Schisme gallican, gallicanisme

 

Sommaire

  • Gallicanisme, église schismatique de France
    • Histoire
  • Schisme gallican (gallicanisme), ou l’église gallicane schismatique de Louis XIV
  • Effets de la déclaration hérétique de 1682
  • Hérésie gallicane condamnée par l’Église
  • Notes
    • 65 erreurs Baianistes jansénistes condamnées
    • Hérésie du jansénisme
    • 101 erreurs jansénistes de Pasquier-Quesnel condamnées

Gallicanisme, église schismatique de France

Gallican, gallicanisme est issu du latin gallica : gaulois. Il ne faut pas confondre gallican avec anglican à cause de sa connotation phonétique : l’anglicanisme désigne la secte schismatique anglicane ou d’Angleterre (dont les ordinations furent condamnées invalides par le pape Léon XIII dans Apostolicae Curae en 1896). Le gallicanisme est fondé sur l’hérésie du rationalisme tenant l’indépendance de la raison par rapport à la foi, ou la résolution des questions de foi par la seule raison. L’hérésie du gallicanisme prône l’indépendance du pouvoir temporel de l’église de France par rapport au pouvoir spirituel papal de Rome et sépare l’État de l’Église.

Le Gallicanisme réduit l’intervention du pape au seul pouvoir spirituel et ne reconnaît pas le rôle du pape dans le domaine temporel. Le Gallicanisme organise un système politico-religieux dans lequel l’Église est indépendante du pape et où le roi nomme les évêques. Le gallicanisme ecclésiastique prône la supériorité des conciles sur le pape (hérésie du conciliarisme). Le gallicanisme royal prône le roi comme chef temporel de l’Église française.

L’opposé du gallicanisme est l’ultramontanisme du latin ultra montes : au-delà des monts (c-à-d de l’autre côté des Alpes, en Italie, à la papauté à Rome). L’ultramontanisme, représenté principalement par les jésuites, s’opposait au jansénisme et au gallicanisme, et défendait assidûment l’infaillibilité papale ainsi que la primauté du pape sur le pouvoir politique en matière religieuse et de nomination des évêques. L’ultramontanisme a pris fin avec la mort de l’hérésie conciliariste (conciliarisme) gallicane.

Histoire

Une autonomie du pouvoir temporel du pouvoir spirituel concernant les questions d’ordre judiciaire commença à se manifester sous Philippe IV le bel. Mais le pape Boniface VIII affirma les pleins pouvoirs de l’Église sur le plan spirituel comme sur le plan temporel, dans sa bulle infaillible Unam Sanctam du 18 novembre 1302.

Pape Boniface VIII, Bulle Unam sanctam, 18 nov. 1302 ex cathedra (Magistère solennel) : « Qui oserait nier que le glaive temporel se trouve en le pouvoir de Pierre, ferait peut de cas de la parole du Seigneur : « remets ton épée au fourreau » [Matt. 26, 52]. Les deux glaives, spirituel et temporel, sont au pouvoir de l’Église : le premier est exercé par l’Église, le second pour l’Église ; le premier par les prêtres, le second par les rois et guerriers selon la volonté et la permission du prêtre. Donc, l’un de ces glaives doit être soumis à l’autre, l’autorité temporelle doit s’assujettir à l’autorité spirituelle ».

Le grand schisme d’occident de 1378 à 1417, avec les papes à Avignon, résista à la centralisation du pouvoir spirituel à Rome, ce qui favorisa l’idée d’une décentralisation temporelle de l’Église en France. Le décret Sacrosancta du concile de Constance en 1414, mettant fin au grand schisme d’occident, décide que le concile tient directement son pouvoir de Dieu et possède la juridiction universelle sur le pape.

Concile de Constance, sess. V, 6 avril 1415 ex cathedra (Décr. 409) : «ce même synode … tient son pouvoir immédiatement du Christ ; tous, de quelque état ou dignité, celle-ci fut-elle papale, sont tenus de lui obéir pour ce qui concerne la foi et l’extirpation du dit schisme…»

Le pape Martin V, élu le 11 nov. 1417, continua le concile de Constance à la session 42 du 28 déc. 1417. L’Église condamne infailliblement la suprématie du concile sur le pape ; même si le dogme de l’infaillibilité papale ne fut défini qu’au concile du Vatican en 1870 (Session 4, chap. 4), il est immuable de loi divine ou a toujours été. Cela signifie que l’infaillibilité du concile dépend de l’infaillibilité du pape (d’ailleurs les sessions du concile de Constance antérieures au pape Martin V furent ratifiées infailliblement par l’infaillibilité individuelle attachée à la personne du pape), et qu’un concile qui n’est pas ratifié par un pape, n’est pas infaillible. Mais cela signifie aussi qu’aucun pape ne peut changer les décisions doctrinales infaillibles (Magistère) qui sont « immuables par elles-mêmes et non par le consentement de l’Église » (Concile Vatican I de 1870, Session 4, chap. 4, ex cathedra).

Le roi Charles VII, suite au concile de Bâle (seules les 25 premières sessions sont œcuméniques du 14 déc. 1431 au 7 mai 1437), se servit du décret Sacrosancta pour publier, avec le clergé français réuni à Bourges, la Pragmatique sanction de Bourges le 7 juillet 1438 qui établit certaines libertés dans l’Église de France et diminue des pouvoirs du pape, et supprime les « annates » : menus, communs services, procurations et taxes apostoliques. La Pragmatique sanction de Charles VII déclare la suprématie des conciles généraux sur le Saint-Siège (hérésie du conciliarisme), la libre élection des évêques et des abbés par les chapitres et les monastères, et l’élargissement de l’autonomie de la royauté et de l’Église de France par rapport à la papauté.

Louis XI, succédant à Charles VII  maintint ces mêmes principes, fit de Bourges une université, et publia, le 8 janvier 1475, une ordonnance déclarant que toute décision du pape devait être approuvée par le roi de France, qu’elle devait être présentée au Parlement de Paris, et devait être enregistrée pour être applicable en France, mais le pape Sixte IV la condamna.

Le concordat de Bologne du 18 août 1516 entre le pape Léon X et François Ier, mit fin à la Pragmatique Sanction de Bourges, mais organisa le régime de la commende dans lequel les évêques et les abbés étaient choisis par le roi mais investis par le pape, et où ils juraient fidélité au roi de France qui leur donnait leur charge temporelle.

Le gallicanisme fut censuré sous le pape Paul V, à travers un livre d’Edmond Richer de 1612, Libellus de Ecclesiastica et Politica Potestate (De la puissance ecclésiastique et politique), théologien gallican et docteur de Sorbonne, prônant la préférence de l’autorité des évêques à celle du pape (thèse erronée car les évêques reçoivent leur juridiction du pape). Richer écrivit librement sur les droits respectifs des deux puissances, l’Église et l’État, sur les limites difficiles entre le sacerdoce et l’empire, et bien sûr sur les libertés gallicanes : « Chaque communauté a droit immédiatement et essentiellement de se gouverner elle-même, c’est à elle et non à aucun particulier que la puissance et la juridiction a été donnée ».

Le livre de Richer fut jugé dangereux par le cardinal de Richelieu, fut condamné par le cardinal Du Perron, archevêque de Sens et ses évêques, fut proscrit à Rome, fut recondamné par l’archevêque d’Aix et ses évêques, et fut réfuté par de nombreux écrits. Après que le livre de Richer fut censuré, il fut lui-même destitué. Même s’il semble s’être rétracté par la suite et reconnaître l’Église romaine mère et maîtresse de toutes les Églises, ses écrits ont ouverts la voie à l’hérésie du jansénisme, qui entre autres erreurs graves, relativise l’autorité du pape.

 

Schisme gallican (gallicanisme), ou l’église gallicane schismatique de Louis XIV

Le roi Louis XIV voulut privilégier l’état en privant le Saint-Siège des revenus, les « annates », redevances du produit de certains bénéfices ecclésiastiques des évêchés français vacants, en faveur de la Chambre apostolique, tribunal de la curie romaine (présidé par un cardinal camerlingue) gérant le trésor et le do­maine de l’État ecclésiastique.

Louis XIV fit rédiger par le clergé français la déclaration de 1682, qui niait l’infaillibilité du pape. Le conciliarisme, hérésie selon laquelle le pape n’est pas infaillible et est soumis aux conciles, fut le fondement de l’église schismatique gallicane. La déclaration du clergé gallican de 1682 faisait dépendre l’irréformabilité et l’infaillibilité des jugements doctrinaux du pape du consentement de l’Église universelle réunie en concile.

