Sur le mensonge

Sommaire

  • Le mensonge n’est pas l’erreur de bonne foi
  • Le mensonge vient de l’adhésion à l’iniquité
  • Le mensonge s’étend à tous les hommes
  • Le mensonge c’est étouffer la vérité
  • Il existe différentes formes de mensonge
  • Mentir c’est persister à ne pas se repentir
  • Le mensonge est avoir un cœur double
  • Les expressions équivoques
  • Le mensonge est un vice opposé à la vertu de vérité
  • La simulation est un mensonge
  • L’hypocrisie est un mensonge
  • La jactance est un mensonge
  • L’ironie est un mensonge
  • Le mensonge est un péché mortel
  • Il n’y a aucun mensonge dans les Écritures
  • Le mensonge est le refus de Jésus-Christ
  • Les sauvés sont sans mensonge
  • Le diable est le père du mensonge

  • Le mensonge contre la foi est l’hérésie
  • Le mensonge rend semblable au diable : le menteur devient le fils du diable
  • Le mensonge est la ruine de la société
  • Le menteur perd sa réputation
  • Ceux qui retiennent la vérité captive sont livrés par Dieu dans des péchés contre-nature
  • Catéchisme du concile de Trente sur le mensonge :
    • I. Du faux témoignage
    • II. De la médisance et de la calomnie
    • III. La flatterie, le mensonge et la dissimulation
    • IV. A quoi nous sommes obligés par ce commandement
    • V. Motifs de détester le mensonge
    • VI. Vaines excuses des menteurs
  • Sermon du saint curé d’Ars – Sur le mensonge

 

«on s’éloigne de l’éternité à mesure qu’on s’éloigne de la vérité … il faut préférer l’âme au corps, il faut aussi préférer la vérité à l’âme ; il faut que l’âme tienne plus à la vérité qu’à son corps et plus qu’à elle-même» – Saint Augustin, Traité sur le mensonge, Ch.VII

Le mensonge n’est pas l’erreur de bonne foi

L’erreur est humaine, mais l’obstination dans l’erreur est diabolique et hérétique. Le mensonge c’est l’erreur (contraire de la vérité) obstinée volontaire et consciente.

Saint curé d’Ars, 7ème dimanche après la Pentecôte : «mentir, c’est parler contre sa pensée, c’est dire une chose et en pen­ser une autre».

L’erreur est humaine parce que l’homme est enclin à être trompé depuis le début. Adam et Ève, parents de l’humanité, se laissèrent trompés par le serpent au jardin d’Éden, et perdirent, en conséquence, leur état d’innocence avec la grâce sanctifiante et tous les dons surnaturels subséquents que Dieu leur avait donné en les créant :

  • maîtrise des passions, c’est-à-dire absence de toute concupiscence ou inclination au mal ;
  • science infuse, c’est-à-dire connaissances innées de Dieu et de la nature ;
  • impassibilité, c’est-à-dire absence de toute souffrance ;
  • immortalité, c’est-à-dire exemption de la mort par la fidélité à la grâce et par la glorification à venir.

Le serpent était enchainé à l’arbre, et l’arbre était interdit par Dieu. Mais Adam et Ève ont désobéi par prévarication et, et à cause de cette désobéissance, ils se sont exposés au mal et se sont ainsi fait tromper par Satan, «homicide dès le commencement, menteur et le père du mensonge» (Jean 8, 44). La prévarication des premiers parents continue son œuvre par génération dans la nature humaine et fait sentir ses funestes effets, et les hommes sont enclin par nature à être détourné de la vérité par le diable, le monde et la chair, à cause de la nature humaine déchue. C’est la raison de la Rédemption accomplie par Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, Dieu fait homme, par Son Amour pour sa créature faite à Son Image, l’Image de Dieu : Le Verbe de Dieu. Le sacrement du Baptême, porte d’entrée de l’Église, pardonne la faute originelle, sans quoi le ciel est impossible, mais les séquelles de cette faute dans la nature même doivent être combattus par la grâce du Christ et dans la Foi de Son Église jusqu’à la mort.

C’est pourquoi toute erreur volontairement obstinée contre la Foi divine est l’hérésie qui coupe de l’Église, seule Arche de salut, et tue l’âme qui brûlera éternellement en enfer, à moins qu’elle revienne, avant la mort, dans l’Église véritable et l’unité de Sa Foi divine et catholique. Jésus-Christ est la vérité, et hors de lui c’est le mensonge.

La bonne foi concerne à la fois la loi naturelle et la loi divine.

Le mensonge est 1° relatif à la loi naturelle ou conscience morale de l’homme et 2° relatif à la Foi divine. Le mensonge est donc 1° un viol de la loi naturelle (reflet de la loi divine dans l’homme : Loi non-écrite puis loi écrite), donc de l’ordre de la loi naturelle pour tous les hommes, et 2° il est aussi un viol de la vérité de la foi divine et catholique, donc de l’ordre de la loi divine elle-même, pour tous les apostats, hérétiques et schismatiques.

Le mensonge vient de l’adhésion à l’iniquité

II Thessaloniciens 10-11 : «Dieu leur enverra une opération d’erreur, de manière qu’ils croiront au mensonge ; En sorte que soient condamnés tous ceux qui n’ont pas cru à la vérité, mais ont acquiescé à l’iniquité».

C’est parce qu’ils ont acquiescé à l’iniquité que ceux qui n’ont pas cru la vérité sont condamnés.

Le mensonge s’étend à tous les hommes

Psaume 115, 11 : « Tout homme est menteur ».

Jacques 3, 8 : « Mais la langue, nul homme ne peut la dompter : c’est un mal inquiet ; elle est pleine d’un venin mortel ».

Pape Félix III, 2ème concile d’Orange, canon 22 : « Ce qui est propre à l’homme. Nul n’a en propre que le mensonge et le péché. Mais si quelqu’un possède un tant soi peu de vérité et de justice, il le tient de cette source divine vers laquelle, égarés dans le désert d’ici-bas, nous devons soupirer … »

La naïveté n’est pas l’innocence car « Tout homme est menteur ».

Le mensonge c’est étouffer la vérité

Pape Innocent IV, premier concile de Lyon, II, 5 (decret. 300), 1245 : «… ne pas vouloir inquiéter ceux qui font le mal n’est rien d’autre que de les encourager, et … celui qui s’abstient de s’opposer à une mauvaise action évidente [crime manifeste] ne manque pas d’être soupçonné de complicité occulte».

Pape Léon XIII, Inimica vis, 8 déc. 1892 : «Grave et très grave est le jugement qu’à porté à ce sujet Félix III, Notre prédécesseur : C’est approuver l’erreur que de ne pas y résister ; c’est étouffer la vérité que de ne pas la défendre… Quiconque cesse de s’opposer à un forfait manifeste peut en être regardé comme le complice secret».

Saint Justin Martyr, Dialogue avec le juif Tryphon, n° 82 : « … tous ceux qui peuvent dire la vérité et ne la disent pas seront jugés par Dieu, selon que Dieu le témoigne par la bouche d’Ezéchiel lorsqu’il dit : Je t’ai établi gardien de la maison d’Israel, si le pécheur pèche et que tu l’avertisse pas, il sera perdu lui-même par son péché, … mais à toi je te demanderai son sang ; si au contraire tu l’as averti, tu seras innocent (Ez. 3, 17-19)».

Il existe différentes formes de mensonge

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 110, art. 2 : «St Augustin dans son traité, divise le mensonge en huit : 1° « doctrinal et religieux » ; 2° « sans utilité pour personne et nuisible à quelqu’un » ; 3° « utile à l’un au préjudice d’un autre » ; 4° « fait pour le seul plaisir de tromper » ; 5° « fait par désir de plaire » ; 6° « ne nuit à personne et aide quelqu’un à garder son argent » ; 7° … « et aide à éviter la mort » ; 8° … « et aide à éviter la souillure »

«On peut donner du mensonge une triple division. La première est prise de la raison même de mensonge ; elle est donc propre et essentielle. A ce point de vue, le mensonge se divise en deux espèces : la jactance, qui va au-delà de la vérité ; l’ironie, qui reste en deçà, d’après Aristote. Cette division est bien essentielle, puisque le mensonge, par sa nature même, est contraire à la vérité qui est une égalité à laquelle s’opposent directement l’excès et le défaut, nous l’avons dit à l’Article précédent.

«La deuxième division considère le mensonge en tant qu’il a raison de faute, plus ou moins grave selon le but que l’on se propose en le disant. La faute est plus grave si l’on veut nuire au prochain ; c’est le mensonge pernicieux. Elle l’est moins, si l’on a en vue quelque bien : un plaisir, et c’est le mensonge joyeux ; un avantage, et c’est le mensonge officieux, qu’il s’agisse d’aider quelqu’un ou de le protéger. Telle est la division présentée au début de cet article.

«La troisième division est plus générale et considère uniquement le but du mensonge, sans envisager si cela augmente ou diminue sa gravité. C’est la division en huit membres de la deuxième objection. Les trois premiers sont compris dans le mensonge pernicieux, d’abord contre Dieu c’est le mensonge « doctrinal et religieux » ensuite contre le prochain, soit avec la seule intention de « nuire à quelqu’un sans utilité pour personne », soit avec celle « d’être utile à une personne au préjudice d’une autre ». Le premier de ces trois mensonges est le plus grave, comme toujours quand un péché est contre Dieu, nous l’avons dit ; le deuxième l’est plus que le troisième, que diminue l’intention d’être utile.

«La quatrième espèce, à la différence des précédentes qui aggravent le mensonge, ne l’aggrave ni ne le diminue : c’est le mensonge « par seul plaisir de mentir », et Aristote remarque que « ce mensonge et le plaisir que l’on y trouve viennent de ce que l’on a l’habitus du mensonge ».

«Les quatre dernières espèces diminuent le péché de mensonge. La cinquième en effet, est le mensonge joyeux, que l’on dit « par désir de plaire ». Les sixième, septième et huitième espèces se rattachent au mensonge officieux qui « aide quelqu’un à garder son argent », ou est utile à son corps : « lui sauver la vie » ; ou à sa vertu : « le préserver d’une faute qui souille le corps ».

«Enfin, il est clair que plus grand est le bien sur lequel se porte l’intention, plus aussi le péché est diminué. C’est pourquoi, à bien regarder, les quatre dernières espèces de mensonge sont disposées comme il convient en ordre de gravité décroissante, car ce qui est utile l’emporte sur ce qui est agréable, la vie du corps est préférable aux richesses, mais elle ne vient elle-même qu’après l’honneur et la vertu».

Mentir c’est persister à ne pas se repentir

Savoir qu’on devrait se repentir d’avoir dit une chose fausse ou de ne pas avoir dit la vérité, et cependant refuser de s’en repentir est contraire à la bonne foi et est le mensonge.

Romains 14, 23 : «Or tout ce qui ne se fait pas de bonne foi est péché».

Effets :

  • la mauvaise foi,
  • obstination coupable ou volontaire dans l’erreur, c’est-à-dire quand on a les moyens de vaincre l’erreur, mais qu’on préfère dans l’erreur,
  • le faux témoignage,
  • la médisance et la calomnie,
  • la flatterie,
  • la restriction mentale :
    • voiler la vérité par des propos ambigus des silences ;
    • voiler la compréhension externe en ayant une intention différente ;
    • utiliser des expressions empêchant la compréhension du vrai sens ;
    • promettre quand on pense le contraire, etc.
  • l’ambiguïté,
  • l’omission coupable,
  • la dissimulation,
  • la négligence coupable contre la vérité :
    • négliger volontairement la vérité quand on sait qu’on doit la dire ou qu’un mensonge doit être révélé ,
    • négliger volontairement la vérité quand on sait qu’un mensonge doit être révélé,
    • négliger volontairement la vérité quand on sait qu’on doit connaître la vérité.

Le mensonge est avoir un cœur double

Saint Augustin, Traité sur le mensonge, Ch. II : «Dire une chose fausse n’est pas mentir, quand on croit ou qu’on s’imagine dire la vérité».

Saint Augustin, Traité sur le mensonge, Ch. III : «Ainsi, donc mentir, c’est avoir une chose dans l’esprit, et en énoncer une autre, soit en parole, soit en signes quelconques. C’est pourquoi on dit du menteur qu’il a le cœur double, c’est-à-dire une double pensée : la pensée de la chose qu’il sait ou croit être vraie et qu’il n’exprime point, et celle de la chose qu’il lui substitue, bien qu’il la sache ou la croie fausse».

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 109, art. 2, rép. 4 : «Simplicité s’oppose à duplicité. Être double, c’est avoir une chose dans la pensée et en exprimer une autre. En ce sens, la simplicité se rattache à la vérité. Elle rend l’intention droite, non pas directement puisque c’est la tâche de toute vertu, mais en excluant la duplicité où l’on met en avant autre chose que ce qu’on veut vraiment.

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 110, art. 1 : «c’est la fausseté formelle qui constitue la raison de mensonge, à savoir la volonté d’exprimer ce qui est faux. C’est pourquoi on appelle « mensonge » (mendacium) ce que l’on dit « contre sa pensée » (contra mentem). … La fausseté formelle consiste à dire ce qui est faux avec la volonté de le dire ; quand bien même ce serait vrai, pareil acte considéré au point de vue de la volonté et de la moralité, contient par lui-même la fausseté, et la vérité ne s’y rencontre que par accident. Cela entre donc dans l’espèce mensonge».

