Saint Benoit

 

Saint Benoit est le législateur de la vie chrétienne, comme Moïse pour l’ancienne loi, le patriarche des moines, patron des exorcistes, et patron des mourants. Il est notre père dans l’Église. Saint Benoit est le père de l’Europe. Il a un rôle particulier à la fin des temps.

Sa fête est le 21 mars.

Saint Benoit a tiré l’eau du rocher comme Moïse, remonté le fer des profondeurs comme Elisée, marché sur les eaux comme Pierre, et pleuré sur la mort d’un ennemi comme David. Il était rempli de l’esprit de tous les justes. On l’invoque contre le diable et les maléfices, les poisons, la folie, et une bonne mort, et probablement quasiment tout : Il est vainqueur de Satan, et il promit d’assister les mourants qui rappelleront sa mort debout les bras en croix, et de les protéger contre l’esprit du mal par sa présence et de les guider vers le ciel.

La Règle de saint Benoît est règle de la vie chrétienne dont peut et devrait s’inspirer tout catholique (ci-dessous).

Sur sa médaille, saint Benoît est souvent représenté avec un calice d’où sort un serpent, pour rappeler que ce Saint échappa à la mort en faisant un signe de Croix sur une coupe pleine de poison que ses moines lui présentaient à boire. Ce poison de mort ne put supporter le signe de vie qui est la Croix, dit saint Grégoire, et la coupe de verre se brisa comme si on avait lancé contre elle une pierre.» Les lettres inscrites sur la croix et autour d’elle font allusion à ce miracle. Un corbeau ¹ est représenté à ses pieds, comme celui qui lui ramenait sa nourriture dans sa solitude érémitique, comme Dieu fit avec le prophète Élie (Vulg. 3 R 17, 4-6).

¹ Le corbeau dans Genèse 8, 6 ne revient pas vers Noé car il symbolise la désobéissance ou ce qui ne revient pas vers Dieu, tandis que dans 3 Rois 17, 4, Dieu a soumis les corbeaux pour servir Élie.

Il est d’usage dans l’Église de dire trois Pater en l’honneur de la médaille de saint Benoit.

 

OUTILS POUR FAIRE LE BIEN

(Règle de saint Benoit, ch. 4)

1 Avant tout, aimer le Seigneur Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces » (Marc 12, 30).

2 Puis, le prochain comme soi-même. (Marc 12, 31 ; Luc 10, 27).

3 Ensuite, ne pas tuer.

4 Ne pas prendre la femme d’un autre.

5 Ne pas voler.

6 Ne pas désirer avec envie ce que tu n’as pas.

7 Ne pas être un témoin qui ment.

8 Respecter tous les hommes.

9 Ne pas faire aux autres le mal que tu ne veux pas pour toi-même.

DIRE A TOI – MÊME ET AIMER LES AUTRES

10 Renoncer à toi-même pour suivre le Christ.

11 Mener durement ton corps.

12 Ne pas être gourmand.

13 Aimer le jeûne.

14 Donner à manger aux pauvres.

15 Donner des vêtements à ceux qui sont nus.

16 Visiter les malades.

17 Enterrer les morts.

18 Aider ceux qui sont dans le malheur.

19 Consoler ceux qui souffrent.

20 Te rendre étranger aux affaires du monde.

21 Ne rien préférer à l’amour du Christ.

22 Ne pas agir sous le coup de la colère.

23 Ne pas réserver un moment pour te venger.

24 Ne pas garder la ruse dans ton coeur.

25 Ne pas donner une paix qui est fausse.

26 Ne pas cesser d’aimer. 4, 27-50 22

27 Ne pas jurer : cela évite de trahir ton serment.

28 Dire la vérité dans ton coeur comme dans ta bouche.

29 Ne pas rendre le mal pour le mal.

30 Ne pas être injuste avec les autres. Mais si on est injuste avec toi, souffrir cela avec patience.

31 Aimer tes ennemis.

32 A ceux qui te jettent une malédiction, ne pas répondre par une malédiction, mais plutôt par une bénédiction.

33 Accepter de souffrir durement pour la justice.

34 Ne pas être orgueilleux.

35 Ne pas aimer le vin.

36 Ne pas aimer manger beaucoup.

37 Ne pas dormir partout.

38 Ne pas être paresseux.

39 Ne pas murmurer.

40 Ne pas dire du mal des autres.

GARDER TON COEUR POUR DIEU

41 Mettre en Dieu ton espérance.

42 Le bien que tu vois en toi, reconnaître qu’il vient de Dieu et non de toi.

43 Le mal, au contraire, savoir que c’est toujours toi qui le fais, et qu’il vient de toi.

44 Craindre le jour du jugement.

45 Avoir très peur de souffrir loin de Dieu pour toujours.

46 Avec toute l’ardeur qui vient de l’Esprit Saint, désirer vivre avec Dieu pour toujours.

47 Chaque jour, avoir la mort devant tes yeux.

48 A chaque moment de ta vie, surveiller ce que tu fais.

49 Partout, être sûr que Dieu te regarde.

50 Dès que des pensées mauvaises arrivent à ton coeur, les détruire tout de suite en les écrasant contre le Christ (Psaume 136, 9), puis les découvrir à un ancien qui vit selon l’Esprit de Dieu. 23 4,51-74

51 Éviter de dire des paroles mauvaises ou qui ne conviennent pas.