Plus de cent évêques signèrent la déclaration inspirée par Louis XIV et Bossuet, évêque de Meaux, et seulement trois évêques français la refusèrent. Le savant Fénelon, archevêque de Cambrai (1695-1715) s’opposa à Bossuet, mais s’écarta par ailleurs de la foi séduit par le quiétisme de Michel de Molinos (condamné par le saint office en 1682 – Ench. Symb. – 2181-2192 – puis le 20 novembre 1687 par la constitution Caelestis Pastor – Ench. Symb. 1221-1288 2201-2269).

Déclaration de quatre articles sur la puissance ecclésiastique et la puissance séculière votée le 19 mars 1682 par une assemblée générale extraordinaire du clergé de France :

« 1° A saint Pierre et à ses successeurs, vicaires du Christ, et à l’Église elle-même, Dieu a conféré le pouvoir sur les choses spirituelles et relatives au salut éternel, non sur les affaires civiles et temporelles. En conséquent, et par volonté expresse de Dieu, rois et princes ne sont pas soumis à l’autorité ecclésiastique dans les choses temporelles, ni ne peuvent, par l’autorité des clés de l’Église, être déposés, tant directement qu’indirectement, ni leurs sujets, dispensés de l’obligation d’obéissance ou déliés de quelque serment de fidélité. Une telle décision doit être retenue comme universellement nécessaire à la paix publique, utile à l’Église comme au pouvoir séculier et conforme à la parole de Dieu, à la tradition des Pères et à l’exemple des saints ».

« 2° La plénitude de puissance que le Saint-Siège apostolique et les successeurs de saint Pierre, vicaires de Jésus-Christ, ont sur les choses spirituelles est telle, que néanmoins les décrets du saint concile œcuménique de Constance, contenus dans les sessions IV et V, demeurent dans toute leur force et vertu, et l’Église de France n’approuve pas l’opinion de ceux qui portent atteinte à ces décrets ou qui les affaiblissent en disant que leur autorité n’est pas bien établie, qu’ils ne sont point approuvés ou qu’ils ne regardent que le temps du schisme [grand schisme d’occident de 1378 à 1417].

« 3° Aussi l’usage de la puissance apostolique doit être réglé suivant les canons faits par l’esprit de Dieu et consacrés par le respect général ; les règles, les coutumes et les constitutions reçues dans le royaume et dans l’Église gallicane doivent avoir leur force et leur vertu, et les usages de nos pères demeurer inébranlables ; il est même de la grandeur du Saint-Siège apostolique que les lois et les coutumes établies du consentement de ce siège respectable et des Églises subsistent invariablement.

« 4° Le pape a la principale part dans les questions de foi ; les décrets regardent toutes les Églises et chacune en particulier ; mais, cependant, son jugement n’est pas irréformable, à moins que le consentement de l’Église n’intervienne ».

En 1693 les évêques de France se rétractèrent, en adressant une lettre collective au pape Innocent XIII et ensuite Louis XIV révoqua plus tard la déclaration de 1682.  Mais Louis XIV fut excommunié en 1687 par le pape Innocent XI pour avoir formé l’Église gallicane. «À cette période appartient également le fort conflit sur les franchises ou droit d’asile, privilège odieux concernant lequel Louis XIV a montré une obstination et une arrogance qui ont dépassé toutes les limites (1687)» (Encyc. Cath. 1907).

 

Effets de la déclaration hérétique de 1682

Fébronianisme

La déclaration hérétique de 1682, du clergé français soumis à Louis XIV, a engendré l’hérésie du fébronianisme, en 1763, par l’évêque auxiliaire de Trèves en Allemagne, Johann Nikolaus von Hontheim, pseudonyme Justinus Febronius, qui reprenant les idées de l’hérétique janséniste gallican, Zeger Bernard van Espen, soutenait que le pouvoir du pape est limité par les canons conciliaires, qu’il reçoit son pouvoir par délégation des fidèles et que ses décisions n’ont de valeur qu’avec l’approbation de l’épiscopat.

Le fébronianisme est un système politico-ecclésiastique gallican radical, prônant l’organisation ecclésiastique fondée sur la négation de la constitution monarchique de l’Église limitant ainsi le pouvoir du Saint-Siège pour faciliter la réconciliation des protestants avec l’Église.

Selon l’hérésie fébronianiste, le Christ a confié le pouvoir des clefs au corps tout entier de l’Église, et donc : 1° La primauté du pape est subordonnée à l’Église universelle ; 2° Le pape n’est que le symbole de l’unité ; 3° Le pape n’est que le gardien et le défenseur des Lois de l’Église ; 4° La souveraineté du pape n’est pas une juridiction ; 5° Le pape est soumis aux conciles.

France schismatique

La déclaration hérétique de 1682 a inspiré la Constitution civile du clergé de la France schismatique pendant la Révolution française.

Hérésies enseignées dans les séminaires

Le Concordat du 15 août 1801 conclu entre Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII réglemente les relations entre le Saint-Siège et la République française. Mais Napoléon Bonaparte ordonna aux professeurs des séminaires d’enseigner la déclaration de 1682 aux séminaristes et futurs prêtres, et promulgua les soixante-dix-sept Articles organiques, le 18 avril 1802, prônant l’Église de France une Église nationale, moins dépendante de Rome et plus du pouvoir civil. Napoléon Bonaparte fit détenir le pape Pie VII à Savone de 1809 à1812, puis à Fontainebleau  de 1812 à 1814. Napoléon projeta même d’établir le siège de la papauté en France, à Avignon ou à Paris. Napoléon Bonaparte fut excommunié par le pape Pie VII.

Hérésie de la faillibilité papale sans les conciles répandue en Europe

L’hérésie du conciliarisme (infaillibilité papale dépendante des conciles) se répandra, en France et en Allemagne, par des théologiens contre l’infaillibilité papale. D’autres, qui ne niaient pas directement l’infaillibilité papale, étaient partisans du gallicanisme, comme Honoré Tournély († 26 déc. 1729), prêtre et théologien réputé opposant du jansénisme, mais gallican, et qui se contredit comme on peut le voir ci-dessous, défendant à la fois l’infaillibilité papale «comme certaine», et à la fois le gallicanisme niant l’infaillibilité papale (conciliarisme), allant même jusqu’à affirmer hérétiquement * qu’il ne nous est pas permis de nous écarter de la déclaration du clergé de France schismatique de 1682.

Honoré Tournély affirme que les catholiques sont tenus par une déclaration hérétique et schismatique : c’est hérétique (seulement matériellement si c’est de bonne foi par ignorance ou mauvaise compréhension du dogme). En effet cette déclaration de 1682 affirme que «rois et princes ne sont pas soumis à l’autorité ecclésiastique dans les choses temporelles», alors que le dogme de foi défini que «l’autorité temporelle doit s’assujettir à l’autorité spirituelle» (Pape Boniface VIII, Bulle Unam sanctam, 18 nov. 1302, ex cathedra). En outre la déclaration schismatique de 1682 affirme aussi que «Le pape a la principale part dans les questions de foi … mais, cependant, son jugement n’est pas irréformable, à moins que le consentement de l’Église n’intervienne», cependant il est possible que ce soit une mauvaise interprétation de bonne foi du Concile de Constance (voir plus haut), même si cela fut utilisé pour séparer l’Église de France du saint-siège de Rome.

Honoré Tournély, Prælectiones Theologicæ (publication 1727 : Sur les sacrements en général, Sur l’Incarnation, Sur les sacrements du baptême et de la confirmation) 1, II, q. 5, art. 3 (p. 134) : « Nous ne pouvons dissimuler, en présence de la masse de témoignages rassemblés par Bellarmin, Launoy et d’autres, qu’il est bien difficile de ne pas reconnaître comme certaine et infaillible l’autorité du Siège apostolique ou de l’Église romaine ; mais il est beaucoup plus diffi­cile encore de concilier ces témoignages avec la déclaration du clergé de France [de 1682], dont il ne nous est pas permis de nous écarter ».

Au 19ème siècle, le gallicanisme fut combattu notamment par Joseph de Maistre avec Du pape et avec De l’Église gallicane dans son rapport avec le souverain pon­tife, en 1821 ; Dom Prosper Guéranger (Abbé de Solesmes), avec La monarchie pontificale, en 1869 ; Mgr de Ségur, dans Le Souverain pontife, Œuvres complètes, T. III, en 1874. Bien que Mgr de Ségur défendit le pape contre le conciliarisme et défendit l’Église contre le gallicanisme, il fut néanmoins parmi les premiers, au 19ème siècle, à enseigner contre le dogme Nul salut hors de l’Église : dès 1841, il enseigna l’hérésie de l’âme de l’Église séparée du corps du Christ qui est l’Église, qui sera reprise par les mauvais théologiens et dans les manuels de catéchisme, et qui sera le fondement des hérésies du salut de l’ignorant invincible des mystères essentiels de la foi, du baptême de désir et du baptême de sang, au 20ème siècle, et qui seront la préparation de l’apostasie vatican 2. (Voir Hérésies pré-vatican 2).

