Schisme gallican, gallicanisme

Gallicanisme, église schismatique de France

Gallican, gallicanisme est issu du latin gallica : gaulois. Il ne faut pas confondre gallican avec anglican à cause de sa connotation phonétique : l’anglicanisme désigne la secte schismatique anglicane ou d’Angleterre (dont les ordinations furent condamnées invalides par le pape Léon XIII dans Apostolicae Curae en 1896). Le gallicanisme est fondé sur l’hérésie du rationalisme tenant l’indépendance de la raison par rapport à la foi, ou la résolution des questions de foi par la seule raison. L’hérésie du gallicanisme prône l’indépendance du pouvoir temporel de l’église de France par rapport au pouvoir spirituel papal de Rome et sépare l’État de l’Église.

Le Gallicanisme réduit l’intervention du pape au seul pouvoir spirituel et ne reconnaît pas le rôle du pape dans le domaine temporel. Le Gallicanisme organise un système politico-religieux dans lequel l’Église est indépendante du pape et où le roi nomme les évêques. Le gallicanisme ecclésiastique prône la supériorité des conciles sur le pape (hérésie du conciliarisme). Le gallicanisme royal prône le roi comme chef temporel de l’Église française.

L’opposé du gallicanisme est l’ultramontanisme du latin ultra montes : au-delà des monts (c-à-d de l’autre côté des Alpes, en Italie, à la papauté à Rome). L’ultramontanisme, représenté principalement par les jésuites, s’opposait au jansénisme et au gallicanisme, et défendait assidûment l’infaillibilité papale ainsi que la primauté du pape sur le pouvoir politique en matière religieuse et de nomination des évêques. L’ultramontanisme a pris fin avec la mort de l’hérésie conciliariste (conciliarisme) gallicane.

Histoire

Sous Philippe IV le bel commença manifestement une autonomie du pouvoir temporel du pouvoir spirituel concernant les questions d’ordre judiciaire. Mais le pape Boniface VIII affirma les pleins pouvoirs de l’Église sur le plan spirituel comme sur le plan temporel, dans sa bulle infaillible Unam Sanctam du 18 novembre 1302.

Pape Boniface VIII, Bulle Unam sanctam, 18 nov. 1302 ex cathedra (Magistère solennel) : « Qui oserait nier que le glaive temporel se trouve en le pouvoir de Pierre, ferait peut de cas de la parole du Seigneur : « remets ton épée au fourreau » [Matt. 26, 52]. Les deux glaives, spirituel et temporel, sont au pouvoir de l’Église : le premier est exercé par l’Église, le second pour l’Église ; le premier par les prêtres, le second par les rois et guerriers selon la volonté et la permission du prêtre. Donc, l’un de ces glaives doit être soumis à l’autre, l’autorité temporelle doit s’assujettir à l’autorité spirituelle ».

Le grand schisme d’occident de 1378 à 1417, avec les papes à Avignon, résista à la centralisation du pouvoir spirituel à Rome, ce qui favorisa l’idée d’une décentralisation temporelle de l’Église en France. Le décret Sacrosancta du concile de Constance en 1414, mettant fin au grand schisme d’occident, décide que le concile tient directement son pouvoir de Dieu et possède la juridiction universelle sur le pape.

Concile de Constance, sess. V, 6 avril 1415 ex cathedra (Décr. 409) : «ce même synode … tient son pouvoir immédiatement du Christ ; tous, de quelque état ou dignité, celle-ci fut-elle papale, sont tenus de lui obéir pour ce qui concerne la foi et l’extirpation du dit schisme…»

Le pape Martin V, élu le 11 nov. 1417, continua le concile de Constance à la session 42 du 28 déc. 1417. L’Église condamne infailliblement la suprématie du concile sur le pape ; même si le dogme de l’infaillibilité papale ne fut défini qu’au concile du Vatican en 1870 (Session 4, chap. 4), il est immuable de loi divine ou a toujours été. Cela signifie que l’infaillibilité du concile dépend de l’infaillibilité du pape (d’ailleurs les sessions du concile de Constance antérieures au pape Martin V furent ratifiées infailliblement par l’infaillibilité individuelle attachée à la personne du pape), et qu’un concile qui n’est pas ratifié par un pape, n’est pas infaillible. Mais cela signifie aussi qu’aucun pape ne peut changer les décisions doctrinales infaillibles (Magistère) qui sont « immuables par elles-mêmes et non par le consentement de l’Église » (Concile Vatican I de 1870, Session 4, chap. 4, ex cathedra).