52 Ne pas aimer parler beaucoup.

53 Ne pas dire des paroles vides ou seulement pour faire rire.

54 Ne pas aimer rire beaucoup ou trop fort.

55 Écouter volontiers les lectures saintes.

56 Te prosterner souvent pour prier.

57 Chaque jour, dans la prière, avouer à Dieu tes fautes passées en les regrettant beaucoup et en pleurant.

58 Te corriger de ces mêmes fautes à l’avenir.

59 Ne pas céder aux mauvais désirs du corps.

60 Détester ta volonté égoïste.

OBÉIR A L’ABBÉ ET VIVRE DANS LA VÉRITÉ

61 Obéir en tout aux ordres de l’abbé, même si celui-ci se conduit autrement – espérons que non ! -. Dans ce cas, rappelle-toi le commandement du Seigneur : (Mt 23, 3).

62 Ne pas vouloir être appelé saint avant de l’être, mais l’être d’abord. Ensuite, on le dira avec plus de vérité.

63 Chaque jour, faire passer dans tes actions les commandements de Dieu.

64 Aimer être pur dans ton coeur et dans ton corps.

AIMER TOUS TES FRÈRES

65 Ne détester personne.

66 Ne pas être jaloux.

67 Ne pas cultiver l’envie.

68 Ne pas aimer les disputes.

69 Fuir tout ce qui te met au-dessus des autres.

70 Avoir un grand respect pour les anciens.

71 Avoir de l’affection pour les plus jeunes.

72 Prier pour tes ennemis parce que tu aimes le Christ.

73 Quand tu t’es disputé avec un frère, retrouver la paix avec lui avant le coucher du soleil.

74 Et ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu. 4, 75-78 24

LE MONASTÈRE EST L’ATELIER DU MOINE

75 Voilà les outils qui aident à travailler selon l’Esprit de Dieu.

76 Si nous les utilisons sans arrêt, jour et nuit, et si nous les rendons à Dieu au jour du jugement, alors, en échange, le Seigneur nous donnera la récompense promise.

77 ce que personne n’a jamais entendu, voilà ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Corinthiens 2, 9).

78 Et l’atelier où nous ferons ce travail avec soin, c’est la clôture du monastère où nous restons pour toujours avec la même communauté.

 

ECHELLE DE L’HUMILITE

(Règle de saint Benoit, ch. 7)

1 Frères, la sainte Bible nous dit avec force : « L’homme qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé » (Luc 14, 11).

2 Cette parole nous montre ceci : toutes les fois qu’on se fait grand, on est d’une certaine façon orgueilleux.

3 Le Prophète dit qu’il se méfie de cela : « Seigneur, je n’ai pas le coeur fier. Je ne regarde pas les autres avec mépris. Je n’ai pas cherché de grandes choses ni des merveilles qui me dépassent. »

4 Pourquoi donc ? « Voilà : si mon coeur n’est pas humble, si je veux me faire grand, tu vas me traiter comme le petit enfant que sa mère ne nourrit plus de son lait » (Psaume 130, 1-2).

5 Alors, frères, si nous voulons parvenir au plus haut sommet de l’humilité, si nous voulons arriver rapidement à la magnifique hauteur du ciel, le seul moyen d’y monter, c’est de mener une vie humble sur la terre.

6 Pour cela, nous devons dresser l’échelle de Jacob et monter là-haut par nos actions. Oui, pendant qu’il dormait, Jacob a vu les anges descendre et monter le long de cette échelle (Gn 28, 12).

7 Descendre et monter, c’est sûr, voici ce que cela veut dire : quand on se fait grand, on descend ; quand on se fait petit, on monte.

8 Cette échelle qui est debout, c’est notre vie sur la terre. Et quand notre coeur devient humble, le Seigneur dresse notre vie vers le ciel.

9 A notre avis, les deux côtés de cette échelle représentent notre corps et notre âme. Il y a plusieurs échelons entre ces côtés. Ce sont les échelons de l’humilité et d’une bonne conduite. C’est Dieu qui les a fixés et il nous invite à les monter.

 

LE PREMIER ÉCHELON

-Fuis l’oubli , Dieu te regarde

10 Le premier échelon de l’humilité pour un moine, qui a toujours devant les yeux le respect confiant envers Dieu, c’est de fuir absolument l’oubli.