Les expressions équivoques

Dire une chose équivoque est dire faussement une chose.

Pape  Innocent  XI, Erreurs d’une doctrine morale plus laxiste, n° 27, 2 mars 1679 :  « Il  est  juste d’employer des ambiguïtés (des mots équivoques) lorsque cela est utile à la conservation de la santé du corps, à l’honneur, aux biens de la famille, ou pour tout autre acte de vertu, de telle sorte que le fait de cacher la vérité soit jugé expédient». – Condamné

Les expressions équivoques sont tout simplement fausses car le sens de l’expression est sorti du contexte par des mots équivoques.

Exemples d’expressions équivoques :

  • « Le pape défend la foi » contrairement à ce qui est l’enseignement de l’Église ;
  • « Le pape veut la Tradition dans l’Église » ce qui n’est pas la Tradition source de la Révélation ;
  • « … interpréter le Concile Vatican 2 à la lumière de la Tradition » [antipape J-P 2], alors que vatican 2 est une apostasie de la foi ;
  • « … reconnu par l’Église» ce qui n’est pas le Magistère.
  • «Matthieu eut l’idée …» [antipape Benoit 16], ce qui laisse entendre que l’Evangile pourrait n’être qu’humain et non la Révélation Divine.

L’utilisation de mots équivoques est la stratégie utilisée par les hérétiques.

Pape Pie VI, Bulle «Auctorem fidei», 28 août 1794 : « [Les anciens docteurs] connaissaient la capacité des innovateurs dans l’art de la tromperie. … ils ont cherché à cacher les subtilités … par l’utilisation de mots apparemment inoffensifs qui leur permettrait d’insinuer l’erreur dans les âmes de la manière la plus douce. … par le biais de légères modifications ou des ajouts dans la phraséologie, fausser la confession de la foi nécessaire pour notre salut, et conduire les fidèles par des erreurs subtiles à leur damnation éternelle.

«… sous le prétexte erroné que des affirmations apparemment choquantes à un endroit soient développées le long de lignes orthodoxes dans d’autres endroits [mixage de doctrine droite et d’hérésie], et même encore en d’autres endroits corrigées, comme prévoyant la possibilité soit d’affirmer ou de nier la déclaration … telle a toujours été la méthode frauduleuse et l’audace utilisée par les innovateurs pour établir l’erreur, qui permet à la fois la possibilité de promouvoir l’erreur et de l’excuser

«… dès qu’il devient nécessaire d’exposer DES ÉTATS QUI déguisent une erreur OU UN DANGER SUSPECT sous le voile de l’ambiguïté, NOUS devons dénoncer LE SENS PERVERS dans lequel l’erreur SE RAPPORTANT AUX vérités catholiques est camouflée».

Le mensonge est un vice opposé à la vertu de vérité

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 109, art. 1 : «Le mot vérité peut avoir deux sens. Dans le premier, c’est ce qui fait dire d’une chose qu’elle est vraie. En ce sens, elle n’est pas une vertu, mais l’objet ou la fin de la vertu. En effet, elle n’est pas une espèce d’habitus, mais une certaine égalité entre l’intelligence ou le signe intellectuel et la réalité comprise et signifiée, ou encore entre une chose et sa règle ou son modèle, comme nous l’avons montré dans la première Partie. Dans le second sens, c’est ce qui fait qu’un homme dit la vérité, et c’est ce qui fait dire de lui qu’il est véridique. Ainsi définie, la vérité est évidemment une vertu : car, dire ce qui est vrai est un acte bon, mais c’est la vertu « qui rend bon celui qui la possède et aussi rend son œuvre bonne.

«… La vérité n’est donc ni une vertu théologale, ni une vertu intellectuelle, mais une vertu morale. … Elle tient le milieu entre l’excès et le défaut de deux manières. 1° Par rapport à l’objet, puisque le vrai, par sa nature même, comporte une certaine égalité, et donc, comme tout ce qui est égal à quelque chose, il se tient entre le trop et le trop peu. Ainsi celui qui dit vrai de lui-même occupe-t-il le milieu entre celui qui exagère et celui qui atténue. 2° Par rapport à l’acte, il tient le milieu en ce qu’il dit vrai quand il faut et comme il faut. Ici, l’excès consiste à parler de soi alors qu’on devrait se taire; le défaut, à se taire alors qu’on devrait parier».

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 109, art. 4 : «Les vices opposés à la vérité. C’est d’abord le mensonge (Question 110) ; ensuite, la simulation ou hypocrisie (Question 111) ; enfin, la jactance (Question 112) qui a elle-même un vice opposé (Question 113)».

La simulation est un mensonge

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 111, art. 1 : «la vertu de vérité fait que l’on se montre à l’extérieur, par des signes visibles, tel qu’on est. Or les signes extérieurs ne sont pas seulement des paroles, mais aussi des actes. De même qu’il est contraire à la vertu de vérité de parler contre sa pensée, ce qui est mentir; de même on s’oppose à la vérité en se montrant, par des signes qui sont des actes ou des choses, contrairement à ce qu’on est au fond, et c’est là ce qu’on appelle proprement la simulation. Aussi est-elle à proprement parler un mensonge constitué par ces signes extérieurs que sont les actions. Peu importe qu’on mente en paroles ou par tout autre fait, nous l’avons dit. Aussi, puisque tout mensonge est un péché, nous l’avons vu aussi, il s’ensuit que toute simulation est un péché.

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 111, art. 1 : «la simulation est en elle-même un mal à titre de mensonge comme à titre de scandale. Bien qu’elle rende mauvais le simulateur, ce n’est pas le mal qu’il simule qui le rend mauvais. Et parce que la simulation est mauvaise par elle-même, ce n’est pas en raison de ce qu’elle simule : qu’elle simule le bien ou le mal, elle est un péché. … On ment en paroles quand on signifie ce qui n’est pas, mais non quand on tait ce qui est, chose parfois permise. De même on simule quand, par des signes extérieurs tels que des actions ou des choses, on signifie quelque chose qui n’est pas, mais non si l’on omet de signifier ce qui est. C’est ainsi qu’il faut comprendre ce que St Jérôme dit au même endroits : « Le second remède après le naufrage, c’est de dissimuler son péché » pour qu’il ne scandalise pas autrui.

L’hypocrisie est un mensonge

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 111, art. 2 : «1. Par nature l’œuvre extérieure signifie l’intention. Donc, lorsqu’en accomplissant de bonnes œuvres qui, par leur caractère, contribuent au culte de Dieu, on cherche à plaire non à Dieu mais aux hommes, on simule une intention droite que l’on n’a pas. Aussi St Grégoire dit-il : « Les hypocrites font servir les choses de Dieu à l’intérêt du siècle car, par les œuvres saintes qu’ils affichent, ils ne cherchent pas à convertir les hommes, mais à jouir de la popularité». Ainsi, ils simulent mensongèrement une intention droite qu’ils n’ont pas, bien qu’ils ne simulent pas la bonne œuvre qu’ils accomplissent.

«2. L’habit de sainteté, religieux ou clérical, signifie un état qui oblige aux œuvres de perfection. C’est pourquoi si celui qui prend cet habit dans l’intention d’entrer dans l’état de perfection, en déchoit par faiblesse, il n’est pas simulateur ou hypocrite, parce qu’il n’est pas tenu de manifester son péché en quittant l’habit de sainteté. Il serait hypocrite et simulateur s’il avait pris cet habit afin de s’afficher comme un homme juste.

«3. La simulation, comme le mensonge, comporte deux éléments : l’un est le signe, l’autre la réalité signée. Dans l’hypocrisie, c’est l’intention mauvaise qui est envisagée comme la réalité signifiée, laquelle ne correspond pas au signe. Mais dans toute espèce de simulation et de mensonge, ce sont les réalités extérieures, paroles, actions et tout ce qui tombe sous le sens, qui sont envisagés comme signes».

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 111, art. 4 : «Il y a deux éléments dans l’hypocrisie : le manque de sainteté et la simulation. Donc si l’on appelle hypocrite celui dont l’intention se porte sur l’un et l’autre, c’est-à-dire celui qui ne se soucie pas d’être saint, mais seulement de le paraître, ce qui est le sens habituel de la Sainte Écriture, alors il est évident qu’il y a péché mortel. Car nul n’est totalement privé de sainteté sinon par le péché mortel».

La jactance est un mensonge

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 112, art. 1 : «La jactance au sens propre paraît impliquer que l’on s’exalte soi-même en paroles, car ce que l’homme veut jeter (jactance) au loin, il l’élève. Or, à proprement parler, on s’exalte quand on parle de soi-même au-dessus de ce qu’on est. Cela peut arriver de deux façons. D’abord lorsque quelqu’un parle de soi non pas en dépassant la vérité, mais en dépassant l’opinion que les hommes ont de lui. C’est ce que l’Apôtre veut éviter lorsqu’il écrit (2 Co 12, 6) : « je m’abstiens, de peur qu’on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu’on voit en moi ou à ce qu’on m’entend dire. » Une autre façon, c’est de s’exalter soi-même en paroles au-dessus de ce qu’on est en réalité. Et parce qu’il faut juger quelque chose plutôt sur ce qu’il est en lui-même que sur ce qu’il est dans l’opinion d’autrui, on parle plus proprement de jactance quand quelqu’un s’élève au-dessus de ce qu’il est, que lorsqu’il s’élève au-dessus de ce qu’il est dans l’opinion d’autrui, en qu’on puisse parler de jactance dans les deux cas. C’est pourquoi la jactance proprement dite s’oppose par excès à la vertu de vérité».

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 112, art. 2 : «la jactance peut être envisagée à un double point de vue. D’abord en elle-même, comme mensonge. Ainsi elle est un péché mortel si le mensonge par lequel on se glorifie soi-même porte atteinte à la gloire de Dieu : tel le roi de Tyr auquel le prophète Ezéchiel (28, 2) reprochait sa jactance : « Ton cœur s’est élevé, tu as dit : « je suis un dieu » »; ou s’il blesse la charité envers le prochain que l’on insulte en se vantant : tel le pharisien, quand il disait (Lc 18, 11) : « je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes et adultères, ni encore comme ce publicain.

«Ensuite, la jactance peut être envisagée dans sa cause : l’orgueil, le désir du gain ou de la vaine gloire. Si elle procède d’un orgueil ou d’une vaine gloire qui soit péché mortel, elle sera péché mortel elle aussi. … Mais parfois, quand la jactance se déchaîne par appétit de lucre, cela semble relever de la tromperie et du préjudice contre le prochain.

L’ironie est un mensonge

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 113, art. 2 : «Comme nous l’avons dit plus haut un mensonge est plus grave qu’un autre tantôt à cause de sa matière, et c’est ainsi que le mensonge dans l’enseignement de la foi est le plus grave ; tantôt à cause du motif qui pousse à pécher, et c’est ainsi que le mensonge pernicieux est plus grave que le mensonge officieux ou joyeux. Or l’ironie et la jactance mentent à propos du même objet (que ce soit par des paroles ou par n’importe quels signes extérieurs), c’est-à-dire à propos de la situation de celui qui parle. De ce point de vue, elles sont égales. Mais le plus souvent la jactance procède d’un motif plus bas : l’appétit du gain ou de l’honneur. Tandis que l’ironie évite, quoique de façon désordonnée, d’être pénible aux autres par de la prétention. Et à ce point de vue, Aristote déclare que la jactance est un péché plus grave que l’ironie. Cependant il arrive parfois qu’on se déprécie pour un autre motif, par exemple pour mieux tromper. Alors c’est l’ironie qui est un péché plus grave.

«1. Cet argument vaut pour l’ironie et la jactance selon que l’on considère la gravité du mensonge pris en lui-même, ou à partir de sa matière. Nous avons dit qu’à ce point de vue jactance et ironies sont à égalité.

«2. il arrive parfois que par des signes extérieurs ou par des paroles on se déprécie extérieurement, comme par un vêtement sordide ou quelque chose d’analogue, en vue de manifester une supériorité spirituelle. jésus dit ainsi (Mt 6, 16) que certains « prennent un visage défait pour faire remarquer aux hommes qu’ils jeûnent ». Aussi encourent-ils à la fois le vice d’ironie et celui de jactance, quoique sous des rapports différents ; et à cause de cela leur péché est plus grave. Aussi Aristote dit-il : «La surabondance et l’extrême dénuement conviennent également à la jactance». Et on lit dans la vie de St Augustin qu’il ne voulait avoir de vêtements ni trop précieux ni trop sordides, parce que les hommes recherchent leur gloire dans ces deux excès.

«3. Comme il est dit dans l’Ecclésiastique (19, 23 Vulg.) : «Tel méchant s’humilie, mais son cœur est plein de tromperie». C’est en ce sens que Salomon, dans le proverbe cité, parle du méchant qui baisse la voix par une humilité factice».

Le mensonge est un péché mortel

Il n’est jamais permis de mentir.

Pape  Innocent  XI, Erreurs d’une doctrine morale plus laxiste, n° 24, 2 mars 1679 : «Appeler Dieu à témoin pour un mensonge léger n’est pas une irrévérence telle que Dieu veuille ou puisse, à cause de cela, damner un homme». – Condamné

Saint Augustin, Traité sur le mensonge, Ch. VI : «…en mentant on perd la vie éternelle, il n’est jamais permis de mentir…».