Le roi Charles VII, suite au concile de Bâle (seules les 25 premières sessions sont œcuméniques du 14 déc. 1431 au 7 mai 1437), se servit du décret Sacrosancta pour publier, avec le clergé français réuni à Bourges, la Pragmatique sanction de Bourges le 7 juillet 1438 qui établit certaines libertés dans l’Église de France et diminue des pouvoirs du pape, et supprime les « annates » : menus, communs services, procurations et taxes apostoliques. La Pragmatique sanction de Charles VII déclare la suprématie des conciles généraux sur le Saint-Siège (hérésie du conciliarisme), la libre élection des évêques et des abbés par les chapitres et les monastères, et l’élargissement de l’autonomie de la royauté et de l’Église de France par rapport à la papauté.

Louis XI, succédant à Charles VII  maintint ces mêmes principes, fit de Bourges une université, et publia, le 8 janvier 1475, une ordonnance déclarant que toute décision du pape devait être approuvée par le roi de France, qu’elle devait être présentée au Parlement de Paris, et devait être enregistrée pour être applicable en France, mais le pape Sixte IV la condamna.

Le concordat de Bologne du 18 août 1516 entre le pape Léon X et François Ier, mit fin à la Pragmatique Sanction de Bourges, mais organisa le régime de la commende dans lequel les évêques et les abbés étaient choisis par le roi mais investis par le pape, et où ils juraient fidélité au roi de France qui leur donnait leur charge temporelle.

Le gallicanisme fut censuré sous le pape Paul V, à travers un livre d’Edmond Richer de 1612, Libellus de Ecclesiastica et Politica Potestate (De la puissance ecclésiastique et politique), théologien gallican et docteur de Sorbonne, prônant la préférence de l’autorité des évêques à celle du pape (thèse erronée car les évêques reçoivent leur juridiction du pape). Richer écrivit librement sur les droits respectifs des deux puissances, l’Église et l’État, sur les limites difficiles entre le sacerdoce et l’empire, et bien sûr sur les libertés gallicanes : « Chaque communauté a droit immédiatement et essentiellement de se gouverner elle-même, c’est à elle et non à aucun particulier que la puissance et la juridiction a été donnée ».

Le livre de Richer fut jugé dangereux par le cardinal de Richelieu, fut condamné par le cardinal Du Perron, archevêque de Sens et ses évêques, fut proscrit à Rome, fut recondamné par l’archevêque d’Aix et ses évêques, et fut réfuté par de nombreux écrits. Après que le livre de Richer fut censuré, il fut lui-même destitué. Même s’il semble s’être rétracté par la suite et reconnaître l’Église romaine mère et maîtresse de toutes les Églises, ses écrits ont ouverts la voie à l’hérésie du jansénisme, qui entre autres erreurs graves, relativise l’autorité du pape.

 

Schisme gallican (gallicanisme), ou l’église gallicane schismatique de Louis XIV

Le roi Louis XIV voulut privilégier l’état en privant le Saint-Siège des revenus, les « annates », redevances du produit de certains bénéfices ecclésiastiques des évêchés français vacants, en faveur de la Chambre apostolique, tribunal de la curie romaine (présidé par un cardinal camerlingue) gérant le trésor et le do­maine de l’État ecclésiastique.

Louis XIV fit rédiger par le clergé français la déclaration de 1682, qui niait l’infaillibilité du pape. Le conciliarisme, hérésie selon laquelle le pape n’est pas infaillible et est soumis aux conciles, fut le fondement de l’église schismatique gallicane. La déclaration du clergé gallican de 1682 faisait dépendre l’irréformabilité et l’infaillibilité des jugements doctrinaux du pape du consentement de l’Église universelle réunie en concile.

Plus de cent évêques signèrent la déclaration de Louis XIV, et seulement trois évêques français la refusèrent.

