Sur le sacrement de Pénitence et la contrition, et sur le pardon des péchés sans une absolution sacramentelle

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Sommaire

  • Avant-propos : Erreur et hérésie dans l’ancienne page
  • Republication depuis le 16 décembre 2018
    • Partie 1. Sur le sacrement de Pénitence et la contrition
      • Absolution sacramentelle et contrition
      • Pas d’absolution sans éviter les occasions prochaines de péché
      • Toute confession doit nécessairement se faire en personne et non pas à distance, par téléphone, par écrit, etc.
    • Partie 2. Sur le pardon des péchés sans une absolution sacramentelle
      • Confession non-sacramentelle si aucun prêtre possible du tout
    • Plus sur la contrition
      • Aides à la contrition
      • Prières de contrition
    • Les mauvaises confessions sont le chemin de l’enfer pour beaucoup – À propos des confessions sacrilèges
    • Sermon du saint curé d’Ars sur la contrition

 

Avant-propos : Erreur et hérésie dans l’ancienne page

Cette page, d’avant le 30 novembre 2018, contenait une partie (contenu d’avant : capture d’écran ci-dessous) qui enseignait l’hérésie qu’on ne pourrait pas être pardonné sans contrition parfaite, ni avec seulement l’attrition et le sacrement de pénitence, ce qui est bien évidemment absolument faux.

Je me repens, je condamne et déteste (absolument de toutes mes forces et pour l’amour de Dieu) d’avoir laissé l’enseignement d’une hérésie qu’on ne pourrait pas être pardonné sans contrition parfaite, ni avec seulement l’attrition et le sacrement de pénitence, et j’abjure d’avoir ainsi propagé une hérésie. Je professe, au contraire, qu’on peut être sauvé avec seulement l’attrition et le sacrement de pénitence.

Mais cette page déjà remaniée vers le 30 novembre 2018 a due être à nouveau corrigée depuis le 13 décembre 2018 car j’avais inséré une phrase dans la mauvaise partie parce que je n’ai pas fait assez attention ayant voulu allé trop vite quand j’ai remanié les paragraphes. La phrase «En fait, le pape Léon X et le pape Innocent XI ont même directement condamné l’idée hérétique qu’on puisse être pardonné et sauvé avec seulement l’attrition ou la contrition imparfaite» était dans la partie 1 avec le sacrement « Sur le sacrement de Pénitence et la contrition » au lieu d’être dans la partie 2 sans le sacrement « Sur le pardon des péchés sans une absolution sacramentelle »J’ai décidé de refaire entièrement cette page – republiée le 16 décembre 2018

Je ne croyais pas qu’il fallait la contrition pour recevoir le sacrement mais je croyais à tort qu’on recevait la contrition dans le sacrement de pénitence (avant ou pendant ou après la confession ou par l’acte de contrition ou par l’absolution ou après la satisfaction) et qu’il fallait donc avoir la contrition pour être sauvé, et j’ai mal exprimé ce que je croyais : Je croyais que ce que dit Trente, sess. 14, ch. 4 : «En tout temps ce mouvement de contrition a été nécessaire pour obtenir le pardon des péchés», était la contrition puisque c’est appelé « mouvement de contrition », mais c’est le contraire car le « mouvement de contrition » inclut la contrition imparfaite ou attrition qui est une partie de la contrition, c’est ce qui est expliqué dans la republication entière du 16 décembre ci-dessous.

Republication depuis le 16 décembre 2018

Psaume 50, 19b : «vous ne dédaignerez pas, ô Dieu, un cœur contrit et humilié»

Partie 1. Sur le sacrement de Pénitence et la contrition

Absolution sacramentelle et contrition

Le sacrement de pénitence est nécessaire au salut

Concile de Trente, 14ème session, ch. 2, 1551 ex cathedra : «Ce sacrement de la pénitence est nécessaire au salut pour ceux qui sont tombés après le baptême, comme l’est le baptême lui-même pour ceux qui n’ont pas encore été régénérés».

(Entre parenthèses, le concile de Trente, 14ème sess., ch. 2 ci-dessus, condamne aussi le baptême de désir qui ne régénère pas, selon l’avis même des partisans de l’hérésie du baptême « de désir »).

Pape Eugène IV, Exsultate Deo, 22 novembre 1439, Décret pour les Arméniens : «L’effet de ce sacrement est l’absolution des péchés». (Denz. 1323)

Concile de Trente, sess. 14, chap. 3, sur les parties et les fruits de ce sacrement, ex cathedra : « Pour ce qui concerne la vertu et l’efficacité du sacrement, la réconciliation avec Dieu en est la réalité et l’effet ».

La contrition

La contrition est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. Cette contrition comprend non seulement l’abandon du péché, le propos et le début d’une vie nouvelle, mais aussi la haine de la vie ancienne.

Concile de Trente, Session 14 , Chapitre 4 ex cathedra : «La contrition, qui tient la première place parmi les actes du pénitent dont il a été parlé, est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. En tout temps ce mouvement de contrition a été nécessaire pour obtenir le pardon des péchés ; dans celui qui est tombé après le baptême, il prépare encore à la rémission des péchés s’il est joint à la confiance en la miséricorde divine et au désir de faire tout le reste requis pour recevoir ce sacrement comme il convient».

Concile de Trente, Session 14 , Chapitre 4 ex cathedra : «Le saint concile déclare donc que cette contrition comprend non seulement l’abandon du péché, le propos [de ne pas pécher à l’avenir] et le début d’une vie nouvelle, mais aussi la haine de la vie ancienne, conformément à ces paroles : « Rejetez loin de vous toutes les iniquités par lesquelles vous avez prévariqué, et faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau » (Ez 18, 31)».

La contrition imparfaite (ou l’attrition) est par considération du péché ou par crainte des châtiments.

Concile de Trente, sess. 14, chap. 4, sur la contrition, ex cathedra : « La contrition imparfaite [1705], qu’on appelle attritionparce qu’on la conçoit en général ou bien en considérant la laideur du péché ou bien par crainte de l’enfer et des châtiments, si elle exclut la volonté de pécher jointe à l’espoir du pardon, le saint concile déclare que non seulement elle ne fait pas de l’homme un hypocrite et un plus grand pécheur [1456], mais qu’elle est aussi un don de Dieu, une impulsion de l’Esprit Saint qui, n’habitant pas encore le pénitentmais le mouvant seulement, lui vient en aide, pour qu’il prépare pour lui-même le chemin vers la justice. Et bien que sans le sacrement de la pénitence elle [la contrition imparfaite] ne puisse pas par elle-même conduire le pécheur jusqu’à la justificationcependant elle le dispose à obtenir la grâce de Dieu dans le sacrement de la pénitence ».

Le mouvement de contrition qui est nécessaire pour obtenir le pardon des péchés

Concile de Trente, Session 14 , Chapitre 4 ex cathedra : «La contrition, qui tient la première place parmi les actes du pénitent dont il a été parlé, est une douleur de l’âme et une détestation du péché commis, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir. En tout temps ce mouvement de contrition a été nécessaire pour obtenir le pardon des péchés ; dans celui qui est tombé après le baptême, il prépare encore à la rémission des péchés s’il est joint à la confiance en la miséricorde divine et au désir de faire tout le reste requis pour recevoir ce sacrement comme il convient».

Ce mouvement de contrition est : 1° la douleur de l’âme (par contrition pour l’amour de Dieu ou par attrition par considération du péché ou par crainte des châtiments), 2° détestation du péché commis (par contrition pour l’amour de Dieu ou par attrition par considération du péché ou par crainte des châtiments), 3° propos (ferme résolution) de ne pas pécher à l’avenir.

L‘attrition si elle exclut la volonté de pécher jointe à l’espoir du pardon est une impulsion de l’Esprit-Saint n’habitant pas encore le pénitent, mais le mouvant seulement. Cette impulsion entraîne le mouvement de contritionL’attrition si elle exclut la volonté de pécher jointe à l’espoir du pardon est surnaturelle ; Un mouvement seulement naturel ne suffit pas :

Innocent XI, erreurs diverses sur les questions morales (# 57), 4 mars 1679 : «Il est probable qu’il suffit d’une attribution naturelle dès lors qu’elle est honnête»  Condamnée par le pape Innocent XI (Ench. Symb. Denz. 1207 2157)

Se confesser sans ferme propos d’amendement est un sacrilège.

Monastère de la Très Sainte Famille : « Si une confession d’un péché mortel a été faite sans le ferme propos d’arrêter de commettre le péché (c’est ce qui est appelé « le ferme propos d’amendement »), alors cette confession était sacrilège. Un péché mortel a été commis en la faisant », voir Les mauvaises confessions sont le chemin de l’enfer pour beaucoup – A propos des confessions sacrilèges).

On ne peut pas obtenir la grâce du sacrement sans aucun mouvement (mouvement de contrition).

Concile de Trente, sess. 14, chap. 4, sur la contrition, ex cathedra : « C’est pourquoi on calomnie faussement des écrivains catholiques, comme s’ils avaient enseigné que le sacrement de la pénitence conférait la grâce sans aucun bon mouvement de la part de ceux qui le reçoivent ; jamais l’Église de Dieu n’a enseigné ni pensé cela. Mais fausse est la doctrine qui enseigne que la contrition est extorquée et forcée, et non pas libre et volontaire».

La douleur de l’âme par contrition imparfaite ou attrition considérant la laideur du péché ou par crainte des châtiments, et la détestation du péché par attrition ou repentir ou regret en considérant la laideur du péché ou la crainte des châtiments, avec le propos de ne pas pécher à l’avenir permet de recevoir le pardon des péchés dans le sacrement de pénitence.

La volonté de ne plus pécher s’exprime dans le propos (ou ferme résolution de ne pas pécher à l’avenir) par l’acte de contrition (Trente, sess. 14, chap. 3, & canon 4 ci-dessous).

La douleur de l’âme et la détestation du péché par contrition imparfaite ou attrition en considérant la laideur du péché ou la crainte des châtiments fait partie du mouvement de contrition.

Matière du sacrement de pénitence

Pape Eugène IV, Exsultate Deo, 22 novembre 1439, Décret pour les Arméniens : «Le quatrième sacrement est la pénitence, dont la matière en quelque sorte est constituée par les actes de pénitence qui se divisent en trois sortes : la première est la contrition du cœur à laquelle se rapporte la douleur du péché commis avec la résolution de ne plus pécher désormais. La deuxième est la confession de bouche pour laquelle il importe que le pécheur confesse intégralement à son prêtre tous les péchés dont il a le souvenir. La troisième est la réparation pour les péchés selon le jugement du prêtre ; elle se fait surtout par l’oraison, le jeûne et l’aumône». (Denz. 1323)

Concile de Trente, sess. 14, chap. 3, les parties et les fruits de ce sacrement : «Sont quasi-matière de ce sacrement les actes du pénitent lui-même : la contrition, la confession et la satisfaction». (Denz. 1673)

Concile de Trente, Canons sur le très saint sacrement de la pénitence : «4. Si quelqu’un nie que, pour une entière et parfaite rémission des péchés, trois actes sont requis chez le pénitent comme matière du sacrement de la pénitence, à savoir la contrition, la confession et la satisfaction, qui sont dites les trois parties de la pénitence ; ou s’il dit qu’il n’y a que deux parties de la pénitence : les terreurs qui frappent la conscience en reconnaissant son péché et la foi née de l’Évangile ou l’absolution par laquelle on croit les péchés remis par le Christ : qu’il soit anathème». (Denz. 1704).