Les menteurs vont en enfer pour l’éternité.

Apocalypse 21, 8 : «… tous les menteurs, leur part sera dans l’étang brûlant de feu et de soufre ; ce qui est la seconde mort».

Apocalypse 22, 15 : «Loin d’ici … quiconque aime et fait le mensonge».

Il n’y a aucun mensonge dans les Écritures

St Thomas, Somme IIa IIae, Q. 110, art. 3 : «Il est sacrilège de penser que l’Évangile ou quelque autre Écriture canonique affirme l’erreur, ou que leurs auteurs ont menti ; cela détruirait la certitude de la foi qui repose sur l’autorité des Écritures. Le fait que, dans l’Évangile ou ailleurs, les paroles de certains personnages sont diversement rapportées, ne constitue pas un mensonge. « Cette question, dit S. Augustin, ne doit embarrasser aucunement celui qui juge avec sagesse que la connaissance de la vérité résulte des pensées quelle que soit d’ailleurs leur expression. On voit par là que nous ne devons pas accuser de mensonge le récit que plusieurs personnes peuvent faire de ce qu’ensemble elles ont vu ou entendu ensemble, bien que la forme et les paroles diffèrent.

«La Sainte Écriture, remarque S. Augustin, nous présente certains personnages comme exemple de vertu parfaite ; on ne doit donc pas croire qu’ils ont menti. Si quelques-unes de leurs paroles peuvent sembler mensongères, il faut y voir des figures et des prophéties. « Il faut croire que de tels hommes, qui ont joué un rôle considérable dans les temps prophétiques, ont dit et fait d’une manière prophétique tout ce que l’Écriture leur attribue ». Abraham, en faisant passer Sarah pour sa sœur, voulut seulement taire la vérité, selon S. Augustin mais sans dire de mensonge, et il l’explique lui-même : « Elle est vraiment ma sœur : elle est fille de mon père, quoiqu’elle ne soit pas fille de ma mère » (Gn 20, 12). C’est figurativement que Jacob déclara être Esaü, le fils aîné d’Isaac, parce que le droit d’aînesse lui appartenait légitimement. Il fit cette déclaration par esprit prophétique, pour exprimer le mystère : un peuple puîné, celui des païens, remplacerait le fils aînéc’est-à-dire les Juifs.

«L’Écriture loue certaines personnes non pas comme modèles de vertu parfaite, mais pour des sentiments bons en eux-mêmes, qui leur firent commettre des actes répréhensibles. C’est ainsi que Judith reçoit des éloges, non pour avoir trompé Holopherne, mais pour le patriotisme qui lui fit braver le danger. Mais on peut dire aussi que les paroles de cette héroïne sont vraies au sens spirituel».

Pape Innocent XI, Caelestis Pastor, Erreurs quiétistes condamnées, n°51 20 sept. 1687 : «Dans la sainte Écriture il y a beaucoup d’exemples de violences portant à des actes extérieurs de péché ; ainsi pour Samson qui par la violence se tua avec les Philistins (Jg 16, 29 s.), qui épousa une femme étrangère (Jg 14, 1-20), et qui pratiqua l’impudicité avec la prostituée Dalila (Jg 16, 4-22), ce qui autrement était défendu et aurait été péché ; ainsi pour Judith qui mentit à Holopherne (Jdt 11, 5-19), pour Elisée qui maudit les enfants  (II R 2,24) pour qui brûla deux chefs avec les troupes du roi Achab (II R 1, 10-12). Savoir cependant si la violence a été faite directement par Dieu ou par le ministère des démons, comme cela arrive pour d’autres âmes, est incertain». – Condamné

Saint Augustin (354-430), Docteur de l’Église, Traité sur le mensonge : «…on ne peut justifier le mensonge d’après les livres de l’Ancien Testament, soit parce que tout ce qui se fait ou se dit en sens figuré n’est pas mensonge, soit parce qu’on ne propose pas à l’imitation des bons ce qui est chez les méchants un premier pas dans la voie du progrès par comparaison à des actions pires ; ni d’après les livres du Nouveau Testament, parce que c’est la réprimande [Réprimande de Paul à Pierre : «Comment forces-tu les gentils à judaïser ?» Galates 2, 14b] , et non la dissimulation [Dissimulation de Pierre : Galates 2, 11-13], qu’on nous y offre pour modèle ; comme ailleurs c’est la douleur de Pierre, et non son reniement, qu’on y présente à notre imitation».

Le mensonge est le refus de Jésus-Christ

Jésus-Christ est la Vérité en personne.

Jean 16, 6 : « Moi je suis la … vérité… »

I Pierre 2, 22 : « Lui [le Christ] en la bouche de qui n’a pas été trouvée la tromperie [le mensonge] ».

Jean 18, 37-38 : « Quiconque est de la vérité écoute ma voix. Pilate lui demanda : « Qu’est-ce que la vérité ? … il alla de nouveau vers les Juifs, et leur dit : Je ne trouve en lui aucune cause de mort » (compar. Luc 23, 22 : Je ne trouve aucune cause de mort en lui).

Quiconque est de la vérité écoute la voix de Jésus-Christ. Quiconque est du mensonge n’écoute pas la voix de Jésus-Christ. Dans la Vérité il n’y a que cause de vie et aucune cause de mort, c’est le mensonge qui est cause de mort.

I Jean 2, 4 : «Celui qui dit le connaître et ne garde pas ses commandements est un menteur».

Les gens qui prétendent connaître Dieu et ne font pas ce qu’il ordonne sont des menteurs et des fils du diable. Cela inclut les fausses religions qui prétendent connaître Dieu comme les païens, musulmans, hindous, etc ; les juifs qui prétendent connaître le vrai Dieu et nient le Christ ; les hérétiques qui prétendent connaître Jésus-Christ et se font leur propre religion d’homme ; les chrétiens qui prétendent connaître Jésus-Christ et ne font pas ce qu’il ordonne ou n’obéissent pas à ce qu’il commande : Faire la volonté de Dieu en écoutant et en obéissant à Son Eglise.

Saint Jean dit que le menteur nie que Jésus soit le Christ.

1 Jean 2, 22-23 : « Qui est le menteur ? sinon celui qui nie que Jésus soit le Christ ? « .

Selon la loi naturelle, le menteur est celui qui nie la vérité, il ne pourra donc pas parvenir (à moins qu’il se repente) à la connaissance de la vérité surnaturelle qui est Jésus-Christ en personne.

Selon la loi surnaturelle de la grâce dans la foi (et la loi surnaturelle comprend aussi la loi naturelle) le menteur est celui qui nie, non par méconnaissance mais sciemment, que Jésus est le Christ ou Sauveur.

Les sauvés sont sans mensonge

Jean 1, 47, 48 : Jésus fit venir à lui Nathanaël et il dit de lui : « Voici vraiment un israélite en qui il n’y a a point d’artifice [mensonge] » … « lorsque tu était sous le figuier, je t’ai vu ».

Nathanaël (signifie Dieudonné) qui deviendra l’apôtre saint Barthélémy, étudiait la loi sous le figuier pour l’amour de la vérité et Jésus le voyait. Dieu voit cela chez l’homme, Il voit tout bien sûr – étant omniscient, mais cela Il le regarde amoureusement. Celui qui aime la vérité pour de vrai la cherchera et la trouvera.

Apocalypse 14, 5 : « Et dans leur bouche, il ne s’est point trouvé de mensonge ; »

Si « Tout homme est menteur » (Ps. 115), si « nul homme ne peut dompter sa langue » (Jc. 3), et si « Nul n’a en propre que le mensonge et le péché » (2ème concile d’Orange, can. 22), alors comment peut t-il exister des sauvés sans mensonge ?

Parce que « si quelqu’un possède un tant soi peu de vérité et de justice, il le tient de cette source divine vers laquelle, égarés dans le désert d’ici-bas, nous devons soupirer … » (2ème concile d’Orange, can. 22)

Le diable est le père du mensonge

Jean 8, 44 : Vous avez le diable pour père, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès le commencement, et il n’est pas demeuré dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui ; lorsqu’il parle mensonge, il parle de son propre fond, parce qu’il est menteur et le Père du mensonge ».

Le diable est un chérubin qui a été créé bon mais le premier  qui est devenu mauvais librement. Le mensonge du diable est le naturalisme, qui est l’apostasie, c’est-à-dire renier sa foi en son créateur pour soi-même, préférer sa nature à la grâce divine pour sa propre excellence.

Le diable, père du mensonge, engendre les menteurs. « Père du mensonge » signifie qu’il engendre le mensonge de son propre fond « parce qu’il n’y a pas de vérité en lui », parce qu’il s’est éternellement coupé de Dieu par orgueil d’égaler Dieu son Créateur. Il est homicide « dès le commencement », parce qu’il a détourné de Dieu un tiers des anges par son mensonge d’égaler Dieu, qu’il les a entraîné dans l’enfer éternel, et qu’il entraîne en enfer de très nombreux hommes.

Les menteurs veulent accomplir les désirs du diable qui est de tuer la vérité, Jésus-Christ. Le diable, comme les menteurs, peuvent dirent des vérités mélangées au mensonge pour mieux faire accepter le mensonge.

Le mensonge contre la foi est l’hérésie

Les menteurs contre la foi catholique sont les hérétiques dont les langues sont les portes de l’enfer.

Pape Vigile, deuxième Concile de Constantinople, 553 : « Nous ne perdons pas de vue ce qui a été promis au sujet de la sainte Église, c’est-à-dire les paroles qu’Il a Lui-même prononcées : les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle (ces portes nous apparaissent comme étant les langues délétères des hérétiques) … »

Pape Saint Léon IX, , 2 septembre 1053 :  « La sainte Église construite sur un roc, qui est le Christ, et sur Pierre […] parce qu’elle ne sera jamais vaincue par les portes de l’enfer, autrement dit les arguties des hérétiques qui conduisent les âmes vaines à la destruction«. (Denz. n° 351)

Pape Léon XIII, Encyclique Satis Cognitus « Et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Voici la portée de cette divine parole : l’Eglise, appuyée sur Pierre, quelle que soit la violence, quelle que soit l’habileté que déploient ses ennemis visibles et invisibles, ne pourra jamais succomber ni défaillir en quoi que ce soit«.

Saint Thomas d’Aquin, Introduction Catena Aurea : « La sagesse peut emplir les cœurs des fidèles et faire taire la redoutable folie des hérétiques, qu’on surnomme à juste titre les portes de l’enfer«.

Le mensonge rend semblable au diable ; le menteur devient le fils du diable.

La première raison (de ne jamais mentir) est qu’il nous rend semblables au diable ; le menteur devient en effet le fils du diable. (…) Certains hommes sont de la race du diable, et sont dits ses fils, à savoir ceux dont le langage est menteur, car « le diable est menteur et père du mensonge, comme l’a dit Notre Seigneur (Jn 8, 44). Il mentit en effet quand il dit (à nos premiers parents) : « Assurément vous ne mourrez pas » (Gn 3, 4). Mais les autres hommes sont les fils de Dieu, à savoir ceux qui disent la vérité, car Dieu est vérité. (Saint Thomas d’Aquin, Les commandements)

Le mensonge est la ruine de la société

La seconde raison de ne pas mentir c’est que le mensonge est la ruine de la société. Les hommes en effet vivent ensemble ; et cette vie en société serait impossible, si entre eux ils ne disaient pas la vérité, comme le demande l’Apôtre : « Rejetez le mensonge et que chacun de vous dise la vérité au prochain, puisque nous sommes membres les uns des autres » (Eph. 4, 25). (Saint Thomas d’Aquin, Les commandements)

Le menteur perd sa réputation

Le troisième motif de se détourner du mensonge, c’est que le menteur perd sa bonne réputation. En effet, on ne croit pas aux paroles de celui qui a l’habitude de mentir, même s’il dit la vérité. « Que peut purifier ce qui est impur, et quelle vérité peut sortir de la bouche du menteur ? » (Eccli. 34, 4). (Saint Thomas d’Aquin, Les commandements)

Ceux qui retiennent la vérité captive sont livrés par Dieu dans des péchés contre-nature

Ceux qui retiennent la vérité de la foi divine et catholique captive sont livrés par Dieu dans des péchés contre-nature.

Romains 1, 17-8 ; 24-28 : «La justice de Dieu … est révélée par la foi et pour la foi … contre toute l’impiété et l’injustice de ces hommes qui retiennent la vérité de Dieu dans l’injustice. Aussi Dieu les a livré aux désirs de leurs cœurs, à l’impureté ; en sorte qu’ils ont déshonoré leurs propres corps en eux-mêmes. Eux qui ont transformé la vérité de Dieu en mensonge, adoré et servi la créature au lieu du Créateur … C’est pourquoi Dieu les a livré à des passions d’ignominie. Car leurs femmes ont changé l’usage naturel en l’usage contre nature. Et pareillement les hommes, l’usage naturel de la femme abandonné, ont brûlé de désirs l’un pour l’autre, l’homme commettant l’infamie avec l’homme, et recevant ainsi en eux-mêmes la récompense qui était due à leur égarement….Dieu les a livrés à un sens réprouvé, de sorte qu’ils ont fait les choses qui ne conviennent pas».