Aujourd’hui

Il existe certains reliquats du gallicanisme en France et quelques petites églises schismatiques gallicanes existent encore qui sont composées de gens refusant (à raison) la fausse église vatican 2 et les autres sectes soi-disant traditionalistes (FSSPX, etc.), mais sans vouloir comprendre et/ou refusant la vraie foi divine et catholique ; et ils sont ainsi des non-catholiques et des schismatiques hors de la véritable Église catholique.

Note d’information : Tout baptisé doit aussi obligatoirement éviter la secte schismatique « vieille-catholique » répandue en Europe, qui rejette publiquement le concile du Vatican de 1870 et sa définition sur l’infaillibilité pontificale ; la secte « vieille-catholique » est condamnée par le pape Pie IX, dans Graves ac diuturnae, 23 mars 1875.

 

Hérésie gallicane condamnée par l’Église

La faculté de théologie de Paris condamna l’opinion hérétique du « pape faillible » de Marsile de Padoue en 1330.

Le cinquième concile de Latran de 1512 à 1517 affirme l’autorité du pape sur les conciles, ce qui condamne ainsi l’hérésie du conciliarisme (infaillibilité du pape dépendante du concile). Cependant aucun pape ne peut remettre en cause une décision du infaillible du Magistère de l’Église, immuable de droit divin.

Pape Léon X, Concile de Latran V, 1512-1517 : «Il résulte manifestement, non seulement des témoignages de l’Écriture Sainte, des paroles des Pères et des autres Pontifes romains et des décrets des saints canons, mais encore de l’aveu formel des Conciles eux-mêmes, que, seul, le Pontife romain, selon le temps où il est en charge, a plein droit et pouvoir, comme ayant autorité sur tous les Conciles, pour convoquer, transférer et dissoudre les Conciles». (Cité dans Satis cognitum, pape Léon XIII)

Le théologien Jean Morand fut aussi condamné en 1534 par la faculté de théologie de Paris pour l’opinion hérétique du « pape faillible ». Puis Marc Antoine de Dominis.

Le pape Innocent XI annula la déclaration du clergé gallican par le bref Paternae caritati du 11 avril 1682. De nombreux ouvrages prônant l’église gallicane (église de France servant le roi avant le pape) furent mis à l’Index des livres interdits.

Le pape Innocent XI condamna les erreurs quiétistes de Miguel de Molinos dans Coelestis pastor du 20 novembre 1687 (Ench. Symb. 1221-1288 2201-2269).

Le pape Alexandre VIII annula une deuxième fois la déclaration de 1682 du clergé français par la Constitution Inter multiplices du 4 aout 1690.

Pape Alexandre VIII, Inter multiplices, articles du clergé gallican déclarés nuls, 4 aout 1690 : « Toutes et chacune des choses qui ont été décidées et faites par ladite Assemblée du clergé gallican qui s’est tenue en 1682 … : par la teneur des présentes Nous déclarons toutes ces choses de plein droit nulles et non-avenues, invalides et vaines, pleinement et entièrement dénuées de force et d’effet dès leur principe, et qu’elles le sont encore et qu’elles le seront à perpétuité… ».

Décret du saint office (Pape Alexandre VIII), erreurs des jansénistes, 7 déc. 1690, n° 29  : « 29. C’est une affirmation futile et réfutée de nombreuses fois, que celle de l’autorité du pape au-dessus du concile œcuménique et de l’infaillibilité dans les questions de foi [Thèse de Louvain *, « juridisme extérieur » ou « extrinsécisme extérieur », 1678, François Farvaques, oesa]». – Condamnée hérétique par le pape

* La faculté de théologie de Louvain était proche de Michel Baius, dont les erreurs furent condamnées par St Pie V, Ex omnibus afflictionibus, 1er oct. 1567 (Ench. Symb.. 1001-1080 1901-1980) et des baianistes hérétiques jansénistes, dont 65 erreurs d’une doctrine morale plus laxiste ont été condamnées par le saint office sous Innocent XI, le 2 mars 1679 ¹. 

Le pape Clément XI condamna l’hérésie du jansénisme ² par la constitution dogmatique Unigenitus du 8 septembre 1713, avec les 101 propositions hérétiques jansénistes tirées du livre de Pasquier Quesnel ³, Le Nouveau Testament en français avec des Réflexions morales, contenant des hérésies de jansénisme, gallicanisme et richérisme, hérésie d’une hiérarchie moins prononcée entre évêques et curés. (Pasquier Quesnel avait publié un premier Abrégé de la morale de l’Évangile, en 1671, approuvé par l’évêque de Châlons, constitué des quatre Évangiles en français avec des notes explicatives pour la méditation. Une deuxième édition augmentée fut publiée en 1678 approuvée par le nouvel évêque de Châlons. Une troisième édition complète publiée en 1693 contenant quasiment toutes les erreurs du jansénisme fut condamnée par le pape Clément XI le 13 juillet 1708).

En 1748, le pape Benoît XIV critiqua Bossuet pour sa Defensio cleri gallicani de 1684, défendant les principes gallicans.

Pape Benoît XIV, bref adressé à l’inquisiteur général d’Espagne, 13 juillet 1748 : « Il serait difficile de trouver un ouvrage [Defensio cleri gallicani de Bossuet] qui soit aussi contraire à la doctrine reçue partout, hors de la France, sur l’infaillibilité du souverain pontife définissant ex cathedra, et sur la supériorité au-dessus de tout concile œcuménique. Du temps de Clément XII, notre prédécesseur d’heureuse mémoire, on s’occupa de proscrire cet ouvrage, et on finit par conclure de n’en rien faire, non seulement à cause de la réputation de l’auteur qui a bien mérité de la religion sous tant d’autres chefs, mais parce qu’on avait la crainte fondée d’exciter par là de nouveaux troubles ».

Le pape Pie VI reconfirma les condamnations de ses prédécesseurs contre le gallicanisme.

Pape Pie VI, Auctorem fidei, 28 août 1794, (Denz. 1599 2700) : « Puisque les actes de l’assemblée gallicane, aussitôt  après leur parution, notre vénérable prédécesseur Innocent XI par une lettre en forme de bref, Paternae caritati, du 11 avril 1682, puis plus clairement encore Alexandre VIII le 5 août dans la constitution Inter multiplices [Denz. – 2281-2285] les ont désapprouvés, abrogés et déclarés nuls et sans valeur en vertu de leur charge apostolique, la sollicitude pastorale  exige de Nous de façon plus urgente encore que l’acceptation qui en a été faite dans un synode entaché de tant de défauts [synode de Pistoie condamné], Nous la réprouvions et la condamnions comme téméraire, scandaleuse – et surtout après les décrets de nos prédécesseurs – comme souverainement injurieuse pour ce Siège apostolique, comme Nous le réprouvons et la condamnons dans cette constitution qui est la nôtre, et voulons qu’elle soit tenue pour réprouvée et condamnée ».

Le pape Grégoire XVI renouvela les condamnations du rationalisme, du gallicanisme, et du libéralisme, etc., dans l’encyclique Mirari vos du 15 août 1832 :

Pape Grégoire XVI, Mirari vos, 15 août 1832 (Magistère) : « Que tous s’en souviennent : le jugement sur la saine doctrine dont on doit nourrir le peuple, le gouvernement et l’administration de l’Église entière appartiennent au Pontife romain, « à qui a été confié, par Notre-Seigneur Jésus-Christ », comme l’ont si clairement déclaré les Pères du concile de Florence,  » le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle » (Conc. Flor. sess. XXV, in definit. apud Labb. tom XVIII, col. 528. edit. Venet.). …que les Princes … songent que le pouvoir leur a été donné, non seulement pour le gouvernement du monde, mais surtout pour l’appui et la défense de l’Église ».

Le pape Pie IX, critiqua la validité de la déclaration de 1682.

Pape Pie IX, bref à Char­les Gérin, auteur de Recherches historiques sur l’assemblée du clergé de France de 1682, 17 fév. 1869 « [La déclaration du clergé de France de 1682] n’avait pas été émise en toute liberté et conscience, mais plutôt sous l’empire de la crainte ou en vue de la faveur royale … Elle ne fut pour l’Église gallicane la source d’aucune gloire, d’aucune liberté, mais plutôt une tache et une vraie servitude ».

L’hérésie du conciliarisme, fondement du gallicanisme, fut condamnée par le pape Pie IX au concile du Vatican en 1870.

Pape Pie IX, Concile du Vatican, Pastor aeternus, ch. 4, 1870 ex cathedra (Magistère solennel) : « …lorsque le pontife romain parle ex cathedra … il jouit, en vertu de l’assistance divine qui lui a été promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que soit pourvue son Église lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et la morale ; par conséquent, ces définitions du pontife romain sont irréformables par elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l’Église ».

