOIGNAGE.

On entend ordinairement par faux témoignage tout ce qui est affirmé et soutenu de quelqu’un, contre la vérité, en bonne ou en mauvaise part, devant la justice ou non. Cependant le faux témoignage qui nous est spécialement défendu par ce précepte, c’est celui qui se fait en justice, avec serment, contre la vérité. Car si le témoin jure par le nom même de Dieu, c’est parce qu’un témoignage qui s’appuie sur ce nom sacré n’en acquiert que plus de poids et d’autorité. Mais d’autre part comme ce témoignage est très dangereux dans ses conséquences, Dieu le défend d’autant plus fortement. C’est qu’en effet le juge lui-même n’a pas le droit de récuser des témoins qui affirment avec serment, s’ils ne tombent pas sous les exceptions prévues par la Loi, ou bien s’ils ne sont pas reconnus pour gens de mauvaise foi et sans aucune probité. Et la raison en est que la Loi divine nous ordonne expressément de tenir « pour constant et véritable le témoignage de deux ou trois personnes » (Deut., 19, 15 ; Matth., 18, 16) — Mais afin que les Fidèles comprennent parfaitement la nature et l’étendue de ce précepte, il importe avant toutes choses de bien leur apprendre ce qu’il faut entendre par le prochain, contre qui il est défendu de porter faux témoignage.

Or, le prochain, selon l’enseignement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c’est tout homme qui a besoin de nous, qu’il nous soit proche ou éloigné, concitoyen ou étranger, ami ou ennemi.

C’est un crime en effet de penser qu’on puisse faire un faux témoignage contre des ennemis, lorsque Dieu et notre Seigneur nous font un précepte de les aimer.

Mais il y a plus ; comme chacun de nous, dans un certain sens, est à soi-même son prochain, personne n’a le droit de porter contre soi-même un faux témoignage. Ceux qui ont le malheur de commettre un pareil crime, en se diffamant et en se couvrant de honte, se nuisent à eux-mêmes d’abord, et en même temps ils font tort à l’Église, comme ceux qui se suicident nuisent à la société. C’est l’enseignement formel de Saint Augustin (Epist., 52 ad Maced.) : « Les personnes peu éclairées, dit-il, pourraient penser qu’il n’est pas défendu de se porter comme faux témoin contre soi-même, parce que dans la formule du Commandement il est dit seulement : contre le prochain ; mais que celui qui a fait contre lui-même une déposition fausse n’aille pas se croire innocent, puisque la règle de l’amour du prochain, c’est de l’aimer comme soi-même ».

Et parce qu’il nous est défendu de faire tort au prochain par le faux témoignage, il faut bien nous garder d’en conclure que le parjure nous est permis pour rendre quelque service ou procurer quelque avantage à ceux qui nous sont unis par les liens du sang ou de la Religion. Il ne faut être utile à personne par le mensonge, encore moins par le parjure. C’est pourquoi Saint Augustin, dans une lettre à Crescence (Cap., 12, 13, 14) sur le mensonge, ne craint pas de dire, en s’appuyant sur l’autorité de l’Apôtre Saint Paul, que le mensonge doit être mis au nombre des faux témoignages, quand même il décernerait à quelqu’un de fausses louanges. Il rapporte d’abord les paroles de l’Apôtre : nous serons nous-mêmes convaincus d’avoir été de faux témoins, parce que nous avons porté témoignage contre Dieu même, en disant qu’Il a ressuscité Jésus-Christ, qu’Il n’a cependant pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent pas, puis il ajoute : l’Apôtre regarde comme faux témoignage de dire une chose fausse de Jésus-Christ, quoiqu’elle soit à sa Gloire (1 Cor., 15, 16).

N’arrive-t-il pas très souvent d’ailleurs que celui qui favorise quelqu’un par son faux témoignage, porte par là même préjudice à un autre ? Ne met-il pas le juge dans une sorte d’erreur invincible ? Aussi qu’arrive-t-il ? Le juge trompé par de faux serments est forcé de prononcer contre le droit en faveur de l’injustice.