A suivre

Catéchisme (dit) du concile de Trente sur le mensonge

Huitième commandement : Tu ne portera point de faux témoignage contre ton prochain. (Exode 20, 16 ; Deutéronome 5, 20)

Voici une raison capable de nous faire comprendre qu’il est non seulement utile, mais nécessaire d’expliquer très souvent ce précepte, et de rappeler à tous les devoirs qu’il impose. Nous voulons parler de la déclaration si autorisée de l’Apôtre Saint Jacques, lequel ne craint pas d’affirmer que « celui qui ne pèche point en paroles est un homme parfait » (Jc 3, 2) et un peu plus loin ajoute : « La langue n’est qu’une petite partie du corps, et cependant quels effets ne produit-elle pas ! Il ne faut qu’une étincelle pour embraser une grande forêt », et le reste qui est dans le même sens. — Ces paroles nous apprennent deux choses : la première, que le péché de la langue est extrêmement répandu. C’est ce que nous confirme de son côté le Prophète David. « Tout homme est menteur », dit-il (Psal., 115, 11), comme si ce péché était le seul qui pût s’étendre à tous les hommes. La seconde, c’est qu’il est la source de maux innombrables. Car souvent le coup de langue du médisant cause la perte de la fortune, de la réputation, de la vie, du salut même, soit pour celui qui est atteint par la médisance, parce qu’il supporte mal l’injure qu’on lui fait, et qu’il manque de courage pour ne s’en point venger, soit pour celui qui est l’auteur de l’offense, parce que, victime d’une mauvaise honte et de la crainte exagérée du qu’en dira-t-on, il ne peut se déterminer à donner satisfaction à celui qu’il a blessé. C’est pourquoi il ne faut pas manquer d’exhorter les Fidèles à rendre à Dieu les plus vives actions de grâces de ce qu’il a défendu expressément le faux témoignage, en nous donnant un précepte très salutaire, qui ne nous interdit pas seulement d’injurier les autres, mais qui nous protège encore, si on l’observe, contre les injures que les autres seraient tentés de nous faire.

Afin de garder, en expliquant ce précepte, le même ordre et la même marche que dans ceux qui précèdent, nous avons à remarquer qu’il renferme deux prescriptions distinctes : l’une négative, qui nous défend de porter faux témoignage, l’autre positive, qui nous ordonne d’écarter résolument de notre conduite toute dissimulation et tout mensonge, et de mesurer nos paroles et nos actes sur la simple vérité. Double devoir que l’Apôtre Saint Paul rappelait aux Ephésiens, quand il leur disait (Ep. 4, 15) : « Ne séparons pas la vérité de la charité, afin de croître en Jésus-Christ dans toutes choses ».

I. — DU FAUX TÉMOIGNAGE.

On entend ordinairement par faux témoignage tout ce qui est affirmé et soutenu de quelqu’un, contre la vérité, en bonne ou en mauvaise part, devant la justice ou non. Cependant le faux témoignage qui nous est spécialement défendu par ce précepte, c’est celui qui se fait en justice, avec serment, contre la vérité. Car si le témoin jure par le nom même de Dieu, c’est parce qu’un témoignage qui s’appuie sur ce nom sacré n’en acquiert que plus de poids et d’autorité. Mais d’autre part comme ce témoignage est très dangereux dans ses conséquences, Dieu le défend d’autant plus fortement. C’est qu’en effet le juge lui-même n’a pas le droit de récuser des témoins qui affirment avec serment, s’ils ne tombent pas sous les exceptions prévues par la Loi, ou bien s’ils ne sont pas reconnus pour gens de mauvaise foi et sans aucune probité. Et la raison en est que la Loi divine nous ordonne expressément de tenir « pour constant et véritable le témoignage de deux ou trois personnes » (Deut., 19, 15 ; Matth., 18, 16) — Mais afin que les Fidèles comprennent parfaitement la nature et l’étendue de ce précepte, il importe avant toutes choses de bien leur apprendre ce qu’il faut entendre par le prochain, contre qui il est défendu de porter faux témoignage.

Or, le prochain, selon l’enseignement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c’est tout homme qui a besoin de nous, qu’il nous soit proche ou éloigné, concitoyen ou étranger, ami ou ennemi.

C’est un crime en effet de penser qu’on puisse faire un faux témoignage contre des ennemis, lorsque Dieu et notre Seigneur nous font un précepte de les aimer.

Mais il y a plus ; comme chacun de nous, dans un certain sens, est à soi-même son prochain, personne n’a le droit de porter contre soi-même un faux témoignage. Ceux qui ont le malheur de commettre un pareil crime, en se diffamant et en se couvrant de honte, se nuisent à eux-mêmes d’abord, et en même temps ils font tort à l’Église, comme ceux qui se suicident nuisent à la société. C’est l’enseignement formel de Saint Augustin (Epist., 52 ad Maced.) : « Les personnes peu éclairées, dit-il, pourraient penser qu’il n’est pas défendu de se porter comme faux témoin contre soi-même, parce que dans la formule du Commandement il est dit seulement : contre le prochain ; mais que celui qui a fait contre lui-même une déposition fausse n’aille pas se croire innocent, puisque la règle de l’amour du prochain, c’est de l’aimer comme soi-même ».

Et parce qu’il nous est défendu de faire tort au prochain par le faux témoignage, il faut bien nous garder d’en conclure que le parjure nous est permis pour rendre quelque service ou procurer quelque avantage à ceux qui nous sont unis par les liens du sang ou de la Religion. Il ne faut être utile à personne par le mensonge, encore moins par le parjure. C’est pourquoi Saint Augustin, dans une lettre à Crescence (Cap., 12, 13, 14) sur le mensonge, ne craint pas de dire, en s’appuyant sur l’autorité de l’Apôtre Saint Paul, que le mensonge doit être mis au nombre des faux témoignages, quand même il décernerait à quelqu’un de fausses louanges. Il rapporte d’abord les paroles de l’Apôtre : nous serons nous-mêmes convaincus d’avoir été de faux témoins, parce que nous avons porté témoignage contre Dieu même, en disant qu’Il a ressuscité Jésus-Christ, qu’Il n’a cependant pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent pas, puis il ajoute : l’Apôtre regarde comme faux témoignage de dire une chose fausse de Jésus-Christ, quoiqu’elle soit à sa Gloire (1 Cor., 15, 16).

N’arrive-t-il pas très souvent d’ailleurs que celui qui favorise quelqu’un par son faux témoignage, porte par là même préjudice à un autre ? Ne met-il pas le juge dans une sorte d’erreur invincible ? Aussi qu’arrive-t-il ? Le juge trompé par de faux serments est forcé de prononcer contre le droit en faveur de l’injustice.

Quelquefois même celui qui a gagné sa cause en justice, grâce au faux témoignage d’un complice, et cela impunément, celui-là, disons-nous, est tout fier de sa victoire, dès lors il rend l’habitude de corrompre des témoins, dans l’espoir qu’avec leur aide, il réussira dans toutes ses entreprises.

Le faux témoignage est également très funeste au témoin lui-même. Aux yeux de celui qu’il a criminellement servi par son serment, il n’est plus qu’un parjure et un vil imposteur ; mais par contre, en voyant que son mensonge a réussi, il se trouve encouragé au mal et prend de jour en jour des habitudes plus grandes de hardiesse et d’impiété.

Mais si la fausseté, le mensonge et le parjure sont nettement défendus aux témoins, ils le sont tout autant aux accusateurs, aux accusés, aux protecteurs, aux parents, aux procureurs, aux avocats, en un mot à tous ceux qui ont part aux jugements.

Enfin, Dieu défend, non seulement devant les juges, mais même partout ailleurs, un témoignage quelconque capable de porter préjudice ou de causer quelque dommage au prochain. Il est écrit en effet dans le Lévitique, à l’endroit même où ces défenses sont faites à plusieurs reprises (Lev., 19, 11) : « Vous ne déroberez point, vous ne mentirez point ; et personne ne trompera son prochain ». Des paroles si claires ne permettent pas de douter que Dieu, par ce précepte, ne réprouve et ne condamne absolument tout mensonge, quel qu’il soit. David dans ses Psaumes nous l’atteste aussi, et très clairement : « Vous perdrez, dit-il, tous ceux qui profèrent le mensonge » (Psal., 5, 7).

II. — DE LA MÉDISANCE ET DE LA CALOMNIE.

Le huitième Commandement de Dieu ne nous défend pas seulement le faux témoignage, il nous interdit de plus le vice et l’habitude détestables de la médisance, cette véritable peste, qui donne naissance à une multitude incroyable d’inconvénients très fâcheux et de maux de toute espèce. Cette habitude criminelle de déchirer et d’outrager secrètement son prochain est vigoureusement condamnée en beaucoup d’endroits de nos Saints Livres. David nous dit (Psal., 100, 5) : « Je ne recevais pas le médisant à ma table ». Et l’Apôtre Saint Jacques ajoute de son côté (Jac., 4, 11) : « Mes Frères, ne parlez point mal les uns des autres ».

Mais l’Écriture Sainte ne se borne pas à condamner la médisance, elle nous fournit des exemples qui mettent en pleine lumière toute l’énormité de ce crime. Ainsi Aman, par ses infâmes calomnies, enflamme tellement la colère d’Assuérus contre les Juifs, que ce prince ordonne de les faire tous périr. L’Histoire sainte est remplie de traits semblables. Les Pasteurs ne manqueront pas de les rappeler aux Fidèles, afin de les détourner de cet horrible péché.

Pour comprendre et pénétrer toute la malice de la médisance, il faut savoir qu’on blesse la réputation du prochain, non seulement en employant contre lui la calomnie, mais encore en augmentant et en exagérant ses fautes réelles. Et même si quelqu’un a commis un péché très secret dont la révélation doit nécessairement être préjudiciable à son honneur et le couvrir de honte, celui qui fait connaître ce péché, dans un lieu, dans un temps et à des personnes qui ne sont pas obligées de le savoir, doit passer à juste titre pour un calomniateur et un médisant.

Mais de toutes les calomnies, la plus coupable, à coup sûr, est celle qui s’en prend à la Doctrine catholique, et à ceux qui la prêchent. Et quiconque accorde des éloges aux propagateurs de l’erreur et des mauvais principes commet la même faute. Il faut en dire autant de ceux qui, en entendant la détraction et la médisance, non seulement ne blâment point les calomniateurs, mais les écoutent avec plaisir. C’est ce qui a fait dire à Saint Bernard et à Saint Jérôme, qu’il n’est pas facile de distinguer lequel est le plus coupable de celui qui médit, ou de celui qui écoute la médisance ; « car, disent-ils (S. Hier. Epist. ad Nepot.  Div. Bern. lib., 2 de Consid. Ad Eug.), il n’y aurait point de médisant s’il n’y avait personne pour écouter la médisance ».

On désobéit également à ce précepte, si par ses artifices on met la désunion et le désaccord entre les hommes ; si l’on se plaît à semer des dissensions, à miner et à détruire, par des rapports mensongers, les liaisons et les sociétés les mieux établies, à pousser les meilleurs amis à des inimitiés irréconciliables, et même à les armer les uns contre les autres. Détestable peste que Dieu condamne et défend quand il dit (Lev., 19, 16) : « Vous ne serez ni délateur, ni détracteur au Milieu de mon peuple ». C’était le crime d’un bon nombre de conseillers de Saül qui s’efforçaient de le détacher de David, et l’animaient contre lui.

III. — LA FLATTERIE, LE MENSONGE ET LA DISSIMULATION.

Nous trouvons encore, parmi ceux qui pèchent contre ce huitième Commandement, les flatteurs, les adulateurs qui, par des complaisances et des louanges hypocrites, cherchent à s’insinuer dans l’esprit et le cœur de ceux dont ils attendent la faveur, de l’argent et des honneurs. Vils complaisants qui appellent, comme le dit le Prophète (Is., 5, 20), « mal ce qui est bien, et bien ce qui est mal ». Tristes gens que David nous avertit d’éloigner et de chasser de notre société, lorsqu’il nous dit (Psal., 140, 5) : « que le juste me reprenne par charité et qu’il me corrige, mais que le pécheur ne répande point ses parfums sur ma tête ! » encore que les flatteurs dont nous parlons ne disent point de mal de leur prochain, ils ne laissent pas de lui être très nuisibles, puisque, en le louant jusque dans ses fautes, ils sont cause qu’il persévère dans le mal, jusqu’à la fin de sa vie.

La flatterie, ou l’adulation la plus coupable en ce genre, est celle qui n’a en vue que le malheur et la ruine des autres. Ainsi Saül, pour exposer David à la fureur et au glaive des Philistins, c’est-à-dire selon lui, pour l’envoyer à une mort certaine, le flattait par ces belles paroles (Is., Reg., 18, 77) : « Voici Mérob ma fille aînée ; je vous la donnerai comme épouse. Soyez seulement homme de cœur, et combattez les combats du Seigneur ! » Ainsi les Juifs pour surprendre Notre-Seigneur dans ses paroles Lui disaient insidieusement (Matth., 22, 16) : « Maître, nous savons que vous êtes sincère, et que Vous enseignez la Voie de Dieu selon la Vérité ».