Déclaration de quatre articles sur la puissance ecclésiastique et la puissance séculière votée le 19 mars 1682 par une assemblée générale extraordinaire du clergé de France (que Louis XIV et Bossuet, évêque de Meaux, ont inspirée) :

« 1° A saint Pierre et à ses successeurs, vicaires du Christ, et à l’Église elle-même, Dieu a conféré le pouvoir sur les choses spirituelles et relatives au salut éternel, non sur les affaires civiles et temporelles. En conséquent, et par volonté expresse de Dieu, rois et princes ne sont pas soumis à l’autorité ecclésiastique dans les choses temporelles, ni ne peuvent, par l’autorité des clés de l’Église, être déposés, tant directement qu’indirectement, ni leurs sujets, dispensés de l’obligation d’obéissance ou déliés de quelque serment de fidélité. Une telle décision doit être retenue comme universellement nécessaire à la paix publique, utile à l’Église comme au pouvoir séculier et conforme à la parole de Dieu, à la tradition des Pères et à l’exemple des saints ».

« 2° La plénitude de puissance que le Saint-Siège apostolique et les successeurs de saint Pierre, vicaires de Jésus-Christ, ont sur les choses spirituelles est telle, que néanmoins les décrets du saint concile œcuménique de Constance, contenus dans les sessions IV et V, demeurent dans toute leur force et vertu, et l’Église de France n’approuve pas l’opinion de ceux qui portent atteinte à ces décrets ou qui les affaiblissent en disant que leur autorité n’est pas bien établie, qu’ils ne sont point approuvés ou qu’ils ne regardent que le temps du schisme [grand schisme d’occident de 1378 à 1417].

« 3° Aussi l’usage de la puissance apostolique doit être réglé suivant les canons faits par l’esprit de Dieu et consacrés par le respect général ; les règles, les coutumes et les constitutions reçues dans le royaume et dans l’Église gallicane doivent avoir leur force et leur vertu, et les usages de nos pères demeurer inébranlables ; il est même de la grandeur du Saint-Siège apostolique que les lois et les coutumes établies du consentement de ce siège respectable et des Églises subsistent invariablement.

« 4° Le pape a la principale part dans les questions de foi ; les décrets regardent toutes les Églises et chacune en particulier ; mais, cependant, son jugement n’est pas irréformable, à moins que le consentement de l’Église n’intervienne ».

En 1693 les évêques de France se rétractèrent, en adressant une lettre collective au pape Innocent XIII et ensuite Louis XIV révoqua plus tard la déclaration de 1682.  Mais Louis XIV fut excommunié en 1687 par le pape Innocent XI pour avoir formé l’Église gallicane.

 

Déclaration gallicane condamnée par l’Église

La faculté de théologie de Paris condamna l’opinion hérétique du « pape faillible » de Marsile de Padoue en 1330.

Le cinquième concile de Latran de 1512 à 1517 affirme l’autorité du pape sur les conciles, ce qui condamne ainsi l’hérésie du conciliarisme (infaillibilité du pape dépendante du concile). Cependant aucun pape ne peut remettre en cause une décision du infaillible du Magistère de l’Église, immuable de droit divin.

Pape Léon X, Concile de Latran V, 1512-1517 : «Il résulte manifestement, non seulement des témoignages de l’Écriture Sainte, des paroles des Pères et des autres Pontifes romains et des décrets des saints canons, mais encore de l’aveu formel des Conciles eux-mêmes, que, seul, le Pontife romain, selon le temps où il est en charge, a plein droit et pouvoir, comme ayant autorité sur tous les Conciles, pour convoquer, transférer et dissoudre les Conciles». (Cité dans Satis cognitum, pape Léon XIII)

Le théologien Jean Morand fut aussi condamné en 1534 par la faculté de théologie de Paris pour l’opinion hérétique du « pape faillible ». Puis Marc Antoine de Dominis.

Le pape Innocent XI annula la déclaration du clergé gallican par le bref Paternae caritati du 11 avril 1682. De nombreux ouvrages prônant l’église gallicane (église de France servant le roi avant le pape) furent mis à l’Index des livres interdits.