Quelquefois même celui qui a gagné sa cause en justice, grâce au faux témoignage d’un complice, et cela impunément, celui-là, disons-nous, est tout fier de sa victoire, dès lors il rend l’habitude de corrompre des témoins, dans l’espoir qu’avec leur aide, il réussira dans toutes ses entreprises.

Le faux témoignage est également très funeste au témoin lui-même. Aux yeux de celui qu’il a criminellement servi par son serment, il n’est plus qu’un parjure et un vil imposteur ; mais par contre, en voyant que son mensonge a réussi, il se trouve encouragé au mal et prend de jour en jour des habitudes plus grandes de hardiesse et d’impiété.

Mais si la fausseté, le mensonge et le parjure sont nettement défendus aux témoins, ils le sont tout autant aux accusateurs, aux accusés, aux protecteurs, aux parents, aux procureurs, aux avocats, en un mot à tous ceux qui ont part aux jugements.

Enfin, Dieu défend, non seulement devant les juges, mais même partout ailleurs, un témoignage quelconque capable de porter préjudice ou de causer quelque dommage au prochain. Il est écrit en effet dans le Lévitique, à l’endroit même où ces défenses sont faites à plusieurs reprises (Lev., 19, 11) : « Vous ne déroberez point, vous ne mentirez point ; et personne ne trompera son prochain ». Des paroles si claires ne permettent pas de douter que Dieu, par ce précepte, ne réprouve et ne condamne absolument tout mensonge, quel qu’il soit. David dans ses Psaumes nous l’atteste aussi, et très clairement : « Vous perdrez, dit-il, tous ceux qui profèrent le mensonge » (Psal., 5, 7).

II. — DE LA MÉDISANCE ET DE LA CALOMNIE.

Le huitième Commandement de Dieu ne nous défend pas seulement le faux témoignage, il nous interdit de plus le vice et l’habitude détestables de la médisance, cette véritable peste, qui donne naissance à une multitude incroyable d’inconvénients très fâcheux et de maux de toute espèce. Cette habitude criminelle de déchirer et d’outrager secrètement son prochain est vigoureusement condamnée en beaucoup d’endroits de nos Saints Livres. David nous dit (Psal., 100, 5) : « Je ne recevais pas le médisant à ma table ». Et l’Apôtre Saint Jacques ajoute de son côté (Jac., 4, 11) : « Mes Frères, ne parlez point mal les uns des autres ».

Mais l’Écriture Sainte ne se borne pas à condamner la médisance, elle nous fournit des exemples qui mettent en pleine lumière toute l’énormité de ce crime. Ainsi Aman, par ses infâmes calomnies, enflamme tellement la colère d’Assuérus contre les Juifs, que ce prince ordonne de les faire tous périr. L’Histoire sainte est remplie de traits semblables. Les Pasteurs ne manqueront pas de les rappeler aux Fidèles, afin de les détourner de cet horrible péché.

Pour comprendre et pénétrer toute la malice de la médisance, il faut savoir qu’on blesse la réputation du prochain, non seulement en employant contre lui la calomnie, mais encore en augmentant et en exagérant ses fautes réelles. Et même si quelqu’un a commis un péché très secret dont la révélation doit nécessairement être préjudiciable à son honneur et le couvrir de honte, celui qui fait connaître ce péché, dans un lieu, dans un temps et à des personnes qui ne sont pas obligées de le savoir, doit passer à juste titre pour un calomniateur et un médisant.

Mais de toutes les calomnies, la plus coupable, à coup sûr, est celle qui s’en prend à la Doctrine catholique, et à ceux qui la prêchent. Et quiconque accorde des éloges aux propagateurs de l’erreur et des mauvais principes commet la même faute. Il faut en dire autant de ceux qui, en entendant la détraction et la médisance, non seulement ne blâment point les calomniateurs, mais les écoutent avec plaisir. C’est ce qui a fait dire à Saint Bernard et à Saint Jérôme, qu’il n’est pas facile de distinguer lequel est le plus coupable de celui qui médit, ou de celui qui écoute la médisance ; « car, disent-ils (S. Hier. Epist. ad Nepot.  Div. Bern. lib., 2 de Consid. Ad Eug.), il n’y aurait point de médisant s’il n’y avait personne pour écouter la médisance ».