La matière du sacrement de pénitence est :

  • 1° la douleur du péché commis (par contrition ou par attrition pour la crainte des peines) avec la résolution de ne plus pécher ;
  • 2° la confession de bouche ;
  • 3° la satisfaction (ce que le prêtre impose de faire).

Forme du sacrement

Pape Eugène IV, Exsultate Deo, 22 novembre 1439, Décret pour les Arméniens : «La forme de ce sacrement ce sont les paroles de l’absolution que prononce le prêtre quand il dit : « Moi je t’absous ». Le ministre de ce sacrement est le prêtre ayant l’autorité pour absoudre soit ordinaire soit par délégation d’un supérieur».  (Denz. 1323)

Concile de Trente, sess. 14, chap. 3, les parties et les fruits de ce sacrement : «Le saint concile enseigne en outre que la forme du sacrement de la pénitence, dans laquelle réside principalement sa vertu, est placée dans ces paroles du ministre : « Je t’absous, etc. [Latin : Ego te absolvo, etc.]« ». (Denz. 1673)

La formule d’absolution est : « Je vous absous au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Cette formule est absolument nécessaire pour la validité de l’absolution, et non pas une formule comme « Dieu vous pardonne », etc.

Pas d’absolution sans éviter les occasions prochaines de péché

Le pape Innocent XI enseigne ci-dessous qu’on ne pas être absous en demeurant volontairement, ou en ne voulant pas éviter, ou en cherchant, ou en se jetant dans une occasion (directe ou immédiate) prochaine de pécher (Ench. Symb. Denz. 1211 2161) :

Innocent XI, erreurs diverses sur les questions morales  n° 61, 4 mars 1679 : «Peut parfois être absous celui qui demeure dans une occasion prochaine de pécher qu’il peut et ne veut pas éviter, et même qu’il cherche directement ou délibérément, ou dans laquelle il se jette» Condamnée

Le pape Innocent XI enseigne aussi ci-dessous qu’on doit fuir et ne pas chercher directement l’occasion prochaine (directe ou immédiate) de pécher :

Innocent XI, erreurs diverses sur les questions morales,  n° 62, 4 mars 1679 : «Une occasion prochaine de pécher ne doit pas être fuie lorsqu’il y a une raison utile ou honnête de ne pas la fuir» – Condamnée (Ench. Symb. Denz. 1212 2162)

Innocent XI, erreurs diverses sur les questions morales, n° 63, 4 mars 1679 : «Il est permis de chercher directement l’occasion prochaine de pécher pour notre bien spirituel ou temporel, ou pour celui du prochain» – Condamnée (Ench. Symb. Denz. 1213 2163)

Saint Ambroise  : «La vraie repentance est de cesser de pécher».

Saint Alphonse de Liguori, La véritable épouse de Jésus-Christ, la mortification des yeux, p. 221 : «Frère Roger, un franciscain de pureté singulière, qui une fois était interrogé sur la raison pour laquelle il était si réservé dans ses rapports avec les femmes, répondit que lorsque les hommes évitent les occasions de pécher, Dieu les préserve ; mais quand ils s’exposent au danger, ils sont juste abandonnés par le Seigneur, et tombent facilement dans certaines transgressions graves».

Toute confession doit nécessairement se faire en personne et non pas à distance, par téléphone, par écrit, etc.

Pape Innocent IX, Décret du St Office, 20 juin 1602 : «Le très saint Seigneur… a condamné et prohibé la proposition suivante, à savoir « qu’il est permis de confesser les péchés sacramentellement à un confesseur absent, par lettre ou par messager, et de recevoir l’absolution de ce même prêtre absent« , comme fausse, téméraire et scandaleuse, et il a ordonné que désormais cette proposition ne doit plus être enseignée dans des cours, des conférences ou des assemblées, en privé ou en public, et que jamais elle ne doit être soutenue, imprimée, ou mise en pratique en quelque manière, comme étant probable en certains cas». (Ench. Symb. Dentz. 1994) (Cf. P. Pohle/Preuss, Traité dogmatique Vol. III Pénitence, S. 2, n. III – VO Anglais).

Il est nécessaire de rappeler que 1° la confession est une accusation sincère – après examen de conscience – de chacun de ses péchés et de leurs circonstances devant Dieu, et non pas de raconter sa vie au prêtre, ce qui est plutôt un manque de bonne disposition.

En ces temps, les prêtres hérétiques publics peuvent être approchés pour la réception du sacrement de pénitence (confession), et même, à défaut, notoires de fait.

Le prêtre  exerce sa juridiction en ordonnant au pénitent de faire la satisfaction qu’il doit faire pour être absous de ses péchés (La satisfaction est une partie du sacrement).

 Où recevoir les sacrements ?

Sur les sacrements d’hérétiques en ces temps de la grande apostasie – Réfutation des schismatiques niant la réception de sacrements de certains hérétiques non-notoires

Partie 2. Sur le pardon des péchés sans une absolution sacramentelle

Dieu pardonne les péchés par la contrition et le désir de se confesser avant le sacrement, ou en cas d’impossibilité du sacrement de confession.

Chaque fois que vous ne pouvez pas aller à la confession pour des vraies raisons (pas de prêtre possible), vous pouvez faire un acte de contrition, qui doit inclure un acte de contrition parfaite et le désir de recevoir le sacrement dès qu’un prêtre est possible. Je dis possible, car s’il est possible de se confesser, et que vous ne le faites pas volontairement, Dieu ne vous pardonnera pas vos péchés sans confession sacramentelle.

C’est une hérésie de dire que c’est impossible d’avoir la contrition, c-à-d. la douleur pour l’amour de Dieu, plutôt que la douleur pour la crainte de la peine. Tous les Saints ont aimé Dieu et ont eu la douleur de L’avoir offensé plutôt que de craindre l’enfer ou les châtiments.

Dieu ne pardonne pas les péchés par la contrition quand il y a des prêtes possibles et qu’on refuse de se confesser. Dieu ne pardonne pas les péchés par la seule contrition et le désir de se confesser alors qu’il est possible de se confesser et qu’on refuse. Cependant Dieu peut pardonner les péchés avant de recevoir le sacrement si on a la contrition avec le désir de se confesser sacramentellement et l’intention véritable de se confesser, pas si on a pas l’intention de se confesser.

Par contre Dieu pardonne les péchés avec la contrition parfaite et le désir de confession quand il est impossible de recevoir le sacrement de Pénitence, soit parce qu’il n’y a pas de prêtres possibles du tout pour le sacrement de Pénitence, ou pas de prêtres possibles à une distance raisonnable, ou pas de prêtres possibles qui parle la langue, ou dans d’autres cas particuliers dans lesquels la confession sacramentelle est impossible : verbalement impossible pour maladie, pour article de la mort, etc.

Quand la Confession sacramentelle n’est pas possible, le désir de recevoir le sacrement de la Pénitence est toujours nécessaire sans possibilité d’aller à la confession à un prêtre, car l’Église enseigne que l’on doive toujours avoir le désir de la confession sacramentelle et d’éviter l’occasion prochaine de péché pour que ses péchés soient remis. La contrition comprend nécessairement le désir de confession sacramentelle car on ne peut pas avoir la contrition sans avoir le désir de se confesser (on ne peut pas imaginer être contrit par amour de Dieu sans avoir le désir de se confesser).

Le Concile de Trente enseigne que la contrition parfaite et le désir de confession sacramentelle pardonne les péchés avant le sacrement (Ceci s’applique quand la confession sacramentelle n’est vraiment pas possible, et cela n’est valide que si la confession sacramentelle n’est pas possible, non pas quand elle est possible et qu’on refuse) :

Concile de Trente, session 14, chapitre 4, sur la contrition, 1551, ex cathedra : «Le Saint concile enseigne en outre que, même s’il arrive parfois que cette contrition soit rendue parfaite par la charité et réconcilie l’homme avec Dieu avant que ce sacrement ne soit effectivement reçu, il ne faut néanmoins pas attribuer cette réconciliation à cette seule contrition sans le désir du sacrement, désir qui est inclus en elle». (Ench. Symb. Denz. 898 1677)

La contrition implique nécessairement le désir de se confesser. La contrition peut être rendue parfaite par la charité avant le sacrement et réconcilier ainsi avec Dieu. Le sacrement reste nécessaire quand il est possible.

Concile de Trente, Session 6, chapitre 14, sur la justification, 1547, ex cathedra : «Aussi faut-il enseigner que la pénitence du chrétien après une chute est très différente de la pénitence baptismale. Elle comprend non seulement l’abandon des péchés et leur détestation, ou « un cœur contrit et humilié » [Ps 50, 19], mais aussi la confession sacramentelle de ceux-ci, ou du moins le désir de la faire en temps opportun [dès que possible], l’absolution par un prêtre, et, de plus, la satisfaction par le jeûne, les aumônes, les prières et autres pieux exercices de la vie spirituelle, non pour remettre la peine éternelle – laquelle est remise en même temps que la faute par le sacrement ou le désir du sacrement -, mais pour remettre la peine temporelle [canon 30] qui, comme l’enseigne l’Écriture sainte, n’est pas toujours totalement remise… ». (Ench. Symb. Denz. 807 1543)

La pénitence comprend l’abandon des péchés et leur détestation, ou « un cœur contrit et humilié » et la confession sacramentelle des péchés ou le désir du sacrement (Le sacrement de pénitence demeure toujours nécessaire quand il est possible). Quand on ne peut pas recevoir le sacrement de pénitence ou quand on le pourra dès que possible (en temps opportun), la peine éternelle du péché mortel est remise par le sacrement ou le désir du sacrement et la contrition parfaite.

Confession non-sacramentelle si aucun prêtre possible du tout

Dans la situation où il n’y aurait pas du tout de prêtre possible pour la confession, il est recommandé de se confesser à une personne catholique (non-hérétique) laïque, en laquelle on a confiance pour l’orthodoxie de la doctrine. Cette confession non-sacramentelle serait licite uniquement s’il n’y avait pas de prêtre disponible possible pour recevoir le sacrement de Pénitence (dans le cas contraire, ce serait illicite et pécheur s’il était possible de se confesser à un prêtre et qu’on se confesse plutôt à un laïc à la place). Ce type de confession, dans ces conditions, et dans les bonnes dispositions, avec l’attrition et le ferme propos, est une aide réelle pour obtenir la grâce de la contrition, et c’est un acte de vertu. Avec la contrition ce type de confession, dans les bonnes conditions, peut diminuer la peine. Si on ne connaissait pas de personne catholique et en laquelle on ait confiance, il faudrait offrir à Dieu le désir de se confesser à un prêtre, ou à défaut offrir à Dieu le désir de se confesser à une personne non-prêtre catholique.

Par contre s’il y a des prêtres possibles, il faut se confesser. Dieu ne pardonnera pas les péchés avec la contrition et le désir de confession seules quand un catholique omet volontairement de se confesser quand il y a un prêtre possible.

Enseignement de saint Thomas sur la confession non-sacramentelle (uniquement quand il n’y a aucun prêtre possible du tout) :

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 5, réponse au 4 : «quand même on serait forcé de se confesser, on ne se serait pas confessé inutilement la première fois, parce qu’en se confessant à un plus grand nombre de prêtres, on obtient une plus large remise de la peine, soit par suite de la honte de la confession qui est comptée pour une peine satisfactoire, soit d’après le pouvoir des clés. Ainsi on pourrait se confesser tant de fois qu’on fût délivré de la peine temporelle».