Le pape Pie IX condamna infailliblement les principales erreurs politico-religieuses, ainsi que le rationalisme, le gallicanisme, le socialisme, le libéralisme, etc. dans l’encyclique Quanta cura, le 8 décembre 1864.

Pape Pie IX, Quanta cura (n° 4), 8 déc. 1864 ex cathedra (Magistère solennel) : « Ces opinions s’opposent essentiellement, non seulement à l’Église catholique, à sa doctrine de salut et à ses droits vénérables, mais encore à l’éternelle loi naturelle gravée par Dieu dans tous les cœurs et à la droite raison. C’est d’elles que presque toutes les autres erreurs firent leur origine. …la cause de l’Église catholique et le salut des âmes que Dieu nous a confié, et le bien de la société humaine elle-même, réclament impérieusement que Nous lancions un nouvel appel à votre sollicitude pastorale pour terrasser d’autres idées fausses qui découlent de source de ces mêmes erreurs. Ces opinions trompeuses et perverses sont d’autant plus détestables qu’elles visent principalement à entraver et renverser cette puissance de salut que l’Église catholique, en vertu de la mission et du mandat reçu de son divin Auteur, doit exercer librement jusqu’à la consommation des siècles, non moins à l’égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs ».

Dans le Syllabus (catalogue de 80 erreurs condamnées) de 1864, le pape Pie IX résume les erreurs relatives à l’Église et à ses droits  et les erreurs relatives à la société civile, considérée en elle-même ou dans ses rapports avec l’Église (n° 19-55) :

Syllabus n° 19 : L’Église n’est pas une vraie et parfaite société pleinement libre ; elle ne jouit pas de ses droits propres et constants que lui a conférés par son divin Fondateur, mais il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l’Église et les limites dans lesquelles elle peut les exercer. Condamné (Allocution Singulari quadam, 9 décembre 1854 ; Allocution Novos et ante, 28 septembre 1860 ; Allocution Multis gravibusque, 17 décembre 1860 ; Allocution consistoriale Maxima quidem, 9 Juin 1862).

Syllabus n° 20 : La puissance ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l’assentiment du gouvernement civil. Condamné (Allocution Meminit, 30 septembre 1861).

Syllabus n° 24 : L’Église n’a pas le droit d’employer la force ; elle n’a aucun pouvoir temporel direct ou indirect. Condamné (Lettre apostolique Ad apostolicae, 22 août 1851).

Syllabus n° 25 : En dehors du pouvoir inhérent à l’épiscopat, il y a un pouvoir temporel qui lui a été concédé ou expressément ou tacitement par l’autorité civile, révocable par conséquent à volonté par cette même autorité civile. Condamné (Lettre apostolique Ad apostolicae, 22 août 1851).

Syllabus n° 27 : Les ministres sacrés de l’Église et le Pontife Romain doivent être exclus de toute gestion et possession des choses temporelles. Condamné (Allocution consistoriale Maxima quidem, 9 Juin 1862).

Syllabus n° 28 : Il n’est pas permis aux Évêques de publier même les Lettres apostoliques sans la permission du gouvernement. Condamné (Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856).

Syllabus n° 29 : Les faveurs accordées par le Pontife Romain doivent être regardées comme nulles, si elles n’ont pas été demandées par l’entremise du gouvernement. Condamné (Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856).

Syllabus n° 34 : La doctrine de ceux qui comparent le Pontife Romain à un prince libre et exerçant son pouvoir dans l’Église universelle, est une doctrine qui a prévalu au moyen âge. Condamné (Lettre Eximiam à Son Éminence l’archevêque de Cologne, 15 juin 1857).

Syllabus n° 37 : On peut instituer des Églises nationales soustraites à l’autorité du Pontife Romain et pleinement séparées de lui. Condamné (Allocution Multis gravibusque, 17 décembre 1860 ; Allocution Iamdudum, 18 mars 1861).

Syllabus n° 39 : L’État, comme étant l’origine et la source de tous les droits, jouit d’un droit qui n’est circonscrit par aucune limite. Condamné (Allocution consistoriale Maxima quidem, 9 Juin 1862).

Syllabus n° 42 : En cas de conflit légal entre les deux pouvoirs, le droit civil prévaut. Condamné (Lettre apostolique Ad apostolicae, 22 août 1851).

Syllabus n° 43 : La puissance laïque a le pouvoir de casser, de déclarer et rendre nulles les conventions solennelles (Concordats) conclues avec le Siège Apostolique, relativement à l’usage des droits qui appartiennent à l’immunité ecclésiastique, sans le consentement de ce Siège et malgré ses réclamations. Condamné (Allocution In consistoriali, 1er novembre 1850 ; Allocution Multis gravibusque, 17 décembre 1860).

Syllabus n° 44 : L’autorité civile peut s’immiscer dans les choses qui regardent la religion, les mœurs et le gouvernement spirituel. D’où il suit qu’elle peut juger des Instructions que les pasteurs de l’Église publient, d’après leurs charges, pour la règle des consciences ; elle peut même décider sur l’administration des sacrements et les dispositions nécessaires pour les recevoir. Condamné (Allocution In consistoriali, 1er novembre 1850 ; Allocution consistoriale Maxima quidem, 9 Juin 1862).

Syllabus n° 45 : Toute la direction des écoles publiques dans lesquelles la jeunesse d’un État chrétien est élevée, si l’on en excepte dans une certaine mesure les séminaires épiscopaux, peut et doit être attribuée à l’autorité civile, et cela de telle manière qu’il ne soit reconnu à aucune autre autorité le droit de s’immiscer dans la discipline des écoles, dans le régime des études, dans la collation des grades, dans le choix ou l’approbation des maîtres. Condamné (Allocution In consistoriali, 1er novembre 1850 ; Allocution Quibus luctuosissimis, 5 septembre 1851).

Syllabus n° 46 : Bien plus, même dans les séminaires des clercs, la méthode à suivre dans les études est soumise à l’autorité civile. Condamné (Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856).

Syllabus n° 47 : La bonne constitution de la société civile demande que les écoles populaires, qui sont ouvertes à tous les enfants de chaque classe du peuple, et en général que les institutions publiques destinées aux lettres, à l’instruction supérieure et à une éducation plus élevée de la jeunesse, soient affranchies de toute autorité de l’Église, de toute direction et de toute ingérence de sa part, et qu’elles soient pleinement soumises à la volonté de l’autorité civile et politique, suivant le désir des gouvernants et le niveau des opinions générales de l’époque. Condamné (Lettre Cum non sine à l’archevêque de Fribourg-en-Brisgau, 14 juillet 1864).

Syllabus n° 48 : Des catholiques peuvent approuver un système d’éducation en dehors de la foi catholique et de l’autorité de l’Église, et qui n’ait pour but, ou du moins pour but principal, que la connaissance des choses purement naturelles et la vie sociale sur cette terre. Condamné (Lettre Cum non sine à l’archevêque de Fribourg-en-Brisgau, 14 juillet 1864).

Syllabus n° 50 : L’autorité séculière a par elle-même le droit de présenter les Évêques, et peut exiger d’eux qu’ils prennent en main l’administration de leurs diocèses avant qu’ils aient reçu du Saint-Siège l’institution canonique et les Lettres apostoliques. Condamné (Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856).

Syllabus n° 54 : Les rois et les princes, non seulement sont exempts de la juridiction de l’Église, mais même ils sont supérieurs à l’Église quand il s’agit de trancher les questions de juridiction. Condamné (Lettre apostolique Multiplices inter, 10 juin 1851).

Syllabus n° 55 : L’Église doit être séparée de l’État, et l’État séparé de l’Église. Condamné (Allocution Acerbissimum, 27 septembre 1852).

 

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Notes :

¹ Baianistes jansénistes condamnés par 65 erreurs d’une doctrine morale plus laxiste par le saint office sous Innocent XI, le 2 mars 1679 (Ench. Symb. 1151-1215 2101-2165) :

1. Il n’est pas interdit dans l’administration des sacrements de suivre l’opinion probable sur la validité du sacrement, en laissant la plus sûre, sauf Si cela est interdit par la loi, une convention, ou qu’il y ait péril de faire courir un grave dommage. C’est pourquoi c’est seulement dans la collation du baptême, de l’ordination sacerdotale ou épiscopale qu’on ne doit pas recourir à l’opinion probable.

2. J’estime probable qu’un juge peut juger selon une opinion même moins probable.

3. En général, aussi longtemps que nous agissons en nous fiant à une probabilité soit intrinsèque, soit extrinsèque, si faible qu’elle soit, pourvu qu’elle reste dans les limites de la probabilité, nous agissons toujours très prudemment.

4. L’infidèle qui ne croit pas est excusé de l’infidélité, s’il est conduit par l’opinion moins probable.

5. Nous n’osons pas définir s’il pèche mortellement, celui qui ne ferait un acte d’amour de Dieu qu’une seule fois dans sa vie.