On désobéit également à ce précepte, si par ses artifices on met la désunion et le désaccord entre les hommes ; si l’on se plaît à semer des dissensions, à miner et à détruire, par des rapports mensongers, les liaisons et les sociétés les mieux établies, à pousser les meilleurs amis à des inimitiés irréconciliables, et même à les armer les uns contre les autres. Détestable peste que Dieu condamne et défend quand il dit (Lev., 19, 16) : « Vous ne serez ni délateur, ni détracteur au Milieu de mon peuple ». C’était le crime d’un bon nombre de conseillers de Saül qui s’efforçaient de le détacher de David, et l’animaient contre lui.

III. — LA FLATTERIE, LE MENSONGE ET LA DISSIMULATION.

Nous trouvons encore, parmi ceux qui pèchent contre ce huitième Commandement, les flatteurs, les adulateurs qui, par des complaisances et des louanges hypocrites, cherchent à s’insinuer dans l’esprit et le cœur de ceux dont ils attendent la faveur, de l’argent et des honneurs. Vils complaisants qui appellent, comme le dit le Prophète (Is., 5, 20), « mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal ». Tristes gens que David nous avertit d’éloigner et de chasser de notre société, lorsqu’il nous dit (Psal., 140, 5) : « que le juste me reprenne par charité et qu’il me corrige, mais que le pécheur ne répande point ses parfums sur ma tête ! » encore que les flatteurs dont nous parlons ne disent point de mal de leur prochain, ils ne laissent pas de lui être très nuisibles, puisque, en le louant jusque dans ses fautes, ils sont cause qu’il persévère dans le mal, jusqu’à la fin de sa vie.

La flatterie, ou l’adulation la plus coupable en ce genre, est celle qui n’a en vue que le malheur et la ruine des autres. Ainsi Saül, pour exposer David à la fureur et au glaive des Philistins, c’est-à-dire selon lui, pour l’envoyer à une mort certaine, le flattait par ces belles paroles (Is., Reg., 18, 77) : « Voici Mérob ma fille aînée ; je vous la donnerai comme épouse. Soyez seulement homme de cœur, et combattez les combats du Seigneur ! » Ainsi les Juifs pour surprendre Notre-Seigneur dans ses paroles Lui disaient insidieusement (Matth., 22, 16) : « Maître, nous savons que vous êtes sincère, et que Vous enseignez la Voie de Dieu selon la Vérité ».

Et cependant il y a quelque chose de bien plus pernicieux encore, ce sont ces discours que des amis, des alliés, des parents n’ont pas honte de tenir à un malade mortellement atteint, et déjà prêt à rendre le dernier soupir, discours dans lesquels ils affirment à ce moribond qu’il n’est pas en danger, lui ordonnent d’être gai et souriant, le détournent de la Confession de ses péchés, comme d’une pensée trop triste, et enfin écartent de son esprit tout souci et toute idée des terribles dangers dans lesquels il se trouve.

II faut donc éviter toute espèce de mensonge, et avant tout, celui qui peut causer au prochain un dommage considérable. Mais ne pas craindre de mentir contre la Religion ou dans des choses qui s’y rapportent, c’est joindre l’impiété à la fourberie.

II ne faut pas oublier que Dieu est encore grièvement offensé par les injures et les outrages qu’on répand dans les libellés diffamatoires et autres productions du même genre.

Il est même indigne d’un chrétien de chercher à tromper son prochain par un mensonge joyeux ou officieux, encore que ce mensonge n’entraîne pour personne ni profit, ni perte. L’avertissement de Saint Paul sur ce point est formel. « Evitez le mensonge, dit-il (Eph., 4, 25), que chacun de vous parle selon la vérité ! » C’est qu’en effet, du mensonge pour rire au mensonge grave, la pente est très rapide. Le mensonge joyeux fait contracter l’habitude de mentir. Dès lors on passe pour n’être point sincère et l’on est obligé d’affirmer sans cesse avec serment pour faire croire à sa parole.