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 1, réponse au 2 : «… la confession et l’absolution … dans lesquels la contrition, avec le dessein de se confesser et le désir de l’absolution, suffit pour les délivrer de la mort éternelle …»

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 6, réponse au 3 : «… la force sacramentelle de la Pénitence consiste dans la sanctification du ministre. C’est pour cela que celui qui se confesse à un laïc, bien que de son côté il remplisse ce qui appartient à la confession sacramentelle, cependant il n’obtient pas l’absolution sacramentelle. C’est pourquoi ce qui est produit par le mérite et la peine de la confession lui est compté et diminue d’autant la peine temporelle à laquelle il est tenu, mais il n’obtient pas la diminution de cette peine qui résulte du pouvoir des clefs, et c’est pour ce motif qu’il est tenu de se confesser de nouveau à un prêtre [quand il peut le faire]».

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 2, réponse à la conclusion : «… dans le cas de nécessité, un laïc peut aussi remplacer le prêtre de manière qu’on puisse se confesser à lui ¹».

¹ Note Abbé Drioux, 1854 : Avant saint Thomas et de son temps cet usage était en vigueur. Mais actuellement il n’existe plus… parce que cette espèce de confession n’est nullement de précepte, qu’elle paraîtrait favoriser l’erreur des hérétiques qui prétendent que tout fidèle est ministre du sacrement.

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 2, réponse au 1 : «quand la nécessité presse, le pénitent doit faire ce qui le regarde, c’est-à-dire s’exciter à la contrition et se confesser à qui il peut. Ainsi la confession faite à un laïc à défaut de prêtre est sacramentelle d’une certaine manière, quoique le sacrement ne soit pas parfait, parce qu’il manque de ce qui se rapporte au prêtre».

Saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, Partie Suppl., Q. 8, art. 2, réponse au 2 : «quoiqu’un laïc ne soit pas le juge [juridiction] de celui qui se confesse à lui, cependant, en raison de la nécessité, il reçoit absolument le droit de le juger, selon que celui qui se confesse se soumet à lui à défaut de prêtre».

Plus sur la contrition

C’est une bonne chose de s’exercer à la contrition avant le sacrement de pénitence. Et quand le sacrement de pénitence n’est pas possible, la contrition parfaite est nécessaire.

Aides à la contrition

Avec le regret des péchés, la méditation de la Passion de Jésus-Christ et la méditation de l’enfer sont les moyens usuels pour s’aider efficacement à la contrition, et le saint Rosaire est le plus puissant remède en ces temps.

Crainte de Dieu et crainte des peines de l’enfer

Révélations de sainte Brigitte, L. 9 ch. 89 – Du secours de la Sainte Vierge à ceux qui veulent se réconcilier avec Dieu : «Il semblait à sainte Brigitte que la Sainte Vierge était auprès d’elle ; à sa droite étaient plusieurs instruments avec lesquels elle se pouvait défendre de tous les périls et dangers, et qu’à gauche étaient comme des armes propres pour punir ceux qui, par leur mauvaise volonté, s’étaient damnés. Lors la Sainte Vierge dit à l’épouse : Comme vous voyez divers instruments, chacun propre pour son ouvrage, de même je viendrai au secours de tous ceux qui craignent et aiment mon Fils, et qui résistent généreusement contre les tentations de Satan. Ceux-là sont comme assis entre les murs du camp, combattant tous les jours contre les ennemis, les malins esprits, auxquels je viens en défenderesse avec mes armes ; et cependant que les ennemis s’efforcent de percer la muraille et de la détruire, j’y mets un appui ; s’ils s’efforcent de monter par des échelles, je les fais trébucher avec des fourches ; s’ils s’efforcent de faire des trous en la muraille, je les bouche dès l’instant. C’est en cette manière que j’aide tous ceux qui  veulent se réconcilier avec mon Fils et ne pécher désormais à escient ; et bien que j’aie nommé trois sortes d’instruments, j’aide et défends mes amis d’un nombre quasi infini d’autres instruments qui sont à gauche : je veux vous en nommer trois.

«Le premier est mon glaive, qui est fort aigu et tranchant ; le deuxième est un lacet ; le troisième, c’est le bois pour brûler ceux qui ont la volonté de pécher jusques à la fin, à laquelle ils se condamnent aux peines éternelles ; car quand l’homme fait résolution de pécher toute sa vie, il faut que la justice divine le condamne aux peines éternelles ; et comme on a accoutumé de punir les forfaits en terre par diverses morts, de même a-t-on accoutumé de punir en enfer les damnés par divers genres de supplices : partant, quand l’homme veut pécher durant toute sa vie, il est digne que le diable ait puissance sur son corps et sur son âme. Et comme est coupée des os, de même il sera au pouvoir du diable de séparer le corps et l’âme d’une peine très-amère, comme si la chair était séparée des os avec une pierre, et qu’il pût vivre longtemps en cette peine. Sachez néanmoins pour certain que quand quelqu’un serait livré au diable à raison de l’énormité de ses crimes, Dieu ne lui ôterait point la grâce de se repentir, tant que l’âme sera avec le corps et que l’homme sera en bon sens. Mais Dieu abrégera les peines à ceux qui n’obtiendront point le temps de se repentir, afin que le diable n’ait pas autant de puissance, pendant la vie, qu’il en a dans l’enfer ; car comme si quelqu’un sciait le col de quelqu’un pour lui causer une plus grande douleur, de même le diable en fait en enfer contre l’âme vivante en la mort éternelle. Le lacet signifie la douleur que l’âme damnée souffrira après la mort, qui sera plus grande que la vie n’a été longue au monde. Et le diable voudrait que celui qui a volonté de pécher vécût plus longtemps, afin qu’il le pût plus faire endurer dans l’enfer : partant, ma grâce a rompu ce lacet que vous voyez, c’est-à-dire, elle a abrégé la vie misérable de la chair contre la volonté du diable, afin que la peine ne soit si grande que l’ennemi désire. Le diable allume le feu aux cœurs de ses amis, qui vivent en leurs voluptés ; et bien que leur conscience leur dise que cela est contre Dieu, néanmoins, ils veulent satisfaire à leurs voluptés, ne se souciant de Dieu : c’est pourquoi le diable a droit d’allumer autant de fois les feux de l’enfer qu’ils ont accompli dans le monde leurs perverses voluptés».

Ce qu’est la contrition, saint Jean Eudes

Comme l’enseigne saint Jean Eudes, la contrition est :

  • 1° un acte de volonté ;
  • 2° une protestation à Dieu ;
  • 3° une haine et détestation du péché commis ;
  • 4° une douleur ou désolation du cœur ;
  • 5° un renoncement au péché ;
  • 6° un désir de quitter le péché (et l’occasion prochaine de péché) ;
  • 7° la considération de l’intérêt de Dieu et du mal qu’on a fait à notre Seigneur Jésus-Christ.

St Jean Eudes, ce que c’est que la contrition : « La contrition est un acte de haine et d’horreur, de douleur et de repentance au regard du péché que l’on a commis, à cause qu’il déplaît à Dieu ; c’est-à-dire, c’est un acte de notre volonté, par lequel nous protestons à Dieu que nous voulons haïr et détester nos péchés, que nous sommes marris [affligés, tristes, fâchés] de les avoir commis, et que nous y renonçons et avons désir de nous en séparer, non pas tant pour la considération de notre propre intérêt que pour celle du sien. Je veux dire, non pas tant à cause du mal, du tort et du dommage que nous nous sommes fait à nous-mêmes par nos péchés, qu’à cause de l’injure, du déshonneur, des grands tourments et de la mort très cruelle que nous avons fait souffrir à Notre Seigneur pour ces mêmes péchés.

« Ensuite de quoi il est à remarquer qu’encore qu’il soit vrai que la moindre offense faite contre une bonté infinie est si détestable, que quand nous pleurerions jusqu’au jour du jugement ou que nous mourrions de douleur pour la plus petite de nos fautes, ce serait encore trop peu ; néanmoins il n’est pas nécessaire absolument, pour avoir une vraie contrition, de répandre des larmes, ni de concevoir une douleur sensible ou un sentiment douloureux de ses péchés. Car la contrition étant un acte spirituel et intérieur de la volonté, qui est une puissance spirituelle et non sensible de notre âme, on peut faire un acte de contrition sans avoir aucune douleur sensible ; d’autant qu’il suffit de protester à Notre-Seigneur, d’une véritable volonté, que nous voulons haïr et détester nos péchés, et nous en séparer pour l’avenir, à cause qu’ils lui déplaisent, et que nous avons le désir de nous en confesser à la première confession que nous ferons.

« Remarquez aussi que la contrition est un don de Dieu et un effet de la grâce ; à raison de quoi, quand vous sauriez très bien en quoi elle consiste, et que vous emploieriez toutes les forces de votre esprit et de votre volonté pour en produire quelque acte, vous ne le pourriez jamais faire, si le Saint-Esprit ne vous en donnait la grâce. Mais ce qui vous doit consoler, c’est qu’il ne vous la refusera pas, si vous [la] lui demandez avec humilité, confiance et persévérance, et que vous n’attendiez pas à l’heure de la mort à [la] lui demander ; car d’ordinaire elle est refusée, à cette heure-là, à ceux qui l’ont négligée durant leur vie.

« Notez encore que, pour avoir une véritable contrition, quatre autres choses sont nécessaires, dont la première est de rendre au plus tôt le bien d’autrui, quand on l’a et qu’on le peut rendre, même en s’incommodant, et de faire restitution de sa renommée quand on la lui a ravie par quelque calomnie ou médisance.

« La seconde, de faire de son côté tout ce qu’on peut pour se réconcilier à ceux avec lesquels on est en discorde.

« La troisième, d’avoir une volonté ferme et constante, non seulement de confesser ses péchés et d’y renoncer, mais aussi d’employer les remèdes et les moyens nécessaires pour vaincre ses mauvaises habitudes, et pour commencer une vie vraiment chrétienne.

« La quatrième, de quitter effectivement toutes les occasions, tant actives que passives du péché, c’est-à-dire tant celles qu’on donne aux autres d’offenser Dieu, que celles par lesquelles on est porté à l’offenser : telles que sont aux concubinaires et adultères leurs vilaines ; aux ivrognes les tavernes ; aux joueurs et blasphémateurs les jeux, quand ils ont coutume d’y jurer et blasphémer, ou d’y perdre beaucoup de temps ou d’argent ; aux femmes et aux filles la nudité de leurs gorges, ou leur trop grande curiosité et vanité en leurs cheveux et habits ; et à plusieurs autres les méchants livres, les vilains tableaux, les bals, les danses, les comédies, la fréquentation de certains lieux, de certaines compagnies ou de certaines personnes ; comme aussi certaines professions et offices qu’on ne peut exercer sans péché. Car, lorsque le Fils de Dieu nous dit : Si ta main, ou ton pied, ou ton œil te scandalisent, coupe-les, arrache-les et les jette bien loin de toi, parce qu’il vaut mieux que tu entres dans le ciel avec une main, ou un pied, ou un œil seulement, que non pas être précipité dans l’enfer ayant deux mains, ou deux pieds, ou deux yeux (Matth. 18, 8), c’est un commandement absolu qu’il nous fait sous peine d’une damnation éternelle, selon l’explication des saints Pères, de retrancher de nous et de quitter entièrement toutes les choses qui sont occasion de ruine pour nous ou pour autrui, même celles qui de soi ne sont pas mauvaises, comme certaines professions et offices, quand on en peut néanmoins les exercer sans péché, et celles qui nous sont extrêmement conjointes, chères et précieuses, lorsqu’elles nous sont occasion de perdition.