Et cependant il y a quelque chose de bien plus pernicieux encore, ce sont ces discours que des amis, des alliés, des parents n’ont pas honte de tenir à un malade mortellement atteint, et déjà prêt à rendre le dernier soupir, discours dans lesquels ils affirment à ce moribond qu’il n’est pas en danger, lui ordonnent d’être gai et souriant, le détournent de la Confession de ses péchés, comme d’une pensée trop triste, et enfin écartent de son esprit tout souci et toute idée des terribles dangers dans lesquels il se trouve.

II faut donc éviter toute espèce de mensonge, et avant tout, celui qui peut causer au prochain un dommage considérable. Mais ne pas craindre de mentir contre la Religion ou dans des choses qui s’y rapportent, c’est joindre l’impiété à la fourberie.

II ne faut pas oublier que Dieu est encore grièvement offensé par les injures et les outrages qu’on répand dans les libellés diffamatoires et autres productions du même genre.

Il est même indigne d’un chrétien de chercher à tromper son prochain par un mensonge joyeux ou officieux, encore que ce mensonge n’entraîne pour personne ni profit, ni perte. L’avertissement de Saint Paul sur ce point est formel. « Evitez le mensonge, dit-il (Eph., 4, 25), que chacun de vous parle selon la vérité ! » C’est qu’en effet, du mensonge pour rire au mensonge grave, la pente est très rapide. Le mensonge joyeux fait contracter l’habitude de mentir. Dès lors on passe pour n’être point sincère et l’on est obligé d’affirmer sans cesse avec serment pour faire croire à sa parole.

Enfin, ce Commandement nous défend toute espèce d’hypocrisie ou de dissimulation. La dissimulation dans les paroles aussi bien que dans les actions est également condamnable, puisque les unes et les autres sont comme le signe et la marque de ce que nous avons dans le cœur. Voilà pourquoi Notre-Seigneur, dans ses fréquents reproches aux Pharisiens, les traite d’hypocrites.

Nous avons expliqué ce que le huitième Commandement défend. Voyons maintenant ce qu’il ordonne.

IV. — A QUOI NOUS SOMMES OBLIGÉS PAR CE COMMANDEMENT.

L’objet propre de cette deuxième partie du précepte est que les tribunaux jugent avec équité et conformément aux Lois : elle a également pour but d’empêcher qu’on n’attire les causes à soi en empiétant sur les juridictions. « Car il n’est pas permis, comme le dit l’Apôtre (Rom., 14, 4), de juger le serviteur d’autrui », de peur de prononcer sans une connaissance suffisante de la cause. Ce fut le crime précisément de cette assemblée des prêtres et des scribes qui condamnèrent Saint Étienne, comme ce fut aussi le péché de ces magistrats de Philippes, dont l’Apôtre a dit (Act., 16, 37) : « Après nous avoir publiquement battus de verges, et sans jugement préalable, nous qui sommes citoyens romains, ils nous ont jetés en prison, et maintenant ils nous en font sortir en secret ».

Il ne faut ni condamner les innocents, ni renvoyer les coupables, ni se laisser séduire par des présents ou par la faveur, par la haine ou par l’amitié. Aussi Moise ne manque pas d’adresser aux vieillards qu’il avait établis juges d’Israël, cet avertissement célèbre (Deut., 1, 16) : « Jugez toujours selon la justice le citoyen comme l’étranger ; ne mettez point de différence entre les individus ; écoutez le petit comme le grand ; ne faites acception de personne, parce que vous jugez pour Dieu ».

Quant aux accusés et aux criminels, Dieu leur fait un devoir de confesser la vérité, lorsqu’ils sont interrogés selon les formes de la justice. Cette confession est un hommage éclatant à la Gloire de Dieu. C’est la pensée de Josué : Lorsqu’il exhorte Achan à dire la vérité, il lui parle de la sorte : « Mon fils, rendez gloire au Seigneur, Dieu d’Israël » (Jos., 7, 19).

Et parce que ce précepte s’adresse spécialement aux témoins, le Pasteur aura grand soin d’en parler comme il convient. C’est qu’en effet ce huitième Commandement n’a pas seulement pour but de défendre le faux témoignage, mais encore de nous commander de dire la vérité. Dans les affaires humaines, le témoignage conforme à la vérité est extrêmement important. Il y a une multitude de choses que nous ne pouvons connaître que sur la bonne foi des témoins. Rien donc n’est plus nécessaire qu’un témoignage véridique dans ces choses que nous ne savons pas, et que cependant nous n’avons pas le droit d’ignorer. De là ce mot de Saint Augustin : « Celui qui tait la vérité, et celui qui profère le mensonge sont également coupables, le premier parce qu’il ne veut pas être utile, le second parce qu’il cherche à nuire ». (Attribué à Saint Augustin par Gratien, mais à tort ; on le trouve pareillement dans Saint Isidore L., 3, cap., 19).

Il peut être permis quelquefois de taire la vérité, mais il faut que ce soit hors des tribunaux. En justice, un témoin interrogé par un juge compétent, doit faire connaître la vérité tout entière, mais à condition de ne pas trop se fier à sa mémoire, et de prendre garde d’affirmer comme certain ce dont il n’est pas absolument sûr.

Les autres personnes que ce précepte oblige également à dire la vérité sont les avoués et les avocats, les procureurs et les accusateurs.

Les avoués et les avocats ne refuseront ni leurs services ni leur appui à ceux qui en ont besoin ; ils se chargeront généreusement de la défense du pauvre ; ils ne prendront point de mauvaises causes pour les soutenir, ils ne feront point durer les procès par calomnie, ou par avarice, et ils auront soin de régler leurs honoraires selon le droit et la justice.

De leur côté, les procureurs et accusateurs devront prendre bien garde de ne point se laisser entraîner par affection, par haine, ou par quelque autre passion, à poursuivre qui que ce soit sur d’iniques imputations.

Enfin, la Loi de Dieu ordonne à toutes les personnes pieuses d’être toujours sincères et véridiques dans leurs entretiens et leurs discours, et de ne jamais rien dire qui puisse blesser la réputation d’autrui, pas même de ceux qui les auront offensées ou maltraitées. Elles ne doivent pas oublier en effet qu’il y a entre elles et ces malheureux l’union et les rapports qui existent entre les membres d’un même corps.

V. — MOTIFS DE DÉTESTER LE MENSONGE.

Afin que les Fidèles se détournent plus facilement du vice abject du mensonge, le Pasteur leur en fera voir toute la honte et l’énormité. Dans nos Saints Livres, le démon est appelé le père du mensonge. « Parce qu’il n’est point demeuré dans la vérité, nous dit l’Apôtre Saint Jean (Joan., 8, 42), il est menteur et père du mensonge ».

Pour essayer de détruire un désordre si funeste, le Pasteur ajoutera à cette parole de Saint Jean, tous les maux que le mensonge apporte avec lui ; et comme ces maux sont innombrables, il lui suffira de faire connaître ceux d’entre eux qui sont autant de sources d’où dérivent tous les autres.

Et d’abord, pour montrer combien l’homme faux et menteur offense Dieu grièvement, et à quel degré il encourt sa haine, il citera cette parole de Salomon dans les Proverbes (Prov., 6, 16 etc.) : « Il y a six choses que le Seigneur hait, et une septième qui est en abomination devant Lui : des yeux altiers, une langue calomniatrice, des mains qui versent le sang innocent, un cœur qui médite des pensées mauvaises, des pieds prompts à courir au mal, un homme menteur, un témoin faux ». Dès lors qui pourrait préserver des derniers châtiments celui que Dieu poursuit d’une haine si terrible ?

Et puis, comme le dit l’Apôtre Saint Jacques (Jac., 3, 9), « Quoi de plus odieux et de plus infâme que d’employer la même langue à bénir Dieu votre Père et à maudire les hommes qui sont créés à son image et à sa ressemblance, comme si une fontaine pouvait, par la même ouverture, donner une eau douce et une eau amère ! » Et en effet, cette langue qui tout à l’heure louait Dieu et Le glorifiait, ne Le couvre-t-elle pas maintenant de honte et d’opprobre, autant qu’elle le peut, par les mensonges qu’elle profère ? Aussi les menteurs sont-ils exclus de la béatitude céleste. Car à cette demande que David fait à Dieu (Psal., 14, 1, 2) : « Seigneur, qui demeurera dans vos tabernacles ? » le Saint-Esprit répond « Celui qui dit la vérité dans la sincérité de son cœur, et dont la langue ne connaît pas l’artifice ».

Ce qui fait encore que le mensonge est un très grand mal, c’est qu’il constitue une maladie de l’âme presque incurable. Car le péché que l’on commet en accusant quelqu’un d’un faux crime, ou bien en blessant son honneur et sa réputation, ce péché ne peut être remis qu’autant que le calomniateur a réparé son tort envers sa victime. Mais précisément, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, cette réparation est très difficile à faire, parce qu’on se trouve retenu par une fausse honte ou par un faux point d’honneur. D’où il suit que celui qui est coupable de ce péché est pour ainsi dire voué aux supplices éternels de l’enfer. Personne en effet n’a le droit d’espérer qu’il obtiendra le pardon de ses calomnies et de ses diffamations, tant qu’il n’aura pas satisfait à celui dont il a souillé l’honneur et la réputation, soit publiquement et en justice, soit dans des entretiens privés et familiers.

Enfin, les suites funestes du mensonge s’étendent très loin, et nous atteignent tous. La fausseté et le mensonge font disparaître la vérité et la confiance, qui sont les liens nécessaires de la société, et sans lesquels les rapports entre les hommes tombent dans une confusion telle que le monde ressemble à un véritable enfer.

Le Pasteur comprendra dés lors qu’il doit exhorter les Fidèles à éviter de trop parler. La modération dans les paroles fait fuir les autres péchés, et surtout elle est un préservatif assuré contre le mensonge, vice auquel échappent difficilement ceux qui parlent trop.

VI. — VAINES EXCUSES DES MENTEURS.

Le Pasteur s’appliquera également à détruire l’erreur de ceux qui s’excusent sur le peu d’importance des conversations, et qui prétendent autoriser leurs mensonges par l’exemple de ces sages du monde qui ont pour maxime, disent-ils, de savoir mentir à propos. Il leur fera observer, ce qui est très vrai « que la prudence de la chair est la mort de l’âme » (Rom., 8, 6). Il les exhortera à mettre en Dieu leur confiance, au milieu des difficultés et des extrémités les plus fâcheuses, et à ne recourir jamais au grossier artifice du mensonge ; car ceux qui se servent de ce subterfuge, laissent voir clairement qu’ils comptent plus sur leur prudence personnelle que sur la Providence de Dieu.

Ceux qui rejettent la cause de leur mensonge sur les menteurs qui les ont trompés les premiers, ont besoin qu’on leur rappelle qu’il n’est pas permis à l’homme de se venger lui-même ; qu’il ne faut point rendre le mal pour le mal, mais au contraire chercher « à vaincre le mal par le bien » (Rom., 12, 17, 21) ; et que, quand même la vengeance serait permise, il ne peut jamais être utile à personne de se venger à ses dépens, ce qui arriverait sûrement et avec un préjudice considérable si l’on avait recours au mensonge.

Si on en trouve qui apportent pour excuse l’infirmité et la fragilité naturelles, il faut leur remettre en mémoire l’obligation où ils sont d’implorer le secours divin, et de ne point se laisser vaincre par la nature. D’autres diront qu’ils ont contracté l’habitude de mentir. Il faut les exhorter à multiplier leurs efforts pour contracter l’habitude contraire, de dire toujours la vérité, d’autant que ceux qui pèchent par habitude, sont plus coupables que les autres. Quant à ceux — et ils ne sont pas rares — qui prétendent se justifier sur l’exemple des autres hommes qui, selon eux, mentent et se parjurent à tout propos, il faut les détromper par cette considération, que nous ne devons point imiter les méchants, mais bien plutôt les reprendre et faire en sorte de les corriger ; que si, par malheur, nous mentons nous-mêmes, notre parole aura bien moins d’autorité pour faire accepter nos reproches et nos bons conseils.

Ceux qui défendent leurs mensonges en alléguant qu’ils ont éprouvé souvent de graves ennuis parce qu’ils avaient dit la vérité, les Prêtres les réfuteront en leur montrant que par de telles paroles ils s’accusent, bien plus qu’ils ne s’excusent. Le devoir du vrai Chrétien en effet, n’est-il pas de tout souffrir plutôt que de mentir ?