Enfin, ce Commandement nous défend toute espèce d’hypocrisie ou de dissimulation. La dissimulation dans les paroles aussi bien que dans les actions est également condamnable, puisque les unes et les autres sont comme le signe et la marque de ce que nous avons dans le cœur. Voilà pourquoi Notre-Seigneur, dans ses fréquents reproches aux Pharisiens, les traite d’hypocrites.

Nous avons expliqué ce que le huitième Commandement défend. Voyons maintenant ce qu’il ordonne.

IV. — A QUOI NOUS SOMMES OBLIGÉS PAR CE COMMANDEMENT.

L’objet propre de cette deuxième partie du précepte est que les tribunaux jugent avec équité et conformément aux Lois : elle a également pour but d’empêcher qu’on n’attire les causes à soi en empiétant sur les juridictions. « Car il n’est pas permis, comme le dit l’Apôtre (Rom., 14, 4), de juger le serviteur d’autrui », de peur de prononcer sans une connaissance suffisante de la cause. Ce fut le crime précisément de cette assemblée des prêtres et des scribes qui condamnèrent Saint Étienne, comme ce fut aussi le péché de ces magistrats de Philippes, dont l’Apôtre a dit (Act., 16, 37) : « Après nous avoir publiquement battus de verges, et sans jugement préalable, nous qui sommes citoyens romains, ils nous ont jetés en prison, et maintenant ils nous en font sortir en secret ».

Il ne faut ni condamner les innocents, ni renvoyer les coupables, ni se laisser séduire par des présents ou par la faveur, par la haine ou par l’amitié. Aussi Moise ne manque pas d’adresser aux vieillards qu’il avait établis juges d’Israël, cet avertissement célèbre (Deut., 1, 16) : « Jugez toujours selon la justice le citoyen comme l’étranger ; ne mettez point de différence entre les individus ; écoutez le petit comme le grand ; ne faites acception de personne, parce que vous jugez pour Dieu ».

Quant aux accusés et aux criminels, Dieu leur fait un devoir de confesser la vérité, lorsqu’ils sont interrogés selon les formes de la justice. Cette confession est un hommage éclatant à la Gloire de Dieu. C’est la pensée de Josué : Lorsqu’il exhorte Achan à dire la vérité, il lui parle de la sorte : « Mon fils, rendez gloire au Seigneur, Dieu d’Israël » (Jos., 7, 19).

Et parce que ce précepte s’adresse spécialement aux témoins, le Pasteur aura grand soin d’en parler comme il convient. C’est qu’en effet ce huitième Commandement n’a pas seulement pour but de défendre le faux témoignage, mais encore de nous commander de dire la vérité. Dans les affaires humaines, le témoignage conforme à la vérité est extrêmement important. Il y a une multitude de choses que nous ne pouvons connaître que sur la bonne foi des témoins. Rien donc n’est plus nécessaire qu’un témoignage véridique dans ces choses que nous ne savons pas, et que cependant nous n’avons pas le droit d’ignorer. De là ce mot de Saint Augustin : « Celui qui tait la vérité, et celui qui profère le mensonge sont également coupables, le premier parce qu’il ne veut pas être utile, le second parce qu’il cherche à nuire ». (Attribué à Saint Augustin par Gratien, mais à tort ; on le trouve pareillement dans Saint Isidore L., 3, cap., 19).

Il peut être permis quelquefois de taire la vérité, mais il faut que ce soit hors des tribunaux. En justice, un témoin interrogé par un juge compétent, doit faire connaître la vérité tout entière, mais à condition de ne pas trop se fier à sa mémoire, et de prendre garde d’affirmer comme certain ce dont il n’est pas absolument sûr.

Les autres personnes que ce précepte oblige également à dire la vérité sont les avoués et les avocats, les procureurs et les accusateurs.

Les avoués et les avocats ne refuseront ni leurs services ni leur appui à ceux qui en ont besoin ; ils se chargeront généreusement de la défense du pauvre ; ils ne prendront point de mauvaises causes pour les soutenir, ils ne feront point durer les procès par calomnie, ou par avarice, et ils auront soin de régler leurs honoraires selon le droit et la justice.