11 Il se rappelle à tout moment tout ce que Dieu commande. Il pense sans cesse : ceux qui méprisent Dieu seront loin de lui pour toujours à cause de leurs péchés, et une grande souffrance les brûlera comme un feu. Au contraire, ceux qui le respectent avec confiance Dieu les prépare à vivre avec lui pour toujours.

12 A tout moment, ce moine évite les péchés et les graves défauts : ceux des pensées, de la langue, des mains, des pieds, de la volonté égoïste. Il évite aussi les mauvais désirs du corps.

13 L’homme doit être tout à fait sûr qu’à chaque instant Dieu le regarde du haut des cieux. Partout, Dieu voit ce que l’homme fait et, sans cesse, les anges lui en rendent compte.

-Surveille tes pensées

14 Le Prophète nous fait voir cela. Il montre que Dieu est toujours présent à nos pensées et dit : « Dieu regarde au plus profond des reins et des coeurs » (Psaume 7, 10).

15 Et encore : « Le Seigneur connaît les pensées des hommes » (Ps 93, 11).

16 Il dit aussi : « De loin, tu connais mes pensées »(Psaume 138, 3).

17 Et : « Les pensées de l’homme sont très claires pour toi » (Psaume 75, 11).

18 Alors, pour surveiller ses pensées mauvaises, le vrai moine 1 dira toujours dans son coeur : « Je serai sans faute devant Dieu, si je fais attention à ne pas pécher » (Psaume 17, 24).

-Surveille ta volonté

19 Notre volonté égoïste, Dieu nous interdit de la suivre. La Bible nous dit : « Tourne le dos à tes volontés » (Siracide 18, 30).

20 Et dans la prière du Seigneur nous demandons : « Fais que ta volonté se réalise en nous ! » (Matthieu 6, 10).

21 Avec raison, on nous apprend à ne pas faire notre volonté. Faisons bien attention aux paroles de la sainte Bible : « Certaines routes semblent droites aux hommes. Pourtant, elles nous conduisent loin de Dieu pour toujours » (Pr 16, 25).

22 Ayons peur aussi de cette parole que la Bible dit pour les négligents : « A force de faire leurs volontés, ils sont devenus très mauvais et complètement corrompus » (Ps 13, 1). Surveille tes désirs

23 Quand les mauvais désirs du corps nous tentent, croyons fermement que Dieu est toujours là, près de nous. En effet, le Prophète dit au Seigneur : « Tout mon désir est devant toi » (Psaume 37, 10).

24 C’est pourquoi nous devons nous méfier du désir mauvais. Oui, la mort est là, juste à l’entrée du chemin qui conduit aux plaisirs.

25 A cause de cela, la Bible nous donne ce commandement : « Ne suis pas tes désirs mauvais » (Siracide 18, 30).

-Sois vigilant , car Dieu te regarde

26 « Donc, les yeux du Seigneur regardent avec attention les bons et les méchants » (Proverbes 15, 3).

27 « Du haut du ciel, le Seigneur regarde toujours les enfants des hommes pour voir s’il y a quelqu’un de sage et qui cherche Dieu » (Paume 13, 2).

28 Et les anges qui sont chargés de veiller sur nous présentent sans cesse tous nos actes au Seigneur, jour et nuit.

29 Alors, frères, méfions-nous ! Comme le Prophète le dit dans un psaume, Dieu pourrait nous surprendre à un moment donné en train de tomber dans le péché et de devenir de faux moines 1 (voir Psaume 13, 3).

30 Il est patient avec nous actuellement parce qu’il est bon, et il attend que nous devenions meilleurs. Mais, plus tard, il nous dira peut-être : « Voilà ce que tu as fait, et je n’ai rien dit ! » (Psaume 49, 21).

 

LE DEUXIÈME ÉCHELON

31 Le deuxième échelon de l’humilité pour un moine, c’est de détester sa volonté égoïste. Alors il n’aime pas satisfaire ses désirs.

32 Au contraire, il imite par ses actions le Seigneur qui a dit cette parole : « Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 6, 38).

33 On a écrit aussi : « Faire sa volonté entraîne la punition. être obligé d’obéir à un autre fait gagner la récompense » (Actes des Martyrs).

 

LE TROISIÈME ÉCHELON

34 Le troisième échelon de l’humilité pour un moine, c’est d’obéir parfaitement à un supérieur parce qu’on aime Dieu. Par là, le moine imite le Christ. En effet, l’apôtre Paul dit du Seigneur : « Il a voulu obéir jusqu’à la mort » (Philippiens 2, 8).

 

LE QUATRIÈME ÉCHELON

35 Le quatrième échelon de l’humilité pour un moine, c’est, dans ce chemin de l’obéissance, de s’attacher très fort à la patience, avec un coeur qui garde le silence, même quand on lui commande des choses pénibles et contrariantes, même s’il faut souffrir l’injustice.