« On peut faire des actes de contrition en tout temps, et en toute occasion, mais spécialement on en doit faire :

« 1 – Lorsqu’on va à confesse, car la contrition (ou tout au moins l’attrition qui est une contrition imparfaite) est une partie nécessaire à la Pénitence. C’est pourquoi j’ai dit par ci-devant, et le dis encore, qu’il faut avoir un grand soin auparavant que de se confesser, après s’être examiné, de demander à Dieu la contrition, et ensuite tâcher d’en former des actes.

« 2 – Lorsqu’on est tombé en quelque péché, afin de se relever tout aussitôt par le moyen de la contrition.

« 3 – Le matin et le soir, afin que, si on a commis quelques péchés durant la nuit et durant le jour, ils soient effacés par la contrition, et qu’ainsi on se conserve toujours en la grâce de Dieu. C’est pourquoi je vous ai marqué plusieurs actes de contrition dans l’exercice du soir, en suite de l’examen.

« Mais outre cela, afin de vous faciliter davantage le moyen et la manière de pratiquer une chose si nécessaire et si importante, et dont nous avons besoin à toute heure, j’ai ajouté encore ici plusieurs actes de contrition en diverses manières, desquels vous pourrez faire usage, vous servant tantôt de l’un, tantôt de l’autre, selon le mouvement et la conduite de l’Esprit de Dieu.

« Mais ne vous trompez pas, vous imaginant que, pour avoir la contrition de vos péchés, il suffise de lire et prononcer avec attention les actes qui sont couchés en ce livre, ou en d’autres semblables ; car, outre qu’il est nécessaire que la vraie contrition soit accompagnée des conditions susdites, vous devez principalement vous souvenir qu’il vous est impossible d’en produire aucun acte, sans une grâce particulière de Dieu. Et, partant, lorsque vous désirez entrer dans une véritable repentance et contrition de vos fautes, ayez soin de prier Notre-Seigneur qu’il vous en donne la grâce, en cette façon.

« Pour demander à Dieu la contrition

« Ô bon Jésus, je désire avoir toute la contrition et repentance de mes péchés que vous désirez que j’aie : mais vous savez que je ne puis l’avoir si vous ne me la donnez. Donnez-la moi donc, s’il vous plait, mon Sauveur, par votre très grande miséricorde. Je sais bien que je suis très indigne d’être regardé et exaucé de vous ; mais j’ai confiance en votre infinie bonté, que vous m’accorderez ce que je vous demande très instamment, par les mérites de votre sainte Passion, de votre sainte Mère, de tous vos Anges et de tous vos Saints.

« Ô Mère de Jésus, ô saints Anges, ô bienheureux Saints et Saintes, priez Jésus pour moi, qu’il me donne une parfaite repentance de mes péchés.

« Actes de contrition

« Ô mon très aimable Jésus, je veux haïr et détester mes péchés pour l’amour de vous.

« Ô mon Sauveur, je renonce pour jamais à tout péché, parce qu’il vous déplaît.

« Ô mon Jésus, je veux haïr et avoir en horreur mes offenses, à cause de l’injure et du déshonneur que je vous ai fait par celles-ci.

« Ô mon Dieu, à la mienne volonté¹ ne vous avoir jamais offensé, parce que vous êtes digne de tout honneur et amour. (¹ À la mienne volonté, tournure vieillie qu’on employait pour exprimer un vœu, un souhait. «À la mienne volonté que je n’eusse jamais péché», S. François de Sales, Traité de l’amour de Dieu, liv. I, ch. 7).

« Ô mon Seigneur, je veux avoir toute la contrition que vous voulez que j’aie de mes péchés.

« Ô mon Dieu, à ma volonté avoir en moi toute la douleur et contrition que tous les saints pénitents ont jamais eue de leurs péchés.

« Ô bon Jésus, faites-moi participant de la contrition que vous-même avez portée de mes péchés : car je désire avoir la même contrition que vous en avez portée, autant qu’il m’est possible.

« Ô Père de Jésus, je vous offre la contrition et pénitence que votre Fils bien-aimé a portée de mes péchés, me joignant à cette même contrition.

« Ô très aimable Jésus, que je haïsse et que j’aie en horreur mes péchés, parce qu’ils ont été la cause des tourments et de la mort que vous avez soufferte en la croix.

« Ô mon Dieu, je veux haïr mes péchés de la même haine de laquelle vos Anges et vos Saints les haïssent.

« Ô mon Dieu, je veux haïr et détester mes péchés comme vous-même les haïssez et détestez.

« Vous pouvez encore faire un acte de contrition, en frappant votre poitrine, comme ce pauvre publicain de l’Évangile, et disant avec lui : Deus, propitius esto mihi peccatori (Luc 18, 13) : «Ô Dieu, soyez propice à moi pécheur» ; mais désirant de faire et de dire cela dans la même contrition avec laquelle il faisait et disait ces mêmes choses, et en vertu de laquelle il s’en retourna justifié en sa maison, selon le témoignage même du Fils de Dieu.

« Voilà divers actes de contrition dont le moindre est capable d’effacer toutes sortes de péchés, pourvu qu’il soit prononcé, soit de bouche, soit de cœur seulement, avec une véritable volonté, mue par l’opération de la grâce, et avec une ferme résolution de quitter le péché et les occasions de péché, de s’en confesser et d’effectuer au plus tôt les autres conditions marquées ci-dessus ». (Œuvres complètes de St Jean Eudes, Le royaume de Jésus, T. I, p. 130)

Prières de contrition

Mon Dieu, je suis triste de vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon et aimable et que le péché vous déplaît ; je me propose de m’amender, moyennant votre sainte grâce et de mourir plutôt que de vous offenser mortellement.

«Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur et par dessus toutes choses ; je me repens de vous avoir offensé. Je déteste mes péchés qui vous ont blessé, vous, mon unique et suprême félicité, à qui tout amour et toute reconnaissance doit être rendu. Dans l’affection que je vous porte, je me sens disposé, ô mon Maître, à renoncer à l’amour de toute créature plutôt que de vous offenser encore. Je prends la ferme résolution d’accomplir en tout votre adorable volonté et de fuir les occasions où votre grâce divine serait mise en péril. Seigneur, ayez pitié de moi, pécheur. Ainsi soit-il.

O Dieu, dont la bonté et la puissance sont infinies, excitez dans mon cœur des larmes amères de repentir ; faites que, connaissant mes péchés, je les pleure dans l’amertume de mon âme et en obtienne le pardon.

Dieu éternel et puissant, vous êtes notre Père dans les cieux ! Je confesserai à vous et à votre prêtre sur terre mes infidélités ; manifestez en moi la grandeur de votre bonté, afin que, purifié de toutes souillures, et jouissant de la paix du cœur, je sois délivré non seulement des peines éternelles, mais encore des peines temporelles méritées par mes fautes.

Venez, Esprit-Saint, et remplissez de vos grâces les cœurs de vos fidèles ; illuminez les replis les plus secrets de mon cœur, afin que la vue de mes péchés et de mes imperfections me les fasse regretter, m’en fasse demander humblement pardon, à la plus grande gloire de Dieu et pour le salut de mon âme.

Acte de contrition parfaite à dire tous les jours si on ne peut pas se confesser faute de prêtre

Mon Dieu, je déteste et j’abhorre tous mes péchés, je les quitte, j’y renonce pour toujours, parce qu’ils vous déplaisent, parce qu’ils offensent votre Majesté infinie, parce qu’ils ont été la cause des souffrances et des douleurs de Jésus-Christ mon Sauveur ; je me propose moyennant votre grâce, de les éviter à l’avenir, de les expier par une sincère pénitence, en offrant pour satisfaire à votre justice, le sang, la mort et les souffrances de Jésus expirant sur la Croix. Je voudrais sincèrement les confesser, mais comme je ne le peux, faute de confesseur, je vous prie de me les pardonner par un effet de votre miséricorde, en m’inspirant pour cela une contrition et une charité parfaite.

Acte de contrition à dire tous les jours

Ô bon Jésus, doux Sauveur de mon âme, du plus profond de mon cœur, je vous demande pardon de tous les péchés que j’ai commis contre votre divine Majesté. Hélas mon Dieu, vous m’avez tant aimé que vous avez versé votre sang précieux pour une créature si détestable. Oh mon Seigneur, que je ne perde point le prix d’une chose si précieuse, que plutôt, ô mon Dieu, je meure de mille morts, que de commettre volontairement un seul péché mortel contre une si grande bonté ; et, quelque mort qui m’advienne, ô bon Jésus, ne souffrez pas que votre pauvre serviteur (ou servante) racheté par votre sang soit damné.

Pater noster, Ave Maria, Credo. (Messe, litanies et histoire du précieux Sang de N. S. Jésus-Christ, 1866)

Prière de l’Imitation de Jésus-Christ

L’Imitation de Jésus-Christ, L. IV, ch. 9 : «2. Toutes les fautes et tous les crimes que j’ai commis devant vous et devant vos saints anges depuis le jour où j’ai pu commencer à pécher jusqu’à ce moment, je vous les offre, Seigneur, sur votre autel de propitiation pour que vous les consumiez par le feu de votre amour, que vous effaciez toutes les taches dont ils ont souillé ma conscience, et qu’après l’avoir purifiée vous me rendiez votre grâce que mes péchés m’avaient fait perdre, me les pardonnant tous pleinement et me recevant, dans votre miséricorde, au baiser de paix.

«3. Que puis-je faire pour expier mes péchés, que de les confesser humblement, avec une amère douleur, et d’implorer sans cesse votre clémence ? Je vous en conjure, exaucez-moi, soyez-moi propice quand je me présente devant vous, mon Dieu. J’ai une vive horreur de tous mes péchés et je suis résolu à ne plus les commettre. Ils m’affligent profondément et toute ma vie je ne cesserai de m’en affliger, prêt à faire pénitence et à satisfaire pour eux selon mon pouvoir. Pardonnez les-moi, Seigneur, pardonnez-les-moi pour la gloire de votre saint nom. Sauvez mon âme, que vous avez rachetée au prix de votre sang. Voilà que je m’abandonne à votre miséricorde, je me remets entre vos mains ; traitez-moi selon votre bonté et non selon ma malice et mon iniquité».

Prière de contrition

La loi traditionnelle couramment utilisée pour la prière de contrition que l’on peut faire soit à un prêtre, ou directement à Dieu soit avant le sacrement soit dans le cas où un prêtre n’est pas possible, contient à la fois un acte de contrition imparfaite et parfaite :

«O mon Dieu, je suis de tout mon cœur désolé de vous avoir offensé, et je déteste tous mes péchés, car je redoute la perte du ciel et les peines de l’enfer [contrition imparfaite ou attrition] ; mais surtout parce qu’ils vous ont offensés, mon Dieu, qui êtes infiniment bon et digne de tout mon amour [contrition parfaite]. Je prends la ferme résolution, avec l’aide de votre grâce, de confesser mes péchés, de faire pénitence, et de modifier ma vie. Amen».

 

 

Sermon du saint curé d’Ars sur la contrition

(sermon dimanche de la Passion)

Væ mihi, quia peccavi nimis in vita mea.