Le pape Innocent XI condamna les erreurs quiétistes de Miguel de Molinos dans Coelestis pastor du 20 novembre 1687 (Ench. Symb. 1221-1288 2201-2269).

Le pape Alexandre VIII annula une deuxième fois la déclaration de 1682 du clergé français par la Constitution Inter multiplices du 4 aout 1690.

Pape Alexandre VIII, Inter multiplices, articles du clergé gallican déclarés nuls, 4 aout 1690 : « Toutes et chacune des choses qui ont été décidées et faites par ladite Assemblée du clergé gallican qui s’est tenue en 1682 … : par la teneur des présentes Nous déclarons toutes ces choses de plein droit nulles et non-avenues, invalides et vaines, pleinement et entièrement dénuées de force et d’effet dès leur principe, et qu’elles le sont encore et qu’elles le seront à perpétuité… ».

Décret du saint office (Pape Alexandre VIII), erreurs des jansénistes, 7 déc. 1690, n°29  : « 29. C’est une affirmation futile et réfutée de nombreuses fois, que celle de l’autorité du pape au-dessus du concile œcuménique et de l’infaillibilité dans les questions de foi [Thèse de Louvain ¹, « juridisme extérieur » ou « extrinsécisme extérieur », 1678, François Farvaques, oesa]». – Condamnée hérétique par le pape

¹ La faculté de théologie de Louvain était proche de Michel Baius (erreurs condamnées par Pie V, Ex omnibus afflictionibus, 1er oct. 1567, Denz. 1001-1080 1901-1980) et des baianistes hérétiques jansénistes, dont 65 propositions avaient été condamnées par le saint office sous Innocent XI, le 2 mars 1676, 65 erreurs d’une doctrine morale plus laxiste.

Le pape Benoît XIV critiqua Bossuet pour sa Defensio cleri gallicani de 1684, défendant les principes gallicans.

Pape Benoît XIV, bref adressé à l’inquisiteur général d’Espagne, 13 juillet 1748 : « Il serait difficile de trouver un ouvrage [Defensio cleri gallicani de Bossuet] qui soit aussi contraire à la doctrine reçue partout, hors de la France, sur l’infaillibilité du souverain pontife définissant ex cathedra, et sur la supériorité au-dessus de tout concile œcuménique. Du temps de Clément XII, notre prédécesseur d’heureuse mémoire, on s’occupa de proscrire cet ouvrage, et on finit par conclure de n’en rien faire, non seulement à cause de la réputation de l’auteur qui a bien mérité de la religion sous tant d’autres chefs, mais parce qu’on avait la crainte fondée d’exciter par là de nouveaux troubles ».

Le pape Pie VI reconfirma les condamnations de ses prédécesseurs contre le gallicanisme.

Pape Pie VI, Auctorem fidei, 28 août 1794, (Denz. 1599 2700) : « Puisque les actes de l’assemblée gallicane, aussitôt  après leur parution, notre vénérable prédécesseur Innocent XI par une lettre en forme de bref, Paternae caritati, du 11 avril 1682, puis plus clairement encore Alexandre VIII le 5 août dans la constitution Inter multiplices [Denz. – 2281-2285] les ont désapprouvés, abrogés et déclarés nuls et sans valeur en vertu de leur charge apostolique, la sollicitude pastorale  exige de Nous de façon plus urgente encore que l’acceptation qui en a été faite dans un synode entaché de tant de défauts [synode de Pistoie condamné], Nous la réprouvions et la condamnions comme téméraire, scandaleuse – et surtout après les décrets de nos prédécesseurs – comme souverainement injurieuse pour ce Siège apostolique, comme Nous le réprouvons et la condamnons dans cette constitution qui est la nôtre, et voulons qu’elle soit tenue pour réprouvée et condamnée ».