Enfin, nous avons encore deux sortes de personnes qui veulent excuser leurs mensonges : celles qui prétendent ne mentir que par plaisanterie, et celles qui le font pour leur utilité, parce que, disent-elles, elles ne pourraient ni bien vendre ni bien acheter, si elles n’avaient recours au mensonge. Les Pasteurs les tireront de leur erreur les unes et les autres. Ils écarteront les premières de ce vice en leur remontrant que rien n’augmente plus l’habitude du mensonge, que de mentir sans aucune retenue. Ils ajouteront « qu’il leur faudra rendre compte de toute parole oiseuse » (Matth., 12, 36). Et pour les secondes, ils ne craindront point de les reprendre fortement, et de leur montrer qu’une excuse d’un pareil genre ne fait qu’augmenter leur faute, puisqu’elles prouvent bien par là qu’elles n’accordent ni autorité ni confiance à ces paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Matth., 6, 33). (Catéchisme du concile de Trente, Chapitre trente-sixième- Du huitième Commandement, p. 345)

Sermon du saint curé d’Ars – Sur le mensonge

 

7ème dimanche après la Pentecôte

Attendite a falsis prophetis.
Gardez-vous des faux prophètes.
(S. Matth. VII, 15)

 

Gardez-vous bien, nous dit Jésus-Christ, de fré­quenter toute personne qui use de fourberie dans ses paroles et dans ses actions. En effet, M.F. [Mes frères], nous voyons que rien n’est plus indigne d’un chrétien, lequel doit être un fidèle imitateur de son Dieu qui est la droiture et la vérité même, que de penser une chose et de dire l’autre. Aussi Jésus-Christ, dans l’É­vangile, nous recommande de ne jamais mentir : « Dites oui ou non, cela est ou cela n’est pas[1]. » Saint Pierre nous dit que « nous devons être semblables aux petits enfants, qui sont simples et sincères, ennemis de tout mensonge et de toute dissimulation[2]. Oui, M.F., si nous voulons examiner les suites funestes de la dupli­cité et du mensonge, nous voyons qu’ils sont la source d’une infinité de maux qui désolent le monde. Arrêtons ­nous un instant, M.F., à une morale si peu connue, et qui est cependant si nécessaire. Non, M.F., il n’y a point de vice plus répandu dans le monde que la dupli­cité et le mensonge : c’est dans ce sens que l’on dit que presque tous les hommes sont menteurs. Si nous vou­lons, M.F., plaire à Dieu nous devons grandement craindre de contracter une si mauvaise habitude, qui est d’autant plus dangereuse que tout la favorise et la fomente. Pour vous en donner autant d’horreur que vous en devez avoir, je vais vous montrer 1° ce que c’est que le mensonge et la duplicité ; 2° combien le bon Dieu lui-même l’a en horreur, et 3° combien il le punit, même en ce monde.

 

I – Si je demandais à un enfant ce que c’est que men­tir, il me répondrait : « Monsieur le curé, mentir, c’est parler contre sa pensée, c’est dire une chose et en pen­ser une autre. »

Mais, direz-vous, en combien de manières est-ce que l’on ment ? – Le voici, M.F., écoutez-le bien. L’on ment 1° par orgueil, quand l’on raconte ce que l’on a fait ou dit et qu’on l’augmente[3], que l’on dit plus qu’il n’y en a ; 2° l’on ment pour porter perte à son prochain, en disant du mal de sa personne et de ses marchandises, ou quand l’on dit des choses qui sont fausses, et cela, par vengeance ; 3° l’on ment pour faire plaisir au pro­chain : ce qui arrive quand nous cachons certains défauts que nous devrions faire connaître, comme font les domestiques ou les enfants qui voient des gens de la maison voler leurs maîtres ; et étant interrogés, soutiennent que cela n’est pas, qu’ils ne les ont jamais vus ; ou bien, c’est quand nous sommes appelés en justice et que nous ne disons pas la vérité pour ne pas faire condamner les personnes que nous aimons ; 4° nous mentons pour vendre plus cher ou pour acheter à meilleur marché : ce que nous faisons par avarice ; 5° nous mentons pour attraper quelqu’un, ou pour faire rire et amuser la compagnie ; 6° nous mentons en nous confessant.

Voilà, M.F., les mensonges les plus ordinaires et que nous devons bien expliquer dans nos confessions, puis­que vous voyez que nous avons des sentiments diffé­rents dans chaque mensonge que nous disons. Oui, M.F., de quelque côté que nous considérions le men­songe et la duplicité, ils nous doivent paraître infiniment odieux. D’abord, du côté de Dieu, qui est la vérité même, ennemi de tout mensonge. Hélas ! M.F., que nous connaissons peu ce que c’est que ce péché ! Com­bien de péchés qui sont des mensonges mortels, et qui, par conséquent, donnent la mort à notre âme et nous ravissent le ciel pour jamais ! En effet, M.F., mentir par orgueil c’est un péché mortel, en disant plus que nous n’avons fait ou dit pour nous faire estimer. Mentir en justice est aussi un péché mortel si l’on cache la vérité ; mentir par vengeance, en est un aussi ; mentir en confession est un sacrilège. Hélas ! mon Dieu, que le mensonge conduit d’âmes en enfer ! Mais supposons, M.F., que vos mensonges, ou du moins le plus grand nombre, ne soient que des péchés véniels ; avons-nous bien compris ce que c’est que le péché véniel ? Parcou­rez toutes les différentes circonstances de la mort et de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ jusque sur le Calvaire, examinez tout ce qu’il a souffert, et alors vous pourrez vous faire une idée de la grandeur du mensonge et de l’outrage qu’il fait à Dieu. Vous dites que le mensonge ne donne pas la mort à notre âme, ni à Jésus-Christ ! Ah ! malheureux ! vous comptez donc pour rien son agonie au jardin des Olives, lorsqu’il fut pris, lié et garrotté par ses ennemis ? Vous comptez donc pour peu de chose, M.F., lorsqu’il fut couronné d’épines et fla­gellé, où son pauvre corps fut réduit tout en sang ? Vous comptez donc pour peu de chose les tourments qu’il en­dura pendant cette nuit affreuse, où on lui fit subir tout ce que jamais les hommes ni les anges ne pourront com­prendre ? Vous comptez donc pour rien les horreurs qu’on lui fit essuyer en portant sa croix sur le Calvaire ? Eh bien ! M.F., voilà les tourments que le mensonge procure à Jésus-Christ. C’est-à-dire que chaque men­songe que nous disons, selon qu’il est plus ou moins mauvais, conduit Notre-Seigneur Jésus-Christ jusqu’au Calvaire. Dites-moi, M.F., croiriez-vous que vous avez traité Jésus-Christ, notre tendre Sauveur, d’une manière si indigne, toutes les fois que vous dites des men­songes ? Hélas ! que celui qui pèche connaît peu ce qu’il fait !

 

II – Si nous considérons le mensonge par rapport à nous-mêmes, nous verrons combien il nous éloigne de Dieu, combien il affaiblit en nous la source de ses grâces, combien il porte le bon Dieu à nous diminuer ses bien­faits. Hélas ! que de chrétiens qui ont commencé leur damnation par ces péchés et qui maintenant sont en enfer ! Mais, d’un autre côté, considérons-le par rapport à notre dignité de chrétiens : nous, M.F., qui, par le Baptême, sommes devenus les temples du Saint-Esprit qui est ennemi de tout mensonge, hélas ! M.F., dès que nous avons le malheur de mentir, le Saint-Esprit s’en va et nous abandonne, et le démon prend sa place et devient notre maître. Voilà, M.F., les tristes effets et les ravages effroyables que le mensonge produit en celui qui est si aveugle que de le commettre. Cependant, M.F., que ces péchés sont communs dans le monde ! Voyez ces pères et mères qui ne cessent de vomir ces péchés pendant toute la journée à leurs enfants, sous prétexte de les amuser et d’en avoir la paix. Hélas ! ces pauvres misérables ne voient pas qu’ils attirent la malé­diction sur leurs pauvres enfants, et qu’ils chassent le Saint-Esprit de leur cœur en leur donnant aussi l’habi­tude de mentir. – Mais, me diront ces pères et mères qui n’ont jamais connu leur devoir, c’est pour les faire rester tranquilles. Ils nous sont toujours après, cela ne porte de perte à personne. – Cela ne porte perte à per­sonne ? Mon ami, ne comptez-vous pour rien d’éloigner de vous le Saint-Esprit, de diminuer en vous la source des grâces pour votre salut ? Ne comptez-vous pour rien d’attirer la malédiction du ciel sur vos pauvres enfants ? Ne comptez-vous pour rien de prendre Jésus-Christ lui-­même et de le conduire jusqu’au Calvaire ? Mon Dieu ! que nous connaissons peu le ravage que le péché fait dans celui qui a le malheur de le commettre !

Mais, cependant, il faut convenir que vos mensonges les plus ordinaires et les plus pernicieux sont ceux que vous dites dans les ventes et dans les achats que vous faites les uns avec les autres : sur quoi je trouve une belle expression de l’Écriture sainte. « Le mensonge, nous dit le Saint-Esprit, est entre le vendeur et l’ache­teur comme un morceau de bois serré entre deux pier­res ; » c’est-à-dire, c’est à celui qui aura le plus de ruses et de fourberie et moins de bonne foi, et dira le plus de mensonges. Voyez l’acheteur : il n’y a sorte de men­songe qu’il ne dise pour rabaisser autant qu’il peut la marchandise qu’il achète ; il y trouve mille défauts, grands ou petits. Voyez le vendeur : de son côté, il invente toutes sortes de faussetés pour relever le prix de sa marchandise. Chose étrange ! M.F., celui qui vient de l’acheter il n’y a qu’un instant, qui en disait tant de mal, qui y trouvait mille défauts, maintenant qu’il en est maître, il n’y a mensonge qu’il ne dise pour en relever le prix et la faire valoir plus qu’elle ne vaut[4] ; et, pour justifier que cela est vrai, que de serments faux ! que de fourberies ! que de paroles inutiles ! Mais, d’où vient tout cela, M.F. ? du désir d’avoir du bien ou de l’argent, qui nous fait préférer un bien périssable au salut de notre âme et à la jouissance de Dieu. Hélas ! qui pourra jamais comprendre combien nous sommes misérables, de vendre notre âme, le ciel et notre Dieu, pour si peu de chose ?

Mais, me direz-vous, il est bien permis de louer ses marchandises. – Oui, sans doute, mon ami, quand nous ne disons que la vérité ; mais est-il permis de mentir pour tromper votre voisin ? Vous savez très bien que non. Si quelqu’un vous a trompé dans quelque marché, vous dites vite qu’il est un fripon, un adroit, que vous n’auriez jamais dit cela de lui ; et vous, à la première occasion, vous en trompez un autre si vous le pouvez, et vous seriez un brave homme ? Comprenez-vous bien, M.F., jusqu’à quel point l’avarice vous aveugle ? – Mais, me direz-vous, quand on vend quelque chose, est-on obligé de faire connaître les défauts ? – Oui, sans doute, quand vous vendez quelque chose qui a des défauts cachés, que le marchand ne peut ni voir ni con­naître, vous êtes obligés de les faire connaître, si­non vous êtes aussi coupables, et même plus, que si vous lui preniez son argent dans sa poche ; parce qu’il se méfierait de vous, au lieu qu’il se confie à vous, et vous le trompez. Si cela vous est arrivé, vous devez rendre et réparer la perte que vous lui avez causée. Si c’est dans une foire, et que vous ne connaissiez nulle­ment la personne ni ses parents, vous devez le donner aux pauvres, afin que le bon Dieu bénisse cette personne dans ses biens pour la compenser du tort que vous lui avez fait. Ne croyez pas, M.F., que le bon Dieu laisse passer tout cela ; vous verrez qu’au jour du jugement, vous allez retrouver toutes les injustices que vous avez commises dans vos ventes et vos achats ; et cela, jusqu’à un sou.

Mais, me direz-vous, l’on m’a bien trompé, et quand on me trompe l’on ne me rend pas ; je fais aux autres comme l’on a fait à moi-même ; tant pis pour celui qui se laisse attraper. – Oui, sans doute, M.F., voilà le langage du monde : c’est-à-dire, des gens sans reli­gion. Mais, dites-moi, M.F., êtes-vous bien persuadés que lorsque vous irez paraître devant le tribunal de Jésus-Christ, il va recevoir toutes ces frivoles excuses ? Que vous dira-t-on ? « Misérables, est-ce parce que les autres faisaient mal, se damnaient et me faisaient souf­frir, qu’il fallait les imiter ? » Cependant, à vous entendre parler, vos mensonges ne portent perte à personne. Dites-vous cela avec bien de la réflexion ! Prenez tous vos marchés et toutes vos ventes les uns après les autres ; repassez dans votre mémoire tous les men­songes que vous avez dits. N’est-il pas vrai que vous n’avez jamais menti à votre désavantage ? et qu’au con­traire, toutes les fois que vous avez menti, c’était au désavantage de votre prochain en le trompant ? Com­bien de fois, M.F., en vendant vos marchandises, ou vos bêtes, ou autre chose, vous avez dit que vous en aviez trouvé tant…, tandis que, le plus souvent, cela n’était pas vrai. Si cela vous a fait vendre davantage, ne manquez pas, M.F., de vous examiner ; et si cela vous est arrivé, de rendre à la personne, si vous la connaissez, ou bien aux pauvres, si vous ne la con­naissez pas. Je sais bien que vous ne le ferez pas ; mais je vous dirai toujours ce que vous devez faire, car je ne serai pas damné parce que vous n’aurez pas bien fait ; mais seulement si je ne vous faisais pas connaître vos devoirs. – Mais, me direz-vous, je ne fais pas plus de mal que les autres, qui me trompent quand ils peuvent. – Mais si les autres se damnent, il ne faut pas vous damner pour si peu de chose. Laissez-les se perdre, puisque vous ne pouvez pas les en empêcher ; mais, pour vous, tâchez de sauver votre pauvre âme ; puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ nous dit que si nous vou­lons nous sauver, il nous faut faire tout le contraire du monde. – Je fais comme les autres, dites-vous. – Mais si vous voyiez une personne courir dans un précipice, parce qu’elle va s’y jeter, iriez-vous vous-même ? Non, sans doute. Dites donc plutôt que vous n’avez point de foi ; que peu vous importe de tromper vos voisins, pourvu que vous y trouviez votre compte et de quoi rassasier votre avarice.