36 C’est aussi de ne pas perdre courage et de ne pas reculer quand il faut supporter tout cela. La Bible dit : « Celui qui restera fidèle jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » (Mt 24, 13).

37 Et encore : « Rends ton coeur fort et attends le Seigneur » (Psaume 26, 14).

38 La Bible veut montrer ceci : celui qui croit en Dieu doit tout supporter pour le Seigneur, même les choses les plus contrariantes. C’est pourquoi elle fait dire à ceux qui souffrent : « A cause de toi, on nous condamne à mort tous les jours. On nous traite comme des brebis qu’on va bientôt tuer » (Psaume 43, 22 ; Romains 8, 36)

39 Mais ces frères sont tout à fait sûrs de la récompense de Dieu qu’ils espèrent. Et, pleins de joie, ils ajoutent : « Dans toutes ces souffrances, nous remportons la victoire à cause de Celui qui nous a aimés » (Romains 8, 37).

40 A un autre endroit, la Bible dit encore : « O Dieu, tu nous as mis à l’épreuve, tu nous as fait passer par le feu, comme on fait passer l’argent par le feu. Tu nous as fait tomber dans un piège. Sur notre dos tu as mis des poids très lourds » (Psaume 65, 10-11).

41 Et pour montrer que nous devons être sous l’autorité d’un supérieur, la Bible continue en disant : « Tu as placé des hommes au-dessus de nos têtes » (Psaume 65, 12).

42 C’est par la patience que ces moines accomplissent le commandement du Seigneur au milieu des souffrances et des injustices. On les frappe sur une joue, ils présentent l’autre. On prend leur vêtement, ils donnent celui qui leur reste encore. On leur demande de faire un kilomètre, ils en font deux (Mt 5, 39-41).

43 Avec l’apôtre Paul, ils supportent les faux frères (2 Corinthiens 11, 26). Et à ceux qui leur jettent des malédictions, ils répondent par des bénédictions (1 Corinthiens 4, 12).

 

LE CINQUIÈME ÉCHELON

44 Le cinquième échelon de l’humilité pour un moine, c’est d’avouer humblement à son abbé toutes les pensées mauvaises qui arrivent à son coeur ou bien les fautes qu’il a faites en secret, sans rien lui cacher.

45 La Bible nous invite à faire cela quand elle dit : « Découvre ta conduite au Seigneur et espère en lui » (Psaume 36, 5).

46 Elle dit aussi : « Avouez vos fautes au Seigneur, parce qu’il est bon et sa tendresse dure toujours » (Psaume 105,1).

47 Le Prophète dit encore : « Je t’ai fait connaître mon péché et je n’ai pas caché mes fautes.

48 J’ai dit : A haute voix je présenterai mes fautes devant toi, Seigneur, et toi, tu as pardonné à mon coeur coupable » (Psaume 31, 5).

 

LE SIXIÈME ÉCHELON

49 Le sixième échelon de l’humilité pour un moine, c’est d’être content de la condition la plus ordinaire et la plus basse. Dans tout ce qu’on lui ordonne de faire, il pense qu’il est un ouvrier mauvais et incapable.

50 Il dit avec le Prophète : « Je ne suis plus rien du tout et je ne sais rien. Je suis comme une bête devant toi. Pourtant, moi, je suis toujours avec toi » (Psaume 72, 22-23).

 

LE SEPTIÈME ÉCHELON

51 Le septième échelon de l’humilité pour un moine, ce n’est pas seulement de dire avec la bouche : « Je suis le dernier et le plus misérable de tous », c’est aussi de le croire du fond du coeur.

52 Le moine se fait petit et dit avec le Prophète : « Et moi, je suis un ver et non pas un homme. Les gens se moquent de moi, le peuple me rejette » (Psaume 21, 7).

53 « Je me suis élevé, puis on m’a abaissé. et je suis couvert de honte » (Psaume 87, 16).

54 Le Prophète dit encore : « Tu m’as abaissé. Pour moi, c’est une bonne chose. Ainsi, j’apprends tes commandements » (Psaume 118, 71).

 

LE HUITIÈME ÉCHELON

55 Le huitième échelon de l’humilité pour un moine, c’est de faire ce que la Règle commune de son monastère et les exemples des anciens l’invitent à faire, et rien d’autre.

 

LE NEUVIÈME ÉCHELON

56 Le neuvième échelon de l’humilité pour un moine, c’est d’interdire à sa langue de parler, c’est de garder le silence et de se taire jusqu’à ce qu’on l’interroge.

57 En effet, la Bible enseigne ceci : « Quand on parle beaucoup, on n’évite pas le péché » (Proverbes 10, 19).

58 Et : « Le bavard ne sait pas se conduire sur cette terre » (Ps 139, 12).

 

LE DIXIÈME ÉCHELON

59 Le dixième échelon de l’humilité pour un moine, c’est de ne pas rire trop facilement et pour n’importe quoi. En effet, la Bible dit : « C’est l’homme stupide qui éclate de rire » (Siracide 21, 23).