6. Il est probable que le précepte de la charité envers Dieu n’oblige même pas par soi de façon rigoureuse tous les cinq ans.

7. Il oblige seulement quand nous sommes tenus d’être justifiés et que nous n’avons pas d’autre voie par laquelle nous puissions être justifiés.

8. Manger et boire jusqu’à satiété et pour le seul plaisir n’est pas un péché, dès lors que cela ne fait pas obstacle à la santé, car l’appétit naturel peut jouir licitement de ses actes.

9. L’acte du mariage accompli seulement pour le plaisir est dénué de toute faute vénielle.

10. Nous ne sommes pas tenus d’aimer le prochain d’un acte inférieur ou formel.

11. Nous pouvons satisfaire au précepte d’aimer le prochain par les seuls actes extérieurs.

12. On trouverait difficilement chez ceux qui vivent dans le siècle et chez les rois quelque chose qui soit superflu pour leur état. Et ainsi à peine quelqu’un est-il tenu à l’aumône dès lors qu’il n’est tenu de la faire que du superflu.

13. Si on le fait avec la modération requise, on peut, sans pécher mortellement, s’attrister de la vie de quelqu’un et se réjouir de sa mort, la souhaiter d’un désir inefficace, non pas parce que la personne déplaît, mais à cause de quelque avantage temporel.

14. Il est permis de désirer de manière absolue la mort de son père, non pas pour le mal du père, mais pour le bien de celui qui le désire parce qu’elle apportera un riche héritage.

15. Il est permis à un fils de se réjouir d’un parricide commis par lui en état d’ébriété, à cause des grandes richesses qui lui reviennent par l’héritage.

16. La foi n’est pas censée tomber par soi sous un précepte particulier.

17. Il suffit de faire un seul acte de foi dans sa vie.

18. Si quelqu’un est interrogé par l’autorité publique, je conseille, comme glorieux pour Dieu et pour la foi, de confesser la foi ouvertement ; je ne condamne pas comme peccamineux de se taire.

19. La volonté ne peut faire que l’assentiment de foi soit plus ferme en lui-même que ne le mérite le poids des raisons qui poussent à l’assentiment.

20. Dès lors quelqu’un peut refuser prudemment l’assentiment qu’il avait de façon surnaturelle.

21. L’assentiment de foi, surnaturel et utile au salut, existe avec la connaissance seulement probable de la révélation, et même avec la crainte que Dieu n’ait pas parlé.

22. Seule la foi en un seul Dieu semble être nécessaire de nécessité de moyen, mais non la foi explicite au Rémunérateur.

23. La foi au sens large du mot qui vient du témoignage des créatures ou d’un motif semblable suffit à la justification.

24. Appeler Dieu à témoin pour un mensonge léger n’est pas une irrévérence telle que Dieu veuille ou puisse, à cause de cela, damner un homme.

25. Lorsqu’il y a une raison, il est licite de jurer sans la disposition intérieure à jurer, que la chose soit grave ou légère.

26. Si quelqu’un, soit seul, soit devant d’autres, soit qu’on l’interroge, soit spontanément, qu’il le fasse pour s’amuser ou pour un autre motif, jure qu’il n’a pas fait une chose qu’il a faite en réalité, en sous- entendant intérieurement quelque autre chose qu’il n’a pas faite, ou quelque autre manière que celle dont il l’a faite, ou quelque addition qui est vraie, il ne ment pas en réalité et n’est pas parjure.

27. Il peut y avoir des raisons justes d’user de ces amphibologies chaque fois que cela est nécessaire ou utile pour défendre sa vie, son honneur, ses biens, ou pour quelque autre acte de vertu, en sorte que la dissimulation de la vérité est alors censée utile et désirable.

28. Celui qui, grâce à une recommandation ou un présent, a été promu à une magistrature ou à un office public, pourra prêter avec une restriction mentale le serment qui par mandat du roi est habituellement exige’ de telles personnes, sans avoir égard à l’intention de celui qui l’exige, parce qu’il n’est pas tenu d’avouer un crime occulte.

29. Une crainte grave est un motif juste pour simuler l’administration des sacrements.

30. Il est permis à un homme d’honneur de tuer un agresseur qui s’efforce de le calomnier, si cette ignominie ne peut pas être évitée autrement ; la même chose doit être dite si quelqu’un donne une gifle ou frappe d’un bâton et prend la fuite après avoir donné la gifle et frappé du bâton.

31. Je peux, régulièrement parlant, tuer un voleur pour conserver une unique pièce d’or.

32. Il n’est pas permis seulement de défendre par une défense qui tue ce que nous possédons en fait, mais également ce à quoi nous avons un droit commencé et que flous espérons posséder.

33. Il est permis aussi bien à un héritier qu’à un légataire de se défendre contre quelqu’un qui l’empêche injustement d’entrer en possession de l’héritage ou du legs, comme il l’est pour celui qui a droit à une cathèdre ou à une prébende de se défendre contre qui l’empêche injustement d’en prendre possession.

34. Il est permis de procurer un avortement avant l’animation du foetus, pour éviter à une jeune fille devenue enceinte la mort ou le déshonneur.

35. Il semble probable que tout foetus (tant qu’il se trouve dans le sein) est dépourvu d’âme rationnelle, et qu’il commence seulement à l’avoir lorsqu’il naît ; et c’est pourquoi il faudra dire que dans aucun avortement il n’est commis un homicide.

36. Il est permis de voler, non seulement dans le cas de nécessité extrême, mais dans celui de nécessité grave.

37. Les serviteurs et les servantes de la maison peuvent dérober secrètement à leurs maîtres pour compenser leur travail qu’ils jugent plus important que le salaire qu’ils reçoivent.

38. Personne n’est tenu sous peine de péché mortel à restituer ce qui a été pris par quelques larcins, quelque grande que soit la somme totale.

39. Celui qui pousse ou incite un autre à causer un grave dommage à un tiers n’est pas tenu à restitution pour le dommage causé.

40. Le contrat Mohatra est licite même quand il se fait à l’égard de la même personne et avec une clause préalable de revente dans une intention de lucre.

41. Une somme versée étant plus précieuse qu’une somme à verser, et puisqu’il n’y a personne qui ne préfère une somme présente à une somme future, le prêteur peut exiger du débiteur quelque chose en plus du capital prêté, et être excusé d’usure à ce titre.

42. Il n’y a pas usure lorsque quelque chose est exigé comme un dû en sus du capital prêté au titre de la bienveillance en quelque sorte et de la gratitude, mais seulement si cela est exigé comme un dû au titre de la justice.

43. Pourquoi ne serait-ce pas un péché véniel seulement que de détruire par une fausse accusation la grande autorité d’un calomniateur qui vous nuit ?

44. I1 est probable que celui-là ne pèche pas mortellement qui impute une fausse accusation à quelqu’un pour défendre son propre droit et son honneur. Et si cela n’est pas probable, il n’y aura guère d’opinion probable en théologie.

45. Donner un bien temporel pour un bien spirituel n’est pas de la simonie quand le bien temporel n’est pas donné comme le prix mais seulement comme un motif de confier ou d’accomplir le bien spirituel, ou aussi lorsque le bien temporel est seulement une compensation gratuite pour le bien spirituel et inversement.

46. Cela reste vrai encore même si le bien temporel est le motif principal de donner le bien spirituel, en sorte que le bien temporel serait estimé davantage que le bien spirituel.

47. Lorsque le concile de Trente dit que ceux-là ont part au péché d’autrui et pèchent mortellement qui promeuvent à des offices ecclésiastiques sans considérer ces personnes comme plus dignes et plus utiles à l’Église, le concile, ou bien premièrement semble avoir voulu signifier seulement par ce terme « plus dignes  » la dignité de ceux qui doivent être choisis, en utilisant le comparatif au lieu du positif; ou bien deuxièmement il emploie l’expression moins appropriée « plus dignes » pour exclure ceux qui sont indignes, mais non ceux qui sont dignes ; ou bien troisièmement il parle seulement du cas où il s’agit d’un concours.

48. Il semble si clair que la fornication n’inclut en soi aucune malice, et qu’elle n’est mauvaise que parce qu’elle est interdite, que le contraire semble contredire totalement la raison.

49. La mollesse n’est pas prohibée par le droit naturel. C’est pourquoi, si Dieu ne l’avait pas interdite, souvent elle serait bonne, et quelquefois elle serait même obligatoire sous peine de péché mortel.

50. L’union avec une femme mariée, du consentement du mari, n’est pas adultère ; c’est pourquoi il suffit de dire en confession que l’on a forniqué.