Malheur à moi, parce que j’ai beaucoup péché pendant ma vie.
(Des Conf. de S. Augustin, Liv. II, c. 10) [1]

Tel était, mes frères, le langage de saint Augustin, lorsqu’il repassait les années de sa vie, où il s’était plongé avec tant de fureur dans le vice infâme d’impureté. « Ah, ! malheur à moi, parce que j’ai beaucoup péché pendant les jours de ma vie ». Et chaque fois que cette pensée lui venait, il se sentait le cœur dévoré et déchiré par le regret. « O mon Dieu ! s’écriait-il, une vie passée sans vous aimer ! ô mon Dieu, que d’années perdues ! Ah ! Seigneur, daignez, je vous en conjure, ne plus vous rappeler mes fautes passées ! ». Ah ! larmes précieuses, ah ! regrets salutaires qui, d’un grand pécheur, en ont fait un si grand saint. Oh ! qu’un cœur brisé de douleur, a bientôt regagné l’amitié de son Dieu ! Ah ! plut à Dieu que chaque fois que nous nous remettons nos péchés devant les yeux, nous puissions dire avec autant de regret que saint Augustin : Ah ! malheur à moi, parce  que j’ai beaucoup péché pendant les années de ma vie ! Mon Dieu, faites-moi miséricorde ! Oh ! que nos larmes couleraient bientôt, et comme notre vie ne semblerait bientôt plus la même ! Oui, mes frères, convenons, tous, tant que nous sommes, avec autant de douleur que de sincérité, que nous sommes des criminels dignes de porter toute la colère d’un Dieu justement irrité par nos péchés, qui peut-être sont plus multipliés que les cheveux de notre tête. Mais bénissons à jamais la miséricorde de Dieu qui nous ouvre dans ses trésors une ressource à nos malheurs ! Oui, mes frères, quelque grands que soient nos péchés, quelque déréglée qu’ait été notre conduite, nous sommes sûrs de notre pardon, si, à l’exemple de l’enfant prodigue, nous allons nous jeter avec un cœur brisé de douleur aux pieds du meilleur de tous les pères. Quel est mon dessein, mes frères ? Le voici : c’est de vous montrer que pour obtenir le pardon de ses péchés, il faut : 1° que le pécheur haïsse et déteste sincèrement ses péchés par la contrition, qui doit renfermer quatre qualités ; 2° il faut qu’il ait conçu un ferme propos de n’y plus retomber. Nous verrons de quelles manières on peut reconnaître que l’on a vraiment un ferme propos.

I – Pour vous faire comprendre ce que c’est que la contrition, c’est-à-dire la douleur que nous devons avoir de nos péchés, il faudrait pouvoir vous faire connaître, d’un côté, l’horreur que Dieu en a eue lui-même, les tourments qu’il a endurés pour nous en obtenir le pardon auprès de son Père ; et de l’autre, les biens que nous perdons en péchant et les maux que nous nous attirons pour l’autre vie : et cela, il ne sera jamais donné à l’homme de le comprendre. Où vais-je vous conduire, mes frères, pour vous le faire connaître ? Serait-ce au fond des déserts, où tant de grands saints ont passé vingt, trente, quarante, cinquante et même quatre-vingts ans à pleurer des fautes, qui selon le monde ne sont pas des fautes ? Ah ! non, non, votre cœur ne serait pas encore touché. Serait-ce à la porte de l’enfer pour y entendre les cris, les hurlements et les grincements de dents occasionnés par le seul regret de leur péché ? Ah ! douleur amère, mais douleur et regrets infructueux et inutiles ! Ah ! non, non, mes frères, ce n’est pas encore là où vous apprendrez à pleurer vos péchés avec la douleur et le regret que vous devez en avoir ! Ah ! c’est au pied de cette croix encore teinte du sang précieux d’un Dieu qui ne l’a répandu que pour effacer nos péchés. Ah ! s’il m’était permis de vous conduire dans ce jardin de douleurs où un Dieu égal à son Père pleure nos péchés, non avec des larmes ordinaires, mais avec tout son sang qui ruisselle par tous les pores de son corps, et où sa douleur est si violente qu’elle le jette dans une agonie qui semble lui ôter la vie, tant elle lui déchire le cœur. Ah ! si je pouvais vous mener à sa suite, le montrer chargé de sa croix dans les rues de Jérusalem : autant de pas, autant de chutes, et autant de fois relevé à coups de pieds. Ah ! si je pouvais vous faire approcher de ce Calvaire où un Dieu meurt en pleurant nos péchés ! Ah ! dirons-nous encore, il faudrait que Dieu nous donnât cet amour ardent dont il avait embrasé le cœur du grand Bernard, auquel la seule vue de la croix faisait verser des larmes avec tant d’abondance ! Ah ! belle et précieuse contrition, que celui qui te possède est heureux !

Mais à qui vais-je en parler, qui est celui qui la renferme dans son cœur ? Hélas ! je n’en sais rien. Serait-ce à ce pécheur endurci qui peut-être depuis vingt ans, trente ans, a abandonné son Dieu et son âme ? Ah ! non, non, ce serait faire la même fonction que celui qui voudrait attendrir un rocher en y jetant de l’eau dessus, tandis qu’il ne ferait que l’endurcir davantage. Serait-ce à ce chrétien qui a méprisé missions, retraite et jubilé, et toutes les instructions de ses pasteurs ? Ah non, non, ce serait vouloir réchauffer de l’eau en y mettant de la glace. Serait-ce à ces personnes qui se contentent de faire leurs pâques, en continuant leur même genre de vie, et qui tous les ans ont les mêmes péchés à raconter ? Ah ! non, non, ce sont des victimes que la colère de Dieu engraisse pour servir d’aliments aux flammes éternelles. Ah ! disons mieux, ils sont semblables à des criminels qui ont les yeux bandés, et qui, en attendant d’être exécutés, se livrent à tout ce que leur cœur gâté peut désirer. Serait-ce encore à ces chrétiens qui se confessent toutes les trois semaines ou un mois, qui chaque jour retombent ? Ah ! non, non, ce sont des aveugles qui ne savent ni ce qu’ils font ni ce qu’ils doivent faire. A qui pourrais-je donc adresser la parole ? Hélas ! je n’en sais rien… Ô mon Dieu ! où faut-il aller pour la trouver, à qui faut-il la demander ? Ah ! Seigneur, je sais d’où elle vient et qui la donne ; elle vient du ciel, et c’est vous qui la donnez. Ô mon Dieu ! donnez-nous, s’il vous plaît, cette contrition qui déchire et dévore nos cœurs. Ah ! cette belle contrition qui désarme la justice de Dieu, qui change notre éternité malheureuse en une éternité bienheureuse ! Ah ! Seigneur, ne nous refusez pas cette contrition qui renverse tous les projets et les artifices du démon ; cette contrition qui nous rend si promptement l’amitié de Dieu ! Ah ! belle vertu, que tu es nécessaire, mais que tu es rare ! Cependant, sans elle, point de pardon, sans elle, point de ciel ; disons plus, sans elle, tout est perdu pour nous, pénitences, charité et aumônes et tout ce que nous pouvons faire.

Mais, pensez-vous en vous-mêmes, qu’est-ce que cela veut dire, ce mot de contrition, et par quelle marque peut-on connaître si on l’a ? – Mon ami, désirez-vous le savoir ? Le voici. Écoutez-moi un moment : vous allez voir si vous l’avez oui ou non, et ensuite le moyen de l’avoir. Entrons dans un détail bien simple : Si vous me demandez : Qu’est-ce que la contrition ? je vous dirai que c’est une douleur de l’âme et une détestation des péchés que l’on a commis, avec une ferme résolution de ne plus y tomber. Oui, mes frères, cette disposition est celle qui est le plus nécessaire de toutes celles que Dieu demande pour pardonner le pécheur ; non seulement elle est nécessaire, mais j’ajoute encore que rien ne peut nous en dispenser. Une maladie qui nous ôte l’usage de la parole peut nous dispenser de la confession, une mort prompte peut nous dispenser de la satisfaction, du moins pour cette vie ; mais il n’en est pas de même de la contrition ; sans elle il est impossible, et tout à fait impossible d’avoir le pardon de ses péchés. Oui, mes frères, nous pouvons dire en gémissant que c’est ce défaut de contrition qui est cause d’un nombre infini de confessions et de communions sacrilèges ; mais ce qu’il y a encore de plus déplorable, c’est que l’on ne s’en aperçoit presque jamais, et que l’on vit et meurt dans ce malheureux état. Oui, mes frères, rien de plus facile à comprendre. Si nous avons eu le malheur de cacher un péché dans nos confessions, ce crime est continuellement devant nos yeux, comme un monstre qui semble nous dévorer, ce qui fait qu’il est bien rare, si nous ne nous en déchargeons pas une fois on l’autre. Mais pour, la contrition, il n’en est plus de même ; nous nous confessons, notre cœur n’est pour rien dans l’accusation que nous faisons de nos péchés, nous recevons l’absolution, nous nous approchons de la table sainte avec un cœur aussi froid, aussi insensible, aussi indifférent que si nous venions de faire le récit d’une histoire ; nous allons de jour en jour, d’année en année, enfin nous arrivons à la mort où nous croyons avoir fait quelque bien ; nous ne trouvons et ne voyons que des crimes et des sacrilèges que nos confessions ont enfantés. Ô mon Dieu, que de confessions mauvaises par défaut de contrition ! Ô mon-Dieu ! que de chrétiens qui ne vont trouver à l’heure de la mort que des confessions indignes. Mais, sans aller plus loin, crainte de vous troubler ; je dis vous troubler. Ah ! c’est bien à présent qu’il faudrait vous conduire à deux doigts du désespoir, afin que, frappés de votre état, vous puissiez le réparer, sans attendre le moment où vous le connaîtrez sans pouvoir le réparer. Mais venons, mes frères, à l’explication, et vous allez voir si, chaque fois que vous vous êtes confessés, vous avez eu la douleur nécessaire, et absolument nécessaire pour avoir l’espérance que vos péchés soient pardonnés.

Je dis que la contrition est une douleur de l’âme. Il faut de toute nécessité que le pécheur pleure ses péchés ou dans ce monde ou dans l’autre. Dans ce monde, vous pouvez les effacer par le regret que vous en ressentez, mais non dans l’autre. Ô combien nous devrions être reconnaissants envers la bonté de Dieu, de ce que, au lieu de ces regrets éternels et de ces douleurs les plus déchirantes que nous méritons de souffrir dans l’autre vie, c’est-à-dire en enfer, Dieu se contente seulement que nos cœurs soient touchés d’une véritable douleur, qui sera suivie d’une joie éternelle ! Ô mon Dieu ! que vous vous contentez de peu de chose !

Je dis que cette douleur doit avoir quatre qualités si une seule manque, nous ne pouvons pas obtenir le pardon de nos péchés. Sa première qualité : elle doit être intérieure, c’est-à-dire dans le fond du cœur. Elle ne consiste donc pas dans les larmes : elles sont bonnes et utiles, il est vrai, mais, elles ne sont pas nécessaires. En effet, lorsque saint Paul et le bon larron se sont convertis, il n’est pas dit qu’ils ont pleuré, et leur douleur a été sincère. Non, mes frères, non, ce n’est pas sur les larmes que l’on doit compter : elles-mêmes sont souvent trompeuses, bien des personnes pleurent au tribunal de la pénitence et à la première occasion retombent. Mais la douleur que Dieu demande de nous, la voici. Écoutez ce que nous dit le prophète Joël : « Avez-vous eu le malheur de pécher ? Ah ! mes enfants, brisez et déchirez vos cœurs de regrets [2] ! ». « Si vous avez perdu le Seigneur par vos péchés, nous dit Moïse, cherchez-le de tout votre cœur, dans l’affliction et l’amertume de votre cœur ». Pourquoi, mes frères, Dieu veut-il que notre cœur se repente ? C’est que c’est notre cœur qui a péché : « C’est de votre cœur, dit le Seigneur, que sont nés toutes ces mauvaises pensées, tous ces mauvais désirs [3] » ; il faut donc absolument que si notre cœur a fait le mal, il se repente, sans quoi jamais Dieu ne nous pardonnera.