 

LE ONZIÈME ÉCHELON

60 Le onzième échelon de l’humilité pour un moine, c’est de parler doucement et sans rire, humblement, avec sérieux, en peu de mots, avec des paroles de bon sens. Il ne criera jamais.

61 Quelqu’un a dit : « On reconnaît un homme sage au peu de paroles qu’il dit. »

 

LE DOUZIÈME ÉCHELON

62 Le douzième échelon de l’humilité pour un moine, c’est non seulement d’être humble dans son coeur, mais encore de le montrer à tout moment dans son attitude devant ceux qui le voient vivre.

63 Pendant le Service de Dieu, à l’oratoire et dans le monastère, au jardin et en chemin, dans les champs et partout où il se trouve, assis, debout ou en marche, le moine a toujours la tête penchée et il regarde vers la terre.

64 A tout moment, il se juge coupable de ses péchés. Il pense qu’il est déjà devant le terrible tribunal de Dieu.

65 Dans son coeur il répète les paroles du publicain de l’Évangile. Il disait en gardant les yeux fixés vers la terre : « Seigneur, je ne suis pas digne de lever les yeux vers le ciel, parce que je suis un pécheur » (Luc 18, 13).

66 Avec le Prophète il dit aussi : « Je me tiens courbé et je me fais tout petit » (Psaume 37, 7 et 9).

67 Alors, quand le moine a monté tous ces échelons de l’humilité, il parvient bientôt à aimer Dieu d’un amour parfait. Et quand l’amour de Dieu est parfait, il chasse la peur dehors (1 Jean 4, 18).

68 Quand le moine aime de cette façon, tout ce qu’il faisait avant avec une certaine crainte, il commence à le pratiquer sans aucune peine, comme si c’était naturel et par habitude.

69 Il n’agit plus parce qu’il a peur de souffrir loin de Dieu pour toujours. Mais il agit parce qu’il aime le Christ, qu’il a pris de bonnes habitudes et qu’il goûte la douceur de faire le bien.

70 Voilà ce que le Seigneur voudra bien montrer, par l’Esprit Saint, dans son ouvrier purifié de ses penchants mauvais et de ses péchés.

 

Neuvaine à Saint Benoit

Premier jour

Seigneur, par l’intercession de Saint Benoît, éloignez de nous, les maux dont nous souffrons. Le nom de votre bienheureux serviteur est béni éternellement. Que ne peut-il pas en notre faveur ? Qu’il détourne par ses prières tout ce qui pourrait nous éloigner de Vous, ô mon Dieu, que votre bénédiction nous obtienne tous les dons de votre Providence.

Oraison. Seigneur, nous vous supplions : que l’intercession du bienheureux Abbé Saint Benoit, nous protège, afin que, par son patronage, nous obtenions ce que nous ne pouvons espérer par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il (Collecte 21 mars).

Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Deuxième jour

Ô Dieu, dont la miséricorde est sans mesure et dont la bonté est infinie, nous Vous rendons grâce de nous avoir donné un puissant intercesseur en la personne de votre serviteur Saint Benoît. Faites Seigneur, que ses mérites et ses prières nous préservent de toutes maladies et surtout de tous maléfices.

Oraison. Seigneur, nous vous supplions : que l’intercession du bienheureux Abbé Saint Benoit, nous protège, afin que, par son patronage, nous obtenions ce que nous ne pouvons espérer par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Troisième jour

Seigneur, que votre bonté est ineffable, car pendant que, victime de la charité, Vous vous livriez à la mort, Vous étiez encore prêt à pardonner. Que vos pensées sont éloignées des nôtres ! Votre douceur envers les méchants est inébranlable. À leurs paroles, plus perçantes que les épines, vous répondez par les paroles plus gracieuses que la rosée. Saint Benoit qui avez vraiment imité le Seigneur, obtenez-moi cette même grâce.

Oraison.Seigneur, nous vous supplions : que l’intercession du bienheureux Abbé Saint Benoit, nous protège, afin que, par son patronage, nous obtenions ce que nous ne pouvons espérer par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Quatrième jour

Seigneur mon Dieu, comme Saint Benoît l’a fait dès son enfance, je voudrais Vous plaire en tout et chercher toujours à mieux Vous connaître. Accordez-moi, je vous en prie, la grâce de désirer, comme lui, la vie éternelle de toutes mes forces, d’avoir chaque jour dans l’esprit la pensée de ma mort et ma rencontre définitive avec Vous, et de veiller à toute heure sur les actions de ma vie, pour qu’elles plaisent à votre Cœur de Père. Par Jésus-Christ Notre Seigneur.