Mais, me direz-vous, comment faut-il donc nous com­porter quand nous vendons ou quand nous achetons ? – Comment ? M.F. Voilà ce que vous devez faire ; mais ce que vous ne faites presque jamais. C’est de vous mettre à la place de celui qui vend lorsque vous achetez, et à la place de celui qui achète lorsque vous vendez ; et ne jamais profiter de la bonne foi des personnes ou de leur ignorance pour leur vendre plus cher ou acheter meilleur marché. – Mais, me direz-vous, malgré toutes les précautions que l’on prend, souvent l’on est attrapé. – Cependant, M.F., je vous dirai que si vous désirez le ciel, quoique l’on vous trompe, vous ne devez pas vous servir de ce prétexte pour tromper les autres. – Mais, me direz-vous, d’après la manière dont la plupart des gens se conduisent, je crois qu’il y en aura bien peu de sauvés. – Cela est très véritable ; mais, bien qu’il soit vrai qu’il y en aura très peu de sauvés, il faut tâcher de l’être. Nous devons préférer plutôt n’être pas si riches, faire quelque perte et n’attraper personne tant moins que nous pouvons, et aller au ciel.

 

III. – Maintenant, pour vous donner, M.F., une grande horreur du mensonge, nous n’avons qu’à par­courir l’Écriture sainte de l’Ancien et du Nouveau Tes­tament, et nous y verrons combien sont grands les châtiments que le bon Dieu exerce, même dès cette vie, sur ceux qui se rendent coupables de ce péché ; et, en même temps, nous verrons combien les saints ont mieux aimé et préféré toutes sortes de tourments, même les plus rigoureux et la mort, plutôt que de dire un simple mensonge. Le Saint-Esprit nous dit : « Ne mentez jamais et ne trompez jamais personne[5]. » Le Prophète nous dit « que le Seigneur fera périr tous ceux qui osent mentir[6]. » Oui, M.F., les saints nous disent qu’il vaudrait mieux que tout le monde tombât en ruine que de dire un simple mensonge. Ils nous disent encore que, quand un seul mensonge devrait délivrer tous les damnés de leurs tourments et les conduire au ciel, nous ne devrions pas le dire. Nous lisons dans la vie de saint An­thime, qu’étant cherché par les archers de l’empereur, avec ordre de lui ôter la vie, ceux-ci s’étant adressés à lui-même sans le connaître, il leur fit faire bonne chère. Quand ils connurent, à ce qu’il leur dit, que c’était lui-même, ils n’eurent jamais le courage de le faire mourir après tant de bonté. « Non, lui dirent-ils, nous n’avons pas le courage de vous faire mourir, vous nous avez trop bien reçus ; restez-là, nous dirons à l’empereur que nous ne vous avons pas trouvé. » – « Non, mes frères, leur dit le saint, il n’est jamais permis de mentir ; j’aime mille fois mieux mourir que si je suis cause que vous dites un mensonge. » Il part avec eux pour souffrir la mort la plus cruelle.

Nous lisons dans l’histoire[7] que l’empereur envoya des gens armés pour se saisir d’un homme nommé Phocas, qui était jardinier, avec ordre de le faire mou­rir ; mais comme personne ne le connaissait, l’ayant rencontré lui-même, ils lui demandèrent s’il connaissait un nommé Phocas qui était jardinier, ajoutant qu’ils venaient de la part de l’empereur pour le faire mourir. Il leur répondit, d’un ton de voix assuré et tranquille, que oui, qu’il le connaissait bien. Il les invita à venir chez lui en disant de se tenir en paix, qu’il se chargeait de cela. Pendant que ces gens faisaient bonne chère et qu’ils prenaient leur repas, il se fit une fosse dans son jardin. Le lendemain, il se présenta devant eux et leur dit : « C’est moi qui suis ce Phocas que vous cher­chez. » Mais ces soldats, tout étonnés de cela, lui dirent : « Eh ! comment pourrions-nous vous faire mourir, après que vous venez de nous traiter avec tant de bonté et de libéralité ? Non, nous ne le pouvons pas ; nous dirons à l’empereur que, malgré toutes nos recherches, nous n’avons pu vous trouver. » – « Non, mes amis, leur dit le saint, ne mentez pas, j’aime mieux mourir que si vous dites un mensonge. » Ils lui cou­pèrent la tête et l’enterrèrent dans son jardin où il avait fait lui-même sa fosse. Dites-moi, M.F., ces saints comprenaient-ils, oui ou non, la grandeur du mal que fait celui qui ment ? Mon Dieu, que celui qui a perdu la foi est misérable, puisqu’il ne connaît pas combien le péché est un grand malheur !

Le Saint-Esprit nous dit « que toute bouche qui ment tue son âme[8]. » Notre-Seigneur disait aux Juifs « qu’ils étaient des enfants du démon, parce que la vérité n’était pas en eux[9]. » Pourquoi cela, M.F. ? C’est que le démon est le père du mensonge. Nous lisons dans la vie du saint homme Job, que le Seigneur demanda à Satan d’où il venait. « Je viens, lui répondit le démon, de faire le tour du monde. » – « N’as-tu pas trouvé, lui dit le Seigneur, mon bon homme Job, qui est un homme simple et agissant avec une grande droiture de cœur, craignant Dieu, évitant le mal avec soin, et qui est ennemi du mensonge et de toute sorte de duplicité[10] ? » Voyez-vous comment le bon Dieu prend plaisir à faire l’éloge d’une personne simple et droite dans toutes ses actions ? Voyez ce qui arriva à Aman, favori du roi Assuérus, pour avoir menti, en faisant passer les Juifs pour des perturbateurs. Ayant fait dresser une potence pour y attacher Mardochée, il y fut pendu lui-même[11]. Voyez ce page de la reine Élisa­beth, qui ayant menti contre l’autre page, fut brûlé à sa place. Nous lisons dans l’Apocalypse que saint Jean vit, dans une vision, Notre-Seigneur assis sur un trône éclatant de gloire, qui lui dit : « Je renouvellerai toutes choses[12]. » Il lui fit voir la céleste Jérusalem qui était d’une beauté inexplicable, et lui dit que celui qui se surmontera et vaincra le monde et la chair possédera cette belle Jérusalem ; mais pour ceux qui sont des homicides, des fornicateurs, des adultères et des menteurs, ils seront jetés dans un étang de soufre et de feu, qui est une seconde mort. Notre-Seigneur nous dit que les menteurs auront la même punition en enfer que les fornicateurs[13]. Dites-moi, M.F., pourrons-nous traiter comme peu de chose ou comme une faute légère ce que le bon Dieu punit si rigoureusement, et même dès ce monde ?

Voyez ce qui arriva à Ananie et à Saphire sa femme, qui furent frappés de mort subite pour avoir menti à saint Pierre. Nous lisons dans l’Écriture sainte qu’ayant vendu une terre, ils voulurent garder une partie de l’argent et porter le reste aux Apôtres pour le distribuer aux pauvres, voulant faire penser qu’ils donnaient tout. Ils voulaient paraître pauvres et rester riches ; mais le bon Dieu fit connaître à saint Pierre qu’ils le trompaient. Saint Pierre leur dit : « Comment l’esprit de Satan vous a-t-il rempli le cœur jusqu’à vous faire mentir au Saint­-Esprit ? Ce n’est pas aux hommes que vous mentez, mais à Dieu même. » A peine Ananie eut-il entendu ces paroles, qu’il tomba mort. Trois heures après, Saphire, sa femme, vint sans savoir ce qui était arrivé à son mari, elle se présenta devant les Apôtres. Saint Pierre lui dit : « Est-ce bien vrai que vous n’avez vendu le fonds de votre terre que cela ? » Elle lui répondit : « Oui, nous ne l’avons vendu que cela. » Alors saint Pierre lui dit : « Comme votre mari, vous vous êtes accordés à tromper l’Esprit du Seigneur ; pensez-vous que vous pouvez en imposer à l’Esprit du Seigneur ? Vous serez punie de votre mensonge comme votre mari. Voilà des gens qui viennent de porter votre mari en terre, et, maintenant, ils vont vous y porter aussi. » A peine eut-il dit cela, qu’elle tomba morte et fut em­portée par les mêmes personnes

Mais cependant, M.F., nous pouvons dire que les mensonges les plus mauvais sont ceux que nous disons lorsque nous nous confessons : c’est-à-dire, dans le tri­bunal de la pénitence. Par là, non seulement nous méprisons le commandement qui nous ordonne d’être sincères, mais encore nous profanons le sang adorable de Jésus-Christ. Nous changeons en poison mortel ce qui nous devait rendre la santé de notre pauvre âme, et nous outrageons même le bon Dieu dans la personne de ses ministres, qui sont placés sur le trône de sa mi­séricorde ; nous réjouissons l’enfer en attristant tout le ciel ; nous mentons à Jésus-Christ lui-même, qui voit et qui a compté tous les mouvements de notre cœur. Vous ne doutez pas, M.F., que, si vous aviez menti en vous confessant, et que vous vous contentiez de vous accuser que vous avez menti, cela ne vaudrait rien.

Je dis encore, M.F., que nous mentons par notre silence ou par quelque signe qui fait croire le contraire de ce que nous pensons. Nous lisons dans l’histoire un exemple qui nous fait voir combien le bon Dieu punit rigoureusement les menteurs. Il est rapporté dans la vie de saint Jacques, évêque de Nisibe en Mésopo­tamie, qui vivait dans le quatrième siècle, que, passant par une ville, il y eut deux pauvres qui vinrent lui demander de l’argent, en lui disant que leur camarade venait de mourir et qu’ils n’avaient rien pour le faire enterrer. Ces gens, sachant qu’il était bien charitable, avaient dit à l’un d’eux de faire semblant d’être mort, et qu’ils iraient demander à cet évêque de quoi se divertir. En effet, l’autre se couche par terre comme si, vérita­blement, il avait été mort. Le saint, plein de charité, leur donna ce qu’il put. Pleins de joie, revenant vers leur compagnon pour lui faire part de ce que l’évêque leur avait donné, ils le trouvèrent véritablement mort. Le saint évêque s’étant mis en prières pour demander le pardon des péchés de ce pauvre homme, dans le temps qu’il était en prières, il vit revenir ces deux jeunes gens qui étaient tout en larmes d’avoir été punis de leur mensonge. Ils se jetèrent aux pieds du saint en le priant de les pardonner ; que, s’ils l’avaient trompé, c’était la misère qui les avait portés à cela ; ils le con­jurèrent, en grâce, de prier le bon Dieu de ressusci­ter leur compagnon. Le saint, au lieu de les gronder, imita la charité de son divin Maître ; il y consentit vo­lontiers, pria pour lui, et le bon Dieu rendit la vie à celui auquel le mensonge avait donné la mort. « Mes enfants, leur dit le saint, pourquoi avez-vous menti ? Il fallait me demander ; je vous aurais donné, et le bon Dieu n’aurait pas été offensé. » (Ribadeneira, 15 juillet.)

Non, M.F., il n’est pas permis de mentir, comme le croient certaines personnes ignorantes et sans religion, pour éviter le bruit dans un ménage, soit les enfants envers père et mère, soit envers les domestiques. Vous ferez toujours moins de mal en laissant crier le mari ou la femme ou le voisin, que si vous mentez. Ne vaut-il pas mieux que vous supportiez les humiliations que si vous les faites supporter à Dieu même ? Nous ne devons pas même mentir pour cacher nos bonnes œuvres. Si quelqu’un vous demande si vous avez fait quelque bonne œuvre, si vous êtes obligé de parler, dites que oui, parce que votre mensonge outragerait plus le bon Dieu que votre bonne œuvre ne le glorifierait. En voici un bel exemple. Il est rapporté qu’un saint nommé Jean, était allé visiter un monastère ; lorsque les religieux furent réunis ensemble (il y avait là un diacre qui, par humilité, crainte qu’on eût quelque égard pour lui, n’a­vait jamais dit ce qu’il était), ce saint leur demanda s’il n’y avait point d’ecclésiastique parmi eux. Tous répondirent que non ; mais le saint, se tournant du côté de ce jeune homme, dit en le prenant par la main : « Mais, en voilà un qui est diacre. » Le supérieur lui répondit : « Mon père, il ne l’a dit à personne, sinon à un seul. » Lui baisant la main, le saint lui dit : « Mon ami, gardez­-vous bien de désavouer la grâce que le bon Dieu vous a faite, de peur que vous ne tombiez dans un malheur, et que votre humilité ne vous fasse tomber dans le men­songe ; car il ne faut jamais mentir, non seulement en mauvais dessein, mais encore sous le prétexte d’un bien. » Le diacre le remercia et ne cacha plus ce qu’il était[14].