De leur côté, les procureurs et accusateurs devront prendre bien garde de ne point se laisser entraîner par affection, par haine, ou par quelque autre passion, à poursuivre qui que ce soit sur d’iniques imputations.

Enfin, la Loi de Dieu ordonne à toutes les personnes pieuses d’être toujours sincères et véridiques dans leurs entretiens et leurs discours, et de ne jamais rien dire qui puisse blesser la réputation d’autrui, pas même de ceux qui les auront offensées ou maltraitées. Elles ne doivent pas oublier en effet qu’il y a entre elles et ces malheureux l’union et les rapports qui existent entre les membres d’un même corps.

V. — MOTIFS DE DÉTESTER LE MENSONGE.

Afin que les Fidèles se détournent plus facilement du vice abject du mensonge, le Pasteur leur en fera voir toute la honte et l’énormité. Dans nos Saints Livres, le démon est appelé le père du mensonge. « Parce qu’il n’est point demeuré dans la vérité, nous dit l’Apôtre Saint Jean (Joan., 8, 42), il est menteur et père du mensonge ».

Pour essayer de détruire un désordre si funeste, le Pasteur ajoutera à cette parole de Saint Jean, tous les maux que le mensonge apporte avec lui ; et comme ces maux sont innombrables, il lui suffira de faire connaître ceux d’entre eux qui sont autant de sources d’où dérivent tous les autres.

Et d’abord, pour montrer combien l’homme faux et menteur offense Dieu grièvement, et à quel degré il encourt sa haine, il citera cette parole de Salomon dans les Proverbes (Prov., 6, 16 etc.) : « Il y a six choses que le Seigneur hait, et une septième qui est en abomination devant Lui : des yeux altiers, une langue calomniatrice, des mains qui versent le sang innocent, un cœur qui médite des pensées mauvaises, des pieds prompts à courir au mal, un homme menteur, un témoin faux ». Dès lors qui pourrait préserver des derniers châtiments celui que Dieu poursuit d’une haine si terrible ?

Et puis, comme le dit l’Apôtre Saint Jacques (Jac., 3, 9), « Quoi de plus odieux et de plus infâme que d’employer la même langue à bénir Dieu votre Père et à maudire les hommes qui sont créés à son image et à sa ressemblance, comme si une fontaine pouvait, par la même ouverture, donner une eau douce et une eau amère ! » Et en effet, cette langue qui tout à l’heure louait Dieu et Le glorifiait, ne Le couvre-t-elle pas maintenant de honte et d’opprobre, autant qu’elle le peut, par les mensonges qu’elle profère ? Aussi les menteurs sont-ils exclus de la béatitude céleste. Car à cette demande que David fait à Dieu (Psal., 14, 1, 2) : « Seigneur, qui demeurera dans vos tabernacles ? » le Saint-Esprit répond « Celui qui dit la vérité dans la sincérité de son cœur, et dont la langue ne connaît pas l’artifice ».

Ce qui fait encore que le mensonge est un très grand mal, c’est qu’il constitue une maladie de l’âme presque incurable. Car le péché que l’on commet en accusant quelqu’un d’un faux crime, ou bien en blessant son honneur et sa réputation, ce péché ne peut être remis qu’autant que le calomniateur a réparé son tort envers sa victime. Mais précisément, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, cette réparation est très difficile à faire, parce qu’on se trouve retenu par une fausse honte ou par un faux point d’honneur. D’où il suit que celui qui est coupable de ce péché est pour ainsi dire voué aux supplices éternels de l’enfer. Personne en effet n’a le droit d’espérer qu’il obtiendra le pardon de ses calomnies et de ses diffamations, tant qu’il n’aura pas satisfait à celui dont il a souillé l’honneur et la réputation, soit publiquement et en justice, soit dans des entretiens privés et familiers.

Enfin, les suites funestes du mensonge s’étendent très loin, et nous atteignent tous. La fausseté et le mensonge font disparaître la vérité et la confiance, qui sont les liens nécessaires de la société, et sans lesquels les rapports entre les hommes tombent dans une confusion telle que le monde ressemble à un véritable enfer.