Je dis qu’il faut que la douleur que nous devons ressentir de nos péchés soit surnaturelle, c’est-à-dire que ce soit l’Esprit-Saint qui l’excite en nous, et non des causes naturelles. Je distingue : être affligé d’avoir commis tel ou tel péché, parce qu’il nous exclut du paradis et qu’il mérite l’enfer ; ces motifs sont surnaturels, c’est l’Esprit-Saint qui en est l’auteur ; cela peut nous conduire à une véritable contrition. Mais s’affliger à cause de la honte que le péché entraîne nécessairement avec lui, ainsi que des maux qu’il nous attire, comme la honte d’une jeune personne qui a perdu sa réputation, ou d’une autre personne qui a été prise à voler son voisin ; tout cela n’est qu’une douleur purement naturelle qui ne mérite point notre pardon. De là il est facile de concevoir que la douleur de nos péchés, que le repentir de nos péchés peuvent venir ou de l’amour que nous avons pour Dieu ou de la crainte des châtiments. Celui qui dans son repentir ne considère que Dieu a une contrition parfaite, disposition si éminente qu’elle purifie le pécheur par elle-même avant d’avoir reçu la grâce de l’absolution, pourvu qu’il soit dans la disposition de la recevoir s’il le peut. Mais, pour celui qui n’a le repentir de ses péchés qu’à cause des châtiments, que ses péchés lui attirent, il n’a qu’une contrition imparfaite, qui ne le justifie point ; mais elle le dispose seulement à recevoir sa justification dans le sacrement de Pénitence [4].

Troisième condition de la contrition : elle doit être souveraine, c’est-à-dire la plus grande de toutes les douleurs, plus grande, dis-je, que celle que nous éprouvons en perdant nos parents et notre santé, et généralement tout ce que nous avons de plus cher au monde. Si après avoir péché vous n’êtes pas dans ce regret, tremblez pour vos confessions. Hélas ! combien de fois, pour la perte d’un objet de neuf ou dix sous, l’on pleure, on se tourmente combien de jours, jusqu’à ne pouvoir manger, hélas !… et pour des péchés et souvent des péchés mortels, l’on ne versera ni une larme, ni l’on ne poussera un soupir. Ô mon Dieu, que l’homme connaît peu ce qu’il fait en péchant ! – Mais pourquoi est-ce, me direz-vous, que notre douleur doit être si grande ? Mon ami, en voici la raison : Elle doit être proportionnée à la grandeur de la perte que nous faisons et au malheur où le péché nous jette. D’après cela, jugez quelle doit être notre douleur, puisque le péché nous fait perdre le ciel avec toutes ses douceurs ; Ah ! que dis-je ? Il nous fait perdre notre Dieu avec toutes ses amitiés et nous précipite en enfer qui est le plus grand de tous les malheurs. – Mais, pensez-vous, comment peut-on reconnaître si cette véritable contrition est en nous ? Rien de plus facile. Si vous l’avez véritable, vous n’agirez, vous ne penserez plus de même, elle vous aura totalement changé dans votre manière de vivre : vous haïrez ce que vous avez aimé, et vous aimerez ce que vous avez fui et méprisé ; c’est-à-dire, que si vous vous êtes confessés d’avoir eu de l’orgueil dans vos actions et dans vos paroles, il faut maintenant que vous fassiez paraître en vous une bonté, une charité pour tout le monde. Il ne faut pas que ce soit vous qui jugiez que vous avez fait une bonne confession, parce que vous pourriez bien vous tromper ; mais il faut que les personnes qui vous ont vu et entendu avant votre confession, puissent dire : « Il n’est plus de même ; un grand changement s’est opéré en lui ». Hélas ! mon Dieu ! où sont ces confessions qui opèrent ce grand bien ? Oh ! qu’elles sont rares ; mais que celles qui sont faites avec toutes les dispositions que Dieu demande le sont aussi !

Avouons, mes frères, à notre confusion, que si nous paraissons si peu touchés, cela ne peut venir que de notre peu de foi et de notre peu d’amour que nous avons pour Dieu. Ah ! si nous avions le bonheur de comprendre combien Dieu est bon et combien le péché est énorme, et combien noire est notre ingratitude d’outrager un si bon Père, ah ! sans doute, que nous paraîtrions autrement affligés que nous ne le sommes pas. – Mais, me direz-vous, je voudrais l’avoir, cette contrition, lorsque je me confesse, et je ne peux pas l’avoir. – Mais, qu’est-ce que je vous ai dit en commençant ? Ne vous ai-je pas dit qu’elle venait du ciel, que c’était à Dieu qu’il fallait la demander ? Qu’ont fait les saints, mon ami, pour mériter ce bonheur de pleurer leurs péchés ? Ils l’ont demandé à Dieu par le jeûne, la prière, par toutes sortes de pénitences et de bonnes œuvres ; car pour vos larmes, vous n’y devez nullement compter. Je vais vous le prouver : ouvrez les livres saints et vous en serez convaincu. Voyez Antiochus, combien il pleure, combien il demande miséricorde ; cependant le Saint-Esprit nous dit qu’en pleurant, il descendit en enfer. Voyez Judas, il a conçu une si grande douleur de son péché, il le pleure avec tant d’abondance qu’il finit pour se pendre. Voyez Saül, il pousse des cris affreux d’avoir eu le malheur de mépriser le Seigneur, cependant il est en enfer. Voyez Caïn, les larmes qu’il verse d’avoir péché, cependant il brûle. Qui de nous, mes frères, qui aurait vu couler toutes ces larmes et ces repentirs, n’eût cru que le bon Dieu les eût pardonnés ; cependant aucun d’eux n’est pardonné ; au lieu que dès que David eût dit : « J’ai péché » ; de suite son péché lui fut remis [5]. – Et pourquoi cela, me direz-vous ? Pourquoi cette différence, que les premiers ne sont pas pardonnés, tandis que David l’est ? – Mon ami, le voici. C’est que les premiers ne se repentent et ne détestent leurs péchés qu’à cause des châtiments et de l’infamie que le péché entraîne nécessairement avec lui, et non par rapport à Dieu ; au lieu que David pleura ses péchés, non à cause des châtiments que le Seigneur allait lui faire subir, mais à la vue des outrages que ses péchés avaient faits à Dieu. Sa douleur fut si vive et si sincère que Dieu ne put lui refuser son pardon. Avez-vous demandé à Dieu la contrition avant de vous confesser ? Hélas ! peut-être que jamais vous ne l’avez fait.

Ah ! tremblez pour vos confessions ; ah ! que de sacrilèges ! Ô mon Dieu ! que de chrétiens damnés !

Elle doit être universelle. Il est rapporté dans la vie des Saints, au sujet de la douleur universelle que nous devons avoir de nos péchés, que si nous ne les détestons pas tous, ils ne seront pas pardonnés ni les uns ni les autres. Il est rapporté que saint Sébastien étant à Rome y faisait les miracles les plus éclatants qui remplissaient d’admiration le gouverneur Chromos, qui, dans ce temps, étant accablé d’infirmités, désira ardemment de le voir, pour lui demander la guérison de ses maux. Lorsque le saint fut devant lui : « Il y a bien longtemps que je gémis, couvert de plaies, sans avoir pu trouver un homme dans le monde pour me délivrer ; le bruit court que vous obtenez tout ce que vous voulez de votre Dieu ; si vous voulez lui demander ma guérison, je vous promets que je me ferai chrétien ». – « Eh bien ! lui dit le saint, si vous êtes dans cette résolution, je vous promets de la part du Dieu que j’adore, qui est le Créateur du ciel et de la terre, que dès que vous aurez brisé toutes vos idoles, vous serez parfaitement guéri ». Le gouverneur lui dit : « Non seulement je suis prêt à faire ce sacrifice, mais encore de plus grands s’il le faut ». S’étant séparés l’un de l’autre, le gouverneur commence à briser ses idoles ; la dernière qu’il prit pour la briser, lui parut si respectable qu’il n’eut pas le courage de la détruire ; il se persuada que cette réserve ne lui empêcherait pas sa guérison. Mais ressentant sa douleur plus violente que jamais, tout en fureur, il va trouver le saint en lui faisant les reproches les plus sanglants, qu’après avoir brisé ses idoles comme il le lui avait commandé, bien loin d’être guéri, il souffrait encore davantage. « Mais, lui dit le saint, les avez-vous bien toutes brisées sans en réserver une seule ? » – « Hélas ! fait le gouverneur en pleurant, il ne m’en reste qu’une petite qui, depuis bien des années, est conservée dans notre famille ; ah ! elle m’est trop chère pour la détruire ! » – « Eh bien ! lui dit le saint, est-ce là ce que vous m’aviez promis ? Allez, brisez-la et vous serez guéri ». Il la prend et la brise, et à l’instant même il fut guéri. Voilà, mes frères, un exemple qui nous retrace la conduite d’un nombre presque infini qui se repentent de certains péchés et non de tous, et qui, semblables à ce gouverneur, bien loin de guérir les plaies que le péché a faites à leur pauvre âme, ils en font de plus profondes ; et, tant qu’ils n’auront pas fait comme lui, brisé cette idole, c’est-à-dire rompu cette habitude de certains péchés, tant qu’ils n’auront pas quitté cette mauvaise compagnie ; cet orgueil, ce désir de plaire, cet attachement aux biens de la terre, toutes leurs confessions ne feront qu’ajouter crimes sur crimes, sacrilèges sur sacrilèges. Ah, ! mon Dieu, quelle horreur et quelle abomination ! Et dans cet état ils vivent tranquilles, tandis que le démon leur creuse une place en enfer !