51. Un domestique qui, en le laissant monter sur ses épaules, aide sciemment son maître à s’introduire par la fenêtre pour violer une jeune fille, et qui souvent l’assiste en portant l’échelle, en ouvrant la porte, ou en l’aidant d’autres manières semblables, ne pèche pas mortellement s’il le fait par crainte d’un dommage notable, par exemple pour ne pas être maltraité par le maître ou être regardé de travers, ou être chassé de la maison.

52. Le précepte d’observer les jours de fête n’oblige pas sous peine de péché mortel, abstraction faite du scandale, s’il n’y a pas de mépris.

53. Satisfait au précepte de l’Église d’entendre la messe, celui qui en entend deux parties, ou même quatre ensemble de divers célébrants.

54. Celui qui ne peut réciter matines et laudes, mais peut réciter les autres heures, n’est tenu à rien ; car la partie plus grande tire à soi la partie plus petite

55. On satisfait au précepte de la communion annuelle par la manducation sacrilège du Seigneur 2034 .

56. La confession et la communion fréquentes, même de ceux qui vivent en païens, sont des signes de prédestination.

57. Il est probable qu’il suffit d’une attribution naturelle dès lors qu’elle est honnête.

58. Nous ne sommes pas tenus de dire à un confesseur, s’il interroge, l’habitude d’un péché quelconque

59. Il est permis d’absoudre sacramentellement ceux qui ne se sont confessés qu’à moitié lorsqu’il y a grand afflux de pénitents, comme cela peut arriver par exemple le jour d’une grande fête ou d’une indulgence.

60. Au pénitent qui a l’habitude de pécher contre la loi naturelle ou ecclésiastique, même s’il n’apparaît aucun espoir d’amendement, on ne doit ni refuser ni différer l’absolution dès lors qu’il déclare de bouche qu’il éprouve de la douleur et qu’il commet de s’amender.

61. Peut parfois être absous celui qui demeure dans une occasion prochaine de pécher qu’il peut et ne veut pas éviter, et même qu’il cherche directement ou délibérément, ou dans laquelle il se jette.

62. Une occasion prochaine de pécher ne doit pas être fuie lorsqu’il y a une raison utile ou honnête de ne pas la fuir.

63. Il est permis de chercher directement l’occasion prochaine de pécher pour notre bien spirituel ou temporel, ou pour celui du prochain.

64. L’homme est capable de recevoir l’absolution quelle que soit son ignorance des mystères de la foi, et même si c’est par négligence, même coupable, qu’il ignore le mystère de la très sainte Trinité et de l’Incarnation de notre Seigneur Jésus Christ.

65. Il suffit d’avoir cru une fois ces mystères.

² Le Jansénisme est une hérésie de rigorisme décourageant, portant le nom de Jansénius ou Cornélius Jansen, évêque d’Ypres. Le jansénisme fut condamné hérétique avec cinq erreurs au sujet de la grâce dans le livre de Jansen, Augustinus, T. 3, De gratia Christi, III, 13, par le pape Innocent X, Cum occasione, 31 mai 1653 :

1. Il y a des commandements de Dieu qui pour des hommes justes, malgré leur vouloir et leurs efforts, sont impossibles à observer étant données les forces dont ils disposent ; il leur manque la grâce par quoi cela deviendrait possible.

2. Dans l’état de nature déchue, on [personne] ne résiste jamais à la grâce intérieure.

3. Pour mériter et démériter dans l’état de la nature déchue, il n’est pas requis que l’homme soit libre de toute nécessité, mais il suffit qu’il soit libre de toute contrainte.

4. Les semi-pélagiens admettaient la nécessité de la grâce intérieure prévenante pour chaque acte en particulier, même pour le consentement de la foi ; ils étaient hérétiques en ce qu’ils voulaient que cette grâce fût telle que la volonté puisse lui résister ou lui obéir.

5. Il est semi-pélagien de dire que le Christ est mort ou qu’il a versé le sang pour tous les hommes sans exception.

Parmi les jansénistes, Blaise Pascal en fut un des plus rigoureux ; il railla les jésuites dans ses Provinciales (Lettres de 1656), avec un style captivant et un humour sarcastique dénonçant la Société de Jésus pour favoriser et propager un code moral relâché et corrompu. Les jansénistes ont été condamnés par la constitution Regiminis apostolici du 15 février 1664 du pape Alexandre VII (Denz. 2020) ; par le décret du Saint Office sous Alexandre VIII, 7 déc. 1690 (Denz. 2301-2332) ; puis par la constitution dogmatique Unigenitus le 8 sept.1713, du pape Clément XI. En outre, la bulle Pastoralis Officii du même pape Clément XI en 1718 excommunie ceux qui refusent la constitution Unigenitus.

Encyclopédie catholique, 1907, Jansénisme : « Les jansénistes sortants, ceux qui persistaient malgré tout en respectant le principe de la grâce et des erreurs conséquentes des cinq propositions, avaient presque disparu avec [Blaise] Pascal. Le reste du parti vraiment janséniste, sans s’engager à une soumission pure et simple, adopta un comportement beaucoup plus prudent. Les membres rejetèrent l’expression «nécessitant la grâce», en la remplaçant par celle d’une grâce efficace « en soi », cherchant ainsi à s’identifier avec les thomistes et les Augustins.

« Abandonnant le sens clairement hérétique des cinq propositions et répudiant toute intention de résister à une autorité légitime, ils se bornèrent à nier l’infaillibilité de l’Église en ce qui concerne les faits dogmatiques. Ainsi, ils étaient encore les prédicateurs fanatiques d’un rigorisme décourageant qu’ils ornaient du nom de vertu et d’austérité et qui, sous prétexte de combattre les abus, antagonisait ouvertement les caractéristiques incontestables du catholicisme, en particulier son unité de gouvernement, la continuité traditionnelle de ses coutumes, et la partie légitime que le cœur et le sentiment jouent dans son culte ».

 

³ 101 erreurs jansénistes de Pasquier-Quesnel condamnées dans Unigenitus Dei Filius (Ench. Symb. 1351-1451 2400-2502) :

1. Que reste-t-il à une âme qui a perdu Dieu et sa grâce, sinon le péché et ses suites, une orgueilleuse pauvreté et une indigence paresseuse, c’est-à-dire une impuissance générale au travail, à la prière et à toute œuvre bonne ? Cette proposition se trouve dans les Observations morales de Quesnel sur Lc 16, 3.

2. La grâce de Jésus Christ, principe efficace de toute sorte de bien, est nécessaire pour toute œuvre bonne ; sans elle non seulement rien ne se fait, mais rien ne peut se faire. – Jn 15, 5 : éd. de 1693.

3. En vain tu commandes, Seigneur, si tu ne donnes pas toi-même ce que tu commandes. – Ac 16, 10.

4. Oui Seigneur, tout est possible à celui à qui tu rends tout possible en le faisant en lui. – Mc 9, 22.

5. Quand Dieu n’amollit pas le coeur par l’onction intérieure de sa grâce, les exhortations et les grâces extérieures ne servent qu’à l’endurcir davantage. – Rm 9, 18 éd. De 1693.

6. La différence entre l’alliance judaïque et l’alliance chrétienne est que dans celle-là Dieu exigeait du pécheur de renoncer au péché et d’accomplir la Loi, en le laissant à l’impuissance, mais dans celle-ci Dieu donne au pécheur ce qu’il commande, en le purifiant par sa grâce. – Rm 11, 27.

7. Quel avantage pour l’homme dans l’Alliance ancienne, où Dieu l’a laissé à sa propre infirmité lorsqu’il lui a imposé sa Loi ? Mais quelle n’est pas la félicité d’être admis dans une Alliance où Dieu nous donne ce qu’il demande. – He 8, 7.

8. Nous n’appartenons à la Nouvelle Alliance qu’autant que nous avons part à la nouvelle grâce, qui opère en nous ce que Dieu nous commande. – He 8, 10.

9. La grâce du Christ est la grâce suprême, sans laquelle nous ne pouvons jamais confesser le Christ, et avec laquelle nous ne le renions jamais. – 1 Co 12, 3 éd. de 1693.

10. La grâce est l’opération de la main de Dieu que rien ne peut empêcher ni retarder. – Mt 20, 34.

11. La grâce n’est pas autre chose que la volonté toute puissante de Dieu qui commande et qui fait ce qu’il commande. – Mc 2, 11.

12. Quand Dieu veut sauver l’âme, en tout temps, en tout lieu, l’indubitable effet suit le vouloir de Dieu. – Mc 2, 12.

13. Quand Dieu veut sauver une âme, et qu’il la touche de la main intérieure de sa grâce, nulle volonté ne lui résiste. –Lc 5, 13 éd. de 1693.

14. Quelque éloigné que soit du salut un pécheur obstiné, quand Jésus se fait voir à lui par la lumière salutaire de sa grâce, il faut qu’il se rende, qu’il accoure, qu’il s’humilie, et qu’il adore son Sauveur. – Mc 5, 6, 7 éd. de 1693.