Le pape Grégoire XVI renouvela les condamnations du rationalisme, du gallicanisme, et du libéralisme, etc., dans l’encyclique Mirari vos du 15 août 1832 :

Pape Grégoire XVI, Mirari vos, 15 août 1832 (Magistère) : « Que tous s’en souviennent : le jugement sur la saine doctrine dont on doit nourrir le peuple, le gouvernement et l’administration de l’Église entière appartiennent au Pontife romain, « à qui a été confié, par Notre-Seigneur Jésus-Christ « , comme l’ont si clairement déclaré les Pères du concile de Florence,  » le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle » (Conc. Flor. sess. XXV, in definit. apud Labb. tom XVIII, col. 528. edit. Venet.). …que les Princes … songent que le pouvoir leur a été donné, non seulement pour le gouvernement du monde, mais surtout pour l’appui et la défense de l’Église ».

Le pape Pie IX, critiqua la validité de la déclaration de 1682.

Pape Pie IX, bref à Char­les Gérin, auteur de Recherches historiques sur l’assemblée du clergé de France de 1682, 17 fév. 1869 « [La déclaration du clergé de France de 1682] n’avait pas été émise en toute liberté et conscience, mais plutôt sous l’empire de la crainte ou en vue de la faveur royale … Elle ne fut pour l’Église gallicane la source d’aucune gloire, d’aucune liberté, mais plutôt une tache et une vraie servitude ».

L’hérésie du conciliarisme, fondement du gallicanisme, fut condamnée par le pape Pie IX au concile du Vatican en 1870.

Pape Pie IX, Concile du Vatican, Pastor aeternus, ch. 4, 1870 ex cathedra (Magistère solennel) : « …lorsque le pontife romain parle ex cathedra … il jouit, en vertu de l’assistance divine qui lui a été promise en la personne de saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que soit pourvue son Église lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et la morale ; par conséquent, ces définitions du pontife romain sont irréformables par elles-mêmes, et non en vertu du consentement de l’Église ».

Le pape Pie IX condamna infailliblement les principales erreurs politico-religieuses, ainsi que le rationalisme, le gallicanisme, le socialisme, le libéralisme, etc. dans l’encyclique Quanta cura, le 8 décembre 1864.

Pape Pie IX, Quanta cura (n° 4), 8 déc. 1864 ex cathedra (Magistère solennel) : « Ces opinions s’opposent essentiellement, non seulement à l’Église catholique, à sa doctrine de salut et à ses droits vénérables, mais encore à l’éternelle loi naturelle gravée par Dieu dans tous les cœurs et à la droite raison. C’est d’elles que presque toutes les autres erreurs firent leur origine. …la cause de l’Église catholique et le salut des âmes que Dieu nous a confié, et le bien de la société humaine elle-même, réclament impérieusement que Nous lancions un nouvel appel à votre sollicitude pastorale pour terrasser d’autres idées fausses qui découlent de source de ces mêmes erreurs. Ces opinions trompeuses et perverses sont d’autant plus détestables qu’elles visent principalement à entraver et renverser cette puissance de salut que l’Église catholique, en vertu de la mission et du mandat reçu de son divin Auteur, doit exercer librement jusqu’à la consommation des siècles, non moins à l’égard des individus que des nations, des peuples et de leurs chefs ».

Le Syllabus (catalogue de 80 erreurs condamnées) du pape Pie IX résume les erreurs relatives à l’Église et à ses droits, ainsi que les erreurs relatives à la société civile, ou considérée en elle-même ou dans ses rapports avec l’Église (erreurs condamnées n° 19 à 55) :

Syllabus n° 19 : L’Église n’est pas une vraie et parfaite société pleinement libre ; elle ne jouit pas de ses droits propres et constants que lui a conférés par son divin Fondateur, mais il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l’Église et les limites dans lesquelles elle peut les exercer. Condamné (Allocution Singulari quadam, 9 décembre 1854 ; Allocution Novos et ante, 28 septembre 1860 ; Allocution Multis gravibusque, 17 décembre 1860 ; Allocution consistoriale Maxima quidem, 9 Juin 1862).

Syllabus n° 20 : La puissance ecclésiastique ne doit pas exercer son autorité sans la permission et l’assentiment du gouvernement civil. Condamné (Allocution Meminit, 30 septembre 1861).

Syllabus n° 24 : L’Église n’a pas le droit d’employer la force ; elle n’a aucun pouvoir temporel direct ou indirect. Condamné (Lettre apostolique Ad apostolicae, 22 août 1851).