Saint Augustin nous dit qu’il n’est jamais permis de mentir, pas même quand il s’agirait de faire éviter la mort à quelqu’un. Il nous dit qu’il y avait dans la ville de Togaste en Afrique, un évêque nommé Firmin ; un jour il lui vint des gens de la part de l’empereur, lui deman­der un homme qu’il tenait caché chez lui. Il répondit à ceux qui l’interrogeaient, qu’il ne pouvait ni mentir ni leur dire où il était. Alors, voyant son refus de leur dire l’endroit où était celui qu’ils cherchaient, ils le prirent et lui firent souffrir tout ce que leur cruauté put leur inspirer. Ensuite, l’ayant présenté à l’empe­reur, celui-ci en fut si touché que, non seulement il ne le fit pas mourir, mais encore accorda la grâce à celui qui était chez lui. Hélas ! M.F., si le bon Dieu nous mettait à de pareilles épreuves, qui de nous ne succom­berait pas ? Que le nombre serait petit de ceux qui fe­raient comme ce saint évêque, qui préférait la mort plutôt que de dire un mensonge pour sauver sa vie et celle de son ami ! Hélas ! M.F., c’est que ce saint com­prenait combien le mensonge outrage le bon Dieu, et qu’il vaut bien mieux tout souffrir, et même perdre la vie, que de le commettre ; tandis que nous, dans notre aveuglement, nous regardons comme rien ce qui est bien grand aux yeux de Dieu, et qu’il punit bien rigoureuse­ment dans l’autre vie. Oui, M, F., il vaudrait bien mieux perdre, si vous voulez, votre santé, votre bien ou votre réputation et votre vie même, que d’offenser le bon Dieu et de perdre le ciel. Tous les biens ne sont que pour le temps présent, au lieu que le bon Dieu et notre âme sont pour l’éternité.

Si nous venons de voir combien le mensonge et la duplicité sont communs dans les ventes et les achats, ils ne se trouvent pas moins dans la conversation et dans les sociétés. Si le bon Dieu nous faisait voir et décou­vrir les cœurs de ceux qui composent une société ou une compagnie, nous verrions que presque toutes les pensées sont différentes des paroles qui sortent de leur bouche. L’on sait mettre le langage et tous les dehors de l’estime, de la bienveillance et de l’amitié, avec des sen­timents de haine et de mépris que l’on a dans le cœur, contre ceux avec qui l’on cause. Si vous entrez dans une maison, si vous paraissez dans une compagnie où l’on est occupé à diffamer votre réputation, aussitôt tous les visages changent de face ; l’on vous reçoit, l’on vous accueille avec un air gracieux et l’on vous accable, pour ainsi dire de politesses. Êtes-vous sorti ? aussitôt les railleries et les médisances sur votre compte recommen­cent. Dites-moi, M.F., peut-on trouver quelque chose de plus faux et de plus indigne d’un chrétien ? Hélas ! M.F., cependant rien de si commun dans le monde. Hélas ! M.F., ce monde si ingrat a beau nous trom­per, nous avons beau lui servir de risée, nous l’aimons, et nous nous trouvons infiniment heureux d’en être aimé. O aveuglement du cœur humain, jusques à quand te laisseras-tu séduire ? Jusques à quand tarderas-tu de te tourner du côté de ton Dieu qui ne t’a jamais trompé, pour quitter ce monde faux et hypocrite, qui ne peut te rendre que bien malheureux, même dès cette vie et en­core bien plus dans l’autre ? hélas ! M.F., que celui-là est insensé qui se réjouit d’en être applaudi et d’en être aimé, puisque ce monde est si faux et si trompeur ! Qui pourra jamais compter sur toutes les ruses et toutes les tromperies qui se forment dans le monde ?

Voyez encore, M.F., votre langage par rapport à Dieu. « Mon Dieu, dit cet avare lorsqu’il fait sa prière, je vous aime par-dessus toutes choses, je méprise les richesses, elles ne sont que de la boue en comparaison des biens que vous nous promettez dans l’autre vie. » Mais, hélas ! M.F., ce même homme, au sortir de sa prière ou d’une église, n’est plus le même ; ces biens qui dans sa prière étaient si vils, il les préfère à son Dieu et à son âme ; il ne pense ni aux pauvres ni aux infirmes, et, peut-être, il se détourne d’eux, par crainte qu’ils lui demandent quelque chose. Diriez-vous, M.F., que c’est le même homme, qui, tout à l’heure, disait au bon Dieu qu’il était tout à lui ? Appliquez, M.F., la même réflexion au vindicatif. « Je vous aime, mon Dieu, et tout le monde, » dit-il dans son acte de charité ; et à deux pas, il n’y a sorte de mal qu’il ne dise de son voisin. Voyez cet ambitieux, qui, dans sa prière, dit à Dieu : « Si j’ai le bonheur de vous aimer, je suis assez riche, je ne demande rien de plus ; » et un moment après, s’il aperçoit quelqu’un qui fasse quelque profit qu’il aurait pu faire, il est comme un désespéré. Écoutez cet impudique qui vous fait tant d’éloges de la sainte vertu de pureté ; d’ici à quelques moments, il vomira toutes sortes de saletés, ou s’y plongera. Voyez cet ivrogne, qui blâme tous ceux qui se mettent dans le vin, qui perdent la raison et dépensent mal à propos leur argent ; dans une heure, peut-être, à la première compagnie, il se laissera traîner dans les cabarets et se remplira de vin. Disons de même, M.F., de tous ceux qui joignent la pratique extérieure de la religion avec leurs inclinations vicieuses. Dans l’église, auprès du bon Dieu, tous sont bons chrétiens, du moins en apparence ; mais, répandus dans le monde, ils ne sont plus les mêmes, on ne les reconnaît plus.

Ouvrons les yeux, M.F., et reconnaissons combien tous ces mensonges et toutes ces fourberies sont indignes d’un enfant de Dieu, qui est la charité et la vérité même. Oui, M.F., soyons sincères dans tout ce que nous faisons pour le bon Dieu et pour le prochain, fai­sons pour les autres ce que nous voudrions que l’on fit pour nous, si nous ne voulons pas marcher dans le che­min de la perdition.

En troisième lieu, nous avons dit que souvent l’on ajoute au mensonge des serments et des malédictions, ce qui arrive presque tous les jours. Si quelqu’un ne veut pas vous croire, vous dites : « Si ce n’est pas vrai, que jamais je ne bouge ! C’est aussi vrai que le bon Dieu vous voit, que cette marchandise est bonne ou que cette bête n’a pas de défauts. » Prenez bien garde ; M.F., de ne jamais ajouter au mensonge des serments, même pour assurer une chose vraie. Jésus-Christ nous le défend : « Quand vous voudrez assurer une chose, dites : Cela est ou cela n’est pas ; oui ou non ; je l’ai fait ou je ne l’ai pas fait. Tout ce que vous dites de plus vient du démon[15]. » Soyez bien persuadés, M.F., que ce ne sont ni vos mensonges, ni vos jurements, qui vous font vendre davantage, ni qui font croire ce que vous dites, c’est tout le contraire. Voyez par vous-mêmes si vous vous prenez à tous ces serments et ces mensonges que vous font et vous disent ceux de qui vous achetez. Vous dites : « Je sais que les mensonges et les jurements ne leur coûtent rien, ils n’ont que cela à la bouche. » Mais voilà le langage du monde : « Si je ne mens pas en ven­dant, je ne vendrai pas autant que les autres. » Vous vous trompez ; plus l’on voit une personne conter ses mensonges en louant sa marchandise, plus on lui entend faire ses serments, moins on la croit et plus on se méfie d’elle. Mais si, en vendant ou achetant, vous avez la crainte de Dieu, vous vendrez autant et vous achèterez aussi bon marché que les autres, et vous aurez le bon­heur de sauver votre âme. D’ailleurs. M.F., ne devons­-nous pas préférer perdre quelque chose plutôt que de perdre notre âme, notre Dieu et notre paradis. Quand nous mourrons, de quoi vont nous servir toutes ces fourberies et ces duplicités dont nous nous sommes servis pendant notre vie ? Que de regrets d’avoir perdu le ciel pour si peu de chose !

Voyez ce que vous dit le cardinal Bellarmin. Il y avait, nous dit-il, dans Cologne, deux marchands, qui, pour vendre leurs marchandises, mentaient et juraient pres­que à tous les mots qu’ils disaient. Leur pasteur leur conseilla de quitter cette mauvaise habitude, parce que tous ces mensonges et ces jurements leur porteraient perte, qu’il croyait que s’ils disaient simplement la vé­rité, le bon Dieu les bénirait. Ils ne voulaient pas s’y résoudre ; cependant, pour obéir à leur pasteur, ils le firent enfin, et dirent à tous ceux qui venaient pour acheter leur marchandise qu’ils en voulaient tant, sans mentir ni jurer. Après quelque temps, leur pas­teur leur demanda s’ils avaient fait ce qu’il leur avait dit ; ils lui dirent que oui. Il leur demanda s’ils ne ven­daient pas autant qu’autrefois ; ils lui dirent : « Mon­sieur, depuis que nous avons quitté cette habitude de mentir et de jurer, nous vendons plus qu’auparavant. Nous voyons bien, maintenant, que tous ces mensonges et tous ces jurements ne sont que des ruses du démon pour tromper et perdre les marchands. A présent que les gens savent que nous ne mentons point et ne jurons plus, nous vendons le double d’autrefois, nous voyons que le bon Dieu bénit notre maison d’une manière vi­sible et que tout réussit bien chez nous. » Ah ! M.F., si nous avions le bonheur d’imiter ces marchands dans nos ventes et nos achats, que de péchés de moins, que de crainte de moins pour quand la mort viendra, alors, qu’il en faudra rendre compte, comme personne n’en doute ; puisque Jésus-Christ nous dit lui-même que nous rendons compte d’une parole inutile[16]. Mais non, l’on ne pense pas à tout cela ; n’auriez-vous à vendre que pour un sol, vous mentez dès que l’occasion s’en pré­sente ; vous ne craignez ni de faire souffrir le bon Dieu, ni de perdre votre âme ; pourvu que vous gagniez deux sols, vous êtes contents, tout le reste n’est rien.

Mais, M.F., surtout gardez-vous de jamais ajouter le serment au mensonge. Voyez ce qui arriva devant saint Edouard, roi d’Angleterre : Étant à table avec le comte Gondovin, son beau-père, qui était très orgueilleux et très jaloux, au point qu’il ne pouvait souffrir personne auprès du roi, celui-ci lui dit qu’il savait bien qu’il avait contribué à la mort de son père, le comte lui répondit : « Si cela est véritable, je veux que ce morceau de pain que je vais manger m’étrangle. » Hélas ! à peine eut-il mis son morceau de pain dans sa bouche, qu’il lui resta au gosier et l’étrangla. Il tomba mort à côté du roi[17]. Il est vrai que le bon Dieu ne nous châtie pas toujours d’une manière si terrible, mais nous ne sommes pas moins coupables à ses yeux.

Que devons-nous conclure de tout cela ? Le voici, M.F. C’est de ne jamais nous accoutumer à mentir ; car, une fois qu’on en a pris l’habitude, on ne peut plus s’en corriger ; il faut être sincère et véritable dans tout ce que nous disons et faisons. Si l’on ne veut pas nous croire, eh bien ! qu’on le laisse ! Ne jamais forcer d’au­tres personnes à mentir ; il y en a qui vous questionnent tant, qu’ils vous font dire des mensonges, ou bien vous font mettre en colère. Ils sont encore plus coupables que celui qui ment, puisque, sans eux, l’on n’aurait pas menti. Quand nous voulons nous confesser, il faut bien déclarer quels sont les mensonges que nous avons dits puisque vous avez vu qu’il y en a qui peuvent être des péchés mortels, selon notre intention en les disant. D’ailleurs, M.F., comment pouvons-nous employer à mentir notre langue qui a été arrosée du sang précieux de Jésus-Christ, notre bouche, qui, tant de fois, a servi de tabernacle au corps adorable de Jésus-Christ. O mon Dieu ! si nous pensions à tout cela, aurions-nous bien ce courage ? Heureux, M.F., celui qui agira avec simpli­cité et qui parlera toujours dans la vérité ! C’est le bon­heur que je vous souhaite.

[1] Matth. v, 37.

[2] i Pet. ii, 2.

[3] Mentir par orgueil, dit le Saint, c’est raconter ce que l’on a fait ou ce que l’on a dit, et qu’on l’augmente. » Et plus loin, il ajoute : « Mentir par orgueil, c’est un péché mortel, en disant plus que nous n’a­vons fait ou dit, pour nous faire estimer. »

Pour qu’il y eut péché mortel dans cette circonstance, il faudrait que les choses augmentées, amplifiées, scandalisassent gravement les personnes présentes, ou que le sentiment d’orgueil fût extrêmement grave dans le cœur de celui qui profère le mensonge.

[4] Malum est, malum est, dicit omnis emptor : et cum recesserit, tunc gloriabitur. Prov. xx, 14.

[5] Noli velle mentiri omne mendacium : assiduitas enim illius non est bona. Eclli. vii, 14.

[6] ps. v, 7.

[7] ribadeneira, La Vie des Saints, t. III, 5 mars.

[8] Sap. i, 11.

[9] Joan. viii, 44.

[10] Job, i, 8.

[11] Esther vii, 10.

[12] Apoc. xxi, 5.

[13] Apoc., xxi, 8.

[14] Vie des Pères du désert.

[15] Matth. v, 37.

[16] Matth. xii. 36.

[17] Ribadeneira, au 13 octobre.