Le Pasteur comprendra dés lors qu’il doit exhorter les Fidèles à éviter de trop parler. La modération dans les paroles fait fuir les autres péchés, et surtout elle est un préservatif assuré contre le mensonge, vice auquel échappent difficilement ceux qui parlent trop.

VI. — VAINES EXCUSES DES MENTEURS.

Le Pasteur s’appliquera également à détruire l’erreur de ceux qui s’excusent sur le peu d’importance des conversations, et qui prétendent autoriser leurs mensonges par l’exemple de ces sages du monde qui ont pour maxime, disent-ils, de savoir mentir à propos. Il leur fera observer, ce qui est très vrai « que la prudence de la chair est la mort de l’âme » (Rom., 8, 6). Il les exhortera à mettre en Dieu leur confiance, au milieu des difficultés et des extrémités les plus fâcheuses, et à ne recourir jamais au grossier artifice du mensonge ; car ceux qui se servent de ce subterfuge, laissent voir clairement qu’ils comptent plus sur leur prudence personnelle que sur la Providence de Dieu.

Ceux qui rejettent la cause de leur mensonge sur les menteurs qui les ont trompés les premiers, ont besoin qu’on leur rappelle qu’il n’est pas permis à l’homme de se venger lui-même ; qu’il ne faut point rendre le mal pour le mal, mais au contraire chercher « à vaincre le mal par le bien » (Rom., 12, 17, 21) ; et que, quand même la vengeance serait permise, il ne peut jamais être utile à personne de se venger à ses dépens, ce qui arriverait sûrement et avec un préjudice considérable si l’on avait recours au mensonge.

Si on en trouve qui apportent pour excuse l’infirmité et la fragilité naturelles, il faut leur remettre en mémoire l’obligation où ils sont d’implorer le secours divin, et de ne point se laisser vaincre par la nature. D’autres diront qu’ils ont contracté l’habitude de mentir. Il faut les exhorter à multiplier leurs efforts pour contracter l’habitude contraire, de dire toujours la vérité, d’autant que ceux qui pèchent par habitude, sont plus coupables que les autres. Quant à ceux — et ils ne sont pas rares — qui prétendent se justifier sur l’exemple des autres hommes qui, selon eux, mentent et se parjurent à tout propos, il faut les détromper par cette considération, que nous ne devons point imiter les méchants, mais bien plutôt les reprendre et faire en sorte de les corriger ; que si, par malheur, nous mentons nous-mêmes, notre parole aura bien moins d’autorité pour faire accepter nos reproches et nos bons conseils.

Ceux qui défendent leurs mensonges en alléguant qu’ils ont éprouvé souvent de graves ennuis parce qu’ils avaient dit la vérité, les Prêtres les réfuteront en leur montrant que par de telles paroles ils s’accusent, bien plus qu’ils ne s’excusent. Le devoir du vrai Chrétien en effet, n’est-il pas de tout souffrir plutôt que de mentir ?

Enfin, nous avons encore deux sortes de personnes qui veulent excuser leurs mensonges : celles qui prétendent ne mentir que par plaisanterie, et celles qui le font pour leur utilité, parce que, disent-elles, elles ne pourraient ni bien vendre ni bien acheter, si elles n’avaient recours au mensonge. Les Pasteurs les tireront de leur erreur les unes et les autres. Ils écarteront les premières de ce vice en leur remontrant que rien n’augmente plus l’habitude du mensonge, que de mentir sans aucune retenue. Ils ajouteront « qu’il leur faudra rendre compte de toute parole oiseuse » (Matth., 12, 36). Et pour les secondes, ils ne craindront point de les reprendre fortement, et de leur montrer qu’une excuse d’un pareil genre ne fait qu’augmenter leur faute, puisqu’elles prouvent bien par là qu’elles n’accordent ni autorité ni confiance à ces paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Matth., 6, 33). (Catéchisme dit du concile de Trente, Chapitre trente-sixième, Du huitième Commandement)