Syllabus n° 25 : En dehors du pouvoir inhérent à l’épiscopat, il y a un pouvoir temporel qui lui a été concédé ou expressément ou tacitement par l’autorité civile, révocable par conséquent à volonté par cette même autorité civile. Condamné (Lettre apostolique Ad apostolicae, 22 août 1851).

Syllabus n° 27 : Les ministres sacrés de l’Église et le Pontife Romain doivent être exclus de toute gestion et possession des choses temporelles. Condamné (Allocution consistoriale Maxima quidem, 9 Juin 1862).

Syllabus n° 28 : Il n’est pas permis aux Évêques de publier même les Lettres apostoliques sans la permission du gouvernement. Condamné (Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856).

Syllabus n° 29 : Les faveurs accordées par le Pontife Romain doivent être regardées comme nulles, si elles n’ont pas été demandées par l’entremise du gouvernement. Condamné (Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856).

Syllabus n° 34 : La doctrine de ceux qui comparent le Pontife Romain à un prince libre et exerçant son pouvoir dans l’Église universelle, est une doctrine qui a prévalu au moyen âge. Condamné (Lettre Eximiam à Son Éminence l’archevêque de Cologne, 15 juin 1857).

Syllabus n° 37 : On peut instituer des Églises nationales soustraites à l’autorité du Pontife Romain et pleinement séparées de lui. Condamné (Allocution Multis gravibusque, 17 décembre 1860 ; Allocution Iamdudum, 18 mars 1861).

Syllabus n° 39 : L’État, comme étant l’origine et la source de tous les droits, jouit d’un droit qui n’est circonscrit par aucune limite. Condamné (Allocution consistoriale Maxima quidem, 9 Juin 1862).

Syllabus n° 42 : En cas de conflit légal entre les deux pouvoirs, le droit civil prévaut. Condamné (Lettre apostolique Ad apostolicae, 22 août 1851).

Syllabus n° 43 : La puissance laïque a le pouvoir de casser, de déclarer et rendre nulles les conventions solennelles (Concordats) conclues avec le Siège Apostolique, relativement à l’usage des droits qui appartiennent à l’immunité ecclésiastique, sans le consentement de ce Siège et malgré ses réclamations. Condamné (Allocution In consistoriali, 1er novembre 1850 ; Allocution Multis gravibusque, 17 décembre 1860).

Syllabus n° 44 : L’autorité civile peut s’immiscer dans les choses qui regardent la religion, les mœurs et le gouvernement spirituel. D’où il suit qu’elle peut juger des Instructions que les pasteurs de l’Église publient, d’après leurs charges, pour la règle des consciences ; elle peut même décider sur l’administration des sacrements et les dispositions nécessaires pour les recevoir. Condamné (Allocution In consistoriali, 1er novembre 1850 ; Allocution consistoriale Maxima quidem, 9 Juin 1862).

Syllabus n° 45 : Toute la direction des écoles publiques dans lesquelles la jeunesse d’un État chrétien est élevée, si l’on en excepte dans une certaine mesure les séminaires épiscopaux, peut et doit être attribuée à l’autorité civile, et cela de telle manière qu’il ne soit reconnu à aucune autre autorité le droit de s’immiscer dans la discipline des écoles, dans le régime des études, dans la collation des grades, dans le choix ou l’approbation des maîtres. Condamné (Allocution In consistoriali, 1er novembre 1850 ; Allocution Quibus luctuosissimis, 5 septembre 1851).

Syllabus n° 46 : Bien plus, même dans les séminaires des clercs, la méthode à suivre dans les études est soumise à l’autorité civile. Condamné (Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856).

Syllabus n° 47 : La bonne constitution de la société civile demande que les écoles populaires, qui sont ouvertes à tous les enfants de chaque classe du peuple, et en général que les institutions publiques destinées aux lettres, à l’instruction supérieure et à une éducation plus élevée de la jeunesse, soient affranchies de toute autorité de l’Église, de toute direction et de toute ingérence de sa part, et qu’elles soient pleinement soumises à la volonté de l’autorité civile et politique, suivant le désir des gouvernants et le niveau des opinions générales de l’époque. Condamné (Lettre Cum non sine à l’archevêque de Fribourg-en-Brisgau, 14 juillet 1864).