Nous lisons dans l’histoire un exemple qui nous montre combien les saints regardaient cette douleur de nos péchés comme nécessaire pour obtenir leur pardon. Un officier du Pape étant tombé malade, le Saint-Père qui l’estimait beaucoup pour sa vertu et sa sainteté, lui envoya un de ses cardinaux pour lui témoigner la douleur que lui causait sa maladie et en même temps lui appliquer les indulgences plénières. « Hélas ! dit le mourant au cardinal, dites bien au Saint-Père que je suis infiniment reconnaissant de la tendresse de son cœur pour moi, mais dites-lui bien aussi que je serais infiniment plus heureux s’il voulait demander à Dieu pour moi la contrition de mes péchés. Hélas ! s’écrie-t-il, que me servira tout cela, si mon cœur ne se brise et ne se déchire de douleur d’avoir offensé un Dieu si bon ? Mon Dieu ! s’écrie ce pauvre mourant, faites, s’il est possible, que le regret de mes péchés égale les outrages que je vous ai faits !… »

Oh ! mes frères, que ces douteurs sont rares ; cherchez, hélas ! elles sont aussi rares que les bonnes confessions : Oui, mes frères, un chrétien qui a péché et qui veut en obtenir le pardon doit être dans la disposition de souffrir toutes les cruautés les plus affreuses plutôt que de retomber dans les péchés qu’il vient de confesser ! Je vais vous le prouver par un exemple, et si, après nous être confessés, nous ne sommes dans ces dispositions, point de pardon… Nous lisons dans l’histoire du quatrième siècle, que Sapor, empereur des Perses, étant devenu le plus cruel ennemi des chrétiens, ordonna que tous les prêtres qui n’adoreraient pas le Soleil et qui ne le reconnaîtraient pas pour dieu seraient mis à mort. Le premier qu’il fit prendre ce fut l’archevêque de Séleucie, qui était saint Siméon. Il commença à essayer s’il pourrait le séduire par toutes sortes de promesses. Ne pouvant rien gagner, dans l’espérance de l’effrayer, il étala devant lui tous les tourments que sa cruauté avait pu inventer pour faire souffrir les chrétiens, en lui disant que si son opiniâtreté lui faisait refuser ce qu’il commandait, il le ferait passer par de si affreux et de si rigoureux tourments qu’il le ferait bien obéir, et, de plus, qu’il chasserait tous les prêtres et tous les chrétiens de son royaume. Mais le voyant aussi ferme qu’une roche au milieu des mers battues par les tempêtes, il le fit conduire en prison dans l’espérance que la pensée des tourments qui lui étaient préparés, lui ferait changer de sentiments. En chemin il rencontra un vieil eunuque qui était surintendant du palais impérial. Celui-ci, touché de compassion de voir un saint évêque traité si indignement, se prosterna devant lui pour lui témoigner le respect dont il était plein pour lui. Mais l’évêque, bien loin de paraître sensible au témoignage respectueux de cet eunuque, se tourna de l’autre côté pour lui reprocher le crime de son apostasie, parce que, autrefois, il avait été chrétien et catholique. Ce reproche auquel il ne s’attendait pas lui fut si sensible, lui pénétra si vivement le cœur, qu’à l’instant même, il ne fût plus maître ni de ses larmes, ni de ses sanglots. Le crime de son apostasie lui parut si affreux qu’il arrache les habits blancs dont il était revêtu et en prend de noirs, court comme un désespéré se jeter à la porte du palais, et là se livre à toutes les amertumes de la douleur la plus déchirante. « Ah ! malheureux, se dit-il, que vas-tu devenir ? Hélas ! quels châtiments as-tu à attendre de Jésus-Christ que tu as renoncé, si je suis si sensible au reproche d’un évêque qui n’est que le ministre de Celui que j’ai si honteusement trahi… » Mais l’empereur ayant appris tout ce qui se passait, tout étonné d’un tel spectacle, lui demanda : « Quelle est donc la cause d’une telle douleur et de tant de larmes ? » – « Ah ! plût à Dieu, s’écria-t-il, que toutes les disgrâces et tous les malheurs du monde me fussent tous dessus, plutôt que ce qui est la cause de ma douleur. Ah ! je pleure de ce que je ne suis pas mort. Ah ! pourrais-je encore regarder le soleil que j’ai eu le malheur d’adorer, crainte de vous déplaire. » – L’empereur, qui l’aimait à cause de sa fidélité, essaya s’il pourrait le gagner en lui promettant toutes sortes de biens et de faveurs. ­« Ah ! non, non, s’écria-t-il ; ah ! trop heureux si je peux par ma mort réparer les outrages que j’ai faits à Dieu, retrouver le ciel que j’ai perdu. Ô mon Dieu et mon Sauveur, aurez-vous encore pitié de moi ? Ah ! si du moins j’avais mille vies à donner pour vous témoigner mon regret et mon retour. » – L’empereur qui lui entendait tenir ce langage mourait de rage, et, désespérant de pouvoir rien gagner, le condamna à mourir dans les supplices. Écoutez-le allant au supplice : « Ah ! Seigneur, quel bonheur de mourir pour vous ; oui, mon Dieu, si j’ai eu le malheur de vous renoncer, du moins j’aurai le bonheur de donner ma vie pour vous. » Ah ! douleur sincère, douleur puissante, qui avez si promptement regagné l’amitié de mon Dieu !…

Nous lisons dans la vie de sainte Marguerite, qu’elle eut une si grande douleur d’un péché qu’elle avait commis dans sa jeunesse, qu’elle le pleura toute sa vie : étant près de mourir, on lui demanda quel était le péché qu’elle avait commis qui lui avait fait verser tant de larmes. « Hélas ! s’écria-t-elle en pleurant, comment ne pourrais-je pas pleurer ? Ah ! ou plutôt que ne suis-je morte avant ce péché ! À l’âge de cinq ou six ans, j’eus le malheur de dire un mensonge à mon père. – Mais, lui dit-on, il n’y avait pas là tant de quoi pleurer. – Ah ! peut-on bien me tenir un tel langage ! Vous n’avez donc jamais conçu ce que c’est que le péché, l’outrage qu’il fait à Dieu et les malheurs qu’il nous attire ? » Hélas ! mes frères, qu’allons-nous devenir, si tant de saints ont fait retentir les rochers et les déserts de leurs gémissements, ont formé, pour ainsi dire, des rivières de leurs larmes pour des péchés dont nous nous faisons un jeu, tandis que nous avons commis des péchés mortels, peut-être plus que nous n’avons de cheveux à la tête. Et pas une larme de douleur et de repentir ! Ah ! triste aveuglement où nos désordres nous ont conduits !

Nous lisons dans la vie des Pères du désert, qu’un voleur nommé Jonathas, poursuivi par la justice, courut se cacher auprès de la colonne de saint Siméon Stylite, espérant que le respect que l’on aurait pour le saint le garantirait de la mort. En effet, personne n’osa le toucher. Le saint s’étant mis en prières pour demander à Dieu sa conversion ; dans le moment même, il ressentit une douleur si vive de ses péchés, que pendant huit jours il ne fit que pleurer. Au bout des huit jours, il demanda à saint Siméon la permission de le quitter. Le saint lui dit : « Mon ami, vous aller retourner dans le monde, recommencer vos désordres ». – « Ah ! Dieu me préserve d’un tel malheur ; mais je vous demande pour m’en aller au ciel ; j’ai vu Jésus-Christ qui m’a dit que tous mes péchés m’étaient pardonnés par la grande douleur que j’en ai ressentie ». – « Allez, mon fils, lui dit le saint ; allez chanter dans le ciel les grandes miséricordes de Dieu pour vous. » Dans ce moment il tombe mort, et le saint rapporte lui-même qu’il vit Jésus-Christ qui conduisait son âme au ciel. Ô belle mort ! ô mort précieuse de mourir de douleur d’avoir offensé Dieu !

Ah ! si du moins nous ne mourons pas de douleur comme ces grands pénitents, voulons-nous, mes frères, exciter en nous une véritable contrition, imitons ce saint évêque mort dernièrement, qui chaque fois qu’il se présentait au tribunal de la pénitence pour avoir une vive douleur de ses péchés, faisait trois stations. La première en enfer, la deuxième dans le ciel, la troisième sur le calvaire. D’abord il portait sa pensée dans ces lieux d’horreur et de tourments, il se figurait voir les damnés qui vomissaient des torrents de flammes par la bouche, qui hurlaient et se dévoraient les uns et les autres ; cette pensée lui glaçait le sang dans les veines, il croyait ne plus pouvoir vivre à la vue d’un tel spectacle, surtout en considérant que ses péchés lui avaient mille fois mérité ces supplices. De là son esprit se transportait dans le ciel et faisait la revue de tous ces trônes de gloire où étaient assis les bienheureux ; il se représentait les larmes qu’ils avaient répandues et les pénitences qu’ils avaient faites pendant leur vie pour des péchés si légers et que lui-même en avait tant commis et n’avait encore rien fait pour les expier, ce qui le plongeait dans une tristesse si profonde, qu’il semblait que ses larmes ne pouvaient plus se tarir. Non content de tout cela, il dirigeait ses pas du côté du calvaire, et là, à mesure que ses regards se rapprochaient de la croix où un Dieu était mort pour lui, les forces lui manquaient, il restait immobile à la vue des souffrances que ses péchés avaient causées à son Dieu. On l’entendait à chaque instant répéter ces paroles avec des sanglots : « Mon Dieu, mon Dieu ! puis-je encore vivre en considérant les horreurs que mes péchés vous ont causées ! » Voilà, mes frères, ce que nous pouvons appeler une véritable contrition, parce que nous voyons qu’il ne considère ses péchés que par rapport à Dieu.

II – Nous avons dit qu’une véritable contrition doit renfermer un bon propos, c’est-à-dire une ferme résolution de ne plus pécher à l’avenir ; il faut que notre volonté soit déterminée et que ce ne soit pas un faible désir de se corriger ; l’on n’obtiendra jamais le pardon de ses péchés si l’on n’y renonce pas de tout son cœur. Nous devons être dans le même sentiment que le saint Roi-Prophète : « Oui, mon Dieu, je vous ai promis d’être fidèle à observer vos commandements ; j’y serai fidèle avec le secours de votre grâce [6] ». Le Seigneur nous dit lui-même : « Que l’impie quitte la voie de ses iniquités et son péché lui sera remis [7] ». Il n’y a donc de miséricorde à espérer que pour celui qui renonce à ses péchés de tout son cœur et pour jamais, parce que Dieu ne nous pardonne que d’autant que notre repentir est sincère et que nous faisons tous nos efforts pour ne plus y retomber. D’ailleurs ne serait-ce pas se moquer de Dieu que de lui demander pardon d’un péché que l’on voudrait encore commettre ?

Mais, me direz-vous, comment peut-on donc connaître et distinguer un ferme propos d’avec un désir faible et insuffisant ? – Si vous désirez le savoir, mes frères, écoutez-moi un instant, je vais vous le montrer ; cela se peut connaître de trois manières : 1° c’est le changement de vie ; 2° c’est la fuite des occasions prochaines du péché, et 3° c’est de travailler de tout son pouvoir à se corriger et à détruire ses mauvaises habitudes.

Je dis d’abord que la première marque d’un bon propos, c’est le changement de vie ; c’est celui-ci qui nous le montre le plus sûrement et qui est le moins sujet à nous tromper. Venons-en à l’explication : une mère de famille s’accusera de s’être souvent emportée contre ses enfants ou son mari ; après sa confession, allez la visiter dans l’intérieur de son ménage ; il n’est plus question ni d’emportement, ni de malédictions ; au contraire, vous voyez en elle cette douceur, cette bonté, cette prévenance même pour ses inférieurs ; les croix, les chagrins et les pertes ne lui font point perdre la paix de l’âme. Savez-vous pourquoi cela, mes frères ? Le voici : c’est que son retour à Dieu a été sincère, que sa contrition a été parfaite et par conséquent elle a véritablement reçu le pardon de ses péchés ; enfin, que la grâce a pris de profondes racines dans son cœur, et qu’elle y porte des fruits en abondance. Une jeune fille viendra s’accuser d’avoir suivi les plaisirs du monde, les danses, les veillées et autres mauvaises compagnies. Après sa confession, si elle est bien faite, allez la demander dans cette veillée, ou bien allez la chercher dans cette partie de plaisir, que vous dira-t-on ? « Voilà quelque temps nous ne la voyons plus ; je crois que si vous voulez la trouver, il faut aller ou à l’église ou chez ses parents. » En effet, si vous voulez aller chez ses parents, vous la trouverez, et à quoi s’occupe-t-elle ? Est-ce à parler de la vanité comme autrefois ou à se contempler devant une glace de miroir, ou bien à folâtrer avec des jeunes gens ? Ah ! non, mes frères, ce n’est plus ici son ouvrage, elle a foulé aux pieds tout cela ; vous la verrez faire une lecture de piété, soulager sa mère dans l’ouvrage de son ménage, instruire ses frères et sœurs, vous la verrez obéissante et prévenante envers ses parents ; elle aimera leur compagnie. Si vous ne la trouvez pas chez elle, allez à l’église, vous la verrez qui témoigne à Dieu sa reconnaissance d’avoir opéré en elle un si grand changement ; vous voyez en elle cette modestie, cette retenue, cette prévenance pour tout le monde, aussi bien pour les pauvres que pour les riches ; la modestie sera peinte sur son front, sa seule présence vous porte à Dieu. – « Pourquoi est-ce, mes frères, me direz-vous, que tant de biens sont en elle ? » – Pourquoi, mes frères, c’est que sa douleur a été sincère et qu’elle a véritablement reçu le pardon de ses péchés.