Oraison. Seigneur, nous vous supplions : que l’intercession du bienheureux Abbé Saint Benoit, nous protège, afin que, par son patronage, nous obtenions ce que nous ne pouvons espérer par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Cinquième jour

Saint Benoît, homme de Dieu, priez pour nous, patriarche des moines d’Occident, rempli de l’esprit de tous les justes, très sage législateur, à qui l’Esprit-Saint a dicté une règle surnommée la clef du Paradis, priez pour nous.

Père d’un grand nombre de Martyrs, de Saints Docteurs et Confesseurs, Saint Benoît, maître très éclairé dans la vie spirituelle, qui dès votre jeune âge avez fui le monde pour vous retirer dans le désert, prodige de mortification et d’austérité, qui pour ne pas ternir votre pureté, avez roulé votre corps innocent dans les ronces et les épines, priez pour nous.

Saint Benoît, miroir d’obéissance, de pauvreté et de chasteté, qui, à l’aide du signe de la Croix avez renversé les idoles, arrêté les embûches du démon et fait sortir un serpent [diable] d’un breuvage empoisonné [doctrine hérétique], priez pour nous.

Saint Benoît, qui par votre fervente prière avez guéri les malades, ressuscité les morts et délivré les possédés, priez pour nous.

Oraison. Seigneur, nous vous supplions : que l’intercession du bienheureux Abbé Saint Benoit, nous protège, afin que, par son patronage, nous obtenions ce que nous ne pouvons espérer par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Sixième jour

Saint Benoît, toujours invincible dans la foi, inébranlable dans l’espérance et très ardent dans l’amour de Dieu, très charitable appui des affligés et des malheureux, toujours prêt à compatir et à secourir, intercédez pour nous et protégez-nous en ces temps d’apostasie, afin que nous soyons invincibles dans la foi, inébranlables dans l’espérance et très ardents dans l’amour de Dieu ; vous qui avez rendu votre âme à Dieu debout devant l’autel du Seigneur ; puissant avocat auprès de Dieu pour ceux qui recourent à vous ; Saint Benoît, patron de la bonne mort, intercédez pour nous.

Oraison. Seigneur, nous vous supplions : que l’intercession du bienheureux Abbé Saint Benoit, nous protège, afin que, par son patronage, nous obtenions ce que nous ne pouvons espérer par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Septième jour

Bienheureux Saint Benoît qui avez su, dans un magnifique équilibre d’esprit et de cœur, mettre dans votre vie et dans celle de tous ceux qui se mettent à votre école, ce même équilibre et cette paix inaltérables qui rayonnaient en vous, aidez-nous dans les temps troublés que nous traversons, à mieux comprendre que la sérénité de l’âme ne saurait se trouver que dans la possession de Dieu qui, Seul, donne la clé de tous nos problèmes et permet la réalisation de nos aspirations au bonheur.

Oraison. Seigneur, nous vous supplions : que l’intercession du bienheureux Abbé Saint Benoit, nous protège, afin que, par son patronage, nous obtenions ce que nous ne pouvons espérer par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Huitième jour

Jésus qui avez toujours accueilli avec tant d’amour les petits, les faibles, les humbles, les malades, et les pécheurs ; Aidez-moi, Seigneur, à exercer la charité pour Dieu envers les petits, les faibles, les humbles, les malades, les pécheurs et tous ceux qui souffrent, je vous le demande par Saint Benoît, daignez m’en accorder la grâce.

Oraison. Seigneur, nous vous supplions : que l’intercession du bienheureux Abbé Saint Benoit, nous protège, afin que, par son patronage, nous obtenions ce que nous ne pouvons espérer par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Neuvième jour

Tout au long de sa vie terrestre la Très Sainte Vierge Marie a été fidèle à sa mission de Mère du Rédempteur. Saint Benoît, vous qui aviez une grande confiance en la Vierge Marie, aidez-moi à être un véritable enfant de Marie, notre Mère. Saint Benoît, avec Marie, priez pour moi et intercédez auprès du Seigneur pour m’obtenir la grâce d’être vraiment fidèle à Dieu en cette fin des temps.

Oraison. Seigneur, nous vous supplions : que l’intercession du bienheureux Abbé Saint Benoit, nous protège, afin que, par son patronage, nous obtenions ce que nous ne pouvons espérer par nos mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Ainsi soit-il.

Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père.

 

Saint Benoît dans les Révélations de sainte Brigitte

Livre 3, chapitre 20

La Sainte Vierge, Mère de Dieu, parle à sa fille, lui montrant comment par le talent, sont désignés les dons du Saint-Esprit. Manière dont saint Benoît multiplie en soi les dons du Saint-Esprit, et par quels moyens le Saint-Esprit et le malin esprit entrent en l’âme de l’homme.