Syllabus n° 48 : Des catholiques peuvent approuver un système d’éducation en dehors de la foi catholique et de l’autorité de l’Église, et qui n’ait pour but, ou du moins pour but principal, que la connaissance des choses purement naturelles et la vie sociale sur cette terre. Condamné (Lettre Cum non sine à l’archevêque de Fribourg-en-Brisgau, 14 juillet 1864).

Syllabus n° 50 : L’autorité séculière a par elle-même le droit de présenter les Évêques, et peut exiger d’eux qu’ils prennent en main l’administration de leurs diocèses avant qu’ils aient reçu du Saint-Siège l’institution canonique et les Lettres apostoliques. Condamné (Allocution Nunquam fore, 15 décembre 1856).

Syllabus n° 54 : Les rois et les princes, non seulement sont exempts de la juridiction de l’Église, mais même ils sont supérieurs à l’Église quand il s’agit de trancher les questions de juridiction. Condamné (Lettre apostolique Multiplices inter, 10 juin 1851).

Syllabus n° 55 : L’Église doit être séparée de l’État, et l’État séparé de l’Église. Condamné (Allocution Acerbissimum, 27 septembre 1852).

 

Effets de la déclaration hérétique de 1682

Fébronianisme

La déclaration hérétique de 1682, du clergé français soumis à Louis XIV, a engendré l’hérésie du fébronianisme, en 1763, par l’évêque auxiliaire de Trèves en Allemagne, Johann Nikolaus von Hontheim, pseudonyme Justinus Febronius, qui reprenant les idées de l’hérétique janséniste ¹ gallican, Zeger Bernard van Espen, soutenait que le pouvoir du pape est limité par les canons conciliaires, qu’il reçoit son pouvoir par délégation des fidèles et que ses décisions n’ont de valeur qu’avec l’approbation de l’épiscopat.

¹ Le père du Jansénisme, Cornelius Jansen, fut condamné par la constitution Cum occasione le 31 mai 1653 par Innocent X (Denz. 2001-2007). Les jansénistes ont été condamnés par la constitution Regiminis apostolici du 15 février 1664 du pape Alexandre VII (Denz. 2020) ; par le décret du Saint Office sous Alexandre VIII, 7 déc. 1690 (Denz. 2301-2332) ; puis par la constitution dogmatique Unigenitus le 8 sept.1713, du pape Clément XI. En outre, la bulle Pastoralis Officii du même pape Clément XI en 1718 excommunie ceux qui refusent la constitution Unigenitus.

Le fébronianisme est un système politico-ecclésiastique gallican radical, prônant l’organisation ecclésiastique fondée sur la négation de la constitution monarchique de l’Église limitant ainsi le pouvoir du Saint-Siège pour faciliter la réconciliation des protestants avec l’Église.

Selon l’hérésie fébronianiste, le Christ a confié le pouvoir des clefs au corps tout entier de l’Église, et donc : 1° La primauté du pape est subordonnée à l’Église universelle ; 2° Le pape n’est que le symbole de l’unité ; 3° Le pape n’est que le gardien et le défenseur des Lois de l’Église ; 4° La souveraineté du pape n’est pas une juridiction ; 5° Le pape est soumis aux conciles.

France schismatique

La déclaration hérétique de 1682 a inspiré la Constitution civile du clergé de la France schismatique pendant la Révolution française.

Hérésies enseignées dans les séminaires

Le Concordat du 15 août 1801 conclu entre Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII réglemente les relations entre le Saint-Siège et la République française. Mais Napoléon Bonaparte ordonna aux professeurs des séminaires d’enseigner la déclaration de 1682 aux séminaristes et futurs prêtres, et promulgua les soixante-dix-sept Articles organiques, le 18 avril 1802, prônant l’Église de France une Église nationale, moins dépendante de Rome et plus du pouvoir civil. Napoléon Bonaparte fit détenir le pape Pie VII à Savone de 1809 à1812, puis à Fontainebleau  de 1812 à 1814. Napoléon projeta même d’établir le siège de la papauté en France, à Avignon ou à Paris. Napoléon Bonaparte fut excommunié par le pape Pie VII.