Une autre fois ce sera un jeune homme qui va s’accuser d’avoir été dans les cabarets et dans les jeux ; maintenant qu’il a promis à Dieu de tout quitter ce qui pourrait lui déplaire, autant il aimait les cabarets et les jeux, autant maintenant il les fuit. Avant sa confession son cœur ne s’occupait que des choses terrestres, mauvaises ; à présent ses pensées ne sont que pour Dieu, et le mépris des choses du monde. Tout son plaisir est de s’entretenir avec son Dieu et de penser aux moyens de sauver son âme. Voilà, mes frères, les marques d’une véritable et sincère contrition ; si après vos confessions vous êtes ainsi, vous pourrez espérer que vos confessions ont été bonnes et que vos péchés vous sont pardonnés. Mais si vous faites tout le contraire de ce que je viens de dire, si quelques jours après ses confessions l’on voit cette fille qui avait promis à Dieu de quitter le monde et ses plaisirs pour ne penser qu’à lui plaire, si je la vois, dis-je, comme auparavant dans ces assemblées mondaines ; si je vois cette mère aussi emportée et aussi négligente envers ses enfants et ses domestiques, aussi querelleuse avec ses voisins qu’avant sa confession ; si je retrouve ce jeune homme de nouveau dans les jeux et les cabarets, ô horreur ! ô abomination ! ô monstre d’ingratitude que tu fais ! Ô grand Dieu ! dans quel état est cette pauvre âme ! ô horreur ! ô sacrilège ! les tourments de l’enfer seront-ils assez longs et assez rigoureux pour punir un tel attentat ?

Nous disons que la deuxième marque d’une véritable contrition est la fuite des occasions prochaines du péché. Il y en a de deux sortes : les unes nous y portent par elles-mêmes, comme sont les mauvais livres, les comédies, les bals, les danses, les peintures, les tableaux et chansons déshonnêtes et la fréquentation des personnes de sexe différent ; les autres ne sont une occasion de péché que par les mauvaises dispositions de ceux qui y sont : comme les cabaretiers, les marchands qui trompent ou qui vendent les dimanches ; une personne en place qui ne remplit pas ses devoirs soit par respect humain, soit par ignorance. Que doit faire une personne qui se trouve dans une de ces positions ? Le voici : elle doit tout quitter, quoi qu’il en coûte, sans quoi point de salut. Jésus-Christ nous dit [8] que « si notre œil ou notre main nous scandalise, nous devons les arracher et les jeter loin de nous, parce que, nous dit-il, il vaut beaucoup mieux aller au ciel avec un bras et un œil de moins que d’être jeté en enfer avec tout son corps » ; c’est-à-dire, quoi qu’il nous en coûte, quelque perte que nous fassions, nous ne devons pas laisser que de les quitter ; sans quoi, point de pardon.

Nous disons que la troisième marque d’un bon propos, c’est de travailler de tout son pouvoir à détruire ses mauvaises habitudes. L’on appelle habitude, la facilité que l’on a de retomber dans ses anciens péchés. Il faut 1° veiller soigneusement sur soi-même, faire souvent des actions qui soient contraires : comme si nous sommes sujets à l’orgueil, il faut s’appliquer à pratiquer l’humilité, être content d’être méprisé, ne jamais chercher l’estime du monde, soit dans ses paroles, soit dans ses actions ; toujours croire que ce que nous faisons est mal fait ; si nous faisons bien, nous représenter que nous étions indignes que Dieu se servit de nous, ne nous regardant dans le monde que comme une personne qui ne fait que mépriser Dieu pendant sa vie, et que nous méritons bien plus que ce que l’on peut dire de nous en mal. Sommes-nous sujets à la colère ? Il faut pratiquer la douceur, soit dans ses paroles, soit dans la manière de nous comporter envers notre prochain. Si nous sommes sujets à la sensualité, il faut nous mortifier soit dans le boire, soit dans le manger, dans nos paroles, dans nos regards, nous imposer quelques pénitences toutes les fois que nous retombons. Et si vous ne prenez pas ces précautions, toutes les fois que vous recommettrez les mêmes péchés, vous pourrez conclure que toutes vos confessions ne valent rien et que vous n’avez fait que des sacrilèges, crime si horrible, qu’il serait impossible de pouvoir vivre, si vous en connaissiez toute l’horribilité, la noirceur et les atrocités…

Voici la conduite que nous devons tenir, en faisant comme l’enfant prodigue, qui, frappé de l’état où ses désordres l’avaient plongé, fut prêt à tout ce que son père exigeait de lui pour avoir le bonheur de se réconcilier avec lui. D’abord il quitta sur le champ le pays où il avait éprouvé tant de maux, ainsi que les personnes qui avaient été pour lui une occasion de péché ; il ne daigna pas même les regarder, bien convaincu qu’il n’aurait le bonheur de se réconcilier avec son père qu’autant qu’il s’éloignerait d’elles : de sorte qu’après son péché, pour montrer à son père que son retour était sincère, il ne chercha qu’à lui plaire en faisant tout le contraire de ce qu’il avait fait jusqu’à présent [9]. Voilà le modèle sur lequel nous devons former notre contrition : la connaissance que nous devons avoir de nos péchés, la douleur que nous devons en avoir doivent nous mettre dans la disposition de tout sacrifier pour ne plus retomber dans nos péchés. Oh ! qu’elles sont rares ces contritions ! Hélas ! où sont ceux qui sont prêts à perdre la vie même, plutôt que de recommettre les péchés dont ils se sont déjà confessés ? Ah ! je n’en sais rien ! Hélas ! combien au contraire, nous dit saint Jean Chrysostome, qui ne font que des confessions de théâtre, qui cessent de pécher quelques instants sans quitter entièrement le péché ; qui sont, nous dit-il, semblables à des comédiens qui représentent des combats sanglants et opiniâtres, et semblent se percer de coups mortels ; l’on en voit un qui est terrassé, étendu, perdant son sang : il semblerait véritablement qu’il a perdu la vie, mais attendez que la toile soit baissée, vous le verrez se relever plein de force et de santé, il sera tel qu’il était avant la représentation de la pièce. Voilà précisément, nous dit-il, l’état où se trouvent la plupart des personnes qui se présentent au tribunal de la pénitence. A les voir soupirer et gémir sur les péchés dont elles s’accusent, vous diriez que vraiment elles ne sont plus les mêmes, qu’elles se comporteront d’une manière tout autre qu’elles ne l’ont fait jusqu’à présent. Mais, hélas ! attendez, je ne dis pas cinq jours, mais un ou deux jours, vous les retrouverez les mêmes qu’avant leur confession : mêmes emportements, même vengeance, même gourmandise, même négligence dans leurs devoirs de religion : Hélas ! que de confessions et de mauvaises confessions !

Ah ! mes enfants, nous dit saint Bernard, voulez-vous avoir une véritable contrition de vos péchés ? Tournez-vous du côté de cette croix où votre Dieu, a été cloué par amour pour vous ; ah ! bientôt vous verrez couler vos larmes et votre cœur se brisera : En effet, mes frères, ce qui fit tant verser de larmes à sainte Magdeleine lorsqu’elle fut dans son désert, nous dit le grand Salvien…, ce ne fut autre chose que la vue de la croix. Nous lisons dans sa vie, qu’après l’Ascension de Jésus-Christ, s’étant retirée dans une solitude, elle demanda à Dieu le bonheur de pleurer toute sa vie les fautes de sa jeunesse. Après sa prière, saint Michel archange lui apparut auprès de sa solitude, planta une croix à la porte ; elle se jeta au pied comme elle avait fait sur le Calvaire, elle pleura toute sa vie avec tant d’abondance, que ses deux yeux étaient semblables à deux fontaines. Le grand Ludolphe rapporte qu’un solitaire demandait un jour à Dieu ce qui pourrait être le plus capable d’attendrir son cœur pour pleurer ses péchés. Dans ce moment Dieu lui apparut tel qu’il était sur l’arbre de la croix, tout couvert de plaies, tout tremblant, chargé d’une pesante croix, et lui disant : « Regarde-moi, ton cœur fût-il plus dur que les rochers des déserts, il se brisera et ne pourra plus vivre à la vue des douleurs que les péchés du genre humain m’ont causées ». Cette apparition le toucha tellement que jusqu’à sa mort, sa vie ne fut qu’une vie de larmes et de sanglots. Tantôt il s’adressait aux anges et aux saints, les priant de venir pleurer avec lui sur les tourments que les péchés avaient causés à un Dieu si bon. Nous lisons dans l’histoire de saint Dominique, qu’un religieux demandant à Dieu la grâce de pleurer ses péchés, Jésus-Christ lui apparut avec ses cinq plaies ouvertes, le sang coulait en abondance. Notre-Seigneur, après l’avoir embrassé, lui dit d’approcher sa bouche de l’ouverture de ses plaies ; il en ressentit tant de bonheur, qu’il ne pouvait comprendre que ses yeux pussent tant verser de larmes. Oh ! qu’ils étaient heureux, mes frères, ces grands pénitents, de trouver tant de larmes pour pleurer leurs péchés, crainte d’aller les pleurer dans l’autre vie ! Oh ! quelle différence entre eux et les chrétiens de nos jours qui ont commis tant de péchés ! et point de regrets ou de larmes !… Hélas ! qu’allons-nous devenir ? quelle sera notre demeure ? Oh ! que de chrétiens perdus, parce qu’il faut ou pleurer ses péchés dans ce monde ou aller les pleurer dans les abîmes. Ô mon Dieu ! donnez-nous cette douleur et ce regret qui regagnent votre amitié !

Que devons-nous conclure de ce que nous venons de dire, mes frères ? Le voici : c’est de demander sans cesse à Dieu cette horreur du péché, de fuir les occasions du péché et de ne jamais perdre de vue que les damnés ne brûlent et ne pleurent dans les enfers que parce qu’ils ne se sont pas repentis de leurs péchés dans ce monde et qu’ils n’ont pas voulu les quitter. Non, quelque grands que soient les sacrifices que nous ayons à faire, ils ne doivent pas être capables de nous retenir ; il faut absolument combattre, souffrir et gémir dans ce monde, si  nous voulons avoir l’honneur d’aller chanter les louanges de Dieu pendant l’éternité : c’est le bonheur que je vous souhaite.

[1] Ce texte ne se rencontre pas à l’endroit cité des Confessions. La dernière partie est tirée du 1er Nocturne de l’Office des Morts.

[2] Joel 2, 13.

[3] Matth. 15, 19.

[4] Cette contrition qui naît de la pensée des châtiments mérités par le péché, pourvu qu’elle soit surnaturelle, dispose le pécheur à recevoir sa justification par l’absolution, dans le sacrement de Pénitence ; mais elle ne le justifie pas toute seule. Concile de Trente, Session 14, ch. 4.

[5] II Rois 3, 13.

[6] Ps. 118, 106.

[7] Is. 55, 7.

[8] Matth. 5, 30.

[9] Luc 15.