C’est la Mère de Dieu qui parle à sainte Brigitte : Ma fille, il est écrit que celui qui avait reçu cinq florins, en avait gagné cinq autres. Qu’est-ce autre chose, un talent, sinon le don du Saint-Esprit ? car les uns reçoivent la science, les autres les richesses, les autres la familiarité des riches, et néanmoins, tous doivent rapporter à leur maître un double lucre, savoir : de la science, en vivant utilement pour soi et en instruisant les autres ; des richesses et autres dons, en usant raisonnablement et en aidant miséricordieusement les autres.

Ce bon abbé saint Benoît en fit de la sorte : il multiplia le don de grâce qu’il avait reçu, quand il méprisa tout ce qui était passager ; quand il contraignit la chair de servir à l’esprit ; quand il ne préféra rien à la charité divine ; que voire même, craignant que ses oreilles ne fussent tachées des paroles vaines, ses yeux souillés par la vue des choses délectables, il s’enfuit au désert, imitant celui qui, n’étant pas né encore, en tressaillant de joie entre les flancs de sa mère, connut l’avènement de son Sauveur très-pieux et très-clément.

En vérité, saint Benoît eut bien obtenu le ciel sans le désert, car le monde était mort pour lui, et son cœur était tout plein de Dieu. Mais il plut à Dieu d’appeler saint Benoît à la montagne ; afin qu’étant connu de plusieurs, plusieurs fussent incités par son exemple à la perfection de la vie. Le corps de ce saint était comme un sac de terre dans lequel était caché le feu du Saint-Esprit, qui chassa de son cœur le feu diabolique : car comme le feu corporel s’allume de deux choses, de l’air et du souffle de l’homme, de même le Saint-Esprit entre en l’âme de l’homme, ou par l’inspiration personnelle, ou bien par quelque opération humaine, ou locution divine, qui excite l’esprit à Dieu. De même l’esprit diabolique visite les siens, mais d’une manière incomparablement différente, car le Saint-Esprit échauffe l’âme pour rechercher Dieu, mais il ne la brûle pas charnellement.
Il luit et éclate en la modestie pure, et la malice n’offusque point l’esprit ; mais l’esprit du diable brûle le cœur et l’excite aux choses charnelles, et les rend intolérablement amères, offusque l’esprit par l’inconsidération de soi-même, et le déprime entièrement à terre.

Partant, afin que ce bon feu qui était en saint Benoît embrassât plusieurs, Dieu l’appela à la montagne ; et ayant appelé à soi plusieurs étincelles, il ne fit, par l’Esprit de Dieu, un grand feu, et leur composa la règle de l’Esprit de Dieu, par le moyen de laquelle plusieurs ont été parfaits comme saint Benoît. Or, maintenant, plusieurs flambeaux jetés de ce grand feu caché, sont dispersés partout, ayant pour la chaleur le froid, pour la lumière les ténèbres. Que s’ils s’assemblaient dans ce feu, ils donneraient et enverraient des flammes et des chaleurs partout.

Livre 3, chapitre 21

La Sainte Vierge Marie parle à sa fille sainte Brigitte, montrant par exemple les magnificences et les perfections de la vie de saint Benoît. Comment l’âme fructueuse au monde est marquée et figurée par l’arbre infructueux, l’orgueil de l’esprit par le caillou. De trois étincelles grandement notables, tirées du cristal, du caillou et de l’arbre.

La sainte Mère de Dieu parle à sainte Brigitte, disant : Je vous ai dit ci-dessus que le corps de saint Benoît était comme un sac, qui était discipliné et gouverné et ne gouvernait pas. Enfin, son âme était comme un ange qui a donné de soi une grande chaleur et embrasement, comme je vous le montre par un exemple. Par exemple, s’il y avait trois feux, et si l’un de ces feux était allumé en la myrrhe, il donnerait de soi l’odeur de suavité ; le deuxième, s’il était allumé au bois vert, donnerait de soi des charbons ardents et une splendeur éclatante ; le troisième, s’il était allumé à l’olivier, donnerait de flammes de lumière et de chaleur.

Par ces trois feux j’entends trois sortes de personnes, et par ces personnes, trois états au monde. Le premier état était de ceux qui, ayant considéré l’amour et la charité de Dieu, ont renoncé à leur propre volonté entre les mains d’autrui ; qui ont pris, au lieu de la vanité et superbe du monde, la pauvreté et l’abjection ; qui, au lieu de l’intempérance, ont aimé la continence et la pureté. Ceux-ci ont eu le feu dans la myrrhe.