15. Quand Dieu accompagne son commandement et sa parole extérieure de sa grâce, elle opère dans le cœur l’obéissance qu’elle demande. – Lc 9, 60.

16. Il n’y a pas de charmes qui ne cèdent aux charmes de la grâce, parce que rien ne résiste au Tout-Puissant. Ac 8, 12.

17. La grâce est cette voix du Père qui enseigne intérieurement les hommes et les fait venir à Jésus Christ. Quiconque ne vient pas à lui après avoir entendu la voix intérieure du Fils, n’est pas enseigné par le Père. – Jn 6, 45

18. La semence de la parole que la main de Dieu arrose porte toujours son fruit. – Ac 11, 21.

19. La grâce de Dieu n’est pas autre chose que sa volonté toute-puissante : c’est l’idée que Dieu lui-même nous donne dans toutes ses Écritures. – Rm 14, 4 édition 1693.

20. La vraie idée de la grâce est que Dieu veut que nous lui obéissions, et il est obéi ; il commande et tout se fait ; il parle en maître, et tout lui est soumis. – Mc 4, 39.

21. La grâce de Jésus Christ est une grâce forte, puissante, souveraine, invincible, puisqu’elle est l’opération de la volonté toute- puissante, une suite et une imitation de Dieu incarnant et ressuscitant son Fils. 2 Co 5, 21 éd. de 1693.

22. L’accord de l’opération toute-puissante de Dieu dans le coeur de l’homme avec le libre consentement de la volonté, nous est montré aussitôt dans l’Incarnation, comme dans la source et le modèle de toutes les autres opérations de miséricorde et de grâce, et toutes aussi gratuites et dépendantes de Dieu que cette opération originelle elle-même. – Lc 1, 48.

23. Dieu nous a donné lui-même l’idée de l’opération toute- puissante de sa grâce, en la signifiant par celle par laquelle il tire les créatures de rien et redonne la vie aux morts. – Rm 4, 17.

24. L’idée juste qu’a le centurion de la toute-puissance de Dieu et de Jésus Christ pour guérir les corps par le seul mouvement de sa volonté, est l’image de l’idée qu’on doit avoir de la toute-puissante de sa grâce pour guérir les âmes de la cupidité. – Lc 7, 7.

25. Dieu illumine l’âme, et la guérit ainsi que le corps, par sa seule volonté : il commande et il est obéi. – Lc 18, 42.

26. Il n’est pas donné de grâces, sinon par la foi. – Mc 11, 25

27. La foi est la première grâce et la source de toutes les autres. – 2 P 1, 3

28. La première grâce que Dieu accorde au pécheur est la rémission des péchés. – Mc 11, 25.

29. Hors de l’Église aucune grâce n’est concédée. – Lc 10, 35-36

30. Tous ceux que Dieu veut sauver par Jésus Christ, sont sauvés infailliblement. – Jn 6, 40.

31. Les souhaits de Jésus Christ ont toujours leur effet : il porte la paix à l’intime des cœurs quand il la leur désire. – Jn 20, 19.

32. Jésus s’est livré à la mort afin de libérer pour toujours par son sang les premiers-nés, c’est-à-dire les élus, de la main de l’ange exterminateur. – Gal 4, 4-7.

33. Oh ! combien il faut avoir renoncé aux choses de la terre et à soi-même pour avoir la confiance de s’approprier, pour ainsi dire, le Christ Jésus, son amour, sa mort, son mystère, comme le fait Paul en disant : « Il m’a aimé et s’est livré pour moi.  » – Gal 2, 20.

34. La grâce d’Adam ne produisait que des mérites humains. – 2 Co 5, 21 éd. 1693.

35. La grâce d’Adam est une suite de la création et était due à la nature sainte et intègre. – 2 Co 5, 21.

36. La différence essentielle entre la grâce d’Adam et l’état d’innocence, et la grâce chrétienne est que chacun aurait reçu la première en sa propre personne, tandis que celle-ci n’est pas reçue sinon dans la personne de Jésus Christ ressuscité à qui nous sommes unis. – Rm 7, 4.

37. La grâce d’Adam, du fait qu’elle le sanctifiait lui-même, lui était proportionnée ; la grâce chrétienne nous sanctifiant en Jésus Christ est toute- puissante et digne du Fils de Dieu. – Ep 1, 6.

38. Le pécheur n’est libre que pour le mal sans la grâce du libérateur. – Lc 8, 9

39. La volonté que la grâce ne prévient pas n’a de lumière que pour s’égarer, d’ardeur que pour se précipiter, de force que pour se blesser. Elle est capable de tout mal et incapable de tout bien. – Mt 20, 34.

40. Sans la grâce nous ne pouvons rien aimer, sinon pour notre condamnation. – 2 Th 3, 18 éd. 1693.

41. Toute connaissance de Dieu, même naturelle, même dans les philosophes païens, ne peut venir que de Dieu, et sans la grâce elle ne produit que présomption, vanité, et opposition à Dieu lui-même, au lieu des sentiments d’adoration, de gratitude et d’amour. – Rm 1, 19.

42. Seule la grâce rend l’homme apte au sacrifice de la foi : sans cela, rien qu’impureté, rien qu’indignité. – Ac 11, 9.

43. Le premier effet de la grâce baptismale est de faire que nous mourions au péché, de sorte que l’esprit, le cœur et les sens n’ont pas davantage de vie pour le péché qu’un homme mort n’en a pour les choses du monde. – Rm 6, 2 éd. de 1693.

44. Il n’y a que deux amours, d’où naissent toutes nos volontés et nos actions : l’amour de Dieu qui fait tout pour Dieu et que Dieu récompense, et l’amour par lequel nous nous aimons nous-mêmes et le monde, qui ne rapporte pas à Dieu ce qui doit lui être rapporté, et qui par cela même devient mal. – Jn 5, 29

45. Lorsque l’amour de Dieu ne règne plus dans le cœur des pécheurs, nécessairement la cupidité charnelle y règne et corrompt toutes leurs actions. – Lc 15, 13 éd. de 1693.

46. La cupidité ou la charité rendent l’usage des sens bon ou mauvais. – Mt 5, 28

47. L’obéissance à la Loi doit couler de source, et cette source est la charité. Quand l’amour de Dieu en est le principe intérieur, et sa gloire, sa fin, alors ce qui appartient à l’extérieur est pur ; sans cela ce n’est qu’hypocrisie et fausse justice. – Mt 25, 26 éd. de 1693.

48. Que pouvons-nous être d’autre, sinon ténèbres, égarement et péché, sans la lumière de la foi, sans le Christ, et sans la charité ? – Ep 5, 8

49. De même qu’il n’y a pas de péché sans amour de nous-mêmes, de même il n’y a pas d’œuvre bonne sans amour de Dieu. – Mc 7, 22-23.

50. C’est en vain que nous crions vers Dieu : « Mon Père », si ce n’est pas l’esprit de charité qui crie. – Rm 8, 15.

51. La foi justifie lorsqu’elle opère, mais elle n’opère que par la charité. – Ac 13, 39.

52. Tous les autres moyens de salut sont contenus dans la foi comme dans leur germe et leur semence ; mais ce n’est pas une foi sans amour ni sans confiance. – Ac 10, 43.

53. Seule la foi accomplit chrétiennement (les actions chrétiennes) par le rapport à Dieu et à Jésus Christ. – Col 3, 14.

54. C’est la charité seule qui parle à Dieu ; c’est elle seule que Dieu entend. – 1 Co 13, 1.

55. Dieu ne couronne que la charité ; qui court en vertu d’un autre mouvement et pour un autre motif, court en vain. – 1 Co 9, 24.

56. Dieu ne récompense que la charité, presque seule la charité honore Dieu. – Mt 25, 36.

57. Tout manque à un pécheur quand il lui manque l’espérance ; et il n’y a pas d’espérance en Dieu là où il n’y a pas amour de Dieu. – Mt 27, 5

58. Il n’y a ni Dieu, ni religion, là où il n’y a pas charité.- 1 Jn 4, 8.

59. La prière des impies est un nouveau péché ; et ce que Dieu leur accorde, est un nouveau jugement pour eux. – Jn 10, 25 éd. de 1693.

60. Si la seule crainte du supplice anime le repentir, plus ce repentir est violent, plus il conduit au désespoir. – Mt 27, 5.

61. La crainte n’arrête que la main ; le coeur cependant est livré au péché aussi longtemps qu’il n’est pas conduit par l’amour. – Lc 20, 19.

62. Celui qui ne s’abstient du mal que par crainte de la peine le commet dans son coeur, et il est déjà coupable devant Dieu. – Mt 21, 46.

63. Un baptisé est encore sous la Loi comme un juif s’il n’accomplit pas la loi, ou s’il l’accomplit par la seule crainte. – Rm 6, 14.