Hérésie de la faillibilité papale sans les conciles répandue en Europe

L’hérésie du conciliarisme (infaillibilité papale dépendante des conciles) se répandra, en France et en Allemagne, par des théologiens contre l’infaillibilité papale. D’autres, qui ne niaient pas directement l’infaillibilité papale, étaient partisans du gallicanisme, comme Honoré Tournély († 26 déc. 1729), prêtre et théologien réputé opposant du jansénisme, mais gallican, et qui se contredit comme on peut le voir ci-dessous, défendant à la fois l’infaillibilité papale «comme certaine», et à la fois le gallicanisme niant l’infaillibilité papale (conciliarisme), allant même jusqu’à affirmer hérétiquement ¹ qu’il ne nous est pas permis de nous écarter de la déclaration du clergé de France schismatique de 1682.

Honoré Tournély, Prælectiones Theologicæ (publication 1727 : Sur les sacrements en général, Sur l’Incarnation, Sur les sacrements du baptême et de la confirmation) 1, II, q. 5, art. 3 (p. 134) : « Nous ne pouvons dissimuler, en présence de la masse de témoignages rassemblés par Bellarmin, Launoy et d’autres, qu’il est bien difficile de ne pas reconnaître comme certaine et infaillible l’autorité du Siège apostolique ou de l’Église romaine ; mais il est beaucoup plus diffi­cile encore de concilier ces témoignages avec la déclaration du clergé de France [de 1682], dont il ne nous est pas permis de nous écarter ».

¹ Honoré Tournély affirme que les catholiques sont tenus par une déclaration hérétique et schismatique : c’est hérétique (seulement matériellement si c’est de bonne foi par ignorance ou mauvaise compréhension du dogme). En effet cette déclaration de 1682 affirme que «rois et princes ne sont pas soumis à l’autorité ecclésiastique dans les choses temporelles», alors que le dogme de foi défini que «l’autorité temporelle doit s’assujettir à l’autorité spirituelle» (Pape Boniface VIII, Bulle Unam sanctam, 18 nov. 1302, ex cathedra). En outre la déclaration schismatique de 1682 affirme aussi que «Le pape a la principale part dans les questions de foi … mais, cependant, son jugement n’est pas irréformable, à moins que le consentement de l’Église n’intervienne», cependant il est possible que ce soit une mauvaise interprétation de bonne foi du Concile de Constance (voir plus haut), même si cela fut utilisé pour séparer l’Église de France du saint-siège de Rome.

Au XIXème siècle, les auteurs les plus connus contre le gallicanisme furent Joseph de Maistre avec Du pape et avec De l’Église gallicane dans son rapport avec le souverain pon­tife, en 1821 ; Dom Prosper Guéranger (Abbé de Solesmes), avec La monarchie pontificale, en 1869 ; Mgr de Ségur, dans Le Souverain pontife, Œuvres complètes, T. III, en 1874 (Même si Mgr de Ségur a défendu le pape contre le conciliarisme et a défendu l’Église contre le gallicanisme, il fut néanmoins parmi les premiers, au 19ème siècle, à enseigner les hérésies du salut hors de l’Église et de l’âme de l’Église séparée du corps du Christ, qui seront les fondements des hérésies du salut pour l’ignorant invincible des mystères essentiels de la foi, du baptême de désir et du baptême de sang, au 20ème siècle, et qui préparera l’apostasie vatican 2).

Aujourd’hui

Il existe certains reliquats du gallicanisme en France et quelques petites églises schismatiques gallicanes existent encore qui sont composées de gens refusant (à raison) la fausse église vatican 2 et les autres sectes soi-disant traditionalistes (FSSPX, etc.), mais sans vouloir comprendre et/ou refusant la vraie foi divine et catholique ; et ils sont ainsi des non-catholiques et des schismatiques hors de la véritable Église catholique.

Note d’information : Tout baptisé doit aussi obligatoirement éviter la secte schismatique « vieille-catholique » répandue en Europe, qui rejette publiquement le concile du Vatican de 1870 et sa définition sur l’infaillibilité pontificale, et qui est condamnée par le pape Pie IX, dans Graves ac diuturnae, le 23 mars 1875.