Car comme l’amertume de la myrrhe chasse les démons, étanche la soif, de même leur abstinence est amère au corps, éteint la concupiscence déréglée et affaiblit toute la puissance des diables. Le second est de ceux qui ont telles pensées :
Pourquoi aimons-nous les hommes du monde, qui n’est autre chose qu’un air qui bat les oreilles ? Pourquoi aimons-nous l’or, puisque ce n’est que terre rouge ? Or, quelle est la fin de la chair, sinon pourriture et feu ? que nous profite-t-il de désirer les choses terrestres, puisque toutes sont vanité ? Partant, nous ne voulons vivre pour autre fin, ni travailler à autre intention, qu’afin que Dieu soit honoré en nous, et afin que les autres s’allument du feu de l’amour divin par nos paroles et par nos exemples.

Ceux-ci eurent le feu au bois vert, car l’amour du monde a été mort en eux, et un chacun d’eux donnait des charbons ardents de justice, d’éclat d’une prédication divine. Le troisième état était de ceux qui, étant fervents en la passion de Jésus-Christ, désiraient de tout leur cœur de mourir pour Jésus-Christ : ceux-ci ont eu leur feu en l’olivier, car comme ce bois jette, quand il brûle, de la graisse grandement chaude, de même ceux-ci ont été engraissés de la grâce divine, par le moyen de laquelle ils ont puisé et donné la lumière de la divine science, l’ardeur d’une charité fervente et la force d’une honnête conversation.

Ces trois feux se sont dilatés au loin et au large. Le premier de ces feux s’est allumé dans les ermites et les religieux, comme dit saint Jérôme, qui, inspiré du Saint-Esprit, a trouvé leurs vies admirables et inimitables. Le Deuxième a été allumé dans les confesseurs et les docteurs ; le troisième, dans les martyrs, qui ont méprisé leur vie pour l’amour de Jésus-Christ, et d’autres l’eussent méprisée, s’ils eussent obtenu de Dieu la grâce et le secours.

Saint Benoît a été envoyé à quelques-uns de ces feux et de ces états, lui qui unit trois feux en telle sorte que les aveugles étaient illuminés, les froids étaient échauffés, et les fervents rendu plus fervents. Et c’est en ces trois feux que la religion de saint Benoît commença, qui conduisait en la voie de salut et bonheur éternel un chacun, selon la disposition et la capacité de l’esprit d’un chacun.

Or, maintenant, comme du sac de saint Benoît s’exhalait la douceur du Saint-Esprit, par laquelle plusieurs monastères se renouvelaient, de même maintenant, du sac de plusieurs de ses frères se retire le Saint-Esprit, car la chaleur de la cendre est éteinte, et les flambeaux gisent dispersés, ne donnent ni chaleur ni splendeur, mais bien une fumée d’impureté et de cupidité.

Néanmoins, pour la consolation et le soulas de plusieurs, Dieu m’a donné trois étincelles, sous le nom desquelles j’entends un grand nombre : la première est tirée du cristal par la chaleur et la splendeur du soleil, qui s’est prise au bois sec, afin qu’elle fasse un grand feu. La deuxième est tirée d’un caillou fort dur. La troisième est tirée d’un bois infructueux qui a crû avec ses racines et a dilaté ses feuilles.

Or, par le cristal, qui est une pierre froide et fragile, est signifiée l’âme qui, bien qu’elle soit froide en l’amour de Dieu, s’efforce néanmoins d’aller à la perfection, et prie Dieu, afin qu’il la secoure. C’est pourquoi cette volonté la porte à Dieu, lui fait mériter que Dieu lui augmente les tentations, par lesquelles il la refroidit des tentations mauvaises, jusqu’à ce que Dieu, illuminant son cœur, s’arrête tellement en cette âme vide de volupté, qu’elle ne veut vivre désormais que pour l’honneur de Dieu. Par le caillou est marqué la superbe : qu’y a-t-il en effet de plus dur que la superbe de l’esprit de celui qui cherche et mendie les louanges de tous, et néanmoins désire patiemment d’être appelé humble et être estimé dévot ? Qu’y a-t-il de plus abominable que l’âme qui préfère ses pensées à toutes pensées, et ne veut être reprise de personne ni enseignée d’aucun ?

Vraiment, il y en a plusieurs qui, étant ainsi superbes, demandent humblement à Dieu qu’il arrache de leur cœur la superbe et l’ambition. C’est pourquoi Dieu ôte de leur cœur , leur bonne volonté coopérant, tout ce qui les empêche et les contrarie, leur donnant des choses douces par lesquelles ils sont retirés des choses du monde et excités aux choses célestes. Par l’arbre infructueux est signifiée cette âme qui, nourrie en la superbe, fructifie pour le monde, désire l’avoir et posséder l’honneur. Néanmoins, d’autant qu’il craint la mort éternelle, elle arrache force souches de péché, qu’elle perpétrait, n’était la crainte. Partant, Dieu s’approche de cette âme, à raison de cette crainte, et lui inspire sa grâce, afin que l’arbre inutile soit fructueux. C’est pourquoi l’ordre de saint Benoît, qui semble maintenant désolé et abject à plusieurs, doit être renouvelé avec telles étincelles.