64. Sous la malédiction de la Loi on ne fait jamais le bien, parce qu’on pèche soit en faisant le mal, soit en ne l’évitant que par la crainte. – Gal 5, 18.

65. Moïse, les prophètes, les prêtres et les docteurs de la Loi sont morts sans qu’ils aient donné de fils à Dieu, puisqu’ils n’ont fait que des esclaves par la crainte. – Mc 12, 19.

66. Celui qui veut s’approcher de Dieu ne doit ni venir à lui avec des pensées brutales, ni se conduire par un instinct naturel, ou par la crainte, comme les bêtes, mais par la foi et l’amour comme des fils. – He 12, 20 éd. de 1693.

67. La crainte servile ne se représente Dieu que comme un maître dur, impérieux, injuste, intraitable. – Lc 19, 21 éd. de 1693.

68. Dieu a abrégé la voie du salut en incluant tout dans la foi et les prières. – Ac 2, 21.

69. La foi, l’usage, l’accroissement et la récompense de la foi, tout cela est un don de la pure libéralité de Dieu. – Mc 9, 22.

70. Dieu n’afflige jamais des innocents, et les afflictions servent toujours, soit à punir le péché, soit à purifier le pécheur. – Jn 9, 3.

71. L’homme peut se dispenser, pour sa conservation, de cette loi que Dieu a établie pour son utilité. – Mc 2,2 8.

72. La note de l’Église est qu’elle est catholique, comprenant et tous les anges du ciel, et tous les élus, et les justes de la terre et de tous les siècles. – He 12, 22-24.

73. Qu’est l’Eglise, sinon l’assemblée des fils de Dieu qui demeurent dans son sein, adoptés en Jésus Christ, subsistant en sa personne, rachetés par son sang, vivant de son Esprit, agissant par sa grâce et attendant la paix du siècle à venir ? – 2 Th 1, 1, s. éd. de 1693.

74. L’Église, ou le Christ entier, a pour tête le Verbe incarné et pour membres tous les saints. – 1 Tm 3, 16.

75. L’Église est un seul homme, composé de plusieurs membres, dont le Christ est la tête, la vie, la substance et la personne : un seul Christ composé de plusieurs saints dont il est le sanctificateur. – Ep 2, 14-16.

76. Rien de plus spacieux que l’Église, puisque tous les élus et les justes de tous les siècles la composent. – Ep 2, 22.

77. Qui ne mène pas une vie digne d’un fils de Dieu et d’un membre du Christ cesse d’avoir intérieurement Dieu pour Père et le Christ pour tête. – 1 Jn 2, 24 éd. de 1693.

78. Quelqu’un est séparé du peuple élu, dont le peuple juif était la figure et dont le Christ est la tête, aussi bien en ne vivant pas selon l’Évangile qu’en ne croyant pas à l’Évangile. – Ac 3, 23.

79. Il est utile et nécessaire en tout temps, en tous lieux, et à toutes sortes de personnes d’étudier et de connaître l’esprit, la piété et les mystères de la sainte Écriture. – 1 Co 14, 5.

80. La lecture de l’Écriture est pour tout le monde. – Ac 8, 28

81. L’obscurité sainte de la Parole de Dieu n’est pas pour les laïcs une raison pour se dispenser de sa lecture. – Ac 8, 28.

82. Le dimanche doit être sanctifié par des lectures de piété et surtout par celle des saintes Écritures. Il est condamnable de vouloir écarter les chrétiens de cette lecture. – Ac 15, 21.

83. C’est une illusion de s’imaginer que la connaissance des mystères de la religion ne doive pas être communiquée aux femmes par la lecture des livres saints. Ce n’est pas de la simplicité des femmes, mais de la science orgueilleuse des hommes qu’est venu l’abus des Écritures et que sont nées les hérésies. – Jn 4, 26.

84. Arracher le Nouveau Testament de la main des chrétiens ou le leur tenir fermé, en leur ôtant le moyen de le comprendre, c’est leur fermer la bouche du Christ. – Mt 5, 2.

85. Interdire aux chrétiens la lecture de la sainte Écriture, et surtout de l’Évangile, c’est interdire l’usage de la lumière aux fils de lumière et leur faire souffrir une espèce d’excommunication. – Lc 11, 33 éd. de 1693.

86. Ravir au simple peuple la consolation d’unir sa voix à la voix de toute l’Église est un usage contraire à la pratique apostolique et au dessein de Dieu. – 1 Co 14, 16.

87. C’est une conduite pleine de sagesse, de lumière et de charité, que de donner aux âmes le temps de porter avec humilité et de sentir l’état de péché, de demander l’esprit de pénitence et de contrition et de commencer, au moins, à satisfaire à la justice de Dieu, avant que de les réconcilier. – Ac 8, 9.

88. Nous ignorons ce qu’est le péché et la vraie justice quand nous voulons être rétablis aussitôt dans la possession des biens dont le péché nous a dépouillés, et que nous ne voulons pas porter la confusion de cette séparation. – Lc 17, 11-12.

89. Le quatorzième degré de la conversion du pécheur consiste en ce que, lorsqu’il a déjà été réconcilié, il a le droit d’assister au sacrifice de l’Église. – Lc 15, 23.

90. L’Église a l’autorité d’excommunier, pour l’exercer par les premiers pasteurs du consentement au moins présumé de tout le corps. – Mt 18, 17.

91. La crainte d’une excommunication injuste ne doit jamais nous empêcher de faire notre devoir ; nous ne sortons jamais de l’Église, même quand nous semblons en être expulsés par la méchanceté des hommes, aussi longtemps que nous sommes attachés à Jésus Christ et à l’Église par la charité. – Jn 9, 22-23.

92. Plutôt souffrir en paix l’excommunication et l’anathème injuste que de trahir la vérité, c’est imiter saint Paul ; cela est loin de s’ériger contre l’autorité ou de rompre l’unité. – Rm 9, 3.

93. Jésus guérit quelquefois les blessures que la précipitation des premiers pasteurs inflige dans son ordre ; Jésus rétablit ce qu’ils retranchent par un zèle inconsidéré. – Jn 18, 11.

94. Rien ne donne une plus mauvaise opinion de l’Église à ses ennemis que d’y voir exercer une domination sur la foi des fidèles et des divisions y être entretenues pour des choses qui ne blessent ni la foi ni les mœurs. – Rm 14, 16.

95. Les vérités en sont venues à être comme une langue étrangère pour la plupart des chrétiens, et la manière de les prêcher est comme un langage inconnu tant elle est éloignée de la simplicité des apôtres et au-dessus de la portée commune des fidèles ; et on ne considère pas assez que cette déficience est un des signes les plus sensibles de la vieillesse de l’Église et de la colère de Dieu sur ses fils. – 1 Co 14, 21.

96. Dieu permet que toutes les puissances soient contraires aux prédicateurs de la vérité, afin que sa victoire ne puisse être attribuée qu’à la divine grâce. – Ac 17, 8.

97. Il arrive trop souvent que les membres qui sont le plus saintement et le plus étroitement unis à l’Église soient regardés et traités comme indignes d’être dans l’Église, ou comme séparés d’elle. Mais « le juste vit de la foi » Rm 1, 17 et non de l’opinion des hommes. – Ac 4, 11.

98. Subir la persécution et les peines que subit quelqu’un comme hérétique, odieux et impie est ordinairement la dernière épreuve, et la plus méritoire, car elle rend l’homme plus conforme à Jésus Christ. – Lc 22, 37.

99. L’entêtement, la prévention, l’obstination à ne vouloir rien examiner ou reconnaître s’être trompé, changent tous les jours pour beaucoup en odeur de mort ce que Dieu a mis dans son Église pour y être une odeur de vie par exemple de bons livres, des instructions, de saints exemples, etc. – 2 Co 2, 16.

100. Temps déplorable où on croit honorer Dieu en percutant la vérité et ses disciples ! Ce temps est venu. .. Être regardé et traité par les ministres de la religion comme un impie et indigne de commercer avec Dieu, comme un membre putride, capable de tout corrompre dans la société des saints, c’est pour les hommes pieux une mort plus terrible que la mort du corps. C’est en vain que quelqu’un se flatte de la pureté de ses intentions et d’un zèle pour la religion, s’il persécute par le feu et le fer des hommes probes, s’il est aveuglé par la passion ou emporté par celle des autres, parce qu’il ne veut rien examiner. Nous croyons souvent sacrifier à Dieu un impie, et nous sacrifions au diable un serviteur de Dieu. – Jn 16, 2.

101. Rien n’est plus contraire à l’esprit de Dieu et à la doctrine de Jésus Christ que de rendre communs les serments dans l’Église ; car c’est multiplier les occasions de parjure, tendre des pièges aux faibles et aux ignorants, et faire que le nom et la vérité de Dieu servent quelquefois au dessein des impies. – Mt 5, 37.